Le son du grisli

Bruits qui changent de l'ordinaire

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A paraître : Sorcière, ma mère de Hanns Heinz Ewers & Nurse With WoundInterview de Quentin RolletEn librairie : Pop fin de siècle de Guillaume Belhomme
Archives des interviews du son du grisli

Keith Tippett, Julie Tippetts, Louis Moholo-Moholo: Viva la Black Live at Ruvo (Ogun - 2006)

vivasliA Ruvo di Puglia, lors du Talos Festival de 2004, le batteur Louis Moholo-Moholo voit réinvestir Viva la Black – projet personnel qu’il dédia à l’Afrique du Sud – par l’orchestre italien Canto General. A leurs côtés, en guise de soutiens choisis, le pianiste Keith Tippett (qui signe ici la plupart des compositions) et la chanteuse Julie Tippetts.

Sans tarder, l’ensemble porte haut un swing épanoui, qui combine la conduite par Julie Tippetts d’un chœur enthousiaste, les gimmicks appuyés par Moholo et Tippett, et les interventions plus libres des cuivres et anches (Mra, Dancing Diamond). Décomplexés, les musiciens ne rechignent pas à aller voir du côté d’un grand macabre déstructuré pour le convertir aux espoirs, même feints, d’un jazz de salon (Dedicated to Mingus).

Ailleurs, des dissonances rendent bancale une musique de cabaret (Traumatic Experience), quelques mouvements las emportent les interventions (Monpezi Feza), même si tout, au final, aura été animé par les desseins exaltés de musiciens revendiquant espoir, liberté, communion (Septober Energy, You Ain’t Gonna Know Me…). Dans la veine d’un Liberation Orchestra qui aurait troqué ses doutes pour une emphase illusoire.

CD: 01/ Mra 02/ Thoughts To Geoff 03/ Dedicated to Mingus 04/ Monpezi Feza 05/ Four Whispers For Archie’s Chair 06/ Traumatic Experience 07/ Cider Dance 08/ A Song 09/ Dancing Diamond 10/ Septober Energy 11/ South African National Anthem 12/ You Ain’t Gonna Know Me ‘Cos You Think You Know Me

Keith Tippett, Julie Tippetts, Louis Moholo-Moholo - Viva la Black Live at Ruvo - 2006 - Ogun Records.



Christian Weber : 3 Suits & A Violin (HatOLOGY, 2006)

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Le contrebassiste Christian Weber – entendu aux côtés d’improvisateurs aussi importants que Peter Kowald, Irène Schweizer, John Butcher, et aujourd’hui membre de WWW – menait en 2002 un quintette pour qui l’improvisation est prétexte à investir avec respect le monde des bruits.

Légers, grésillements et grincements, larsens issus de la guitare de Martin Siewert et interventions sourdes du clarinettiste Hans Koch, défrichent la voie sur laquelle s’engouffrera la seule et véritable menace: celle des pizzicatos répétés de la contrebasse (Pony Music). Glissant le long des cordes, Weber choisit l’archet pour décider ensuite avec Siewert d’une charge électroacoustique plus concrète (Sun Perspectives). Insistant ailleurs encore, sur un amas de buzzs divers décelable malgré les plaintes métalliques élaborées par le batteur Christian Wolfarth sur cymbales (Buzz Aldrin), ou autant que chacun de ses partenaires, qui accompagnent à coups de pratiques instrumentales déviées leur musique jusqu’au limbe (Lone Star). Changeant des mouvements bruitistes et las rencontrés partout, Frogmouth expose différentes formes d’aigus avant d’accueillir une nappe discrète sortie d’un sampler, instable et bientôt bousculée par la virulence du groupe - violoncelliste Michael Moser en tête. Soit, 16 minutes brillantes postées au creux de 33 autres, à l’origine, elles, de microcosmes ravissants.

Christian Weber : 3 Suits & a Violin (HatOLOGY / Harmonia Mundi)
Edition : 2006.
CD :
01/ Pony Music 02/ Sun Perspectives 03/ Buzz Aldrin 04/ Camping Light Night 05/ Frogmouth 06/ Lone Star
Guillaume Belhomme © Le son du grisli


Ned Rothenberg, Matthias Ziegler, Peter Schmid: El Nino (Creative Works - 2006)

ninosliEn compagnie du flûtiste Matthias Ziegler et du saxophoniste et clarinettiste Peter A. Schmid, l’Américain Ned Rothenberg s’adonne sur El Nino à une improvisation emportée et ludique. Et adresse, dans le même temps, un hommage aux graves.

C’est que les instruments utilisés ici ne laissent pas d’autres choix: clarinettes basse ou contrebasse, flûte contrebasse, saxophone subcontrebasse, etc. Animés d’un bout à l’autre du disque par la fièvre euphorique du trio, les instruments servent des constructions baroques et répétitives (SchRotZ #1), dessinent des entrelacs chastes (SchRotZ #2) ou fantasment un transport dans les steppes d’Asie centrale (ShakuhaZiSch).

Ici plus expérimentale, la pratique n’en devient pas opaque pour autant (SchRotZ #3) ; versant dans un classique affecté ailleurs, l’ensemble perd nettement de son charme, le temps du d’un duo Ziegler / Schmid (ZiSch) ou en introduction d’un ZiRoth #1 que Rothenberg et Ziegler parviendront finalement, à force de stimulation maligne, à sublimer.

Alors, si l’écart entre les sages expérimentations et les poses plus maniérées brouille l’ensemble, restent des moments brillants, à l’image de SchRoth #14, combinaison convulsive qui porte El Nino au statut de recueil convaincant.

01/ SchRotZ #1 02/ SchRotZ #2 03/ SchRotZ #3 04/ ZiSch #2 05/ SchRoth #14 06/ ShakuhaZiSch 07/ ZiRoth #1 08/ SchRotZ #5 

Ned Rothenberg, Matthias Ziegler, Peter Schmid - El Nino - 2006 - Creative Works.


Jack Wright : The Indeterminate Existence (Last Visible Dog, 2006)

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Sept morceaux choisis reviennent sur les efforts en solo fournis par Jack Wright ces quinze dernières années. « Difficile d’écoute », prévient le label. Pourtant, pas le plus hermétique des enregistrements du saxophoniste. Et même, parfois, quelque chose de supérieur.

Sur chaque titre, Wright dit la même chose – The Indeterminate Existence -, mais ses façons diffèrent : sectionnant quelques aigus ou accueillant les notes longues, sacrifiant tout aux plaintes roboratives ou décidant d’un temps libre à employer de manière plus ludique, multipliant les techniques de transformation de la note pure comme il distribue les décorations borderline – grognements, raclements, souffles décentrés.

Les formes hétéroclites que Wright met au jour se bousculent donc sans ordre établi, mais laissent assez d’espace à des figures plus policées : tentatives timides de recherche mélodique, spirales redondantes du soprano ou airs de swing du ténor. Histoire, sans doute, de ne pas se reprocher un jour ou l’autre de ne pas avoir su tout expulser.

Jack Wright : The Indeterminate Existence (Last Visible Dog)
Edition : 2006.
CD : 01/ - 02/ - 03/ - 04/ - 05/ - 06/ - 07/ -
Guillaume Belhomme © Le son du grisli


Terry Riley: Poppy Nogood and the Phantom Band All Night Flight (Elision Fields - 2006)

rileygrisliS’il est à l’origine d’un courant minimaliste américain qui aura pu, ici ou là, être gagné par une certaine austérité formelle, le compositeur Terry Riley démontrait en 1968 que les variations répétitives pouvaient aussi se permettre une exubérance plus séditieuse.

Enregistré en concert, Poppy Nogood and the Phantom Band All Night Flight donne à entendre Riley à l’orgue électrique et au saxophone soprano. Hypnotique dès l’ouverture, la musique imbrique des nappes oscillantes - soumises au delay ou à la consistance changeante de leur envergure sonore – et les interventions insatiables du soprano, là pour asseoir la transe ou, au contraire, la heurter sans jamais arriver à briser l’accoutumance.

Visiblement à l’aise, Riley sert une musique répétitive qui joue autant de ses influences (modes indiens ou musique gnaoua) que de préoccupations plus immédiates : expérimentations électroniques hybrides mises au service d’un psychédélisme d’un nouveau genre. Le tout, capable de mettre d’accord différents types d’auditeurs curieux.

CD: 01/ - 02/ - 03/ - 04/ - 05/ -

Terry Riley - Poppy Nogood and the Phantom Band All Night Flight - 2006 - Elision Fields. Distribution Differ-ant. 



Alexander von Schlippenbach : Piano Solo Twelve Tone Tales, Vol. 1 & 2 (Intakt, 2006)

schlippentwelvesliSur deux volumes séparés, Alexander von Schlippenbach interprète, seul au piano, quinze compositions personnelles et six reprises. Délicat ou emporté ; toujours leste.

Evoluant sans garde-fou, Schlippenbach investit aussi bien le champ classique – mêlant touches impressionnistes et expressionnistes (Devices and Desires, ou le plus que lent Twelve Tone Tales II) ou d’essence plus contemporaine (Twelve Tone Tales) – que celui du jazz – sur des thèmes personnels (K 2, Meo, sur lesquels le pianiste adresse quelques clins d’œil à Monk
ou Schweizer) ou non (reprises de Les de Dolphy et de All The Things You Are de Kern).

S’il bouscule parfois ses postures sages sous le coup d'une ferveur subite toujours accueillie avec bienveillance (The One, Only Thing Left), Schlippenbach construit le plus souvent une musique contemplative, déliée et délayée (Twelve Tone Tales III, Something Sweet, Something Tender), qu’il agrémente d’accents monkiens (Born Potty, Wildcat’s Proper Hit) ou estime à la lumière d’une réflexion vigilante. Avec assez de savoir-faire pour donner dans la redite sans jamais rien ressasser.

Alexander von Schlippenbach : Piano Solo Twelve Tone Tales, Vol. 1 & 2 (Intakt / Orkhêstra International)
Edition : 2006.
CD1 : 01/ Twelve Tone Tales 02/ Devices and Desires 03/ K 2 04/ Allegro Agitato 05/ The One 06/ Twelve Tone Tales II 07/ Only Thing Left 08/ Meo 09/ Lok 03 - CD2: 01/ Twelve Tone Tales III 02/ Bishop 03/ Allegorese 04/ Wildcat’s Proper Hit 05/ Born Potty 06/ All Jazz is Free 07/ Twelve Tone Tales IV 08/ Off Your Coat Hassan 09/ Les 10/ Something Sweet, Something Tender 11/ Out There 12/ All The Things You Are 13/ Trinkle Trinkle
Guillaume Belhomme © Le son du grisli


Philippe Robert: Rock, pop, un itinéraire bis en 140 albums essentiels (Le mot et le reste - 2006)

robertgrisliJournaliste  aux  Inrockuptibles,  à  Mouvement  ou  Jazz  Magazine, Philippe Robert dresse dans Rock, Pop une sélection de 140 albums se rapportant au genre et qualifiés d’essentiels pour tout amateur véritable atterré par le niveau du goût des autres, ou pour tout historien valable dénonçant l’injustice avec laquelle la mémoire collective a coutume de se fabriquer des souvenirs, soit : médiocrement.

140 albums, enregistrés entre 1965 et 2005 et disponibles sur CD, évoqués sous forme de vignettes plutôt que de chroniques, comme l’explique l’auteur en introduction, qui mêlent histoire et anecdotes, descriptions et conseils (distillés, pour chaque disque, sous la forme d’une discographie sélective et d’une liste de groupes plus ou moins similaires à celui mis à l’honneur), le tout sous la plume claire et aguerrie de l’auteur.

Alors, en une trentaine de lignes à chaque fois, Robert présente quelques chefs d’œuvres reconnus (signés John Cale, Laurie Anderson, T. Rex, ou The Clash) ou, la plupart du temps, ignorés (dus alors à Julie Tippets, Ash Ra Tempel, Keiji Haino…), adresse des couronnes bigarrées à quelques personnages ténébreux (Chris Bell, Kevin Coyne, Nick Drake, et pelletées de songwritters extirpés de sous les sables) comme il admire celles, d’un autre genre, d’adeptes assumés du flower power et de folkeux en bataille, applaudit aux mélanges radicaux et hybrides (le rock teinté de cabaret d’Henry Cow, le free rock de Guru Guru ou le folk gothique de Pearls Before Swine) et redit tout le bien qu’il pense d’ouvrages de pop expérimentale aujourd’hui devenus classiques (fomentés par Robert Wyatt, My Bloody Valentine, Sonic Youth ou Shellac).

Personnelle, la sélection se trouve, ici ou là, évidemment discutable, mais l’ouvrage n’en reste pas moins jubilatoire : par sa logique, d’abord, tenue d’un bout à l’autre par l’exégète de la pire et plus rare espèce – soit : véritablement partageuse – qu’est Philippe Robert ; par sa capacité jubilatoire, ensuite, à tisser des liens insoupçonnés entre quelques univers qu’on aurait pu croire opposés.

Philippe Robert, Rock, pop, un itinéraire bis en 140 albums essentiels, Le mot et le reste, 2007.


Lori Freedman: 3 (Ambiances magnétiques - 2006)

lorigrisliClarinettiste canadienne accumulant les partenaires (Steve Lacy, Joe McPhee, Ab Baars, Barry Guy, Misha Mengelberg…) comme d’autres collectionnent les médailles, Lori Freedman présente ici des extraits choisis de 3 récents et affables trios.

Aux côtés de René Lussier (guitare électrique) et de Martin Tétreault (turntables), Freedman combine les élans de sa clarinette basse et les perles bruitistes de Tétreault (Skroawng, Seven) ou rivalise avec les postures amusées de Lussier – blues défait sur Spaghetti brûlé, rock nerveux sur The Tribe of Triclops.

Plus atmosphériques, les pièces concoctées en compagnie de Jean Derome (saxophone et objets) et Rainer Wiens (guitare préparée et percussions) dessinent une irrégulière rose des vents (The Light of Night), disposent selon des patrons parallèles des drones de tout essences (Six Degrees), ou cèdent à la nécessité d’un assaut final emporté par la fougue du saxophone et de la clarinette (Tigresse).


Plus conventionnelles, les improvisations menées par Freedman, le contrebassiste Nicolas Caloia et la percussionniste Danielle Palardy-Roger, rappellent les enregistrements du Spontaneous Music Ensemble – avec (Chrysalis, Lipsync) ou sans (Babalou, Poussière de lune) véritable conviction. Sorte de retour aux sources improvisées comme moyen de diversifier le propos singulier de Lori Freedman.

CD: 01/ Skroawng 02/ The Tribe of Triclops 03/ Dohseedoh 04/ Seven 05/ Spaghetti brûlé 06/ The Light of Night 07/ Six Degrees 08/ Ipanemean Trionychid 09/ Tigresse 10/ Chrysalis 11/ Babalou 12/ Poussière de lune 13/ Lipsync

Lori Freedman - 3 - 2006 - Ambiances magnétiques. Distribution Orkhêstra International.


L'ocelle mare: L'ocelle mare (Ruminance, 2006)

l'ocelle mare

Extirpé de Cheval de frise, le guitariste Thomas Bonvalet poursuit en solo sa quête de compositions instables et frénétiques, refusant l’évidence comme d’autres colorient au-delà des bords.

C’est que, transformées sous les coups – notes précipitées, cordes (r)attrapées à l’arrache, salves expiatoires et interventions impromptues - les 16 pièces du disque ne peuvent rêver longtemps de contours arrêtés. Energiques ou lasses, elles changent d’apparence selon la faculté de convaincre d’un médiator soudain en proie au doute, d’arpèges abondants mais soignés, ou d’un volume sonore hésitant qui fait ici office d’effet.

Usant avec parcimonie d’éléments rythmiques légers, d’un harmonica et d’un banjo (instrument qui réduit indéniablement les perspectives), Bonvalet fleurit un propos fait expressément pour lui échapper, qui trouve seul son chemin entre élans répétitifs et mouvements inopinés, pour accéder enfin aux promesses inédites de brusqueries tenant du sensationnel. Sans doute plus poli qu’avant, et en conséquence moins dérangé, Bonvalet aura pu rendre son tir plus précis.

L'ocelle mare : L'ocelle mare
Ruminance
Edition : 2006
CD : 01-16/ -


Omri Ziegele, Billiger Bauer: Edges & Friends (Intakt Records - 2006)

bilisliEmmené par le saxophoniste et chanteur Omri Ziegele, le collectif suisse Billiger Bauer – qui compte parmi ses rangs le batteur Dieter Ulrich et la pianiste Gabriela Friedli – met au jour une Zurich sous influence africaine, capable aussi d’élans singuliers.

Si Edges & Friends se contentait de servir un jazz hésitant entre swing et postures free (Africa Now), un funk porté par l’unisson de l’alto de Ziegele et du soprano de Jürg Wickihalder (Nursery Rhyme), ou encore, un décorum permettant au leader de déclamer Robert Creeley ou Dylan Thomas (Two Ways to No Answer, If We Were Children), son seul panache ne suffirait pas à rendre la chose originale.

Mais Billiger Bauer aère son bouquet d’influences au moyen d’un vocabulaire hérité d’une sérieuse pratique improvisée et de quelques tournures contemporaines. Divertissants, alors, les motifs répétés par le violoncelle de Bernhard Göttert (Two Ways to No Answer), les insistances irritantes du piano de Friedli (Be There), ou encore, les virulences collégiales qui emportent, finalement, Edges & Friends.

Insultants premiers de la classe que l’on aurait décoiffés, Billiger Bauer accommode avec efficacité son jeu classique et sa découverte d’un souffle libertaire et ardent. Assez rare pour être ignoré.

CD: 01/ Prologue 02/ Nursery Rhyme 03/ Two Ways to No Answers 04/ Edges & Friends 05/ Be There 06/ If We Were Children 07/ Holes of Time 08/ Africa Now

Omri Ziegele, Billiger Bauer - Edges & Friends - 2006 - Intakt Records. Distribution Orkhêstra International.



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