Le son du grisli

Bruits qui changent de l'ordinaire

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A la question : interviewsAu rapport : impressions de concertsEn théorie : l'improvisation par l'écrit : John Butcher & Evan Parker

Empty Cage Quartet : Hello the Damage! (pfMentum, 2006)

empty cage quartet hello the damage

Deux  ans après  un  premier  album  produit  par  le  label  Nine  Winds, Empty Cage Quartet présente Hello The Damage!, double CD issu de l’enregistrement d’un concert donné au Café Metropol de Los Angeles, fin décembre 2005.

Interprétant des compositions signées de deux de ses membres - le trompettiste
Kris Tiner et le saxophoniste et clarinettiste Jason Mears -, le quartette confectionne un jazz soutenu parcouru de dissonances, répétitions, et entrelacs spécieux, adressant ici ou là quelques clins d’œil : à Jimmy Lyons sur Attack of the Eye People, à l'Art Ensemble sur The Mactavish Rag.

Lorsqu’il ne fait pas siffler son alto sur les roulements sophistiqués du batteur Paul Kikuchi (And Who Is Not Small), Mears avance à pas comptés à la clarinette avant d’être rejoint par un Kris Tiner criard, passé, lui, au bugle (The Empty Cage). Après une chute dessinant quelques cercles, le groupe retrouve le calme d’après tempête (Swan-Neck Deformity), et décide d’en faire le prétexte adéquat pour conclure le concert, aussi long que passionnant.

Empty Cage Quartet : Hello the Damage! (pfMentum)
Edition : 2006.
2CD : CD1 : 01/ Attack of the Eye People - Who Are They If We Are Them? - The Mactavish Rag 02/ And Who Is Not Small - Function 3 - CD2: 01/ Swan-Neck Deformity - The Empty Cage - Swim Swim Swim, Eat Eat Eat
Guillaume Belhomme © Le son du grisli

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Pit Er Pat : Pyramids (Thrill Jockey, 2006)

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Deuxième album de Pit Er Pat, Pyramids confirme les qualités indéniables du trio. De celles, peu répandues chez les groupes pop, capables de bâtir une identité véritable.

Commencé sur le rythme d’une ballade rehaussée d’inserts hybrides (Brain Monster), l’album n’arrêtera pas de faire défiler les morceaux différents et les décisions surprenantes : folk déglingué sur programmations déraillant (Seasick), pop aux charmes tenant de l’évidence (Solstice), comptines angoissées (Moon Angel, Baby’s Fist) ou instrumentaux atmosphériques (Rain Clouds).

Ailleurs, les morceaux peuvent avancer quelques influences : The Faith’ Healers, au son de complaintes crachantes telles que Swamp ou Pyramid ; Broadcast, lorsque le trio donne dans une pop électroacoustique en équilibre précaire (Time Monster) ; ou encore Electrelane, sur No Money = No Friend.

De pop peu rassurante – les imperfections, feintes ou non, de l’interprétation en rajoutant -, Pyramids est un disque radieux. Célébrant le genre de féerie jamais loin du cauchemar, et musique qui interdira toujours à ses compositeurs - parce que trop raffinés - d’en tirer profit dans la réalité.

Pit Er Pat : Pyramids (Thrill Jockey / Pias).
Edition : 2006.
CD : 01/ Brain Monster 02/ Seasick (Hang Ten) 03/ Time Monster 04/ Baby’s Fist 05/ Swamp 06/ Pyramid 07/ No Money = No Friend 08/ Solstice 09/ Rain Clouds 10/ Skeletons 11/ Moon Angel
Guillaume Belhomme © Le son du grisli

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Frode Gjerstad, Kjetil Brandsal : Antiphonic (Utech, 2006)

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Antiphonic – tirage limité à 200 exemplaires – trouve Fröde Gjerstad (basse saxophone, clarinette) et Kjetil Brandsal (basse électrique) improvisant au son d’un mélange de jazz et de rock soutenu. Forcément expérimental, et sans concessions.

Distribuant larsens et saturations, Brandsal se charge du bruitisme électrique tandis que Gjerstad, en réponse, élabore des précipitations aiguës de clarinette (01) ou fait de stridences de saxophone quelques parallèles convaincants aux larsens de la basse (03). Soit, rien de compliqué, les élans partis plutôt à la recherche du bruit efficace. Ou encore, de la confection patiente d’une pièce offerte aux instincts les plus libres de Gjerstad, qui profite sur 02 de l’espace concédé par les oscillations discrètes de la basse, ou d’une progression sombre et grouillante croulant sous les plaintes rauques du saxophone. Autrement encore, le duo peut rappeler la collaboration de Zu et Spaceways Inc, puisqu’il combine un rock orienté métal aux divagations free des instruments à vent. Furieux, extrême sans doute, mais honnête et décisif.

Frode Gjerstad, Kjetil Brandsal : Antiphonic (Utech Records)
Edition : 2006.
CD : 01/ 01 02/ 02 03/ 03 04/ 04 05/ 05 06/ 06
Guillaume Belhomme © Le son du grisli

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Von Freeman: Good Forever (Premonition - 2006)

vfreemanEn compagnie du trio qui l’accompagnait sur The Great Divide - précédent enregistrement publié en 2004 par Premonition – Von Freeman dit avoir voulu adresser avec Good Forever un hommage particulier à ses admiratrices.

Chaleureux, il entame d’abord une ballade suave - son ténor tirant sereinement parti de l’accompagnement du pianiste Richard Wyands (Why Try To Change Me Now). Avant de suivre la voie d’un swing (An Affair To Remember) ou d’un bop (A Night In Paris) qu’il sait efficaces, mais qu’il prend aussi un malin plaisir à écorcher.

Dérapant volontairement ici ou là, il décide d’accrocs applicables à la mélodie en guise de décorations, poussant un cri au milieu des phrases nettes ou abusant des rauques caverneux. En préservant toujours l’essentiel : blues goguenard d’ I’ll Never Be Free, ou autre swing, porté haut par la contrebasse de John Webber et la batterie de Jimmy Cobb (Didn’t We).

Sous couvert de romantisme sur lequel souffle un parfum de Paris, Von Freeman aura servi avec intelligence un classicisme certain et fait preuve, dans le même temps, d’excentricités chastes. Avec le savoir-faire d'un avant-gardiste
reconnaissant.

CD: 01/ Why Try To Change Me Now 02/ An Affair To Remember 03/ A Night In Paris 04/ Smile 05/ I’ll Never Be Free 06/ Didn’t We

Von Freeman - Good Forever - 2006 - Premonition Records. Distribution Orkhêstra International.

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Peter Brötzmann: Pica Pica (Atavistic - 2006)

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Parce qu’Han Bennink - avec lequel ils avaient l’habitude de jouer - s’adonnait au jazz d’avant-garde avec Misha Mengelberg, Peter Brötzmann et Albert Mangelsdorff trouvèrent en Günter Sommer un percussionniste de substitution, certes, mais aussi de taille. Cet enregistrement de 1982 au Jazzfest Unna en est la preuve.

Dès Instant Tears, les trois musiciens exposent leurs différences, tout en courant derrière la même méthode instinctive: Sommer déployant un jeu tendu, proche d’un rock chargé ; Mangelsdorff ayant recours à la répétition discrète et à l’usage de silences ; quand Brötzmann façonne à son image un free déambulatoire au gré des saxophones qu’il utilise – alto, ténor et baryton.

Baryton avec lequel le saxophoniste sonnera la charge du trio dans la dernière partie d’Instant Tears, qui contrastera avec l’allure de Wie du Mir, So Ich Dir Noch Lange Nicht, même si le saxophone et le trombone y soufflent encore le chaud et le froid sur le rythme alangui décidé par un Sommer ici plus subtil.

Plutôt à l’aise sur chacune des progressions, le trio construit peu à peu un free jazz singulier mis au service d’une fronde complice. Terminée au son de Pica Pica, pièce courte qui imbrique les courts rebonds des vents sur cadence soutenue, et simule une danse de Saint Guy en guise de conclusion conciliatrice.

Peter Brötzmann : Pica Pica (Atavistic / Orkhêstra International).
Enregistrement : 1982. Réédition : 2006.

CD : 01/ Instant Tears 02/ Wie du Mir, So Ich Dir Noch Lange Nicht 03/ Pica, Pica
Guillaume Belhomme © Le son du grisli

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Ute Völker: Anthrazit (Free Elephant - 2006)

volkergrisliRares, les enregistrements improvisés au son de l’accordéon. Et pourtant. Si Anthrazit n’est pas le disque le plus joyeux à avoir été enregistré ces derniers mois, Ute Völker défend là une esthétique aussi véritable que personnelle.

Echappée de Partita Radicale
, Völker dresse ici en solo des pièces d’allures changeantes : mélanges angoissés de graves divers mais grouillant tous (Obsidian, Graphit), fantasmes de drones déliquescents (Basalt, Anthrazit), ou progressions chaotiques permises par une intensité sous dépression (Gabbro).

Moins convaincante lorsqu’elle sacrifie l’essentiel au profit de l’emportement dramatique (Antimonit, Svenit), l’accordéoniste trouve l’issue qui la sauve dans des gestes contraires : jouant des silences et de notes allongées sur Magnit, ou évaluant patiemment la construction de Diorit.

Curieux d’abord, Anthrazit a donc des avantages. Qui excusent ses ratés. Et emporteront sans doute n’importe quel frileux aux musiques improvisées.

CD: 01/ Hämatit 02/ Obsidian 03/ Basalt 04/ Gabbro 05/ Antimonit 06/ Bleiglanz 07/ Svenit 08/ Lava 09/ Diorit 10/ Magnit 11/ Anthrazit 12/ Graphit

Ute Völker - Anthrazit - 2006 - Free Elephant.

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Burton Greene: Ins And Outs (CIMP - 2006)

greenesliAvec Ins And Outs, Burton Greene dit avoir voulu renouer avec un jazz traditionnel, au sein d’une formation stabilisante – trio qu’il forme avec le contrebassiste Ed Schuller et le batteur George Schuller.

Impatient sans doute, le trio sacrifie d’abord l’intelligence au profit d’une efficacité grossière (Skumpy, dans lequel le pianiste glisse facéties et clins d’œil roublards), avant d’entamer un blues tenant de l’ambiance de piano-bar (Tale of Woe) comme il se montrera, plus tard, capable d’une ballade mollasse (Gentle Wind and Falling Tear).

Parti de cette manière, le trio semblait incapable de faire entendre ailleurs un retour aux sources honnête et convaincant. Pourtant, dès Burkina Faso Swing, les choses évoluent. Le jeu est plus réfléchi, et mène savamment à Chromatical Manner, progression ombrageuse partie d’une phrase répétée de piano. L’un et l’autre thème signés Syl Rollig, femme du pianiste, qui aura œuvré comme tant d’autres à sortir son mari du gouffre.

Maintenant bien lancé, Greene mène un boogie éclaté (When In Front, Get Off My Back), un bop enlevé dans lequel il déploiera autant du rage qu’il avait coutume de le faire 40 ans auparavant (63rd&Cottage Groove), pour se montrer enfin à la hauteur de l’ambitieux Summation, qui mêle naturellement évidence et expérimentations. Qui conclut un set bien plus remarquable qu’il n’avait été décevant.

CD: 01/ Skumpy 02/ Tale Of Woe 03/ Burkina Faso Swing 04/ Chromatical Manner 05/ 63rd&Cottage Groove 06/ Gentle Wind And Falling Tear 07/ When In Front, Get Off My Back 08/ Summation

Burton Greene - Ins And Outs - 2006 - CIMP. Distribution Improjazz.

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Frode Gjerstad: The Welsh Chapel (Cadence - 2002)

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Auprès d’une section rythmique dont l’intimité n’était déjà, en 2002, plus à démontrer – celle formée par le contrebassiste John Edwards et le batteur Mark SandersFrode Gjerstad passe de la clarinette basse au saxophone alto, et mène une autre forme d’improvisation efficace.

Lorsqu’il ne sert pas une pièce arythmique de la taille de The Welsh Chapel: Part 5 – déconstruit forcément, mais d’une déconstruction mesurée -, le trio rend une musique jouant de ses connaissances : ainsi, le free jazz de Gjerstad investit les intonations funk d’Edwards (Part 1) ou le swing imposé par la batterie de Sanders (Part 3).

Ne s’interdisant pas de recourir à la mélodie (Part 4), le saxophoniste tire des musiciens qui l’accompagnent un atout supplémentaire et complémentaire, qui met autrement au jour ses qualités. Assurant en quelque sorte la direction du set, Sanders et Edwards permettent au leader, débarrassé de ses obligations de surveillance, les digressions les plus fantasques et les envolées les plus extrêmes (Part 2). Qui élèvent encore un peu le champ de ses possibilités.

CD: 01/ The Walesh Chapel: Part 1 02/ The Walesh Chapel: Part 2 03/ The Walesh Chapel: Part 3 04/ The Walesh Chapel: Part 4 05/ The Walesh Chapel: Part 5

Frode Gjerstad, John Edwards, Mark Sanders - The Welsh Chapel - 2002 - Cadence Jazz Records.

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Nauseef, Mori, Courvoisier, Quintus: Albert (Leo Records - 2006)

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Quatre improvisateurs iconoclastes - Mark Nauseef (percussions), Sylvie Courvoisier (piano), Ikue Mori (ordinateur) et Walter Quintus (enregistrement et traitement sonore) - fêtant le 100ème anniversaire du chimiste suisse Albert Hofmann - longtemps intéressé aux effets du LSD selon méthode absorptive -, et voici Albert, précis d’hallucinations électroacoustiques.

Utilisant des enregistrements de la voix d’Hofmann, le groupe promène la figure du savant d’une jungle de percussions minimales (Creative Spirit of God) à une zone dépressionnaire soumise au bon vouloir de fulgurances diverses (électroniques, surtout, sur L.S.D. Came To Me, ou acoustiques sur Nothing Is Obvious), et d’un monde de métal réverbéré (The Chemistry of Ergot) à un champ mélodique incertain (la déflagration électronique de This Fundamental Truth).

Combinant habilement les interventions du piano et quelques drones oscillants (Psychedelic Induced Revelations, Mystery of The Matter), les divers élans acoustiques et les reverses instantanés dont ils sont le matériau (Creative Spirit of God), les musiciens enferment en 10 pilules leur apologie insouciante, conscients qu’on ne peut résister longtemps, comme le conclura Hofmann, au mystère de la matière.

Albert came to me. Albert must come to you.

CD: 01/ The Chemistry of Ergot 02/ Creative Spirit of God 03/ Psychedelic Induced Revelations 04/ L.S.D. Came To Me 05/ Albet’s Alchemy 06/ Nothing Is Obvious 07/ Mystery of the Matter 08/ I Synthesized It 09/ L.S.D. Must Come To You 10/ This Fundamental Truth

Nauseef, Mori, Courvoisier, Quintus - Albert - 2006 - Leo Records. Distribution Orkhêstra International.

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Rafael Toral: Space (Staubgold - 2007)

toralStaubgoldisé, Rafael Toral. Qui a rangé guitares chuintantes et amas de nappes chargées pour un ordre tout droit sorti de claviers, et l’usage timide d’une trompette. Au son desquels il saura pourtant convaincre.

D’abord, ce qui semble être quelques tirs d’armes de science-fiction sur fond d’ambiance sonore là pour imposer l’espace à coups de souffles et de supposées déflagrations. Puis des notes espacées, fantasmant le recours à un vibraphone, auteur de courses et de rebonds rappelant Neroli de Brian Eno (I).

Jusque là, donc, rien d’inédit. Jusqu’à l’entrée d’aigus réverbérés, et des notes glissantes sorties de la trompette (IIa). En pleine zone de perturbation, Toral imbrique quelques basses concises et les allures d’un tympanon (IIb), avant que ne s’engouffrent des vents, ne pointe un râle léger, et que l’auditeur ressente ou suppose une présence humaine (IIIb).

Alors, inéluctablement, voici le retour de l’agitation. En un amas dense de nouveaux tirs, de phrases sifflantes et de rebonds toujours répercutés. La trompette peut bien évoquer Jacques Coursil ou Don Cherry, on tentera de la noyer sous une vague percussive recouverte de frottements. Les derniers craquements faits réminiscence de ce qui a passé, éteints bientôt pour clore le parcours.

CD: 01/ I 02/ IIa, IIb, IIc 03/ III

Rafael Toral - Space - 2007. Staubgold. Distribution La baleine.

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