Le son du grisli

Bruits qui changent de l'ordinaire

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Jackie McLean de Guillaume BelhommeParution : le son du grisli #5PJ Harvey : Dry de Guillaume Belhomme
Archives des interviews du son du grisli

John Butcher, Paal Nilssen-Love : Concentric (Clean Feed, 2006)

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Deux ardents défenseurs de l’improvisation - le saxophoniste John Butcher (aux côtés de Derek Bailey ou John Stevens, entre autres) et le batteur Paal Nilssen-Love (fidèle partenaire de Ken Vandermark et Mats Gustafsson)  - alliaient en 2001 leurs pratiques déviantes sur Concentric.

Emporté dès Pipestone, le duo combine les notes éreintées et les bruits de clefs du soprano et l’exaltation sans frein de la batterie, interroge l’amas d’expérimentations de différentes origines (cymbales grinçantes et sifflements du saxophone sur Point Lobos) ou impose une période de déconstruction échevelée à l’invention par Butcher d’une mélodie hantée par Prokofiev (Mono Lake).

Pas satisfaits encore, Butcher et Nilssen-Love s’attaquent à The Stob, pièce maîtresse de l’ouvrage sur laquelle s’affrontent les rauques d’un saxophone bientôt rattrapé par ses aigus et les propositions changeantes d’une batterie évaluant la profondeur de ses toms. L’entente est impeccable et, pour mieux la sceller, le duo multiplie les répétitions mélodiques avant de s’en aller. Content, qui peut se dire satisfait après avoir fait preuve d’exigence.

John Butcher, Paal Nilssen-Love : Concentric (Clean Feed / Orkhêstra International)
Enregistrement : 2001. Edition : 2006.

CD :
01/ Pipestone 02/ Mono Lake 03/ Point Lobos 04/ The Stob
Guillaume Belhomme © Le son du grisli



Hauschka : Versions of the Prepared Piano (Karaoke Kalk, 2007)

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Près de deux ans après la sortie de The Prepared Piano, Volker Bertelmann, ou Hauschka, voit son album remixé par quelques collègues choisis, parmi lesquels on trouve Tarwater, Nobokazu Takemura, ou TG Mauss.

L’exercice est difficile, qui veut faire de remixes élaborés par différents musiciens un album intéressant d’un bout à l’autre, et Versions of the Prepared Piano n’est pas l’exception qui confirme la règle. Ainsi, il fait défiler les versions insipides (pop naïve jusqu’au mièvre d’Eglantine Gouzy et Chica and the Folder, electronica peu subtile de Barbara Morgenstern ou carrément nauséeuse de Vert), les propositions tièdes (signées Wechsel Garland, TG Mauss ou Tarwater) et les rares relectures inspirées.

Au nombre de celles-ci : Assembler’s Mix, de Nobukazu Takemura, construction instable qui boucle quelques cordes sur un décorum électronique ; Kotoba Naku, de Takeo Toyama, condensé de pop japonaise extatique ; Flying Horses, de Volker Bertelmann lui-même, qui trace un parallèle de circonstance avec l’œuvre des High Llamas. Certes, de quoi relever l’ensemble un peu, mais sans doute pas suffisamment.

Hauschka : Versions of the Prepared Piano (Karaoke Kalk)
Edition : 2007.
CD : 01/ Eglantine Gouzy, Mr. Spoon 02/ Barbara Morgenstern, Im Schlaf 03/ Nobukazu Takemura, Assembler’s Mix 04/ Wechsel Garland, Es Waren Einmal 05/ Takeo Toyama, Kotoba Naku 06/ TG Mauss, Things 07/ Vert, Rocket Man 08/ Frank Bretschneider, Stumm 09/ Mira Calix, Without Morning 10/ Chica and the Folder, Para Bien 11/ Hauschka, Flying Horses 12/ Tarwater, Words of Things to Touch
Guillaume Belhomme © Le son du grisli


The No-Neck Blues Band: Nine for Victor (Victo - 2007)

forvictorsliEnsemble new-yorkais improvisant depuis 1992 des happenings psychédéliques, The No-Neck Blues Band était, en 2005, l’invité du 22eme Festival international de musique actuelle de Victoriaville. Nine for Victor n’étant rien d’autre que l’enregistrement du concert qu'y a donné le groupe.

Ouvert au son des heurts provoqués par la rencontre d’une électronique tourmentée et de guitares sous effets, le concert trahit bientôt les influences éclatées du groupe : déploiements sombres et implacables propres au krautrock (Cacao Grinder, Julius : Tainted by Ore), préoccupations sur piano de Charlemagne Palestine
(Pylorus in Repose), mirage de minimalisme américain (Calibrating the Anvil) ou décorum extra-terrestre rappelant celui de Sun Ra (Dosed).

Osant même une ballade hors de propos mais convaincante (Brain Soaked Hide), The No-Neck Blues Band impose à Victoriaville son originalité, par la mise au jour d’un univers hybride, accueillant aussi bien les dernières tentatives de post-punks égarés que les visions idéalistes de hippies à la révolte non endormie par les substances.

CD: 01/ Cacao Grinder 02/ Pylorus in Repose 03/ Julius : Tainted by Ore 04/ Lady Vengeance 05/ Dosed Cremant 06/ Four Heat Food 07/ Calibrating the Anvil 08/ Brain Soaked Hide 09/ Tonsillar

The No-Neck Blues Band - Nine for Victor - 2007 - Victo. Distribution Orkhêstra International.


Martin Küchen Trio: Live at Glenn Miller Café (Ayler Records - 2007)

kucsliEchappé d’Exploding Customer, le saxophoniste Martin Küchen jouait en 2006 aux côtés du contrebassiste Per Zanussi et du batteur Raymond Strid, section rythmique bi générationnelle mettant davantage en valeur les qualités de son leader.

Rugueux, rappelant par certains côtés Hamiet Bluiett, Küchen dépose d’abord une lente et judicieuse progression mélodique (The Indispensable Warlords), avant de mener son groupe à l’assaut d’un free jazz sans artifices, emporté (Strid Comes) ou habilement dissimulé pour mieux gagner ensuite en présence (No. 8).

Servant aussi une déconstruction plus sombre (No. 6), le trio aura mis en place au Glenn Miller Café un jazz d’embrouilles altières et concrètes, dont l’infaillibilité redore les blasons de Küchen et Zanussi, dans le même temps qu’il confirme la stature de Strid.

CD: 01/ The Indispensable Warlords 02/ Zanussi Times 03/ No. 6 04/ Strid Comes 05/ No. 8

Martin Küchen Trio - Live at Glenn Miller Café - 2007 - Ayler Records. Téléchargement.


Otomo Yoshihide : Music(s) (La Huit, 2011)

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Sur DVD, le réalisateur Guillaume Dero propose un portrait kaléidoscopique du musicien Otomo Yoshihide, et illustre les trois expériences musicales qui lui tiennent à cœur: la direction de son New Jazz Ensemble, sa pratique en solo de la guitare, et ses expérimentations sur turntables.

Ouvert, faux ami, sur le rythme d’une danse de salon interprétée par le New Jazz Ensemble lors de l’édition 2005 du Festival Banlieues Bleues, le film papillonne ensuite d’extraits de deux autres concerts – donnés à Tokyo la même année, et présentant Yoshihide seul derrière un tourne-disque ou une guitare – et de bribes d’interviews. Là, le musicien avoue ne pas vouloir séparer la composition de l’improvisation, dit ne pas faire forcément de différence entre bruit et musique, étant davantage intéressé par la texture du son que par la forme que celui-ci peut prendre.

Démontrant comment Yoshihide concrétise de manières différentes ses intentions, le film revient sur le concert donné à Pantin par un New Jazz Ensemble facétieux, qui fait dériver un swing accompli jusqu’aux marges d’un rock bruitiste, ou parsème une progression rassurante d’éléments électroniques dérangeants (Sachiko M s’en chargeant avec efficacité sur Orange Was The Colour of Her Dress and Then Blue Silk de Mingus).

A Tokyo, Yoshihide défend encore ces deux aspects de la musique comme elle lui est apparue : expérimentale, voire provocatrice, derrière ses platines ; mélodique, voire sentimentale, seul à la guitare. D’autres extraits que ceux du portrait continuent, en bonus, d’illustrer le va et vient constant et pas contradictoire d’un musicien hors pair, pour compléter un film au fond réfléchi et à la forme élégante.

Guillaume Dero : Otomo Yoshihide : Music(s) (La Huit).
Edition : 2011.

DVD1: Music(s) - DVD2: Bonus
Guillaume Belhomme © Le son du grisli



Memorize the Sky: Memorize the Sky (482 Music - 2007)

memogrisliA l’automne 2005, le saxophoniste et clarinettiste Matt Bauder (remarqué deux ans plus tôt auprès d’Anthony Braxton), le contrebassiste Zach Wallace et le percussionniste Aaron Siegel, enregistraient six heures d’improvisation, dont ils tireront Memorize the Sky, premier album d’un trio existant depuis une dizaine d’années, et baptisé pareil.

S’ils sont capables de défendre une mélodie apaisante au moyen d’une clarinette basse et d’un vibraphone (Etch of Wood), les musiciens ne s’en satisfont pas longtemps, préférant s’adonner ailleurs à des exercices d’expérimentation lente (Raft of Stone, House of Wind) ou prôner une musique répétitive bousculée de temps à autre par quelques sautes d’humeur, nouveau minimalisme estampillé américain (Field of Ice).

Déjà convaincant, le trio gagne encore en persuasion lorsque Bauder et Siegel interviennent sauvagement sur l’unique note de basse, insistante, de Cloud of Clay, ou lorsque les trois musiciens combinent leurs efforts (plaintes aigues du saxophone sur drones fomentés par un archet grave et une caisse claire vibrante) pour mettre au jour un crescendo implacable (Path of Spider). De quoi y revenir, donc, et souvent.

CD: 01/ Raft of Stone 02/ Lake of Light 03/ Etch of Wood 04/ Field of Ice 05/ House of Wind 06/ Cloud of Clay 07/ Brick of Fire 08/ Path of Spider

Memorize the Sky - Memorize the Sky - 2007 - 482 Music.


Joseph Jarman: As If It Were The Seasons (Delmark - 2007)

jarmangrisliEn 1968 - soit, avant d’avoir intégré l'Art Ensemble of Chicago, le saxophoniste Joseph Jarman construisait entre amis triés sur le volet A.A.C.M. (Muhal Richard Abrams, Fred Anderson, John Stubblefield, entre autres) une ode foutraque à un free d’expression spirituelle.

Sorti d’une jungle percussive dépeinte en ouverture, As If It Were The Seasons ose une impression d’Afrique apaisée sur laquelle s’invitent les irruptions free que Jarman s’autorise entre des phrases sages et soul déposées à l’alto. Après que Sherri Scott aura donné de la voix, le contrebassiste Charles Clark imposera un gimmick fait pour lancer Song To Make The Sun Come Up, charge plus revendicatrice gonflée par la batterie de Thurman Baker.

Rejoint par six autres musiciens (dont Abrams, Anderson et Stubblefield), le quartet entreprend ensuite Song For Christopher. Free collégial habité par les us et coutumes du gospel, le morceau se fait lyrique lorsque intervient Scott, refuse, régénéré sans cesse par le piano d’Abrams, toute compromission, pour consacrer enfin ses dissonances lestes au son de l’intervention puissante des trois saxophones. L’art et la manière de glorifier un free bouleversant, qui disparaîtra comme il était apparu, parmi les percussions multiples et annonciatrices de retour, As If It Were The Seasons / Repeat all.

CD: 01/ As If It Were The Seasons / Song to Make The Sun Come Up 02/ Song for Christopher

Joseph Jarman - As It It Were The Seasons - 2007 (réédition) - Delmark. Distribution Socadisc.


Japanese Music: Tradition & Avant-Garde in Japan (Col Legno - 2006)

japasliEnregistré en concert à Hanovre en 1999, Tradition & Avant-Garde in Japan se penche sur l’héritage classique du japon et sur l’empreinte laissée par celui-ci dans l’œuvre du compositeur contemporain Toshio Hosokawa. Après avoir interprété trois œuvres pour voix, koto et shamisen, écrites aux 17, 18 et 19ème siècles, les quatre musiciens en place en donnent trois autres, signées Hosokawa.

La tradition, d’abord, de laquelle se dégage une esthétique de la mesure, qu’elle mêle élégamment le chant et les interventions du koto (Chidori No Kyoku) ou développe une profondeur inquiète au sein de laquelle deux voix interrogées jusqu’aux derniers graves se laissent porter à intervalles réguliers par la brillance du shamisen (Nasuno).

Données ensuite, les pièces signées Hosokawa relèvent d’une combinaison savante entre tradition et musique contemporaine occidentale. Evoquant encore un déroulement naturel, voire organique, de la musique, elles accueillent dans le même temps des attaques plus abruptes (Nocturne), revoient leur métrique ou étagent leurs constructions jusqu’à prôner une apparence dérangée (Banka).

Lente exploration de quatre siècles de musique classique japonaise, Tradition & Avant-Garde in Japan promène son auditeur au gré d’un développement étudié – de la quiétude au doute -, et redit l’héritage des instruments qu’il emploie - jouets, parfois, d’occidentaux contents de se croire ouverts aux différences, quant ils ne font que remplir de leur (in)suffisance quelques instruments glanés au loin.

CD: 01/ Chidori No Kyoku 02/ Hachidan No Shirabe 03/ Nasuno 04/ Nocturne 05/ Banka 06/ Koto-Uta

Japanese Music: Tradition & Avant-Garde in Japan - 2006 (réédition) - Col Legno.


Rob Brown: Sounds (Clean Feed - 2007)

brownsliAux côtés du violoncelliste Daniel Levin et du percussionniste Satoshi Takeishi, le saxophoniste Rob Brown interroge les capacités de sa pratique ordinairement libérée à répondre à quelques exercices de style.

En rendant d’abord Sounds, composition écrite à l’origine pour les besoins d’une création chorégraphique signée - pour les spécialistes - Nancy Zendora. Partie au son d’un blues discret perturbé par les dépressions free ayant raison de l’alto de Brown (Archaeology), la pièce dérive ensuite au gré de déraillements distillés à un mode latin dévié (Antics) puis d’une improvisation lasse et moins convaincante (Astir).

Ailleurs, le trio déploie un jazz réfléchi, pas effrayé par la reprise d’un thème tibétain – Tibetan Folk Song, bousculée bientôt par une improvisation soutenue – ou imposant la progression leste de Sinew, contraste appuyé à l’ardent Stutter Step.

Réévaluant sa manière de faire, Brown parvient au final à mettre au jour un ouvrage généreux et sophistiqué, pour avoir su tirer de ses exercices d’autres preuves de son habileté.

CD: 01/ Sounds Part I, Archaeology 02/ Sounds Part II, Antics 03/ Sounds Part III, Astir 04/ Stutter Step 05/ Tibetan Folk Song 06/ Sinew 07/ Moment of Pause

Rob Brown - Sounds - 2007 - Clean Feed. Distribution Orkhêstra International.


Expedition : Live at the Knitting Factory (ESP, 2006)

expesliQuartette au nom bâtard, Expedition sortait en 2006 un disque à la couverture capable de provoquer la nausée. Un live, enregistré en 2001 à la Knitting Factory, fameux lieu new-yorkais qui aura programmé autant de musiciens superbes que d’amateurs malheureux du tout électrique. Alors, le doute s’installe.

A l’écoute, Expedition expose pourtant une musique abrasive, qui donne une réalité à un mélange sur lequel beaucoup avaient essayé de mettre la main - celui du jazz et d’un rock enfoui estampillé No Wave - avant de perdre la tête à jamais, et, avec elle, la capacité d’évaluer avec lucidité tout espoir de fusion.

Ici, par contre, la basse électrique de Chris Dahlgren parvient à ne pas gâter l’ensemble - voire, le relève (Setting Out With Aggressive Intent) -, la guitare d’Hans Tammen, malgré ses interventions ardues, sait les limites à ne pas dépasser (sauf sur Place That Has Emotional Significance), imposant ailleurs de grandes plages bruitistes. Au saxophone, Alfred 23 Harth enfonce le thème de From One Place to Another ou fait de Many Have Passed Rigorous Courses une transe chargée en compagnie de Jay Rosen, batteur brillant déjà repéré aux côtés de McPhee
ou Charles Gayle, capable de force définitive autant que de finesse (From One Place to Another).

Comme toute découverte récente aux conséquences inédites, cet enregistrement d’Expedition nous invite à revoir nos certitudes, et même, à en changer. Alors, si l’on savait l’existence (certes, douloureuse) du jazz rock, nous voici convaincus qu’il en est de qualité.

CD: 01/ Setting Out With Aggressive Intent 02/ Taken at A Leisurely Place 03/ Many Have Passed Rigorous Courses 04/ Considerable Amount of Time and Distance, A 05/ Retained Notions of Speed and Purpose 06/ Brief Pleasurable Trip, A 07/ From One Place to Another 08/ Long Trip By Water, A 09/ Place That Has Emotional Significance, A 10/ Returning to The Place Where It Began

Expedition - Live at the Knitting Factory - 2006 - ESP. Distribution Orkhêstra International.



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