Le son du grisli

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Archives des interviews du son du grisli

Sainkho Namtchylak: Nomad (Leo Records - 2007)

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Pour le cinquantième anniversaire de la chanteuse Sainkho Namtchylak, Leo Records imbrique une sélection éclectique de ses enregistrements et quelques inédits.

D’un exposé, incontournable et efficace, de chant de gorge - diphonie en proie à d’inquiétants tourments (Red-orange) ou raisonnée par le jeu de contrebasse de Peter Kowald
(Introduction) -, Nomad nous mène à quelques exercices de styles, qui imposent Namtchylak comme chanteuse de variété amène, chinoiserie teintée de jazz (Spring) ou chant du monde excessif et amusé (Epilogue).

Ailleurs plus expérimentale, Namtchylak mène quelques luttes internes et sonores (Deep Blue), invite batterie et contrebasse à servir une improvisation définitive (Encore), ou développe un yodel mis au service d’un free rock inédit et sauvage (Initiation Trio Part 1).

Ainsi, Nomad suit sur vingt ans la trace de Sainkho Namtchylak, exploratrice qui sait que l’aventure n’est pas tant histoire de frontières que d’explorations intérieures, et qui confiait récemment : « I am just a nomad, travelling through my karma-land. »

CD: 01/ Transformation of Matter 02/ Spring 03/ Red-orange (solo) 04/ Red-orange (solo) 05/ Introduction 06/ A Yurt by the Lake 07/ Deep Blue 08/ Temple of Majtreja 09/ Encore: Live at Porgy & Bess 10/ Leaving home 11/ Two Tone Tuva 12/ Letter 6 13/ Initiation Trio Part 1 14/ Epilogue

Sainkho Namtchylak - Nomad - 2007 - Leo Records. Distribution Orkhêstra International.



Carnival Skin: s/t (Nemu Records - 2006)

carsliAutour du batteur Klaus Kugel et du guitariste Bruce Eisenbeil, le quintette Carnival Skin rassemble le savoir-faire du clarinettiste Perry Robinson (partenaire d’Archie Shepp ou Charlie Haden), du trompettiste Peter Evans (entendu auprès de Fred Frith) et du contrebassiste Hilliard Greene (sideman de Leroy Jenkins ou Charles Gayle).

Dans les pas de Steve Lacy, le groupe entame l’enregistrement au son d’un swing contemporain, profitant des trouvailles du duo Robinson / Evans puis d’un solo éclairé dû à Eisenbeil (Journey to Strange). Reste alors à concrétiser la clairvoyance du traitement que les musiciens destinent à un jazz référencé free.

Chose faite, ensuite, et malgré les égarements sans saveur de Diagonal People. Au son d’un unisson traînant un hymne inspiré sur les roulements insatiables de Kugel qui transforment bientôt le propos en pandémonium improvisé et bruyant (Iono) ; ou sur le rythme nonchalant d’une impression soumise plus tard à quelques déflagrations flamboyantes (Monster).


Une dernière improvisation (Carnival Skin), et le quintette clôt un premier album brillant et efficace. Qui traite à la manière du jour d’anciennes méthodes, désormais rafraîchies.

CD: 01/ Journey to Strange 02/ Monster 03/ Iono 04/ Bobosong 05/ Diagonal People 06/ Carnival Skin

Carnival Skin - s/t - 2006 - Nemu records.


Muta : Yesterday Night You Were Sleeping At My Place (Sofa, 2007)

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Depuis 2003, la flûtiste Alessandra Rombola, le harpiste Rhodri Davies et le batteur Ingar Zach, interrogent, sous le nom de Muta, une musique électroacoustique basée sur quelques structures et bousculée par l’usage impromptu d’un dispositif instrumental recherché. Premier essai discographique, Yesterday Night You Were Sleeping At My Place expose leurs tentatives les plus récentes.

D’une pratique expérimentale ayant pour conséquence la défense d’une abstraction plus ou moins quiète (Birds Wake Up, We Go to Sleep, Coffe And Brain, Daylight Black), le trio peut ainsi passer à la construction soumise à règles de pièces sombres, sur le drone installé par un moteur tenace (Hamida) ou sous les effets grisants de répétitions de cordes et de flûte (Dead Time).

Après avoir servi une musique contemporaine torturée - Passing Time combinant les tensions acoustiques et les interventions électroniques bruitistes -, le groupe finit par tomber sur l’épave d’un vaisseau fantôme craquant sur Vertical Time, morceau résumant à lui seul les aspirations angoissées d’un trio d’expérimentateurs dont la capacité à se montrer convaincants tient de l’habitude.

Muta : Yesterday Night You Were Sleeping at My Place (Sofa)
Edition : 2007.
CD :
01/ Hamida 02/ Birds Wake Up, We Go to Sleep 03/ Dead Time 04/ Passing Time 05/ Vertical Time 06/ Coffee And Brain 07/ Daylight Black
Guillaume Belhomme © Le son du grisli


Matt Lavelle: Spiritual Power (Silkheart - 2007)

lavellegrisliMembre du Nation of We du tromboniste Steve Swell en tant que trompettiste, Matt Lavelle peut aussi convaincre lorsqu’il s’empare d’une clarinette basse ou d’un bugle. Ce qu'il prouve sur Spiritual Power, enregistrement de compositions personnelles qu’il défend aux côtés d’Hilliard Greene (notamment contrebassiste de Charles Gayle) et du batteur Mike A. Thompson.

Avec l’aide, donc, d’une section rythmique sécurisante dès l’ouverture (Spiritual Power), Lavelle déploie un savoir-faire solide, tenant d’une connaissance approfondie de l’histoire du jazz (et du swing, notamment) comme il se permet un recours fréquent à une improvisation fiévreuse.

A partir d'un thème évoquant Gershwin, Lavelle fomente, par exemple, la fronde d’un lyrisme ironique (Stars Like Fleas) ; d’une mélodie ciselée sur swing lent et introduite par un clin d’œil de Thompson à Max Roach, il fait une progression polyrythmique et défaillante (I Will Have Love in my Life). Ailleurs, il alterne des tourments intérieurs réécrits à trois (End Times) et un free forcément exutoire (Hey Liduva).

Aux Seth Speaks et Sí Se Puede (première partie, surtout) moins inspirés, Spiritual Power peut, au final, se targuer de révéler les talents divers de Matt Lavelle, interprète habile et compositeur en devenir, leader généreux offrant à ses partenaires, brillants, des plages de choix dont ils savent profiter.

CD: 01/ Spiritual Power 02/ Stars Like Fleas 03/ Si se puede (Yes We Can) 04/ End Time 05/ I Will Have Love in My Life 06/ Hey Liduva 07/ Seth Speaks

Matt Lavelle - Spiritual Power - 2007 - Silkheart. Distribution Orkhêstra International.


John Butcher, Paal Nilssen-Love : Concentric (Clean Feed, 2006)

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Deux ardents défenseurs de l’improvisation - le saxophoniste John Butcher (aux côtés de Derek Bailey ou John Stevens, entre autres) et le batteur Paal Nilssen-Love (fidèle partenaire de Ken Vandermark et Mats Gustafsson)  - alliaient en 2001 leurs pratiques déviantes sur Concentric.

Emporté dès Pipestone, le duo combine les notes éreintées et les bruits de clefs du soprano et l’exaltation sans frein de la batterie, interroge l’amas d’expérimentations de différentes origines (cymbales grinçantes et sifflements du saxophone sur Point Lobos) ou impose une période de déconstruction échevelée à l’invention par Butcher d’une mélodie hantée par Prokofiev (Mono Lake).

Pas satisfaits encore, Butcher et Nilssen-Love s’attaquent à The Stob, pièce maîtresse de l’ouvrage sur laquelle s’affrontent les rauques d’un saxophone bientôt rattrapé par ses aigus et les propositions changeantes d’une batterie évaluant la profondeur de ses toms. L’entente est impeccable et, pour mieux la sceller, le duo multiplie les répétitions mélodiques avant de s’en aller. Content, qui peut se dire satisfait après avoir fait preuve d’exigence.

John Butcher, Paal Nilssen-Love : Concentric (Clean Feed / Orkhêstra International)
Enregistrement : 2001. Edition : 2006.

CD :
01/ Pipestone 02/ Mono Lake 03/ Point Lobos 04/ The Stob
Guillaume Belhomme © Le son du grisli



Hauschka : Versions of the Prepared Piano (Karaoke Kalk, 2007)

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Près de deux ans après la sortie de The Prepared Piano, Volker Bertelmann, ou Hauschka, voit son album remixé par quelques collègues choisis, parmi lesquels on trouve Tarwater, Nobokazu Takemura, ou TG Mauss.

L’exercice est difficile, qui veut faire de remixes élaborés par différents musiciens un album intéressant d’un bout à l’autre, et Versions of the Prepared Piano n’est pas l’exception qui confirme la règle. Ainsi, il fait défiler les versions insipides (pop naïve jusqu’au mièvre d’Eglantine Gouzy et Chica and the Folder, electronica peu subtile de Barbara Morgenstern ou carrément nauséeuse de Vert), les propositions tièdes (signées Wechsel Garland, TG Mauss ou Tarwater) et les rares relectures inspirées.

Au nombre de celles-ci : Assembler’s Mix, de Nobukazu Takemura, construction instable qui boucle quelques cordes sur un décorum électronique ; Kotoba Naku, de Takeo Toyama, condensé de pop japonaise extatique ; Flying Horses, de Volker Bertelmann lui-même, qui trace un parallèle de circonstance avec l’œuvre des High Llamas. Certes, de quoi relever l’ensemble un peu, mais sans doute pas suffisamment.

Hauschka : Versions of the Prepared Piano (Karaoke Kalk)
Edition : 2007.
CD : 01/ Eglantine Gouzy, Mr. Spoon 02/ Barbara Morgenstern, Im Schlaf 03/ Nobukazu Takemura, Assembler’s Mix 04/ Wechsel Garland, Es Waren Einmal 05/ Takeo Toyama, Kotoba Naku 06/ TG Mauss, Things 07/ Vert, Rocket Man 08/ Frank Bretschneider, Stumm 09/ Mira Calix, Without Morning 10/ Chica and the Folder, Para Bien 11/ Hauschka, Flying Horses 12/ Tarwater, Words of Things to Touch
Guillaume Belhomme © Le son du grisli


The No-Neck Blues Band: Nine for Victor (Victo - 2007)

forvictorsliEnsemble new-yorkais improvisant depuis 1992 des happenings psychédéliques, The No-Neck Blues Band était, en 2005, l’invité du 22eme Festival international de musique actuelle de Victoriaville. Nine for Victor n’étant rien d’autre que l’enregistrement du concert qu'y a donné le groupe.

Ouvert au son des heurts provoqués par la rencontre d’une électronique tourmentée et de guitares sous effets, le concert trahit bientôt les influences éclatées du groupe : déploiements sombres et implacables propres au krautrock (Cacao Grinder, Julius : Tainted by Ore), préoccupations sur piano de Charlemagne Palestine
(Pylorus in Repose), mirage de minimalisme américain (Calibrating the Anvil) ou décorum extra-terrestre rappelant celui de Sun Ra (Dosed).

Osant même une ballade hors de propos mais convaincante (Brain Soaked Hide), The No-Neck Blues Band impose à Victoriaville son originalité, par la mise au jour d’un univers hybride, accueillant aussi bien les dernières tentatives de post-punks égarés que les visions idéalistes de hippies à la révolte non endormie par les substances.

CD: 01/ Cacao Grinder 02/ Pylorus in Repose 03/ Julius : Tainted by Ore 04/ Lady Vengeance 05/ Dosed Cremant 06/ Four Heat Food 07/ Calibrating the Anvil 08/ Brain Soaked Hide 09/ Tonsillar

The No-Neck Blues Band - Nine for Victor - 2007 - Victo. Distribution Orkhêstra International.


Martin Küchen Trio: Live at Glenn Miller Café (Ayler Records - 2007)

kucsliEchappé d’Exploding Customer, le saxophoniste Martin Küchen jouait en 2006 aux côtés du contrebassiste Per Zanussi et du batteur Raymond Strid, section rythmique bi générationnelle mettant davantage en valeur les qualités de son leader.

Rugueux, rappelant par certains côtés Hamiet Bluiett, Küchen dépose d’abord une lente et judicieuse progression mélodique (The Indispensable Warlords), avant de mener son groupe à l’assaut d’un free jazz sans artifices, emporté (Strid Comes) ou habilement dissimulé pour mieux gagner ensuite en présence (No. 8).

Servant aussi une déconstruction plus sombre (No. 6), le trio aura mis en place au Glenn Miller Café un jazz d’embrouilles altières et concrètes, dont l’infaillibilité redore les blasons de Küchen et Zanussi, dans le même temps qu’il confirme la stature de Strid.

CD: 01/ The Indispensable Warlords 02/ Zanussi Times 03/ No. 6 04/ Strid Comes 05/ No. 8

Martin Küchen Trio - Live at Glenn Miller Café - 2007 - Ayler Records. Téléchargement.


Otomo Yoshihide : Music(s) (La Huit, 2011)

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Sur DVD, le réalisateur Guillaume Dero propose un portrait kaléidoscopique du musicien Otomo Yoshihide, et illustre les trois expériences musicales qui lui tiennent à cœur: la direction de son New Jazz Ensemble, sa pratique en solo de la guitare, et ses expérimentations sur turntables.

Ouvert, faux ami, sur le rythme d’une danse de salon interprétée par le New Jazz Ensemble lors de l’édition 2005 du Festival Banlieues Bleues, le film papillonne ensuite d’extraits de deux autres concerts – donnés à Tokyo la même année, et présentant Yoshihide seul derrière un tourne-disque ou une guitare – et de bribes d’interviews. Là, le musicien avoue ne pas vouloir séparer la composition de l’improvisation, dit ne pas faire forcément de différence entre bruit et musique, étant davantage intéressé par la texture du son que par la forme que celui-ci peut prendre.

Démontrant comment Yoshihide concrétise de manières différentes ses intentions, le film revient sur le concert donné à Pantin par un New Jazz Ensemble facétieux, qui fait dériver un swing accompli jusqu’aux marges d’un rock bruitiste, ou parsème une progression rassurante d’éléments électroniques dérangeants (Sachiko M s’en chargeant avec efficacité sur Orange Was The Colour of Her Dress and Then Blue Silk de Mingus).

A Tokyo, Yoshihide défend encore ces deux aspects de la musique comme elle lui est apparue : expérimentale, voire provocatrice, derrière ses platines ; mélodique, voire sentimentale, seul à la guitare. D’autres extraits que ceux du portrait continuent, en bonus, d’illustrer le va et vient constant et pas contradictoire d’un musicien hors pair, pour compléter un film au fond réfléchi et à la forme élégante.

Guillaume Dero : Otomo Yoshihide : Music(s) (La Huit).
Edition : 2011.

DVD1: Music(s) - DVD2: Bonus
Guillaume Belhomme © Le son du grisli


Memorize the Sky: Memorize the Sky (482 Music - 2007)

memogrisliA l’automne 2005, le saxophoniste et clarinettiste Matt Bauder (remarqué deux ans plus tôt auprès d’Anthony Braxton), le contrebassiste Zach Wallace et le percussionniste Aaron Siegel, enregistraient six heures d’improvisation, dont ils tireront Memorize the Sky, premier album d’un trio existant depuis une dizaine d’années, et baptisé pareil.

S’ils sont capables de défendre une mélodie apaisante au moyen d’une clarinette basse et d’un vibraphone (Etch of Wood), les musiciens ne s’en satisfont pas longtemps, préférant s’adonner ailleurs à des exercices d’expérimentation lente (Raft of Stone, House of Wind) ou prôner une musique répétitive bousculée de temps à autre par quelques sautes d’humeur, nouveau minimalisme estampillé américain (Field of Ice).

Déjà convaincant, le trio gagne encore en persuasion lorsque Bauder et Siegel interviennent sauvagement sur l’unique note de basse, insistante, de Cloud of Clay, ou lorsque les trois musiciens combinent leurs efforts (plaintes aigues du saxophone sur drones fomentés par un archet grave et une caisse claire vibrante) pour mettre au jour un crescendo implacable (Path of Spider). De quoi y revenir, donc, et souvent.

CD: 01/ Raft of Stone 02/ Lake of Light 03/ Etch of Wood 04/ Field of Ice 05/ House of Wind 06/ Cloud of Clay 07/ Brick of Fire 08/ Path of Spider

Memorize the Sky - Memorize the Sky - 2007 - 482 Music.



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