Le son du grisli

Bruits qui changent de l'ordinaire

Newsletter

suivre le son du grisli Fil RSS au grisli clandestin Contact

Jazz en MarsA paraître : le son du grisli #5En librairie : Bucket of Blood de Steve Potts

Keith Tippett Tapestry Orchestra: Live at Le Mans (Red Eye Music - 2007)

tipsli

En 1998, au Festival de jazz du Mans, le pianiste Keith Tippett menait son Tapestry Orchestra - ensemble de 21 musiciens parmi lesquels on trouve les batteurs Louis Moholo Moholo et Tony Levin, les chanteuses Julie Tippetts, Maggie Nicols et Vivien Ellis, le contrebassiste Paul Rogers, le tromboniste Paul Rutherford, ou encore, les saxophonistes Paul Dunmall et Gianluigi Trovesi.

Un casting de choix, donc, qui se laisse conduire sur les sept compositions arrangées dans le détail par Tippett. Exposant ici toute la diversité de ses préoccupations, celui-ci commande des valses indolentes menées jusqu’à une évocation de Berio (Second Thread) ou à un free jazz jubilatoire (Third Thread), une ballade irlandaise transposée dans un univers proche de celui de Lalo Schifrin (Sixth Thread) ou un morceau de cabaret exalté (Fourth Thread).

Adepte du pandémonium brouilleur et salutaire, Tippett impose ici et là à ses musiciens des élans baroques réconciliateurs, fusionne un swing brillant à un gospel cacophonique (First Thread) ou à une pièce vocale plus mesurée évoquant Morton Feldman (Fifth Thread). Les couleurs sont changeantes et vives ; le tableau tire parti avec élégance de tous les –ismes possibles, pour présenter au final une œuvre magistrale.

CD1: 01/ First Thread 02/ Second Thread 03/ Third Thread 04/ Fourth Thread - CD2: 01/ Fifth Thread 02/ Sixth Thread 03/ Seventh Thread

Keith Tippett Tapestry Orchestra - Live at Le Mans - 2007 - Red Eye Music.



Sun Ra: Pathways to Unknown Worlds (The University of Chicago Press - 2007)

pathwaysgrisliLe 13 avril 1956, Sun Ra enregistre Super-Sonic Jazz, premier album du catalogue de son propre label, El Saturn Records. La réalisation de la pochette est confiée à Claude Dangerfield, qui jette sur le papier les touches noires et blanches d’un piano entouré d’éclairs et de planètes. A la suite de cette première collaboration, Sun Ra entamera une véritable réflexion sur la place de l’illustration dans une esthétique globale à mettre en place. Pathways to Unknown Worlds en donne les preuves.

Edité à l’occasion d’une exposition consacrée à l’univers d’El Saturn Records et, donc, de son grand patron, le livre reproduit sur papier glacé pochettes de disques et feuilles extraites de cahiers jaunis, sur lesquelles des artistes semi professionnels oeuvrant alors à Chicago (Dangerfield, LeRoy Butler, James Bryant, Evans) et Sun Ra lui-même (travaillant davantage sur les logos et la typographie), développent un répertoire graphique collant à la mystique musicale et extraterrestre du maître. Alors, fusées, ovnis, planètes et oeils divins, se partagent le monde d’en haut, séparés quelques fois par des failles spatiotemporelles ou un manche de contrebasse, quand, ailleurs, des femmes à la renverse et en lévitation rivalisent d’importance avec des anges déviationnistes tenant quand même à leur Annonciation.

A côté des images, les mots d’Adam Abraham à propos de son père, Alton, ami le plus proche de Sun Ra, et les souvenirs de musiciens ayant côtoyé le pianiste : Robert Barry, Von Freeman (qui raconte comment Sun Ra lui révéla, un jour, son véritable nom) ou Art Hoyle. Plus concrets, presque souvenirs amassés pour satisfaire la curiosité la moins sérieuse, des tracts annonçant concerts, des cartes de visite ou de vœux, sont reproduits. La manie du collectionneur appliquée à la portée universaliste du maître, qui complète de façon légère The Wisdom of Sun Ra, recueil de textes récemment publié par le même éditeur.

Elms, Anthony, John Corbett, and Terri Kapsalis, Pathways to Unknown Worlds: Sun Ra, El Saturn and Chicago's Afro-Futurist Underground, 1954-68, Chicago, The University of Chicago Press, 2007. Cet ouvrage (en anglais) est disponible auprès de The University of Chicago Press.


Magnus Broo, Adam Lane, Paal Nilssen-Love, Ken Vandermark: 4 Corners (Clean Feed - 2007)

4cornersgrisliEnregistré en concert à Coimbra, 4 Corners revient sur l’association Magnus Broo (trompette) / Adam Lane (contrebasse) / Paal Nilssen-Love (batterie) / Ken Vandermark (saxophones, clarinette basse), partie bruyamment sur les traces d’Ornette Coleman.

C’est que l’entier quartette entretient un rapport éclectique à la musique : passionnés aussi de contemporain ou de métal, Lane et Vandermark (qui signent les compositions) laissent libre court à leurs influences, passant d’un un post-bop charmeur (Spin With The EARth) à des déconstructions free (Alfama), balayant un swing efficace à grands coups de déflagrations bruitistes (Short Stop), ou imbriquant, sur le même morceau, un free bop virulent et une grande marche turque (Ashcan Rantings).

Puissante, la section rythmique régénère avec astuces (utilisation d’une pédale d’effet pour la contrebasse, répétitions valant insistance ou invitations persuasives de Nilssen-Love) les phrases de Vandermark et Broo. Stimulante, la rencontre permet au groupe d’adresser quelques hommages (à Lester Bowie, Bobby Bradford) et prouve que le respect des ancêtres est plus profond lorsqu’il cherche un prolongement à leur pratique plutôt que lorsqu’il s’en tient à la simple imitation.

CD: 01/ Alfama (for Georges Braque) 02/ Spin With The EARth 03/ Short Stop (for Bobby Bradford) 04/ Lucia 05/ Ashcan Rantings 06/ Tomorrow Now (for Lester Bowie) 07/ ChiChi Rides The Tiger

Magnus Broo, Adam Lane, Paal Nilssen-Love, Ken Vandermark - 4 Corners - 2007 - Clean Feed. Distribution Orkhêstra International.


Chris Cutler & Fred Frith: The Stone: Issue 2 (Tzadik - 2007)

stonegrisliJadis partenaires au sein du groupe Henry Cow, le guitariste Fred Frith et le percussionniste Chris Cutler se retrouvaient en décembre 2006 sur la scène du Stone, à New York.

Adeptes d’expérimentations diverses, le duo invente ici quelques folklores sur fond bruitiste, No wave faite décorum dont Frith se charge à force d’effets imposés à sa guitare électrique, qu’il répète des arpèges ou s’occupe de capturer quelques larsens. Ensuite, allongées, les notes sortent de terre des mélodies minces et inattendues : au creux du brouhaha, on croit alors percevoir un bout d’Irlande, de Maroc ou de Mongolie, quant aucun passage mélodique ne peut véritablement prétendre au titre de refrain établi.

Appuyant davantage ses coups, Cutler introduit ensuite la dernière partie de l’improvisation, rock grondant tirant parti de boucles de déflagrations de guitare avant que cymbales et slides ne sonnent l’heure de l’apaisement. Preuve que les retrouvailles peuvent parfois donner de meilleurs fruits que les premières rencontres.

CD: 01/ The Stone: Issue 2

Chris Cutler & Fred Frith - The Stone: Issue 2 - 2007 - Tzadik. Distribution Orkhêstra International.


Return of the New Thing: Crescendo (Not Two - 2005)

ReturnofCrescsli

(Em)Porté par le saxophoniste Jean-Luc Guionnet et le violoniste et pianiste Dan Warburton, Return of the New Thing adressait en 2005, avec Crescendo, un hommage créatif aux figures anciennes de la Nouvelle Chose.

Lentement ouverte, 35’31 combine ensuite un free chargé sur lequel Guionnet et Warburton (au piano) excellent, insistants, répétitifs ou fulgurants, et quelques plages plus calmes, qui convoquent un drone sorti d'un violon ou une note répétée par la contrebasse de François Fuchs.

Plus balancé encore, 25’11 dispose le piano en retrait pour permettre au soprano des fulgurances remarquables, avant que le groupe ne s’adonne à un swing échevelé, qui ramasse, aidé par la précision du batteur Edward Perraud, les intentions expérimentales pour les présenter plus nettement. Exigences plus présentables, mais toujours aussi efficaces.

Dans les pas de l’œuvre (trop courte, en leader) de Sunny Murray, Return of the New Thing a prouvé avec Crescendo l’acuité d’un discours qui aurait tenu, chez d’autres, de l’appropriation illégitime.

CD: 01/ 35'31 02/ 25'11

Return of the New Thing - Crescendo - 2005 - Not Two Records. Import.



Claudio Parodi: Horizontal Mover (Homage to Alvin Lucier) (Extreme - 2006)

parodiPour avoir découvert l’improvisation au contact du contrebassiste Barre Phillips, le pianiste Claudio Parodi n’en a pas pour autant choisi de tout lui sacrifier. Pour preuve, cet hommage au compositeur Alvin Lucier, qui transporte l'Italien loin de son instrument de prédilection pour le poster derrière une machinerie électronique.

A l’image de Lucier, Parodi explore sur Horizontal Mover les possibilités acoustiques d’installations toutes personnelles, et signe une longue plage d’ambient angoissée. Là, 58 minutes d’un univers dense et trouble, fait de répétitions et de vents engouffrés, de réverbérations soudaines et de drones oscillants, s’imposent avec naturel.

Après avoir superposé quelques bourdons tout sauf complémentaires, la pièce change de ton et entame une retraite pétrie de discrétion. Jusqu’au larsen infime, d’où tout repartira, plus oppressant encore. Jusqu’à l’extinction fatale, venue à bout des résonances.

CD: 01/ Horizontal Mover

Claudio Parodi - Horizontal Mover (Homage to Alvin Lucier) - 2007 - Extreme Music.


Interview de David S. Ware

SWare

Un bon jazzman serait-il un jazzman mort ? Si la question se pose encore, c'est que les rééditions de catalogues exploités jusqu'à la nausée et les usurpateurs montés de toutes pièces et imposés par les grandes maisons de disques n'arrivent pas totalement à occulter le fait que, dans l'ombre, quelques véritables créateurs – puisque bien vivants - oeuvrent encore. Mais leur champ d'action est restreint, et leur persévérance d'autant plus acharnée. Au nombre de ceux-là, David S. Ware peut faire figure de patriarche, compositeur émérite autant que recruteur affûté, à l'image de ses prédécesseurs, John Coltrane, Ornette Coleman, Charles Mingus, pour ne citer que ceux-là. Rencontre avec le saxophoniste à l'occasion de la sortie de Renunciation, enregistrement publié le mois dernier sur le label AUM Fidelity.

Votre dernier album, Renunciation, a été enregistré au Vision Festival de New York, en 2006. Quelques mois avant ce concert a circulé l’idée qu’il s’agirait sans doute de la dernière représentation de votre quartette aux Etats-Unis. Qu’en est-il réellement, et d’où est partie cette idée ? Cela n'est pas vraiment venu de moi, l'idée était d'attirer l'attention. J'ai accepté cette idée, et de faire passer ce message. D'une manière inespérée cela semble avoir attiré l'attention de beaucoup de gens. Mais une des raisons pour lesquelles j'ai accepté cela est que le quartette travaille très très peu aux Etats-Unis. D'autre part, le changement est une bonne chose, peut-être que cela va faire prendre conscience que le DSWQ n'est pas une chose acquise.

Ceci étant, vous semblez, depuis quelques années, relativiser tout désir de « reconnaissance ». S’agit-il d’une réaction vis-à-vis de difficultés à propager davantage votre musique, ou bien d’une démarche plus spirituelle ? J'ai décidé d'offrir ma musique aux forces de la nature, en particulier à l'être céleste nommé Ganesh, parce que ma musique ne m'appartient pas, de toute façon. J'en parle brièvement dans les notes du livret de l'album, il y a une force, ou un être intérieur, qui "nous joue", en tant qu'êtres humains. Nous sommes en quelque sorte les acteurs, plutôt que les "metteurs en scènes" de notre propre vie et ce qui se joue est toujours autre que ce que l'on croit. Si vous voulez comprendre qui est Ganesh et à quoi je fais référence, cette connaissance est disponible partout facilement aujourd'hui.

Cela a-t-il à voir avec le message du morceau qui donne son titre à l'album, Renunciation ? J'en parle aussi dans le livret du CD. C'est un concept spirituel : notre âme, l'âme humaine, est en état naturel de renoncement. L'âme est totalement transcendantale à ce monde. Si vous voulez en savoir plus, il faut pratiquer la méditation et étudier les Védas. On ne peut pas comprendre cela d'un point de vue intellectuel, cela n'est pas possible.

Pourriez-vous tout de même m'expliquer comment intervient l’élément mystique sur votre musique ? C'est l'essence de la musique, comme je viens de le dire, et mon genre de vie est centré autour la pratique de la méditation et de l'étude des écritures védiques. Ma musique vient de là parce que nous sommes d'abord des êtres spirituels et quoi que nous fassions dans ce monde, nous ne sommes pas ce que nous faisons. C'est au delà de ce que nous faisons. Si vous voulez mieux comprendre, il vous faut en faire l'expérience. Il faut faire l'expérience de la méditation et trouver ce qui se trouve en vous. Si ma musique a un message, c'est celui là.

Et en ce qui concerne la pratique musicale, comment un musicien ayant un rapport privilégié à la religion, quelle qu’elle soit, perçoit les oeuvres d'un musicien qui, lui, n'en a aucun ? La pratique musicale peut elle obtenir de bons résultats sans cette dimension mystique ? L'apprentissage des techniques dans l'étude de la musique et de celle d'un instrument, est essentiel. Mais dans la culture occidentale, en particulier eurocentriste, les fondations mystiques de la musique ne sont pas enseignées. Par contre, l'approche orientale est très différente. Parce que dans leurs traditions, en musique comme dans tous les domaines, tout est enseigné comme un chemin spirituel, une initiation. La musique selon les orientaux est plus une expression directe de la réalité transcendantale et ils ont une vision bien plus haute des rythmes, de ce que les rythmes signifient et aussi de ce que les gammes représentent. La connaissance de ce qu'est une gamme, de ce qu'elle représente, sa mise en relation avec notre univers et avec la planète, comment utiliser le son pour entrer en relation avec l'être suprême, tout cela fait partie de la structure de leurs connaissances et de l'apprentissage. Les mantras sont des formules spirituelles, des formules mystiques qui permettent d'entrer en relation avec le divin. Ainsi, en Orient, on est d'emblée dans un tout autre contexte. Lorsque l'on apprend à jouer d'un instrument, dès le début, la spiritualité joue un rôle fondamental, il n'y a aucune séparation entre l'aspect technique et l'autre, c'est la même chose, cela se confond. Cela ne peut pas être séparé parce que la musique est considérée comme une science spirituelle.

Pour revenir en Occident, comment jugez vous les changements qui sont intervenus ces 30 dernières années dans le « milieu du jazz » ? Est-il plus difficile pour un musicien de jazz de s’imposer aujourd’hui,  même avec votre aura ? Oui c'est plus difficile, tout est plus difficile en cette sombre période d'ignorance et de perte des valeurs spirituelles. La musique est d'ordre spirituel, elle rapproche les gens spirituellement, c'est pourquoi elle est difficilement acceptée, spécialement maintenant. Si vous étudiez les écritures védiques, il y est question d'âges de conscience. En ce moment, de ce point de vue, en terme de conscience, nous sommes au plus bas. Tout ce qui est d'ordre spirituel reçoit le moins de considération. La religion, particulièrement en Occident, est sans dessus dessous.

En ce qui concerne la reconnaissance de votre musique, l’histoire du jazz a connu de nombreux musiciens importants et mal jugés, en leur temps, par les critiques et le public. Vous arrive-t-il de vous résigner à faire partie d’une sorte de  « tradition  regrettable » ? Je n'ai aucun contrôle là dessus, les gens peuvent me caser où ils veulent. Je suis là pour réaliser ma propre destinée et atteindre les buts que je me suis fixés...

Pensez-vous qu’il existe aujourd’hui quelques musiciens de valeur qui bénéficient d’une renommée à la hauteur de leur talent ? Vous savez, les gens n'ont pas compris Bouddha, Jésus Christ, Krishna, Rama et tant d'autres qui n'étaient au monde que pour nous aider... Les grands génies en général sont incompris et pourtant ils ne nous apportent que des messages salvateurs, alors que dire?

... Sans doute qu'il faut pousser le « public » à chercher au-delà de ce qu'on veut bien lui imposer.  Au niveau du public, justement, avez-vous senti une évolution, accepte-t-il mieux votre musique aujourd'hui qu'hier ? Depuis le temps, il est possible qu'un peu plus de gens commencent à comprendre.

C'est aussi que votre groupe compte des membres d’exception, et que vous ne cessez d'approfondir avec eux la densité de votre jeu. Avez-vous déjà pensé qu’un jour, les amateurs de jazz appèleront cette formation votre « quartette classique » ? Oui, je pense que ce quartette deviendra un classique, certains le disent déjà. Même si nous n'avons pas encore été complètement acceptés... Nous pâtissons de toutes ces divisions et classifications imposées dans le jazz - avant garde, ceci cela - inventées afin de marginaliser certains d'entre nous.... Mais certains voient déjà au delà de ces catégories le rôle du David S Ware Quartet.

David S. Ware, juin 2007.
Guillaume Belhomme © Le son du grisli.


Joel Futterman, Ike Levin, Kash Killion : LifeLine (Charles Lester Music, 2002)

joel futterman ike levin trio lifeline

Pour leur troisième album enregistré ensemble (et en trio), le (surtout) pianiste Joel Futterman et le saxophoniste et clarinettiste Ike Levin invitaient le violoncelliste Kash Killion à improviser en leur compagnie. Résultat : LifeLine, ouvrage incandescent de musique créative.

Après avoir placé les entrelacs spécieux de leurs interventions sous le joug d’un contemporain licencieux puis d’un free mesuré (Paradox), les musiciens passent d’un instrument à l’autre - Futterman, du piano à la flûte indienne ou au saxophone ; Levin, du saxophone à la clarinette basse ou aux percussions - pour imbriquer des pièces changeantes aux résultats variables : d’une efficacité évidente sur Choices, le trio peut passer à un manque d’inspiration faiseur de Questions.

Plus urbain, Now & Hear imbrique les élans de piano préparé au son d’un saxophone chaleureux, tandis que Forever gagnera un à un ses galons de pièce maîtresse : à la clarinette basse, Levin évoque d’abord Dolphy avant d’être rejoint par ses partenaires pour déployer un mouvement lent et tourmenté, tirant parti de déconstructions régulièrement imposées. Au final, l’expérience est convaincante, et invitera Levin et Futterman à la récidive (sur Traveling Through Now, notamment).

Joel Futterman / Ike Levin Trio : LifeLine (Charles Lester Music)
Edition : 2002.
CD : 01/ Paradox 02/ Choices 03/ Questions 04/ Now & Hear 05/ Forever
Guillaume Belhomme © Le son du grisli


Clifford Brown & Eric Dolphy: Together Recorded Live at Dolphy’s Home L.A. 1954 (Rare Live Recordings - 2007)

browndolphygrisliLos Angeles, 1954. Eric Dolphy, 26 ans, habite encore chez ses parents. Dans le jardin, on a aménagé pour lui un petit studio de répétition. Rare, ce genre d’endroit, dans la région ; si bien que les jazzmen de passage n’auront d’autre solution que d’investir la maison familiale. Et Dolphy de côtoyer, à domicile, John Coltrane, Ornette Coleman, ou Max Roach.

Document dont l’intérêt relativise le son plutôt médiocre, Together donne ainsi à entendre le trompettiste Clifford Brown – menant alors un quartette aux côtés de Roach – et Eric Dolphy – saxophoniste, flûtiste et clarinettiste, passant sur la West Coast d’une formation à l’autre (Gerald Wilson, Buddy Collette) en attendant que lui vienne l’idée, en 1959 seulement, de rejoindre New York.

Sur l’accompagnement net de la contrebasse et du piano, Brown et Dolphy engagent donc un dialogue évidemment bop. Seule exception faite à la règle, la longueur des titres, permise par une répétition qui incite les musiciens à développer : dextérité et brillance de Brown, poursuivi par un Dolphy surentraîné, sur des thèmes signés Miles Davis, Charlie Parker ou Gershwin.

Privilégiant trompette et piano, l’enregistrement éclaire davantage les premiers pas de Dolphy – sur les quatre premiers titres, surtout, et l’intervention timide d’Old Folks - qu’il ne vient combler un manque dans la discographie de Brown. Son plus grand atout étant, d’ailleurs, de révéler l’atmosphère d’un jour d’été passé, à Los Angeles en 1954, entre musiciens d’exception.

CD: 01/ Deception 02/ Fine And Dandy 03/ Crazeology 04/ Old Folks 05/ There’ll Never Be Another You 06/ Our Love Is Here To Stay

Clifford Brown & Eric Dolphy - Together recorded Live at Dolphy’s Home L.A. 1954 - 2007 - Rare Live Recordings. Distribution Nocturne.


Fennesz & Sakamoto: Cendre (Touch - 2007)

cendregrisliEnregistré à Vienne entre 2004 et 2006 et deuxième collaboration entre Christian Fennesz et Ryuichi Sakamoto, Cendre dépose ses ors au son d’une ambient précieuse.

Une autre fois, les habitudes prises au piano par Sakamoto l’incitent à mesurer son propos, imposant une distance de sécurité entre chacune de ses interventions, mélodies rêveuses (Kokoro, Aware) ou plus dramatiques (Oto), ou déposant un accompagnement prompt à devenir le champ sur lequel fleuriront des répétitions perturbatrices (Abyss). Rassurant mais peu novateur, Sakamoto compte sans doute sur Fennesz pour donner toute sa singularité à la rencontre.

De son côté, le guitariste s’attache à envelopper les mélodies du pianiste ou plonger son discours dans une abstraction stylisée : drones vaporeux, inserts d’effets divers et bruitistes tous ; accords timides, ailleurs, sortis d’une guitare folk (Glow). Et à force d’efforts, le dialogue se fait œuvre équilibrée, dans laquelle s’entendent sans rien rogner de leurs premiers desseins les intentions mélodiques et les expérimentations légères. Y gagnent, même et fantasment parfois la figure d’un Satie jouant au milieu des drones (Kuni, Mono). Alors, allez entendre, rien que pour l’image.

CD: 01/ Oto 02/ Aware 03/ Haru 04/ Trace 05/ Kuni 06/ Mono 07/ Kokoro 08/ Cendre 09/ Amorph 10/ Glow 11/ Abyss

Fennesz & Sakamoto - Cendre - 2007 - Touch. Distribution La Baleine.



Commentaires sur