Le son du grisli

Bruits qui changent de l'ordinaire

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Spéciale Agitation FrIIteEn librairie : Eric Dolphy de Guillaume Belhommele son du grisli #3
A la question : interviewsAu rapport : impressions de concertsEn théorie : l'improvisation par l'écrit : John Butcher & Evan Parker

Joseph Jarman: As If It Were The Seasons (Delmark - 2007)

jarmangrisliEn 1968 - soit, avant d’avoir intégré l'Art Ensemble of Chicago, le saxophoniste Joseph Jarman construisait entre amis triés sur le volet A.A.C.M. (Muhal Richard Abrams, Fred Anderson, John Stubblefield, entre autres) une ode foutraque à un free d’expression spirituelle.

Sorti d’une jungle percussive dépeinte en ouverture, As If It Were The Seasons ose une impression d’Afrique apaisée sur laquelle s’invitent les irruptions free que Jarman s’autorise entre des phrases sages et soul déposées à l’alto. Après que Sherri Scott aura donné de la voix, le contrebassiste Charles Clark imposera un gimmick fait pour lancer Song To Make The Sun Come Up, charge plus revendicatrice gonflée par la batterie de Thurman Baker.

Rejoint par six autres musiciens (dont Abrams, Anderson et Stubblefield), le quartet entreprend ensuite Song For Christopher. Free collégial habité par les us et coutumes du gospel, le morceau se fait lyrique lorsque intervient Scott, refuse, régénéré sans cesse par le piano d’Abrams, toute compromission, pour consacrer enfin ses dissonances lestes au son de l’intervention puissante des trois saxophones. L’art et la manière de glorifier un free bouleversant, qui disparaîtra comme il était apparu, parmi les percussions multiples et annonciatrices de retour, As If It Were The Seasons / Repeat all.

CD: 01/ As If It Were The Seasons / Song to Make The Sun Come Up 02/ Song for Christopher

Joseph Jarman - As It It Were The Seasons - 2007 (réédition) - Delmark. Distribution Socadisc.

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Japanese Music: Tradition & Avant-Garde in Japan (Col Legno - 2006)

japasliEnregistré en concert à Hanovre en 1999, Tradition & Avant-Garde in Japan se penche sur l’héritage classique du japon et sur l’empreinte laissée par celui-ci dans l’œuvre du compositeur contemporain Toshio Hosokawa. Après avoir interprété trois œuvres pour voix, koto et shamisen, écrites aux 17, 18 et 19ème siècles, les quatre musiciens en place en donnent trois autres, signées Hosokawa.

La tradition, d’abord, de laquelle se dégage une esthétique de la mesure, qu’elle mêle élégamment le chant et les interventions du koto (Chidori No Kyoku) ou développe une profondeur inquiète au sein de laquelle deux voix interrogées jusqu’aux derniers graves se laissent porter à intervalles réguliers par la brillance du shamisen (Nasuno).

Données ensuite, les pièces signées Hosokawa relèvent d’une combinaison savante entre tradition et musique contemporaine occidentale. Evoquant encore un déroulement naturel, voire organique, de la musique, elles accueillent dans le même temps des attaques plus abruptes (Nocturne), revoient leur métrique ou étagent leurs constructions jusqu’à prôner une apparence dérangée (Banka).

Lente exploration de quatre siècles de musique classique japonaise, Tradition & Avant-Garde in Japan promène son auditeur au gré d’un développement étudié – de la quiétude au doute -, et redit l’héritage des instruments qu’il emploie - jouets, parfois, d’occidentaux contents de se croire ouverts aux différences, quant ils ne font que remplir de leur (in)suffisance quelques instruments glanés au loin.

CD: 01/ Chidori No Kyoku 02/ Hachidan No Shirabe 03/ Nasuno 04/ Nocturne 05/ Banka 06/ Koto-Uta

Japanese Music: Tradition & Avant-Garde in Japan - 2006 (réédition) - Col Legno.

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Rob Brown: Sounds (Clean Feed - 2007)

brownsliAux côtés du violoncelliste Daniel Levin et du percussionniste Satoshi Takeishi, le saxophoniste Rob Brown interroge les capacités de sa pratique ordinairement libérée à répondre à quelques exercices de style.

En rendant d’abord Sounds, composition écrite à l’origine pour les besoins d’une création chorégraphique signée - pour les spécialistes - Nancy Zendora. Partie au son d’un blues discret perturbé par les dépressions free ayant raison de l’alto de Brown (Archaeology), la pièce dérive ensuite au gré de déraillements distillés à un mode latin dévié (Antics) puis d’une improvisation lasse et moins convaincante (Astir).

Ailleurs, le trio déploie un jazz réfléchi, pas effrayé par la reprise d’un thème tibétain – Tibetan Folk Song, bousculée bientôt par une improvisation soutenue – ou imposant la progression leste de Sinew, contraste appuyé à l’ardent Stutter Step.

Réévaluant sa manière de faire, Brown parvient au final à mettre au jour un ouvrage généreux et sophistiqué, pour avoir su tirer de ses exercices d’autres preuves de son habileté.

CD: 01/ Sounds Part I, Archaeology 02/ Sounds Part II, Antics 03/ Sounds Part III, Astir 04/ Stutter Step 05/ Tibetan Folk Song 06/ Sinew 07/ Moment of Pause

Rob Brown - Sounds - 2007 - Clean Feed. Distribution Orkhêstra International.

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Expedition : Live at the Knitting Factory (ESP, 2006)

expesliQuartette au nom bâtard, Expedition sortait en 2006 un disque à la couverture capable de provoquer la nausée. Un live, enregistré en 2001 à la Knitting Factory, fameux lieu new-yorkais qui aura programmé autant de musiciens superbes que d’amateurs malheureux du tout électrique. Alors, le doute s’installe.

A l’écoute, Expedition expose pourtant une musique abrasive, qui donne une réalité à un mélange sur lequel beaucoup avaient essayé de mettre la main - celui du jazz et d’un rock enfoui estampillé No Wave - avant de perdre la tête à jamais, et, avec elle, la capacité d’évaluer avec lucidité tout espoir de fusion.

Ici, par contre, la basse électrique de Chris Dahlgren parvient à ne pas gâter l’ensemble - voire, le relève (Setting Out With Aggressive Intent) -, la guitare d’Hans Tammen, malgré ses interventions ardues, sait les limites à ne pas dépasser (sauf sur Place That Has Emotional Significance), imposant ailleurs de grandes plages bruitistes. Au saxophone, Alfred 23 Harth enfonce le thème de From One Place to Another ou fait de Many Have Passed Rigorous Courses une transe chargée en compagnie de Jay Rosen, batteur brillant déjà repéré aux côtés de McPhee
ou Charles Gayle, capable de force définitive autant que de finesse (From One Place to Another).

Comme toute découverte récente aux conséquences inédites, cet enregistrement d’Expedition nous invite à revoir nos certitudes, et même, à en changer. Alors, si l’on savait l’existence (certes, douloureuse) du jazz rock, nous voici convaincus qu’il en est de qualité.

CD: 01/ Setting Out With Aggressive Intent 02/ Taken at A Leisurely Place 03/ Many Have Passed Rigorous Courses 04/ Considerable Amount of Time and Distance, A 05/ Retained Notions of Speed and Purpose 06/ Brief Pleasurable Trip, A 07/ From One Place to Another 08/ Long Trip By Water, A 09/ Place That Has Emotional Significance, A 10/ Returning to The Place Where It Began

Expedition - Live at the Knitting Factory - 2006 - ESP. Distribution Orkhêstra International.

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Tony Oxley, Derek Bailey: The Advocate (Tzadik - 2007)

oxbasliEn 1963, en compagnie de Gavin Bryars, le guitariste Derek Bailey et le batteur Tony Oxley inaugurent au sein du projet Joseph Holbrooke une collaboration longue d’une quarantaine d’années mise au service d’une musique improvisée et radicale. Enregistré à Londres en 1975, The Advocate donne la mesure de l’acuité de leur dialogue.

Frénétique, le duo mêle les précipitations percussives à des accords de guitare laissés en suspens, tente de tirer partie d’interventions électroniques jugées sur l’instant (larsens, notes découpées et traitements sonores divers) ou préfère tout sacrifier à une tension sèche, au son des arpèges étouffés de Medicine Men. Pour renouveler leur propos, Oxley et Bailey jouent ailleurs, et entre autres façons, de silences et de discrétion appliquée à leur jeu (Playroom).

En guise de conclusion, Tony Oxley revient seul avec The Advocate, pièce enregistrée en 2006 en hommage à un partenaire récemment disparu. Là, le batteur multiplie les phases convulsives, qu’il cloisonne à l’aide de déconstructions à la dérive – grincements de cymbales, saccades électroniques et recours privilégié à une acoustique sous tension. Et referme, magnanime, un document à plus d’un titre de premier ordre.

CD: 01/ Sheffield Phantoms 02/ Medicine Men 03/ Playroom 04/ The Advocate - for Derek Bailey

Tony Oxley, Derek Bailey - 2007 - The Advocate - Tzadik. Distribution Orkhêstra International.

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The Electrics : Live at Glenn Miller Café (Ayler, 2006)

elecgrisliEnergique quartette germano-scandinave, The Electrics profite de passages éclairés sur scène pour alimenter leur discographie. Après Chain of Accidents, enregistré en 2000 au Copenhagen Jazz House, voici Live at Glenn Miller Café, datant d’octobre 2005.

Eclatants dès l’ouverture, les musiciens estiment les libertés (saxophone ténor de Sture Ericson) et limites (trompette d’Axel Dörner) de leur pratique, progressant au son d’expérimentations osées à peine mais signifiantes (Electrips, Electrance). Ailleurs, le groupe soumet son improvisation à quelques postures de jazz érudit (swing sur Electroots, free sur Electrash).

Passé à la clarinette basse, Ericson ouvre enfin Electraps : les interventions exaltée de Raymond Strid sur percussions et grinçante du contrebassiste Ingebrigt Håker Flaten y imposant une charge rugueuse, cette pièce d’heavy jazz oblige Dörner et Ericson à trouver des options de défense qu’ils n’avaient pas soupçonnées jusqu’alors.

Autrement dire qu’au Glenn Miller Café, The Electrics persistent, signent, et outrepassent les qualités dévoilées sur leur premier enregistrement. Pour concevoir leur évolution en tant que progrès.

CD: 01/ Electrips 02/ Electrance 03/ Electrash 04/ Electroots 05/ Electraps

The Electrics - Live at Glenn Miller Café - 2006 - Ayler Records. Distribution Orkhêstra International. 

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Yagihashi + Sato + Higo: The Temple of No Power No Virtue (Cohort Records - 2006)

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Sortis de leur récente collaboration avec le chanteur Phil Minton, Yagihashi Tsukasa (saxophones), Sato Yukie (guitare) et Higo Hiroshi (basse), continuent leur exploration d’une musique improvisée lénifiante, free jazz que l’on aurait débarrassé de son énergie.

Sur quatre titres, le trio montre en effet davantage d’intérêt pour l’expérimentation sonore que de faible pour le thème limpide et efficace. Alors, sur le décorum bruitiste mais ténu fomenté par les instruments électriques, Tsukasa multiplie les plaintes comme il décide d’aigus et de crissements (23:19) pour suivre ensuite ses partenaires le long d’une musique proche du silence, mais électrique encore (13:30, 14:20).

Combinant, pour finir, les constructions instables d’un saxophone plus dynamique aux dérélictions d’une guitare sous effets et d’une basse osant enfin appuyer chacune de ses notes (6:31), Yagihashi, Sato et Higo, complètent dignement l’exposé de leurs intentions sombres et expérimentales, distribué presque sous le manteau par le label Cohort Records.

CD: 01/ 23:19 02/ 13:30 03/ 14:20 04/ 6:31

Yagihashi + Sato + Higo - The Temple of No Power No Virtue - 2006 - Cohort Records.

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Otomo Yoshihide : Multiple Otomo (Asphodel, 2007)

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Lorsqu’il ne mène pas son New Jazz Quintet, le guitariste Otomo Yoshihide s’adonne à sa passion pour le tourne-disque, au moyen duquel il édifie des pièces expérimentales et sauvages. Dernières preuves en date de ses penchants tourmentés, The Multiple Otomo Project rassemble dix-huit morceaux sur CD et donne à voir, sur DVD, les manipulations nécessaires à ses déconstructions dernières.

Amateur de collages impromptus, Yoshihide imbrique des effets sonores souvent dérangeants – larsens, frottements et grattements crachant, sifflements divers – pour les confronter à des vrombissements sortis de guitares ou à quelques coups portés sur ses installations. Précis de musique industrielle autant que baroque, The Multiple Otomo Project peut évoquer Ministry (Needles) avant de défendre une ambient dérangée (Pulse), ou se laisser aller à un quasi silence (Spiral) pour donner pus loin dans l’illusion mélodique (Luminous).

Illustrant le propos, le DVD montre le musicien – ses mains, en règle générale – évoluer autour de platines soumises à des systèmes patiemment réfléchis. Usant d’élastiques et d’objets hybrides faisant office de masses, il ajoute à la nature peu ordinaire de ses ustensiles une pratique violente de son instrument – dérapages intentionnels des diamants, lancements violents des bras ou bris de disques intervenant sur la lecture en cours. Expérimental, le tout. Qui perce quand même un peu le mystère audiophonique à coups de révélations visuelles.

Otomo Yoshihide : Multiple Otomo (Asphodel / La baleine)
Edition : 2007.
DVD :
01/ Burner 02/ Vinyls 03/ Plucks 04/ Yellow Record 05/ Quadrant 06/ Uncoiled 07/ Needles 08/ Frets 09/ Tone Generator 10/ Spiral 11/ Pulse 12/ Clamps 13/ Luminous 14/ Dispenser 15/ Taped Records 16/ Rotations 17/ Colored Records 18/ Corrosion 19/ Brushes & Washers 20/ Red Record 21/ Tinfoil 22/ Layered 23/ Clip & Spiral 24/ Hands 25/ Jagged 26/ Rasps 27/ Crackles 28/ Color Liquid 29/ Blue Feedback 30/ Turntable Graveyard

Guillaume Belhomme © Le son du grisli

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Georges Aperghis: 14 récitations (Col Legno - 2006)

apersliDepuis les années 1970, le compositeur Georges Aperghis interroge comme nul autre le rapport de la musique au théâtre, faisant du texte et des possibilités de la voix humaine les enjeux majeurs de son œuvre. Preuves en sont ses opéras, bien sûr, mais aussi ces 14 récitations, écrites entre 1977 et 1978. Défendues à l’origine par Martine Viard, elles étaient interprétées plus récemment au Wien Modern Festival par Donatienne Michel-Dansac.

Expérimentaux et ludiques, les textes et pièces défilent, jetant la soprano dans des imbroglios récréatifs et ardus – faits de ruptures de rythme, de fulgurances extravagantes, d’installations de boucles déviantes et d’une batterie d’onomatopées provocatrices. Théâtrales, les récitations invectivent, commandant quelques cris ou lâchant un rire indéterminé.

De ses lectures et chants,  la vocaliste construit, selon le bon vouloir d’Aperghis, un langage torturé, forcément incompréhensible, au débit récalcitrant, à la répétition grotesque. En guise de complément, le jeu d’acteur, qui pousse la soprano à redire un dialogue sans espoir jusqu’à incarner une des folles enchaînées jadis à la Salpêtrière.

L'habileté de Michel-Dansac donne ainsi une actualité à ces 14 récitations, et redit la singulière expérience que sont leur écoute.

CD: 1-14/ 14 récitations

Georges Aperghis - 14 récitations - 2006 - Col Legno.

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ZMF Trio: Circle the Path (Drip Audio - 2007)

zmfAprès avoir fait connaissance au Festival International de Jazz de Vancouver, le violon(cell)iste Jesse Zubot et le contrebassiste Joe Fonda décidèrent d’improviser, un jour, ensemble, et en compagnie d’un troisième homme, accessoirement percussionniste: Jean Martin.

Exposé sous sigle, le trio signe avec Circle The Path un premier album fait de 10 morceaux élaborés sur l’instant, dont les noms parlent d’eux-mêmes (Low, Dark & Slow, combinant les écarts de langage des deux archets ; Roll, pièce plus expérimentale où le violon survole le gimmick de contrebasse pour enfin gagner en profondeur sous les coups inspirés de Martin), ou pas (Slow Blues, faux ami dérivant plutôt au son d’une danse de la pluie fantasmant la rencontre de John Lurie et d’India Cooke).

Ailleurs, les musiciens construisent une musique inquiète et anguleuse, fière de réussir à réconcilier des emportements irrépressibles (Next Step) et le recours à une folk inédite (Circle) enrichie par la pratique magistrale de Joe Fonda, d’abord ; de Jesse Zubot et Jean Martin, ensuite.

                                                                                                          ZMF Trio, Wild Horse (extrait). Courtesy of Drip Audio & ZMF Trio.

CD: 01/ Low, Dark & Slow 02/ Circle 03/ Slow Blues 04/ #135 05/ Next Step 06/ The Path 07/ Mishap 08/ Wild Horse 09/ Roll 10/ Low, Dark & Slow (Reprise)

ZMF Trio - Circle the Path - 2007. Drip Audio.

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