Le son du grisli

Bruits qui changent de l'ordinaire

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Archives des interviews du son du grisli

Keith Rowe, John Tilbury : Duos for Doris (Erstwhile, 2003)

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Des enjeux en commun et des similitudes fortes firent que les notes longues qui couraient du piano de John Tilbury à la guitare de Keith Rowe s’emmêlèrent un jour hors d’AMM. Exemple daté de 2003 : ces Duos – arrangés ensuite en bouquet offert à la mémoire de la mère du pianiste – for Doris.

Par touches délicates, la paire investit Cathnor dont le seul corridor est un champ nébuleux où traînent déjà quelques rumeurs et attendent qu’on les frôle un lot de suspensions-obstacles. Ravis par la découverte d’un chant preuve d’existence, Rowe et Tilbury creusent ensemble, et profondément : les cordes tendues de guitares rejettent des boucles de piano (trois notes, parfois deux, un mince accord lors des moments de confiance) lorsque les outils-instruments ne sont pas méconnaissables. Feldmanien, Tilbury l’est encore davantage quand Rowe se charge seul de chasser les silences. Et pour ce faire, lève une armée de sonorités parasites.

De bruits du monde (radio aidant et puis oiseaux) et de notes étouffés naît ensuite Olaf, paisible morceau d’atmosphère qui devra puiser dans ses propres ressources pour éloigner une zone de dépression gangrénant son centre : des vibrations diffuses commanderont une danse réconciliatrice, d’autres notes éparses et même le début d’Oxleay. Là, une autre histoire d’arpèges délayés, une autre symphonie défaite qui n’a d’autre direction que celle que lui fera prendre l’abandon des règles et des normes, l’épanchement antinaturel de sons de toutes natures.

Keith Rowe, John Tilbury : Duos for Doris (Erstwhile)
Enregistrement : 7 janvier 2003. Edition : 2003.
CD1 : 01/ Cathnor – CD2 : 01/ Olaf 02/ Oxleay
Guillaume Belhomme © Le son du grisli



Anthony Braxton: Performance (Quartet) 1979 (HatOLOGY - 2007)

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Au festival de Willisau, en 1979, Anthony Braxton donnait en deux parties une combinaison aléatoire de sept de ses compositions.

En compagnie du tromboniste Ray Anderson – qui a remplacé, deux ans auparavant, George Lewis auprès de Braxton, et à qui il arrive ici de passer au saxophone alto –, du contrebassiste John Lindberg et du percussionniste Thurman Barker, Braxton fait alterner saxophones et clarinettes, distribue des plaintes graves ou des aigus répétés sur l’allure changeante de ses compositions.

Alors, le baroque entretient l’espoir d’un swing magistral avant de céder la place aux exclamations virulentes des instruments à vent, quand les développements anguleux hésitent entre la défense d’un rien de mélodie et les libertés accordées par les usages d’une improvisation déconstruite. Evidemment changeant, l’ensemble est aussi étourdissant.

CD: 01/ Part I 02/ Part II

Anthony Braxton - Performance (Quartet) 1979 - 2007 (réédition) - HatOLOGY. Distribution Harmonia Mundi.


Philippe Robert: Musiques expérimentales, une anthologie transversale d’enregistrements emblématiques (Le Mot & le Reste - 2007)

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Après avoir tracé un itinéraire bis long de 140 disques pop et rock, Philippe Robert s’attaque à l’histoire de la musique expérimentale : de manière personnelle, toujours, et adroite.

Selon   l’ordre  chronologique,   une   galerie  de  portraits  est   donc organisée, qui redit d’abord les interrogations sonores d’artistes plasticiens à l’origine de tout, ou presque : machines nouvelles de Luigi Russolo, Ursonate de Kurt Schwitters, musique phénoménale de Jean Dubuffet, essais divers signés Dada et Fluxus. La parole, ensuite, à la poésie sonore (Isodore Isou, William Burroughs) ou à celle du quotidien (Pierre Schaeffer, Luc Ferrari), avant d’aller voir du côté des écrits plus sourcilleux d’une musique contemporaine convaincante (signée Varèse, Xenakis, Stockhausen) puis des tourments plus ou moins légers : ceux, pop, de John Cale, John Lennon & Yoko Ono, Arthur Russell ou Jim O’Rourke, et d’autres, plus graves, hérités du krautrock. Entre les deux, les codes que s’imposent les minimalistes américains (Terry Riley, LaMonte Young), l’improvisation de Derek Bailey ou celle de Joëlle Léandre, les musiques contrariées de Loren Connors ou Radu Malfatti, les élans libres du jazz d’Albert Ayler ou Sonny Sharrock. Plus récents, quelques enregistrements de Martin Tétreault, Francisco Lopez, Maja Ratkje, Sachiko M, Otomo Yoshihide ou Jacques Coursil (Minimal Brass), affirment que l’histoire est en marche, et que si tout a été murmuré, tout n’a pas encore été dit.

Une biographie courte pour chaque intervenant, une sélection de ses enregistrements les plus emblématiques (voire, d’un seul enregistrement) et des liens patiemment établis entre courants ou musiciens, suffisent à Philippe Robert pour mettre en place une anthologie dense et aérée, cohérente et complète. Par conséquent : nécessaire.

Livre: Philippe Robert, Musiques expérimentales, une anthologie transversale d’enregistrements emblématiques, Le Mot et le Reste, 2007.


Satoko Fujii Min-Yoh Ensemble: Fujin Raijin (Victo - 2007)

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Aux côtés de Natsuki Tamura (trompette), Curtis Hasselbring (trombone), Andrea Parkins (accordéon), la pianiste Satoko Fujii interroge son rapport à la musique traditionnelle japonaise.

En arrangeant les anciens Itsuki No Komoriuta et Kariboshi Kiriuta, d’abord, qu’elle change en impressions servies par des pratiques instrumentales poignantes, qui paraphrasent, sur le second titre, le chant qu’elle dépose. En révélant au monde son propre folklore, ensuite, le temps de compositions souvent pertinentes, dont l’allure hésite sans cesse entre emportement et dérives lasses.

Intelligemment combinées, les six interprétations de Fujin Raijin forment bientôt une œuvre délicate, qui accorde la distinction de ses élans lyriques à ses mises en garde de fruit sauvage.

CD: 01/ Itsuki No Komoriuta 02/ Champloo 03/ Shimanto 04/ Slowly and Slowly 05/ Fujin Raijin 06/ Kariboshi Kiriuta

Satoko Fujii Min-Yoh Ensemble - Fujin Raijin - 2007 - Victo. Distribution Orkhêstra International.


Icebreaker: Music With Changing Parts (Orange Mountain - 2007)

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Ensemble britannique constitué de 13 musiciens, Icebreaker reprenait récemment Music With Changing Parts de Philip Glass.

Inutile de revenir sur le minimalisme de Glass, et insister davantage sur l’interprétation du jour : sophistiquée, mesurant avec efficacité chacune des interventions, pour affirmer, au final et autrement, la qualité d’une œuvre emblématique. Car, malgré une fin de première partie laborieuse, parce que mal tempérée, Icebreaker réussit à mettre ici au jour une version aérienne, enveloppante, du morceau, qu’il conclut au son d’entrelacs arrangés avec intelligence et délicatement décisifs.

CD: 01/ Music With Changing Parts 1 02/ Music With Changing Parts 2

Icebreaker - Music With Changing Parts - 2007 - Orange Mountain Music. Distribution Codaex.



Charles Mingus: Live in ’64 (Naxos - 2007)

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Parmi les 7 nouvelles références publiées cette année dans sa collection Jazz Icons, Naxos consacre une anthologie à la tournée européenne qu’effectua Charles Mingus en 1964.

En sextette ou en quintette – selon la présence du trompettiste Johnny Coles, victime à Paris d’un malaise –, le contrebassiste défend alors ses morceaux les plus déterminants auprès de la plus convaincante de ses formations : Coles, donc, et puis Eric Dolphy, Clifford Jordan, Jaki Byard, Dannie Richmond.

Aux répétitions et concert filmés en Suède et en Norvège, bien connus pour être dispersés sur les DVD déjà existant de Mingus, mais aussi de Dolphy, Live in ’64 donne à voir un document plus rare : la séance que le quintette enregistra à Liège, dans les locaux de la RTBF, à l’occasion de sa participation à l’émission Jazz pour tous. Vraisemblablement satisfait de son groupe, Mingus dirige ici So Long Eric, Peggy’s Blue Skylight et Meditations le long d’interprétations qui se passent de commentaires.

Charles Mingus - Live in ’64 - 2007 - Naxos. Distribution Abeille Musique.


The Hot 8 Brass Band: Rock With The Hot 8 (Tru Thoughts - 2007)

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Depuis 1995, le Hot 8 Brass Band dispense sa musique de fanfare sur un ton léger, plus soucieux de présence et d’investissement que de justesse des cuivres. Flamboyant quand même, l’ensemble l’emporte par la manière qu’il a de tout investir avec le même panache : retour aux sources des orchestres de la Nouvelle-Orléans, rengaines répétitives, rap hybride, reprises amusées mais adroites de Marvin Gaye ou Snoop Dogg. D’un parti pris qui aurait pu tenir seulement de l’anecdote, l’ensemble construit ainsi un disque convaincant.


The Hot 8 Brass Band, We Are One (extrait). Courtesy of Tru Thoughts.

CD: 01/ What’s My Name ? 02/ It’s Real 03/ Fly Away 04/ I Got You 05/ Sexual Healing 06/ Jisten to Me 07/ We Are One 08/ Skeet Skeet 09/ Rastafunk 10/ E Flat Blues 11/ Skit31 12/ Love Don’t Live Here 13/ Get Up

The Hot 8 Brass Band - Rock With The Hot 8 - 2007 - Tru Thoughts. Distribution La baleine.


Gordon Monahan: Theremin In The Rain (C3R - 2006)

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Au moyen d’un theremin et de sculptures sonores, Gordon Monahan libère ses angoisses au son des sifflements de l’instrument sur quelques field-recordings, de la progression d’une indus rampante, d’expérimentations sur cordes métalliques ou d’enchevêtrements de constructions xylorythmiques. Sourcilleux ou plus léger, le discours est changeant et convainc la plupart du temps des intentions honnêtes de son auteur.


Gordon Monahan, Theremin In The Rain (extrait). Courtesy of C3R.


CD: 01/ Theremin In The Rain 02/ Fluid Dynamics 03/ Flex String 04/ Updown 05/ Long String Motor 06/ Automatic Electric String 07/ See Through Theremin 08/ When it Rains 09/ Aerial Drop 10/ Wavelength

Gordon Monahan - Theremin In The Rain - 2007 - C3R Records. Distribution Metamkine.


Axel Dörner, Diego Chamy : What Matters to Ali (C3R Records, 2007)

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Seul, le trompettiste Axel Dörner – récemment convaincant au sein de Die Enttäuschung – ouvre What Matters to Ali, pièce unique d’une nouvelle collaboration avec le percussionniste Diego Chamy. Modifiant sans cesse la trajectoire de ses souffles, Dörner multiplie les attaques d’une pratique alambiquée et les déviances mélodiques à combiner aux imprécations sur toms, clochettes ou verres, de Chamy. Malgré quelques accès d’inspiration, l’enregistrement pêche, sur la longueur, par son manque d’intensité.


Axel Dörner, Diego Chamy : What Matters to Ali (C3R / Metamkine)
Enregistrement : 2006. Edition : 2007.
CD :
01/ What Matters to Ali
Guillaume Belhomme © le son du grisli


Martin Küchen : Homo Sacer (Sillon, 2007)

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Après avoir demandé à Michel Doneda, Alessandra Rombola et Wade Matthews, d’interroger en solo leurs pratiques improvisées et expérimentales, le label Sillon propose aujourd’hui les réponses du saxophoniste Martin Küchen, échappé du groupe Exploding Customer et entendu récemment aux côtés de Raymond Strid et Per Zanussi.

Abordant l’exercice de manière saugrenue – celle d’une pratique polyphonique qui ravira tout ethnologue épris de musique –, Küchen engouffre ensuite ses souffles dans le corps de ses instruments (alto et baryton), leur impose une mécanique décidant pour eux de trajectoires circulaires, ou en fait la matière d’un bourdon angoissé.

Monté, à grands coups de rebonds, à bord d‘un hélicoptère de marque Stockhausen, Küchen s’éloigne d’un Homo Sacer primaire et inquiétant, au point de séduire partout l’auditeur évolué pas mécontent de faire une pause.

Martin Küchen : Homo Sacer (Sillon / Sofa Music)
Edition : 2007.
CD : 01/ 02/ 03/ 04/ 05/

Guillaume Belhomme © Le son du grisli



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