Le son du grisli

Bruits qui changent de l'ordinaire

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le son du grisli #3Conversation de John Coltrane & Frank Kofskyle son du grisli sur twitter
A la question : interviewsAu rapport : impressions de concertsEn théorie : l'improvisation par l'écrit : John Butcher & Evan Parker

Roger Doyle: Baby Grand (BVHAAST - 2006)

doylegrisliAprès avoir terminé ses études à la Royal Irish Academy of Music, le pianiste Roger Doyle s’est focalisé sur la musique électroacoustique, composant quelques travaux jusqu’à obtenir, en 1997, le Prix « Œuvre d’esthétique à programme » au Concours Musique et Arts sonores électro-acoustiques de Bourges.

Inauguré par une composition qui mêle avec humour les accents romantiques d’un grand piano et les digressions facétieuses d’un orgue minuscule (Baby Grand), Baby Grand présente ensuite 5 compositions illustrant le martyre de
Saint Jean-Baptiste. Evocation à moitié historique prétexte à révéler quelques influences (Debussy, Satie, Hartmann sur Salome’s Entrance), à donner dans la bande originale classique (Banquet Medley) ou de style plus pompier encore (Salome’s Dance), à tout sacrifier enfin à l’introspection opaque (Salome’s Lament).

Et sur le mouvement lent d’une telle lamentation, voici la musique rattrapée par des défauts que le pianiste parvenait à dissimuler jusque là. Mesuré auparavant, le classicisme déteint au point d’en devenir étouffant sur les deux temps de Budawanny, pour défendre ensuite quelques nappes inqualifiables de synthétiseur salace sur Housekeeper.

Heureusement, Doyle n’ira pas outre ces mauvaises proportions, préférant le piano répétitif et plus discret (lointain, même) de Mansard, ou la progression mélodique sombre et dissonante de Ten Themes. Pour s’en sortir un peu moins mal, seulement. Au son d’une musique contemporaine gérant maladroitement ses penchants avilissants pour la variété instrumentale.

CD: 01/ Baby Grand 02/ Salome's Entrance 03/ Banquet Medley 04/ The Temptation of John the Baptist 05/ Salome's Dance 06/Salome's Lament 07/ Budawanny 1990 08/ Budawanny 2003 09/ Housekeeper 10/ Mansard 11/ Ten Themes (all is bright)

Roger Doyle - Baby Grand - 2006 - BVHAAST.

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Eric Dolphy : In Europe 1961-1964 (Impro Jazz, 2006)

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Les captations vidéo mettant en scène Eric Dolphy sont assez rares. Réunissant deux d’entre elles, In Europe 1961-1964 donne à voir le saxophoniste et clarinettiste dans des situations différentes.

Menant son quintette, d’abord, pour le compte d’un show télévisé allemand datant de 1961. Court, le programme fait défiler quatre titres, dont une version du God Bless The Child de Billie Holiday, solo concentré de clarinette basse, et un Blues In The Closet rendu par les seuls George Joyner (contrebasse) et Buster Smith (batterie). Ailleurs, Dolphy intervient au saxophone alto, distribuant des aigus déchirants autant qu’il impose son sens du silence auprès du jeu du trompettiste Benny Bailey (Blues Improvisation).

Trois ans plus tard, Dolphy est de retour en Europe en tant que membre du sextette de Charles Mingus. Habité, il investit à l’alto le polyrythmique So Long Eric ou emplit des dissonances sorties de sa clarinette Orange Was The Colour Of Her Dress, Then Blue Silk. Galvanisant des partenaires pourtant avertis (Dannie Richmond, Clifford Jordan, Jaky Byard, Johnny Coles), il fait preuve d’un aplomb altier, donnant une nouvelle jeunesse à Take the « A » Train, en lui appliquant quelques postures libres.

Brut et intelligent, In Europe 1961-1964 concrétise et complète l’autre référence vidéographique concernant Dolphy: Last Date, excellent documentaire signé Hans Hylkema.

Eric Dolphy : In Europe 1961-1964 (Impro Jazz / Socadisc)
Edition : 2006.
DVD : 01/ Geewee 02/ God Bless The Child 03/ Blues in The Closet 04/ Blues Improvisation 05/ So Long Eric 06/ Orange Was The Colour Of Her Dress, Then Blue Silk 07/ Owl 08/ Take the « A » Train
Guillaume Belhomme © Le son du grisli

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Wadada Leo Smith, Günter Baby Sommer: Wisdom in Time (Intakt - 2007)

wadasliSur Wisdom in Time, le percussionniste Günter Baby Sommer – membre du Zentralquartett et partenaire occasionnel de Peter Brötzmann, Irène Schweizer ou Cecli Taylor - retrouve le trompettiste Wadada Leo Smith, ami de trente ans qu’il a jadis fréquenté aux côtés de Peter Kowald.

Alternant trompette et bugle, Smith fait preuve d’une extravagance assurée (Tarantella Rusticana) ou d’un lyrisme charmeur (Pure Stilness), perturbant de temps à autre son propos à coups de traitements électroniques plus (Rain Cycles) ou moins sauvages (Bass-Star Hemispheres). De son côté, Sommer tient le dialogue, décidant d’accents légers (Pure Stilness) ou emmenant le jeu du duo sur un swing approprié (Old Times Roll - New Times Goal) ou sur un mode incantatoire (Gasire's Lute).

Dans les pas du duo Don Cherry / Ed Blackwell, Smith et Sommer font déroute ensemble en éternels camarades certains de leur complicité. Preuve la plus récente à ce jour, ce Wisdom in Time.

CD: 01/ A Sonic Voice Inclosed in the Wind 02/ Tarantella Rusticana 03/ Pure Stilness 04/ Gasire's Lute 05/ Woodland Trail to the Giants 06/ Bass-Star Hemispheres 07/ Rain Cycles 08/ Old Times Roll - New Times Goal 09/ A Silent Letter to Someone

Wadada Leo Smith, Günter Baby Sommer - Wisdom in Time - 2007 - Intakt Records. Distribution Orkhêstra International.

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Sylvie Courvoisier: Lonelyville (Intakt - 2007)

courvoisliEnregistré en 2006 en concert, Lonelyville donne à entendre les retrouvailles de la pianiste Sylvie Courvoisier et de ses fantômes, tourmentés ici, tranquilles ailleurs. Pour y faire face, l’appuient Mark Feldman (violon), Vincent Courtois (violoncelle), Ikue Mori (ordinateur) et Gerald Cleaver (batterie).

Sur Texturologie et Cosmorama, comme du temps d’Abaton, Courvoisier commande de grands mouvements - lyrisme qu’elle défend, acharnée, auprès de Feldman – pour décider ensuite de lents déploiements atmosphériques sur lesquels se dispersent les interventions (reverses de Mori, simili contrepoint servi par violon et violoncelle), abandonnés eux aussi et bientôt en faveur d’insistances dramatiques gonflées par l’impeccable accompagnement de Cleaver.

Plus déconstruits, Contraste et Lonelyville servent une sorte de contemporain ténébreux mais accessible, qui imbrique les dérélictions électroniques et les charges acoustiques furtives, tout comme il ose quelques dialogues épars et improvisés. Deuxième face d’une même médaille, qui respecte la partition autant qu’elle va voir du côté où il est possible encore de construire librement, et que Sylvie Courvoisier arbore avec distinction.

CD: 01/ Texturologie 02/ Cosmorama 03/ Contraste 04/ Lonelyville

Sylvie Courvoisier - Lonelyville - 2007 - Intakt records. Distribution Orkhêstra International.

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Steve Swell: Remember Now (Not Two - 2006)

swellgrisliEnregistrement de la participation du quartet au Vision Festival de New York en 2006, Remember Now est la deuxième publication de Slammin’ The Infinite, groupe qui voit évoluer aux côtés du tromboniste Steve Swell le saxophoniste et clarinettiste Sabir Mateen, le contrebassiste Matthew Heyner et le batteur Klaus Kugel.

Inspiré, le groupe réussit chacun des exercices qu’il s’impose : free altier servi par les instruments à vent sur l’accompagnement idéal de la section rythmique (MB-1, Grow Your Own), grand swing aidé par un savant gimmick de contrebasse (Remember Now), ou déconstructions expérimentales érudites (We Interrupt This Channel).

Assuré, Slammin’ The Infinite peut se permettre de plus grandes audaces encore, à l’origine de deux morceaux supérieurs: Different Degrees et Stride Right, compositions soutenues et complexes, sur lesquels les musiciens déambulent, bouleversants. Histoire de conclure un set qui obligeait sa reproduction sur disque.

CD: 01/ Antlers 02/ MB-1 (for Marion Brown) 03/ Patient Explorer 04/ Grow Your Own 05/ We Interrupt This Channel 06/ Remember Now 07/ Different Degrees 08/ Stride Right

Steve Swell - Remember Now - 2006 - Not Two.

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Graham Collier : Hoarded Dreams (Cuneiform - 2007)

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En 1983, le contrebassiste anglais Graham Collier abandonnait son instrument au profit de la direction d’un orchestre d’exception, qui comptait dans ses rangs John Surman, Ted Curson, Tomasz Stanko ou Kenny Wheeler - 4 musiciens auprès de 16 autres, partis défendre ensemble Hoarded Dreams.

Dans les pas de George Russell, Collier interroge ici le rapport d’un jazz qu’il a toujours servi et d’une musique contemporaine décomplexée. Sortis des brouillards dissonants, une valse emportée ou un grand swing peuvent alors voir le jour ; ailleurs, une musique de chambre tourmentée ou un brin de funk rehaussé par les cuivres se disputent les faveurs de la composition. Toutes combinaisons faisant place, à intervalles presque réguliers, à un free jazz brouilleur de cartes.

Décelables parmi les envolées, les gestes précis de solistes remarquables : la trompette de Curson et le saxophone baryton de Surman sur Part 2, la flûte de Geoff Warren sur le mouvement lent de Part 4. Gratifications supplémentaires à celles déjà offertes par une pièce réfléchie, menée d’une main vicieuse par Graham Collier lui-même.

Graham Collier : Hoarded Dreams (Cuneiform / Orkhêstra International)
Enregistrement : 1983. Edition : 2007.
CD : 01/ Part 1 02/ Part 2 03/ Part 3 04/ Part 4 05/ Part 5 06/ Part 6 07/ Part 7
Guillaume Belhomme © Le son du grisli

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Fursaxa : Alone in the Dark Wood (ATP, 2007)

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Sous le nom de Fursaxa, Tara Burke, fleurs dans les cheveux et sur robe longue, signe cette année Alone in the Dark Wood, sixième album témoin d’une quête musicale inaugurée en 1999 et saluée, entre autres, par Thurston Moore ou Acid Mothers Temple.

Pour ce faire, elle aura dû arrêter de mâcher des herbes longues comme le bras pour s’emparer de diverses sortes de guitare, flûtes et percussions, et défendre un univers le plus souvent éthéré, folk personnel soumis aux illusions nomades et aux hallucinations provoquées par la faim que connaît celui qui s’entiche d’une alimentation essentiellement basée sur la racine.

Alors, les frêles vocalises s’installent sur un bourdon inquiet (Lunaria Enters The Blue Lodge, Black Haw), une guitare désaccordée se charge comme elle peut de la rengaine que répète Alone In The Dark Wood, des imprécations de suppliques lointaines traînent leur Américaine jusqu’aux rivages de l’Inde (In The Hollow Mink Shoal, The Bells of Capistrano). Provoquant  la rencontre en forêt de News From Babel et de Stephen Micus, Fursaxa réalise dans les airs ce que Castanets avait réussi à faire au sol, soit : construire un album singulier aux marges d’une scène néo-folk insipide.

Fursaxa : Alone in the Dark Wood (ATP Recordings)
Edition : 2007.
CD : 01/ Intro 02/ Lunaria Enters The Blue Lodge 03/ The Bells Of Capistrano 04/ Drinking Wine In Yarrow 05/ Black Haw 06/ Clè Elum 07/ Alone In The Dark Wood 08/ Nawne Ye 09/ Sheds Her Skin 10/ In The Hollow Mink Shoal 11/ Rattling The Calabash 12/ Birds Inspire Epic Bards 13/ Of Tubal Cain
Guillaume Belhomme © Le son du grisli

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Kidd Jordan Quartet: New Orleans Festival Suite (Silkheart - 2002)

jordansliChez lui, à la Nouvelle Orléans, Kidd Jordan enregistrait en 1999 une improvisation en trois temps en compagnie de partenaires précieux : le contrebassiste William Parker, le pianiste Joel Futterman (ancien partenaire de Jimmy Lyons) et le batteur Alvin Fielder (jadis membre du sextette de Roscoe Mitchell).

Dès Decateur Street, le saxophoniste dépose un expressionnisme altier sur le soutien fiévreux de Parker, duo qui évolue sur les phrases habitées et distribuées à l’emporte-pièce par Futterman, au piano puis à la flûte indienne. Pour mettre en place à deux une progression ténébreuse, le pianiste et le contrebassiste exaltent le morceau avant le retour du ténor, qui jette autant d’aigus qu’il insistera, pour conclure, sur les graves.

Répétant à l’envi que la « musique n’est pas, toute, basée sur la mélodie », Jordan pousse le vice jusqu’à hacher ses interventions, multipliant les phrases courtes avant de s’emballer sur Dream Palace, autre demi-heure soutenue au rythme changeant selon les envies de Fielder (passant du swing au mode latin, de l’accent précis à l’arythmie définitive).

En guise de final, Ole Miss Lovesong impose un développement fluctuant au gré du tracé des pizzicatos de Parker, qui combine les phases de nonchalance roublardes à quelques accès de fièvre inspirée. Et annonce une suite indispensable, élaborée en compagnie des mêmes: du Live at the Tampere Jazz Happening 2000 (avec Futterman et Fielder) au récent Palm of Soul (avec William Parker).

CD: 01/ Decateur Street 02/ Dream Palace 03/ Ole Miss Lovesong

Kidd Jordan Quartet - New Orleans Festival Suite - 2002 - Silkheart. Distribution Orkhêstra International.

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Ran Slavin: The Wayward Regional Transmissions (Cronica Electronica - 2007)

slavinsliEn compagnie d’Ahuva Ozeri, joueuse de bulbul tarang (autrement appelé banjo indien), et du oudiste Moshe Eliahu, Ran Slavin rêve de mettre à Tel Aviv la main sur une musique syncrétique, reflet d’un monde que l’on survole, quiet, quitte à parfois se faire rattraper par la réalité crasse de télescopages faisant partie des risques.

Parti au son mesuré de cordes répétitives déposées sur la toile d’une électronica minimaliste (Village), Slavin dérive d'abord au gré d’inspirations sûres: combinaisons de structures rythmiques minuscules et d’une guitare progressant sous réverbération (Wayward Initial) ou mélodies lointaines espérant se faire une place parmi les boucles bancales et les graves distribués à distance régulière sur Jericho 6AM.

Mais, trop assuré peut être, le voici abandonnant son folklore inventé pour le troquer, qui plus est, contre une ambient sans charme (Silence) et ultra-naïve (DAT Beats). Remis de sa chute, il réussit à faire demi-tour et retrouve sur Hagalil les rivages sûrs décrits en ouverture de The Wayward Regional Transmissions, album recevable que le brouillage radio passager aura bien failli perdre.

CD: 01/ Village 02/ Wayward Initial 03/ Jericho 6AM 04/ Shelters and Peace 05/ DAT Beats 06/ Silence 07/ Kiosk in Furadi 08/ Hagalil

Ran Slavin - The Wayward Regional Transmissions - 2007 - Cronica Electronica.

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Cor Fuhler: Stengam (Potlatch - 2007)

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A l’aide d’électro-aimants et de moteurs minuscules, Cor Fuhler tire de l’intérieur de son piano les éléments improvisés qui formeront Stengam.

Souvent percussive (allant jusqu’à évoquer l’usage d’un steel-pan ou de tymp-toms), l’approche de Fuhler met rapidement au jour quelques mondes parallèles faits de bourdons électriques, de sifflements de cordes, d’effets de masse et de leurs résonances.

Développant ici un univers proche du Neroli de Brian Eno (North-South), Fuhler se montre ailleurs davantage soumis aux tensions, distribuant quelques notes vibrantes sur le référent d’une corde qui grésille (Ferrous), ou mesurant le long de Stengam les conséquences sur l’ensemble d’oscillations apaisantes. Pour bâtir, au final, une œuvre concrète transcendée par l’instinct.

Cor Fuhler : Stengam (Potlatch / Orkhêstra International)
Edition : 2007.
CD 01/ North-South 02/ Ferrous 03/ Stengam - part 1 04/ Stengam - part 2 05/ Stengam - part 3 06/ Stengam - part 4 07/ Stengam - part 5 08/ Stengam - part 6
Guillaume Belhomme © Le son du grisli

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