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Dave Burrell: Momentum (High Two - 2006)

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Ancien partenaire de Pharoah Sanders, Archie Shepp, David Murray ou Grachan Moncour III, le pianiste Dave Burrell est de ces musiciens de jazz qui ont encore à dire parmi et auprès d’une génération plus récente de jazzmen raffinés (sur Momentum, le contrebassiste Michael Formanek, et, plus jeune encore, le batteur Guillermo E. Brown).

Sur les 3 premiers titres, écrits à l’origine afin d’illustrer un ancien film muet, le toucher de Burrell est mesuré, se pliant à une construction répétitive (Downfall) ou rendant des thèmes léger (Broken Promise) puis mélancolique (Fade to Black, qui rappelle les dernières compositions de Mal Waldron).

Ailleurs, un swing singulier emporte le trio : sur le rythme étrange mis au jour par Brown (Cool Reception) ou au son d’un gimmick entêtant défendu par Formanek, qui anéantit les accents monkiens du jeu de Burrell en préambule à 4 :30 to Atlanta – accents remarqués une autre fois sur Coup d’état.

Fait de postures classiques enlevées par le traitement moderne et érudit de Dave Burrell – qui a pour effet les dissonances balbutiantes de Momentum ou la netteté mélodique de Broken Promise, selon les dosages -, Momentum est un disque aussi efficace que sombrement perturbé ; soit : recommandable.

CD: 01/ Downfall 02/ Broken Promise 03/ Fade to Black 04/ 4:30 to Atlanta 05/ Cool Reception 06/ Momentum 07/ Coup d’état

Dave Burrell - Momentum - 2006 - High Two. Distribution Orkhêstra International.

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Syntopia Quartet: Mars (Nemu Records - 2005)

grislimarsAu confluent de courants divers - musiques classique et contemporaine, jazz et folklore inventé -, le quartette allemand Syntopia donne sur Mars une actualité convaincante aux anciens espoirs du Third Stream.

Fantasmant un voyage dans l’espace pour éviter tout attachement à quelque influence dominante, l’ensemble dispose comme il l’entend ses intentions éclatées : baroque fondu en progression lâche (Elysium Planitia), structures sourcilleuses auxquelles se heurtent violon et clarinettes (Olympus Mons), éléments réunis de répétition et déconstruction (Goodbye Earth).

Dispensant un expressionnisme curieux, le quartette en évoque d’autres (Kronos et Balanescu sur Newton Basin ou Goodbye Earth) comme il trouve un terrain d’entente satisfaisant aux intérêts qu’il voue aux musiques de Stravinsky et Prokofiev, à celles de George Russell et Chico Hamilton.

S’égarant une seule fois en chemin (étouffé par les lianes d’une forêt qu’il installe sur Valles Marineris), Syntopia Quartet peut revenir satisfait de son expédition de Mars et de reconnaissance.

CD: 01/ Goodbye Earth 02/ Chryse Planitia 03/ Tenge Terra 04/ Elysium Planitia 05/ Valles Marineris 06/ Olympus Mons 07/ Newton Basin 08/ Chasma Boreale 09/ Back to Earth 

Syntopia Quartet - Mars - 2005 - Nemu Records.

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Richard Chartier: Current (Room 40 - 2006)

charsliA un design matérialiste qui lui a valu sa reconnaissance, Richard Chartier en oppose un autre depuis quelque temps ; sonore, celui-là. Sur Current, il expose sur une vingtaine de minutes ses vues en la matière.

En l’anti-matière, plus exactement. Par le biais de l’exploration d’un champ sonore aux portes de l’abstrait, Chartier trouve refuge en vapeurs. Difficile alors de percevoir une direction précise, un exposé musical clair tant il refuse les cadres. Comme à son habitude, le musicien préfère plutôt suggérer, et infiltre quelques souffles ou évocations de freinage à sa longue plage minimaliste, convaincu que de petits riens (chocs infimes sur bois, quasi ultrasons) suffiront à divertir l’austérité ambiante.

Riens qui lui donnent raison, insinuant au final la forme adéquate à ses prétentions musicales : ambient fantasmant la traversée de fuseaux horaires, invisible et nécessaire autant qu’eux.

CD: 01/ Current

Richard Chartier - Current - 2006 - Room 40.

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Rahsaan Roland Kirk : In Europe 1962-1967 (Impro-Jazz, 2006)

roland kirk in europe

Faire fi du sensationnel mis en avant dans les notes disposées en dos de boîtier - mate l’aveugle, il souffle dans plusieurs saxophones en même temps ! – et se concentrer sur les performances d’un Roland Kirk filmé deux fois en Europe, à cinq ans d’intervalle.

En 1962, d’abord. A Milan, Kirk enlève auprès du pianiste Tete Montoliu, du batteur Kenny Clarke et du contrebassiste Tommy Potter, un blues magistral au son d’interventions brèves (Blues in F), profite de l’accompagnement irréprochable du pianiste pour mener un swing instruit (A Cabin in The Sky) ou préfère dialoguer avec lui le long d’un thème complexe dans lequel il glisse quelques grands solos de flûte (3-in-1 Without The Oil).

En 1967, ensuite. A Prague, Kirk se produit avec son quartette régulier – parmi lequel prend place le pianiste Ron Burton –, imposant sa marque à quelques standards signés Ellington ou Kurt Weill, ou décidant de formes changeantes pour ses propres compositions : bop (Lovellevelliloqui), cool (The Inflated Tear), free (Free Interlude) ou funk (Makin Love / After Hours).


Bruts et ramassés, ces deux enregistrements rendent avec fidélité le jazzman farouche qu’était Rahsaan Roland Kirk à une période où aucune concession n’était pour lui envisageable.

Rahsaan Roland Kirk : In Europe 1962-1967 (Impro-Jazz)
Edition : 2006.
DVD: 01/ Blues in F 02/ A Cabin in the Sky 03/ 3-in-1 Without the Oil 04/ Ode to Billie Joe 05/ My Ship 06/ Creole Love Call 07/ The Inflated Tear 08/ Lovellevelliloqui 09/ Makin Love / After Hours 10/ Free Interlude / Bessie’s Blues
Guillaume Belhomme  © Le son du grisli

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Frank Gratkowski, Misha Mengelberg: Vis-à-vis (Leo records - 2006)

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Habituellement associé à son compatriote Georg Graewe, le saxophoniste et clarinettiste allemand Frank Gratkowski change, le temps de quelques concerts donnés en 2005, de pianiste et partenaire. Pour improviser aux côtés de l’un de ses plus respectables aînés: Misha Mengelberg.

Si les musiciens sont compétents, la langueur excessive du jeu de clarinette en Si bémol de Gratkowski amène deux fois le duo à se laisser convaincre du fait qu’il est là pour défendre un simili contemporain sans saveur (Geburstags Mix, Mix Fraktal). Mis à mal, quand même et bientôt, par des pièces d’une autre taille, tirant profit d’un meilleur usage que le souffleur fait de son alto (sur l’instable Gehackter Preis Mix) ou de sa clarinette basse (excellent Mix Digestiv, au discours évasif avant qu’il ne décide de servir un free opportun).

Sorti d'un nouveau passage à vide (Mix Vis-à-vis), le duo conclut l’enregistrement avec une pièce plus radicale, qui combine la pratique expérimentale de Gratkowski à la clarinette contrebasse et les accords fiévreux et réverbérés de Mengelberg. Réussi, ce dernier morceau rétablit la balance, qui certifie au final le tiède résultat de la rencontre.

Frank Gratkowski, Misha Mengelberg : Vis-à-vis (Leo Records / orkhêstra International)
Edition : 2006.

CD : 01/ Geburstags Mix 02/ Gehackter Preis Mix 03/ Mix Digestiv 04/ Mix Vis-à-vis 05/ Mix Fraktal 06/ Mix and Match
Guillaume Belhomme © Le son du grisli

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Jesse Zubot: Dementia (Drip Audio - 2006)

zubotsliJeune violoncelliste canadien, Jesse Zubot interroge son instrument de prédilection et quelques autres (guitares, mandoline) à la lumière d’intentions électroacoustiques et d’élans parfois improvisés.

Après avoir planté un décor au moyen de field recordings ou de pratiques instrumentales abstraites, Zubot choisit de rendre une mélodie délicate ou d’intervenir sans ménagement au son de frottements divers, de souffles et d’un archet grinçant.

Derrière ordinateur, il peut aussi revoir ses compositions, combiner du mieux qu’il peut des bribes instrumentales convaincantes pour exposer, au final, une musique électroacoustique à rapprocher de celles de Taylor Deupree, Fifths of Seven
ou Library Tapes. Compositions baroques sorties d’alambics électroniques qui rattrapent les passages improvisés parfois en manque de souffle.

CD: 01/ Cognitive Decline 02/ Isolation 03/ Semantically Lost 04/ Atrophy 05/ Dementia 06/ Nootropics 07/ Sundowning Part 1 08/ Frontotemporal 09/ Delusions 10/ Apraxia 11/ Sundowning Part 2 12/ Delirium 13/ Defeated 14/ A Wish

Jesse Zubot - Dementia - 2006 - Drip Audio.

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The Thing : Action Jazz (Smalltown Superjazz, 2007)

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Enregistré à Stockholm fin 2005, le quatrième album du trio scandinave The Thing – composé du saxophoniste suédois Mats Gustafsson et de la section rythmique norvégienne Paal Nilssen-Love / Ingebrigt Haker Flaten – amalgame avec brio des influences éclatées, les sert toutes avec astuce.

Dans les pas de Vandermark (celui de Spaceways Inc, notamment), The Thing évalue son discours à la croisée des chemins d’un jazz influencé, entre autres, par Peter Brötzmann
et Joe McPhee, et d’un rock puissant, voire métal. Trouvant un équilibre brut entre l’un et l’autre de ces grands domaines ici (Ride the Sky), ou servant un jazz plus mesuré ailleurs (… Through BBQ, hommage sensible destiné sur Strayhorn ou reprise suggérée à peine du Broken Shadows d’Ornette Coleman).

The Thing
peut d’ailleurs fait référence au trio que Coleman en compagnie de Charles Moffet et David Izenzon au milieu des années 1960 (Danny’s Dream) pour préférer ailleurs les postures d’un free extrême : hurlements du saxophone baryton (Sounds Like A Sandwich), batterie et contrebasse exaltées (The Nut / The Light). Pour, à chaque fois, défendre au mieux un jazz à principe actif.

The Thing : Action Jazz (Smalltown Superjazz)
Enregistrement : 2005. Edition : 2007.
CD : 01/ Sounds Like A Sandwich 02/ Chiasma 03/ Broken Shadows 04/ Ride the Sky 05/ Better Living 06/ Danny’s Dream 07/ The Nut / The Light 08/ ...Through BBQ 09/ Strayhorn
Guillaume Belhomme © Le son du grisli

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Nick Didkovsky: Tube Mouth Bow String (Pogus - 2006)

didsliMembre du groupe Doctor Nerve et du Fred Frith Quartet, le guitariste Nick Didkovsky s’associe au Sirius String Quartet pour interpréter cinq de ses propres compositions.

Qui opposent les mouvements lents du quatuor à cordes à la mélodie prudente déposée par la guitare électrique au son d’une ambient soignée (She Closes Her Sister With Heavy Bones), ou calque le bourdon installé par les cordes sur le bruitisme grave fomenté par la guitare (Machinecore).

Interrogeant son instrument au moyen de talk boxes et d’une pédale Harmonizer, Didkovsky commande ensuite aux violons et violoncelle de s’en tenir à une note oscillante (Tube Mouth Bow String). Puis, derrière ordinateur, dévie de leur axe les notes de cordes capturées, pour servir un univers redondant, fantasmant la convocation d’un Kronos Quartet downtempo, pour ne pas dire angoissant (What Sheep Herd).


Après avoir offert, en guise de conclusion, deux minutes à peine de loisirs au quatuor (Just a Voice That Bothered Him), Didkovsky referme Tube Mouth Bow String, recueil de compositions lumineuses autant que préoccupantes.

CD: 01/ She Closes Her Sister With Heavy Bones 02/ Machinecore 03/ Tube Mouth Bow String 04/ What Sheep Herd 05/ Just a Voice That Bothered Him

Nick Didkovsky - Tube Mouth Bow String - 2006 - Pogus.

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Steve Dalachinsky: The Final Nite (Ugly Duckling Press - 2006)

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Dans The Final Nite, le poète new-yorkais Steve Dalachinsky nous livre une approche expérimentale de son art, qui consiste à suivre depuis 1987 chacune des prestations du saxophoniste Charles Gayle stylo en main. Dans l’ordre chronologique de leur composition, les textes sont présentés ici sans avoir subi ni réécriture ni sélection.

Dans sa préface au recueil, le contrebassiste William Parker – et partenaire régulier de Gayle – souligne l’intimité dévoilée par la lecture de ces poèmes, qu’il compare à des haïkus spontanés au contact desquels chaque lecteur vivra sa propre expérience. C’est que les mots de Dalachinsky brassent large, refusant la compromission qui tendrait à leur imposer une utilité monocorde pour revêtir plutôt quelques aspects changeants : observations semi objectives et réactions partiales, commentaires éclairés ou tentations abstractionnistes. En préambule à chacun des textes, la date et l’endroit du concert, ainsi que le nom des musiciens accompagnant Gayle à cette occasion (William Parker, donc, mais aussi Hamid Drake ou Milford Graves). Témoin chanceux de rencontres singulières, Dalachinsky se veut autant créateur qu’archiviste, et livre avec The Final Nite un document d’essence inédite : apprenant peu car consacré davantage à contenir des fulgurances animées et parfois exaltées par la superbe d’un mentor choisi.

Steven Dalachinsky, The Final Nite & Other Poems: Complete Notes from a Charles Gayle Notebook, Ugly Duckling Press, 2006.

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Agusti Fernandez, Barry Guy, Ramon Lopez: Aurora (Maya Recordings - 2006)

aurosliEn compagnie du contrebassiste Barry Guy et du percussionniste Ramon Lopez, le pianiste Agusti Fernandez choisit huit de ses compositions personnelles et une autre signée Guy pour dépeindre son univers singulier, déployé ici au rythme de pièces enveloppantes.

Parti au son d’un thème et d’une production trop polie (Can Ram), le trio sert ensuite avec sensibilité des pièces qui mêlent, tour à tour, l’influence de musiciens en marge (Gurdjieff et Hartmann sur Aurora 1), de classiques oubliés (élans baroques de l’archet de Guy sur Don Miquel ou Emaneta) ou de standards de jazz paisible (Please, Let Me Sleep).

Fuyantes, les compositions accueillent ici des éléments hispanisant (David M, Aurora 2), là, des précipitations inattendues et altières (Rosalia). Postures infimes et salutaires, qui font vaciller le propos évanescent de l’ensemble entre jazz quiet et musiques nouvelles atmosphériques. Sophistiqué et réussi.

CD: 01/ Can Ram 02/ David M. 03/ Aurora 1 04/ Don Miquel 05/ Rosalia 06/ Please, Let Me Sleep 07/ Odyssey 08/ Aurora 2 09/ Umaneta

Agusti Fernandez, Barry Guy, Ramon Lopez - Aurora - 2006 - Maya Recordings. Distribution Orkhêstra International.

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