Le son du grisli

Bruits qui changent de l'ordinaire

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Getatchew Mekuria, The Ex & Guests : Moa Anbessa (Terp, 2007)

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Pour avoir beaucoup écouté le 14e titre de la série Ethiopiques publiée par Buda Musique, The Ex rêvait d’une rencontre avec le saxophoniste que ce disque met à l’honneur: Getatchew Mekuria. Et voici qu’en 2006, les Néerlandais enregistrent aux côtés de l’Ethiopien et d’invités choisis (parmi lesquels on trouve Cor Fuhler à l’orgue, Xavier Charles à la clarinette).

Séduits par Mekuria, The Ex n’en profite pas moins pour tenter d’établir un pont intercontinental combinant des éléments issus des deux rives : musique éthiopienne moderne et gesticulations punk bravaches. Tangage mis à mal par des guitares accrocheuses (Sethed Seketelat), griserie apportée par les rauques du saxophone sur le gimmick de la basse électrique (Aynamaye Nesh), ou pièce maîtresse de brass band déluré (Musicawi Silt), tout plaide ici en faveur de l’alliage réussi.

La nonchalance ardente de Mekuria relevée par les provocations amusées de The Ex (Almaz Yeharerwa, Tezalegn Yetentu), ou le swing fait récréation envisagé comme preuve du caractère opportun d’une rencontre.

Getatchew Mekuria, The Ex & Guests : Moa Anbessa (Terp Records / Mosaïc)
Enregistrement : 2006. Edition : 2007.

CD : 01/ Ethiopia Hagere 02/ Sethed Seketelat 03/ Eywat Setenafegagn 04/ Che Belew Shellela 05/ Aynamaye Nesh 06/ Aynotche Terabu / Shemonmwanaye 07/ Musicawi Silt 08/ Tezeta 09/ Almaz Yeharerwa 10/ Tezalegn Yetentu 11/ Aha Begena
Guillaume Belhomme © Le son du grisli

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Raymond Boni, Luc Bouquet: Talk About… The Listener Writer (Impro Jazz - 2007)

talkgrisliEnregistrement d’un concert donné en 2005, Talk About… The Listener Writer donne à entendre le guitariste Raymond Boni et le batteur Luc Bouquet improviser, ensemble ou en solo, une musique sous tensions.

Baignant d’abord dans une atmosphère leste faite d’expérimentations combinées – guitare électrique sous delay contre chaos percussif –, le duo évalue de différentes manières un travail qu’il dédie au son. Champs libres et souvent réverbérés accueillent alors toutes les tentatives : brouhaha sorti d’un amas d’effets (La route d’Uzès), redites pseudo mélodiques et soupçons de rythmes jazz (No Weapons…), illusions rock et swing glissées en progression instable (Talk About). 

Sur courant alternatif, ailleurs, Boni dépose, parfois outrancier, un blues soumis à quelques charges électriques (How Much for Your Soul) quand Bouquet se fait plus concret, au son d’un solo allant crescendo qui rappelle ici ou là le jeu de Sunny Murray. Pour parfaire l’enregistrement percutant, alerte et intense, qu’est Talk About...

CD: 01/ Talk About 02/ How Much for Your Soul 03/ La route d’Uzès (pour Géraldine) 04/ No More Crazy Woman 05/ (Until) The Last Shout 06/ No Weapons… Instruments… Only

Raymond Boni, Luc Bouquet - Talk About... The Listener Writer - 2007 - Impro Jazz.

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Kozo Inada : j[ ] (Sonoris, 2007)

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A partir de samples et de boucles extraits de disques de musique classique, Kozo Inada révèle j[ ], nouvel enregistrement à exposer ses intentions expérimentales et qui relance, par ailleurs, la production du label français Sonoris.

Après avoir imposé quelques dissonances, le travail d’Inada met lentement sur pieds un grand orchestre duquel pourront partir les nappes sonores porteuses de l’œuvre. Accumulées, celles-ci servent une ambient angoissée (j[1]), rêvent de fomenter d’autres symphonies - modernes, certes, mais rattachées encore à de plus anciennes, signées Wagner, Mahler ou Grieg -, ou donnent dans un minimalisme accompli à la suite de Terry Riley ou Philip Glass (j[3]). Convaincant sur toute la longueur de son ouvrage, Inada pousse l’élégance jusqu’à affecter la monochromie tandis qu’il réussi à accorder bruitisme et minimalisme sous les ors chaleureux d’un cadre harmonique ravissant. Distingué.

Kozo Inada : j[ ] (Sonoris)
Edition : 2007.
CD : 01/ j[1] 02/ j[2] 03/ j[3] 04/ j[4] 05/ j[5]
Guillaume Belhomme © Le son du grisli

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Charlemagne Palestine: A Sweet Quasimodo Between Black Vampire Butterflies for Maybeck (Cold Blue Music - 2007)

charlsliEnregistré au Maybeck Hall de Berkeley en janvier 2006, A Sweet Quasimodo… donne à entendre Charlemagne Palestine appliquer sa technique du Strumming derrière deux grands pianos.

En guise d’introduction, le musicien évoque sa jeunesse californienne et chante une ritournelle angoissée, rituel précédant l’improvisation longue (40 minutes). Là, il déploie un univers sonore bâti sur un couple de notes, brute et répété, complété peu à peu par les effets de l’usage d’autres touches, volontés interférentes et développantes.

Décidant de pauses dans son exécution, Palestine accentue à intervalles réguliers une pièce déjà polyrythmique. Charges grandioses et silences apaisants alternent alors, bousculés, et arrangent les couleurs différentes de l’improvisation. Ample, voire emphatique, elle prend les airs d’un minimalisme d’âge mûr, autrement dit, débordant.

CD: 01/ A Sweet Quasimodo Between Black Vampire Butterflies for Maybeck

Charlemagne Palestine - A Sweet Quasimodo Between Black Vampire Butterflies for Maybeck - 2007 - Cold Blue Music. Distribution Orkhêstra International.

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Dave Burrell: Momentum (High Two - 2006)

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Ancien partenaire de Pharoah Sanders, Archie Shepp, David Murray ou Grachan Moncour III, le pianiste Dave Burrell est de ces musiciens de jazz qui ont encore à dire parmi et auprès d’une génération plus récente de jazzmen raffinés (sur Momentum, le contrebassiste Michael Formanek, et, plus jeune encore, le batteur Guillermo E. Brown).

Sur les 3 premiers titres, écrits à l’origine afin d’illustrer un ancien film muet, le toucher de Burrell est mesuré, se pliant à une construction répétitive (Downfall) ou rendant des thèmes léger (Broken Promise) puis mélancolique (Fade to Black, qui rappelle les dernières compositions de Mal Waldron).

Ailleurs, un swing singulier emporte le trio : sur le rythme étrange mis au jour par Brown (Cool Reception) ou au son d’un gimmick entêtant défendu par Formanek, qui anéantit les accents monkiens du jeu de Burrell en préambule à 4 :30 to Atlanta – accents remarqués une autre fois sur Coup d’état.

Fait de postures classiques enlevées par le traitement moderne et érudit de Dave Burrell – qui a pour effet les dissonances balbutiantes de Momentum ou la netteté mélodique de Broken Promise, selon les dosages -, Momentum est un disque aussi efficace que sombrement perturbé ; soit : recommandable.

CD: 01/ Downfall 02/ Broken Promise 03/ Fade to Black 04/ 4:30 to Atlanta 05/ Cool Reception 06/ Momentum 07/ Coup d’état

Dave Burrell - Momentum - 2006 - High Two. Distribution Orkhêstra International.

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Syntopia Quartet: Mars (Nemu Records - 2005)

grislimarsAu confluent de courants divers - musiques classique et contemporaine, jazz et folklore inventé -, le quartette allemand Syntopia donne sur Mars une actualité convaincante aux anciens espoirs du Third Stream.

Fantasmant un voyage dans l’espace pour éviter tout attachement à quelque influence dominante, l’ensemble dispose comme il l’entend ses intentions éclatées : baroque fondu en progression lâche (Elysium Planitia), structures sourcilleuses auxquelles se heurtent violon et clarinettes (Olympus Mons), éléments réunis de répétition et déconstruction (Goodbye Earth).

Dispensant un expressionnisme curieux, le quartette en évoque d’autres (Kronos et Balanescu sur Newton Basin ou Goodbye Earth) comme il trouve un terrain d’entente satisfaisant aux intérêts qu’il voue aux musiques de Stravinsky et Prokofiev, à celles de George Russell et Chico Hamilton.

S’égarant une seule fois en chemin (étouffé par les lianes d’une forêt qu’il installe sur Valles Marineris), Syntopia Quartet peut revenir satisfait de son expédition de Mars et de reconnaissance.

CD: 01/ Goodbye Earth 02/ Chryse Planitia 03/ Tenge Terra 04/ Elysium Planitia 05/ Valles Marineris 06/ Olympus Mons 07/ Newton Basin 08/ Chasma Boreale 09/ Back to Earth 

Syntopia Quartet - Mars - 2005 - Nemu Records.

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Richard Chartier: Current (Room 40 - 2006)

charsliA un design matérialiste qui lui a valu sa reconnaissance, Richard Chartier en oppose un autre depuis quelque temps ; sonore, celui-là. Sur Current, il expose sur une vingtaine de minutes ses vues en la matière.

En l’anti-matière, plus exactement. Par le biais de l’exploration d’un champ sonore aux portes de l’abstrait, Chartier trouve refuge en vapeurs. Difficile alors de percevoir une direction précise, un exposé musical clair tant il refuse les cadres. Comme à son habitude, le musicien préfère plutôt suggérer, et infiltre quelques souffles ou évocations de freinage à sa longue plage minimaliste, convaincu que de petits riens (chocs infimes sur bois, quasi ultrasons) suffiront à divertir l’austérité ambiante.

Riens qui lui donnent raison, insinuant au final la forme adéquate à ses prétentions musicales : ambient fantasmant la traversée de fuseaux horaires, invisible et nécessaire autant qu’eux.

CD: 01/ Current

Richard Chartier - Current - 2006 - Room 40.

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Rahsaan Roland Kirk : In Europe 1962-1967 (Impro-Jazz, 2006)

roland kirk in europe

Faire fi du sensationnel mis en avant dans les notes disposées en dos de boîtier - mate l’aveugle, il souffle dans plusieurs saxophones en même temps ! – et se concentrer sur les performances d’un Roland Kirk filmé deux fois en Europe, à cinq ans d’intervalle.

En 1962, d’abord. A Milan, Kirk enlève auprès du pianiste Tete Montoliu, du batteur Kenny Clarke et du contrebassiste Tommy Potter, un blues magistral au son d’interventions brèves (Blues in F), profite de l’accompagnement irréprochable du pianiste pour mener un swing instruit (A Cabin in The Sky) ou préfère dialoguer avec lui le long d’un thème complexe dans lequel il glisse quelques grands solos de flûte (3-in-1 Without The Oil).

En 1967, ensuite. A Prague, Kirk se produit avec son quartette régulier – parmi lequel prend place le pianiste Ron Burton –, imposant sa marque à quelques standards signés Ellington ou Kurt Weill, ou décidant de formes changeantes pour ses propres compositions : bop (Lovellevelliloqui), cool (The Inflated Tear), free (Free Interlude) ou funk (Makin Love / After Hours).


Bruts et ramassés, ces deux enregistrements rendent avec fidélité le jazzman farouche qu’était Rahsaan Roland Kirk à une période où aucune concession n’était pour lui envisageable.

Rahsaan Roland Kirk : In Europe 1962-1967 (Impro-Jazz)
Edition : 2006.
DVD: 01/ Blues in F 02/ A Cabin in the Sky 03/ 3-in-1 Without the Oil 04/ Ode to Billie Joe 05/ My Ship 06/ Creole Love Call 07/ The Inflated Tear 08/ Lovellevelliloqui 09/ Makin Love / After Hours 10/ Free Interlude / Bessie’s Blues
Guillaume Belhomme  © Le son du grisli

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Frank Gratkowski, Misha Mengelberg: Vis-à-vis (Leo records - 2006)

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Habituellement associé à son compatriote Georg Graewe, le saxophoniste et clarinettiste allemand Frank Gratkowski change, le temps de quelques concerts donnés en 2005, de pianiste et partenaire. Pour improviser aux côtés de l’un de ses plus respectables aînés: Misha Mengelberg.

Si les musiciens sont compétents, la langueur excessive du jeu de clarinette en Si bémol de Gratkowski amène deux fois le duo à se laisser convaincre du fait qu’il est là pour défendre un simili contemporain sans saveur (Geburstags Mix, Mix Fraktal). Mis à mal, quand même et bientôt, par des pièces d’une autre taille, tirant profit d’un meilleur usage que le souffleur fait de son alto (sur l’instable Gehackter Preis Mix) ou de sa clarinette basse (excellent Mix Digestiv, au discours évasif avant qu’il ne décide de servir un free opportun).

Sorti d'un nouveau passage à vide (Mix Vis-à-vis), le duo conclut l’enregistrement avec une pièce plus radicale, qui combine la pratique expérimentale de Gratkowski à la clarinette contrebasse et les accords fiévreux et réverbérés de Mengelberg. Réussi, ce dernier morceau rétablit la balance, qui certifie au final le tiède résultat de la rencontre.

Frank Gratkowski, Misha Mengelberg : Vis-à-vis (Leo Records / orkhêstra International)
Edition : 2006.

CD : 01/ Geburstags Mix 02/ Gehackter Preis Mix 03/ Mix Digestiv 04/ Mix Vis-à-vis 05/ Mix Fraktal 06/ Mix and Match
Guillaume Belhomme © Le son du grisli

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Jesse Zubot: Dementia (Drip Audio - 2006)

zubotsliJeune violoncelliste canadien, Jesse Zubot interroge son instrument de prédilection et quelques autres (guitares, mandoline) à la lumière d’intentions électroacoustiques et d’élans parfois improvisés.

Après avoir planté un décor au moyen de field recordings ou de pratiques instrumentales abstraites, Zubot choisit de rendre une mélodie délicate ou d’intervenir sans ménagement au son de frottements divers, de souffles et d’un archet grinçant.

Derrière ordinateur, il peut aussi revoir ses compositions, combiner du mieux qu’il peut des bribes instrumentales convaincantes pour exposer, au final, une musique électroacoustique à rapprocher de celles de Taylor Deupree, Fifths of Seven
ou Library Tapes. Compositions baroques sorties d’alambics électroniques qui rattrapent les passages improvisés parfois en manque de souffle.

CD: 01/ Cognitive Decline 02/ Isolation 03/ Semantically Lost 04/ Atrophy 05/ Dementia 06/ Nootropics 07/ Sundowning Part 1 08/ Frontotemporal 09/ Delusions 10/ Apraxia 11/ Sundowning Part 2 12/ Delirium 13/ Defeated 14/ A Wish

Jesse Zubot - Dementia - 2006 - Drip Audio.

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