Le son du grisli

Bruits qui changent de l'ordinaire

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le son du grisli #3Peter Brötzmann Graphic WorksConversation de John Coltrane & Frank Kofsky
A la question : interviewsAu rapport : impressions de concertsEn théorie : l'improvisation par l'écrit : John Butcher & Evan Parker

Robin Hayward : Nouveau Saxhorn Nouveau Basse (Pogus, 2014)

robin hayward nouveau saxhorn nouveau basse

S’il sert et même alimente, depuis 2009, son répertoire personnel via tuba microtonal – l’invention est de lui –, Robin Hayward adresse ici un hommage appuyé à Adolphe Sax et à son « saxhorn nouveau basse ».

Un nombre de pistons en commun, et voici le tuba d’Hayward (plusieurs fois amplifié) allant sur deux longues pièces et une courte troisième. Deux fois, Hayward va seul et lentement. Chaque nouvelle attaque porte en elle les causes de sa disparition : ici une fragilité qui condamne d’emblée la note, là un désir de dire mais seulement après être passée, ailleurs un jeu de cache-cache où rivalisent échos et harmoniques…

En duo avec le guitariste Seth Josel, Hayward diffère : citant une note donnée par une corde pincée ou cherchant à étouffer une sonorité malheureuse, il ne parvient à commander qu'une pièce laborieuse et sans mystère. Or, c’est dans le mystère que sa microtonalité fait effet. Heureusement, c’est là la plus courte des trois pièces du disque.

Robin Hayward : Nouveau Saxhorn Nouveau Basse (Pogus / Metamkine)
Edition : 2014.
CD : 01/ Plateau Square 02/ Travel Stain 03/ Nouveau Saxhorn Nouveau Basse
Guillaume Belhomme © Le son du grisli

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John Dikeman, William Parker, Hamid Drake : Live at la Resistenza (El Negocito, 2015)

john dikeman william parker hamid drake live at la resistenza

Quelque chose survient ici, qui devrait nous mettre la puce à l’oreille : le très prévisible duo William Parker / Hamid Drake le devient nettement moins. Il faut dire que les phrasés de rocailles et d’escarres de John Dikeman ne sont pas ceux de tout le monde. Ce sont des phrasés de force et de colère. Ce sont des phrasés qui rugissent. Ce sont des phrasés qui ne demandent qu’à être captés et étendus. Ce ne sont pas des phrasés insaisissables, mais des phrasés en attente d’amis.

Donc : les cris, les convulsions, les lamentations et ce vieux free jazz qui bouge encore. J’en vois qui s’en lassent. J’en vois qui se réjouissent. Je m’adresse donc à la deuxième catégorie : ouvrez les oreilles, mes amis, car un nouveau trio vient de naître. En choisissant de jouer avec  la paire Parker / Drake, Dikeman savait qu’il ne pouvait compter que sur lui seul. Le pari est gagné : ces trois-là s’écoutent, se comprennent, se complètent, s’amuseraient presque. Et oui, ce qui n’aurait pu n’être qu’un gig de plus cède la place à un concert vif, sans flottement, sans encombrements. C’est à suivre, me semble-t-il.



John Dikeman, William Parker, Hamid Drake : Live at la Resistenza (El Negocito Records)
Enregistrement : 5 mai 2014. Edition : 2015.
CD : 01/ Gratitude 02/ Invocation 03/ Bad Uncle John! 04/ WY Funk
Luc Bouquet © Le son du grisli

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Mats Gustafsson & NU Ensemble : Hidros6: Knockin' (Not Two, 2015)

mats gustafsson hidros6 knockin

Sur vinyle consigné en boîte épaisse (Hidros6) ou sur simple CD (Hidros6: Knockin'), c'est un hommage à Little Richard écrit par Mats Gustafsson – en 2009, l’épais souffleur ne précisait-il pas au grisli : « Little Richard, le vrai roi du rock’n’roll… Ce qu’il est toujours ! » C’est pourquoi on pouvait s’attendre à une dédicace plus appuyée, pour ne pas dire plus rock’n’roll.

Car ici, c'est une utilisation assez naïve (pour ne pas dire « mignonne ») de la voix de Stine Janvind Motland, des solos « libres et fous » parce qu’ils sont sans cesse assurés de soutien (les unissons joués par le NU Ensemble sont nombreux), une grandiloquence qui n’en démord pas quand quelques musiciens remontés (Peter Evans, Joe McPhee, Ingebrigt Håker Flaten, Paal Nilssen-Love peut-être…) tenaient à s’essayer encore à la morsure. Les héros sont-ils fatigués, ou tournent-ils en rond, et désormais à l’unisson ?

Mats Gustafsson & Nu Ensemble : Hidros6: Knockin' (Not Two)
Enregistrement : 12 octobre 2013. Edition : 2015.
LP / CD / Téléchargement : 01-04/ Hidros6 Knockin’
Guillaume Belhomme © Le son du grisli

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Une liste 2015 (de disques chroniqués au son du grisli)

2015 une liste

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halfway to white          105920521          106047438

106753533          107589221          107646779

107707690          107745036          107930732

enoughstill          polwechsel          russell

> UNE LISTE 2014 (des disques chroniqués au son du grisli)

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charles-louis philippe nurse with wound site internet

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LDP 2015 : Carnet de route #33

ldp 2015 34 5 novembre chicago

5 novembre 2015, Chicago encore : Elastic Arts, où le duo Urs Leigrumber / Jacques Demierre a une nouvelle fois improvisé en compagnie de Fred Lonberg-Holm...

5 novembre, Chicago
Elastic Arts

Musik, Kunst und Performance. Elastic Arts programmiert eine grosse Auswahl von nicht kommerziellen Musik Formen; Jazz, improvisierte Musik, experimentelle, elektronische und elektro/akustische Musik, Klang und Art/Noise, Hip-Hop, Neue Musik, internationale Folksmusik. Elastic Arts präsentiert in Zusammenarbeit mit Kurator Jordan Martins vierteljährlich Kunst Ausstellungen und Installationen. Elastic Arts stellt aktuelle Arbeiten von Künstlern im Fachbereich Performance, Literatur, Film/Video, Theater, Tanz und multimedialen Formen vor. Die Thursday Improvised Music Series kuratiert der Saxofonist Dave Rempis. Für die Electro/Acoustic Series ist der Musiker Paul Giallorenzo verantwortlich.
Ab und an frage ich mich. Um was geht es uns Musiker? Wieso spielen wir diese Musik? Und wieso reisen wir um die halbe Welt um sie öffentlich vor Publikum zu spielen? Das Reisen ist heute im Vergleich zu früher viel schwieriger geworden. Um was geht es? Woher diese klare Entschlossenheit, diese radikale Absicht etwas wortlos mitteilen zu wollen? Etwas was niemand wirklich versteht! Für uns Musiker ist das Konzert ein experimentelles Erlebnis, in tiefer Konzentration, Offenheit und Vertrauen mit Verantwortung eine wunderbare Zeit zu erleben. Es ist die ideale Situation, der passende Ort unsere Musik weiter zu entwickeln. Durch dieses Erlebnis sind wir nachher an einem andern Ort. Nichts ist mehr gleich wie vorher. Das faszinierende dabei ist, dass es weltweit und überall Zuhörer gibt, die dieses Erlebnis mit uns teilen wollen. Liebhaber freier Improvisation, die bereit sind zusammen mit uns die Musik im Konzert zu erleben.
Die Konzerte auf der Tour waren bis anhin gut besucht. Heute Abend im Elastic kommen gerade fünf Zuhörer. Niemand weiss wieso es heute so wenige sind. Es gibt immer Gründe, jedoch keine Antworten. Konzerte vor kleinem Publikum sind intim. In diesen Momenten sind wir Musiker zusätzlich gefordert um vor dem Konzert konzentriert und motiviert zu bleiben. Sobald das Konzert beginnt sind wir total engagiert wie sonst. Wir sind bereit für ein neues, experimentelles Erlebnis. Schwierige und aussergewöhnliche Umstände können inspirierend wirken. Überhaupt die ganze Vorbereitung auf das Konzert ist entscheidend und spielt eine wichtige Rolle. Die Erlebnisse auf der Reise, der Schlaf, die Träume, das Essen, der Empfang am Ort, der Raum, das Publikum... Alle Eindrücke beeinflussen. Die Musik ist unberechenbar. Es gibt keine Garantie was heute passieren wird.
Bei Ingold lese ich in Leben & Werk. Bemerkenswert bei Kafka ist die verschiedentlich dargelegte Auffassung, wonach „die eigentliche Kunst“ im Grund „gar keine Kunst, sondern eine charakteristische Lebensäusserung “ sei.
U.L

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Comme le couvercle et le panneau de bois au-dessus des touches du piano sont manquants, c'est en plongeant mes mains et mon regard à l'intérieur de l'instrument, dont la peinture extérieure blanche est très sérieusement écaillée, que des caractères en relief à même le métal m'indiquent qu'il a été fabriqué par l'entreprise Kimball, MF'D BY W.W. KIMBALL CO. Plus loin le numéro 145625 semble imprimé sur la face avant d'une barre transversale dorée et crasseuse. J'ouvre la banquette branlante sur laquelle je suis assis et découvre émergeant d'une pile de partitions, 18 Short Preludes, composés par J-S-Bach, en partie cachés par un exemplaire relié en spirale du Jazz Tunes for Improvisation, a graduate course of study for the jazz musician, co-écrit par Dan Hearle, Jack Petersen & Rich Matteson. Ainsi, concrètement, c'est en m'asseyant sur ces musiques, en prenant littéralement appui sur elles, qu'il m'est possible de jouer la mienne. L'influence du passé prend parfois d'étonnants chemins. Un autre rapport au passé est celui proposé par le Museum of Contemporary Art de Chicago à l'occasion d'une exposition intitulée The Freedom Principle, Experiments in Art and Music, 1965 to Now - qui porte un regard historique sur l'émergence de musiciens et d'artistes visuels dans le South Side of Chicago durant les années 60. Cette exposition coïncide aussi avec le 50ème anniversaire de l'Association for the Advancement of Creative Musicians, qui dès sa naissance n'a cessé de soutenir l'enseignement, la composition et la performance de la musique expérimentale/free jazz/musique improvisée. Si, au sein de l'exposition, la réponse de certains artistes d'aujourd'hui à cette période n'est pas totalement convaincante, la présentation de documents d'époque qui manifestent la force et la puissance de ce mouvement artistique est tout à fait enthousiasmante. Comme nous en avons fait à nouveau pleinement l'expérience durant toute notre semaine de concerts à Chicago, ce sont trois constantes principales qui se dégagent nettement et qui articulent les pratiques sonores chicagoennes: l'improvisation, la collectivité et l'expérimentation. J'aimerais témoigner de cette scène musicale exceptionnelle par un montage subjectif de phrases trouvées et tirées de deux contextes très différents. Ces citations appartiennent d'une part à Hamza Walker, curateur à The Renaissance Society University of Chicago, infatigable défenseur depuis de nombreuses années des pratiques sonores improvisées et expérimentales (lire 3 novembre, Chicago) et d'autre part, à Marea Stamper, alias The Black Madonna, DJ et producteur respectée, pilier de la Chicago's club scene et icône androgyne, ardente défenseuse de la communauté queer.
"On the South Side there was also a great sense of fluidity between the writers and the people making music."
"Dance music needs riot grrrls."
"Ideas came from lots of conversation, talk and discourse about the political climate, about the history of the black people from the 1920s to that point in the mid-1960s when AACM formed."
"Dance music needs Patti Smith."
"All of this comes together to create this strange, interesting brew of methods and ways toward making experimentally."
"It needs DJ Sprinkles."
"Then, there is that term - when we say jazz, is that already a historically bond term? Do we include music from post-1959, like free improvisation, the new creative music, AACM?"
"Dance music needs some discomfort with its euphoria."
"There is the idea trying to locate that loss in the music itself. How free jazz utterly alienated its audience, leaving it for largely, young, white, college oriented youth."
"Dance music needs salt in its wounds."
"That's the whole improvisation thing. Even though I might think: "Oh, I can do this by myself", what about responding and listening and being in that moment as it's evolving?"
"Dance music needs women over the age of 40."
"How does that play itself out as an ideology with others and how we behave collectively? It will depend on what you say and where we go from there."
"Dance needs breastfeeding DJs trying to get their kids to sleep before they have to play."
"Then there is the relationship of improvisation to structure and self-consciousness, learning to be aware of patterns that we aren't able to see precisely as patterns."
"Dance needs cranky queers and teenagers who are really tired of this shit."
"Then to try and use improvisation as a means of self-reflexivity about repetition and structure."
"Dance music needs writers and critics and academics and historians."
"[Theodor Adorno] didn't see the ability to go from low to high. AACM, free jazz, creative music - it's actually coming out of a confidence grown over an intergenerational rehearsal of the simple song form. It wouldn't come about through a classical model or avant-garde one."
"Dance music needs poor people and people who don't have the right shoes to get into the club."
"The simplest of structures can develop a certain king of self-consciuosness or self-reflexivity. It starts simple, but you can take it somewhere else."
"Dance music needs shirts without collars."
"That's why I think of a ground zero. This is the period when the construction of identity becomes a matter of self-determination as opposed to an external set of conditions. It's fraught with so many different problems, but it also gave rise to an aesthetic."
"Dance music needs people who struggled all week."
"[…] The civil right movement aligned itself with a number of independent, international struggles after World War II. Specifically with music, […] the world of European avant-garde musicians, […] the rhetoric of Cornelius Cardew, the AMM, the British school that's neo-Marxist in its orientation, very militant in terms of taking on democracy."
"Dance music needs people that had to come before midnight because they couldn't afford full admission."
"But at the same time, it's very difficult to improvise. We always think about it like, oh, freedom! But it actually becomes about how the weight is to be distributed."
"Dance music does not need more of the status quo.”
"[…]What could be more American than jazz and the idea of freedom, and then what could be more anti-American than jazz?"
J.D.

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Photos : Jacques Demierre

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Carlos Zingaro : Live at Mosteiro de Santa Clara a Velha (Cipsela, 2015)

carlos zingaro live at mosteiro de santa clara a velha

« Dieu me garde des solos de violon ! », aurais-je pu m’écrier en larmes et à genoux et saignant en plus de tout à l’époque où j’apprenais encore la flûte à bec. Ah, si seulement j’avais pu finir mon catéchèse. Or, ce sont des tentateurs comme Carlos Zingaro qui m’ont écarté du droit chemin (camino). A coup d’archet qui fouette ou de cordes qui claquent, vous m’aurez compris.

Car Zingaro (je ne vous apprendrais rien) est ce genre d’instrumentiste qui transcende ou l’instrument. Et pour longtemps voire pour toujours. Prenons l’exemple de ce live daté de 2012 : chez lui (je crois) à Coimbra (Portugal). Lui & lui seul & l’instrument. Ce qui fait trois, soit trois paires de mains ! Leurs improvisations font la course et sur les chevaux et sous la bombe on imagine autant Henry Flynt qu’Irvine Arditti, elles dialoguent aussi avec le délai naturel du monastère de Santa Clara a Velha, elles font la gigue avec une classe qu’on ne trouve normalement pas chez les danseurs de gigue…

Même quand un avion passe c’est le violon qui gagne. Plus que le violon : le son, puisque le principal pour Zingaro c’est (trois fois encore) le son. Si bien qu’à la fin je me pose quand même la question : quelle est la différence entre un solo de violon et un autre solo de violon ? La réponse est toute trouvée : Carlos Zingaro !



Carlos Zingaro : Live at Mosteiro de Santa Clara a Velha (Cipsela)
Enregistrement : 25 mai 2012. Edition : 2015.
CD : 01/ Crushing Wheels 02/ Portions of Life 03/ Twisted Chords 04/ Voids of Night 05/ Scroll of Fate
Pierre Cécile © Le son du grisli

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Martin Küchen, Jon Rune Strøm, Tollef Østvang : Melted Snow / Küchen, Berthling, Noble : Night in Europe (NoBusiness, 2015)

martin küchen melted snow

En plus de donner à entendre une sonorité particulière aux saxophones (la sienne propre, ici au ténor et au soprano), on reconnaîtra à Martin Küchen l’élaboration méticuleuse d’un corpus capable de servir différentes formations.

Le trio qu’il forme avec Jon Rune Strøm à la contrebasse et Tollef Østvang à la batterie – soit: deux tiers d’Universal Indians – interprétera ainsi deux fois cet air qu’il servait encore récemment en All Included: Satan In Plain Clothes. En introduction du disque (dans les graves comme dans les plus aigus, le thème est le même, que Küchen répète et fait plier afin qu’il respecte l’allure de ses deux partenaires) et en conclusion aussi (seul plage dispensable des sept que compte le disque, question de « batterie rock »).

Presque autant que le solo, le trio convient à Küchen : sous l’orage, il convainc ses partenaires de trouver refuge dans un sillon grave (I’ve Been Lied To) ; sous l’averse seulement, il feint le free ancien (Three Courses) ou relativise un thème plus désinvolte (Melted Snow, précisément). Et lorsqu’il parvient à faire disparaître son alto dans un paquet de cordes (Stein) alors le trio fait son affaire : Melted Snow, justement.

Martin Küchen, Jon Rune Strøm, Tollef Østvang : Melted Snow (NoBusiness)
Enregistrement : 9 avril 2014. Edition : 2015.
LP : A1/ Satan in Plain Clothes (Breakdown) A2/ I’ve Been Lied To 03/ Tune for Martin – B1/ Melted Snow B2/ Three Courses B3/ Stein B4/ Satan in Plain Clothes (Beat Up)
Guillaume Belhomme © Le son du grisli

martin küchen johan berthling steve noble night in europe

Sous cette pochette grise qui rappelle les noirs d’Odilon Redon, Martin Küchen se fait entendre en concert : 15 et 16 décembre 2014 au Glenn Miller café en compagnie de Johan Berthling et Steve Noble. Sur cymbales et cordes graves, le duo d’accompagnateurs sait attiser le jeu du saxophoniste : faussement contrarié, abrasif ensuite, Küchen répond avec un à-propos qui rehausse de déjà beaux éclats de batterie et d’impressionnants solos d’archet. Ainsi le trio fait-il concurrence, sans pour autant lui faire d’ombre, à celui de Melted Snow.

Martin Küchen, Johan Berthling, Steve Noble : Night in Europe (NoBusiness)
Enregistrement : 15 & 16 décembre 2014. Edition : 2015.
CD : 01/ Night in Europe 1 02/ Night in Europe (again) 03/ Night in Europe 02
Guillaume Belhomme © Le son du grisli

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LDP 2015 : Carnet de route #33

ldp 4 novembre 2015

C'est ici le troisième souvenir de Chicago de Jacques Demierre et Urs Leimgruber. Il est daté du 4 novembre dernier, et raconte un enregistrement du duo avec les musiciens de l'endroit que sont Katie Young et Lou Mallozzi...

4 novembre, Chicago
ESS Chicago recording session

Lou Mallozzi organisiert eine Aufnahme-Session im ESS mit Katie Young Fagott, Jacques und mir. Katie spielt ihr Instrument akustisch und teils präpariert, ergänzt durch close miking und elektrischen Geräten zwecks Klangtransformation. Lou spielt sein elektro/akustisches Klanglabor, mit gespeicherten Klängen, programmierten Loops und turntables. Jacques spielt ein „Young-Chang 5’9’’ G-175 baby grand“. Er spielt auf der Klaviatur und mit seinen Händen ohne jegliche Präparation im Innern des Instruments. Ich spiele Sopran- und Tenor Saxofon. Wir beginnen die Aufnahmen mit drei Takes im Trio zusammen mit Lou. Katie kommt etwas später dazu. Zu viert spielen wir ein paar weitere Stücke. Das Quartett kommt richtig gut in Fahrt, und die Musik ist echt spannend. Es ist immer wieder interessant zu hören, wie sich die Musik mit einem andern set-up, einer andern Auswahl der Musiker, verändert. In keinem andern Bereich, als in der freien Improvisation ist das so offensichtlich. Man spielt in der Regel nicht komplett anders als sonst. Der persönliche Klang und das eigene Vokabular im Zusammenspiel mit den andern beeinflusst die Struktur und den Verlauf der Musik total. Nach zwei Stunden Musik machen wir Schluss. Jetzt lassen wir die Aufnahmen ruhen. Ich bin neugierig wie sie nach ein paar Wochen, eventuell nach Monaten mit Distanz klingen werden.
U.L.

P1100626

L'action même de jouer est plus intéressante que son résultat. Nous sommes tels des enfants qui dessinent : nous prenons la décision de jouer à plusieurs sans définir aucun intention sonore, nous agençons une session d'enregistrement à l'Expérimental Sound Studio de Chicago sans évoquer à aucun moment l'objet de cet enregistrement, nous convenons de réunir Katie Young, basson et électronique, Lou Mallozzi, dispositif électronique, Urs Leimgruber, saxophone, et Jacques Demierre, piano, sans motif autre que celui de se retrouver à une heure précise, dans un lieu précis, pour participer à une mise en commun sonore et enregistrée. Le résultat de l'opération, comme son nom l'indique, résulte de la pratique, mais il n'en est peut-être pas le but. D'une certaine manière, la musique, en l'occurrence improvisée, pourrait être envisagée comme un artefact éphémère de la pratique improvisatrice. Son dessin une fois fait, l'enfant se détourne souvent du résultat pour se replonger dans un faire qui semble plus fondamental et qui paraît compter davantage pour lui. Durant la pratique improvisée, le musicien n'imagine pas les sons avant de les jouer, mais il les découvre au fur et à mesure qu'ils surgissent, simultanément au public écoutant. Il n'y a pas d'intention préalable, et si il y en a une, c'est l'intention de produire quelque chose qui n'a pas encore été formulé, qui n'existe pas encore formellement. En fin de compte, au moment du jeu, c'est le mouvement qui anime les sons qui m'intéresse, plus que les sons eux-mêmes. Cet après-midi-là, jouant pour la seconde fois ce piano sud-coréen YOUNG CHANG dont j'ai déjà dévoilé l'identité dans ce carnet de route (lire 2 novembre, Chicago), mon attention initiale s'est rapidement détournée de la surface du sonore pour se concentrer sur les mouvements intérieurs naissant en moi et me parcourant, mouvements d'engendrement de la forme, mouvements intimes de productions de gestes, kinésie subjective à laquelle il faut s'abandonner pour que le corps invente lui-même une réponse à la situation sonore et environnementale dans laquelle il se trouve. Le corps construit ainsi son propre espace intérieur à partir duquel l'espace sonore extérieur prendra forme. Dans cette musique en action, comme dans le geste du calligraphe, magnifiquement examiné par J-F Billeter, que je me permets de citer une nouvelle fois, tant la résonance entre ces deux pratiques me paraît évidente, « le corps et l'esprit sont saisis d'une effervescence qui abolit toute distinction entre les deux: ils s'abolissent ensemble dans une activité qui n'a d'autre lieu qu'elle-même, qui est devenue pure allégresse sans dedans ni dehors. »
J.D.

P1100645

Photos : Jacques Demierre

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Rant : Margo Flux (Schraum, 2015)

rant margo flux

(A la boulangerie). J’entre, avec dans les oreilles Margo Flux de Rant (et non pas Mago Rant de R’flux), bref la vingtième sortie de Schraum (un label de l’est) : Merle Bennett et Torsten Papenheim. J’entre et que vois-je ? Mon boulanger coincé entre le mur et une vitrine – victime c’est sûr du syndrome que l’on dit de la brioche de trop. L’ennui, sans doute.

« Ami, j’ai ce qu’il te faut ! » Je le décoince, branche ma clef entre un pain de deux et une boule céréales et claque : la guitare électrique l’émeut ! Derrière, y’ un tambour, allez savoir pourquoi ça lui parle autant qu’à moi. Cette première piste est bouleversante, assis dans la farine nous pleurons tous les deux. La baguette est offerte, je continue mon chemin (plus que seize kilomètres, et à pied en plus).

J’ai une destination, moi, pas comme le piano de deux, pas terrib’terrib’ comme on dit dans le pays. Les musiciens remplissent et multiplient les instruments comme d'autres les petits pains, bon bon… Et bing, en quatre du noise bien tourné qui me retourne… me voilà reparti dans l’autre sens, sûr sûr : mon boulanger va adorer ! Le temps de le retrouver et c’est du tambour moins chouette. Rant joue et se joue de nous, ami du pain ! j’aurais aimé qu’ils filent la veine noise comme tu moules ta baguette : pas que du compact, de l’air, de l’air ! Déception : assis dans la farine, nous repleurons tous les deux !

Rant : Margo Flux (Schraum)
Enregistrement : 2014. Edition : 2015.
CD : 01/ Aperçu 02/ Tympanen 03/ Kassiber 04/ Impasto 05/ Folia 06/ Epitaph 07/ Samisdat 08/ Vestibül
Pierre Cécile © Le son du grisli

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S4 : Cold Duck (Monotype, 2015)

s4 cold duck

Les premières notes sont hautes et insistantes : c’est ainsi au appeau que quatre saxophones soprano (John Butcher, Christian Kobi, Hans Koch et Urs Leimgruber – on se souvient de ces deux derniers en Schweizer Holz Trio) attiraient à eux ce Cold Duck d’une espère rare…

Le titre du disque fait sans doute davantage référence au froid qui sévissait à Zürich le 21 janvier 2015 qu’au pétillant – un mousseux, non une mousse – dont il porte le nom. Pas engourdis pour autant, les musiciens s’agitent d’abord et puis s’accordent à l’oreille sur des lignes souvent longues, et mouvantes encore bien après que les saxophones droits les ont abandonnées.

Dans leurs filets, les musiciens arrangent alors avec bonheur couacs, nasillements et sifflements, et puisqu’un ancien atlas nous rappelle qu’ « il est extrêmement difficile de fixer par écrit les chants caractéristiques des oiseaux » et « qu’ils ne peuvent être traduits ni par des lettres, ni par des mots ni même par des notes », on renverra l’amateur à l’éloquence de cet enregistrement.  



S4 : Cold Duck (Monotype / Metamkine)
Enregistrement : 21 janvier 2015. Edition : 2015.
CD : 01-09/ I-IX
Guillaume Belhomme © Le son du grisli

10 years a grisli

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