Le son du grisli

Bruits qui changent de l'ordinaire

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Jazz en MarsA paraître : le son du grisli #5En librairie : Bucket of Blood de Steve Potts

Samy Thiébault: Gaya Scienza (B-Flat - 2007)

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Auprès de Lionel et Stéphane Belmondo, le saxophoniste Samy Thiébault donne dans un gai savoir appliqué au jazz, qui combine ses leçons encore fraîches et ses influences le long d’un parcours changeant. Qui mène son auditeur de gentillesses suave ou lyrique – et trop propre pour être convaincantes (Love Sounds, Le Cyprès) – en morceaux plus affirmés profitant d’un travail intelligent consacré aux arrangements (Intempestif, Espoirs, Ex-Sistere). Ailleurs, on sert un bop rassurant, on frôle le third stream ou un premier degré de free, et Gaya Scienza de révéler la qualité des promesses de Thiébault.

CD: 01/ The Way 02/ Suite éveils : Annoncement 03/ Partie I : Espoirs 04/ Interlude Opus I 05/ Partie II : Intempestif 06/ Interlude Opus 2 07/ Partie III : Le Cyprès 08/ Interlude Opus 3 09/ Partie IV : Ex-Sistere 10/ Love Sounds 11/ Blues to Nous

Samy Thiébault -  Gaya Scienza - 2007 - B-Flat Recordings. Distribution Discograph.



Amir ElSaffar: Two Rivers (Pi Recordings - 2007)

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Musicien apercu aux côtés de Cecil Taylor, le trompettiste iraquien Amir ElSaffar est récemment retourné à la musique de ses origines, interrogeant l’actualité à donner à la tradition du maqam, dans laquelle il est allé puiser une inspiration qui profite à sa pratique du jazz.

Alors, en quintette, ElSaffar enregistre Two Rivers, recueil de thèmes partis d’anciens airs investis avec une fougue qui impose bientôt leur raison d’être. Tournant souvent sur lui-même, le mouvement porte de brillants solos de trompette (Menba’), les paraphrases de l’oud ou du violon de Zaafir Tawil, ou l’archet traînant de la contrebasse de Carlo DeRosa.

Soudain désaxé, le discours oriental peut recourir à des pratiques occidentales : retournement dans le miroir de Blood and Ink / Aneen, sur lequel composent les évocations lointaines et l’allure d’une creative music made in Chicago, ou efforts portés aux limites du free – compter pour cela sur l’appui du saxophoniste Rudresh Mahanthappa, motivé par l’emportement d’une grande section rythmique sur Flood ou Jourjina.

La comparaison obligatoire avec le travail de Rabih Abou-Khalil relève encore les ors du travail d’ElSaffar, musicien qui laisse davantage de place à l’improvisation et aux écarts rugueux, sans rien rogner de l’élégance avec laquelle il sert la tradition qu’il ranime.


Amir ElSaffar, Segah Baladi. Courtesy of Amir ElSaffar.

CD: 01/ Menba’ (Maqam Bayat) / Jourjina 02/ Hemayoun 03/ Shatt al-Arab (Maqam Hadidi) 04/ Flood (Maqam Hijaz Kar) 05/ Awj Intro 06/ Khosh Reng (Maqam Awj) 07/Lami Intro 08/Diaspora (Maqam Lami) 09/ Blood and Ink (Maqam Awshar) / Aneen (Maqam Mukhalif) 10/ Blues in E Half-Flat

Amir ElSaffar - Two Rivers - 2007 - Pi Recordings. Distribution Orkhêstra International.


The Nu Band: The Dope and The Ghost (Not Two - 2007)

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A Vienne, en 2005, The Nu Band – comprenez : Roy Campbell (trompette), Mark Whitecage (saxophone alto, clarinette), Joe Fonda (contrebasse) et Lou Grassi (batterie) – donnait une actualité à la revendication chère à Charles Mingus : celle distribuée partout dans le monde lorsqu’elle concerne, en premier lieu, les Etats-Unis.

Nouveaux Faubus, George Bush et Donald Rumsfeld en prennent donc pour leur grade au son de Bush Wacked, pièce polyrythmique qui amasse les manières de faire (swing, bop, free) et les paroles assassines (celles de Whitecage) pour enjoliver un peu l’efficacité des coups portés. Plus lentement, monte ensuite Where Has My Father Gone, sur lequel l’alto emporte tout, avant que ne vienne le tour de The Dope and The Ghost, invitation au voyage moins convaincante, fourre-tout qu’un unisson presque oriental transformera en bazar. Qui contraste, aussi, avec l’emportement altier – et donc réconciliateur – de Next Step, composition de Joe Fonda rendue en compagnie du saxophoniste invité Marco Eneidi, qui clôt l’heure de concert sur un mode jubilatoire.

CD: 01/ Bush Wacked 02/ Where Has My Father Gone 03/ The Dope and The Ghost 04/ Next Step

The Nu Band - The Dope and The Ghost - 2007 - Not Two Records.


John Luther Adams: Red Arc / Blue Veil (Cold Blue Music - 2007)

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Atmosphérique, la musique contemporaine de John Luther Adams présentée en quatre temps, ceux de pièces récemment interprétées par les pianistes Stephen Dury et Yukiko Takagi, et les percussionnistes Scott Deal et Stuart Gerber.

Deux pianos et un peu d’électronique, d’abord, rendent les masses sonores sorties de l’imagination d’Adams : mouvantes, elles imbriquent des arpèges tempétueux et un drone établi sur Dark Waves ou plaquent accords et clusters sur Among Red Mountains, pièce interrogeant la qualité du respect dû à la répétition couchée sur partition.

Les percussionnistes, interprètes libérés eux aussi, relativiseront la force de leurs attaques sur Qilyaun, et fomenteront d’autres drones à partir de percussions minuscules sur Red Arc / Blue Veil en compagnie d’un piano de retour de quarantaine. Pour enlever tout à fait une épreuve d’électroacoustique souvent qualifiée de post minimaliste, au son de compositions qui profitent de la décision de John Luther Adams de tout faire pour ne pas les rendre figées.

CD: 01/ Dark Waves 02/ Among Red Mountains 03/ Qilyaun 04/ Red Arc / Blue Veil

John Luther Adams - Red Arc / Blue Veil - 2007 - Cold Blue Music. Distribution Orkhêstra International.


Fernández, Parker, Guy, Lytton: Topos (Maya - 2007)

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Le lendemain de l’enregistrement, en concert, de Zafiro (Barcelone, mars 2006), le trio Evan Parker (saxophones) / Barry Guy (contrebasse) / Paul Lytton (batterie) accueillait le pianiste Agustí Fernández, et donnait avec lui Topos.

Placée sous le signe de la mesure, la rencontre donne naissance à une musique intuitive séduite autant par les tourments auxquels se laissent aller Parker et l’archet de Guy (Open Systems) que par des efforts déployés à deux doigts du silence (Still Listening). Expérimentale, aussi, conformément aux habitudes des musiciens – Fernández grattant de l’intérieur les cordes de son piano (In Praise of Shadows), Lytton servant avec panache, sur Smart Set, chacune de ses inspirations déconstruites.

Ailleurs encore, une abstraction nébuleuse (Inner Silence) et une pièce classique d’apparence sur laquelle butent bientôt deux notes de piano et de soprano (This One is for Kowald) ; l’incontournable Moon over BCN, enfin, qui impose aux arpèges de Fernández d’accueillir les circonvolutions du ténor sur une section rythmique à la discrétion adéquate. Topos en neuf actes consacrés à l’art de la maîtrise.

CD: 01/ Coalescence 02/ Open Systems 03/ In Praise of Shadows 04/ Air / Luft 05/ Still Listening 06/ Moon over BCN 07/ Smart Set 08/ This One is for Kowald 09/ Inner Silence

Agustí Fernández, Evan Parker, Barry Guy, Paul Lytton - Topos - 2007 - Maya Recordings. Distribution Orkhêstra International.



François Carrier, Michel Lambert : Kathmandu (FMR - 2007)

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En 2006, François Carrier (saxophones) et Michel Lambert (batterie) se rendaient au Népal à l’invitation du Festival Jazzmandu. Deux soirs durant, ils improvisèrent un dialogue captivant, dont Kathmandu présente aujourd’hui l’essentiel.

Aux côtés de Lambert, la pratique sophistiquée de Carrier impose rapidement à la conversation ses penchants esthétiques pour les progressions sous tensions, les danses démantibulées et les répétitions insistantes, les mélodies minuscules appliquées, enfin, au swing du batteur. Ainsi, les deux hommes proposent aux spectateurs onze instantanés musicaux mariant intelligence et ironie, respect et élégance. Pour ne rien avoir à regretter de leur voyage.


François Carrier, Michel Lambert, Himalayan Beauty. Courtesy of François Carrier.

CD: 01/ White Summit 02/ Dancing Light 03/ Joyfulness and Playfulness 04/ Prayer For Peace 05/ Himalayan Beauty 06/ Monkeys on the Green 07/ Impro for the Monks 08/ Namaste 09/ The Silence of the Bells 10/ Buddha’s Homeplace† 11/ Candle in the Temple 12/ Amarawati Garden

François Carrier, Michel Lambert - Kathmandou - 2007 - FMR Records.


Charles Gayle: Blue Shadows (Silkheart - 2007)

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Restes d’un enregistrement de 1993 – cinq heures desquelles sont déjà sortis les albums Translations et Raining Fire –, Blue Shadows donne une dernière fois à entendre Charles Gayle mener une formation rare : qui oppose le leader aux contrebassistes William Parker et Vattel Cherry – le premier abandonnant quelques fois son instrument de prédilection pour un violon ou un violoncelle, quand il arrive au second de passer aux percussions – et au batteur Michael Wimberly.

Auprès de sa section rythmique renforcée, Gayle intervient exclusivement au ténor, traînant ses aigus déchirants parmi les mouvements d’archets ombrageux ou dérivant au gré d’une inspiration toute aylérienne. Ne renonçant jamais à revoir ses propositions, le saxophoniste ne cesse d’étendre son propos, oblige ses vitupérations à démontrer l’honnêteté qui les anime. Jusqu’à feindre l’essoufflement, sur In Sorrow, qui conclut dans les hauteurs une sélection raffinée pour la publication de laquelle Silkheart a bien fait d’attendre.


Charles Gayle, Blue Shadows (extrait). Courtesy of Silkheart.

CD: 01/ Inside the Sun 02/ Blue Shadows 03/ Eternity Promised 1 04/ Eternity Promised 2 05/ Hearts to Jesus 06/ Soul’s Time 07/ In Sorrow 08/ Snap

Charles Gayle Quartet - Blue Shadows - 2007 - Silkheart. Distribution Orkhêstra International.


Brötzmann, Nilssen-Love, Gustafsson: The Fat is Gone (Smalltown Superjazz - 2007)

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Lors de l’édition 2006 du Festival International de Jazz de Molde, Peter Brötzmann prouvait en compagnie de Mats Gustafsson et de Paal Nilssen-Love que tout le monde peut s’entendre sur un conflit de générations.

Les deux saxophonistes donnant d’abord dans les rauques d’instruments graves sur le rythme frénétique propulsé par Nilssen-Love, avant d’opter, dès l’ouverture de Colours in Action, pour un développement plus langoureux, soul déchue par les tentatives expérimentales d’une clarinette basse et d’un saxophone baryton. Evidemment, la tension gagne à nouveau l’ensemble, mais redescendra.

Plus déconstruit, The Fat is Gone imbrique ses conversations soutenues, tenté souvent par des silences qu’il abandonnera au profit d’un free jubilatoire aux accents de fête aylérienne. Démantibulées en guise de conclusion ; celle de Fat is Gone, instantané convaincant d’un free jazz du jour. 

CD: 01/ Bullets Through Rain 02/ Colours in Action 03/ The Fat Is Gone

Peter Brötzmann, Paal Nilssen-Love, Mats Gustafsson - The Fat Is Gone - 2007 - Smalltown Superjazz. Distribution Differ-ant.


Machinefabriek: Bijeen (Kning Disk - 2007)

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Prolifique projet hollandais, Machinefabriek propose sur Bijeen un aperçu des intentions qui l’animent. Dans les pas de Fennesz ou de Rafael Toral, Borghesia impose un crescendo bruitiste sur la répétition d’une boucle inventive, tandis que c’est à une ambient pop sophistiquée – celle de Taylor Deupree ou Sawako – que semblent faire référence Piano.wav ou Weightless Remix.

Trouvant un accord satisfaisant sur lequel bâtir sa musique électroacoustique, Machinefabriek combine aussi les notes d’une guitare ou d’un violon à des reverses trop entendus pour être déstabilisants ou à des collages d’interventions diverses dans l’espoir d’établir son précis d’intrusion sonore. Plus ou moins convaincant, celui-ci, et qui trouve sa véritable raison d’être en révélant une batterie de machines industrielles porteuses de drones inattendus (Licht).

CD: 01/ Borghesia Remix 02/ Piano.wav 03/ Havelaar 04/ Reglyph 05/ Dahl 06/ Verdrinkwater 07/ Weightless Remix 08/ Licht

Machinefabriek - Bijeen - 2007 - Kning Disk.


Colley : Hive / Toniutti : Ura Itam... / Toy.Bizarre : Kdi dctb 039 (Ferns, 2007)

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Trois disques courts produits par le label Ferns dessinent une carte des destinées changeantes de field recordings.

Ceux de Joe Colley, d’abord, qui utilise sur Hive ses enregistrements d’abeilles (utilisation de micros contacts déposés en ruche). Traité électroniquement, l’ensemble prend la forme d’une ambient aux grésillements et souffles allant crescendo, qu’interrompent quelques basses profondes appelant à céder aux attaques d’un bestiaire digital.

Giancarlo Toniutti, lui, impose d’autres souffles sur le décorum porté par quelques percussions lointaines le long de drones accueillant les interventions de clochettes de métal. Pas satisfait de transformer son matériau sonore, Toniutti interroge sa résonance, décide de reverses décoratifs, avant de choisir l’usage d’un long decrescendo pour mettre un terme à sa pratique.

Cédric Peyronnet, enfin, explore à sa manière, et sous le nom de Toy.Bizarre, des souvenirs mis en boîte. Ayant beaucoup enregistré (du passage d’un avion au chant des oiseaux), Peyronnet élabore un collage brut de vignettes sonores qu’il lui arrive aussi de traiter électroniquement. Eloge de la rupture, Kdi dctb 039 pourrait être la réponse constructionniste aux abstractions troublantes des deux autres références. Alors, la preuve par trois est faite, des possibilités charmantes de récents field recordings.

Joe Colley : Hive (Ferns) 
Giancarlo Toniutti : Ura itam taala' momojmuj löwajamuj cooconaja (Ferns) 
Toy.Bizarre : Kdi dctb 039 (Ferns)
Edition : 2007.
Guillaume Belhomme © Le son du grisli



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