Le son du grisli

Bruits qui changent de l'ordinaire

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Archives des interviews du son du grisli

Rocher, Benoit, Perraud : Extenz’O (Marmouzic, 2007)

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Sur Extenz’O, Christophe Rocher (clarinettes), Olivier Benoit (guitare) et Edward Perraud (batterie) confrontent leurs pratiques respectives le long d’improvisations tortueuses.

Démontrant la variété de leurs influences et des domaines qui les concernent chacun, les musiciens amassent leurs interventions jusqu’à accoucher d’une musique qui doit faire encore avec ce grand fantasme de bruit : guitare électrique et sous effets (parfois excessive lorsque l’intervention court après un statut de solo revendicatif), clarinette basse déconstruite ou charmée soudain par la répétition, batterie convulsive ou imposant avec plus de sagesse un cadre à l’ensemble.

Démonstratif et souvent convaincant, Extenz’O pourrait s’apparenter au fruit d’une rencontre entre The Ex, Zu, The Spontaneous Music Ensemble et Phil Minton (pour les vocalises impromptues de Pleur du noir). D’autres font leur lot de références moins malignes.

CD : Jatropha I 02/ Femme and Co 03/ Pleur du noir 04/ Pleur du noir II 05/ Lettre verte I 06/ Lettre verte II 07/ 2e génération 08/ II I III IIII I II 09/ Tôt la fin I 10/ Tôt la fin II 11. Jatropha II

Christophe Rocher, Olivier Benoit, Edward Perraud - Extenz'O - 2007 - Marmouzic.



Heath Watts, Dan Pell: Breathe If You Can (Leo - 2008)

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Convaincu que l’art doit tout sacrifier à l’abstraction, le saxophoniste américain Heath Watts invite le batteur Dan Pell à improviser avec lui le long d’un Breathe If You Can abstrait mais parlant.

Des influences des deux hommes, notamment : rock des années 1970 et jazz, qui forcent souvent le duo à partir à la recherche d’une forme raisonnable d’improvisation déchaînée. Alors, parmi les précipitations instrumentales de rigueur (Letters) et les expériences faites sur le son (On and Off), le soprano de Watts fait entendre une mélodie rappelant Albert Ayler (People) ou ose l’évocation marocaine (People).

Sur rythme plus lent, le duo commande une marche brinquebalante à la progression décisive, quoi que contrariée (Crutches) ou développe avec acuité toutes les possibilités offertes par la répétition d’une phrase faite de trois notes (Love). Loin d’être très abstrait, au final, mais plutôt varié et sur-efficace. 

CD: 01/ Letters 02/ Work 03/ 4 04/ People 05/ On and Off 06/ Crutches 07/ However 08/ Love 09/ Rules

Heath Watts, Dan Pell - Breathe If You Can - 2008 - Leo Records. Distribution Orkhêstra International.


Pure Sound: Acts of New Noise (Euphonium Records - 2008)

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Sorti d’A Witness, le bassiste Vince Hunt créa Pure Sound, projet lui permettant d’expérimenter davantage au point de décevoir un peu – sur un premier album (Yukon), notamment – avant de mettre la main sur Acts of New Noise.

Là, Pure Sound soumet l’auditeur à une série de collages hallucinée augmentée d’interventions insistantes sur piano ou guitare, d’enregistrements de voix souvent maltraitées et du bruit de machines abrutissantes. Et lorsqu’une chanson éclot, c’est pour faire œuvre d’ironie – voix de Lou Reed appliquée à l’univers de Robert Wyatt.

Sur Acts of New Noise, se mêlent alors pop déglinguée et musique concrète, ambient indélicate et field recordings devenus prétextes à constructions hétérodoxes. Le paysage, changeant, augmente encore le charme des prouesses.


Pure Sound, Bloody Bastard Out Drinking. Courtesy of Euphonium.

CD: 01/ My Wife Doesn't Understand Me 02/ Moody Bastard Out Drinking 03/ Dialect Poetry 04/ The Pull Out from Hong Kong 05/ Give Me The Last Twelve Years Back 06/ Titanic 07/ Love Your Pheromones (Be My Slave) 08/ Take the Poor Side Express 09/ The Pat Jennings Tapes

Pure Sound - Acts of New Noise - 2008 - Euphonium Records.


Jean-Luc Guionnet, Toshimaru Nakamura : MAP (Potlatch, 2008)

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Sur MAP, Jean-Luc Guionnet (saxophoniste encore récemment remarqué sur Propagations) et Toshimaru Nakamura (entendu auprès d’Otomo Yoshihide, John Butcher ou Axel Dörner) soignent leur rencontre, et cisèlent une électroacoustique subtile.

A force de pratique expérimentale, l’alto parvient d’abord à imposer sa voix sur de longs sifflements électroniques, avant que le duo ne mette en place une interaction qui donnera sa forme vive à la rencontre. Décisif, Guionnet extirpe une note longue et aigue, la redit faiblement avant de l’appuyer assez pour perturber la présence de Nakamura - l’électronique s’emballe, le grésillement pour toute interjection.

Et puis, l’inverse mis en pratique : le juste retour des choses – comprendre : d’autres larsens – en réaction aux aigus fuyants de saxophone distribués maintenant entre les pauses que l’on s’accorde à deux. En guise de conclusion, Guionnet intervient sur un orgue, en définit les possibilités bruitistes et fait appel à d’autres effets dévastateurs. Le discours individuel moins en paix que ne l’était le dialogue, duquel sera sorti une œuvre à la sérénité provocante.

Jean-Luc Guionnet, Toshimaru Nakamura : MAP (Potlatch / orkhêstra International)
Edition : 2008.

CD : 01/ (18 :38) 02/ (12 :51) 03/ (16 :03) 04/ (23 :16)
Guillaume Belhomme © Le son du grisli


Oren Ambarchi: Spirit Tranform Me (Tzadik - 2008)

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En compagnie de Z’ev (percussionniste remarqué notamment auprès de Glenn Branca), l’Australien Oren Ambarchi, motivé par John Zorn, s’intéresse aux trois premières lettres de l’alphabet hébreux, qui semblent inspirer bientôt sa pratique de la guitare, du vibraphone et du carillon.

Sans qu’il soit question pour lui de tourner le dos à la musique expérimentale, Ambarchi soigne ici son propos industriel, jusqu’à lui donner les allures d’une musique de gamelan moderne et perturbée. Les bourdons s’y entassent, les larsens s’y bousculent, et les coups portés à quelles structures métalliques se disputent les couleurs de l’atmosphère.

Sur Bet, quand même, quelques bribes d’un rythme brut parviennent à se glisser au creux du discours, maintenant gagné par toutes sortes de crissements et par les apparitions de parasites grouillants. Puis, presque plus rassurant, disparaît au son d’autres chocs disposés sous delay, écho trouvé en lieu de culte cédant à l’appel du vide pour avoir vu son Livre amputé de trois lettres.

CD: 01/ Alef 02/ Bet 03/ Gimel

Oren Ambarchi - Spirit Tranform Me - 2008 - Tzadik. Distribution Orkhêstra International.



Dan Warburton, Fred Goodwin : Compendium Maleficarum III (Incunabulum Records - 2008)

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Née de la rencontre du violoniste Dan Warburton et du poète et chanteur Frederick Goodwin, Compendium Maleficiarum III est une œuvre expérimentale et différente, qui aura mis vingt ans à se construire à force de faire appel aux sorcières et de ne trouver de véritable soutien qu’auprès de musiciens.

Parmi ceux-là : Jac Berrocal, Jean-Luc Guionnet, Philip Samartzis, Aki Onda ou Bruno Mellier, qui interviennent à distance sur des collages qui convoquent voix et souffles, grincements et battements de cœur, chiens aboyant et chocs sourds. Délicatement, chaque instrument se fond dans le bréviaire surréaliste et envoûté, investit un univers parallèle, celui d’un Eraserhead obnubilé par l’Enfer de Dante, que révèlent les mots de Goodwin, qui préfère distribuer les indices plutôt que de s’acharner à démontrer. 

Peu engageante mais rare, l’expérience en devient nécessaire, grâce à la mesure qu’elle applique à toute chose, si ce n’est à l’angoisse qu’elle distille.

CD: 01/ id 02/ McLean Hospital 03/ Hells Angels in a Bar 04/ Woyzeck in Limbo 05/ Atheist 06/ Woyezck in the Inferno 07/ Cannibal Rector 08/ The Cardinal 09/ The Cardinal 10/ Virgil’s Cow 11/ Ophelia 12/ Violence 13/ McGowan’s Bull 14/ Loose Strife 15/ The Crows 16/ The Porno Booth 17/ The Death Camps 18/ Dr. Death 19/ A History Primer

Dan Warburton, Fred Goodwin - Compendium Maleficiarum III - 2008 - Incunabulum Records. Distribution Orkhêstra International.


Marc Masters: No Wave (Black Dog Publishing - 2007)

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A l’origine d’un mouvement singulier, une compilation : celle que Brian Eno produit en 1978, intitulée No New York. Sur celle-là, quatre groupes : Mars, DNA, The Contortions et  Teenage Jesus and The Jerks, qui modifieront le cours new-yorkais des choses dans les mois à suivre, sous couvert d’une attitude : No Wave.

Alors qu’ouvre à Paris une exposition consacrée à une ancienne jeunesse française, enfants de Mai 1968 qui ne manqueront pas d’en profiter mais oublieront aussi, malgré les dires et l’histoire qu’il est toujours tentant de réécrire, de mettre au jour une forme singulière d’art et de musique – de celle que l’on ne retrouve pas au même moment un peu partout dans le monde : Madrid, Sao Paulo ou, même, Bucarest – la lecture du No Wave de Marc Masters permet à l’esthète nostalgique de s’intéresser à quelques personnages à avoir, véritablement, su allier fond et forme : Mark Cunningham, Arto Lindsay, Lydia Lunch, James Chance, Rhys Chatham ou encore Glenn Branca, traînant, sur les pas du Velvet et, surtout, de Suicide, leurs idéaux désinvoltes (remise en cause de la technique instrumentale, du recours systématique à la mélodie, et donc, velléité envers l’industrie musicale) dans des lieux choisis : CBGB’s, The Kitchen, Max’s Kansas City. Nonchalant, leur nihilisme a bientôt fait de construire un post-punk intéressé autant par la virulence du free jazz que par les hallucinations krautrock, et de mettre en avant ses premiers défenseurs : Mars et DNA, Teenage Jesus and The Jerks et The Contortions, dont l’histoire est racontée par le détail dans les deux premiers chapitres du livre. Et puis, écartés par Eno de sa compilation – pour cause de mésentente, vraisemblablement –, Theoretical Girls de Glenn Branca (auprès duquel jouent régulièrement Lee Ranaldo et Thurston Moore) et The Gynecologists de Rhys Chatham, derniers précurseurs qui finiront de convaincre d’autres groupes encore de ne pas hésiter à se mettre en scène : Ike Yard, Swans, Sonic Youth, Red Transistor, Lounge Lizards, entre autres.

Collant au mouvement jusque dans sa présentation, le livre de Masters reproduit photos et flyers, pochettes de disques et extraits de fanzines, entre les témoignages et les informations présentées avec clarté. L’essentiel est là : No Wave expliquée et scène d’importance, que certains de ses acteurs tâchent de relativiser (Lydia Lunch : « on jouait et c’était tout, on ne pensait à rien ») quitte à en rajouter dans l’élégance, quand d’autres, copies mignonnes et provinciales, confondent sous les ors d’une galerie parisienne leurs fêtes de jeunes adultes avec une inspiration d’artiste qui, jusqu’à aujourd’hui, leur aura échappée.

Marc Masters - No Wave - 2007 - Black Dog Publishing. 


The Mighty Vitamins: Take-Out (Public Eyesore - 2008)

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Sur les pas d’Alterations, évoquant parfois The Recyclers, The Mighty Vitamins (soit : Jerry Johnston, Jay Kreimer, Brad Krieger et Luke Polipnick) mélangent ici les genres : improvisations exaltées, développements las répétant ses mélodies, grands écarts entre expérimentations bruitistes et loisirs plus simplement récréatifs. Sans faire de terribles efforts de production, le groupe fabrique à coups de guitare, trompette, batterie, flûtes et toy piano, un Take-Out à l’intérêt aléatoire mais parfois enivrant.

CD: 01/ get a good job 02/ loops and spirals 03/ stoppages 04/ turbulence05/ celebration 06/ nakatani 07/ what a way to go 08/ marked 09/ talk that big talk 10/ 39 steps 11/ april 21

The Mighty Vitamins - Take Out - 2008 - Public Eyesore.


Jonty Harrison: Environs (Empreintes Digitales - 2007)

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Compositeur reconnu et souvent récompensé de musique électroacoustique, l’anglais Jonty Harrison assemble sur Environs trois compositions partagées entre mouvement et statisme.

Ode peu banale aux éléments, le disque renferme ainsi les restes sonores et réinventés d’une plongée aquatique (Undertow), une traînée de parasites alertes (Rock’n’Roll), et d’étranges récupérations sonores : bruits d’automobiles et leurs effets sur le paysage (Internal Combustion), atmosphère enregistrée d’un jardin de banlieue en été (Afterthoughts).

Au final, si les intentions et les propositions changent, reste un travail précis sur le son, bientôt fait matière, qui impressionne encore davantage au moment de s’évanouir, une fois qu’elle se sera insinuée partout.

CD: 01/ Undertow 02-05/ Recycle : Rock’n’Roll / Internal Combustion / Free Fall / Streams 06/ Afterthoughts

Jonty Harrison - Environs - 2007 - Empreintes digitales. Distribution Metamkine.


Byard Lancaster: Live at Macalester College (Porter Records - 2008)

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Entendu en lofts auprès d’Archie Shepp ou Sunny Murray (à qui ce Live at Macalester College est dédié), Byard Lancaster passe sur ces enregistrements de concerts (donnés en trois endroits différents entre 1970 et 1973) d’un instrument à vent à l’autre aux côtés de son ami le percussionniste J.R. Mitchell.

En quintette, Lancaster précipite à Boston une ascension aylérienne, tremblante, et commande une free music peu économe de ses effets et changements d’allures. En quartette, se fait plus tendre grâce au piano de Sid Simmons. En trio, dérive jusqu’à mettre la main sur un free sur expansif (World In Me) puis s’attaque à une polyphonie qui déraille lentement sous les coups, trop appuyés sans doute, de la basse de Calvin Hill (Thought).

Publié une première fois en 1972 par Dogtown Records, voici donc Live at Macalester College augmenté de deux inédits (le dernier, dispensable quand même) disponible à nouveau grâce aux efforts, pas obligés et pourtant obligatoires, de Porter Records.


Byard Lancaster, 1234 (extrait).


Byard Lancaster, World In Me (extrait). Courtesy of Porter Records.

CD: 01/ 1234 02/ Last Summer 03/ War World 04/ Live At Macalester 05/ World In Me 06/ Thought

Byard Lancaster - Live at Macalester College - 2008 (réédition) - Porter Records.



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