Le son du grisli

Bruits qui changent de l'ordinaire

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A paraître : Sorcière, ma mère de Hanns Heinz Ewers & Nurse With WoundInterview de Quentin RolletEn librairie : Pop fin de siècle de Guillaume Belhomme
Archives des interviews du son du grisli

Dikeman, Barrios, Makihara : We Need You (Eh?, 2008)

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Enregistré en concert à Philadelphie en 2006, We Need You assemble deux improvisations du trio John Dikeman (saxophone ténor) / Jon Barrios (contrebasse) / Toshi Makihara (batterie) – section rythmique déjà repérée aux côtés du saxophoniste Jack Wright.

La particularité du groupe, d’apparaître dès les premières minutes : qui façonne avec soin la texture sonore chaleureuse de l’ensemble, et offre un compromis intelligent entre un héritage reçu du free jazz – graves puis sifflements intempestifs du ténor – et un autre glané du côté d’une histoire plus européenne de l’improvisation – emportements secs et gardés en retrait de la section rythmique. Déjà éclairée, l’inspiration ne craindra pas une fois le spectre de l’essoufflement.

John Dikeman, Jon Barrios, Toshi Makihara : We Need You (Eh?)
Edition : 2008.

CDR: 01/ - 02/ -
Guillaume Belhomme © Le son du grisli



Charles Tolliver: With Love (Blue Note - 2007)

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Rappelé en 2005 par le pianiste Andrew Hill pour l’enregistrement de son album Time Lines, le trompettiste Charles Tolliver faisait l’année dernière son retour en leader. Ancien partenaire de Jackie McLean et d’Art Blakey, c’est dans l’orchestre de Gerald Wilson qu’il commence à s’intéresser à la musique pour grands ensembles, dans le même temps qu’il enregistre et autoproduit ses disques sur le label Strata East.

Quarante ans plus tard, Blue Note lui propose de réévaluer ses intentions orchestrales et le renvoie en studio en compagnie d’un groupe de musiciens triés sur le volet. Anciens complices (Cecil McBee, Stanley Cowell) et nouvelles recrues (Robert Glasper, Todd Bashore) se plient alors aux arrangements subtils administrés par Tolliver à six de ses compositions et à une interprétation du 'Round Midnight de Monk. Sous les dorures de rigueur, au premier abord pompier, With Love ballade son big band d’un swing contestable à une cacophonie récréative. Mais surtout : distribue ses solos avec sagacité et marrie l’exubérance du Lalo Schiffrin de Bullitt à l’esprit ardent de Jackie McLean. A suivre, donc et encore, Charles Tolliver.

CD: 01/ Rejoicin’ 02/ With Love 03/ Round Midnight 04/ Mournin Variations 05/ Right Now 06/ Suspicion 07/ Hit The Spot

Charles Tolliver Big Band - With Love - 2007 - Blue Note. Distribution EMI.


Prism Quartet: Pitch Black (Innova - 2008)

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Apocalyptique compositeur hollandais de pop expérimental, voici Jacob TV mis en lumière par l’interprétation par le Prism Quartet de ses compositions pour saxophones et ghettoblaster.

Pour ce qui est du jazz, on trouve sur Pitch Black les voix de Billie Holiday et Chet Baker, extraits d’interviews diversement traités et mis en boucles, qui viennent soutenir un propos croisant minimalisme américain et réminiscences du World Saxophone Quartet (Pitch Black), ou imposant à leurs manières de faire des postures aussi différentes que celles de Moondog et des Andrews Sisters (Billie).

Toujours répétitif, le quartette entonne une marche funèbre bientôt gagnée par les dissonances (Postnuclear Winterscenario No.10), avant de faillir un peu : solo trop démonstratif de Matthew Lewy sur Grab It !, construction travaillée mais inégale de Jesus is Coming. Retour aux premières pièces affolées et abstraites, pour conseiller quand même l’écoute de Pitch Black.

CD: 01/ Pitch Black 02/ Billie 03/ Postnuclear Winterscenario No. 10 04/ Grab It! 05/ The Garden of Love 06/ Jesus is Coming

Prism Quartet - Pitch Black, Music for Saxophones by Jacob TV - 2008 - Innova Recordings.


Preston Swirnoff: Maariv (Last Visible Dog - 2008)

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Inspiré par les musiques contemporaine, minimaliste et bruitiste, Preston Swirnoff emboîte avec Maariv le pas à ses influences, et tente de mettre bout à bout une série d’atmosphères sonores qui leur conviendraient.

Or, voici qu’il peine, pêche par naïveté sur un vieil orgue minuscule ou une guitare électrique (drones stériles de Maariv 2, tentatives délicates et vaines de Maariv 3) entre deux morceaux plus convenables sans, pour autant, être décisifs (grand piano attaqué par quelques parasites électroniques de Maariv 1, et traitement plus inventif du son sur Maariv 4). Reste aux pièces de Maariv, enregistrées en 2004 et 2005, de croire au progrès qui vient avec l’expérience.

Preston Swirnoff - Maariv - 2008 - Last Visible Dog.


Preston Swirnoff, Maariv 4 (extrait).

CD: 01/ Maariv 1 02/ Maariv 2 03/ Maariv 3 04/ Maariv 4


Charles Gayle, William Parker, Rashied Ali : Touchin' On Trane (Jazzwerkstatt, 2007)

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Réédition d’un enregistrement jadis produit par FMP, Touchin’ On Trane revient sur l’hommage à John Coltrane rendu par Charles Gayle, William Parker et Rashied Ali, en 1991 à Berlin.

Florilège de deux soirs de concerts, le disque assemble ses dédicaces au rythme imposé par l’ancien batteur du maître : celui de Giant Steps, d’abord, sur Part AGayle passant des aigus aux graves sous l’effet d’un grand solo d’Ali –  ou celui, toujours aussi soutenu, de Part C – le ténor évoluant dans les hauteurs quand Parker se charge d’ensevelir ses interventions sous des cordes qu’il accroche par deux.

Plus las, Part B et Part E donnent à entendre Gayle tituber pour avoir pris le parti d’une densité plus obscure, quand Part D déploie sur près de 30 minutes son incantation redoutable, faite des plaintes d’un ténor déchiré entre le souvenir du maître et l’affirmation nécessaire de l’élève et les emportements disparates d’une section rythmique éclatante. L’hommage à Coltrane soignée par l’ardeur de ses plus convaincants disciples. 

Charles Gayle, William Parker, Rashied Ali: Touchin' On Trane (Jazzwerkstatt)
Enregistrement : 1991. Edition : 2007.

CD : 01/ Part A 02/ Part B 03/ Part C 04/ Part D 05/ Part E
Guillaume Belhomme © Le son du grisli

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Marc Ribot: Exercises in Futility (Tzadik - 2008)

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Sur Exercices in Futility, Marc Ribot s’adonne sur guitares de bois à l’art de l’impromptu. Le temps de 14 études et d’une passade jouant en faveur du motif répété.

Quelques techniques éprouvées – hammers, tirandos, pickings – et une pratique plus singulière – faite de notes soudainement précipitées et de cordes étouffées – emportent alors le guitariste, qui frôle souvent une mélodie pour mieux s’en éloigner, transforme en leçon de chose récréative l’interprétation d’une phrase à peine perçue.

Quelques clins d’œil, aussi : à une country expérimentale ou à la gamme pentatonique, blues plusieurs fois investi, comme pour contrecarrer les amas de dissonances et d’harmoniques cassant le rythme de l’entraînement auquel on veut nous faire croire. Et puis, une ode plutôt lâche à la répétition, rengaine entêtante aux notes distendues et distanciées, qui conclut l'heure convaincante du concept changeant et décisif.

CD: 01/ Etude #1 Five Gestures 02/ Etude #2 Morton 1 03/ Etude #3 Elvis 04/ Etude #4 Bombasto 05/ Etude #5 Lame 06/ Etude #6 Cowboy 07/ Etude #7 Ballad 08/ Etude #8 Groove ? 09/ Etude #9 Morton 2 10/ Etude #10 Min 11/ Etude #11 Ascending 12/ Etude #12 Mirror 13/ Etude #13 Wank 14/ Etude #14 Event on 10th Avenue 15/ The Joy of Repetition

Marc Ribot - Exercises in Futility - 2008 - Tzadik. Distribution Orkhêstra International.


Daniel Menche : Glass Forest (Important, 2008)

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Suite des explorations bruitistes de Daniel Menche, Glass Forest voit le musicien confectionner d’autres drones, amas de bourdons traînés au sol et série implacable de chocs indéfinissables, ou enregistrements sur le vif de rebonds partis à l’assaut de larsens longs.

Dense, l’expérience invite l’auditeur à renouer avec le grand œuvre de Menche, qui pense aujourd’hui à abandonner le format cd pour présenter d’autres formes de recherche sur vinyle.

Daniel Menche : Glass Forest (Important)
Edition : 2008.
CD: 01/ Part 1 02/ Part 2 03/ Part 3
Guillaume Belhomme © Le son du grisli


Jackie McLean, Freddie Redd : The Connection (Efor Films, 2007)

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Pièce grinçante du Living Theatre transposée au cinéma par la réalisatrice Shirley Clarke, The Connection raconte un soir d'octobre 1961 qu'un réalisateur de documentaire passe en compagnie de marginaux dans un appartement délabré de New York. Parmi ceux-là : Jackie McLean et Freddie Redd.

Comblant comme ils peuvent le temps qui les sépare de leur prochaine prise, les sujets vont de tensions inhérentes au manque en contemplations inquiètes, le tout au son du jazz que jouent quatre des leurs: McLean et Redd, donc, mais aussi le contrebassiste Michael Mattos et le batteur Larry Ritchie. Les paroles, parfois, se mêlent à la musique ; d'autres fois, le film concentre toutes ses attentions à la répétition des musiciens. Interprétant des thèmes que Redd avait écrit spécialement pour la pièce – et enregistré dès 1960 pour le compte de Blue Note , le quartette sert un bop confronté aux dissonances de l'alto et déploye pour l'occasion un sens amusé de la comédie : impassible, la section rythmique dépose les cadres, quand l'agacement du pianiste contraste avec l'espièglerie de McLean. Alors, sous l'oeil des caméras, le groupe transforme l'attente en moment musical inespéré, et place The Connection entre Shadows et Straight No Chaser dans la liste des films incontournables consacrés au jazz.

Jackie McLean, Freddie Redd - The Connection - 2007 - Efor Films. Distribution Night & Day.


Doppelmoppel : Outside This Area (Intakt, 2008)

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Née en 1982, Doppelmoppel est une formation réunissant deux guitaristes (Uwe Kropinski et Joe Sachse) et deux trombonistes (Conny et Johannes Bauer), qui enregistraient en 2007 leur troisième disque seulement.

Caractéristiques rares, donc, comme celles de la musique improvisée à laquelle renvoie Outside This Area, faite de réminiscences éclatées : swing autant que déconstruction, rock bruitiste et sérénade carioca. Grâce à l’intensification des échanges et au choix de plus en plus affirmé d’abandonner peu à peu un lyrisme qui le rassure mais le perd aussi, Doppelmoppel parvient à édifier un mélange original et opérant.

CD: 01/ Walk 1 02/ Walk 2 03/ Walk 3 04/ Walk 4 05/ Walk 5 06/ Walk 6 07/ Walk 7 08/ Walk 8 09/ Walk 9 10/ Walk 10 11/ Walk 11

Doppelmoppel - Outside This Area - 2008 - Intakt Records. Distribution Orkhêstra International.


Horace Silver: Live at Newport ’58 (Blue Note - 2008)

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Cinq ans avant d’enregistrer son emblématique Song for My Father, Horace Silver se produisait sur la scène du Festival de Newport. Pour preuve : cet enregistrement inédit, produit aujourd’hui par Blue Note.

Aux côtés du pianiste, déjà, le saxophoniste ténor Junior Cook et le contrebassiste Gene Taylor, et aussi Louis Smith, trompettiste flamboyant, et Louis Hayes, batteur adroit capable de répondre aux cadres changeants de la musique de Silver : hard bop classique (version longue de Tippin’, Cool Eyes), digression latine (The Outlaw) ou blues aléatoire (Senor Blues).

Imperturbable, le quintette s’empare à chaque fois du thème pour en donner une autre version irréprochable, précise dans ses arrangements, adepte des lignes pures. Infaillible et serein.

CD: 01/ Introduction 02/ Tippin’ 03/ The Outlaw 04/ Senor Blues 05/ Cool Eyes

Horace Silver Quintet - Live at Newport ’58 - 2008 - Blue Note. Distribution EMI.



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