Le son du grisli

Bruits qui changent de l'ordinaire

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Jazz en MarsA paraître : le son du grisli #5En librairie : Bucket of Blood de Steve Potts

Marc Masters: No Wave (Black Dog Publishing - 2007)

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A l’origine d’un mouvement singulier, une compilation : celle que Brian Eno produit en 1978, intitulée No New York. Sur celle-là, quatre groupes : Mars, DNA, The Contortions et  Teenage Jesus and The Jerks, qui modifieront le cours new-yorkais des choses dans les mois à suivre, sous couvert d’une attitude : No Wave.

Alors qu’ouvre à Paris une exposition consacrée à une ancienne jeunesse française, enfants de Mai 1968 qui ne manqueront pas d’en profiter mais oublieront aussi, malgré les dires et l’histoire qu’il est toujours tentant de réécrire, de mettre au jour une forme singulière d’art et de musique – de celle que l’on ne retrouve pas au même moment un peu partout dans le monde : Madrid, Sao Paulo ou, même, Bucarest – la lecture du No Wave de Marc Masters permet à l’esthète nostalgique de s’intéresser à quelques personnages à avoir, véritablement, su allier fond et forme : Mark Cunningham, Arto Lindsay, Lydia Lunch, James Chance, Rhys Chatham ou encore Glenn Branca, traînant, sur les pas du Velvet et, surtout, de Suicide, leurs idéaux désinvoltes (remise en cause de la technique instrumentale, du recours systématique à la mélodie, et donc, velléité envers l’industrie musicale) dans des lieux choisis : CBGB’s, The Kitchen, Max’s Kansas City. Nonchalant, leur nihilisme a bientôt fait de construire un post-punk intéressé autant par la virulence du free jazz que par les hallucinations krautrock, et de mettre en avant ses premiers défenseurs : Mars et DNA, Teenage Jesus and The Jerks et The Contortions, dont l’histoire est racontée par le détail dans les deux premiers chapitres du livre. Et puis, écartés par Eno de sa compilation – pour cause de mésentente, vraisemblablement –, Theoretical Girls de Glenn Branca (auprès duquel jouent régulièrement Lee Ranaldo et Thurston Moore) et The Gynecologists de Rhys Chatham, derniers précurseurs qui finiront de convaincre d’autres groupes encore de ne pas hésiter à se mettre en scène : Ike Yard, Swans, Sonic Youth, Red Transistor, Lounge Lizards, entre autres.

Collant au mouvement jusque dans sa présentation, le livre de Masters reproduit photos et flyers, pochettes de disques et extraits de fanzines, entre les témoignages et les informations présentées avec clarté. L’essentiel est là : No Wave expliquée et scène d’importance, que certains de ses acteurs tâchent de relativiser (Lydia Lunch : « on jouait et c’était tout, on ne pensait à rien ») quitte à en rajouter dans l’élégance, quand d’autres, copies mignonnes et provinciales, confondent sous les ors d’une galerie parisienne leurs fêtes de jeunes adultes avec une inspiration d’artiste qui, jusqu’à aujourd’hui, leur aura échappée.

Marc Masters - No Wave - 2007 - Black Dog Publishing. 



The Mighty Vitamins: Take-Out (Public Eyesore - 2008)

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Sur les pas d’Alterations, évoquant parfois The Recyclers, The Mighty Vitamins (soit : Jerry Johnston, Jay Kreimer, Brad Krieger et Luke Polipnick) mélangent ici les genres : improvisations exaltées, développements las répétant ses mélodies, grands écarts entre expérimentations bruitistes et loisirs plus simplement récréatifs. Sans faire de terribles efforts de production, le groupe fabrique à coups de guitare, trompette, batterie, flûtes et toy piano, un Take-Out à l’intérêt aléatoire mais parfois enivrant.

CD: 01/ get a good job 02/ loops and spirals 03/ stoppages 04/ turbulence05/ celebration 06/ nakatani 07/ what a way to go 08/ marked 09/ talk that big talk 10/ 39 steps 11/ april 21

The Mighty Vitamins - Take Out - 2008 - Public Eyesore.


Jonty Harrison: Environs (Empreintes Digitales - 2007)

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Compositeur reconnu et souvent récompensé de musique électroacoustique, l’anglais Jonty Harrison assemble sur Environs trois compositions partagées entre mouvement et statisme.

Ode peu banale aux éléments, le disque renferme ainsi les restes sonores et réinventés d’une plongée aquatique (Undertow), une traînée de parasites alertes (Rock’n’Roll), et d’étranges récupérations sonores : bruits d’automobiles et leurs effets sur le paysage (Internal Combustion), atmosphère enregistrée d’un jardin de banlieue en été (Afterthoughts).

Au final, si les intentions et les propositions changent, reste un travail précis sur le son, bientôt fait matière, qui impressionne encore davantage au moment de s’évanouir, une fois qu’elle se sera insinuée partout.

CD: 01/ Undertow 02-05/ Recycle : Rock’n’Roll / Internal Combustion / Free Fall / Streams 06/ Afterthoughts

Jonty Harrison - Environs - 2007 - Empreintes digitales. Distribution Metamkine.


Byard Lancaster: Live at Macalester College (Porter Records - 2008)

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Entendu en lofts auprès d’Archie Shepp ou Sunny Murray (à qui ce Live at Macalester College est dédié), Byard Lancaster passe sur ces enregistrements de concerts (donnés en trois endroits différents entre 1970 et 1973) d’un instrument à vent à l’autre aux côtés de son ami le percussionniste J.R. Mitchell.

En quintette, Lancaster précipite à Boston une ascension aylérienne, tremblante, et commande une free music peu économe de ses effets et changements d’allures. En quartette, se fait plus tendre grâce au piano de Sid Simmons. En trio, dérive jusqu’à mettre la main sur un free sur expansif (World In Me) puis s’attaque à une polyphonie qui déraille lentement sous les coups, trop appuyés sans doute, de la basse de Calvin Hill (Thought).

Publié une première fois en 1972 par Dogtown Records, voici donc Live at Macalester College augmenté de deux inédits (le dernier, dispensable quand même) disponible à nouveau grâce aux efforts, pas obligés et pourtant obligatoires, de Porter Records.


Byard Lancaster, 1234 (extrait).


Byard Lancaster, World In Me (extrait). Courtesy of Porter Records.

CD: 01/ 1234 02/ Last Summer 03/ War World 04/ Live At Macalester 05/ World In Me 06/ Thought

Byard Lancaster - Live at Macalester College - 2008 (réédition) - Porter Records.


Lpt.3: Déjà 7h !?... (Yolk - 2008)

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Sorti du Brass Trio qu’il animait avec Daniel Casimir et Serge Adam, le tubiste François Thuillier retrouve la formule – aux côtés de Jean-Louis Pommier (trombone) et Christophe Lavergne (batterie) – pour tout sacrifier à une joute réjouissante.

Auprès d’un Lester Bowie qu’il a fréquenté, peut-être Thuillier a-t-il succombé aux charmes d’une école de Chicago aussi persuasive qu’amusée, jazz chaleureux dont on retrouve l’écho sur Déjà 7h !?... Brass band minuscule et content d’être là, le trio passe ainsi d’une gentille Valse fluctuante à une exploration déconstruite (La fête au village), d’un exercice de style (Standard commun) à un mouvement tirant finement parti d’insistances allant crescendo (Les coulisses slavonneuses).

D’un bout à l’autre – ou presque (mélodie d’un thème ici ou là moins réfléchie mais rattrapée par son interprétation) – fond et forme ont l’honneur d’y être, et donnent de jolies couleurs au jazz d’ici. 

CD: 01/ Filature 02/ Route 67 03/ Valse fluctuante 04/ La fête au village 05/ Chemin buissonnier 06/ Folk song 2 07/ Standard commun 08/ Les coulisses slavonneuses 09/ Free tango 10/ Bone’(s) contact

Lpt.3 - Déjà 7h !?... - 2008 - Yolk. Distribution Harmonia Mundi.



Thomas Buckner: New Music for Baritone and Chamber Ensemble (Mutable - 2008)

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Inspirée par Annea Lockwood, Tania Leon et Petr Kotik, la musique du vocaliste Thomas Buckner repousse encore, sur New Music for Baritone Ensemble, les barrières d’une musique contemporaine et lyrique pas fâchée d’être confrontée à quelques techniques vocales venues d’ailleurs, et d’avoir recours à une pratique instrumentale plus permissive que de coutume.

Sur développement lent, les interventions brèves des solistes (Continuum et S.E.M. Ensemble) se mêlent aux récitations de Buckner, pour, un peu plus tard, donner dans une déconstruction mesurée (clarinette basse et piano de front). New Music transportée, qu’il restera quand même à l’auditeur d’admettre, selon sa résistance au sérieux parfois appuyé du projet.

CD: 01-03 / Luminescence (Annea Lockwood) 04-08/ Canto (Tania Leon) 09/ Conceptuality/Life (Petr Kotik)

Thomas Buckner - New Music for Baritone and Chamber Ensemble - 2008 - Mutable.


Blue Note, A Story of Modern Jazz (Euroarts - 2007)

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Il y a une dizaine d’années, Julian Benedikt réalisait Blue Note : A Story of Modern Jazz, documentaire consacré au label et à l’itinéraire de ses fondateurs : Alfred Lion et Francis Wolff, expatriés allemands partis, en terre lointaine, à la recherche du « black sound ».

Si les débuts du film font craindre l’agencement fruste d’images (pochettes de disques signées Reid Miles, photos en noir et blanc de Wolff) et de son (extraits de concerts et illustration sonore décidée par quelques grands thèmes obligatoires), Benedikt parvient à cerner son sujet lorsqu’il abandonne la technique du clip pour mettre en valeur la parole de témoins convoqués pour l’occasion – parmi d’autres : Max Roach, Ron Carter, Herbie Hancock, Horace Silver, Lou Donaldson ou Rudy Van Gelder.

Au gré des témoignages et d’une trame calquée sur le parcours de Lion (de la création du label en 1939 à son retrait des affaires en 1968), le documentaire saisit l’importance d’une maison qui aura d’abord profité de l’acuité de ses créateurs – l’oreille de Lion et de Wolff, souvent célébrée par les musiciens, davantage que leur sens du rythme – et des relations qu’ils ont su entretenir avec quelques uns des plus emblématiques jazzmen de leur époque.

Blue Note, A Story of Modern Jazz - 2007 - Euroarts. Distribution Harmonia Mundi.


Jessica Pavone: Walking, Sleeping, Breathing (Nowaki - 2007)

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Violiniste new yorkaise entendue derrière Anthony Braxton ou William Parker, Jessica Pavone ose avec Walking, Sleeping, Breathing, la confection d’une œuvre personnelle : trois propositions plutôt convaincantes.

Concepts en tête, Pavone se sert alors de son alto pour donner sa version personnelle d’une musique chinoise possiblement traditionnelle – pizzicatos pris en jonques électroniques, notes effacées par la houle ou ricochant sous l’effet des machines, sur le premier titre – ou investir une pièce de Tchaïkovski interdite de développement par les grincements de l’archet et les répétitions (Sleeping).

Au moyen d’un sampler, Pavone donne enfin dans une expérimentation bruitiste – sauvage, adj. : qui ignore tout de la musique classique – jusqu’à faire crouler sous les effets l’ensemble de ses efforts différents, réunis avec tact sur ce disque.


Jessica Pavone, Walking (extrait). Courtesy of Nowaki.

CD: 01/ Walking 02/ Sleeping 03/ Breathing

Jessica Pavone - Walking, Sleeping, Breathing - 2007 - Nowaki


Maybe Monday : Unsquare (Intakt, 2008)

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Monté il y un peu plus de dix ans par Fred Frith, Miya Masaoka et Larry Ochs, le projet Maybe Monday enregistrait l’année dernière son troisième album, et invitait pour l’occasion quelques musiciens efficients, parmi lesquels le batteur Gerry Hemingway, la harpiste Zeena Parkins et l’électronicienne Ikue Mori.

Improvisé, forcément déconstruit, Unsquare installe des pratiques expérimentales complémentaires, révélant quelques fois un lyrisme inattendu (violon de Clarla Kilhestadt, notamment) mais le plus souvent attirées par ce genre d’intensité que l’on découvre sur le vif. Alors, voici assemblées le japonisme soigné de Parkins, les expériences toujours ludiques de Frith, les couacs et à peu-près sonores d’Ochs aux sopranino et ténor.

Hemingway, pour faire tenir l’ensemble : indispensable lorsque Mori, Frith et Ochs commandent une pièce magistrale d’abstraction bruitiste, bientôt consolidée par l’archet frénétique de Kilhestadt : Unturned, qui referme ce recueil de musique électroacoustique extravagante.

Maybe Monday : Unsquare (Intakt / Orkhêstra International)
Edition : 2008. 
CD : 01/ G 02/ Nitrogen 03/ Saptharishi Mandalam 04/ Septentrion 05/ Unturned
Guillaume Belhomme © Le son du grisli


Roy Campbell: Akhenaten Suite (AUM Fidelity - 2008)

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Au Vision Festival de 2007, Roy Campbell emmenait une formation peu commune : lui, seul souffleur, auprès du violon de Billy Bang, du vibraphone de Bryan Carrott, de la contrebasse d’Hilliard Greene et de la batterie de Zen Matsuura

Investissant une autre Egypte hallucinée, Campbell attise forcément des convoitises orientalisantes qu’il partage avec Bang : le duo s’appliquant à rendre à l’unisson, approximatif mais réjouissant, le grand swing d’Akhenaten ou le lyrisme d’Aten and Amarna, ou ébauchant sur le vif quelques solos brillants (Pharaoh's Revenge Intro Part 2, sur lequel Campbell passe à l’arghul, double flûte datant de l’Ancienne Egypte, puis au bugle).

Plus tôt, Pharaoh's Revenge Part 1 avait emporté l’ensemble : jazz libre et plus appuyé profitant des entrelacs flamboyants de la trompette, du violon et du vibraphone, qui contraste avec les deux derniers titres donnés ce jour-là, récréations cette fois latines et plus anecdotiques. Ecart de langage dû peut être à la fatigue, qui n’enlève rien à la persuasion du premier propos. 

CD: 01/ Akhenaten (Amenophis, Amenhotep IV) 02/ Aten and Amarna 03/ Pharaoh's Revenge Intro Part 1 04/ Pharaoh's Revenge Part 1 05/ Pharaoh's Revenge Intro Part 2 06/ Pharaoh's Revenge Part 2 07/ Sunset On The Nile

Roy Campbell Ensemble - Akhenaten Suite - 2008 - AUM Fidelity. Distribution Orkhêstra International.



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