Le son du grisli

Bruits qui changent de l'ordinaire

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Archives des interviews du son du grisli

Zeitkratzer: Volksmusik (Zeitkratzer Records - 2008)

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Enregistré en concert par un ensemble de musiciens composé notamment du pianiste Reinhold Friedl, du trompettiste Franz Hautzinger et du percussionniste Maurice de Martin – pour beaucoup dans la création d'un projet inspiré de séjours en Roumanie et en Bulgarie –, Volksmusik révèle l'idée que Zeitkratzer se fait du folklore musical.

Personnel, celui-ci, et donc fiévreux : inauguré par quelques coups d'archet révélateurs pour donner à entendre ensuite les complaintes d'une armée d'ombres dissonantes. Improvisations ou adaptations d'airs folkloriques commandent ainsi la direction de pièces répétitives (Bouchimich) ou de morceaux sortis des bruyantes recherches sonores auxquelles Zeitkratzer a fini par s'habituer (Cowbells). Faible, quand le folklore défendu là pourrait bien exister vraiment ; valable, lorsqu'il se laisse gagner par une folie intrusive.

Zeitkratzer : Volksmuzik (Zeitkratzer / Metamkine)
Edition : 2008.
CD : 01/ Batuta 02/ Jodler 03/ Picior 04/ Mountain 05/ Bouchimich 06/ Holzlerruf 07/ Cowbells 08/ Lirica 09/ Hora 10/ Sirba 11/ Waltz
Guillaume Belhomme © Le son du grisli 



Vicki Bennett : Smiling Through My Teeth (Sonic Arts Network, 2008)

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Des liens (souvent tendus) qui unissent musique et humour, Vicki Bennett (People Like Us) dresse sur Smiling Through My Teeth un constat contrastant.

Parce qu’il convoque aussi bien les déflagrations extrêmes de Ground Zero qu’une Ouverture de Guillaume Tell revue par un Spike Jones partageant vraisemblablement avec John Zorn un goût appuyé pour les cartoons, ouvre une boîte à rires hallucinés comme fait confiance à un collage swing de John Oswald, joue des décalages attendus (pseudo lyrisme et hip-hop réunis par Komar & Melamid and Dave Soldier ou reprise de Take on Me signée Rank Sinatra) et exhume dans le même temps les Viennese Seven Singing Sisters à l’ironie involontaire. Au final, puisqu’il s’agissait davantage de traiter des façons d’aborder l’humour en musique et non d’en collecter les preuves les plus efficaces, pas toujours amusant : mais assez anecdotique et documenté pour réveiller tout pataphysicien endormi.

Vicki Bennet : Smiling Threw My Teeth (Sonic Arts Network)
Edition : 2008.

CD : 01/ Spike Jones and his City Slickers “William Tell Overture” 02/ Raymond Scott “Girl at the Typewriter” 03/ Paul Lowry “I Got Rhythm” 04/ Leif Elggren & Thomas Liljenberg “9.11 (Desperation Is The Mother of Laughter)” (edit) 05/ Komar & Melamid and Dave Soldier “The Most Unwanted Song” (edit) 06/ Ground Zero “China White” 07/ John Oswald “Pocket” 08/ Nurse With Wound “You Walrus Hurt The One You Love” (edit) 09/ Rudolf Eb.er’s Runzelstirn & Gurgelstøck “Eel Dog Rap Mix” (edit) 10/ Nihilist Spasm Band “It’s Not My Fault” (edit) 11/ ‘The Freddy McGuire Show’ with Anne McGuire, Don Joyce & Wobbly “Dark Days Bright Nights” 12/ Vomit Lunchs “Total Pointless Guidance Mix” (Stock, Hausen+Walkman) 13/ Gorse “Interlude” 14/ Rank Sinatra “Take On Me” 15/ DJ Carhouse & MC Hellshit “Motha Fuck Mitsubishi” 16/ DJ Brokenwindow “Kit Clayton vs. Roscoe P. Coltrane” 17/ Christian Marclay “Maria Callas” 18/ Viennese Seven Singing Sisters “William Tell Overture” 19/ M.A. Numminen, Tommi Parko, Pekka Kujanpää “Eleitä Kolmelle Röyhtäilijälle” 20/ Justice Yeldham and the Dynamic Ribbon Device “Berlin, Germany, 270104” (edit) 21/ Adach i Tomomi “Lippp” 22/ Bill Morrison “Single Breath Blow” 23/ Zatumba “Natchung” 24/ Nihilist Spasm Band “Going Too Far” (edit) 25/ People Like Us & Ergo Phizmiz “Air Hostess” 26/ Christian Bok “Ubu Hubbub” 27/ Gwilly Edmondez “Cock!” 28/ Spaz “Spaz” 29/ Komar & Melamid and Dave Soldier “The Most Unwanted Song” (edit 2) 30/ Xper. Xr. “Ride On Time” 31/ Richard Lair and Dave Soldier “Thai Elephant Orchestra Perform Beethoven’s Pastorale Symphony First Movement” 32/ Nurse With Wound “You Walrus Hurt The One You Love” (edit 2)
Guillaume Belhomme © Le son du grisli

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Sonic Youth, Mats Gustafsson, Merzbow : Andre Sider af Sonic Youth (SYR, 2008)

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Les débuts d'Andre Sider af Sonic Youth mentent évidemment sur les véritables desseins de la rencontre – enregistrée en 2005 au Roskilde Festival – de Sonic Youth, Merzbow et Mats Gustafsson.

Ainsi, la voix de Kim Gordon accompagne des accords de guitares à qui l'on refuse tout effet avant qu'apparaissent les premières agressions électroniques de Merzbow. Les plaintes du saxophone de Gustafsson, ensuite, un peu avant que Steve Shelley ne donne à l'ensemble la forme d'une transe électroacoustique qu'investissent avec virulence quelques sauvages elevés sous buildings. Le reste, de n'être plus que tremblements.

Sonic Youth, Mats Gustafsson, Merzbow : Andre Sider af Sonic Youth (SYR / Differ-ant)
Edition : 2008.
CD : 01/  Andre Sider af Sonic Youth
Guillaume Belhomme © Le son du grisli


Morton Feldman: The Late Piano Works, Vol. 1 : Triadic Memories (MDG - 2008)

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Après avoir interprété l'intégrale des oeuvres pour piano de John Cage et s'être occupé des premières pièces écrites pour le même instrument par Morton Feldman, Steffen Schleiermacher donne ici sa version des Triadic Memories, qui inaugure une série consacrée aux compositions tardives de Feldman.

Pendant plus d'une heure, alors : le va et vient incessant entre l'une et l'autre partie du clavier : sous forme de questions-réponses, d'abord, puis d'aigus allant comme ils peuvent – et évidemment par trois – sur un rythme défait. Quand For Bunita Marcus (oeuvre tardive, elle aussi) s'occupait de mettre le temps à plat, Triadic Memories impose à ses notes l'ascension puis la descente, met au jour des souvenirs verticaux. Jusqu'à ce que l'espace allant grandissant qui s'installe entre les notes ne finisse par avoir raison d'elles.

CD: 01/ Triadic Memories (80'46) >>> Morton Feldman, Steffen Schleiermacher - The Late Piano Works, Triadic Memories - 2008 - MDG. Distribution Codaex.


Circulasione Totale Orchestra : Open Port (Circulasione Totale, 2008)

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Sur Open Port, le Circulasione Totale Orchestra – grand ensemble dirigé par Frode Gjerstad et formé de musiciens toujours prêts à en découdre (Sabir Mateen, Bobby Bradford, Louis Moholo-Moholo, Paal Nilssen-Love ou encore Kevin Norton) – redessine les contours de l'orchestre free.

Allant crescendo sur un décorum électronique chargé en éléments perturbateurs dont s'occupe John Hegre, les instruments à vent font d'abord corps avant l'apparition de tentatives individuelles : clarinettes de Mateen et Gjerstad et cornet de Bradford ouvrant une suite infaillible de performances éparses. Revenus à eux, les intervenants adoptent un ton moins vindicatif, pour faire face aux grésillements de fin de parcours, qui emporteront l'ensemble en sublimant la noirceur d'une œuvre totale et réussie.

CD: 01/  Yellow Bass and Silver Cornet (In Memory of Johnny Mbizo Dyani and John Stevens) >>> Circulasione Totale Orchestra - Open Port - 2008 - Circulasione Totale.



Steve Dalachinsky, Matthew Shipp: Logos and Language : a Post-Jazz Metaphorical Dialogue (Rogue Art - 2008)

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Sous un arbre, l'écrivain Steve Dalachinsky et le pianiste Matthew Shipp entament une conversation qui fera l'essentiel du livre – publié en anglais – Logos and Language. En introduction, Yuko Otomo s'y demande pourquoi, dans un monde comme le notre, certains se mettent à l'art. En guise de réponse, Shipp avance plus loin les grandes lignes d'une métaphysique personnelle qui éclaire peu sa pratique musicale et enfile les uns après les autres des morceaux d'un obscurantisme rampant sous couvert de rapport à l'existence qu'il faut bien tenter d'expliquer. Ici ou là, quelques noms quand même (Coltrane, Bach et Scriabine) pour toute musique.

Pour servir une pensée moins tiède, le verbe haut et parfois direct de Shipp devra attendre un autre dialogue, qui mêlera, toujours avec Dalachinsky, des souvenirs de son histoire personnelle et la figure de Jean Genet, investira un peu le champs sociologique. Cette fois, le pianiste parvient à cerner plus sensiblement – mais en le contournant quand même – son rapport à la pratique artistique, qu'il conçoit sans soumettre au concept la moindre échelle de valeurs : puisqu'elles sont langages et qu'il serait malvenu d'élaborer un classement qualitatif des langages, alors : toutes créations musicales se valent.

Et puis, les photos de Lorna Lentini, quelques preuves de la poésie de Dalachinsky – mots jetés sur l'instant au son de concerts auxquels il assiste (Shipp en duo avec William Parker, Matt Maneri, ou encore œuvrant en accompagnateur inspiré auprès de Charles Gayle) – et de celle, plus concernée, de Shipp lui-même. Qui clôt le portrait fait d'images éclatées, fidèle sans doute, d'un homme qui, en musique comme en théories, fait toute confiance à son intuition pour apaiser les effets de ses préoccupations.

Steve Dalachinsky, Matthew Shipp - Logos and Language : a Post-Jazz Metaphorical Dialogue - 2008 - Rogue Art.


Nils Bultmann: Terminally Unique (Mutable Music - 2008)

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D'une série enregistrée d'improvisations, d'impromptus et de field recordings, le violoniste Nils Bultmann fait le matériau d'invention de Terminally Unique, disque qui profite aussi des interventions d'invités : Roscoe Mitchell (saxophone ténor et flûte), Parry Karp (violoncelle), Paddy Cassidy (percussions).

Sujet aux hésitations, l'ensemble alterne entre déconstructions emportées, pièces mélodiques rappelant les manières acoustiques de Sakamoto ou celles de Balanescu, ou encore, compositions fantasmées d'un Ligeti miniature. Malgré un choix étrange dans les sons de claviers électriques (heureusement rarement) utilisés, Terminally Unique est un disque réussi, qui rattrape un peu le sérieux excessif des dernières productions du label Mutable.


Nils Bultmann, Sketches of Spirit. Courtesy of Mutable Music.

CD: 01/ Welcome 02/ 2 03/ The Madness 04/ Sketches of Spirit 05/ Marched Upward 06/ Brutally Adored 07/ Still Strangely Serene 08/ Reverently 09/ Absorbing 10/ Again 11/ The Pulsing 12/ Primal 13/ Silent 14/ Ocean >>> Nils Bultmann - Terminally Unique - 2008 - Mutable Music.


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Lawrence English: Kiri No Oto (Touch - 2008)

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Avec Kiri No Oto – comprendre « le son du brouillard » –, Lawrence English obscurcit encore son ambient pop coutumière : explorant les possibilités bruyantes de sa pratique de collectionneur de vignettes sonores ou tirant de ses claviers quelques nappes épaisses qui abandonnent un peu de leur substance en traînées lointaines au fil ténu des secondes.

Sans être forcément original – larsens et boucles bientôt appliqués à l'ensemble y travaillant d'ailleurs peu – English propose ici un exercice d'atmosphère vaporeuse et/ou bruitiste plutôt concluant, pour peu que l'auditeur ne vomisse pas les tièdes.

CD: 01/ Organs Lost at Sea 02/ Soft Use 03/ White Spray 04/ Waves Sheer Light 05/ Commentary 06/ Allay 07/ Figure's Lone Static 08/ Oamura >>> Lawrence English - Kiri No Oto - 2008 - Touch Music. Distribution La baleine.


Cory Allen : The Fourth Way (Quiet Design, 2008)

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Sourcilleux, le propos musical de Cory Allen, qui n'hésite pas à s'appuyer sur des vérités toutes personnelles pour expliquer – assumer, peut-être – sa démarche de créateur. Artiste sonore texan – puisque partout l'on trouve, maintenant, cette sorte d'artiste là –, Allen avance aussi bien quelques vues métaphysique qu'il feint des préoccupations d'humaniste. Mais pour expliquer quoi ?

The Fourth Way : découpages incessants stimulés par la neurasthénie de leur auteur d'un amalgame de nappes lointaines de claviers, de la répétition de quatre longues notes électroniques ou d'une suite de chocs étouffés. L'actualité d'une ancienne musique industrielle, aujourd'hui attendrie par une ambient électroacoustique et bruitiste. Au fur et à mesure, quelques éclaircies, étape de naïveté gâchant l'inquiétude, forcément de retour pour finir de convaincre l'auditeur de l'intérêt de l'expérience, et de la stérilité des discours qui accompagnent les jolies oeuvres abstraites.

Cory Allen : The Fourth Way (Quiet Design)
Edition : 2008.
CD : 01/ Exedra 02/ Telepathic Solve 03/ Chordata Analysis 04/ In Search of Miracul 05/ All Suns 06/ Chordata Analysis [Animal Aggregation] 07/ We Have Lots of Time
Guillaume Belhomme © Le son du grisli



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