Le son du grisli

Bruits qui changent de l'ordinaire

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Interview de Quentin RolletAlan Silva à ParisA paraître : le son du grisli #5
Archives des interviews du son du grisli

Ron George: The Floating Bubble (Innova Recordings - 2008)

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Percussionniste inventeur d’instruments, mort en 2006, Ron George invitait sur The Floatting Bubble une poignée d’autres musiciens de la côte ouest américaine – dont John Bergamo et Ben Johnston – à enregistrer avec lui.

Ecrite ou improvisée, l’œuvre percussive oscille entre minimalisme américain et tradition orientale réinventée, exposant son étrange batterie d’instruments aux effets de la réverbération dans le but d’asseoir un propos changeant : mouvements soudain frénétiques ou délicatesse des interventions fantasmant la prise d’un vent léger en suspensions sonores. Réfléchi et efficace, toujours.


Ron George, The Floating Bubble (extrait).


Ron George, Gupta Sloka Chand (extrait).

CD: 01/ Gupta Sloka Chand 02-04/ Sleep and Walking 05/ The Floating Bubble

Ron George - The Floating Bubble - 2008 - Innova Recordings.



Robert Een: Hiroshima Maiden (Innova Recordings - 2008)

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Composé par le violoncelliste Robert Een pour une pièce de théâtre de marionnettes, Hiroshima Maiden dit à sa manière les souffrances endurées par les victimes d’Hiroshima. Enregistré en studio, l’œuvre présente un mélange musical inquiet de la rencontre de mondes opposés, Orient et Occident confrontés au son de mélodies hésitantes dont l’interprétation peut rappeler le travail de John Lurie, ou celui d’Alexander Balanescu. Précise, l’exécution ne peut malgré tout pas grand-chose pour relativiser la simplicité de certains thèmes. Et l’attention peut fuir l’auditeur, qui, s’il veut un jour revenir à Hiroshima Maiden, devra dès la première écoute trier les plages dignes de confiance de sa sélection. 

CD: 01/ Ouverture: Hiroshima Maiden 02/ Pilot's Prayer 03/ Plane Over the City 04/ Day of Wrath 05/ Kimono Dance 06/ Censored 07/ Broken Waltz 08/ Building the City 09/ Running / Hesitation 10/ Broken Waltz (Reprise) 11/ Beseeching the Gods & Fear of Flying 12/ In a Dream 13/ Doo Itasimaste 14/ Way of Seeing 1 & 2 15/ Bureaucratic Tango 16/ Photo Shoot 17/ Culture War 18/ Ground Zero 19/ Hiroshima Maiden (Reprise) 20/ In a Dream (Reprise) 21/ Plave Over the City (Reprise) 22/ Final Photo Shoot & Suspended

Robert Een - Hiroshima Maiden - 2008 - Innova Recordings.


Ryoji Ikeda: 1000 Fragments (Raster Noton - 2008)

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Publié en 1995 par Ryoji Ikeda lui-même, 1000 Fragments est une compilation de premiers travaux faisant office d’album, que Raster Noton réédite aujourd’hui. Au programme, une première œuvre sans saveur – Channel X, qui met bout à bout diverses sources d’enregistrements sonores : films, brouillages radio, voix vraisemblablement venues de l’espace ou de plus simples usages du téléphone – et deux autres qui amorcent les travaux à venir : 5 Zones et Luxus, sur lesquels se mêlent larsens et bips sur nappes atmosphériques, avant le retour irrémédiable à la nature via l’exposé de field recordings. Oeuvre pas encore aboutie, mais document valable.



CD: 01-09/ Channel X (1985-1995) 10-14/ 5 Zones 15/ Luxus 1-3

Ryoji Ikeda - 1000 Fragments - 2008 (réédition) - Raster Noton. Distribution Metamkine.


Ornette Coleman : Live in Paris 1971 (Jazz Row, 2008)

ornette coleman live in paris 1971

Sur ce disque : Dewey Redman, Charlie Haden, et Ed Blackwell, en membres du quartette d’Ornette Coleman, de passage à Paris à l'occasion d'une courte tournée européenne organisée en novembre 1971 (dont les seules dates connues sont celles des arrêts à Belgrade et Berlin).

Sur une scène toujours non identifiée, mais devant un public conséquent, Coleman commande d’autres libertés entre l’introduction et la conclusion des thèmes, sur lesquelles il fait mine de s’accorder avec Redman. Alors, les instruments à vents (trompette et alto contre ténor et musette – Coleman quand même plus bavard) se livrent à la surenchère sur une section rythmique éclatée (Street Woman), ou éfidient une grande œuvre de free exacerbé sur laquelle les cordes ajoutent au propos déjà soutenu les effets bruitistes qu’elles tirent d’une soudaine expérience électrique (Rock the Clock).

Entre les deux, les saxophones dérivent au gré des coups jubilatoires que porte Blackwell (Summer Thang), ou s’opposent : l’un osant l’expression lyrique pour répondre à la progression à étages de l’autre. Et lorsqu’il arrive à l'auditeur de craindre l'uniformité, voici le propos revigoré par une proposition que l’on n’attendait pas, que l’on n’avait même pas vu venir. La science d’Ornette Coleman, et de sidemen hors-pairs, portés par les promesses de l'enregistrement, quelques jours auparavant, de l'album Science-Fiction.

Ornette Coleman : Live in Paris 1971 (Jazz Row)
Enregistrement : novembre 1971. Edition : 2008.
CD : 01/ Street Woman 02/ Summer Thang 03/ Silhouette 04/ Rock The Clock
Guillaume Belhomme © Le son du grisli


Rocher, Benoit, Perraud : Extenz’O (Marmouzic, 2007)

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Sur Extenz’O, Christophe Rocher (clarinettes), Olivier Benoit (guitare) et Edward Perraud (batterie) confrontent leurs pratiques respectives le long d’improvisations tortueuses.

Démontrant la variété de leurs influences et des domaines qui les concernent chacun, les musiciens amassent leurs interventions jusqu’à accoucher d’une musique qui doit faire encore avec ce grand fantasme de bruit : guitare électrique et sous effets (parfois excessive lorsque l’intervention court après un statut de solo revendicatif), clarinette basse déconstruite ou charmée soudain par la répétition, batterie convulsive ou imposant avec plus de sagesse un cadre à l’ensemble.

Démonstratif et souvent convaincant, Extenz’O pourrait s’apparenter au fruit d’une rencontre entre The Ex, Zu, The Spontaneous Music Ensemble et Phil Minton (pour les vocalises impromptues de Pleur du noir). D’autres font leur lot de références moins malignes.

CD : Jatropha I 02/ Femme and Co 03/ Pleur du noir 04/ Pleur du noir II 05/ Lettre verte I 06/ Lettre verte II 07/ 2e génération 08/ II I III IIII I II 09/ Tôt la fin I 10/ Tôt la fin II 11. Jatropha II

Christophe Rocher, Olivier Benoit, Edward Perraud - Extenz'O - 2007 - Marmouzic.



Heath Watts, Dan Pell: Breathe If You Can (Leo - 2008)

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Convaincu que l’art doit tout sacrifier à l’abstraction, le saxophoniste américain Heath Watts invite le batteur Dan Pell à improviser avec lui le long d’un Breathe If You Can abstrait mais parlant.

Des influences des deux hommes, notamment : rock des années 1970 et jazz, qui forcent souvent le duo à partir à la recherche d’une forme raisonnable d’improvisation déchaînée. Alors, parmi les précipitations instrumentales de rigueur (Letters) et les expériences faites sur le son (On and Off), le soprano de Watts fait entendre une mélodie rappelant Albert Ayler (People) ou ose l’évocation marocaine (People).

Sur rythme plus lent, le duo commande une marche brinquebalante à la progression décisive, quoi que contrariée (Crutches) ou développe avec acuité toutes les possibilités offertes par la répétition d’une phrase faite de trois notes (Love). Loin d’être très abstrait, au final, mais plutôt varié et sur-efficace. 

CD: 01/ Letters 02/ Work 03/ 4 04/ People 05/ On and Off 06/ Crutches 07/ However 08/ Love 09/ Rules

Heath Watts, Dan Pell - Breathe If You Can - 2008 - Leo Records. Distribution Orkhêstra International.


Pure Sound: Acts of New Noise (Euphonium Records - 2008)

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Sorti d’A Witness, le bassiste Vince Hunt créa Pure Sound, projet lui permettant d’expérimenter davantage au point de décevoir un peu – sur un premier album (Yukon), notamment – avant de mettre la main sur Acts of New Noise.

Là, Pure Sound soumet l’auditeur à une série de collages hallucinée augmentée d’interventions insistantes sur piano ou guitare, d’enregistrements de voix souvent maltraitées et du bruit de machines abrutissantes. Et lorsqu’une chanson éclot, c’est pour faire œuvre d’ironie – voix de Lou Reed appliquée à l’univers de Robert Wyatt.

Sur Acts of New Noise, se mêlent alors pop déglinguée et musique concrète, ambient indélicate et field recordings devenus prétextes à constructions hétérodoxes. Le paysage, changeant, augmente encore le charme des prouesses.


Pure Sound, Bloody Bastard Out Drinking. Courtesy of Euphonium.

CD: 01/ My Wife Doesn't Understand Me 02/ Moody Bastard Out Drinking 03/ Dialect Poetry 04/ The Pull Out from Hong Kong 05/ Give Me The Last Twelve Years Back 06/ Titanic 07/ Love Your Pheromones (Be My Slave) 08/ Take the Poor Side Express 09/ The Pat Jennings Tapes

Pure Sound - Acts of New Noise - 2008 - Euphonium Records.


Jean-Luc Guionnet, Toshimaru Nakamura : MAP (Potlatch, 2008)

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Sur MAP, Jean-Luc Guionnet (saxophoniste encore récemment remarqué sur Propagations) et Toshimaru Nakamura (entendu auprès d’Otomo Yoshihide, John Butcher ou Axel Dörner) soignent leur rencontre, et cisèlent une électroacoustique subtile.

A force de pratique expérimentale, l’alto parvient d’abord à imposer sa voix sur de longs sifflements électroniques, avant que le duo ne mette en place une interaction qui donnera sa forme vive à la rencontre. Décisif, Guionnet extirpe une note longue et aigue, la redit faiblement avant de l’appuyer assez pour perturber la présence de Nakamura - l’électronique s’emballe, le grésillement pour toute interjection.

Et puis, l’inverse mis en pratique : le juste retour des choses – comprendre : d’autres larsens – en réaction aux aigus fuyants de saxophone distribués maintenant entre les pauses que l’on s’accorde à deux. En guise de conclusion, Guionnet intervient sur un orgue, en définit les possibilités bruitistes et fait appel à d’autres effets dévastateurs. Le discours individuel moins en paix que ne l’était le dialogue, duquel sera sorti une œuvre à la sérénité provocante.

Jean-Luc Guionnet, Toshimaru Nakamura : MAP (Potlatch / orkhêstra International)
Edition : 2008.

CD : 01/ (18 :38) 02/ (12 :51) 03/ (16 :03) 04/ (23 :16)
Guillaume Belhomme © Le son du grisli


Oren Ambarchi: Spirit Tranform Me (Tzadik - 2008)

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En compagnie de Z’ev (percussionniste remarqué notamment auprès de Glenn Branca), l’Australien Oren Ambarchi, motivé par John Zorn, s’intéresse aux trois premières lettres de l’alphabet hébreux, qui semblent inspirer bientôt sa pratique de la guitare, du vibraphone et du carillon.

Sans qu’il soit question pour lui de tourner le dos à la musique expérimentale, Ambarchi soigne ici son propos industriel, jusqu’à lui donner les allures d’une musique de gamelan moderne et perturbée. Les bourdons s’y entassent, les larsens s’y bousculent, et les coups portés à quelles structures métalliques se disputent les couleurs de l’atmosphère.

Sur Bet, quand même, quelques bribes d’un rythme brut parviennent à se glisser au creux du discours, maintenant gagné par toutes sortes de crissements et par les apparitions de parasites grouillants. Puis, presque plus rassurant, disparaît au son d’autres chocs disposés sous delay, écho trouvé en lieu de culte cédant à l’appel du vide pour avoir vu son Livre amputé de trois lettres.

CD: 01/ Alef 02/ Bet 03/ Gimel

Oren Ambarchi - Spirit Tranform Me - 2008 - Tzadik. Distribution Orkhêstra International.


Dan Warburton, Fred Goodwin : Compendium Maleficarum III (Incunabulum Records - 2008)

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Née de la rencontre du violoniste Dan Warburton et du poète et chanteur Frederick Goodwin, Compendium Maleficiarum III est une œuvre expérimentale et différente, qui aura mis vingt ans à se construire à force de faire appel aux sorcières et de ne trouver de véritable soutien qu’auprès de musiciens.

Parmi ceux-là : Jac Berrocal, Jean-Luc Guionnet, Philip Samartzis, Aki Onda ou Bruno Mellier, qui interviennent à distance sur des collages qui convoquent voix et souffles, grincements et battements de cœur, chiens aboyant et chocs sourds. Délicatement, chaque instrument se fond dans le bréviaire surréaliste et envoûté, investit un univers parallèle, celui d’un Eraserhead obnubilé par l’Enfer de Dante, que révèlent les mots de Goodwin, qui préfère distribuer les indices plutôt que de s’acharner à démontrer. 

Peu engageante mais rare, l’expérience en devient nécessaire, grâce à la mesure qu’elle applique à toute chose, si ce n’est à l’angoisse qu’elle distille.

CD: 01/ id 02/ McLean Hospital 03/ Hells Angels in a Bar 04/ Woyzeck in Limbo 05/ Atheist 06/ Woyezck in the Inferno 07/ Cannibal Rector 08/ The Cardinal 09/ The Cardinal 10/ Virgil’s Cow 11/ Ophelia 12/ Violence 13/ McGowan’s Bull 14/ Loose Strife 15/ The Crows 16/ The Porno Booth 17/ The Death Camps 18/ Dr. Death 19/ A History Primer

Dan Warburton, Fred Goodwin - Compendium Maleficiarum III - 2008 - Incunabulum Records. Distribution Orkhêstra International.



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