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Interview de François Carrier

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Après la sortie de l'excellent Within, qui suivit celle du non moins remarquable Kathmandu, le saxophoniste François Carrier se voit consacrer par le label Ayler Records une boîte digitale – épaisse de sept disques si l’auditeur tient à la matérialiser – dont l’intéressé confirme ici la sortie, tout en donnant au son du grisli des indices concernant sa pratique instrumentale et sa place dans le monde : au bout de l’improvisation de Carrier : la priorité de l’instant, et une esthétique à toutes épreuves.

... Mon premier souvenir musical, aussi étrange que cela puisse paraître, c’est le cœur de ma mère, in vivo. Très jeune, elle était musicienne dans l’âme, état qu’elle m’a rapidement transmis.  Elle écoutait les grands classiques comme les symphonies de Beethoven et la musique de Bach. Dans les années 60, elle nous jouait ses trente-trois tours de Charles Aznavour sur son stéréo. On peut dire que mon environnement était essentiellement constitué de musique de toutes sortes et de beau. Je suis pratiquement né en chantant, en dansant et en jouant. Singulièrement sensible et attentif à mon environnement dès ma venue au monde, j’ai tout de suite senti un appel sans trop savoir d’où il venait.  Et puis, un jour, la vie a décidée de mettre sur mon chemin un son de saxophone. Waw ! On peut dire que c’est la première fois de ma jeune vie que j’entrais en contact avec une émotion aussi profonde. L’émerveillement.  La même journée de 1968, je revenais de l’école primaire avec un saxophone. C’est là que ma belle musique a commencé.  Yves, le plus vieux de mes quatre frères, jouait aussi de la trompette. J’ai donc continué, bon gré mal gré, à jouer sans trop me soucier des genres ou des étiquettes. Un jour, au secondaire, un ami flutiste m’a donné en cadeau un disque de Phil Woods intitulé Phil Talks to Quill. Ça m’a complètement bouleversé d’écouter ces deux virtuoses du swing à la sonorité voluptueuse. À 16 ans j’avais tous les disques de Phil Woods, de Charlie Parker, et plein d’autres albums de Coltrane, Miles Davis, Cannonball Adderley, Mingus et j’en passe.

Ces musiciens qui vous ont amené à jouer la musique que vous défendez aujourd’hui… Si j’avais dirigé toute mon attention sur les enseignements qu’on m’a transmis, il est certain que mon chemin aurait bifurqué vers l’économie de marché, un travail, une famille, une maison, une voiture. Non merci. J’ai plutôt opté pour le vrai, l’intuition, la vie. Il était certain dès lors que j’allais, comme ceux à qui je m’identifiais, enregistrer de beaux disques. Lors de ma première expérience d’enregistrement, à l’âge de 15 ans, microphones, fils, consoles, boutons de toutes sortes sont devenus les éléments de mon terrain de jeu. Et puis, la vie m'a amené sur des chemins un peu sinueux, d’où je n’ai pas perdu de vue la musique. Alors, j’ai dis oui au jeu : jouer et jouer encore.  Et oui, aussi, à l’enregistrement. Il y a quelques années j'ai décidé que je ne ferais plus aucun compromis, ce qui est un choix téméraire et aussi courageux.  Je ne sais jamais de quoi demain sera fait mais une chose que je sais est que je suis habité par la musique à chaque instant de mon existence.  Alors, je me dis soyons authentique, choisissons la joie et célébrons la vie.

Des figures ont-elles jamais influencé votre pratique musicale ? Au cours de notre vie, on naît, on vieillit et on meurt. Pendant toute la durée de cette courte vie on nous apprend, on nous enseigne, on nous dicte, on nous conditionne. Emprisonnés dans nos concepts et nos mémoires se trouvent le connu, le savoir, le mental, la pensée, le passé. Ayant compris ce mécanisme humain que je qualifie de primitif, je choisi maintenant de ne plus agir en fonction de ma mémoire mais plutôt en accord avec le « senti », les émotions, l’intuition. Aujourd’hui, je n’entretiens aucun rapport avec rien d’autre que l’univers tout entier.  Les étiquettes, les genres, les couleurs, les races, les frontières ne sont pour moi que pures illusions.  Je suis simplement « avec » la musique. « Être avec » ! Voilà de quoi je parle. « L’écoute », avec tout notre être.

Quels seraient les mots les plus appropriés qui pourraient décrire votre pratique ? Quelle différence faîtes-vous, par exemple, entre jazz et improvisation ? Je fais surtout une différence entre le vrai et le faux au niveau absolu, tout est tout, bien entendu (rires). Malheureusement, dans notre monde dépourvu du sens de « l’écoute », on doit tout étiqueter. Pour moi, la musique, comme toutes formes d’arts, relève du sacré – un sacré qui n’est associé à aucune religion ou croyance. L’art sacré, très rare dans notre société humaine, est cette forme d’art où l’artiste a une responsabilité envers la société dans laquelle il évolue. L’artiste s’engage à fond dans la création et l’introspection ; chaque instant devient un moment de grâce. L’artiste se donne corps et âme, sans condition, sans compromis, à très long terme. Son œuvre devient immortelle et intemporelle, authentique et singulière. À travers sa démarche, il éveille les consciences, son art est le propre miroir de l’âme humaine. Cessons donc de nous projeter dans le futur et nous serons libérés de notre passé. Ainsi, nous sommes entièrement au service de la musique, de la création, aujourd’hui et maintenant.

« Être au service de la création » en faisant acte de création réfléchie ou en se laissant davantage porter par le hasard ? D’abord, le hasard n’existe pas.  En ce qui me concerne, j’écoute l’univers me parler. Je suis dans un profond état de présence, écoutant tout ce que la nature me raconte. D’innombrables symphonies de joie et de lumière. Ce qui est magnifique, c’est que cet état de présence est à la portée de tous. Tout ce qu’il y a à faire, c’est se libérer de nos peurs. Ainsi, chacun trouve sa paix propre et agis en fonction de qui il est vraiment. Plus besoin de références, au passé notamment.

Dans ce cas, pourquoi continuer à enregistrer des disques, qui ont aussi valeur de documents ? Pourquoi ne pas se contenter de jouer votre musique en public ? Le plus important pour moi c’est la vie, le battement du cœur, ici et maintenant. Puis il y a la musique, vivante, ici et maintenant. Lorsque qu’un artiste exécute son art, il disparaît, sa pensée disparaît simplement. Plus aucun souci, plus aucun plan, plus aucune forme n’existe, même pas l’idée du moment présent. L’ego disparaît simplement et là, il y a création. Comme une œuvre de Matisse ou de Van Gogh, comme une cantate ou une improvisation de Bach, comme une sculpture de Giacometti, ou encore comme la musique de Coltrane ou de Monk. Tout ce qu’il reste c’est le jeu pur.  En art visuel, l’acte de création est immortalisé soit sur un canevas soit dans la roche. En cinéma et en photo, le mouvement et la lumière sont figés sur la pellicule ou sous forme de pixels. La musique, elle, on la fige sur des partitions, sur des bandes ou des supports numériques. L’enregistrement demeure secondaire. Nous avons donc la possibilité d’immortaliser ces moments de musique et parfois il en ressort des moments de grâce. Les enregistrements sont donc un legs. La musique, la vraie, est intemporelle. Fort heureusement, il y a des disques et des enregistrements pour nous le rappeler, faute de diffusion. Lorsque j’écoute la musique de Stravinsky ou de Coltrane, je ne pense pas à l’enregistrement passé.  En fait je ne pense à « Rien ».  Je suis avec l’écoute.

Vous êtes récemment allé en compagnie du percussionniste Michel Lambert jouer au Népal. Pouvez-vous me dire quelques mots à propos de ce duo, et aussi si le voyage a un effet sur votre façon d’aborder l’improvisation ? Ce que j’aime le plus chez Michel, c’est sa formidable faculté d’être présent, « d’être avec ».  Personnellement, je choisis de m’entourer de musiciens et d’artistes ayant ce sens profond de l’écoute, d’où mes collaborations avec Paul Bley, Gary Peacock, Bobo Stenson, Pierre Côté, Dewey Redman, Jean-Jacques Avenel… Quant au voyage, on dit qu’il forme la jeunesse. Je dis, moi, que le voyage contribue à une jeunesse éternelle.  Le cœur s’ouvre à la différence, l’écoute ne peut être que plus grande. L’improvisation est au centre de notre discours musical parce qu’elle incite à la spontanéité.   Il n’y a spontanéité qu’en l’absence de connu.  La tradition veut que le musicien de jazz improvise sur une forme, une harmonie et un tempo.  C’est aussi le cas dans la musique indienne où la forme est substituée par le raga.  Est-il nécessaire qu’il y ait un début et/ou une fin à une pièce musicale, à la musique ?  Le plus important n’est ni le contenant, nie le contenu, mais plutôt l’état « d’être avec ».

Comment envisagez-vous la suite de votre parcours musical ? A quoi tient ce que l’on pourrait appeler une « évolution » dans ce domaine ? Je n’ai jamais vu venir le début, il ne peut donc pas y avoir de suite. Même si je désire ou si je convoite une suite, je peux mourir aujourd’hui ou demain. La pratique musicale est une question d’action, ici et maintenant. Bien sûr, je peux anticiper des enregistrements, des concerts et des tournées. Aujourd’hui, je suis plus préoccupé par  le bien être de l’humanité que par ma pratique musicale. Si l’on observe l’évolution des grands musiciens de jazz on retrouve une constante commune à tous : ce sont des êtres vrais et authentiques, des êtres singuliers, sans compromis possibles, sans peurs ni appréhensions. À l’écoute ! Soyons simplement nous-mêmes, retrouvons notre sens de l’émerveillement, du jeu, de l’innocence, de la vulnérabilité, de la curiosité, de l’attention, de la joie et du sacré.

Une « digital box » récemment produite par le label Ayler Records revient néanmoins sur votre parcours. Que pouvez-vous me dire de ce projet ? C‘est un objet virtuel. Un coffret numérique. Jan Ström a eu cette idée l’année dernière.  Depuis plusieurs années je lui envoie plein de musique enregistrée  en public. C’est ainsi qu’on procède quand on veut publier notre musique. On choisit un label qui nous ressemble, auquel on s’identifie et on lui envoie notre musique. Lorsqu’on touche une corde sensible, le label va de l’avant en produisant nos CD. Connaissant très bien les difficultés du marché de la vente de CD, Ayler Records m’a donc proposé ce concept unique de coffret numérique afin de permettre au plus grand nombre d’avoir accès à notre musique. On peut ainsi télécharger la musique à la pièce, par album ou encore en téléchargeant tout le Coffret de 7 enregistrements « Live » avec différentes formations dans lesquelles interviennent les musiciens Michel Lambert (batterie), Pierre Côté, Michel Donato et Ron Séguin (contrebasse), Sonny Greenwich (guitare) et Dewey Redman (saxophone) à l’occasion d’une pièce inédite. Je trouvais l’idée audacieuse et intelligente.

Quels sont vos autres projets à sortir ? Un CD avec le pianiste suédois Bobo Stenson enregistré en public au festival de jazz de Vancouver en juillet 2002 : tout simplement géant. J’ai encore sur mes tablettes trois autres projets déjà enregistrés que je voudrais sortir de mon vivant. Et puis, un Ballet / Opéra multidisciplinaire avant-garde n’importe quoi… Enfin, des concerts, et des concerts, et des concerts…

François Carrier, propos recueillis début septembre 2008.



William Parker : Double Sunrise Over Neptune (AUM Fidelity, 2008)

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En 2007, au Vision Festival de New York, William Parker emmenait un ensemble de seize musiciens au son des mouvements d’un Double Sunrise Over Neptune plaidant la cause d’une réconciliation universelle à provoquer en musique.

Des musiciens affiliés au jazz (le trompettiste Lewis Barnes, les saxophonistes Rob Brown, Sabir Mateen et Dave Sewelson, le guitariste Joe Morris ou les percussionnistes Gerald Cleaver et Hamid Drake), quelques cordes (dont le violon de Jessica Pavone) et la chanteuse indienne Sangeeta Bandyopadhyay emboîtent ainsi le pas à Parker, qui, intervenant au doso n’goni, laisse la contrebasse aux soins de Shayna Dulberger : chargé d'ouvrir Morning Mantra, pièce appelée à prendre de l’ampleur qui mêle musique classique indienne à des dissonances arabo-andalouses.

Ailleurs, Parker se donne des airs de gnawa et soulève un autre fantasme d’amalgame musical avec une conviction efficace : lyrisme insistant des instruments à vent sur répétitions entêtantes : Lights of Lake George et Neptune’s Mirror, qui enrichissent encore l’exposé altier de musiques du monde réinventées par William Parker, excusant à lui seul des décennies de pauvres tentatives faites par d'autres dans le même domaine.


William Parker, Morning Mantra (extrait). Courtesy of AUM Fidelity.

William Parker : Double Sunrise Over Neptune (AUM Fidelity / Orkhêstra International)
Enregistrement : 2007. Edition : 2008.
CD : 01/ Morning Mantra 02/ Lights of Lake George 03/ O’Neal’s Bridge 04/ Neptune’s Mirror
Guillaume Belhomme © Le son du grisli


Zeitkratzer: Volksmusik (Zeitkratzer Records - 2008)

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Enregistré en concert par un ensemble de musiciens composé notamment du pianiste Reinhold Friedl, du trompettiste Franz Hautzinger et du percussionniste Maurice de Martin – pour beaucoup dans la création d'un projet inspiré de séjours en Roumanie et en Bulgarie –, Volksmusik révèle l'idée que Zeitkratzer se fait du folklore musical.

Personnel, celui-ci, et donc fiévreux : inauguré par quelques coups d'archet révélateurs pour donner à entendre ensuite les complaintes d'une armée d'ombres dissonantes. Improvisations ou adaptations d'airs folkloriques commandent ainsi la direction de pièces répétitives (Bouchimich) ou de morceaux sortis des bruyantes recherches sonores auxquelles Zeitkratzer a fini par s'habituer (Cowbells). Faible, quand le folklore défendu là pourrait bien exister vraiment ; valable, lorsqu'il se laisse gagner par une folie intrusive.

Zeitkratzer : Volksmuzik (Zeitkratzer / Metamkine)
Edition : 2008.
CD : 01/ Batuta 02/ Jodler 03/ Picior 04/ Mountain 05/ Bouchimich 06/ Holzlerruf 07/ Cowbells 08/ Lirica 09/ Hora 10/ Sirba 11/ Waltz
Guillaume Belhomme © Le son du grisli 


Vicki Bennett : Smiling Through My Teeth (Sonic Arts Network, 2008)

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Des liens (souvent tendus) qui unissent musique et humour, Vicki Bennett (People Like Us) dresse sur Smiling Through My Teeth un constat contrastant.

Parce qu’il convoque aussi bien les déflagrations extrêmes de Ground Zero qu’une Ouverture de Guillaume Tell revue par un Spike Jones partageant vraisemblablement avec John Zorn un goût appuyé pour les cartoons, ouvre une boîte à rires hallucinés comme fait confiance à un collage swing de John Oswald, joue des décalages attendus (pseudo lyrisme et hip-hop réunis par Komar & Melamid and Dave Soldier ou reprise de Take on Me signée Rank Sinatra) et exhume dans le même temps les Viennese Seven Singing Sisters à l’ironie involontaire. Au final, puisqu’il s’agissait davantage de traiter des façons d’aborder l’humour en musique et non d’en collecter les preuves les plus efficaces, pas toujours amusant : mais assez anecdotique et documenté pour réveiller tout pataphysicien endormi.

Vicki Bennet : Smiling Threw My Teeth (Sonic Arts Network)
Edition : 2008.

CD : 01/ Spike Jones and his City Slickers “William Tell Overture” 02/ Raymond Scott “Girl at the Typewriter” 03/ Paul Lowry “I Got Rhythm” 04/ Leif Elggren & Thomas Liljenberg “9.11 (Desperation Is The Mother of Laughter)” (edit) 05/ Komar & Melamid and Dave Soldier “The Most Unwanted Song” (edit) 06/ Ground Zero “China White” 07/ John Oswald “Pocket” 08/ Nurse With Wound “You Walrus Hurt The One You Love” (edit) 09/ Rudolf Eb.er’s Runzelstirn & Gurgelstøck “Eel Dog Rap Mix” (edit) 10/ Nihilist Spasm Band “It’s Not My Fault” (edit) 11/ ‘The Freddy McGuire Show’ with Anne McGuire, Don Joyce & Wobbly “Dark Days Bright Nights” 12/ Vomit Lunchs “Total Pointless Guidance Mix” (Stock, Hausen+Walkman) 13/ Gorse “Interlude” 14/ Rank Sinatra “Take On Me” 15/ DJ Carhouse & MC Hellshit “Motha Fuck Mitsubishi” 16/ DJ Brokenwindow “Kit Clayton vs. Roscoe P. Coltrane” 17/ Christian Marclay “Maria Callas” 18/ Viennese Seven Singing Sisters “William Tell Overture” 19/ M.A. Numminen, Tommi Parko, Pekka Kujanpää “Eleitä Kolmelle Röyhtäilijälle” 20/ Justice Yeldham and the Dynamic Ribbon Device “Berlin, Germany, 270104” (edit) 21/ Adach i Tomomi “Lippp” 22/ Bill Morrison “Single Breath Blow” 23/ Zatumba “Natchung” 24/ Nihilist Spasm Band “Going Too Far” (edit) 25/ People Like Us & Ergo Phizmiz “Air Hostess” 26/ Christian Bok “Ubu Hubbub” 27/ Gwilly Edmondez “Cock!” 28/ Spaz “Spaz” 29/ Komar & Melamid and Dave Soldier “The Most Unwanted Song” (edit 2) 30/ Xper. Xr. “Ride On Time” 31/ Richard Lair and Dave Soldier “Thai Elephant Orchestra Perform Beethoven’s Pastorale Symphony First Movement” 32/ Nurse With Wound “You Walrus Hurt The One You Love” (edit 2)
Guillaume Belhomme © Le son du grisli

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Sonic Youth, Mats Gustafsson, Merzbow : Andre Sider af Sonic Youth (SYR, 2008)

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Les débuts d'Andre Sider af Sonic Youth mentent évidemment sur les véritables desseins de la rencontre – enregistrée en 2005 au Roskilde Festival – de Sonic Youth, Merzbow et Mats Gustafsson.

Ainsi, la voix de Kim Gordon accompagne des accords de guitares à qui l'on refuse tout effet avant qu'apparaissent les premières agressions électroniques de Merzbow. Les plaintes du saxophone de Gustafsson, ensuite, un peu avant que Steve Shelley ne donne à l'ensemble la forme d'une transe électroacoustique qu'investissent avec virulence quelques sauvages elevés sous buildings. Le reste, de n'être plus que tremblements.

Sonic Youth, Mats Gustafsson, Merzbow : Andre Sider af Sonic Youth (SYR / Differ-ant)
Edition : 2008.
CD : 01/  Andre Sider af Sonic Youth
Guillaume Belhomme © Le son du grisli



Morton Feldman: The Late Piano Works, Vol. 1 : Triadic Memories (MDG - 2008)

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Après avoir interprété l'intégrale des oeuvres pour piano de John Cage et s'être occupé des premières pièces écrites pour le même instrument par Morton Feldman, Steffen Schleiermacher donne ici sa version des Triadic Memories, qui inaugure une série consacrée aux compositions tardives de Feldman.

Pendant plus d'une heure, alors : le va et vient incessant entre l'une et l'autre partie du clavier : sous forme de questions-réponses, d'abord, puis d'aigus allant comme ils peuvent – et évidemment par trois – sur un rythme défait. Quand For Bunita Marcus (oeuvre tardive, elle aussi) s'occupait de mettre le temps à plat, Triadic Memories impose à ses notes l'ascension puis la descente, met au jour des souvenirs verticaux. Jusqu'à ce que l'espace allant grandissant qui s'installe entre les notes ne finisse par avoir raison d'elles.

CD: 01/ Triadic Memories (80'46) >>> Morton Feldman, Steffen Schleiermacher - The Late Piano Works, Triadic Memories - 2008 - MDG. Distribution Codaex.


Circulasione Totale Orchestra : Open Port (Circulasione Totale, 2008)

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Sur Open Port, le Circulasione Totale Orchestra – grand ensemble dirigé par Frode Gjerstad et formé de musiciens toujours prêts à en découdre (Sabir Mateen, Bobby Bradford, Louis Moholo-Moholo, Paal Nilssen-Love ou encore Kevin Norton) – redessine les contours de l'orchestre free.

Allant crescendo sur un décorum électronique chargé en éléments perturbateurs dont s'occupe John Hegre, les instruments à vent font d'abord corps avant l'apparition de tentatives individuelles : clarinettes de Mateen et Gjerstad et cornet de Bradford ouvrant une suite infaillible de performances éparses. Revenus à eux, les intervenants adoptent un ton moins vindicatif, pour faire face aux grésillements de fin de parcours, qui emporteront l'ensemble en sublimant la noirceur d'une œuvre totale et réussie.

CD: 01/  Yellow Bass and Silver Cornet (In Memory of Johnny Mbizo Dyani and John Stevens) >>> Circulasione Totale Orchestra - Open Port - 2008 - Circulasione Totale.


Steve Dalachinsky, Matthew Shipp: Logos and Language : a Post-Jazz Metaphorical Dialogue (Rogue Art - 2008)

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Sous un arbre, l'écrivain Steve Dalachinsky et le pianiste Matthew Shipp entament une conversation qui fera l'essentiel du livre – publié en anglais – Logos and Language. En introduction, Yuko Otomo s'y demande pourquoi, dans un monde comme le notre, certains se mettent à l'art. En guise de réponse, Shipp avance plus loin les grandes lignes d'une métaphysique personnelle qui éclaire peu sa pratique musicale et enfile les uns après les autres des morceaux d'un obscurantisme rampant sous couvert de rapport à l'existence qu'il faut bien tenter d'expliquer. Ici ou là, quelques noms quand même (Coltrane, Bach et Scriabine) pour toute musique.

Pour servir une pensée moins tiède, le verbe haut et parfois direct de Shipp devra attendre un autre dialogue, qui mêlera, toujours avec Dalachinsky, des souvenirs de son histoire personnelle et la figure de Jean Genet, investira un peu le champs sociologique. Cette fois, le pianiste parvient à cerner plus sensiblement – mais en le contournant quand même – son rapport à la pratique artistique, qu'il conçoit sans soumettre au concept la moindre échelle de valeurs : puisqu'elles sont langages et qu'il serait malvenu d'élaborer un classement qualitatif des langages, alors : toutes créations musicales se valent.

Et puis, les photos de Lorna Lentini, quelques preuves de la poésie de Dalachinsky – mots jetés sur l'instant au son de concerts auxquels il assiste (Shipp en duo avec William Parker, Matt Maneri, ou encore œuvrant en accompagnateur inspiré auprès de Charles Gayle) – et de celle, plus concernée, de Shipp lui-même. Qui clôt le portrait fait d'images éclatées, fidèle sans doute, d'un homme qui, en musique comme en théories, fait toute confiance à son intuition pour apaiser les effets de ses préoccupations.

Steve Dalachinsky, Matthew Shipp - Logos and Language : a Post-Jazz Metaphorical Dialogue - 2008 - Rogue Art.


Nils Bultmann: Terminally Unique (Mutable Music - 2008)

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D'une série enregistrée d'improvisations, d'impromptus et de field recordings, le violoniste Nils Bultmann fait le matériau d'invention de Terminally Unique, disque qui profite aussi des interventions d'invités : Roscoe Mitchell (saxophone ténor et flûte), Parry Karp (violoncelle), Paddy Cassidy (percussions).

Sujet aux hésitations, l'ensemble alterne entre déconstructions emportées, pièces mélodiques rappelant les manières acoustiques de Sakamoto ou celles de Balanescu, ou encore, compositions fantasmées d'un Ligeti miniature. Malgré un choix étrange dans les sons de claviers électriques (heureusement rarement) utilisés, Terminally Unique est un disque réussi, qui rattrape un peu le sérieux excessif des dernières productions du label Mutable.


Nils Bultmann, Sketches of Spirit. Courtesy of Mutable Music.

CD: 01/ Welcome 02/ 2 03/ The Madness 04/ Sketches of Spirit 05/ Marched Upward 06/ Brutally Adored 07/ Still Strangely Serene 08/ Reverently 09/ Absorbing 10/ Again 11/ The Pulsing 12/ Primal 13/ Silent 14/ Ocean >>> Nils Bultmann - Terminally Unique - 2008 - Mutable Music.


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