Le son du grisli

Bruits qui changent de l'ordinaire

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Tony Malaby: Tamarindo (Clean Feed - 2007)

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Sur Tamarindo, le saxophoniste  Tony Malaby emmène un trio qui convoque une section rythmique imparable : contrebasse de William Parker et batterie de Nasheet Waits.

Ouvrant l’enregistrement au son d’un soprano bouleversé par la variation de ses intentions – rugueuse, expérimentale ou plus rassurante –, Malaby affronte ensuite au ténor l’archet de Parker le long d’une ascension incitative (Floral and Herbacious), se laisse porter par un gimmick efficace (Floating Head), progresse plus convenablement sur La Mariposa ou se laisse convaincre par Waits de suivre l’allure soutenue qui l’amènera à vriller free (Tamarindo). Soit, s’il fallait encore consigner l’implacable efficacité de Malaby, voici Tamarindo œuvrant à l’affaire.

CD:  01/ Buried Head 02/ Floral and Herbacious 03/ La Mariposa 04/ Tamarindo 05/ Mother's Love 06/ Floating Head

Tony Malaby, William Parker, Nasheet Waits - Tamarindo - 2007 - Clean Feed. Distribution Orkhêstra International.

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Franck Vigroux, Eliott Sharp: Hums 2 Terre (Radio France, Signature - 2007)

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Dans la série Signature, Radio France publie Hums 2 Terre, né de la récente rencontre des guitaristes Eliott Sharp et Franck Vigroux.

Sur lequel le duo fabrique une musique électroacoustique variant les plaisirs – Sharp passant, par exemple, du saxophone au piano, puis du piano à la guitare – mais attachée toujours à servir l’univers particulier sur lequel les partenaires du jour se sont rejoints : rock bruitiste teinté de free jazz, no wave intemporelle en appelant aux pratiques déviantes de l’improvisation occidentale.

Ailleurs, une musique électronique contrariée lutte contre un montage sonore inattendu, et quelques programmations rythmiques déstabilisantes fleurissent d’un bout à l’autre de l’enregistrement. Rare : l’expérience s’avère plus convaincante à mesure qu’elle approche de son terme, et dresse son épilogue à grands coups de guitares convulsives autant qu’irrésistibles.

CD: 01/ Cheval de frise 02/ Contrario 03/ Sebald 04/ Earth Lift 05/ Bétonnière 06/ Fatal Error 07/ Hum de terre 08/ On The Bang 09/ Bang Shang Hang 10/ No Such Object

Franck Vigroux, Eliott Sharp - Hums 2 Terre - 2007 - Radio France, collection Signature.

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Bill Dixon: With Exploding Star Orchestra (Thrill Jockey - 2008)

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Emmené par le trompettiste Rob Mazurek, l’Exploding Star Orchestra (dont font entre autres partie le guitariste Jeff Parker, la flûtiste Nicole Mitchell et le tromboniste Jeb Bishop) faisait, en septembre 2006, une rencontre inattendue : celle de Bill Dixon, légende, à sa manière détachée, des premières heures du free.

Au programme : un hommage du jeune trompettiste au plus ancien (Constellations For Innerlight Projections) inséré entre les deux mouvements d’Entrances : suite d’embouteillages instrumentaux qui réussit à placer quelques solos brefs sur un rythme soutenu avant de traîner son univers d’impressions lentes (One), puis clin d’œil au Third Stream assemblant des morceaux d’atmosphère de plus en plus denses jusqu’à l’apparition de sirènes reposantes (Two).

Entre les deux, la dédicace de Mazurek : Damon Locks récitant un texte plein de notes et de constellations, d’images et de planètes. A la suite de Sun Ra, donc, une faille spatio-temporelle que l’on investit avant que l’Exploding Star Orchestra envisage sa chute au son inquiet des hurlements, free grandiose en voie d’apaisement quand même, histoire de mieux faire le lien entre l’avant et l’après. Tout comme la rencontre, le fruit de celle-ci : inattendu.

CD: 01/ Entrances/One 02/ Constellations For Innerlight Projections (For Bill Dixon) 03/ Entrances/Two

Bill Dixon With Exploding Star Orchestra - 2008 - Thrill Jockey. Distribution PIAS.

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The Garden of Forking Paths (Important, 2008)

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Compilation pensée et mise en place par le guitariste James Blackshaw, The Garden of Forking  Paths recueille six pièces pour instruments à cordes jouées en solo par Chieko Mori, Helena Espvall, Jozef van Wissem, et Blackshaw lui-même.

Aux déviances improvisées de deux archets de violoncelle d’une Espvall sortie d’Espers (Home of Shadows And Whirlwinds) font alors face les divagations modernes d’hommes de la Renaissance : Wissem élaborant en 3 mouvements un Mirror of Eternal Light alambiqué ; Blackshaw ayant plus de mal à convaincre sur le folk clair et bourré de hammers d’un Broken Hourglass rendu à la guitare douze cordes.

Et puis, deux fois, Chieko Mori. Au koto, la musicienne revisite la tradition japonaise (Tokyo Light) ou impose ses obsessions répétitives à Spiral Wave – pas loin : Otomo Yoshihide et Jim O’Rourke. Mori, responsable pour beaucoup de la réussite du projet.

The Garden of Forking Paths (Important Records)
Edition : 2008.

CD : 01/ Chieko Mori Spiral Wave 02/ James Blackshaw The Broken Hourglass 03/ Helena Espvall Home Of Shadows And Whirlwinds 04/ Josef van Wissem The Mirror Of Eternal Light 05/ Chieko Mori Tokyo Light
Guillaume Belhomme © Le son du grisli

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Gabriel Solis: Monk’s Music (University of California Press - 2007)

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Si le musicologue Gabriel Solis se penche sur le cas déjà pas mal commenté de Thelonious Monk, c’est sous l’angle intéressant d’une interrogation concernant les processus d’évolution d’un jazz en mouvement perpétuel.

Ainsi, après être revenu sur la carrière du pianiste – retour sur les principes fondamentaux d’une légende en construction – et avoir élaboré une liste d’ingrédients entrant dans la composition du phénomène (développements singuliers des thèmes, notion toute personnelle du temps, humour et angoisse mêlés), l’auteur brasse quelques souvenirs pour mieux définir encore la musique de son sujet : écoutes attentives en solitaire ; œuvres de Monk interprétées par Don Cherry, Steve Lacy et Roswell Rudd, en 1981 ; par Danilo Perez, aussi, pianiste et héritier que Solis rapproche de Fred Hersch et Jessica Williams dans un chapitre qu’il consacre à l’héritage monkien.

Parce qu’après Monk, justement, le piano dans le jazz partagé entre néoconservateurs et avant-gardistes. A Solis, alors, d’envisager quelques tributes, notamment celui cité plus haut (1981), qu’il juge comme étant la dernier hommage monumental fait au pianiste. Ecrit récemment, c’est donc oublier le Monk’s Casino d’Alexander Von Schlippenbach, peut-être pour asseoir encore davantage un propos qui redit la singularité de Monk, musicien passé du statut de mauvais élève à celui de grand classique du jazz, et aimerait qu’il échappe à toute récupération.

Livre: Acknowledgments - Introduction - PART ONE. MONK AND HIS MUSIC : 1. Prelude: A Biographical Sketch 2. Hearing Monk: History, Memory, and the Making of a Jazz Giant - PART TWO. MONK, MEMORY, AND THE MOMENT OF PERFORMANCE : 3. The Question of Voice 4. Three Pianists and the Monk Legacy: Fred Hersch, Danilo Perez, and Jessica Williams - PART THREE. INSIDE AND OUTSIDE: MONK'S LEGACY, NEOCONSERVATISM, AND THE AVANT-GARDE : 5. Defining a Genre: Monk and the Struggle to Authenticate Jazz at the End of the Twentieth Century 6. "Classicism" and Performance 7. Monk and Avant-Garde Positions 8. Loving Care: Steve Lacy, Roswell Rudd, and Randy Weston - Afterword - Notes - Bibliography - Index

Gabriel Solis - Monk’s Music : Thelonious Monk and Jazz in the Making - 2007 - University of California Press.

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Sébastien Tellier : Sexuality (Record Makers, 2008)

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Avec le retour du port des tennis blanches, laisser paraître un disque tel que Sexuality de Sébastien Tellier est une des preuves les plus probantes de ce retour annoncé aux années 1980 d’une société qui n’arrête pas de se chercher des parentés lointaines tant son quotidien est morne.

Dès l’introduction, nous y sommes : Biarritz et le soleil, poitrines que l’on suppose nues et dorées, pantalon blanc, bref : clichés et guimauve partout. Plus tard dans la soirée, parmi un tas de jeunes infâmes venus claquer leur argent de poche en dance hall réputé chic, entendre quelques-uns des refrains minuscules qui font Sexuality. Et là, le jugement est implacable, tellement évident : Sébastien Tellier a écrit la bande son idéale à ta vie de merde. Cocktails sans alcool au bord des lèvres, des parvenus fluo-pisse s’entretiennent de l’ouvrage, forcément incroyable : « tu comprends, tout est là : les références et la désinvolture. Ce disque, putain, c’est des synthés d’un autre âge dans le monde des Bee Gees, un beat dévastateur qui te booste du Christophe. Et aussi… Et aussi l’ironie, quand même… Faut le faire, le second degré qu’il a… »

Or, ce disque, putain, donne aussi envie d’aller réécouter un ancien 45 tours d’Alain Delon histoire de se dire que la musique d’hier c’était quand même autre chose, ou d’aller télécharger l’Oxygen de Jean-Michel Jarre pour se convaincre que tout y était avant l’heure. Mais avant l’heure de quoi ? Eh bien, de ta vie de merde, justement : époque à laquelle se pavanent sur pistes de danse les plus beaux spécimens d’illettrés : hier encore exclue du champ des villes sous prétexte d’avoir gagné le statut de poufiasse de Cassis, la décérébrée a désormais son mot à dire ; hier encore consigné à demeure pour être incapable de ne pas perdre la face en société, le parvenu ose maintenant la sortie nocturne pour retrouver ses semblables.

Alors, les voici se frottant les strass sur une porn-music minimaliste, osant la danse second degré sur une chanson qui, dit-on, atteindrait le troisième quand elle est plutôt d’un terre à terre abrutissant. A deux pas de là, une soirée d’élèves ingénieurs passe la même musique, au même moment. C’est que le disque toc aujourd’hui s’arrache, les automatismes désormais commandés ont conseillé l’achat – préférer ici quand même Colette aux grandes surfaces. Et parce que sur ta vie, même de merde, tu n’as pas la moindre influence.

Sébastien Tellier : Sexuality (Record Makers)
Edition : 2008.
Cd : 01/ Roche 02/ Kilometer 03/ Look 04/ Divine 05/ Pomme 06/ Une Heure 07/ Sexual Sportswear 08/ Elle 09/ Fingers Of Steel 10/ Manty 11/ L’amour et la Violence
Guillaume Belhomme © Le son du grisli

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Tomasz Krakowiak: La ciutat ets tu (Etude Records - 2007)

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Déjà remarqué aux côtés de John Butcher, Otomo Yoshihide ou John Oswald, le percussionniste Tomasz Krakowiak expérimentait récemment en solitaire jusqu’à former La ciutat ets tu, recueil de rythmes disparates mais de bonnes compositions.

Des drones multiples qu’accouchent des cymbales au grain tempétueux issu d’un objet que l’on gratte, de l’effet sonore des soubresauts d’une tige de métal aux velléités rythmiques du grondement d’une machine, Krakowiak fait donc son affaire. Parfois, il met en route une mécanique étrange capable de lui offrir d’autres cautions sonores à ses élucubrations amusées – Sink, épreuve d’endurance obligatoire mais convaincante – quand il construit ailleurs de drôles de structures : brutes et souvent abstraites, le motif répété pour toute raison d’avoir été.

CD: 01/ Bal 02/ La ciutat est tu 03/ Drgacze 04/ Sink 05/ o_vbrdub 06/ Aigua per A 07/ Diners per N

Tomasz Krakowiak - La ciutat ets tu - 2007 - Etude Records.

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New Language Collaborative: Unified Fields (Ayler - 2008)

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Longtemps membre du Reform Art Unit de Fritz Novotny, le saxophoniste Mario Retchern enregistrait récemment au sein d’un quartette idéaliste : le New Language Collaborative.

Moins original qu’efficace, le groupe projette cinq progressions bouleversées, d’une persuasion que la délicatesse des musiciens aurait pu interdire. Là, le soprano de Retchern et le violoncelle de Glynis Lomon mesurent ensemble l’approche expérimentale à soumettre à leur musique (Around The Bend) ; ici, le piano d’Eric Zinman et la batterie de Syd Smart commandent un mouvement impétueux (Pop Pop).

Souvent emporté par une fougue de bon conseil, Unified Fields est un disque à la dérive, heureux partout où il peut amarrer.

CD: 01/ Doorway to The Shadows 02/ Around The Bend 03/ Ha! ….. Wa Wa 04/ Numinous Journey 05/ Pop Pop 06/ Declamations 07/ Outpost

New Language Collaborative - Unifield Fields - 2008 - Ayler Records. Téléchargement.

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Fred Frith: Back To Life (Tzadik - 2008)

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Sur Back to Life, Fred Frith n’intervient pas, et laisse une poignée de virtuoses appliqués faire d’une sélection de ses compositions quelques pièces de musique de chambre souvent dérangée.

Quand le piano de Daan Vandewalle fait une pause dans l’interprétation d’une série de Seven Circles imprégnée d’école viennoise – faible pour le Seven Circle 3 aux digressions inspirées entre les schémas répétés –, le violoncelliste Joan Jeanrenaud (ancien membre du Kronos Quartet) et le percussionniste William Winant s’attaquent à Save As, développement hésitant sans cesse entre l’emportement mélodique et le chaos brutal institué par un dialogue qui vire souvent à l’affrontement.

Ailleurs encore, Stephen Drury conduit le Callithumpian Consort le long de Bridge Is Bridge et Back To Life, véritable chef-d’œuvre du disque et auparavant bande-son d’une chorégraphie composée par Frith en 1997. Audacieux, le mouvement profite du nombre des intervenants, tous irréprochables, qui ont su transformer un exercice pratique en œuvre surprenante.

CD: 01/ Seven Circles 1 02/ Save As 03/ Seven Circles 2 04/ Bridge Is Bridge 05/ Seven Circles 3 06/ Seven Circles 4 07/ Back to Life 08/ Seven Circles 5 09/ Seven Circles 6 10/ Elegy for Elias 11/ Seven Circles 7

Fred Firth - Back To Life - 2008 - Tzadik. Distribution Orkhêstra International.

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John Butcher, Torsten Müller, Dylan van der Schyff: Way Out Northwest (Drip Audio, 2008)

way out northwest

Enregistré l’année dernière au Festival de Vancouver, Way Out Northwest donne à entendre John Butcher improviser aux côtés de deux musiciens habitant la ville : le contrebassiste pourtant allemand Torsten Müller et le batteur Dylan van der Schyff.

Intense, la rencontre fait alterner grands moments de free instinctif – soprano emporté, quelques fois paraphrasé par l’archet de Müller (Haufig Eine Hydraulische Metaphertendenz) – et progressions nonchalantes malgré les tensions qu’elles renferment (sifflements aux portes du silence sur Taktgebertendenz, ou crescendo révélateur pour Sibila e Succhia). Partout, l’écoute bénéfique et le traitement judicieux ; conclure, enfin, sur un soupçon de jazz déviant (Gone, Goner) pour l’emporter tout à fait.

John Butcher, Torsten Müller, Dylan van der Schyff: Way Out Northwest (Drip Audio)
Enregistrement : 2007. Edition : 2008.
CD : 01/ Haufig Eine Hydraulische Metaphertendenz 02/ Magic Clock Machine 03/ Sibila e Succhia 04/ Sharpening the Windings until they roll up, roll up and snag on the point of the Tear 05/ Taktgebertendenz 06/ Gone, Goner
Guillaume Belhomme © Le son du grisli

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