Le son du grisli

Bruits qui changent de l'ordinaire

Newsletter

suivre le son du grisli Fil RSS au grisli clandestin Contact

Jazz en MarsA paraître : le son du grisli #5En librairie : Bucket of Blood de Steve Potts

Interview de Dominic Duval

duval

Contrebassiste ayant sévi auprès de Cecil Taylor, John Heward ou Ivo Perelman, Dominic Duval côtoie Joe McPhee et Jay Rosen au sein d’un Trio X occupé, fomente d’autres projets (CT String Quartet devenu Dominic Duval String Quartet, ou Equinox Trio) et improvise d’autres rencontres. Et puis, quand cela ne peut lui suffire, Duval se penche en solitaire sur le bois de son instrument : Songs for Krakow, dernière preuve en date de l’étendue de ses possibilités.

… J’avais dix ans lorsque j’ai commencé à jouer du saxophone et à étudier la musique. J’ai changé pour la contrebasse en 1958, parce qu’il y avait trop de saxophonistes à se bousculer aux portes de mon groupe et qu’il était plus difficile de trouver un contrebassiste. Je n’ai pas vraiment pris de leçon de contrebasse, j’ai juste fait mon éducation en lisant des livres et en écoutant beaucoup de musique, de toutes sortes. A cette époque, je vivais dans le même quartier que Paul Chambers et il a été une grande influence pour moi, autant que Charles Mingus.

Comment en êtes-vous arrivé à jouer avec Cecil Taylor ? En fait, l’un de ses musiciens m’a entendu jouer à la Knitting Factory dans une formation classique qui s’adonnait à l’improvisation, le M.I.C.E. Après le concert, on m’a demandé si cela m’intéressait d’auditionner la semaine suivante pour entrer dans le groupe de Taylor. Je me suis rendu un peu plus tard chez lui, il m’a dit bonjour et nous sommes montés dans son studio. Là, se trouvaient un grand piano de concert, un lit, quelques chaises et des masques africains. Sur le piano Yamaha, la marque de ses doigts était visible sur les touches. Alors, il s’est assis au piano, a commencé à jouer un thème et puis j’ai sorti ma contrebasse de son étui… Une vingtaine de minutes plus tard, une sonnerie a rententie mais nous avons continué à jouer, et puis, il s’est levé et m’a dit qu’il devait aller répondre à la porte. Ensuite, tous les membres de son groupe sont entrés et nous avons répété ensemble. Trois heures après, Cecil me demande si je peux l’accompagner en Europe, ce à quoi j’ai répondu oui, évidemment…

L’autre grande rencontre de votre carrière a été celle de Joe McPhee… Quand nous nous sommes rencontrés, Joe et moi nous connaissions peu l’un l’autre. Je l’avais seulement entendu sur In The Garden, un disque qu’il avait enregistré en duo avec le violoniste David Prentece. Après avoir entendu ça, j’ai téléphoné à Bob Rusch, le patron du label CIMP, pour lui demander le numéro de Joe, à qui je téléphone et propose que nous jouions ensemble un jour ou l’autre, lui disant que j’avais aimé la musique d’In The Garden et que nous devrions bien nous entendre. La réponse de Joe a d’abord été « Je n’ai même pas de groupe, donc, je n’ai pas besoin de grand monde, mais merci quand même pour la proposition… » Je lui ai dit que s’il cherchait un jour un contrebassiste, j’étais disponible, tout comme un batteur que je connaissais : Jay Rosen. Voici comment est né le Trio X

Vous aimez aussi enregistrer seul, comme le prouve l’excellent Songs for Krakow que Not Two a publié il y a peu. Comment pourriez-vous décrire ce disque ? La musique est bien mieux décrite par ceux qui l’écoutent, puisque je ne pourrais pas parler de ma musique sans un peu de parti pris. Mais je suis heureux que vous trouviez ce disque convaincant, puisqu’il parle de la chance que j’ai eue de travailler à Cracovie, sur les pas de mes racines juives. En fait, la moitié de ma famille vient de Cracovie, l’autre moitié de Moscou. Après avoir visité la grande synagogue, j’ai été tellement ému que j’ai ressenti le besoin d’en parler, de créer une musique qui mettrait à l’honneur mon héritage familial. Marek, qui dirige le label Not Two, s’est occupé de moi, m’a trouvé une contrebasse fabuleuse (celle que l’on retrouve sur la pochette du disque) et m’a permis de faire apparaître sur un disque les morceaux que cette expérience m’a inspirés.

Justement, quelle est la place de l’improvisation dans l’ensemble de votre démarche ? La musique n’est qu’une douzaine de notes et un peu d’organisation… Il ne s’agit pas d’aéronautique… La plupart du temps, la bonne musique provient de bons musiciens, parfois, il s’agit d’une réaction à tel ou tel environnement, mais la plupart du temps, il s’agit simplement de jouer ce que tu sais faire et de trouver l’endroit approprié pour le jouer. Lorsque l’on fait de la musique à plusieurs, le résultat est différent parce que le produit de la collaboration des musiciens doit se référer à un objectif commun. Mon travail en solo n’est influencé par aucun autre son que ceux que je trouve dans mon cœur et dans ma tête, et a forcément à voir avec une expérience plus personnelle. Mais j’aime aussi beaucoup faire de la musique avec d’autres personnes, cela me permet de me rendre compte d’idées musicales qui ne m’appartiennent pas, ce qui me réserve plus de surprises, ce dont je suis assez friand.

Aujourd’hui, pensez-vous avoir mis la main sur l’ensemble des possibilités offertes par votre pratique de la contrebasse, avoir peut être dit tout ce que vous aviez à dire ? Non, il y a toujours quelque chose à ajouter, et jamais assez de temps pour le dire. La musique est ma façon d’exprimer mes énergies créatrices et d’établir un lien avec mon prochain, même pour un court instant.

Quelles sont vos projets immédiats ? Eh bien, pas mal de concerts, d’abord, et un coffret de 7 disques du Trio X devrait bientôt sortir, enregistrés à l’occasion de la tournée que nous avons effectuée en 2007. Je viens de terminer aussi un enregistrement avec le guitariste Tim Siciliano et le batteur Brian Wilson. C’est l’un de mes trios favoris, ce disque devrait sortir plus tard dans l’année, sur CIMP. On parle aussi d’une collaboration avec Lui Fang, sur le feu… Je collabore en ce moment aussi avec Ivo Perelman en duo et en trio (aux côtés de la violoniste Rosie Hertline), des disques devraient sortir de cette collaboration chez Cadence Records. Quant à mon autre projet, le CT String, il change de nom, et s’appelle maintenant Dominic Duval String Quartet, une nouvelle référence doit sortir sur CIMP, Mountain Air, enregistré en compagnie d’un nouveau violoniste : Gregor Hubner. Tout ça, à surveiller de près.

Dominic Duval, propos recueillis fin mars 2008.



Yoshio Machida: Hypernatural #3 (Baskaru - 2008)

machidaskarusli

Sur Hypernatural #3 – suite évidente d'Hypernatural #2 et fin d'une trilogie annoncée – Yoshio Machida se remet aux collages, redit les natures différentes de sa musique électroacoustique quitte à parfois alourdir son propos.

Parti d'un field recording lointain et de manipulations concrètes, Machida peut construire une ode étrange à la naïveté (Scene 05), évoquer des paysages sans tomber dans un naturalisme béat (Scene 27) ou opposer d'autres chants d'oiseaux à une intervention acoustique éreintée jusqu'à faire naître chez l'auditeur une curiosité peu commune (Hypernatural).

Loin de ces réussites, il peut aussi se contenter d'une ambient pop brouillonne, embouteillages de notes de steel-pan passées à l'envers, de nappes électroniques fades, de brouillages radio et de larsens dépassés (Camouflage). Penché sur un infiniment petit un rien stérile, il relativise du coup ses constructions plus ambitieuses, qui doivent lutter pour faire d'Hypernatural #3 un document tout juste valable d'un corpus enregistré d'habitude plus inspiré.

CD: 01/ Ocean of Memory 02/ Camouflage 03/ Scene 16 : Retrospective Future 04/ Scene 05 : Bubbles 06/ Scene 27 : Symphony 07/ Siesta 08/ Hypernatural

Yoshio Machida - Hypernatural #3 - 2008 - Baskaru.


Luigi Nono : Prometeo, Tragedia dell'ascolto (Col Legno, 2008)

nonosli

Produite par le label Col Legno, cette version du Prometeo du compositeur Luigi Nono donne à entendre dans des conditions optimales la relecture par l’Italien du drame d’Eschyle.

Parti d’un livret-collage fait aussi de passages signés Hölderlin, Goethe ou Nietzsche, Nono fait de son Prométhée le Juif errant moderne (soit : désincarné) trouvant encore la force d’aller au son des interventions espacées des musiciens : voix prépondérantes, fulgurantes et capables aussi de silences, instruments à vent osant des parallèles avant l’apparition d’un grondement menaçant.

Accablante, l’œuvre électroacoustique peut prendre des airs de grand macabre ou, au contraire, tout sacrifier à un purisme rassembleur : de temps, d’espace et de vie. Le long de son opéra dévasté – narration impossible et interprètes obligés – Prometeo croit pouvoir éclairer les énigmes d’un monde, quant il est soumis tout entier au poids écrasant de la marche des choses.


Nono, Prometeo, Isola 1.


Nono, Prometeo, TreVocia. Courtesy of Col Legno.

Luigi Nono : Prometeo, Tragedia dell'ascolto (Col Legno)
Edition : 2008.

CD1 : 01/ I. Prologo 02/ II. Isola 1° 03/ III. Isola 2° a) Io-Prometeo 04/ III. Isola 2° b) Hölderlin - CD2: 01/ III. Isola 2° c) Stasimo 1° 02/ IV Interludio 1° 03/ V. Tre Voci a 04/ VI. Isola 3°-4°-5° 05/ VII. Tre Voci b 06/ VIII. Interludio 2° 07/ IX. Stasimo 2°
Guillaume Belhomme © Le son du grisli


Guillaume Belhomme : Morton Feldman, For Bunita Marcus (Le mot et le reste, 2008)

Morton200

Un très excellent petit livre. Jackie Berroyer, Vibrations.

Un livre sensible et touchant. Maxence Grugier, MCD.

Un texte d'une qualité rare. Jacques Oger, Les allumés du jazz.

Cela nous parle à tous. Laurent Bergnach, Anaclase.

Très singulier petit livre. Florence Trocmé, Le flotoir.


Lucas Niggli Drum Quartet: Beat Bag Bohemia (Intakt - 2008)

niggligrisli

Après avoir improvisé en compagnie de Jacques Demierre ou, plus récemment, édifié au sein de Steamboat Switzerland une musique électroacoustique signalée, le percussionniste Lucas Niggli s’adonne avec son Drum Quartet au Tout percussif.

Discrètement apparues, les instruments de bois ou de métal prennent de manière à construire une subtile impression d’Afrique (Tomorrow Tribal) – encore davantage quand un chant se glisse parmi des notes de sanza  (Big Bertha) – ou dans le but d’investir un digne travail sur le son : gongs allongeant le propos, grincements et simili larsens sortis des cymbales.

Evoquant ailleurs l’art de Joe Morello avant de commander un grand déferlement (Shweet My Brooh), Niggli se perd quand même au creux d’un Hit Hat bruitiste et faillible, avant d’en revenir à l’exotisme : Bondage, qui ficèle le tout au son de percussions agréables autant qu’irritantes. On savait les percussions capables de variété, les voici, en plus, utilisées avec tact.

CD: 01/ Tomorrow Tribal 02/ Bean Bag 03/ Big Bertha 04/ Yasmine 05/ Shweet My Brooh 06/ Hit Hat 07/ Bondage

Lucas Niggli Drum Quartet - Beat Bag Bohemia - 2008 - Intakt Records. Distribution Orkhêstra International.



Gjerstad, Norton & Rogers: Antioch (Ayler - 2008)

antioch

En Norvège, en 2005, Frode Gjerstad revoyait ses façons aux côtés du percussionniste Kevin Norton et du contrebassiste Paul Rogers.

Antioch, de suivre alors l'allure improvisée de quatre grands mouvements, le long desquels le leader passe de saxophones en clarinette basse, quand Norton va et vient entre vibraphone et batterie. Attendri, Gjerstad suit à la clarinette les conseils apaisants de Norton sur Ramparts, pour adapter d'autres méthodes à sa pratique de l'alto : emportements plus expérimentaux d'Ultimately Betrayed, à la fin duquel les tensions finissent par retomber.

Pour permettre le développement de Common Misconception, meilleure improvisation de la séance, sur laquelle le saxophone basse progresse entre des notes lentes de vibraphone et celles d'un archet soudain tourmenté. Pour conclure, l'aimable dialogue entre Rogers et Gjerstad contrastant sur Monad, Dyad, Triad avec les coups intempestifs distribués par Norton sur son instrument. Le trio s'en tient là, avec raison.

CD: 01/ Ramparts 02/ Ultimately Betrayed 03/ Common Misconception 04/ Monad, Dyad, Triad

Frode Gjerstad, Kevin Norton & Paul Rogers - Antioch - 2008 - Ayler Records. Téléchargement.


Jose Luis Redondo: La réponse est aux pieds (Etude - 2007)

redondogrisli

Enregistré en direct au moyen de guitares, d’un banjo et d’un dobro, le premier album de Jose Luis Redondo impose un instrumentiste intelligemment expérimental, redoutablement farfelu.

Sur guitare sèche, Redondo joue avec des cordes distendues quand il ne leur réserve pas quelques attaques sauvages. Sur guitare électrique, il fomente des effets décisifs, provoque larsens et parasites sur lesquels il lui arrive de s’endormir un peu. Le reste, fait de techniques que l’on pourrait jugées approximatives si elles n’étaient réjouissantes, et si les arpèges qu’il fait soudainement dévier ou une citation amusée d'As Time Goes By ne prouvaient sa valeur de musicien.

Le temps, encore, d’entendre l’étrange réaction d’une corde que Redondo s’est mis à gratter un peu, et La réponse est aux pieds a déjà filé, expéditive et éclatante.

CD: 01/ 282 02/ Dragon.Gemini 03/ Younge Blues 04/ … 05/ Crazy Stamp 06/ Ending 07/ …Singing… 08/ The Airport 09/ Earth Brain 10/ Mandelbrot’s Silence 11/ Devine à qui je pense ?

Jose Luis Redondo - La réponse est aux pieds - 2007 - Etude Records. Distribution Metamkine.


Richard Cook: Jazz Encyclopedia (Penguin - 2007)

cookgrisli

Co-auteur de l'excellent Penguin Guide to Jazz Recordings, Richard Cook, disparu l'année dernière, s'était attelé en solitaire à ce dictionnaire de taille plus raisonnable, et ouvrage tout aussi important.  A l'intérieur : résumés du parcours de musiciens et de plus récentes vedettes de variétés affiliées au genre, mais aussi portraits de producteurs et d'ingénieurs du son, présentations de quelques grands labels et grammaire des styles. Forcément concis – notice biographique et une oeuvre unique conseillée par entrée –, les textes révèlent la curiosité, l'humour, et l'acuité avec laquelle leur auteur s'adonnait au sujet. Quant à la lecture, elle remédie aux interrogations soudaines de l'amateur dans le même temps qu'elle fait naître en lui une addiction amusée pour cette encyclopédie d'un autre genre. 





Richard Cook - Jazz Encyclopedia - 2007 - Penguin Books.


Lori Freedman, Scott Thomson: Plumb (Barnyard Records - 2008)

thomsonfreedmangrisli

Sur Plumb : le dialogue récemment improvisé par la clarinettiste Lori Freedman et le tromboniste Scott Thomson.

Instables, les deux intervenants s'imposent des instincts de jeu différents : discours haché ou notes longues gagnées par l'angoisse ou l'ironie, méthode éprouvée mais appliquée encore de l'écoute attentive ou interventions individuelles annulant tout fantasme d'effort commun, pratiques le plus souvent expérimentales. Régulièrement investi, plus rarement convaincant, l'exercice du duo improvisé est ici porté haut par une paire alerte : Lori Freedman et Scott Thomson, Canadiens doués et d'aplomb.


Freedman, Thomson, Leak (extrait).


Freedman, Thomson, Two Plums (extrait). Courtesy of Barnyard Records.

CD: 01/ Aplomb 02/ Two Depths 03/ Lead 04/ Leak 05/ To Horn 06/ Two Plums 07/ The Plummets 08/ Out Of 09/ Taps

Lori Freedman, Scott Thomson - Plumb - 2008 - Barnyard Records.


Ron George: The Floating Bubble (Innova Recordings - 2008)

GrisliGeorge

Percussionniste inventeur d’instruments, mort en 2006, Ron George invitait sur The Floatting Bubble une poignée d’autres musiciens de la côte ouest américaine – dont John Bergamo et Ben Johnston – à enregistrer avec lui.

Ecrite ou improvisée, l’œuvre percussive oscille entre minimalisme américain et tradition orientale réinventée, exposant son étrange batterie d’instruments aux effets de la réverbération dans le but d’asseoir un propos changeant : mouvements soudain frénétiques ou délicatesse des interventions fantasmant la prise d’un vent léger en suspensions sonores. Réfléchi et efficace, toujours.


Ron George, The Floating Bubble (extrait).


Ron George, Gupta Sloka Chand (extrait).

CD: 01/ Gupta Sloka Chand 02-04/ Sleep and Walking 05/ The Floating Bubble

Ron George - The Floating Bubble - 2008 - Innova Recordings.



Commentaires sur