Le son du grisli

Bruits qui changent de l'ordinaire

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Archives des interviews du son du grisli

Morton Feldman: The Late Piano Works, Vol. 1 : Triadic Memories (MDG - 2008)

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Après avoir interprété l'intégrale des oeuvres pour piano de John Cage et s'être occupé des premières pièces écrites pour le même instrument par Morton Feldman, Steffen Schleiermacher donne ici sa version des Triadic Memories, qui inaugure une série consacrée aux compositions tardives de Feldman.

Pendant plus d'une heure, alors : le va et vient incessant entre l'une et l'autre partie du clavier : sous forme de questions-réponses, d'abord, puis d'aigus allant comme ils peuvent – et évidemment par trois – sur un rythme défait. Quand For Bunita Marcus (oeuvre tardive, elle aussi) s'occupait de mettre le temps à plat, Triadic Memories impose à ses notes l'ascension puis la descente, met au jour des souvenirs verticaux. Jusqu'à ce que l'espace allant grandissant qui s'installe entre les notes ne finisse par avoir raison d'elles.

CD: 01/ Triadic Memories (80'46) >>> Morton Feldman, Steffen Schleiermacher - The Late Piano Works, Triadic Memories - 2008 - MDG. Distribution Codaex.



Circulasione Totale Orchestra : Open Port (Circulasione Totale, 2008)

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Sur Open Port, le Circulasione Totale Orchestra – grand ensemble dirigé par Frode Gjerstad et formé de musiciens toujours prêts à en découdre (Sabir Mateen, Bobby Bradford, Louis Moholo-Moholo, Paal Nilssen-Love ou encore Kevin Norton) – redessine les contours de l'orchestre free.

Allant crescendo sur un décorum électronique chargé en éléments perturbateurs dont s'occupe John Hegre, les instruments à vent font d'abord corps avant l'apparition de tentatives individuelles : clarinettes de Mateen et Gjerstad et cornet de Bradford ouvrant une suite infaillible de performances éparses. Revenus à eux, les intervenants adoptent un ton moins vindicatif, pour faire face aux grésillements de fin de parcours, qui emporteront l'ensemble en sublimant la noirceur d'une œuvre totale et réussie.

CD: 01/  Yellow Bass and Silver Cornet (In Memory of Johnny Mbizo Dyani and John Stevens) >>> Circulasione Totale Orchestra - Open Port - 2008 - Circulasione Totale.


Steve Dalachinsky, Matthew Shipp: Logos and Language : a Post-Jazz Metaphorical Dialogue (Rogue Art - 2008)

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Sous un arbre, l'écrivain Steve Dalachinsky et le pianiste Matthew Shipp entament une conversation qui fera l'essentiel du livre – publié en anglais – Logos and Language. En introduction, Yuko Otomo s'y demande pourquoi, dans un monde comme le notre, certains se mettent à l'art. En guise de réponse, Shipp avance plus loin les grandes lignes d'une métaphysique personnelle qui éclaire peu sa pratique musicale et enfile les uns après les autres des morceaux d'un obscurantisme rampant sous couvert de rapport à l'existence qu'il faut bien tenter d'expliquer. Ici ou là, quelques noms quand même (Coltrane, Bach et Scriabine) pour toute musique.

Pour servir une pensée moins tiède, le verbe haut et parfois direct de Shipp devra attendre un autre dialogue, qui mêlera, toujours avec Dalachinsky, des souvenirs de son histoire personnelle et la figure de Jean Genet, investira un peu le champs sociologique. Cette fois, le pianiste parvient à cerner plus sensiblement – mais en le contournant quand même – son rapport à la pratique artistique, qu'il conçoit sans soumettre au concept la moindre échelle de valeurs : puisqu'elles sont langages et qu'il serait malvenu d'élaborer un classement qualitatif des langages, alors : toutes créations musicales se valent.

Et puis, les photos de Lorna Lentini, quelques preuves de la poésie de Dalachinsky – mots jetés sur l'instant au son de concerts auxquels il assiste (Shipp en duo avec William Parker, Matt Maneri, ou encore œuvrant en accompagnateur inspiré auprès de Charles Gayle) – et de celle, plus concernée, de Shipp lui-même. Qui clôt le portrait fait d'images éclatées, fidèle sans doute, d'un homme qui, en musique comme en théories, fait toute confiance à son intuition pour apaiser les effets de ses préoccupations.

Steve Dalachinsky, Matthew Shipp - Logos and Language : a Post-Jazz Metaphorical Dialogue - 2008 - Rogue Art.


Nils Bultmann: Terminally Unique (Mutable Music - 2008)

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D'une série enregistrée d'improvisations, d'impromptus et de field recordings, le violoniste Nils Bultmann fait le matériau d'invention de Terminally Unique, disque qui profite aussi des interventions d'invités : Roscoe Mitchell (saxophone ténor et flûte), Parry Karp (violoncelle), Paddy Cassidy (percussions).

Sujet aux hésitations, l'ensemble alterne entre déconstructions emportées, pièces mélodiques rappelant les manières acoustiques de Sakamoto ou celles de Balanescu, ou encore, compositions fantasmées d'un Ligeti miniature. Malgré un choix étrange dans les sons de claviers électriques (heureusement rarement) utilisés, Terminally Unique est un disque réussi, qui rattrape un peu le sérieux excessif des dernières productions du label Mutable.


Nils Bultmann, Sketches of Spirit. Courtesy of Mutable Music.

CD: 01/ Welcome 02/ 2 03/ The Madness 04/ Sketches of Spirit 05/ Marched Upward 06/ Brutally Adored 07/ Still Strangely Serene 08/ Reverently 09/ Absorbing 10/ Again 11/ The Pulsing 12/ Primal 13/ Silent 14/ Ocean >>> Nils Bultmann - Terminally Unique - 2008 - Mutable Music.


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Lawrence English: Kiri No Oto (Touch - 2008)

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Avec Kiri No Oto – comprendre « le son du brouillard » –, Lawrence English obscurcit encore son ambient pop coutumière : explorant les possibilités bruyantes de sa pratique de collectionneur de vignettes sonores ou tirant de ses claviers quelques nappes épaisses qui abandonnent un peu de leur substance en traînées lointaines au fil ténu des secondes.

Sans être forcément original – larsens et boucles bientôt appliqués à l'ensemble y travaillant d'ailleurs peu – English propose ici un exercice d'atmosphère vaporeuse et/ou bruitiste plutôt concluant, pour peu que l'auditeur ne vomisse pas les tièdes.

CD: 01/ Organs Lost at Sea 02/ Soft Use 03/ White Spray 04/ Waves Sheer Light 05/ Commentary 06/ Allay 07/ Figure's Lone Static 08/ Oamura >>> Lawrence English - Kiri No Oto - 2008 - Touch Music. Distribution La baleine.


Cory Allen : The Fourth Way (Quiet Design, 2008)

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Sourcilleux, le propos musical de Cory Allen, qui n'hésite pas à s'appuyer sur des vérités toutes personnelles pour expliquer – assumer, peut-être – sa démarche de créateur. Artiste sonore texan – puisque partout l'on trouve, maintenant, cette sorte d'artiste là –, Allen avance aussi bien quelques vues métaphysique qu'il feint des préoccupations d'humaniste. Mais pour expliquer quoi ?

The Fourth Way : découpages incessants stimulés par la neurasthénie de leur auteur d'un amalgame de nappes lointaines de claviers, de la répétition de quatre longues notes électroniques ou d'une suite de chocs étouffés. L'actualité d'une ancienne musique industrielle, aujourd'hui attendrie par une ambient électroacoustique et bruitiste. Au fur et à mesure, quelques éclaircies, étape de naïveté gâchant l'inquiétude, forcément de retour pour finir de convaincre l'auditeur de l'intérêt de l'expérience, et de la stérilité des discours qui accompagnent les jolies oeuvres abstraites.

Cory Allen : The Fourth Way (Quiet Design)
Edition : 2008.
CD : 01/ Exedra 02/ Telepathic Solve 03/ Chordata Analysis 04/ In Search of Miracul 05/ All Suns 06/ Chordata Analysis [Animal Aggregation] 07/ We Have Lots of Time
Guillaume Belhomme © Le son du grisli


Original Silence: The Second Original Silence (Smalltown Superjazz, 2008)

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Avec The Second Original Silence, les sélectes membres d'Original Silence (Thurston Moore, Mats Gustafsson, Jim O'Rourke et, tirés d'Offonoff, Terrie Ex, Massimo Pupillo et Paal Nilssen-Love) remettent leur ouvrage sur le métier bruitiste.

Enregistrées en public, quatre improvisations amalgament des pratiques iconoclastes et fiévreuses dispersées d'habitudes en projets différents : comme l'amas de couleurs provoque la naissance du noir, les guitares sifflante de Moore et mordante d'Ex, les graves appuyés du baryton de Gustafsson et de la basse de Pupillo, les déflagrations électroniques d'O'Rourke et l'éclat des anti-structures de Nilssen-Love, préfèrent à toute esthétique un manifeste ravageur qui, transposé sur disque, convainc plus ou moins selon qu'il profite d'un moment d'inspiration partagée ou se contente d'un ronron désabusé – virulences presque obligées. Au final, acceptable, The Second Original Silence invite surtout à tenter d'approcher le groupe en concert, si jamais.

Original SIlence : The Second Original Silence (Smalltown Superjazz / Differ-ant)
Edition : 2008.
CD : 01/ Argument Left Hanging – Rubber Cement 02/ A Sweeping Parade of Optimism – Blood Streak 03/ High Trees & A Few Birds – The Doll's Reflection 04/ Crepescular Refractions – Mystery Eye
Guillaume Belhomme © Le son du grisli


Einfalt: Cm 12x12 (El Gallo Rojo - 2008)

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Fréquemment, El Gallo Rojo permet à de jeunes musiciens italiens diversement inspirés – voire, absolument pas – de se faire remarquer sur disques. Quartette acoustique convaincant, Einfalt est de ces groupes en minorité (au même titre qu'Henry Taylor) qui permettent au label de soigner un peu l'allure de ses références.

Parce qu'à la musique de cirque ou à un pseudo-klezmer stérile, Einfalt préfère une improvisation changeante, emmenée par la guitare maltraitée d'Andrea Faccioli et les piano et violon de Stefano Roveda. Lorsqu'ils ne pêchent par préciosité, les gestes interposent paraphrases et répétitions entre les déclamations d'un archet grisant ou un morceau de valse défaite. Au Balanescu Quartet, les cordes n'en finissent plus d'emboîter le pas, pour trouver comment plaire à son tour au son d'une formule toutefois moins évidente.

CD: 01/ Per Aere Et Nubilo 02/ Something from Nothing 03/ Song Has Its Own Neds 04/ Dedicated Boxes 05/ Donzen 06/ Absent-Shown 07/ Rusty Bone 08/ Homo Vivente 09/ Tertiz 10/ Grace Kelly 11/ Convoluzione 12/ BPP 13/ Szkybkiego >>> Einfalt - Cm 12X12 - 2008 - El Gallo Rojo.


Sudden Infant : Psychotic Einzelkind (Blossoming Noise, 2008)

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Au début de Psychotic Einzelkind, un gimmick de basse suffit à imposer ce qui semble être alors une post no-wave entêtante. Jusqu'à ce que celle-ci éclate sous les tortures infligées par le même instrument, une nuée de boucles électroniques et minimales, de larsens et de souffles graves.

Quand elle ne prend pas l'allure d'un rock anonnant (Beautiful Tile) ou d'un air d'électronique perturbée (Dies Irae), la musique de Sudden Infant fait bien mieux son effet en longues traînées de poudre, qui prendront, pour finir, d'autres formes selon l'intervention d'invités : long drone angoissé de la relecture que donne Z'ev de Slomono, perturbations stériles d'un Somniphobia revu par Thurston Moore.

Sudden Infant : Psychotic Einzelkind (Blossoming Noise / Metamkine).
Edition : 2008.

CD: 01/ Somniphobia 02/ Deep Cuts 03/ Boy in a Wheelchair 04/ Tandoori Chicken Scooter III 05/ Bamblood 06/ Slomono 07/ Beautiful Tile 08/ Head vs Wall 09/ Trees are My Friends 10/ Dies Irae 11/ Zipper Ripper 12/ Slomono (Z'ev Remix) 13/ Tandoori Chicken Scooter III (Lasse Marhaug Remix) 14/ Somniphobia (Thurston Moore Remix)
Guillaume Belhomme © Le son du grisli
 



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