Le son du grisli

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Archives des interviews du son du grisli

Zeitkratzer, Keiji Haino : Electronics 3 (Zeitkratzer Records, 2008)

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Parti au son d’une combinaison sans nuance d’un lyrisme pseudo-contemporain et d’une simple musique post-industrielle, cet enregistrement d’un concert donné à Berlin par Zeitkratzer et Keiji Haino – dernier volume d’une série de trois collaborations motivées par le groupe de Reinhold Friedl – doit attendre quelques minutes pour convaincre ; et puis : s’imposer.

Après s’être laissé aller à une pratique expérimentale sur thérémin et saxophone, Haino abandonne l’espace sonore au développement d’un long tableau au sujet inquiet : cortèges de spectres engouffrés en tunnels, prêts à tout pour s’en sortir. Pour tout référent, l’intervention d’une note de clarinette basse, l’espoir d’une sirène à suivre, et, soudain, l’apparition d’un rythme implacable, remonté et endurant. Alors, l’ensemble peut céder sous les coups portés qui finissent de mettre au jour un univers véritable, à l'intensité désormais enfermée sur disque. 

Zeitkratzer, Keiji Haino : Electronics 3 (Zeitkratzer Records)
Edition : 2008.
CD : 01/ Ari I 02/ Aria II 03/ Sinfonia 04/ Drum Duo
Guillaume Belhomme © Le son du grisli



Blue Notes : The Ogun Collection (Ogun, 2008)

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Avant de mener ses Brotherhood of Breath, le pianiste Chris McGregor aura dû fuir l’Afrique du Sud en compagnie des Blue Notes – au sein desquels se succéderont, au gré des départs et des disparitions, les saxophonistes Dudu Pukwana et Nick Moyake, le trompettiste Mongezi Feza, le contrebassiste Johnny Dyani et le batteur Louis Moholo. Le label Ogun, de revenir aujourd’hui avec élégance et dans le détail sur le parcours de la formation.

Au son d’un coffret qui rassemble des enregistrements de taille : concert donné à Durban avant le départ – qui prouve que McGregor n’a pas attendu de changer de continent pour donner à son swing l’allure d’un grand jazz libertaire –, disque double enregistré en l’honneur de Feza dix ans plus tard (Blue Notes for Mongezi, sans doute le plus radical et le plus inventif des quatre pans constituant cette rétrospective), autre concert donné cette fois à Londres, enfin, un dernier hommage, rendu à Dyani (Blue Notes for Johnny). Partout, la même joie et la même incandescence distillées sur thèmes répétitifs permettant tous les débordements.

A l’intérieur du livret, quelques photos du groupe et de nombreux témoignages – ceux de membres de la famille des musiciens, et puis d’autres, signés Moholo, Evan Parker, Enrico Rava, Keith Tippett – finissent d’embellir l’hommage et le projet, qui expose un peu moins que de coutume le personnage de McGregor pour se consacrer davantage à célébrer l’accord parfait sur lequel s’entendait le premier de ses groupes.

Blue Notes : The Ogun Collection (Ogun / Orkhêstra International)
Edition : 2008.
CD1: 01/ Now 02/ Coming Home 03/ I Cover the Waterfront 04/ Two for Sandi 05/ Vortex Special 06/ Be My Dear 07/ Dorkay House - CD2: 01/ Blue Notes for Mongezi: First Movement 02/ Blue Notes for Mongezi: Second Movement - CD3: 01/ Blue Notes for Mongezi: Third Movement 02/ Blue Notes for Mongezi: Fourth Movement - CD4: 01/ Iizwi / Msenge Mabelelo 02/ Nqamakwe 03/ Mange / Funky Boots 04/ We Nduna [Live] 05/ Kudala / Funky Boots [Long Ago] 06/ Mama Ndoluse / Abalimanga - CD5: 01/ Funk dem Dudu / To Erico 02/ Eyomzi 03/ Ntyilo Ntyilo 04/ Blues for Nick 05/ Monks & Mbizio 06/ Ithi Gqi / Nkosi Sikelele l'Afrika 07/ Funk dem Dudu [Alternate Take] 08/ Eyomzi [Alternate Take] 09/ Funk dem Dudu / To Erico [Alternate Take]
Guillaume Belhomme © Le son du grisli


Alan Rich: American Pioneers, Ives to Cage and Beyond (Phaïdon - 2008)

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Aujourd’hui réédité, American Pioneers, ouvrage d’Alan Rich, retourne aux origines de la musique classique américaine à coups de portraits longs et illustrés.

Elaborant des formules musicales qu’un Nouveau Monde obligeait à être différentes, voire nouvelles : Charles Ives, d’abord, que Leonard Bernstein fera connaître à un plus large public, puis Edgar Varese, ancien habitué de l’avant-garde pensée à Paris élu plus tard à l’American National Academy of Arts and Letters, se voient consacrer deux biographies subtiles, allant à l’essentiel et en appelant de plus courtes : celles d’Henry Cowell, « inventeur » des clusters, et de John Cage – dont le portrait ornait la première de couverture de l’édition originale, auquel on aura préféré ce détail de Sempé, même si l’on sait les orchestres du dessinateur peu porté sur la chose contemporaine.

Pour ne pas s’arrêter là, le livre fait la lumière sur d’autres compositeurs encore, sans se soucier toutefois d’autant de détails : parcours retracés de Lou Harrison et Colin Mc Phee, LaMonte Young et Harry Partch, avant que de simples notules finissent de compléter, à coups de miniatures, la galerie de portraits. En fin de volume, Rich conseille au lecteur d’aller écouter une sélection de disques qu’il a lui-même composée et classée par compositeur.

Alan Rich - American Pioneers, Ives to Cage and Beyond - 2008 (réédition) - Phaïdon.


Anthony Pateras, Sean Baxter, David Brown : Live at l’Usine (Cave 12, 2008)

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Une autre fois en compagnie du guitariste David Brown et du percussionniste Sean Baxter, le pianiste Anthony Pateras se produisait en 2006, à Genève (Cave 12).

Pateras et Brown aux instruments préparés, le trio se fait essentiellement percussif, œuvrant à une musique indéterminée transportée quand même ici par une corde de guitare lâchée brusquement, ailleurs par un dialogue instrumental virulent, qui se détache de l’ombreux décorum. Sous l’effet de leurs agitations, l’improvisation glisse alors, sur laquelle traînent les conséquences sonores de mouvements de rouages suspects, de pratiques instrumentales de plus en plus emportées, et puis sauvages au point de faire d’un râle inattendu le fil conducteur du discours développé : morceau d’art brut construit par quelques sophistiqués.

Anthony Pateras, Sean Baxter, David Brown :  Live at l’Usine (Cave 12 / Metamkine)
Edition : 2008.
CD : 01/ Geneva 1 02/ Geneva 2 03/ Geneva 3 04/ Geneva 4
Guillaume Belhomme © Le son du grisli


Mario Pavone: Ancestors (Playscape Recordings - 2008)

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En nouveau quintette – Double Tenor Quintet qui donne à entendre les saxophonistes Tony Malaby et Jimmy Greene,  le pianiste Peter Madsen et le batteur Gerald Cleaver –, Mario Pavone retourne sur Ancestors à ses travaux de musique neuve élaborée sur de plus anciennes : hard bop et free jazz sur Ancestors ; constructions plus complexes, puis défaites, sur Strata Blue ; marche exacerbée d’Arc for Puppy portée par un gimmick de contrebasse imposant sur lequel court l’unisson d’un ténor et d’un soprano.  Lêchée, l’expérience peut se faire moins convaincante (Tomes), écart oublié au son du seul Andrew, pièce implacable écrite par Pavone en hommage à Hill.


Mario Pavone, Ancestors. Courtesy of Playscape Recordings.

CD: 01/ Ancestors 02/ Strata Blue 03/ Tomes 04/ Iskmix 05/ Arc for Puppy 06/ Beige Structure 07/ Pachuca 08/ Andrew >>> Mario Pavone Double Tenor Quintet - Ancestors - 2008 - Playscape Recordings. Distribution Orkhêstra International.

Mario Pavone déjà sur grisli
Trio Arc, Playscape, 2008



Memorize the Sky: In Former Times (Clean Feed - 2008)

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Une sirène grave charriée par quelques roulements, un archet grinçant pris de répétitions, et quelques drones plaqués sur la plainte d’un saxophone tremblant ouvrent In Former Times, nouvel enregistrement de Memorize the SkyMatt Bauder (saxophones, clarinette), Zach Wallace (contrebasse) et Aaron Siegel (percussions).

L’atmosphère, fébrile, renoue avec la conclusion de Memorize the Sky et les puissants espoirs que celui-ci avait fait naître : de voir le trio soumis encore aux parasites et au mouvement incessant de bourdons qui provoqueraient autrement chacun de ses membres : pour qu'ils s'en sortent, de l’intérieur de l’instrument (Treat Me Like A Picture)  ou au son d’une mélodie effleurée par la clarinette de Bauder (In Former Times), qui conclut une autre épreuve d’électroacoustique alerte.

CD: 01/ Did I Tell You ? 02/ The Sun Is Going Down ? 03/ I Am the Founder of This Place 04/ Treat Me Like A Picture 05/ In Former Times >>> Memorize the Sky - In Former Times - 2008 - Clean Feed. Distribution Orkhêstra International.

Memorize the Sky déjà sur grisli
Memorize the Sky (482 Music - 2007)


Oldman: Two Heads Bis Bis (Low Impedance - 2008)

OldmanTwoGrisliGrisli

Après s’être intéressé à Mathias Delplanque, le label Low Impedance – grand employeur grec de musiciens égarés en pays nantais – publie Two Heads Bis Bis, nouvel enregistrement que Charles-Eric Charrier signe sous le nom d’Oldman.

A force d’hésiter entre une pop atmosphérique et de timides usages expérimentaux, Charrier s’était montré jusque-là plus ou moins convaincant, peinant souvent à convaincre du bien-fondé de vignettes sonores qu’il aurait voulu audacieuses quand elles tournaient seulement en rond avant de rapidement s’essouffler.

Avec Two Heads Bis Bis, les choses, de changer beaucoup : pour voir Oldman concilier maintenant plus adroitement des penchants qui lui font investir le champ d’un krautrock minimaliste autant que celui d’un post-rock étouffant sous ses boucles, et aider à la mue de quelques encombrements instrumentaux en pièces d’une ambient sombre mais apaisée. Quelques naïvetés pop encore – qui pourrait bien lui coûter de percer au Japon –, incapables pourtant d’anéantir une esthétique solidifiée.


Oldman, Dust. Courtesy of Charles-Eric Charrier.

CD: 01/ Broken Teeth 02/ Two Heads Bis Bis 03/ Dust 04/ Sunny Afternoon, African Charge 05/ Noze, Teeth, Eyes 06/ Ghosts >>> Oldman - Two Heads Bis Bis - 2008 - Low Impedance.


Steve Swell, Rivers Of Sound Ensemble: News from the Mystic Auricle (Not Two - 2008)

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A la tête d’un quintette – voulue embarcation – qui en impose déjà pour aligner les savoir-faire de Sabir Mateen (saxophones, clarinette, flûte), Roy Campbell (trompette, bugle), Hilliard Greene (contrebasse) et Klaus Kugel (batterie), le tromboniste Steve Swell redit avec News from the Mystic Auricle l’implication avec laquelle il soigne sa discographie personnelle.

D’abord, la lente apparition d’initiatives indépendantes, le transport lent annonçant souvent l’implacable à venir : ici, charges partagées et encombrements expiatoires de trombone, clarinette basse et bugle. Alliées, ainsi : lyrisme de Campbell, audace de Mateen et provocation inspirante de Swell. Après une autre divagation mesurée sur laquelle Greene se fait remarquer pour son jeu à l’archet, le leader sonne l’heure de la concession entendue déjà mais à chaque fois investie différemment : morceau de swing déstabilisé par les usages d’une New thing qui commence à dater mais capable encore de nouveauté : aller entendre le solo de ténor que se réserve ici Mateen, pour ne plus finir de célébrer les ouvrages rares confectionnés par Not Two.

CD: 01/ Journey to Omphalos 02/ Healix 03/ News from the Mystic Auricle >>> Steve Swell, Rivers Of Sound Ensemble - News from the Mystic Auricle - 2008 - Not Two. Distribution Chazz for Jazz.

Steve Swell déjà sur grisli
Swimming in a Galaxy of Goodwill and Sorrow (Rogue Art - 2007)
Live at the Vision Festival (Not Two - 2007)

Double Diploid (CIMP - 2006)
Live at the Bowery Poetry Club (Ayler - 2006)
Remember Now (Not Two - 2006)


Richard Cook, Brian Morton: Penguin Guide to Jazz Recordings (Penguin Book - 2008)

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Louis Armstrong et couleurs, en couverture : la neuvième édition de The Penguine Guide to Jazz Recordings passe en revue de nouveaux disques et en abandonne d’anciens, refuse l’entrée à quelques musiciens ou groupes accueillis jadis dans ses double-colonnes au profit d’autres : revenus (le saxophoniste Daunik Lazro) ou apparus enfin (le tromboniste Roland Dahinden). Seuls éléments à ne pas bouger : la méthode employée et la verve de ses auteurs, Richard Cook (disparu l’année dernière) et Brian Morton.

Morton, qui adresse un hommage à son collaborateur avec l’élégance que l’on connaît à un duo ayant été capable de changer un guide ambitieux en ouvrage indispensable, de ceux dont on s’inquiète quelques semaines avant d’apprendre leur parution prochaine.

Richard Cook, Brian Morton - The Penguin Guide to Jazz Recordings, Ninth Edition - 2008 - Penguin Book.


Atomic, School Days: DISTIL (Okka Disk - 2008)

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Une autre fois, Atomic rencontrait School Days – Green Mill, Chicago, en 2006. DISTIL, ouvert d'abord aux sons d'un post-bop croulant sous les interventions trop démonstratives du vibraphoniste Kjell Nordeson, mais rattrapé bientôt avec application par Paal Nilssen-Love, qui impose de lents et denses développements rythmiques approuvés par le pianiste Hävard Wiik puis gonflé des charges de soul intempestives commandées par Ken Vandermark, Jeb Bishop et Magnus Broo.

Irrémédiablement, d'autres encombrements convulsifs (Visitors) et un jazz made in Chicago imposé aux Scandinaves (Dark Easter) : entre swing et déconstructions, polymorphe, l'association trouve une suite bravache à lui aller (Andersonville) avant d'investir le champ d'un lyrisme avide de montées en puissance (saxophone baryton de Vandermark et clarinette basse de Fredrik Ljungkvist) et de redescentes accordées, fait désormais habituel terrain d'entente.

CD1: 01/ Deadline 02/ Irrational Ceremony 03/ Visitors 04/ Dark Easter – CD2: 01/ Andersonville 02/ Fort Funston 03/ Closing Stages 04/ Ghosts and Spirits 05/ Bunuel at the Cocktail >>> Atomic, School Days - DISTIL - 2008 - Okka Disk. Distribution Improjazz.



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