Le son du grisli

Bruits qui changent de l'ordinaire

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Archives des interviews du son du grisli

KTL: IV (Editions Mego - 2009)

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Les conséquences de la no wave (espoir de guitares suspendues de Glenn Branca en tête) mêlées à d’imposantes réminiscences de cold, de porter haut le discours musical de KTL : Stephen O’Malley (Sun O)))) et Peter Rehberg, musiciens produits sur IV par Jim O’Rourke.

Guitares aux plaintes longues, donc ; les parasites : éreintants. Là, une mélodie achevée à peine tente de percer sous les nappes enveloppantes d’un clavier, avant de se complaire dans l’art de buter avec morgue et déraison sur deux notes vaines. La mécanique de l’ensemble, forcément lente, se plie quand même parfois à un crescendo, sur une esthétique du crachant de plus en plus pesante : obligée de disparaître enfin sous des couches d’atmosphères rugueuses qu’elle a elle-même engendrées.

CD: 01/ Paraug 02/ Paratrooper 03/ Wicked Way 04/ Benbett 05/ Eternal Winter 06/ Natural Trouble >>> KTL - IV - 2009 - Editions Mego. Distribution La baleine.



Inscape : Lille-Flandres (Monotype, 2008)

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En personnage principal de l’Eve future, un Thomas Edison réinventé regrettait d’être arrivé trop tard dans l’humanité pour avoir permis à l’une de ses inventions de consigner les voix de ceux, importants, qui auront avant lui fait l’histoire. De l’invention en question – améliorée quand même –, Jean Luc Guionnet et Eric La Casa (soit : Inscape) s’emparent pour investir un lieu, mais s’occuper de quotidien, obnubilés davantage par les exceptions cachées sous le trivial. 

En 2004, une gare : Lille-Flandres, qu’ils remplirent de micros et de caméras pour jouer ensuite avec les sons à leur parvenir : sur le vif, mêler aux mouvements des voyageurs des souffles trouvés où, aux annonces diffusées en hall le bruit lointain des voitures, à des craquements ayant maintenant gagné le statut d’élément d’abstraction le bruissement retrouvé de strates ombreuses. Sans rien retoucher aux trouvailles et constructions faites sur place, Inscape, en rêvant de mettre la main sur la musicalité d’un environnement, révèle ici le corps – comme on parle du corps d’un texte – non pas de l’espace mais de l’endroit, à coup de preuves enfilées qui forment bientôt un langage.


Inscape, Mixings : (part 2). Courtesy of Monotype.

Inscape : Lille-Flandres (Monotype Records)
Enregistrement : 2004. Edition : 2008.
CD : 01/ Calibration 02/ Mixings : (part 1) 03/ Mixings : (part 2)  04/ Mixings : (part 3) 05/ Mixings : (part 4) 06/ Mixings : (part 5) 07/ Installation
Guillaume Belhomme © Le son du grisli


Yoshi Wada: Off the Wall (EM - 2008)

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A grand renfort d’orgues adaptés et de cornemuses, Yoshi Wada enregistrait en 1984 à Berlin Off the Wall : avec trois acolytes, œuvrait là à une œuvre minimaliste d'allures : de longs drones interférant, qui doivent bientôt faire avec une poignée de notes répétées par l’orgue avant de célébrer à leur manière les leçons reçues par Wada de Pandit Pran Nath.

Faisant ainsi le lien entre minimalisme et tradition indienne, le Japonais construit une musique hybride, incantatoire bientôt puis virulente : les percussions, de plus en plus prononcées, jouant le joli rôle de mécanique indispensable, lorsqu’elles ne perturbent pas le développement serein de l’ensemble (Off the Wall II).

Datant de l’année précédente, Die Konsonantan Pfeifen en appelle déjà à Off the Wall : en trio, Wada fait là davantage confiance aux propositions créées par des drones qu’on empile avant d’imposer avec moins de précaution une scansion virulente : deux notes de cornemuse suffisent alors à affirmer, mais plus lentement, la densité d'un ouvrage aux influences éclatées et déjà atpyique.

CD: 01/ Off the Wall I 02/ Off the Wall II 03/ Die Konsonantan Pfeifen >>> Yoshi Wada - Off the Wall - 2008 (réédition) - EM. Distribution Metamkine.

Yoshi Wada déjà sur grisli
The Appointed Cloud (EM - 2008)


Garrison Fewell : Variable Density Sound Orchestra (Creative Nation, 2009)

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A la tête d’un Variable Density Sound Orchestra – à vrai dire sextette, le plus souvent – qui donnera son nom à son premier enregistrement, le guitariste Garrison Fewell profite de la présence de Roy Campbell pour imposer enfin ses vues en leader.

 

Jusqu’ici musicien surtout efficient aux côtés de John Tchicai, Fewell trouve un terrain d’entente à ses intérêts divergents pour la composition et l’improvisation sur neuf de ses thèmes et un autre de Butch Morris : Namthini’s Shadow, qui conclut le disque. D’interventions rangées par couches qui offrent de grandes libertés à Campbell et au saxophoniste et clarinettiste Achille Succi (Spectronomous, ou l’irrésistible Venus), Fewell passe à la défense de refrains qu’il développe avec minutie et patience (Olorun Song).

 

Indolent, le transport n’est que plus décisif : Campbell abandonnant la trompette pour la flûte le temps d’une exploration peu amène en terres d’Avant Aria ; alto sensible de Succi sur l’ondoyant Red Pyramid, qui rappelle par sa souplesse et son abondance l’Akhenaten Suite du trompettiste, pour le battre bientôt en qualités. L’ensemble, conduit avec adresse, ne faiblit pas une fois, et redit à chaque écoute sa nature rare (tous mots pesés). 

 

Garrison Fewell : Variable Density Sound Orchestra (Creative Nation Music)
Edition : 2009.
CD : 01/ Spectronomous 02/ Olorun Song 03/ Ayleristic 04/ Fragment Alignment 05/ The Red Pyramid 06/ Venus 07/ Descent From Orbit 08/ Avant Aria 09/ Calculations At Yaxchilàn 10/ Namthini’s Shadow
Guillaume Belhomme © Le son du grisli


Dans les arbres : Dans les arbres (ECM, 2008)

dans les arbres ecm 2008

Dans les arbresIvar Grydeland (guitare) et Ingar Zach (percussions), Christian Wallumrød (piano) et Xavier Charles (clarinette, harmonica) – s’occupait en 2006 de l’enregistrement d’un disque du même nom, qui convaincra peut-être ECM de faire davantage confiance à la jeunesse.

Développant huit improvisations lentes, les musiciens réaffirment leur intérêt pour une musique qu’ils défendirent déjà, ensemble ou séparément : ambient acoustique en dérive sur laquelle se chevauchent les cordes défaites de Grydeland (L’indifférence), les longues notes de clarinette de Charles (La froideur), les interventions réfléchies de Zach et les trouvailles faites par Wallumrød, inspiré encore par le fantôme de John Cage. De Somnolence en Retenue, la progression, horizontale, hésite parfois : entre élans répétitifs et déconstructions lasses, minimalisme enflé (sur Le détachement, seul morceau ayant du mal à convaincre) et glissements atmosphériques d’envergure, qui bientôt embrassent l’ensemble de l’ouvrage.

Dans les arbres : Dans les arbres (ECM / Universal)
Enregistrement : 2006. Edition : 2008.
CD : 01/ La somnolence 02/ L'indifférence 03/ Le flegme 04/ L'engourdissement 05/ Le détachement 06/ La froideur 07/ L'assoupissement 08/ La retenue
Guillaume Belhomme © Le son du grisli



Geoff Farina, Massimo Pupillo, Michael Zerang: Still Life with Commercials (fromScratch - 2009)

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Continuant de soigner sa prédilection pour la musique élaborée en trio, le guitariste Geoff Farina (Karate) rencontrait récemment Massimo Pupillo, bassiste de Zu, et le percussionniste Michael Zerang : avec eux, rendait un Still Life with Commercials aléatoire.

Parce qu’il peine à choisir entre grands développements d’une atmosphère aussi ténébreuse qu’électrique et laisser-aller instrumental accomodant les genres avec faiblesse : indus cordial (Raids on the Unspeakable), dub soupçonné allié à un solo de guitare démonstratif mais plus que stérile (Still Life with Commercials). Convaincants par moments minuscules, le trio signe quand même Reduced Density Matrix, œuvre d’un bruitisme engoncé en râles inquiets, convaincant davantage au point que le trio mériterait de s’en inspirer si lui venait l’idée de collaborer encore.

CD: 01/ Raids on the Unspeakable 02/ Neti, Neti 03/ Sorrows of Empire 04/ Psychic Entanglement 05/ Still Life with Commercials (download) 06/ Reduced Density Matrix >>> Geoff Farina, Massimo Pupillo, Michael Zerang - Still Life with Commercials - 2009 - fromScratch.


Command All Stars : Curiosities 1972 (Reel Recordings,2008)

command all stars curiosities 1972

Des beaux restes de bandes oubliées, Curiosities 1972 tire sa substance rare : preuves d’existence données d’un groupe occasionnel emmené, l’année susnommée, en studio par le tromboniste Nick Evans et le trompettiste Mark Charig, et dans lequel on trouvait Elton Dean (saxophones et piano électrique), Keith Tippett (pianos), Keith Bailey (batterie) et deux contrebassistes venus d’ailleurs : Harry Miller et Johnny Dyani.

Aux Command Studios de Londres – qui donnent aujourd’hui leur nom au groupe –, une improvisation collective prenaient donc ses aises : bouleversante plusieurs fois, et de différentes façons pour obéir à diverses combinaisons instrumentales ; sans concession, évidemment, ce qui vaudra au disque de voir repoussée, puis oubliée, sa publication. Pourtant, l’association, tonitruante, en démontre avec emphase : Tippett jouant le courant porteur – voire, attelé à imposer un singulier psychédélisme sur African Sunrise –, Dean passant de clavier en sopranino avec la même intensité (aller l’entendre sur But Insane), Miller allant de contrebasse en flûte africaine pour évoquer au mieux African Sunset. En supplément, un titre donne à entendre Dean, Evans et Charig en compagnie d’un autre Sud-Africain inspiré : le batteur Louis Moholo.

Comand All Stars : Curiosities 1972 (Reel Recordings / Orkhêstra International)
Enregistrement : 1972. Edition : 2008.
CD : 01/ Guilty 02/ But Insane 03/ African Sunset 04/ African Sunrise 05/ Roots and Wings 06/ Just Us Plus * Vehim
Guillaume Belhomme © Le son du grisli


John Edwards: Volume (Psi - 2008)

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Après avoir pratiqué l’improvisation aux côtés de Lol Coxhill, Maggie Nicols, Phil Minton ou encore Roger Turner, le contrebassiste John Edwards s’y essayait en solitaire sur Volume.

Là, porte d’abord de grands coups à son instrument, y laisse rebondir son archet, enfile une suite de pizzicatos étouffés ou cède à l’appel d’une fièvre répétitive commandant hammers minuscules ou glissandos désenchantés. Parmi les emportements, repérer une ombre de mélodie ou l’influence d’un genre (blues sur Sprung, drone inquiet en Tunnel, baroque sur From The Depths) ; parmi les couches sonores amassées là par John Edwards, des moments lumineux et quelques relâches fantasques.

CD: 01/ Matter 02/ Pin Drop 03/ Sprung 04/ Saddle 05/ Tunnel 06/ Half Full 07/ Battery 08/ From The Depths 09/ Meshes >>> John Edwards - Volume - 2008 - Psi. Distribution Orkhêstra International.


Ochs, Masaoka, Lee: Spiller Alley (Rogue Art - 2008)

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L'improvisation à laquelle se livrent Larry Ochs (saxophones ténor et sopranino), Miya Masaoka (koto) et Peggy Lee (violoncelle), en ouverture et fermeture de Spiller Alley, a déjà le mérite d'appliquer à l'exercice une association peu commune d'instruments.

Cordes, pour l'essentiel : koto et violoncelle contre lesquels a choisi d'oeuvrer le saxophoniste à coups d'échanges concentrés. Souvent pris de tremblements, le trio glisse de morceaux de mélodies – archet de Lee à la dérive et saxophone avertissant sur trois de ses compositions – parmi les gages donnés d'une pratique expérimentale aux airs timides pour être toujours à l'affût : d'un passage envisageable dans lequel s'engouffrer afin de changer régulièrement d'atmosphère, et les redistribuer toutes.

CD: 01/ Nobody Knows 02/ NeoNawi 03/ Micro-Mirror 04/ Spiller Alley 05/ Last Light >>> Larry Ochs, Miya Masaoka, Peggy Lee - Spiller Alley - 2008 - Rogue Art.


Ken Vandermark: Collected Fiction (Okka Disk - 2008)

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Sur Collected Fiction, Ken Vandermark improvise l’une après l’autre ses rencontres avec quatre contrebassistes de taille : Kent Kessler, Ingebrigt Håker Flaten, Nate McBride et Wilbert de Joode.

Deux disques, nécessaires alors, pour revenir sur les échanges : avec les fidèles que sont Kessler – aux côtés duquel Vandermark passe de clarinette basse en saxophones, et avec qui il donne autant dans la déconstruction rageuse que dans un swing sombre d’allure, lorsqu’il n’élève pas des odes à quelques mélodies frêles –  et McBride – là, s’imposent deux voix distinctes, sur atmosphères lentes et souvent ténébreuses.

Aux côtés d’Håker Flaten, membre d’Atomic ou de The Thing, Vandermark doit composer avec des obsessions qui ne sont pas les siennes : gimmicks plus qu’insistants sur lesquels la clarinette basse trouve une place de choix, ou archet long auquel il emboîte le pas au son d’une succession de notes étirées. Enfin, avec Wilbert de Joode – rencontré à l’occasion d’une collaboration avec le trio d’Ab Baars –, l’Américain passe de déferlantes commandées par de sombres mécaniques installées sur l’instant en distributions d’aigus à l’occasion d’un dialogue s’en tenant subitement à une succession de phrases courtes. Au final, quatre manières d’entendre et de dire, toutes redoutables.

CD1: 01/ Contour I 02/ Torus III 03/ Prop I 04/ Contour II 05/ Ellipse III 06/ Spiral 07/ Curve I 08/ Torus I 09/ Extension 10/ Torque 11/ Curve II – CD2 : 01/ Spline 02/ Arc 03/ Ellipse I 04/ Torus II 05/ Ellipse II 06/ Ellipse IV 07/ Torus IV 08/ Contour III 09/ Prop II 10/ Curve III 11/ Torus IV >>> Ken Vandermark - Collected Fiction - 2008 - Okka Disk. Distribution Improjazz.

Ken Vandermark déjà sur grisli
DISTIL (Okka Disk - 2008)
Beat Reader (Atavistic - 2008)
4 Corners (Clean Feed - 2007)
Journal (Atavistic - 2006)
Gate (Atavistic - 2006)
Free Jazz Classics 3 & 4 (Atavistic - 2006)
Alchemia (Not Two - 2005)
Interview



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