Le son du grisli

Bruits qui changent de l'ordinaire

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Archives des interviews du son du grisli

Anthony Braxton: Standards (Brussels) 2006 (Amirani - 2008)

braxtonbelge

Six disques, pour revenir sur quatre soirs de concerts donnés en 2006 à Bruxelles (PP Café) par Anthony Braxton. A ses côtés, trois jeunes musiciens italiens : le pianiste Alessandro Giachero (entendu déjà dans l’Italian Quartet de William Parker), le contrebassiste Antonio Borghini et le batteur Cristiano Calcagnile. Le répertoire, enfin, fait essentiellement de standards (pratique régulière).

Ecueil des premières minutes du premier soir : prévenance, manque d’assurance ou timidité inquiète, et l’ensemble manque d’à propos : Giachero versant, pour se donner sans doute un peu de contenance, dans un lyrisme démonstratif sur Forest Flower de Charles Lloyd. Et puis – faute peut-être à l’enregistrement : prise directe de l’instrument dans la table en guise de raison envisageable –,  une sonorité de contrebasse qui tire encore l’ensemble vers le bas. Pour chasser les maladresses, attendre que la première improvisation fasse effet : brillante et inattendue, elle conforte sans doute le quartette dans l’idée qu’il peut trouver à dire.

Une version de Very Early (Bill Evans, que Giachero a vraisemblablement beaucoup écouté), de s’en trouver transformée, à laquelle succéderont – avec plus ou moins d’évidence selon le réalisme du trio d’accompagnateurs – quelques interprétations de taille, voire neuves : Night Dream, à laquelle Braxton applique sa notion personnelle de la justesse du timbre ; It Never Entered My Mind, Borghini parvenant ici à l’archet à se réserver un dialogue privilégié avec le maître ; Wave, simplement réinventée, ou encore Ruby My Dear, portée par les interventions minimalistes de Calcagnile.

Maintenant qu’il a gagné en cohésion – Borghini, en plus, débarrassé de la sonorité qui faisait défaut à l’ensemble –, le groupe soigne ses relectures (Alice in Wonderland, Evans encore, à l’allure vacillant sous les coups de saxophone ; Ezz-Thetics, thème emblématique de George Russell engouffré ici en accélérateur ; Out to Lunch, sur lequel Braxton et Giachero font état d’une presque complicité, d’une étonnante harmonie braque). Et puis, deux autres fois encore, ici et là, de ténébreuses improvisations, aux allures découpées : par un archet à distance (Improvisation No-3) ou les séquences branlantes que provoque Calcagnile. La première frayeur passée – qui provoquera l’hésitation de qui voudra aller réentendre les titres joués avant la première improvisation (premier disque) –, comme les quelques moments de plus faibles inspirations, et Standards (Brussels) 2006 se sera fait une place de choix dans la discographie (en formations d’un jour) d’Anthony Braxton.

CD1: 01/ Forest Flower 02/ It’s You or No One 03/ Darn That Dream 04/ Improvisation No-1 05/ Very Early 06/ If I Should Lose You - CD2: 01/ Virgo (Take 2) 02/ Embarcadero 03/ Night Dreamer 04/ It Never Entered My Mind 05/ Fine and Dandy 06/ Monk's Mood - CD3: 01/ Three Little Words 02/ Wave 03/ Ruby My Dear 04/ Mean to Me 05/ Afternoon in Paris 06/ What's New - CD4: 01/ Alice in Wonderland 02/ Ah Leu Cha 03/ For All We Know 04/ Improvisation No-2 05/ Tadd's Delight 06/ All of You - CD5: 01/ I'm Old Fashioned 02/ Ezz-thetics 03/ How Little We Know 04/ Out to Lunch 05/ Early Autumn 06/ Star Eyes - CD6: 01/ Israel 02/ These Foolish Things 03/ Improvisation No-3 04/ Strike Up the Band 05/ You're My Thrill 06/ Virgo (Take 1) >>> Anthony Braxton Quartet - Standards (Brussels) 2006 - 2008 - Amirani Records. Distribution Improjazz.

Anthony Braxton déjà sur grisli
Toronto (duets) 2007 (Barnyard - 2008)
Quartet (Moscow) 2008 Composition 367b (Leo Records - 2008)
Beyond Quantum (Tzadik - 2008)
Nine Compositions (Rastascan - 2007)
(Yoshi’s) 1997 Vol. 4 (Leo Records - 2007)
Duets I 1995 (Clean Feed - 2007)
Solo Willisau (Intakt - 2007)
Solo (Pisa) 1982 (Leo Records - 2007)
Performance (Quartet) 1979 (HatOLOGY - 2007)
Charlie Parker Project (HatOLOGY - 2005)
Shadow Company (Emanem - 2005)
Live at The Royal Festival Hall (Leo - 2005)
Saturn, Conjunct the Grand Canyon in a Sweet Embrace (Pi Recordings - 2004)

Anthony Braxton (au pp café) ailleurs que sur grisli
Compte-rendu (d’époque) de be.jazz



Mineral Paradoxe: Mineral Paradoxe (Quark - 2008)

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« Jouer une osmose de sensibilité...sans préméditation », ou le but avoué, sur le site du batteur Edward Perraud, du trio qui l’associe au saxophoniste Bruno Wilhelm et au contrebassiste Arnaud Cuisinier : Mineral Paradoxe.

Récalcitrantes, pourtant, les sensibilités : en ouverture, l’improvisation porte aux nues accrocs et divergences avant de marier les phrases d’un saxophone grave  et celles d’un grand archet sous effets ; sorti de l’antagonisme agissant, le trio s’entend sur l’édification d’une montagne d’interventions décousues avant de trouver refuge aux alentours du silence, de presque s’en remettre à lui – clochettes de Perraud pour tout intelligible.

Repartir – fulminant sur Multiples, le trio compose ensuite un morceau d’atmosphères bientôt éclatées (De l’immobilité) –, et puis retomber : toutes notes étirées, qui trahissent dans la lenteur l’évidence qui veut que toute ombre est passagère. Mineral Paradoxe en ayant ici retenu de grandes.

CD: 01/ Mirage du mouvement 02/ Vers la source 03/ Des reflets 04/ Multiples 05/ De l’immobilité 07/ Mobile >>> Mineral Paradoxe - Mineral Paradoxe - 2008 - Quark.


Trio Viriditas: Live at Vision Festival IV (Clean Feed - 2008)

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Lors de la quatrième édition du Vision Festival, Trio ViriditasAlfred Harth (saxophones, clarinettes, trompette), Wilber Morris (contrebasse) et Kevin Norton (vibraphone, percussions) – redisait l’implication acharnée de ses membres, et leur savoir-faire discret.

Malgré l’enjeu, qui consistait à évoquer l’époque d’un free jazz historique : Harth aux faux airs de Jimmy Lyons avant qu’il passe à la clarinette basse, puis insistant, faisant toute confiance à l’assurance d’un emportement qu’il a de facile. Ensuite, l’association se fait plus mesurée : fantôme de Coltrane planant sur Hiranyagarbha, swing délicat de Viriditas Waltz, ballade forte de ses lassitudes de Fuer die Katz’s deli(ght) et, en guise de conclusion, une irréprochable reprise de Peace, d’Horace Silver. Pas de plus bel hommage, donc, que cette dernière évocation de Wilbur Morris.

CD: 01/ Wind at the ear says June 02/ And loudspeakers loyal to the sea's deep bass say June 03/ Hiranyagarbha 04/ Melancholy 05/ A wind reads ruts saluting the blue silk beyond pain 06/ Viriditas Waltz 07/ Braggadocio 08/ Fuer die Katz's deli(ght)+Starbucks 09/ Peace >>> Trio Viriditas - Live at Vision Festival IV - 2008 - Clean Feed. Distribution Orkhêstra International.


KTL: IV (Editions Mego - 2009)

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Les conséquences de la no wave (espoir de guitares suspendues de Glenn Branca en tête) mêlées à d’imposantes réminiscences de cold, de porter haut le discours musical de KTL : Stephen O’Malley (Sun O)))) et Peter Rehberg, musiciens produits sur IV par Jim O’Rourke.

Guitares aux plaintes longues, donc ; les parasites : éreintants. Là, une mélodie achevée à peine tente de percer sous les nappes enveloppantes d’un clavier, avant de se complaire dans l’art de buter avec morgue et déraison sur deux notes vaines. La mécanique de l’ensemble, forcément lente, se plie quand même parfois à un crescendo, sur une esthétique du crachant de plus en plus pesante : obligée de disparaître enfin sous des couches d’atmosphères rugueuses qu’elle a elle-même engendrées.

CD: 01/ Paraug 02/ Paratrooper 03/ Wicked Way 04/ Benbett 05/ Eternal Winter 06/ Natural Trouble >>> KTL - IV - 2009 - Editions Mego. Distribution La baleine.


Inscape : Lille-Flandres (Monotype, 2008)

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En personnage principal de l’Eve future, un Thomas Edison réinventé regrettait d’être arrivé trop tard dans l’humanité pour avoir permis à l’une de ses inventions de consigner les voix de ceux, importants, qui auront avant lui fait l’histoire. De l’invention en question – améliorée quand même –, Jean Luc Guionnet et Eric La Casa (soit : Inscape) s’emparent pour investir un lieu, mais s’occuper de quotidien, obnubilés davantage par les exceptions cachées sous le trivial. 

En 2004, une gare : Lille-Flandres, qu’ils remplirent de micros et de caméras pour jouer ensuite avec les sons à leur parvenir : sur le vif, mêler aux mouvements des voyageurs des souffles trouvés où, aux annonces diffusées en hall le bruit lointain des voitures, à des craquements ayant maintenant gagné le statut d’élément d’abstraction le bruissement retrouvé de strates ombreuses. Sans rien retoucher aux trouvailles et constructions faites sur place, Inscape, en rêvant de mettre la main sur la musicalité d’un environnement, révèle ici le corps – comme on parle du corps d’un texte – non pas de l’espace mais de l’endroit, à coup de preuves enfilées qui forment bientôt un langage.


Inscape, Mixings : (part 2). Courtesy of Monotype.

Inscape : Lille-Flandres (Monotype Records)
Enregistrement : 2004. Edition : 2008.
CD : 01/ Calibration 02/ Mixings : (part 1) 03/ Mixings : (part 2)  04/ Mixings : (part 3) 05/ Mixings : (part 4) 06/ Mixings : (part 5) 07/ Installation
Guillaume Belhomme © Le son du grisli



Yoshi Wada: Off the Wall (EM - 2008)

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A grand renfort d’orgues adaptés et de cornemuses, Yoshi Wada enregistrait en 1984 à Berlin Off the Wall : avec trois acolytes, œuvrait là à une œuvre minimaliste d'allures : de longs drones interférant, qui doivent bientôt faire avec une poignée de notes répétées par l’orgue avant de célébrer à leur manière les leçons reçues par Wada de Pandit Pran Nath.

Faisant ainsi le lien entre minimalisme et tradition indienne, le Japonais construit une musique hybride, incantatoire bientôt puis virulente : les percussions, de plus en plus prononcées, jouant le joli rôle de mécanique indispensable, lorsqu’elles ne perturbent pas le développement serein de l’ensemble (Off the Wall II).

Datant de l’année précédente, Die Konsonantan Pfeifen en appelle déjà à Off the Wall : en trio, Wada fait là davantage confiance aux propositions créées par des drones qu’on empile avant d’imposer avec moins de précaution une scansion virulente : deux notes de cornemuse suffisent alors à affirmer, mais plus lentement, la densité d'un ouvrage aux influences éclatées et déjà atpyique.

CD: 01/ Off the Wall I 02/ Off the Wall II 03/ Die Konsonantan Pfeifen >>> Yoshi Wada - Off the Wall - 2008 (réédition) - EM. Distribution Metamkine.

Yoshi Wada déjà sur grisli
The Appointed Cloud (EM - 2008)


Garrison Fewell : Variable Density Sound Orchestra (Creative Nation, 2009)

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A la tête d’un Variable Density Sound Orchestra – à vrai dire sextette, le plus souvent – qui donnera son nom à son premier enregistrement, le guitariste Garrison Fewell profite de la présence de Roy Campbell pour imposer enfin ses vues en leader.

 

Jusqu’ici musicien surtout efficient aux côtés de John Tchicai, Fewell trouve un terrain d’entente à ses intérêts divergents pour la composition et l’improvisation sur neuf de ses thèmes et un autre de Butch Morris : Namthini’s Shadow, qui conclut le disque. D’interventions rangées par couches qui offrent de grandes libertés à Campbell et au saxophoniste et clarinettiste Achille Succi (Spectronomous, ou l’irrésistible Venus), Fewell passe à la défense de refrains qu’il développe avec minutie et patience (Olorun Song).

 

Indolent, le transport n’est que plus décisif : Campbell abandonnant la trompette pour la flûte le temps d’une exploration peu amène en terres d’Avant Aria ; alto sensible de Succi sur l’ondoyant Red Pyramid, qui rappelle par sa souplesse et son abondance l’Akhenaten Suite du trompettiste, pour le battre bientôt en qualités. L’ensemble, conduit avec adresse, ne faiblit pas une fois, et redit à chaque écoute sa nature rare (tous mots pesés). 

 

Garrison Fewell : Variable Density Sound Orchestra (Creative Nation Music)
Edition : 2009.
CD : 01/ Spectronomous 02/ Olorun Song 03/ Ayleristic 04/ Fragment Alignment 05/ The Red Pyramid 06/ Venus 07/ Descent From Orbit 08/ Avant Aria 09/ Calculations At Yaxchilàn 10/ Namthini’s Shadow
Guillaume Belhomme © Le son du grisli


Dans les arbres : Dans les arbres (ECM, 2008)

dans les arbres ecm 2008

Dans les arbresIvar Grydeland (guitare) et Ingar Zach (percussions), Christian Wallumrød (piano) et Xavier Charles (clarinette, harmonica) – s’occupait en 2006 de l’enregistrement d’un disque du même nom, qui convaincra peut-être ECM de faire davantage confiance à la jeunesse.

Développant huit improvisations lentes, les musiciens réaffirment leur intérêt pour une musique qu’ils défendirent déjà, ensemble ou séparément : ambient acoustique en dérive sur laquelle se chevauchent les cordes défaites de Grydeland (L’indifférence), les longues notes de clarinette de Charles (La froideur), les interventions réfléchies de Zach et les trouvailles faites par Wallumrød, inspiré encore par le fantôme de John Cage. De Somnolence en Retenue, la progression, horizontale, hésite parfois : entre élans répétitifs et déconstructions lasses, minimalisme enflé (sur Le détachement, seul morceau ayant du mal à convaincre) et glissements atmosphériques d’envergure, qui bientôt embrassent l’ensemble de l’ouvrage.

Dans les arbres : Dans les arbres (ECM / Universal)
Enregistrement : 2006. Edition : 2008.
CD : 01/ La somnolence 02/ L'indifférence 03/ Le flegme 04/ L'engourdissement 05/ Le détachement 06/ La froideur 07/ L'assoupissement 08/ La retenue
Guillaume Belhomme © Le son du grisli


Geoff Farina, Massimo Pupillo, Michael Zerang: Still Life with Commercials (fromScratch - 2009)

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Continuant de soigner sa prédilection pour la musique élaborée en trio, le guitariste Geoff Farina (Karate) rencontrait récemment Massimo Pupillo, bassiste de Zu, et le percussionniste Michael Zerang : avec eux, rendait un Still Life with Commercials aléatoire.

Parce qu’il peine à choisir entre grands développements d’une atmosphère aussi ténébreuse qu’électrique et laisser-aller instrumental accomodant les genres avec faiblesse : indus cordial (Raids on the Unspeakable), dub soupçonné allié à un solo de guitare démonstratif mais plus que stérile (Still Life with Commercials). Convaincants par moments minuscules, le trio signe quand même Reduced Density Matrix, œuvre d’un bruitisme engoncé en râles inquiets, convaincant davantage au point que le trio mériterait de s’en inspirer si lui venait l’idée de collaborer encore.

CD: 01/ Raids on the Unspeakable 02/ Neti, Neti 03/ Sorrows of Empire 04/ Psychic Entanglement 05/ Still Life with Commercials (download) 06/ Reduced Density Matrix >>> Geoff Farina, Massimo Pupillo, Michael Zerang - Still Life with Commercials - 2009 - fromScratch.


Command All Stars : Curiosities 1972 (Reel Recordings,2008)

command all stars curiosities 1972

Des beaux restes de bandes oubliées, Curiosities 1972 tire sa substance rare : preuves d’existence données d’un groupe occasionnel emmené, l’année susnommée, en studio par le tromboniste Nick Evans et le trompettiste Mark Charig, et dans lequel on trouvait Elton Dean (saxophones et piano électrique), Keith Tippett (pianos), Keith Bailey (batterie) et deux contrebassistes venus d’ailleurs : Harry Miller et Johnny Dyani.

Aux Command Studios de Londres – qui donnent aujourd’hui leur nom au groupe –, une improvisation collective prenaient donc ses aises : bouleversante plusieurs fois, et de différentes façons pour obéir à diverses combinaisons instrumentales ; sans concession, évidemment, ce qui vaudra au disque de voir repoussée, puis oubliée, sa publication. Pourtant, l’association, tonitruante, en démontre avec emphase : Tippett jouant le courant porteur – voire, attelé à imposer un singulier psychédélisme sur African Sunrise –, Dean passant de clavier en sopranino avec la même intensité (aller l’entendre sur But Insane), Miller allant de contrebasse en flûte africaine pour évoquer au mieux African Sunset. En supplément, un titre donne à entendre Dean, Evans et Charig en compagnie d’un autre Sud-Africain inspiré : le batteur Louis Moholo.

Comand All Stars : Curiosities 1972 (Reel Recordings / Orkhêstra International)
Enregistrement : 1972. Edition : 2008.
CD : 01/ Guilty 02/ But Insane 03/ African Sunset 04/ African Sunrise 05/ Roots and Wings 06/ Just Us Plus * Vehim
Guillaume Belhomme © Le son du grisli



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