Le son du grisli

Bruits qui changent de l'ordinaire

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Interview de Quentin RolletAlan Silva à ParisA paraître : le son du grisli #5
Archives des interviews du son du grisli

Paul Bley : About Time (Justin Time, 2008)

aboutgrisliEnregistré à la fin du mois de mai 2007, About Time donne à entendre Paul Bley, seul au piano, donner un aperçu d’une pratique instrumentale riche, inclassable parce que délestée du souci de prouver quoi que ce soit.

Alors, sur le morceau-titre, se bousculent notes expédiées à la hâte et silences insistants, répétitions timides au point de s’éteindre vite et évocations musicales diverses – Maurice Ravel et Jelly Roll Morton, Erik Satie et Earl Hines – mais délicates, toutes, pour ne jamais tomber dans la démonstration. Soudain, une mélodie en filigrane évoque One More Time de Mal Waldron, son intensité implacable et sa densité fière, une existence lourde de vérités mais ravie des conclusions possibles. En guise de distraction, un second titre : Pent-Up House, composition de Sonny Rollins que Bley sert avec mesure, mélodie répétée mais s’essoufflant à chaque fois, diluée en interrogations subites menant en chemins de traverses surprenants.

Ces jours-ci, le label ESP réédite l’excellent Barrage enregistré en 1964 par le pianiste aux côtés, notamment, de Marshall Allen et de Milford Graves. Ici, la musique n’est pas la même – là, revendique, et fort –, mais prouve qu’en quarante ans, Paul Bley ne se sera pas perdu, servant toujours un propos musical indispensable.

Paul Bley : About Time (Justin Time / Harmonia Mundi)
Enregistrement : 2007. Edition : 2008.
CD : 01/ About Time 02/ Pent-Up House
Guillaume Belhomme © Le son du grisli



Fred Frith, Danielle Palardy Roger: Pas de deux (Ambiances magnétiques - 2008)

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Faisant de l’enregistrement de deux concerts donnés ensemble le matériau de base avec lequel bâtir Pas de deux, la percussionniste Danielle Palardy Roger et le guitariste Fred Frith élaborent un objet sonore aussi charmant que dérangé.

De râles autrement découpés en relectures faites à l’envers, d’usages instrumentaux en décalages en exercices de style bruitistes et répétitifs, le duo met au jour un psychédélisme las qui aurait échangé son envie d’en imposer contre le détachement altier à opposer à tout idéal insaisissable : alors, sous l’expérimentation, d’heureuses découvertes.

CD: 01/ Dernier cri 02/ Arpeggio’s Dreamscape 03/ Sala Rossa 04/ L’auberge des quatre vents 1 05/ L’auberge des quatre vents 2 06/ Sala Nera 07/ Jeux de l’oblivion 08/ Adieu Jonquière >>> Fred Frith, Danielle Palardy Roger - Pas de deux - 2008 - Ambiances magnétiques. Distribution Orkhêstra International.


Xavier Charles, Otomo Yoshihide: Difference Between the Two Clocks (Textile - 2008)

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Enregistré – en public et en studio – à l’occasion d’une tournée au Japon effectuée par Xavier Charles en 2005, Difference Between the Two Clocks donne à entendre le clarinettiste aux côtés d’Otomo Yoshihide.

En public, d’abord : la demi-heure de Tokyo Live faisant défiler de longues notes de clarinette et leurs parallèles électriques : notes arrachées à sa guitare par Yoshihide et inévitables larsens incapables de lasser qui les attendait pourtant. Pratiques expérimentales en déséquilibre, jointes un moment puis disctinctes, judicieuses dans l’un et l’autre cas.

En studio, le duo amasse des trouvailles : propositions lasses et enchantées d’une clarinette traînante auprès de résidus métalliques envisageant toutes résonnances pour espérer être bientôt développés. Vacillant sur la fin après avoir été véhément, le transport retrouve le silence auquel il avait cru pouvoir s’opposer, s’y réfugiant même. Imparable.

CD: 01/ Tokyo Live 02/ Studio 9.44 03/ Studio 3.24 04/ Studio 4.43  >>> Xavier Charles, Otomo Yoshihide -  Difference Between the Two Clocks - 2008 - Textile Records.


Curlew: Curlew + Live at CBGB 1980 (DMG - 2008)

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Formé en 1979 par le saxophoniste George Cartwright, Curlew enregistrait au début de l’année suivante son premier disque. Une excellente réédition, de paraître aujourd’hui, accompagnée de l’enregistrement d’un concert donné au CBGB la même année.

En studio, Curlew – soit : Cartwright, le violoncelliste Tom Cora, le guitariste Nicky Skopelitis, le bassiste Bill Laswell et le percussionniste Bill Bacon – consigne la musique d’une époque et d’un endroit : en vignettes bruitistes animées par une fougue soumise à l’aléatoire, à l’impromptu, au grinçant ou au tribal, drôle de mélange de DNA, des Lounge Lizards, de Massacre et du World Saxophone Quartet.

En concert, le même groupe – augmenté de Denardo Coleman à la batterie – pêche un peu pour être trop direct, les pratiques instrumentales vindicatives et les concepts musicaux déraisonnables ayant là plus de peine à s’accorder. Plus difficile d’écoute – voire, impossible d’une traite –, mais forcément illustratif et complémentaire.

CD1: 01/ panther Burn 02/ The Bear 03/ Better Thumbs 04/ The Victim 05/ The Hardwood 06/ Sports 07/ Bruno 08/ But Get It 09/ Rudders 10/ Binoculars 11/ The Ole Miss Exercise Song 12/ Sports (Live) 13/ Better Thumbs (Live) 14/ Intro / The March (Live) 15/ Social Work (Live) 16/ The Ole Miss Exercise Song (Live) 17/ Panther Burn – CD2: 01/ Social Work 02/ Panther Burn 03/ Red Channels 04/ Mink’s Dream 05/ Moon Lake 06/ The Ole Miss Exercise Song 07/ Sports 08/ Moon Lake 09/ Social Work 10/ Mink’s Dream 11/ The Hardwood 12/ Red Channels 13/ The Ole Miss Exercise >>> Curlew - Curlew + Live at CBGB 1980 - 2008 (réédition) - DMG.


Noah Creshevsky, If, Bwana: Favorite Encores (Pogus - 2008)

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Depuis qu’il a fait ses classes auprès de Nadia Boulanger et Luciano Berio, Noah Creshevsky a élaboré son concept de musique hyperréaliste dont Favorite Encores collecte des preuves aux côtés d’autres œuvres musicales signées If, Bwana (Al Margolis).

Ainsi, d’un enregistrement du violon de Mari Kimura, Creshevsky fait une pièce neuve qui parvient à s’extirper des répétitions qu’on lui impose pour délivrer la mélodie qu’elle retenait ; ensuite, découpe, copie et colle des morceaux de musique orchestrale pour édifier son électroacoustique baroque.

Suivant les mêmes règles, Margolis s’empare de la voix retenue sur bandes de Lisa Barnard, qu’il fait matériau principal de son ambient expérimentale, s’écartant de tout langage normé pour inventer autrement. La paire, de parvenir au pire : charmer en sourcilleuse.

CD: 01/ Mari Kimura Redux 02/ Xyloxings 03/ Shadow of a Doubt 04/ Scarping Scrafide 05/ Intrada 06/ Cicada #4 : Version Barnard 07/ Favorite Encores >>> Noah Creshevsky, If, Bwana - Favorite Encores  - 2008 - Pogus.



Getatchew Mekuria, The Ex : 11 Ethio Punk Songs (Buda, 2008)

getatchew mekuria 11 ethio punk songs

Filmés à l’occasion d'une récente apparition au festival Banlieues Bleues, le saxophoniste Getatchew Mekuria, les membres de The Ex et quelques invités – parmi lesquels le clarinettiste Xavier Charles – donnent à voir sur 11 Ethio Punk Songs ce qu’ils donnaient à entendre sur Moa Anbessa.

Soit : un précis d’ethio punk, rapprochement hésitant valant définition pour une musique viscérale menée de front autant que développée dans la joie. Aux extraits de concerts, le film ajoute quelques images d’un voyage fait en 2007 à Adis Abeba ainsi qu’une interview de Terry Ex, qui explique là son rapport à la musique éthiopienne et revient sur la collaboration de son groupe avec le plus fier de ses saxophonistes.

Getatchew Mekuria, The Ex & Guests : 11 Ethio Punk Songs (Buda Musique / DG Diffusion)
Edition : 2008.
DVD : 11 Ethio Punk Songs
Guillaume Belhomme © Le son du grisli


John Berndt : The Private Language Problem (Abstract on Black, 2008)

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Sous-titré New electro-acoustic compositions, 2001-2005 pour raisons évidentes, The Private Language Problem de John Berndt réunit quelques épreuves diverses et presque toutes convaincantes : morceau sur lequel se développe un larsen selon les effets de chocs minuscules, pièce aux charmes dérangeants née de luttes sourdes de claviers, amas d’aigus et de sifflements sublimés ou constructions inattendues élaborées sur de simples glissements de cordes de guitare folk ou d’un lot de courbes inquiètes sorties d’autres claviers. Et le refus d’une abstraction minimaliste d’en revenir toujours aux mêmes gestes.

 

John Berndt : The Private Language Problem (Abstract on Black)
Edition : 2008.
CD : 01/ Grace 02/ Dry 03/ Enough Pain 04/ Sound of Madness 05/ For Lois Verk 06/ Evolutionary Biology Determining The Possibility of its Own Conceptualization 07/ Dragon Paths 08/ Older Now
Guillaume Belhomme © Le son du grisli


John Surman, Howard Moody: Rain on The Window (ECM - 2008)

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Dans une église d'Oslo, le saxophoniste John Surman enregistrait récemment Rain on The Window avec l'organiste Howard Moody. S'il fait figure de curiosité musicale et parvient parfois à convaincre sur des pièces d'une concentration discrète bousculée par un intérêt pour le folklore nordique, le disque distille sur son ensemble un ennui profond. Presque partout, l'habileté de Surman au soprano et au baryton étouffe sous un lyrisme exagéré qui finit par rendre l'office interminable.

CD: 01/ Circum I 02/ Stained Glass 03/ The Old Dutch 04/ Dancing in The Loft 05/ Step Lively ! 06/ Stone Ground 07/ Tierce 08/ Circum II 09/ Rain on The Window 10/ Dark Reeds 11/ O Waly Waly 12/ A Spring Wedding 13/ I'm Troubled in Mind 14/ On The Go 15/ Pax Vobiscum >>> John Surman, Howard Moody - Rain on The Window - 2008 - ECM. Distribution Universal.


Maryanne Amacher : Sound Characters, Vol. 2 (Tzadik, 2008)

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Ancienne élève de George Rochberg et Karlheinz Stockhausen ayant collaboré avec John Cage, Maryanne Amacher (1938-2009) poursuivait récemment ses travaux de musique au cœur de la pyramide du soleil de Teotihuacan à Mexico.

Là, scientifiquement surveillée, elle cherchait à mettre la main sur des sonorités inédites avec lesquelles bâtir ensuite une sculpture sonore capable de raconter l’histoire des pierres environnantes. De drones insatiables en chocs métalliques capturés, de râles inquiétants en traînes actives et agissant, Amacher collecte des propositions qui auront à raconter selon le degré d’ouverture de qui l’écoute, et sauront plus largement plaire à ceux qui se contenteront de l’entendre.

Maryanne Amacher : Sound Characters, Vol. 2 (Tzadik / Orkhêstra International)
Edition : 2008.
CD : 01/ Teo ! Part 1 02/ Teo! Part 2 03/ Teo ! Part 3 04/ Teo! Part 4
Guillaume Belhomme © Le son du grisli


Abdelhaï Bennani: There Starts the Future (Ayler Records - 2008)

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Saxophoniste ténor entendu souvent auprès d’Alan Silva, Abdelhaï Bennani improvisait en juin 2007 aux côtés de deux autres de ses partenaires réguliers – le contrebassiste Benjamin Duboc et le batteur Edward PerraudThere Starts the Future.

Deux grandes pièces, alors : In the Beginning Was The Light, improvisation intense additionnant ses couleurs par touches épaisses et menée de front en ouverture et fermeture, puis I Had a Dream, sur laquelle le saxophoniste geint davantage sur les coups secs de Perraud avant de faire un retour au grave pour mieux dialoguer sur contrastes avec l’archet de Duboc. Plus calme d’apparence, le second titre dévoile pourtant un lot d’espérances sourdes qui, une fois repérées, se font aussi saillantes qu’est implacable l’ensemble de la rencontre.

CD: 01/ In the Beginning was the Night 02/ I Had a Dream >>> Abdelhaï Bennani Trio - There Starts the Future - 2008 - Ayler Records. Distribution Orkhêstra International.



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