Le son du grisli

Bruits qui changent de l'ordinaire

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Jazz en MarsA paraître : le son du grisli #5En librairie : Bucket of Blood de Steve Potts

Jérôme Sabbagh: One Two Three (Bee Jazz - 2008)

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Avoir gagné New York aurait-il enfin permis à Jérôme Sabbagh de trouver enfin à dire de façon plus originale l’intérêt qu’il porte au jazz ? Peu convaincant jusque-là en quartette, le saxophoniste opère un passage en trio qui pourrait changer la donne.

Sur One Two Three, il s’attaque ainsi à quelques standards (autre changement de taille et opérant) signés Thelonious Monk, Billy Strayhorn, Bud Powell ou Bill Evans, qui révèlent chez lui un penchant certains pour les pianistes et lui permettent de mieux s’en sortir. Avec le soutien du contrebassiste Ben Street et du batteur Rodney Green, s’il lui arrive encore de frôler la transparence (Body and Soul), il fait le plus souvent preuve d’un tact capable de mettre au jour un middle jazz d’un genre nouveau : influences plus anciennes que celles généralement avancées par les musiciens de sa génération revues à la lumière d'usages post-coltraniens maintenant digérés, qui n'arrêtent pas de fleurir un swing attentionné à coups d’instabilités et d’approximations provocantes. Encourageant.

CD: 01/ Conception 02/ Work 03/ Body and Soul 04/ Just in Time 05/ Turn Out the Stars 06/ Boo Boo’s Birthday 07/ Tea for Two 08/ Monopoly 09/ Chelsea Bridge >>> Jérôme Sabbagh [écoute] - One Two Three - 2008 - Bee Jazz - Distribution Abeille Musique.



Anthony Pateras : Chromatophore (Tzadik, 2008)

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Après l’excellent Chasms, Anthony Pateras présente Chromatophore, exposé de travaux plus ou moins récents, surtout : différemment menés.

Dirigeant l’Ensemble of the Australian National Academy of Music – et en consacrant donc l’existence –, Pateras ouvre une boîte de musiques tourmentées, craintives à l’idée d’être trop exposées : pièces d’une électroacoustique aux reliefs rares pour tout miser sur la planéité d’un discours lorsqu’elles n’hésitent pas entre intervention d’un chœur implorant (Automatons), improvisations sur piano préparé (When Objects Dream) et explorations sonores exclusivement électroniques (JWT). 

Anthony Pateras : Chromatophore (Tzadik / Orkhêstra International)
Edition : 2008.
CD : 01/ Chromatophore 02/ 76755 I 03/ 76755 II 04/ 76755 III 05/ 76755 IV 06/ 76755 V 07/ Automatons 08/ When Objects Dream 09/ JWT 10/ Autophagy
Guillaume Belhomme © Le son du grisli


Revolutionary Ensemble: Revolutionary Ensemble (Enja - 2008)

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Actif dans les années 1970 et reformé en 2004 pour le bien d’un enregistrement produit par Pi Recordings, Revolutionary Ensemble – soit : Leroy Jenkins (violon, flûtes), Sirone (basse, flûtes) et Jerome Cooper (percussions, piano et… flûtes) – voit aujourd’hui rééditer Revolutionary Ensemble, enregistrement d’un concert donné en Autriche en 1977.

Pour donner les dernières preuves (originelles) de l’entente du trio, le disque retient quatre titres, se refusant tous à être sacrifiés aux simplistes frasques électroacoustiques généralement commandées par leur temps. A la place, trouver des progressions atmosphériques soumises à de subits emportements (March 4-1) et autres explorations sonores capables de chercher partout la sonorité inattendue, avec, quand même, plus (Clear Spring) ou moins (Chicago) de subtilité. Au son des flûtes annoncées, les musiciens ouvrent le dernier morceau du concert, lui aussi intitulé Revolutionary Ensemble, pour redire sans doute toute l’efficacité de l’usage qui est fait ici de la preuve par trois.

CD: 01/ Clear Spring 02/ March 4-1 03/ Chicago 04/ Revolutionary Ensemble >>> Revolutionary Ensemble - Revolutionary Ensembe - 2008 (réédition) - Enja. Distribution harmonia Mundi.


Paul Flaherty, Bill Nace, Thurston Moore (Ecstatic Peace, 2008)

paul flaherty bill nace thurston moore

Après avoir beaucoup expectoré aux côtés du batteur Chris Corsano – en duo ou compagnie du saxophoniste Wally Shoup et de Thurston Moore –, Paul Flaherty s’essaie au trio, alternant saxophones ténor et alto près des amplis de Moore et d’un second guitariste : Bill Nace.

Courte, l’ouverture oppose sans attendre les sifflements de Flaherty et l’abandon bruitiste dans lequel se vautrent déjà ses partenaires, laisser-aller bientôt anéanti au profit du déploiement de Drugs, mise au jour progressive d’une texture sonore grondante et intense pour être née du rapprochement d’un free exacerbé et d’une no wave corrigée par les techniques du jour. Quarante minutes, encore, le temps pour Lavender de donner à entendre un saxophoniste plus introspectif, qui tourne lentement sur les constructions maintenant rythmiques des guitaristes, avant d’agir au profit de nouvelles déflagrations sonores, et réjouissantes.

Paul Flaherty, Bill Nace, Thurston Moore (Ecstatic Peace! / Differ-ant)
Enregistrement : 1er décembre 2007. Edition : 2008.
CD : 01/ Sex – Why Won’t Anyone Talk About It ? 02/ Drugs – Elegy for All The Murdered Rockstars 03/ Lavender – Mafia Runs CIA Runs Entertainment Industry Ruins Soul
Guillaume Belhomme © Le son du grisli


Joaquim Paulo: Jazz Covers (Taschen - 2008)

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Au Portugal, l’homme de radio Joaquim Paulo collectionne les disques de jazz, vinyles plus particulièrement, auquel il consacre aujourd’hui cet épais Jazz Covers.

Déjà attirant, l’ouvrage s’avère rapidement judicieux : pour ne pas chercher à accorder néophytes et connaisseurs sur la nature de l’intérêt qu'ils y trouveront, mais faire quand même venir à lui et les uns et les autres. Ainsi, les premiers, ravis d’en apprendre un peu sur tel ou tel musicien à coups d’anecdotes insipides, se trouveront dans l’impasse lorsque l’auteur n’aura pas jugé bon de sacrifier trois lignes à celui-ci (Stanley Cowell) ou celui-là (Booker Ervin) : l’important, étant de tomber sur de belles reproductions de pochettes déjà emblématiques (Anatomy of a Murder de Duke Ellington, Skies of America d’Ornette Coleman ou Percussion Ensemble de Milford Graves). Les seconds, quant à eux, ravis de lire en début d’ouvrage les témoignages de grands noms du domaine (Rudy Van Gelder, Creed Taylor, Michael Cuscuna ou encore Ashley Kahn), regretteront la légèreté avec laquelle sont présentés ces mêmes musiciens à coup d’affirmations tenant la plupart du temps de l’approximation quand ce n’est pas du non-sens. En revanche, néophytes et connaisseurs pourront s’accorder – si tant est qu’ils savent un peu de français – sur les nombreux défauts d’une traduction grossière, ignorant presque autant la ponctuation et la syntaxe qu’elle semble se désintéresser du jazz.

Ainsi, si Jazz Covers est loin d’être l’ouvrage infaillible que l’on aurait aimé qu’il soit, reste que le feuilleter – on sait la recrudescence, voire, le succès, de livres qui ne demandent pas à leur lecteur de s’embarrasser du texte, qu’ils en contiennent ou non – est encore possible, divertissant, même, et parfois suscite la curiosité : celle d’aller entendre de quoi retourne cet étrange Butterflies and Mosquitoes de Jimmy Giuffre, cet énième Jazz Guitar d’un Jim Hall dont la pratique instrumentale évoquerait l’action painting, ou d’interroger le rapport à la musique donnée des pochettes soignées de Monk, Sun Ra, Horace Silver ou Jimmy Smith. Ailleurs, parcourir encore les couvertures de Reid Miles pour Blue Note ou de David Stone Martin pour Verve enfouies sous celles jadis réalisées pour quelques crooners déchus posant en décor de carton ou autres musiciens oubliés après avoir misé beaucoup sur l’efficacité d’une belle mise en scène. Kitsch aidant, ceux-là trouvent aussi leur place dans le livre, redisant que le propos du jour s’occupe de conception graphique plus que de jazz, et qu’il suffisait simplement de le présenter en conséquence.

Livre: Joaquim Paulo - Jazz Covers - 2008 - Taschen.



Return of The New Thing: Alchemy (Not Two - 2008)

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A l’Alchemia de Cracovie, Return of the New Thing donnait en 2007 un grand exposé d’improvisation sombre, qui, une fois mis en boîte, vient grossir la singulière discographie du groupe.

Du mouvement lent de graves turbulences, le quartette repart donc, pour amasser interventions concentrées et sautes d’humeur revigorantes – Jean-Luc Guionnet passant de propositions timides en expressionnisme agité, Dan Warburton tirant au piano profit d’arpèges avant de distribuer une série de notes turbulentes – sur la première plage, puis traîner davantage sur la deuxième, pan d’intensité charriée par vagues successives soumises à peine à l’influence d’accentuations soudaines : rauques de l’alto contre insistance d’un violon.

En guise de conclusion, le contrebassiste François Fuchs et le batteur Edward Perraud installent un discours plus normé – swing soutenu mais en perpétuelle dérive –, qui complète l’approche musicale de Return of the New Thing, partie de l’influence de Coltrane et patiemment diluée.

CD: 01/ 29’09’’ 02/ 24’41’’ 03/ 17’22’’ >>> Return of the New Thing - Alchemy - 2008 - Not Two. Import.


Ryoji Ikeda: See You at Regis Debray (Syntax - 2008)

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Bande-originale du film du même nom – qui a pour sujet un Andreas Baader à l’abri dans l’appartement de Regis Debray à Paris –, See You at Regis Debray donne à entendre Ryoji Ikeda se plier avec singularité aux codes de l’illustration sonore.

Sur deux disques, et donc sans images, se succèdent des propositions d’un minimalisme hésitant entre de timides constructions rythmiques et un bourdon insistant avant qu’un fantasme de mélodie empêche l’opposition de durer plus longtemps. Contre les bruits sortis du film – actions de Baader et effets sur son environnement –, Ikeda amasse des nappes électroniques mesurées, une note de guitare répétée puis d’autres bourdons encore. Plus lyrique, tourne le dos à ses penchants naturels et sert un mauvais rock progressif – quand aucune image n’est là pour l’assumer, en tout cas – avant d’en revenir au silence, ou à son à peu près. Et puis, intègre à son travail une autre musique de film ou un morceau de chanson de Leonard Cohen – autres effets de l’action en cours – avant qu’une série de déconstructions électro-bruitistes terminent un exercice à l’intérêt aléatoire, qui incite, ceci étant, à aller trouver les images (See You at Regis Debray, du réalisateur CS Leigh) pour se faire une idée plus concrète de la qualité de l’illustration.

CD1: 01/ See You at Regis Debray - CD2: 02/ MoRt >>> Ryoji Ikeda - See You at Regis Debray - 2008 - Syntax. Distribution Differ-ant.


Paul Bley : About Time (Justin Time, 2008)

aboutgrisliEnregistré à la fin du mois de mai 2007, About Time donne à entendre Paul Bley, seul au piano, donner un aperçu d’une pratique instrumentale riche, inclassable parce que délestée du souci de prouver quoi que ce soit.

Alors, sur le morceau-titre, se bousculent notes expédiées à la hâte et silences insistants, répétitions timides au point de s’éteindre vite et évocations musicales diverses – Maurice Ravel et Jelly Roll Morton, Erik Satie et Earl Hines – mais délicates, toutes, pour ne jamais tomber dans la démonstration. Soudain, une mélodie en filigrane évoque One More Time de Mal Waldron, son intensité implacable et sa densité fière, une existence lourde de vérités mais ravie des conclusions possibles. En guise de distraction, un second titre : Pent-Up House, composition de Sonny Rollins que Bley sert avec mesure, mélodie répétée mais s’essoufflant à chaque fois, diluée en interrogations subites menant en chemins de traverses surprenants.

Ces jours-ci, le label ESP réédite l’excellent Barrage enregistré en 1964 par le pianiste aux côtés, notamment, de Marshall Allen et de Milford Graves. Ici, la musique n’est pas la même – là, revendique, et fort –, mais prouve qu’en quarante ans, Paul Bley ne se sera pas perdu, servant toujours un propos musical indispensable.

Paul Bley : About Time (Justin Time / Harmonia Mundi)
Enregistrement : 2007. Edition : 2008.
CD : 01/ About Time 02/ Pent-Up House
Guillaume Belhomme © Le son du grisli


Fred Frith, Danielle Palardy Roger: Pas de deux (Ambiances magnétiques - 2008)

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Faisant de l’enregistrement de deux concerts donnés ensemble le matériau de base avec lequel bâtir Pas de deux, la percussionniste Danielle Palardy Roger et le guitariste Fred Frith élaborent un objet sonore aussi charmant que dérangé.

De râles autrement découpés en relectures faites à l’envers, d’usages instrumentaux en décalages en exercices de style bruitistes et répétitifs, le duo met au jour un psychédélisme las qui aurait échangé son envie d’en imposer contre le détachement altier à opposer à tout idéal insaisissable : alors, sous l’expérimentation, d’heureuses découvertes.

CD: 01/ Dernier cri 02/ Arpeggio’s Dreamscape 03/ Sala Rossa 04/ L’auberge des quatre vents 1 05/ L’auberge des quatre vents 2 06/ Sala Nera 07/ Jeux de l’oblivion 08/ Adieu Jonquière >>> Fred Frith, Danielle Palardy Roger - Pas de deux - 2008 - Ambiances magnétiques. Distribution Orkhêstra International.


Xavier Charles, Otomo Yoshihide: Difference Between the Two Clocks (Textile - 2008)

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Enregistré – en public et en studio – à l’occasion d’une tournée au Japon effectuée par Xavier Charles en 2005, Difference Between the Two Clocks donne à entendre le clarinettiste aux côtés d’Otomo Yoshihide.

En public, d’abord : la demi-heure de Tokyo Live faisant défiler de longues notes de clarinette et leurs parallèles électriques : notes arrachées à sa guitare par Yoshihide et inévitables larsens incapables de lasser qui les attendait pourtant. Pratiques expérimentales en déséquilibre, jointes un moment puis disctinctes, judicieuses dans l’un et l’autre cas.

En studio, le duo amasse des trouvailles : propositions lasses et enchantées d’une clarinette traînante auprès de résidus métalliques envisageant toutes résonnances pour espérer être bientôt développés. Vacillant sur la fin après avoir été véhément, le transport retrouve le silence auquel il avait cru pouvoir s’opposer, s’y réfugiant même. Imparable.

CD: 01/ Tokyo Live 02/ Studio 9.44 03/ Studio 3.24 04/ Studio 4.43  >>> Xavier Charles, Otomo Yoshihide -  Difference Between the Two Clocks - 2008 - Textile Records.



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