Le son du grisli

Bruits qui changent de l'ordinaire


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Amanda Stewart, Jean-Luc Guionnet: Non-Songs (La barque - 2008)

BarqueGris

Sur Non-Songs, enregistrement sorti de la collaboration d’Amanda Stewart (poète australienne) et de Jean-Luc Guionnet (saxophoniste français) et disque proposé avec le cinquième numéro de la revue La barque – là : quelques traductions d’œuvres de Stewart aux côtés d’autres textes, critiques ou littéraires –, retrouver, mêlées, deux formes de langage (sinon plus).

Celui fait de longues notes de saxophone alto, de souffles et de dérives sonores faites accompagnement, et celui d’une action littéraire expérimentale, que Stewart manipule avec savoir-faire et implication. Partagés, silences et râles rapprochent encore le murmure de l’une et la rumeur de l’autre, finissent même par conjuguer leurs différences pour qu’aboutisse enfin l’expression harmonieuse.

CD: Amanda Stewart, Jean-Luc Guionnet - Non-Songs - 2008 - Revue La barque, n°5.

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Jim McAulay: The Ultimate Frog (Drip Audio - 2008)

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Membre discret d’un Acoustic Guitar Trio dans lequel évoluait aussi Nels Cline, le guitariste Jim McAuley voit aujourd’hui paraître un double-album composé de titres qu’il enregistra en duo avec son ancien partenaire, ainsi qu’avec le violoniste Leroy Jenkins, le contrebassiste Ken Filiano et le percussionniste Alex Cline.

Souvent improvisées, les rencontres ont pour point commun un mélange de genres assumé : pièces déconstruites et anguleuses élaborées avec Jenkins (Improvisation #12) ou Filiano (Escape Tone), épreuves d’un minimalisme répétitif (Improvisation #5) ou expérimental (Froggy’s Magic Twanger), morceaux de folk atmosphérique (November Night) ou d’un blues quelques fois insipide (Jump Start). L’ensemble, de receler quelques moments de grâce.


Jim McAuley, Leroy Jenkins, A Ditty for NC (extrait). Courtesy of Drip Audio.

CD1: 01/ Improvisation #12 02/ Nika’s Love Ballad 03/ Improvisation #5 04/ November Night 05/ Improvisation #1 06/ Escape Tones 07/ A Ditty for NC 08/ Improvisation #6 09/ The Zone of Avoidance 10/ Froggy’s Magic Twanger 11/ Huddie’s Riff 12/ Il Porcelino – CD2: 01/ Jump Start 02/ Improvisation #9 03/ Bullfrogs and Fireflies 04/ Successive Approximations 05/ Improvisation #11 06/ Five’ll Get Ya’ Ten 07/ Work with Sharp 08/ ‘’No Snarel” 09/ Improvisation #10 10/ Angie Moreli Truly Confesses 11/ Okie Dokie 12/ For Rod Poole >>> Jim McAulay - The Ultimate Frog - 2008 - Drip Audio.

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Jacob Kirkegaard : Labyrinthitis (Touch, 2008)

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Derrière les drones tenaces commandés par Jacob Kirkegaard – lignes de fuite enveloppantes élevées sur de plus aigues, notes cristallines étirées à loisir puis changées en impatientes et finalement fragmentées – et sous ses airs d’ambient constructiviste, l’horizon de Labyrinthitis est fait aussi des réactions de qui l’écoute aux impulsions discrètes qui ne cessent de l’y provoquer.

Sans dire que Kirkegaard élève ici l’acouphène au rang d’œuvre d’art, celui-ci expose l’auditeur à quelques sifflements et bourdons instinctifs, et donc, le met à contribution le temps d’édifier une œuvre qu’il n’aura aucune raison, ensuite, de juger incomplète ou triviale. Parce qu’elle le changera aussi des sourcilleux audiogrammes, non pas tant sur la forme que sur la relativité des résultats qu’il doit en attendre. 

Jacob Kirkegaard: Labyrinthitis (Touch)
Edition : 2008.
CD : 01/ Labyrinthitis
Guillaume Belhomme © Le son du grisli

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The Magic I.D. : Till My Breath Gives Out (Erstwhile, 2008)

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Emmené par Christof Kurzmann (entendu jadis auprès de John Butcher ou Steve Lacy) et Michael Thieke (membre notamment du Clarinet Trio), The Magic I.D. compose un premier album d’une électroacoustique soumises à influences – David Grubbs, Mark Hollis ou Stina Nordenstam – ainsi qu’à l’originalité de son instrumentation (voix, guitares et clarinettes).

D’allure plutôt lente, l’ensemble défend souvent une pop atmosphérique ou un folk mouvant, aux mélodies instituées sur boucles et déviant selon l’effet des interventions. Capables de quelques maladresses (voix ici trop appuyée ou improvisation virant là au refrain stérile), The Magic I.D. parvient sur la longueur à imposer avec Till My Breath Gives Out (première référence d’une section pop ouverte par le label Erstwhile) un idéal musical polyphonique et polymorphe, rare et presque singulier ; prometteur, surtout. 

The Magic I.D. : Till My Breath Gives Out (Erstwhile / Orkhêstra Interational)
Edition : 2008.
CD : 01/ True Holiday 02/ Feet Deep 03/ Wintersong 04/ Martin Fierro 05/ From the Same Road 06/ Loopstück
Guillaume Belhomme © Le son du grisli 

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Joëlle Léandre, Akosh S.: Kor (Leo Records - 2008)

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Quelques années après leur première collaboration, Joëlle Léandre et Akosh Szelevényi redirent à l’Olympic Café, Paris, l’intensité commune de leur démarche improvisée.

Graves, forcément, l’archet et le saxophone : Part 1 à peine ouvert et, immédiatement, le transport en terres bouleversées : grincements de contrebasse et mélodies discrètes d’une Europe introuvable à force de revendiquer plusieurs centres, folklores interrompu ensuite par un mouvement de clochettes et une série majestueuse de pizzicatos dérangés.

Progressions difficiles, aussi – souffles en peine contre râles accrocheurs (Part 2) – et puis Balkans réinventés : diphonies chassées par le tumulte (Part 4) ou pièces contemplatives nées d’incantations plus rassurantes (Part 7). Ainsi, différemment et avec naturel, clarinette basse, saxophones et flûtes, auront opposé avec adresse quelques chimères mélodiques à l'imaginaire percussif et lyrique d’une Léandre qui ne faiblit pas (Part 6).

CD: 01/ Part 1 02/ Part 2 03/ Part 3 04/ part 4 05/ Part 5 06/ Part 6 07/ Part 7 >>> Joëlle Léandre, Akosh S. - Kor - 2008 - Leo Records. Distribution Orkhêstra International.

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Richard Pinhas, Merzbow: Keio Line (Cuneiform - 2008)

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L’avenir réservait donc des surprises : parmi celles-là, la rencontre de Richard Pinhas (Heldon) et Masami Akita (Merzbow), vétérans d’une internationale bruitiste et héros pas fatigués d’en entendre.

Déposant en prenant son temps d’autres amalgames insatiables de notes de guitare allongées, le duo s’engage sur la voie d’un psychédélisme éloquent mais vain, parce que toujours insatisfait de ses trouvailles superbes (déflagrations sonores et méandres mis au jour) comme de ses déroutes : turbulences gâchées par un effet de guitare trompeur ou beat parfois suranné revendiquant son droit à polluer l’entier espace sonore.

Deux disques recommandables, pourtant, parce que l’essentiel de Keio Line est à trouver dans son développement sinueux, qu’il faut suivre – regretter telle décision pour succomber à telle autre – et suivre encore, pour se rendre enfin compte que chaque écoute permet d’entendre autrement.

Richard Pinhas, Merzbow : Keio Line (Cuneiform / Orkhêstra International)
Edition : 2008.
CD1 : 01/ Tokyo Electric Guerilla 02/ Ikebukuro : Tout le monde descend ! 03/ Shibuya AKS - CD2 : 01/ Merzdon / Heldow Kills Animals Killers 02/ Chaos Line 03/ Fuck the Power (and Fuck Global Players)
Guillaume Belhomme © Le son du grisli

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McPhee, Trzaska, Rosen: Intimate Conversations (Not Two - 2007)

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A Cracovie – Alchemia, toujours – Joe McPhee (saxophone ténor) et Jay Rosen (batterie) ouvraient Intimate Conversations en duo, augmenté lorsqu’arrive Mikolaj Trzaska (saxophones, clarinette basse), musicien de l’endroit ayant œuvré à une avant-garde polonaise appelée « yass » et entendu déjà auprès de Lester Bowie, Peter Brötzmann ou des frères Oles.

D’interventions communes – entrelacs improvisés et réfléchis – en solos motivants, McPhee et Trzaska construisent avec le soutien discret de Rosen – qui adresse au milieu du disque un bel hommage à Max Roach – un dialogue de sages, capables quand même d’emportements mais davantage intéressés par l’idée d’une interaction comptant sur la mesure profitable à toute première rencontre : posément, les trois hommes s’entendent alors, réléguant toutes définitions – le free jazz est un oxymore, écrit McPhee dans les notes qui accompagnent le disque – pour mieux composer un bouquet rare de méditations subtiles.

CD: 01/ Was It Something I Said ? 02/ Maybe Not 03/ If I Would I Could 04/ Did I Forget Darfur/What God ? 05/ An intimate Conversation #1 06/ An Intimate Conversation #2 07/ North Star (For Max Roach) 08/ An Intimate Conversation #3 09/ Dom’s Matrix 10/ Snowflakes on Flowers 11/ And Then 12/ King to King’s Bishop >>> Joe McPhee, Mikolaj Trzaska, Jay Rosen - Intimate Conversations - 2007 - Not Two [téléchargement].

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Ernst-Ludwig Petrowsky, Michael Griener : The Salmon (Intakt, 2008)

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Sorti du Zentralquartett, le multi-instrumentiste Ernst-Ludwig Petrowsky (saxophones, clarinettes et flûte) enregistrait en 2005 en compagnie du batteur Michael Griener The (mais, en fait : onze) Salmon.

Vibrionnant dès l’ouverture, Petrowsky ne donne pas pour autant dans une improvisation intempestive : souvent mesuré dans ses propositions, cherchant plutôt à fomenter en compagnie de son partenaire une alternative musicale oscillant entre emportements tournant autour de motifs d'abord plusieurs fois répétés et morceaux d’atmosphères quiètes lorsqu’elles ne proviennent pas d’une pratique instrumentale expérimentant. Griener, lui, passe d’interventions convulsives en suggestions chromatiques ; remonte, à contre-courant, le lit de l’improvisation. Le duo, de s’en sortir ainsi avec finesse, voire esprit.

CD: 01/ Salmon No. 1 02/ Salmon No. 2 03/ Salmon No. 3 04/ Salmon No. 4 05/ Salmon No. 5 06/ Salmon No. 6 07/ Salmon No. 7 08/ Salmon No. 8 09/ Salmon No.9 10/ Salmon No. 10 11/ Salmon No. 11 >>> Enrst-Ludwig Petrowsky, Michael Griener - Salmon - 2008 - Intakt. Distribution Orkhêstra International.

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Jérôme Sabbagh: One Two Three (Bee Jazz - 2008)

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Avoir gagné New York aurait-il enfin permis à Jérôme Sabbagh de trouver enfin à dire de façon plus originale l’intérêt qu’il porte au jazz ? Peu convaincant jusque-là en quartette, le saxophoniste opère un passage en trio qui pourrait changer la donne.

Sur One Two Three, il s’attaque ainsi à quelques standards (autre changement de taille et opérant) signés Thelonious Monk, Billy Strayhorn, Bud Powell ou Bill Evans, qui révèlent chez lui un penchant certains pour les pianistes et lui permettent de mieux s’en sortir. Avec le soutien du contrebassiste Ben Street et du batteur Rodney Green, s’il lui arrive encore de frôler la transparence (Body and Soul), il fait le plus souvent preuve d’un tact capable de mettre au jour un middle jazz d’un genre nouveau : influences plus anciennes que celles généralement avancées par les musiciens de sa génération revues à la lumière d'usages post-coltraniens maintenant digérés, qui n'arrêtent pas de fleurir un swing attentionné à coups d’instabilités et d’approximations provocantes. Encourageant.

CD: 01/ Conception 02/ Work 03/ Body and Soul 04/ Just in Time 05/ Turn Out the Stars 06/ Boo Boo’s Birthday 07/ Tea for Two 08/ Monopoly 09/ Chelsea Bridge >>> Jérôme Sabbagh [écoute] - One Two Three - 2008 - Bee Jazz - Distribution Abeille Musique.

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Anthony Pateras : Chromatophore (Tzadik, 2008)

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Après l’excellent Chasms, Anthony Pateras présente Chromatophore, exposé de travaux plus ou moins récents, surtout : différemment menés.

Dirigeant l’Ensemble of the Australian National Academy of Music – et en consacrant donc l’existence –, Pateras ouvre une boîte de musiques tourmentées, craintives à l’idée d’être trop exposées : pièces d’une électroacoustique aux reliefs rares pour tout miser sur la planéité d’un discours lorsqu’elles n’hésitent pas entre intervention d’un chœur implorant (Automatons), improvisations sur piano préparé (When Objects Dream) et explorations sonores exclusivement électroniques (JWT). 

Anthony Pateras : Chromatophore (Tzadik / Orkhêstra International)
Edition : 2008.
CD : 01/ Chromatophore 02/ 76755 I 03/ 76755 II 04/ 76755 III 05/ 76755 IV 06/ 76755 V 07/ Automatons 08/ When Objects Dream 09/ JWT 10/ Autophagy
Guillaume Belhomme © Le son du grisli

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