Le son du grisli

Bruits qui changent de l'ordinaire

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Christina Kubisch à NantesA paraître : le son du grisli #5En librairie : Bucket of Blood de Steve Potts

Byard Lancaster: Personal Testimony (Porter - 2008)

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Pour rééditer aujourd’hui Personal Testimony – disque que Byard Lancaster enregistra seul en 1979 – et l’augmenter de six titres – que Lancaster, toujours seul, enregistra en 2007 –, Porter Records précise : Byard Lancaster, Then and Now.

Then, Lancaster va de flûtes en piano, saxophones, clarinette basse et percussions, enregistre et réenregistre sur une même piste des oraisons d’allure mystique qui semblent n’absorber que lui (trois premiers titres de Personal Testimony) pour se montrer ensuite plus inspiré. Alors, il somme à son langage de se laisser transmettre : jouant du décalage de deux intentions de clarinette basse différentes (Brotherman) ou réclamant à l’alto qu’on lui reconnaisse une singularité d’action dans le champ du free jazz (Brian, Mind Exercice).

Now, plus anecdotique, fait davantage de place à la flûte traversière, et redit qu’il faut, dans cette collection de solos, trouver la véritable originalité de Lancaster dans les sonorités d’autres instruments à vents, embouchés jadis.


Byard Lancaster, Marianne and Alica. Courtesy of Porter Records.

CD: 01/ Miss Nikki 02/ In Lovingkindness 03/ Dogtown 04/ Hoodoo 05/ Brotherman 06/ What a Friend We Have in Jesus 07/ Marianne and Alica 08/ Brian 09/ Mind Exercice 10/ Prayer Cry 11/ Tribalize Lancaster 12/ Afro-Ville 13/ Free Mumia 14/ Global Key 15/ Loving You >>> Byard Lancaster - Personal Testimony (Then and Now) - 2008 - Porter Records. Distribution Orkhêstra International.

Byard Lancaster déjà sur grisli
Live at Macalester College (Porter - 2008)
Ancestral Link Hotel (Cimp - 2006)
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Indigo Trio: Anaya (Rogue Art - 2009)

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A force de jouer ensemble, Nicole Mitchell (flutes, piccolo), Harrison Bankhead (contrebasse, violoncelle) et Hamid Drake (percussions), auront fini par composer cet Indigo Trio dont Anaya est le premier enregistrement.

Ouvert sur un air efficace de great black music œcuménique (Sho Ya Right), Anaya nuance ensuite son propos : à coups de combinaisons d’impressions magnétiques et de tourmentes soudaines (A Child’s Curiosity) ou d’épreuves d’une musique intense pour être née de l’accord de trois concentrations (Song for Ma'at (Ma-ah-t)). 

Lorsqu’elle ne se laisse pas dépasser par l’art de ses partenaires (l’association se montre alors capable de tiédeur sur Anaya with the Moon ou Beloved’s Reflection), Mitchell se montre inspirée comme rarement auparavant : son lyrisme habituel transcendé par l’allure qu’elle a ici d’un oiseau emporté par les courants contraires et pourtant chantant juste : Wheatgrass et Anaya with the Sunlight en guise de meilleures preuves. Voilà pourquoi Anaya aura gagné le statut de référence de la discographie de la flûtiste.

CD: 01/ Sho Ya Right 02/ A Child's Curiosity 03/ Anaya with the Sunlight 04/ Song for Ma'at (Ma-ah-t) 05/ Beloved's Reflection 06/ Wheatgrass 07/ Anaya with the Moon 08/ Affirmation of the One >>> Indigo Trio - Anaya - 2009 - Rogue Art.


Jean Bordé: Morceau en forme de la (Appel Music - 2009)

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Ayant découvert l’improvisation auprès de Keith Tippett, Jean Bordé – jeune contrebassiste musicalement éduqué au piano – l’a depuis éprouvée en compagnie de John Russell, Roger Turner, John Butcher, Pascal Marzan ou Dan Warburton.

Seul, pourtant, Bordé enregistra Morceau en forme de la. Sur le disque : deux contrebasses, un piano et un violon, entre lesquels il va et vient de mélodies intrigantes (et souvent enfouies) en pratiques discordantes, s’adonnant partout aux plaisirs d’une affable musique défaite : gestes minuscules ici, instants de gravité ailleurs. Morceau en forme de la changé en disque d’une variété instrumentale pragmatique et soignée.

CD-R: 01/ Morceau en forme de la >>> Jean Bordé - Morceau en forme de la - 2009 - Appel Music.


Mats Gustafsson, Cor Fuhler: Split LP Series #3 (Narrominded - 2009)

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Sur un trente-trois tours qu’ils partagent, Mats Gustafsson et Cor Fulher font état de l’avancée de leurs pratiques iconoclastes, et accordent à distance leurs préoccupations du moment.

Sur l’étendue de la première face, le saxophoniste amasse ainsi les effets d’un langage acoustique agité (souffles et sifflements, prises de bec et défilé de notes en chute libre) avant de revoir son emportement sur le crachin sonore qui prend peu à peu possession de la pièce. Haletant, conclut Sleeping Instructions.

De son côté, Fulher investit en deux chapitres le champ d’une électroacoustique ombreuse : introduction rampante de Tengam contre apposition de frêles notes de piano et de cordes vibrantes sur un bourdon électrique adhérant : Repus, qui rappelle ainsi quelques grands travaux d’Alvin Lucier. Lignes brisées et lignes claires, toutes en fuite, ainsi accommodées en split.


Mats Gustafsson, Sleeping Instructions (extrait).


Cor Fuhler, Tengam (extrait). Courtesy of Narrominded.

LP: A/ Mats Gustafsson : Sleeping Instructions B1/ Cor Fuhler : Tangam B2/ Cor Fuhler : Repus >>> Mats Gustafsson, Cor Fuhler - Split LP Series #3 - 2009 - Narrominded.

Mats Gustafsson déjà sur grisli
Andre Sider af Sonic Youth (SYR - 2008)
The Fat is Gone (Smalltown Superjazz - 2007)
Critical Mass (Psi - 2005)


Arthur Doyle : Nature Boy (Homeboy, 2009)

arthur doyle nature boy

Fin août 1972 – soit, quelques années avant la parution de son premier enregistrement personnel –, Arthur Doyle jouait au Studio Rivbea de Sam Rivers : là, donnait en compagnie du tromboniste Charles Stephens et du batteur Rashied Sinan une relecture emportée de Nature Boy.

Du titre d'Eden Ahbez que Nat King Cole transforma en standard, Doyle fait un prétexte à la déposition d'une esthétique de fulgurances : abrasive et expiatoire, le musicien passant de saxophone ténor en flûte et clarinette basse avec toujours la même frénésie. Ailleurs, laisse toute la place à Stephens, musicien moins expressionniste mais grâce auquel la reprise profite de contrastes inattendus, installés sur les roulements porteurs de Sinan.

Si la qualité sonore du disque n'est pas à la hauteur de la musique qu'il renferme, Nature Boy a le mérite d'allonger la discographie d'Arthur Doyle d'une référence et de trente minutes d'intensité indispensables. Musicien du free inspiré par un standard, Doyle réinvestissait le même il y a quelques années encore, seul ou en compagnie de Sunny Murray

Arthur Doyle : Nature Boy (Homeboy).
Enregistrement : 1972. Edition : 2009.
CD-R: 01/ Nature Boy
Guillaume Belhomme © Le son du grisli



The Vandermark 5 : Alchemia, 14-15 mars 2009

the vandermark 5 krakow march 2009

En février et mars dernier, Ken Vandermark fit tourner son quintette en Europe. A Rotterdam, Cadix ou Cologne, on put ainsi entendre The Vandermark 5, qui conclua sa tournée les 14 et 15 mars dans les caves de l’Alchemia, café de Cracovie où le groupe a ses habitudes depuis qu’il y a passé une semaine en 2004 – ces concerts du groupe (qui employait alors le tromboniste Jeb Bishop) se trouvent consignés sur Alchemia, coffret renfermant douze disques publié par le label polonais Not Two. Cette année, deux soirées seulement, donc, et une formation qui n’est plus la même : pour donner à entendre à la place de Bishop le violoncelliste Fred Lonberg-Holm, déjà présent sur l’indispensable Beat Reader publié l’année dernière par le label Atavistic.  

Pour l’essentiel, le répertoire est neuf : que l’on retrouvera (puisqu’enregistré tout au long de ces deux soirs) sur une future référence du catalogue Not Two (Annular Gift) et qui permet au Vandermark 5 de mettre à l’épreuve sa nouvelle combinaison. Concentrés, les musiciens entament le premier des quatre sets donnés à Cracovie, qui tiendront parfois de la séance d’enregistrement partagée avec le public : Table, Skull, and Bottles inaugurant l’exercice sur l’air d’une musique de chambre aux arrangements soignés bousculé bientôt par le saxophone alto de Dave Rempis et l’archet vindicatif de Lonberg-Holm. Passant de saxophone baryton en clarinette, Vandermark dirige ensuite ses partenaires autant qu’il s’adonne avec eux à des jeux de construction polymaniaque (Heavy Chair, sur lequel Rempis n’en finira pas de bondir, Cadmium Orange, qui révèle les obsessions de musiciens envoûtés par la répétition) qui font confiance autant aux unissons impétueux qu’à toutes improvisations ardentes : solo du batteur Tim Daisy sur un titre du contrebassiste Kent Kessler (Latitude sophistiquée) ou dérives du baryton sur l’apaisant Early Color que signe Rempis.

Elargissant son champ d’action – allures ou attitudes différentes à appliquer à chacun des thèmes : dépositions d’atmosphères aléatoires faisant référence à l’école new yorkaise de musique contemporaine ou phases d’obstinations concertées ravivant les couleurs d’un jazz d’avant-garde mais efficient né à Chicago (The Ladder, en rappel, combinant à lui seul ces deux éléments) –, le Vandermark 5 attesta à Cracovie son évolution frondeuse : Lonberg-Holm prenant singulièrement le parti de la section rythmique (célébrer ici son entente avec Kessler) tandis que Vandermark, robuste et assuré, tire maintenant davantage de son association avec Rempis, au caractère plus affirmé – au passage, ne pas hésiter à aller l’entendre à la tête de son propre quartette sur The Disappointment of Parsley, dernière référence en date du catalogue Not Two enregistrée au même endroit quelques mois plus tôt. Plus que dans l’arrivée de Lonberg-Holm au sein du groupe, sans doute faut-il voir dans la fervente communion de Vandermark et Rempis les sources de la régénérescence d’une formation d’exception. Au sortir de la taverne obscure, avant de gagner la rue du miel qui longe le quartier de Kazimierz, l’évidence, en tout cas, en est là.

Guillaume Belhomme © Le son du grisli


Michael Blake, Kresten Osgood: Control This (Clean Feed - 2009)

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En compagnie du batteur danois Kresten Osgood – de ses partenaires fréquents –, le saxophoniste Michael Blake revient à Clean Feed au son de Control This, ouvrage d’un jazz porté par la tradition mais transcendé aussi par l’entente de deux réformateurs.

Une avant-garde de l’épure se met alors en place, pas provocante mais qui tire plutôt sa différence de la place inconfortable qu’elle réserve au swing sur Control This, à tous penchants mélodiques sur  Top Hat autant qu’à toute tentation de débordement sur Elephants Are Afraid of Mice. Passant d’alto en ténor, Blake évolue avec habileté sur l’accompagnement revêche de son partenaire, lorsqu’il ne plaide pas, à la suite de celui-ci, au changement d’allure insatiable et inspirant (Cotton Mouth). Le tout, soumis quand même à la grande leçon tirée par le saxophoniste de son passage au sein des Lounge Lizards : qui lui impose de ne jamais rien perdre de son efficience sous prétexte de laisser sa verve céder entièrement à l’énergie.

CD: 01/ Salutations 02/ Control This 03/ Creole Love Call 04/ Top Hat 05/ Elephants Are Afraid of Mice 06/  Cotton Mouth 07/ Cheryl >>> Michael Blake, Kresten Osgood - Control This - 2009 - Clean Feed. Distribution Orkhêstra International.

Michael Blake déjà sur grisli
Right Before Your Very Ears (Clean Feed - 2005)
Interview


Lapslap: Scratch (Leo - 2009)

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Quelques mois après la parution d’Itch, le trio composé de Michael Edwards (saxophone ténor, ordinateur), Martin Parker (cor, ordinateur) et Karin Schistek (piano), présente Scratch, qui l’installe encore mieux.

Pour, notamment, paraître bien moins l’œuvre de jeunes musiciens soignant leurs frénésies en ludothèque sonore et amonceler dans la mesure d’encourageants penchants improvisés : piano profitant des effets imprévisibles de la pédale de soutien, cor récalcitrant et ténor éreinté, se partageant les solos qui ponctuent cet essai d’électroacoustique assagie. Sur lequel Lapslap respecte les codes établis de l’improvisation britannique telle que l’histoire musicale la considère, tout en l'agrémentant des effets de postures rappelant celles de Charlemagne Palestine ou de John Zorn.


Lapslap, Zerbrötzeln. Courtesy of Lapslap. 

CD: 01/ Blau 02/ Throat Horn 03/ Zerbrötzeln 04/ Kettle 05/ Itchy 06/ Seep 07/ Pinned 08/ Gelb 09/ Bite 10/ Blödflocke 11/ Rustle >>> Lapslap - Scratch - 2009 - Leo Records. Distribution Orkhêstra International.


Loren Connors: The Curse of Midnight Mary (Family Vineyard - 2009)

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Une cassette retrouvée l’année dernière – son sale et satisfait – délivra un ancien enregistrement de Loren Connors : particulier, celui-ci donne à entendre le guitariste se laisser aller au blues sur la tombe de Mary E. Hart – ou Midnight Mary –, cimetière de New Heaven, en 1981.

Bravant la malédiction qui voudrait que tout importun passé près de la stèle après minuit commence à profiter aussitôt de la poignée de minutes d’existence à lui rester encore, Connors s’installe et parcourt d’une main molle une guitare passablement défaite. Inadapté courant derrière quelques rengaines d’un folk qu’il interrogera ensuite avec Kath Bloom et Tom Hanford, le guitariste élève une suite d’airs las et désenchantés qu’il entonne d’une morosité plaidant en faveur d'une absence de raison : caressant ici un hymne minuscule et obséquieux, dosant là son langage d’envoûté à la suite de l’exemple donné par Robert Johnson.

Aux deux-tiers de l’enregistrement, la voix avale de plus en plus les notes de guitare, oblige la musique à davantage de distance et réduit l’ensemble au témoignage actif de l’art brut d’un simili possédé : yodelant chant des stèles.

CD: 01/ Chant 1 02/ Chant 2 03/ Chant 3 04/ Chant 4 05/ Chant 5 06/ Chant 6 07/ Chant 7 08/ Chant 8 09/ Chant 9 >>> Loren Connors - The Curse of Midnight Mary - 2009 - Family Vineyard. Distribution Differ-ant.


Streifenjunko: No Longer Burning (Sofa - 2009)

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Premier enregistrement du duo norvégien Streifenjunko – fait du saxophoniste Espen Reinertsen et du trompettiste Eivind Lønning, tous deux entendus sur Varianter av døde trær –, No Longer Burning dispose de neuf vignettes hésitantes qui, amalgamées, se montrent capables de cohérence.

Changeant souvent d’enveloppe, la pratique instrumentale du duo commande différentes atmosphères : vague à l’âme transi respectant la trajectoires des lignes (Gamma Ray in Slow Display), récitation à l’unisson d’une mélodie perturbée (Plutonium Blues), superposition de sphères invoquée pour justifier une accumulation de lamentations et de murmures (Colored Like Coal).

Plus longs, les deux titres de la conclusion racontent des paysages au ciel bas, espace confiné d’un entre deux notes seulement (Stray With Me) et plaine indistincte partagée entre longs silences et projectiles expressionnistes (A Calm Radiance of Light or Heat). La musique des sphères, réinventée, et autrement accommodante. 

CD: 01/ Gamma Ray in Slow Display 02/ Clean Gasoline 03/ Plutonium Blues 04/ Under a Toxic Mist 05/ Colored Like Coal 06/ The Coldest Part of Winter 07/ Stray With Me 08/ Selection of Dead Trees 09/ A Calm Radiance of Light or Heat >>> Streifenjunko - No Longer Burning - 2009 - Sofa Music.



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