Le son du grisli

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Archives des interviews du son du grisli

Morton Feldman : Ecrits et paroles (Les presses du réel, 2009)

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« Je suis très soucieux de rendre les choses claires. » La préoccupation est de Morton Feldman, à retrouver dans Ecrits et paroles, somme indispensable – et en français – pour qui s’intéresse au compositeur.

Parce qu’elle est introduite par une monographie signée Jean-Yves Bosseur – co-éditeur avec Danielle Cohen-Levinas de cette publication –, qui survole avec tact l’œuvre de Feldman, puis donne la parole à l’intéressé : conversations reportées (avec Iannis Xenakis, John Cage, le peintre Philip Guston), écrits au gré desquels le compositeur dévoile un peu de son état d’esprit en commentant l’œuvre d’autres grands créateurs (Stravinsky, Varese, Cage encore) et semblants de manifestes personnels (L’angoisse de l’art, Symétrie tronquée).

Retrouver alors Feldman jonglant avec les notations singulières, redire l’importance de la peinture (celle des expressionnistes abstraits, mais aussi celles de Rembrandt, Pissaro, Cézanne, Mondrian) et délivrer le nom du livre qui aura décidé de sa « carrière professionnelle » : Jean-Christophe, de Romain Rolland. En conclusion, l’ouvrage rapporte les propos d’une intelligence rare tenus lors d’un colloque organisé à Francfort : souvenirs et rencontres, évocation de Kierkegaard, auteur du Concept de l’angoisse, qui épouse forcément l’art de Morton Feldman : « L’instant signifie le présent comme chose qui n’a ni passé, ni avenir ; car c’est là justement l’imperfection de la vie sensuelle. L’éternel signifie aussi le présent qui n’a ni passé ni avenir, mais cela même est sa perfection. »

Morton Feldman, Jean-Yves Bosseur, Danielle Cohen-Levinas : Ecrits et paroles (Les presses du réel)
Publication : 2009.
Guillaume Belhomme © Le son du grisli

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For Bunita Marcus (Hat Hut - 2009)
For Philip Guston (Wergo - 2008)
Triadic Memories (MDG - 2008)
Three Voices (Col Legno - 2006)
Morton Feldman Says (Hyphen Press - 2006)



Dan Warburton: Life in The Green House (Appel Music - 2009)

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Au Palais de Tokyo, à l’intérieur d’une installation de Peter Coffin dans laquelle auront aussi été invités à se produire Jean-François Pauvros, Pierre-Yves Macé ou encore Noël Akchoté, Dan Warburton s’emparait en 2007 de son violon et improvisait avec, en tête, l’idée de distraire les plantes.

Life in the Green House, enregistrement de cet étrange concert, pose aujourd’hui la question de l’importance de la situation ou de l’environnement dans la raison d’être de ce type d’exercice musical : sur disque, Warburton passe de pizzicatos minuscules en mouvements d’un archet dérouté, joue des pauses et des relances non sans ironie, caresse un instant une mélodie ou décide de buter sur une note frêle, impose enfin une diphonie déstabilisante ou porte de légers coups à son instrument. Ici et là, quelques passages convaincants ; ailleurs, moins de truculence. Dissocié de l’installation, il manquerait donc un je-ne-sais-quoi à l’enregistrement.

CD: 01/ Life in The Green House >>> Dan Warburton - Life in The Green House - 2009 - Appel Music.

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Alchemy (Not Two - 2008)
Compendium Maleficiarum III (Incunabulum Records - 2008)
Crescendo (Not Two - 2005)


Marilyn Crispell: Collaborations 2004 and 2007 (Leo - 2009)

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Ancienne partenaire de Braxton – à l’intérieur d’une des plus fameuses formations du saxophoniste –, Marilyn Crispell joua les leaders en 2004 et 2007 au Nya Perspektiv Festivals, aux côtés de quelques Scandinaves inspirés. Pour preuve, les enregistrements consignés sur Collaborations : deux en quartette (y entendre Fredrik Ljungkvist et Palle Danielsson) et trois en quintette (trouver là Magnus Broo, Lars-Goran Ulander et Per Zanussi), toutes formations portées par la batterie de Paal Nilssen-Love.

Aidée de trois, la pianiste progresse dans l’ombre de la clarinette de Ljungkvist, recourt à la paraphrase pour convaincre ses partenaires de découper leurs interventions sur la forme de motifs vivifiants (Quartet Collaboration), puis ponctue les phrases d’un Ljungkvist passé au saxophone ténor avec cet air de se cogner aux angles avant de sacrifier son développement chaotique à un mode lyrique moins convaincant (Aros).

Aidée de quatre, elle commande à force de vagues discrètes un engourdissement laissant beaucoup de possibilités à la trompette de Magnus Broo (Quintet Collaboration 1), transformées bientôt en plage d’emportement, dépose une progression sévère qu’interrompra l’archet déraillant de Per Zanussi : entrelacs irréprochable des instruments à vent sur Quintet Collaboration 2, avant qu’Ulander défaille et gâche un peu l’hymne minimaliste qu’est Silence Again. Pour le reste des deux expériences menées par l’impériale Crispell, aller entendre Collaborations.

CD: 01/ Quartet Collaboration 02/ Aros 03/ Quintet Collaboration 1 04/ Quintet Collaboration 2 05/ Silence Again >>> Marilyn Crispell - Collaborations 2004 and 2007 - 2009 - Leo Records. Distribution Orkhêstra International.

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The Stone Quartet (DMG/ARC - 2008)
Ithaca (Intakt - 2004)


Jean-Pierre Moussaron: L’amour du Jazz, 1. Portées (Galilée - 2009)

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Avec L’amour du jazz, Jean-Pierre Moussaron, qui publia jadis Feu le free ?, réinvestit le domaine musical et poursuit avec passion ses travaux d’esthétique. Ses goûts personnels, portés là par un langage singulier : qui lui permet de changer en objet littéraire surprenant ce qui aurait pu être un ouvrage satisfait de plus. Malgré un désir évident de respecter une classification personnelle (organisée autour de grands thèmes : rythme, rencontre, improvisation…), l’auteur devra s’en remettre bientôt au désordre charmant d’un cabinet de curiosités dépassé par l’envergure de sa collection.

Là, trouver alors évoqués souvenirs personnels et références discographiques incontournables ; suivre le cheminement de rapprochements philosophiques ou littéraires (Adorno, Heidegger, Hegel et Derrida, forcément, et puis l’empreint fait à Nietzsche des figures de Dionysos et d’Apollon bientôt rejointes par celle d’Hermès, personnifié ici par Cannonball Adderley ou Eric Dolphy) ; tomber soudain sur une constellation d’anecdotes et de raccourcis poétiques puis sur des listes de références jetées sur le papier, usurpant un peu de l’espace du livre dans le même temps qu’elles permettent de distinguer, parmi les noms incontournables du domaine, ceux de plus discrets ou de plus jeunes.

Qu’importe l’à-propos relatif de tel ou tel passage, l’évocation étrange ou l’appel lancé à un ancien texte philosophique capable de justifier tout et son contraire, l’essentiel, ici, est à trouver ailleurs : dans le fourre-tout halluciné né d’un débat d’idées mené à sens unique, dans la scansion euphorisante composée aussi bien de verbe que de repères imposés, enfin, dans l’élégie d’un amour démesuré soudain transformé en ivresse de lecture.

Livre: Jean-Pierre Moussaron - L’amour du jazz, 1. Portées - 2009 - Editions Galilée.


Milo Fine: Ananke (Emanem - 2009)

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S’astreignant, sur l’essentiel d’Ananke, à n’intervenir que sur piano, Milo Fine construit seul ou en trio un disque qui atteste d’autres penchants percussifs et cinglants.

En compagnie de Jaron Childs (saxophone alto) et de Davu Seru (batterie), il fomentait en 2007 une étrange musique des sphères pour la défense de laquelle il va souvent voir à l’intérieur de son instrument. Hésitante, la progression de la première partie d’Ananke Trio va de fausses notes (piano usagé les commandant) en cris de possédés et autres dérélictions électroniques que le leader oppose aux emportements de ses partenaires. L’oppressant ensuite encore davantage, la motivation des mêmes l’oblige à se changer en percussionniste acharné (Ananke Trio - Part 2) ou en pianiste au lyrisme tempétueux (Ananke Trio - Part 3).

Datant de l’année précédente, les quatre solos qui suivent font état d’autres emballements, tout à coup interrompus ou, au contraire, rattrapés par plus dévastateurs qu’eux : dérapages tonals et furieuses déferlements sonores. Expérience moins viable que celle élaborée en trio, mais capable de satisfaire sur le moment tout amateur de tapage avide d’espace à combler.

CD: 01/ Ananke Trio - Part 1 02/ Ananke Trio - Part 2 03/ Ananke Trio - Part 3 04/ Ananke Solo - Part 1 05/ Ananke Solo - Part 2 06/ Ananke Solo - Part 3 07/ Ananke Solo - Part 4 >>> Milo Fine - Ananke - 2009 - Emanem. Distribution Orkhêstra International.

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Contiguous Chunks (Shih Shih Wu Ai - 2007)
Shadow Company (Emanem - 2005)
Ikebana (London Encounters 2003) (Emanem - 2004)



Bruce Friedman: O.P.T.I.O.N.S. (pfMENTUM - 2009)

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La précipitation qui ouvre O.P.T.I.O.N.S. (pour Optional Parameters To Improvise Organized Nascent Sounds), que le trompettiste Bruce Friedman enregistra en compagnie d’une dizaine de musiciens, peine  à rendre ce dont peut être capable l’improvisation d’un ensemble aux interventions conseillées par des symboles écrits : où l’on convoque Berio, Anthony Braxton et Carla Bley.

Du chahut d’ouverture, retenir quand même l’implication des musiciens présents, qui passent ensuite de cacophonie récréative en développement de pièces abstraites parfois étonnantes – pour réussir à concilier la flûte d’Ellen Burr et le clavier d’Emily Beezhold, l’euphonium d’Eric Sbar et une section de cordes vicieuse. Polyphonie agitée et musique de chambre tranchante (la batterie de Rich West donnant, notamment sur MCT - 3, son allure chaotique à la réussite du projet), l’ouvrage de Friedman convainc des ressources de sa méthode.


Bruce Friedman, Monochromatic Textures (MCT - 1). Courtesy of pfMENTUM.

CD: 01/ Monochromatic Textures (MCT-1) 02/ MCT - 2 with Solos 03/ MCT - 3 with Solos 04/ MCT - 4 with Duos >>> Bruce Friedman - O.P.T.I.O.N.S. - 2009 - pfMENTUM.


Fred Frith: Still Urban / The Big Picture (Intakt - 2009)

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Auprès de l’Arte Quartett (saxophones ténor, alto, soprano et baryton, d’Andrea Formenti, Sascha Armbruster, Beat Hofstetter et Beat Kappeler), Fred Frith enregistrait en janvier 2008 la matière de deux disques : Still Urban et The Big Picture.

Sur le premier, le guitariste joue une autre fois avec les références qui ont confectionné son esthétique : rumeur urbaine et déconstructions anguleuses, intérêts bruitistes tout à coup emportés par la mélancolie d’une mélodie servie avec délicatesse (par le soprano d’Hofstetter sur Landscape With or Without Edges ou de l’entier quartette sur Nervous When I Turned). Ainsi, établit un rapport charmant entre musique de chambre expérimentale et vocabulaire du jazz – celui du World Saxophone Quartet, notamment, sur Everywhere Hastily We Followed.

Avec les mêmes, et puis la pianiste Katharina Weber et le percussionniste Lucas Niggli, Frith révéla The Big Picture, œuvre moins inspirée malgré ses avantages (arrangements, notamment). Là, une suite de vignettes donne à entendre le guitariste investir le champ d’un minimalisme clair, avant qu’une autre suite (Freedom in Fragments, écrite à l'origine pour le Rova Saxophone Quartet) combine dans la soie de rares interventions provocantes et quelques airs timides d’influence vraisemblablement irlandaise. Selon ses intérêts (musique retorse ou policée), à l’auditeur de définir sa priorité.

CD: Still Urban : 01/ Part 1: Landscape With or Without Edges 02/ Part 2: Door Won’t Open, Door Won’t Close 03/ Part 3: Nervous When I Turned 04/ Part 4: Family Ties 05/ Part 5: Science to Someone Living 06/ Part 6: Glass and Mirror Cut to Size 07/ Part 7: Everywhere Hastily We Followed 08/ Part 8: Two Blinkings of an Eyelid 09/ Part 9: Near Future Faith >>> Fred Frith - Still Urban - 2009 - Intakt Records. Distribution Orkhêstra International.

CD: The Big Picture : 01/ The Big Picture Part 1 02/ The Big Picture Part 2 03/ The Big Picture Part 3 04/ The Big Picture Part 4 05/ The Big Picture Part 5 06/ The Big Picture Part 6 07/ Introduction: The Power of Prayer 08/ Some Assembly Required 09/ Hopscotch (for John Zorn) 10/ Confess 11/ Song and Dance 12/ Void Where Prohibited 13/ Rosali’s Song 14/ Red Rag 15/ Significant Restrictions Apply 06/ Boyan’s Problem 17/ Kick It 18/ Nostalgia 19/ Batteries Not Included 20/ T. Square Park Lark (for Frank Zappa) 21/ The Power of Prayer: Coda >>> Fred Frith - The Big Picture - 2009 - Intakt Records. Distribution Orkhêstra International.

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Pas de deux (Ambiances magnétiques - 2008)
Back to Life (Tzadik - 2008)
The Art of Memory II (Rèr Recommended - 2008)
The Stone : Issue 2 (Tzadik - 2007)
The Compass, Log and Lead (Intakt - 2005)
Interview


Byard Lancaster: Personal Testimony (Porter - 2008)

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Pour rééditer aujourd’hui Personal Testimony – disque que Byard Lancaster enregistra seul en 1979 – et l’augmenter de six titres – que Lancaster, toujours seul, enregistra en 2007 –, Porter Records précise : Byard Lancaster, Then and Now.

Then, Lancaster va de flûtes en piano, saxophones, clarinette basse et percussions, enregistre et réenregistre sur une même piste des oraisons d’allure mystique qui semblent n’absorber que lui (trois premiers titres de Personal Testimony) pour se montrer ensuite plus inspiré. Alors, il somme à son langage de se laisser transmettre : jouant du décalage de deux intentions de clarinette basse différentes (Brotherman) ou réclamant à l’alto qu’on lui reconnaisse une singularité d’action dans le champ du free jazz (Brian, Mind Exercice).

Now, plus anecdotique, fait davantage de place à la flûte traversière, et redit qu’il faut, dans cette collection de solos, trouver la véritable originalité de Lancaster dans les sonorités d’autres instruments à vents, embouchés jadis.


Byard Lancaster, Marianne and Alica. Courtesy of Porter Records.

CD: 01/ Miss Nikki 02/ In Lovingkindness 03/ Dogtown 04/ Hoodoo 05/ Brotherman 06/ What a Friend We Have in Jesus 07/ Marianne and Alica 08/ Brian 09/ Mind Exercice 10/ Prayer Cry 11/ Tribalize Lancaster 12/ Afro-Ville 13/ Free Mumia 14/ Global Key 15/ Loving You >>> Byard Lancaster - Personal Testimony (Then and Now) - 2008 - Porter Records. Distribution Orkhêstra International.

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Live at Macalester College (Porter - 2008)
Ancestral Link Hotel (Cimp - 2006)
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Indigo Trio: Anaya (Rogue Art - 2009)

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A force de jouer ensemble, Nicole Mitchell (flutes, piccolo), Harrison Bankhead (contrebasse, violoncelle) et Hamid Drake (percussions), auront fini par composer cet Indigo Trio dont Anaya est le premier enregistrement.

Ouvert sur un air efficace de great black music œcuménique (Sho Ya Right), Anaya nuance ensuite son propos : à coups de combinaisons d’impressions magnétiques et de tourmentes soudaines (A Child’s Curiosity) ou d’épreuves d’une musique intense pour être née de l’accord de trois concentrations (Song for Ma'at (Ma-ah-t)). 

Lorsqu’elle ne se laisse pas dépasser par l’art de ses partenaires (l’association se montre alors capable de tiédeur sur Anaya with the Moon ou Beloved’s Reflection), Mitchell se montre inspirée comme rarement auparavant : son lyrisme habituel transcendé par l’allure qu’elle a ici d’un oiseau emporté par les courants contraires et pourtant chantant juste : Wheatgrass et Anaya with the Sunlight en guise de meilleures preuves. Voilà pourquoi Anaya aura gagné le statut de référence de la discographie de la flûtiste.

CD: 01/ Sho Ya Right 02/ A Child's Curiosity 03/ Anaya with the Sunlight 04/ Song for Ma'at (Ma-ah-t) 05/ Beloved's Reflection 06/ Wheatgrass 07/ Anaya with the Moon 08/ Affirmation of the One >>> Indigo Trio - Anaya - 2009 - Rogue Art.


Jean Bordé: Morceau en forme de la (Appel Music - 2009)

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Ayant découvert l’improvisation auprès de Keith Tippett, Jean Bordé – jeune contrebassiste musicalement éduqué au piano – l’a depuis éprouvée en compagnie de John Russell, Roger Turner, John Butcher, Pascal Marzan ou Dan Warburton.

Seul, pourtant, Bordé enregistra Morceau en forme de la. Sur le disque : deux contrebasses, un piano et un violon, entre lesquels il va et vient de mélodies intrigantes (et souvent enfouies) en pratiques discordantes, s’adonnant partout aux plaisirs d’une affable musique défaite : gestes minuscules ici, instants de gravité ailleurs. Morceau en forme de la changé en disque d’une variété instrumentale pragmatique et soignée.

CD-R: 01/ Morceau en forme de la >>> Jean Bordé - Morceau en forme de la - 2009 - Appel Music.



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