Le son du grisli

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Jackie McLean de Guillaume BelhommeParution : le son du grisli #5PJ Harvey : Dry de Guillaume Belhomme
Archives des interviews du son du grisli

The Nu Band: Lower East Side Blues (Porter Records - 2009)

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Depuis 2003, The Nu Band composait sur l’instant avec les inspirations de Roy Campbell (trompette), Mark Whitecage (saxophone alto, clarinette), Joe Fonda (contrebasse) et Lou Grassi (batterie), une musique allant et venant entre vocabulaire bop et permissions free.

Sur Lower East Side Blues, la même chose : bop affirmé du morceau-titre (en hommage à Charlie Parker), composition à la goguenardise mise à mal par la nonchalance de la contrebasse, ou swing persifleur de The Last of The Beboppers ; et puis, développements plus intenses d’In a Whitecage / The Path et d’Heavenly Ascending, susceptibles de dériver à tout moment vers des plages d’improvisation exaltée. Ailleurs, une impression d’Afrique sur laquelle Whitecage et Campbell s’adonnent à la paraphrase, et l’indomptable Connecticut Solution, sur lequel Fonda passe d’un gimmick irrésistible à quelques phrases glissantes auxquelles ses partenaires ne peuvent résister. Avec cet ouvrage d’opulence, The Nu Band comble donc les attentes qui avaient suivi l’écoute de The Dope and The Ghost.

CD: 01/ Lower Eastside Blues 02/ In a Whitecage / The Path 03/ Connecticut Solution 04/ The Last of The Beboppers 05/ Heavenly Ascending 06/ Aventi Galoppi 07/ Like Sonny >>> The Nu Band - Lower East Side Blues - 2009 - Porter Records. Distribution Orkhêstra International.

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The Dope and The Ghost (Not Two - 2007)



Okkyung Lee, Peter Evans, Steve Beresford : Check for Monsters (Emanem, 2009)

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Dans les notes qui accompagnent Check for Monsters, à la question « Quel est le but des monstres ? », la violoncelliste Okkyung Lee répond « nous rappeler que le monde n’appartient pas aux humains. » De leurs côtés, le trompettiste Peter Evans affirme « manger les enfants » et le pianiste Steve Beresford avance « le plaisir ». Ensemble, Lee, Evans et Beresford prennent la direction du noir.

En profitant vite d'une improvisation inépuisable : de suppositions énoncées à coup d’archet glissant pour Lee, de fuites impétueuses pour Beresford et de lignes de conduite brillante instituées par Evans, le trio cherche partout, se meut et déplace, fond tout à coup sur une ombre, pour, rapidement, la laisser filer. Par vagues successives, Check for Monsters ramène à l’auditeur les fruits de sa cueillette et quelques vociférations, tout en l’assurant de la distinction des gestes nécessaires d’une formation ayant joué avec ses peurs d’enfants, et qui, pour être allé voir derrière la porte, s’en trouve aujourd’hui apaisé.

Okkyung Lee, Peter Evans, Steve Beresford : Check for Monsters (Emanem / Orkhêstra International)
Edition : 2009.
CD : 01/ Phacthio 02/ Yinothanot 03/ Egokrlo-nar 04/ Gwendol ap Siencyn
Guillaume Belhomme © Le son du grisli


Dave Rempis : The Disappointment of Parsley (Not Two, 2009)

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En concert à l’Alchemia de Cracovie, le saxophoniste Dave Rempis, sorti du Vandermark 5, démontre une autre fois à la tête de son Percussion Quartet toutes ses capacités de leader.

Le contrebassiste Anton Hatwich et les batteurs Frank Rosaly et Tim Daisy là pour l’épauler, Rempis passe d’alto en ténor et de ténor en baryton sous le coup d’une inspiration échevelée : qu’imposent dès l’ouverture les rebonds d’un grain âpre et le souffle résistant au swing instable du morceau-titre. Ayant donné avec Zoni une leçon de délicatesse – ballade lovée au creux des coups légers de Rosaly et Rempis et de l’assurance de l’archet d’Hatwich –, Rempis laisse aux batteurs le soin d’ouvrir C/Sold at Ten Percent Discount, qu’il développera ensuite en musicien inspiré par un thème de Julius Hemphill. La progression est tortueuse, s’essouffle ici avec distinction, pour refaire œuvre de contrariétés sur un gimmick de contrebasse revivifiant. La fin de l'enregistrement est à l’image de cette nouvelle référence de la discographie de Dave Rempis : encore plus affirmée et encore prometteuse.

Dave Rempis Percussion Quartet : The Disppointment of Parsley (Not Two)
Edition : 2009.
CD : 01/ The Disappointment of Parsley 02/ Zoni 03/ C/Sold at Ten Percent Discount
Guillaume Belhomme © Le son du grisli


Mick Beck: Life Echoes (Discus - 2009)

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Après avoir joué auprès de Derek Bailey, Steve Noble, et puis au sein du trio Something Else (en compagnie du contrebassiste Simon H. Fell et du percussionniste Paul Hession), Mick Beck (saxophone ténor, basson) s’essayait à l’enregistrement en solitaire.

Parti au son d’une pièce d’agrément qui en dit long sur sa drôle de pratique (Crocodile), Life Echoes recueille ensuite les preuves de la véritable identité de Beck : solo de ténor déposé aux portes du silence et puis tournant autour de quatre notes (The New Sheffield Quietness), solo de basson révélant autant l’intérêt de son auteur pour le jazz libertaire que pour l’œuvre de Prokofiev (Impossible to Say), élaboration d’une série de monstres épileptiques en lutte pour gagner le statut, décerné à de plus demeurés qu’eux, d’animaux ayant droit à la parole (How High The Bassoon, Uncle Hesitates, Last Word to The Recorderer).

Glissées parmi le répertoire emporté, deux reprises : Free, version respectueuse de l’œuvre grandiose d’Ornette Coleman ; 245, numéro de rue qu’habita Eric Dolphy, changé ici en mélodie fébrile sujette à de soudains dérèglements. Ainsi, Mick Beck remonte à la surface.

CD: 01/ The Crocodile 02/ Octaves or what? 03/ How High The Bassoon 04/ The New Sheffield Quietness 05/ Free (Ornette Coleman) 06/ Impossible To Say 07/ Aunty Freeze 08/ 245 (Eric Dolphy) 09/ Three Twice  10/ Uncle Hesitates 11/ But Not For Long 12/ So … 13/ Last Word To The Recorderer >>> Mick Beck - Life Echoes - 2009 - Discus.


Franck Médioni: Le goût du jazz (Mercure de France - 2009)

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Dans l’introduction à son Goût du Jazz, Franck Médioni avoue sans vraiment l’écrire que la place que lui réserve la petite collection du Mercure de France (anthologies littéraires d’abord consacrées à des villes avant de s’intéresser aujourd’hui à des domaines plus éclatés : le goût du jazz, rangé entre le goût du sexe et le goût des chiens) ne suffira pas à faire le tour de la question. Pourtant, la liste de noms qu’il intègre à son introduction révèle qu’il connaît ses classiques aussi bien que ses exceptions : Boris Vian, Michel Leiris, Jack Kerouak, Henry Miller, Philippe Soupault, Marc-Edouard Nabe, Josef Skvorecky

Alors, Médioni organise selon trois sections (Jazz sur livres, Portraits en jazz et Poésie en jazz) son cabinet d’objets littéraires. Bien sûr – la couverture du livre l’avait promis autant que l’exercice –, le lecteur devra faire avec quelques incontournables loin d’être tous transportant (Françoise Sagan, Alain Gerber, Jean-Paul Sartre ou Jean Cocteau), mais d’autres choix seront là pour le convaincre de l’utilité de la démarche : poésie de Butor et de Steve Dalachinsky ou curiosité d’Emmanuel Dongola pour exemples. En ménageant la chèvre avertie et le chou obligatoire, Franck Médioni aura donc composé un digne Goût du jazz.

Livre: Collectif, Franck Médioni - Le goût du jazz - 2009 - Mercure de France.

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A voix basse (Musica Falsa - 2008)



Paul Dunmall: Ancient and Future Airs (Clean Feed - 2009)

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Au Vision Festival, Paul Dunmall (saxophone ténor, cornemuse) mettait en 2008 son Sun Quartet au service d’Ancient and Future Airs.

Assisté de Tony Malaby (saxophone ténor), Mark Helias (contrebasse) et Kevin Norton (percussions), Dunmall installait Ancient Airs, surtout, sous la coulpe d’un climat intense : cinquante minutes, alors, d’un duo de ténors vibrionnant, avant que le leader dessine à la cornemuse une ligne de partage aux faux airs incommodes,  après laquelle le quartette s’en remettra à son atmosphère insondable, porté ici par la batterie, là par le vibraphone de Norton.

Dix minutes à peine, ensuite, en guise de Future Airs : le temps d’un rappel assemblant d’autres couleurs sorties du vibraphone et un saxophone plus hésitant, rejoint par un second : ensemble, Dunmall et Malaby s’occupent alors de rendre la sonorité d’une chape mouvante, au retentissement monumental.

CD: 01/ Ancient Airs 02/ Future Airs >>> Paul Dunmall Sun Quartet - Ancient and Future Airs - 2009 - Clean Feed. Distribution Orkhêstra International.

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There's No Going Back Now (Cuneiform - 2006)
In Your Shell Like (Emanem - 2004)
Bridging The Great Divide Live (Clean Feed - 2003)


Birgit Ulher: Radio Silence No More (Olof Bright - 2009)

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A domicile, la trompettiste Birgit Ulher enregistrait récemment Radio Silence No More, disque d’une approche expérimentale de l’improvisation portée par la rumeur de fréquences radio déstabilisantes.

Sur un larsen rampant – qui conclura aussi l’enregistrement –, Ulher dépose un râle décousu, puis réserve davantage de place à des souffles en peine, quelques interjections et de fausses clameurs animales. Ici ou là, les grisailles radiophoniques reprennent le dessus, forçant le langage étouffé de la musicienne à croire aux possibilités de l’inconstance : clefs impulsives et même un aigu, qui parvient à percer.

Comme promis, le retour du larsen : disparition de la trompettiste dans un supplément d’abstraction, et silence réparateur une fois le trouble passé.


Birgit Ulher, Radio SIlence No More (extrait). Courtesy of Olof Bright.

CD: 01/ Längstwelle 02/ Millimeterwelle 03/ Kurzwelle 04/ Dezimeterwelle 05/ Mittelwelle 06/ Ultrakurzwelle 07/ Langwelle 08/ Zentimeterwelle 09/ Mikrometerwelle >>> Birgit Ulher - Radio Silence No More - 2009 - Olof Bright. Distribution Metamkine.


Ken Vandermark: Resonance (Not Two - 2008)

Grislonance

Prenant la direction d’un tentette composé de quelques-uns de ses fidèles (Dave Rempis et Tim Daisy, élements du Vandermark 5, ou Magnus Broo, membre de 4 Corners) comme d’intervenants jusque-là inconnus de lui (les saxophonistes Mikołaj Trzaska et Yuriy Yaremczuk ou le contrebassiste Mark Tokar), Ken Vandermark enregistrait Resonance, grand-œuvre de fanfare hallucinée consigné sur vinyle.

A celles des noms déjà cités, ajouter les présences du tromboniste Steve Swell, du tubiste Per-Ake Holmlander et du percussionniste Michael Zerang – ces deux derniers, membres du Peter Brötzmann Tentet –,  installés comme les autres à Cracovie pour cet enregistrement. Deux longs titres, ici, sur lequel un brass band d’exception impose à sa grandiloquence de composer avec des moments d’égarements : interventions de Vandermark, Rempis et Swell, remarquables sur Off-Set ; avantage à Broo sur The Number 44, ouvert sur swing lent et puis changé en offensive saisissante sous les coups de Daisy et Zerang. Ainsi, Resonance combine le plaisir de consonances attendues et la surprise d’élans individualistes altiers.

LP: A/ Off-Set (for Olek Witynski & Jacek Zakowski B/ The Number 44 (for Anna Czarna Adamska) >>> Ken Vandermark - Resonance - 2008 - Not Two. Distribution Instant Jazz / Chazz for Jazz.

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Collected Fiction (Okka Disk - 2008)
DISTIL (Okka Disk - 2008)
Beat Reader (Atavistic - 2008)
4 Corners (Clean Feed - 2007)
Journal (Atavistic - 2006)
Gate (Atavistic - 2006)
Free Jazz Classics 3 & 4 (Atavistic - 2006)
Alchemia (Not Two - 2005)
Interview


Flow Trio: Rejuvenation (ESP - 2009)

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Avec Rejuvenation, Flow Trio – soit : Louie Belogenis (saxophone ténor), Joe Morris (contrebasse) et Rashid Bakr (batterie) – signe un premier enregistrement qui en appelle au free jazz des origines. 

Après que le saxophoniste aura, sur Reflection, laissé discourir son vibrato, le trio improvisera six pièces d’un jazz concentré et intense, titubant partout mais tenant bon aussi. Jusque-là opaque, la musique change de nature avec Two Acts, sur lequel Belogenis hurle avant d’installer une mélodie au creux des heurts provoqués par l’inspiration abrupte de ses partenaires. Pas loin des phrases d’Ayler, alors, jusqu’à ce que la contrebasse et la batterie parviennent peu à peu à circonscrire les plaintes, et même, les avalent.

Et si la question peut être posée de l’intérêt d’en revenir aux codes des premiers temps du free (une fois relativisée la curiosité de repérer, dans le catalogue d’ESP, autre chose qu’une réédition), l’expérience, faite par trois musiciens avertis, ne donne évidemment pas les mêmes résultats : Flow Trio tirant d’anciennes pratiques l’originalité de ses propositions.

CD: 01/ Reflection 02/ Slow Cab 03/ Pick Up Sticks 04/ Two Acts 05/ Succor 06/ Unfolding 07/ Rejuvenation >>> Flow Trio - Rejuvenation - 2009 - ESP Disk. Distribution Orkhêstra International.


Morton Feldman : Ecrits et paroles (Les presses du réel, 2009)

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« Je suis très soucieux de rendre les choses claires. » La préoccupation est de Morton Feldman, à retrouver dans Ecrits et paroles, somme indispensable – et en français – pour qui s’intéresse au compositeur.

Parce qu’elle est introduite par une monographie signée Jean-Yves Bosseur – co-éditeur avec Danielle Cohen-Levinas de cette publication –, qui survole avec tact l’œuvre de Feldman, puis donne la parole à l’intéressé : conversations reportées (avec Iannis Xenakis, John Cage, le peintre Philip Guston), écrits au gré desquels le compositeur dévoile un peu de son état d’esprit en commentant l’œuvre d’autres grands créateurs (Stravinsky, Varese, Cage encore) et semblants de manifestes personnels (L’angoisse de l’art, Symétrie tronquée).

Retrouver alors Feldman jonglant avec les notations singulières, redire l’importance de la peinture (celle des expressionnistes abstraits, mais aussi celles de Rembrandt, Pissaro, Cézanne, Mondrian) et délivrer le nom du livre qui aura décidé de sa « carrière professionnelle » : Jean-Christophe, de Romain Rolland. En conclusion, l’ouvrage rapporte les propos d’une intelligence rare tenus lors d’un colloque organisé à Francfort : souvenirs et rencontres, évocation de Kierkegaard, auteur du Concept de l’angoisse, qui épouse forcément l’art de Morton Feldman : « L’instant signifie le présent comme chose qui n’a ni passé, ni avenir ; car c’est là justement l’imperfection de la vie sensuelle. L’éternel signifie aussi le présent qui n’a ni passé ni avenir, mais cela même est sa perfection. »

Morton Feldman, Jean-Yves Bosseur, Danielle Cohen-Levinas : Ecrits et paroles (Les presses du réel)
Publication : 2009.
Guillaume Belhomme © Le son du grisli

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For Bunita Marcus (Hat Hut - 2009)
For Philip Guston (Wergo - 2008)
Triadic Memories (MDG - 2008)
Three Voices (Col Legno - 2006)
Morton Feldman Says (Hyphen Press - 2006)



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