Le son du grisli

Bruits qui changent de l'ordinaire

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Parution : le son du grisli #5Interview de Quentin RolletPJ Harvey : Dry de Guillaume Belhomme
Archives des interviews du son du grisli

Franck Médioni: Le goût du jazz (Mercure de France - 2009)

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Dans l’introduction à son Goût du Jazz, Franck Médioni avoue sans vraiment l’écrire que la place que lui réserve la petite collection du Mercure de France (anthologies littéraires d’abord consacrées à des villes avant de s’intéresser aujourd’hui à des domaines plus éclatés : le goût du jazz, rangé entre le goût du sexe et le goût des chiens) ne suffira pas à faire le tour de la question. Pourtant, la liste de noms qu’il intègre à son introduction révèle qu’il connaît ses classiques aussi bien que ses exceptions : Boris Vian, Michel Leiris, Jack Kerouak, Henry Miller, Philippe Soupault, Marc-Edouard Nabe, Josef Skvorecky

Alors, Médioni organise selon trois sections (Jazz sur livres, Portraits en jazz et Poésie en jazz) son cabinet d’objets littéraires. Bien sûr – la couverture du livre l’avait promis autant que l’exercice –, le lecteur devra faire avec quelques incontournables loin d’être tous transportant (Françoise Sagan, Alain Gerber, Jean-Paul Sartre ou Jean Cocteau), mais d’autres choix seront là pour le convaincre de l’utilité de la démarche : poésie de Butor et de Steve Dalachinsky ou curiosité d’Emmanuel Dongola pour exemples. En ménageant la chèvre avertie et le chou obligatoire, Franck Médioni aura donc composé un digne Goût du jazz.

Livre: Collectif, Franck Médioni - Le goût du jazz - 2009 - Mercure de France.

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A voix basse (Musica Falsa - 2008)



Paul Dunmall: Ancient and Future Airs (Clean Feed - 2009)

Sungrislet

Au Vision Festival, Paul Dunmall (saxophone ténor, cornemuse) mettait en 2008 son Sun Quartet au service d’Ancient and Future Airs.

Assisté de Tony Malaby (saxophone ténor), Mark Helias (contrebasse) et Kevin Norton (percussions), Dunmall installait Ancient Airs, surtout, sous la coulpe d’un climat intense : cinquante minutes, alors, d’un duo de ténors vibrionnant, avant que le leader dessine à la cornemuse une ligne de partage aux faux airs incommodes,  après laquelle le quartette s’en remettra à son atmosphère insondable, porté ici par la batterie, là par le vibraphone de Norton.

Dix minutes à peine, ensuite, en guise de Future Airs : le temps d’un rappel assemblant d’autres couleurs sorties du vibraphone et un saxophone plus hésitant, rejoint par un second : ensemble, Dunmall et Malaby s’occupent alors de rendre la sonorité d’une chape mouvante, au retentissement monumental.

CD: 01/ Ancient Airs 02/ Future Airs >>> Paul Dunmall Sun Quartet - Ancient and Future Airs - 2009 - Clean Feed. Distribution Orkhêstra International.

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There's No Going Back Now (Cuneiform - 2006)
In Your Shell Like (Emanem - 2004)
Bridging The Great Divide Live (Clean Feed - 2003)


Birgit Ulher: Radio Silence No More (Olof Bright - 2009)

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A domicile, la trompettiste Birgit Ulher enregistrait récemment Radio Silence No More, disque d’une approche expérimentale de l’improvisation portée par la rumeur de fréquences radio déstabilisantes.

Sur un larsen rampant – qui conclura aussi l’enregistrement –, Ulher dépose un râle décousu, puis réserve davantage de place à des souffles en peine, quelques interjections et de fausses clameurs animales. Ici ou là, les grisailles radiophoniques reprennent le dessus, forçant le langage étouffé de la musicienne à croire aux possibilités de l’inconstance : clefs impulsives et même un aigu, qui parvient à percer.

Comme promis, le retour du larsen : disparition de la trompettiste dans un supplément d’abstraction, et silence réparateur une fois le trouble passé.


Birgit Ulher, Radio SIlence No More (extrait). Courtesy of Olof Bright.

CD: 01/ Längstwelle 02/ Millimeterwelle 03/ Kurzwelle 04/ Dezimeterwelle 05/ Mittelwelle 06/ Ultrakurzwelle 07/ Langwelle 08/ Zentimeterwelle 09/ Mikrometerwelle >>> Birgit Ulher - Radio Silence No More - 2009 - Olof Bright. Distribution Metamkine.


Ken Vandermark: Resonance (Not Two - 2008)

Grislonance

Prenant la direction d’un tentette composé de quelques-uns de ses fidèles (Dave Rempis et Tim Daisy, élements du Vandermark 5, ou Magnus Broo, membre de 4 Corners) comme d’intervenants jusque-là inconnus de lui (les saxophonistes Mikołaj Trzaska et Yuriy Yaremczuk ou le contrebassiste Mark Tokar), Ken Vandermark enregistrait Resonance, grand-œuvre de fanfare hallucinée consigné sur vinyle.

A celles des noms déjà cités, ajouter les présences du tromboniste Steve Swell, du tubiste Per-Ake Holmlander et du percussionniste Michael Zerang – ces deux derniers, membres du Peter Brötzmann Tentet –,  installés comme les autres à Cracovie pour cet enregistrement. Deux longs titres, ici, sur lequel un brass band d’exception impose à sa grandiloquence de composer avec des moments d’égarements : interventions de Vandermark, Rempis et Swell, remarquables sur Off-Set ; avantage à Broo sur The Number 44, ouvert sur swing lent et puis changé en offensive saisissante sous les coups de Daisy et Zerang. Ainsi, Resonance combine le plaisir de consonances attendues et la surprise d’élans individualistes altiers.

LP: A/ Off-Set (for Olek Witynski & Jacek Zakowski B/ The Number 44 (for Anna Czarna Adamska) >>> Ken Vandermark - Resonance - 2008 - Not Two. Distribution Instant Jazz / Chazz for Jazz.

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Collected Fiction (Okka Disk - 2008)
DISTIL (Okka Disk - 2008)
Beat Reader (Atavistic - 2008)
4 Corners (Clean Feed - 2007)
Journal (Atavistic - 2006)
Gate (Atavistic - 2006)
Free Jazz Classics 3 & 4 (Atavistic - 2006)
Alchemia (Not Two - 2005)
Interview


Flow Trio: Rejuvenation (ESP - 2009)

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Avec Rejuvenation, Flow Trio – soit : Louie Belogenis (saxophone ténor), Joe Morris (contrebasse) et Rashid Bakr (batterie) – signe un premier enregistrement qui en appelle au free jazz des origines. 

Après que le saxophoniste aura, sur Reflection, laissé discourir son vibrato, le trio improvisera six pièces d’un jazz concentré et intense, titubant partout mais tenant bon aussi. Jusque-là opaque, la musique change de nature avec Two Acts, sur lequel Belogenis hurle avant d’installer une mélodie au creux des heurts provoqués par l’inspiration abrupte de ses partenaires. Pas loin des phrases d’Ayler, alors, jusqu’à ce que la contrebasse et la batterie parviennent peu à peu à circonscrire les plaintes, et même, les avalent.

Et si la question peut être posée de l’intérêt d’en revenir aux codes des premiers temps du free (une fois relativisée la curiosité de repérer, dans le catalogue d’ESP, autre chose qu’une réédition), l’expérience, faite par trois musiciens avertis, ne donne évidemment pas les mêmes résultats : Flow Trio tirant d’anciennes pratiques l’originalité de ses propositions.

CD: 01/ Reflection 02/ Slow Cab 03/ Pick Up Sticks 04/ Two Acts 05/ Succor 06/ Unfolding 07/ Rejuvenation >>> Flow Trio - Rejuvenation - 2009 - ESP Disk. Distribution Orkhêstra International.



Morton Feldman : Ecrits et paroles (Les presses du réel, 2009)

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« Je suis très soucieux de rendre les choses claires. » La préoccupation est de Morton Feldman, à retrouver dans Ecrits et paroles, somme indispensable – et en français – pour qui s’intéresse au compositeur.

Parce qu’elle est introduite par une monographie signée Jean-Yves Bosseur – co-éditeur avec Danielle Cohen-Levinas de cette publication –, qui survole avec tact l’œuvre de Feldman, puis donne la parole à l’intéressé : conversations reportées (avec Iannis Xenakis, John Cage, le peintre Philip Guston), écrits au gré desquels le compositeur dévoile un peu de son état d’esprit en commentant l’œuvre d’autres grands créateurs (Stravinsky, Varese, Cage encore) et semblants de manifestes personnels (L’angoisse de l’art, Symétrie tronquée).

Retrouver alors Feldman jonglant avec les notations singulières, redire l’importance de la peinture (celle des expressionnistes abstraits, mais aussi celles de Rembrandt, Pissaro, Cézanne, Mondrian) et délivrer le nom du livre qui aura décidé de sa « carrière professionnelle » : Jean-Christophe, de Romain Rolland. En conclusion, l’ouvrage rapporte les propos d’une intelligence rare tenus lors d’un colloque organisé à Francfort : souvenirs et rencontres, évocation de Kierkegaard, auteur du Concept de l’angoisse, qui épouse forcément l’art de Morton Feldman : « L’instant signifie le présent comme chose qui n’a ni passé, ni avenir ; car c’est là justement l’imperfection de la vie sensuelle. L’éternel signifie aussi le présent qui n’a ni passé ni avenir, mais cela même est sa perfection. »

Morton Feldman, Jean-Yves Bosseur, Danielle Cohen-Levinas : Ecrits et paroles (Les presses du réel)
Publication : 2009.
Guillaume Belhomme © Le son du grisli

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For Bunita Marcus (Hat Hut - 2009)
For Philip Guston (Wergo - 2008)
Triadic Memories (MDG - 2008)
Three Voices (Col Legno - 2006)
Morton Feldman Says (Hyphen Press - 2006)


Dan Warburton: Life in The Green House (Appel Music - 2009)

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Au Palais de Tokyo, à l’intérieur d’une installation de Peter Coffin dans laquelle auront aussi été invités à se produire Jean-François Pauvros, Pierre-Yves Macé ou encore Noël Akchoté, Dan Warburton s’emparait en 2007 de son violon et improvisait avec, en tête, l’idée de distraire les plantes.

Life in the Green House, enregistrement de cet étrange concert, pose aujourd’hui la question de l’importance de la situation ou de l’environnement dans la raison d’être de ce type d’exercice musical : sur disque, Warburton passe de pizzicatos minuscules en mouvements d’un archet dérouté, joue des pauses et des relances non sans ironie, caresse un instant une mélodie ou décide de buter sur une note frêle, impose enfin une diphonie déstabilisante ou porte de légers coups à son instrument. Ici et là, quelques passages convaincants ; ailleurs, moins de truculence. Dissocié de l’installation, il manquerait donc un je-ne-sais-quoi à l’enregistrement.

CD: 01/ Life in The Green House >>> Dan Warburton - Life in The Green House - 2009 - Appel Music.

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Alchemy (Not Two - 2008)
Compendium Maleficiarum III (Incunabulum Records - 2008)
Crescendo (Not Two - 2005)


Marilyn Crispell: Collaborations 2004 and 2007 (Leo - 2009)

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Ancienne partenaire de Braxton – à l’intérieur d’une des plus fameuses formations du saxophoniste –, Marilyn Crispell joua les leaders en 2004 et 2007 au Nya Perspektiv Festivals, aux côtés de quelques Scandinaves inspirés. Pour preuve, les enregistrements consignés sur Collaborations : deux en quartette (y entendre Fredrik Ljungkvist et Palle Danielsson) et trois en quintette (trouver là Magnus Broo, Lars-Goran Ulander et Per Zanussi), toutes formations portées par la batterie de Paal Nilssen-Love.

Aidée de trois, la pianiste progresse dans l’ombre de la clarinette de Ljungkvist, recourt à la paraphrase pour convaincre ses partenaires de découper leurs interventions sur la forme de motifs vivifiants (Quartet Collaboration), puis ponctue les phrases d’un Ljungkvist passé au saxophone ténor avec cet air de se cogner aux angles avant de sacrifier son développement chaotique à un mode lyrique moins convaincant (Aros).

Aidée de quatre, elle commande à force de vagues discrètes un engourdissement laissant beaucoup de possibilités à la trompette de Magnus Broo (Quintet Collaboration 1), transformées bientôt en plage d’emportement, dépose une progression sévère qu’interrompra l’archet déraillant de Per Zanussi : entrelacs irréprochable des instruments à vent sur Quintet Collaboration 2, avant qu’Ulander défaille et gâche un peu l’hymne minimaliste qu’est Silence Again. Pour le reste des deux expériences menées par l’impériale Crispell, aller entendre Collaborations.

CD: 01/ Quartet Collaboration 02/ Aros 03/ Quintet Collaboration 1 04/ Quintet Collaboration 2 05/ Silence Again >>> Marilyn Crispell - Collaborations 2004 and 2007 - 2009 - Leo Records. Distribution Orkhêstra International.

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The Stone Quartet (DMG/ARC - 2008)
Ithaca (Intakt - 2004)


Jean-Pierre Moussaron: L’amour du Jazz, 1. Portées (Galilée - 2009)

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Avec L’amour du jazz, Jean-Pierre Moussaron, qui publia jadis Feu le free ?, réinvestit le domaine musical et poursuit avec passion ses travaux d’esthétique. Ses goûts personnels, portés là par un langage singulier : qui lui permet de changer en objet littéraire surprenant ce qui aurait pu être un ouvrage satisfait de plus. Malgré un désir évident de respecter une classification personnelle (organisée autour de grands thèmes : rythme, rencontre, improvisation…), l’auteur devra s’en remettre bientôt au désordre charmant d’un cabinet de curiosités dépassé par l’envergure de sa collection.

Là, trouver alors évoqués souvenirs personnels et références discographiques incontournables ; suivre le cheminement de rapprochements philosophiques ou littéraires (Adorno, Heidegger, Hegel et Derrida, forcément, et puis l’empreint fait à Nietzsche des figures de Dionysos et d’Apollon bientôt rejointes par celle d’Hermès, personnifié ici par Cannonball Adderley ou Eric Dolphy) ; tomber soudain sur une constellation d’anecdotes et de raccourcis poétiques puis sur des listes de références jetées sur le papier, usurpant un peu de l’espace du livre dans le même temps qu’elles permettent de distinguer, parmi les noms incontournables du domaine, ceux de plus discrets ou de plus jeunes.

Qu’importe l’à-propos relatif de tel ou tel passage, l’évocation étrange ou l’appel lancé à un ancien texte philosophique capable de justifier tout et son contraire, l’essentiel, ici, est à trouver ailleurs : dans le fourre-tout halluciné né d’un débat d’idées mené à sens unique, dans la scansion euphorisante composée aussi bien de verbe que de repères imposés, enfin, dans l’élégie d’un amour démesuré soudain transformé en ivresse de lecture.

Livre: Jean-Pierre Moussaron - L’amour du jazz, 1. Portées - 2009 - Editions Galilée.


Milo Fine: Ananke (Emanem - 2009)

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S’astreignant, sur l’essentiel d’Ananke, à n’intervenir que sur piano, Milo Fine construit seul ou en trio un disque qui atteste d’autres penchants percussifs et cinglants.

En compagnie de Jaron Childs (saxophone alto) et de Davu Seru (batterie), il fomentait en 2007 une étrange musique des sphères pour la défense de laquelle il va souvent voir à l’intérieur de son instrument. Hésitante, la progression de la première partie d’Ananke Trio va de fausses notes (piano usagé les commandant) en cris de possédés et autres dérélictions électroniques que le leader oppose aux emportements de ses partenaires. L’oppressant ensuite encore davantage, la motivation des mêmes l’oblige à se changer en percussionniste acharné (Ananke Trio - Part 2) ou en pianiste au lyrisme tempétueux (Ananke Trio - Part 3).

Datant de l’année précédente, les quatre solos qui suivent font état d’autres emballements, tout à coup interrompus ou, au contraire, rattrapés par plus dévastateurs qu’eux : dérapages tonals et furieuses déferlements sonores. Expérience moins viable que celle élaborée en trio, mais capable de satisfaire sur le moment tout amateur de tapage avide d’espace à combler.

CD: 01/ Ananke Trio - Part 1 02/ Ananke Trio - Part 2 03/ Ananke Trio - Part 3 04/ Ananke Solo - Part 1 05/ Ananke Solo - Part 2 06/ Ananke Solo - Part 3 07/ Ananke Solo - Part 4 >>> Milo Fine - Ananke - 2009 - Emanem. Distribution Orkhêstra International.

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Contiguous Chunks (Shih Shih Wu Ai - 2007)
Shadow Company (Emanem - 2005)
Ikebana (London Encounters 2003) (Emanem - 2004)



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