Le son du grisli

Bruits qui changent de l'ordinaire

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Jazz en MarsA paraître : le son du grisli #5En librairie : Bucket of Blood de Steve Potts

Nicolas Bernier et Jacques Poulin-Denis : Sur Fond Blanc (Ekumen, 2009)

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Collaborateurs depuis 2006, membres du collectif Ekumen éditeur du présent objet, les compositeurs électroacoustiques Nicolas Bernier et Jacques Poulin-Denis en sont à leur second coup d’essai, deux années après le remarqué Etudes No 3 Pour Cordes Et Poulies, déjà sur le même label québécois. Pour ne rien changer de leurs bonnes habitudes, il s’agit également d’une collaboration avec la compagnie de danse O Vertigo, plus précisément pour le spectacle La Chambre Blanche.

Nettement moins radicale et, osons le mot, dérangeante que les travaux de KTL pour Gisèle Vienne, la vision des deux Canadiens n’en est pas moins parfaitement captivante. A l’image des dialogues cinématiques de Olo, ponctuation sensuelle sur fond de paysages sonores d’une magnifique clarté magnétisante, l’univers en pâles – mais pas pâlottes – déclinaisons de Bernier et Poulin-Denis révisent les classiques de la musique ambient, tout en s’en détachant. Entre onirisme pudique et bruitisme familier (des pas de danseurs, notamment, sur Air), Sur Fond Blanc transcende par son simple impact auditif l’habillage sonore qu’il est censé incarner sur la scène chorégraphique. A ce niveau d’altitude, une telle rencontre impromptue entre musique concrète, soundscapes et électroacoustique, n’a guère de rivales et se satisfait complètement à elle-même. Qui aurait pensé que l’espace intérieur, le vide et l’absence (les trois thèmes du projet), pouvaient avoir autant de contenu ?

Nicolas Bernier et Jacques Poulin-Denis : Sur Fond Blanc (Ekumen / Metamkine).
Edition : 2009.
CD : 01/ Pril 02/ Olo 03/ Len 04/ Loa 05/ Air 06/ Sau 07/ Emm 08/ Tro 09/ Mur 10/ Eur 11/ eN
Fabrice Vanoverberg © Le son du grisli



Tom Hamilton, Bruce Eisenbeil : Shadow Machine (Pogus, 2009)

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Auprès de Tom Hamilton, vétéran américain des musiques expérimentales et électroniques, le guitariste Bruce Eisenbeil – déjà entendu auprès de quelques grandes figures (Cecil Taylor, Evan Parker, Karl Berger, Andrew Cyrille, entre autres) – enregistrait en studio Shadow Machine. Là, trouver combinés dans l’allégresse élucubrations sonores allant d’ébauches minimalistes en pièces bruitistes et quelques dialogues de sourds patentés. Tous genres, se côtoyant dans une allégresse débonnaire. Ce n'empêchant pas la courte chronique.

Tom Hamilton, Bruce Eisenbeil : Shadow Machine (Pogus / Metamkine)
Edition : 2009.
CD : 01/ Dusting Off Dada 02/ Dryer Mouth 03/ Shadow Machine 04/ Dot Dot Dot 05/ Mars Fell on Alabama 06/ Walleye Spawn 07/ The Salt Eaters 08/ Little Left on The Left 09/ Silver Through A Straw
Guillaume Belhomme © Le son du grisli


Hargreaves, Noyes, Duplant : Malachi (Insubordinations, 2009)

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Malachi, c’est Malachi Favors, contrebassiste de l’Art Ensemble of Chicago depuis sa création en 1967 jusqu’à son décès en 2004. Ce disque est donc un hommage au musicien disparu. Mais le propos n’est pas tant d’emprunter les voies musicales arpentées par Favors que de perpétuer son esprit : celui de la recherche d’un fragile équilibre, d’une musique sur le fil. Il s’agit avec Favors, comme ici avec le contrebassiste Bruno Duplant et ses compagnons, de tenir le jazz à distance mais de rester en son champ, de rester exigent en même temps qu’accessible. Ici, comme là,  le contrebassiste est à la fois celui qui emmène les autres musiciens dans des directions aventureuses tout en demeurant un point de repère, un pivot. Ici, c’est lui qui créé le climat, donne le « ton » de chacun des morceaux de ce disque, refusant souvent à sa contrebasse toute résonance, la rendant sèche, acérée, vacillante en même temps que déterminée.

La musique jouée par Bruno Duplant, Phil Hargreaves (saxophones) et Lee Noyes (percussions), est une musique de suspens, où les sons émis ne semblent prendre toute leur valeur qu’en tant que signes annonciateurs de ce qui va suivre. En témoignent les titres des morceaux qui, lus à la suite, offrent un poème. Les trois hommes donnent vie à une musique de l’oubli du monde présent et du temps qui passe – musique de l’intériorité, tout en retenue, à la manière de fantômes ou de lambeaux de mélodies convoqués par cette configuration en trio vieille comme le monde : peaux + souffle + cordes. Elémentaire.


Hargreaves, Noyes, Duplant, Se lever avant le jour. Courtesy of Insubordinations.

Phil Hargreaves, Lee Noyes, Bruno Duplant : Malachi (Insubordinations / Téléchargement libre)
Edition : 2009.
MP3 : 01/ Porter attention à ce qui va suivre 02/ Se lever avant le jour 03/ Garder les choses comme elles sont 04/ Parfois ne penser à rien 05/ Oublier que le temps passe 06/ Demander à la poussière 07/ S'aimer le temps d'une éternité 08/ Croire que tout est possible 09/ Ecouter systématiquement son coeur
Pierre Lemarchand © Le son du grisli


Greg Goodman : The Construction of Ruins (The Break Doctor, 1982)

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I drew inspiration from Greg Goodman's 1982 recording The Construction of Ruins (the Australian Site), especially his solo piano improvisation The Nullabor is Not Flat, where the strings of the piano were loaded up with 2 Emu  beer cans, 7 cardboard coasters, 2 bars railway soap, 1 time and location schedule, 1 packet railway coffee, and much, much more... All gathered from Goodman’s four day journey on the Indian Pacific from Sydney to Perth. The Construction Site was Berkeley, San Francisco and Perth. See.

Greg Goodman : The Construction of Ruins (The Break Doctor)
Enregistrement : 1982. Edition : 1982.
LP : A01/ The Nullarbar is Not Flat: Goodman B01/ U-DAG: Goodman, Rose B02/ Dingos In Quest: Goodman, Kaiser, Rose B03/ Notes: Goodman
Ross Bolleter © Le son du grisli.

bolleterPianiste australien, cofondateur du WARPS, Ross Bolleter s'attache à faire sonner encore pianos en ruines ou soumis aux intempéries. Secret Sandhills and Satellites, rétrospective de son oeuvre, a été édité en 2006 par Emanem.


Sun Ra : Featuring Pharoah Sanders and Black Harold (ESP, 2009)

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Afin de célébrer le passage de l’année 1964 à l’année 1965, Sun Ra et son Arkestra – assez rare, celui-ci, puisqu’on y trouve Pharoah Sanders en lieu et place de John Gilmore, alors parti tourner en compagnie d’Art Blakey – prenait place dans une manifestation organisée par la Jazz Composers Guild de Bill Dixon.

Auprès du pianiste, trouver aussi les saxophonistes Marshall Allen et Pat Patrick, les contrebassistes Ronnie Boykins et Alan Silva, les percussionnistes Clifford Jarvis et Jimmy Johnson, enfin, et la liste n’en sera pas pour autant moins incomplète, le flûtiste Black Harold (Harold Murray). Sorti à l’origine sur Saturn Records – et aujourd’hui augmenté de six pièces –, l’enregistrement démarre au son de solos timides et d’un tout percussif qui augure de la suite.

Délurée, celle-ci : entre la reprise de We Travel The Spaceways et The Voice of Pan aux flûtes forcément débordantes, trouver un free jazz plus vindicatif encore que celui qui aura fait la réputation de Sun Ra : Sanders éructant sur ce Rocket Number 9 à la découpe déjà singulière, rivalité des vents sur The Now Tomorrow, sur lequel Black Harold parvient quand même à faire entendre une mélodie délicate. En guise de conclusion, le mouvement lent instigué au piano, et beaucoup de flûtes encore : Space Mates au bout d’une odyssée grandiose.

Sun Ra : Featuring Pharoah Sanders and Black Harold (ESP / Orkhêstra International)
Enregistrement : 1964. Réédition : 2009.
CD : 01/ Cosmic Interpretations 02/ The Other World 03/ The Second Stop is Jupiter 04/ The Now Tomorrow 05/ Discipline 9 06/ Gods On A Safari 07/ The World Shadow 08/ Rocket Number 09/ The Voice Of Pan 10/ Dawn Over Israel 11/ Space Mates
Guillaume Belhomme © Le son du grisli

Archives Sun Ra



Han Bennink : Cover Art (Huit Clos, 2008)

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Comme quelques-uns de ses confrères du free jazz et de l’improvisation (Peter Brötzmann et Paul Dunmall, pour ne citer qu’eux), le batteur hollandais Han Bennink a également exercé ses talents dans le domaine des arts plastiques. Ses créations pour les pochettes de disques du label ICP (Instant Composers Pool), qu’il fonde en 1967 avec le saxophoniste Willem Breuker et le pianiste Misha Mengelberg, ont été regroupées dans un beau petit livre édité en 2008 par la maison amstellodamoise Huit Clos.

Comme le souligne Ben van Melick dans son introduction à l’ouvrage, les pratiques sonore et graphique de Han Bennink subissent très tôt l’influence de mouvements tels que Fluxus ou le Pop Art. L’attitude sur scène, la fuite en avant de l’improvisation et l’interaction avec le public composent une performance, une seule œuvre, dont l’accomplissement est placé sous l’égide du slogan qu’est l’ICP.

Cette « composition instantanée » prônée par les musiciens préside également à la réalisation des pochettes de disques. L’artiste utilise ce qu’il a sous la main, pratique le collage – d’objets récupérés (plumes, allumettes), mais aussi de photographies et dessins d’images typiques des Pays-Bas sous une forme synthétique (moulins, fromages, oiseaux…) – et trace des signes typographiques et traits divers. Tous ces éléments se combinent pour former l’« Amsterdam Cobra Pop », d’après les termes employés en 1968 par un journaliste hollandais. Cette synthèse joyeuse et débridée correspond magnifiquement bien à la musique de l’ICP : libre, faussement naïve et se référant à des classiques (Thelonious Monk, Herbie Nichols) avec respect et ironie tout en allant de l’avant.

Han Bennink, Ben van Melick (préface) : Cover Art (Huit Clos).
Edition : 2008.
Jean Dezert © Le son du grisli

Archives Han Bennink


Sonic Youth : The Eternal (Matador, 2009)

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En près de trente ans, Sonic Youth, a réussi à installer son identité singulière, imposé sa marque en jouissant d’une honnête liberté d’action sans trop céder aux facilités permises à un groupe qui fait figure d’exemple dans le domaine d’un rock que l’on appelait hier encore indépendant. Sonic Youth n’a pas cédé, n’a pas été dissous pour être plus tard reformé – comme beaucoup d’autres formations jadis excellentes aussi – au son des guitares sous effets de musiciens fatigués par la retraite.

Le souci, maintenant, est justement pour eux de trouver encore à dire : pas forcément autrement, mais encore, même si, comme à chaque fois que paraît un nouvel enregistrement du groupe, ne manqueront pas d’abonder en articles qu’on leur consacrera les termes pourtant bien usés de « jeunesse éternelle », « jouvence » ou « renaissance ». Bref, chaque album à sortir atteste du mieux-être d’un groupe dont personne n’avait pourtant osé douter plus tôt de la forme – de l’âge, à peine. 

Avec The Eternal, les presque mêmes méthodes, et puis la même chanson : Sonic Youth donne là une preuve indubitable d’inspiration – surtout comparée à celle dont peinent à jouir leurs suiveurs de cadets, s’il faut préciser les choses. Pourtant, The Eternal répète ce qu’ont déjà dit chacune des références de sa discographie de ces dix dernières années : de grands titres confortent sa majesté, voire attestent de sa capacité à créer encore (Calming The Snake, Anti-Orgasm), quand d’autres noient l’ensemble sous des mélodies indignes ou factices et les manières quelques fois irritantes de Thurston Moore chanteur (Antenna, Poison Arrow, Thunderclap for Bobby Pyn, No Way). L’histoire du groupe faisant que le fidèle relativisera les écarts dommageables pour se lover au creux de plages sonores qui relèvent de leurs trouvailles des thèmes une fois sur deux trop minces, et The Eternal pourra être qualifié de bon disque : comme tous ceux de Sonic Youth, quels que soient leurs défauts, quelles que soient leurs longueurs.

Sonic Youth : The Eternal (Matador / Beggars)
Edition : 2009.
CD : 01/ Sacred Trickster 02/ Anti-Orgasm 03/ Leaky Lifeboat (For Gregory Corso) 04/ Antenna 05/ What We Know 06/ Calming The Snake 07/ Poison Arrow 08/ Malibu Gas Station 09/ Thunderclap for Bobby Pyn 10/ No Way 11/ Walkin Blue 12/ Massage The History
Guillaume Belhomme © Le son du grisli

Archives Sonic Youth


Polwechsel, John Tilbury : Field (HatOLOGY, 2009)

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Ah, voilà un de ces disques qu’on repère avant sa sortie, qu’on prie son disquaire de commander, qu’on se prépare à écouter avec l’envie de « reconnaître » (un son de groupe façonné, une géologie unique) et de « découvrir » ; il faut avouer que, d’album en album, Polwechsel a su créer, par les ajustements de son effectif et la documentation de ses évolutions esthétiques, un désir chez l’auditeur avide de « l’épisode suivant »…

Cette sixième* publication marque, à plusieurs égards, une importante étape dans l’histoire de l’orchestre après la récente intégration des percussionnistes Burkhard Beins et Martin Brandlmayr aux côtés des membres fondateurs Werner Dafeldecker (contrebasse) et Michael Moser (violoncelle) : saxophoniste soprano & ténor du groupe depuis dix ans, John Butcher a choisi de le quitter après cet enregistrement. L’invitation faite, pour ce disque, à John Tilbury, signale également un infléchissement musical et confère à sa contribution une portée significative ; le pianiste n’apporte pas cette suspension caractéristique d’AMM – écoutez-le avec Prévost et justement Butcher, dans Trinity, sur Matchless – mais plutôt un art somptueux du « placer & déposer » les objets sonores. Les deux compositions de Moser et Dafeldecker y gagnent une belle ampleur, dans une sorte de dépassement de l’austère ascétisme (qui culminait sur le disque Durian et se formalisait chez Erstwhile) par une rêverie nouvelle qui n’est pas sans rappeler certaines options des premiers scénarios du groupe. Séquences & jeux de structures, alternances & bascules de polarités, élégance & obstination, c’est tout Polwechsel, mais taillé dans des tissus plus piqués, frotté dans des essaims d’une autre légèreté…


Polwechsel, John Tilbury, Place (extrait). Courtesy of HatOLOGY.


Polwechsel, John Tilbury, Field (extrait). Courtesy of HatOLOGY.

*après Polwechsel (hat[now]ART 112), Polwechsel 2 (hat[now]ART 119), Polwechsel 3 (Durian 016-2), Wrapped Islands (avec Fennesz, Erstwhile 023), Archives of The North (hatOLOGY 633)

Polwechsel, John Tilbury : Field (HatOLOGY / Harmonia Mundi)
Enregistrement : 2007. Edition : 2009.

CD : 01/ Place / Replace / Represent 02/ Field

Guillaume Tarche © Le son du grisli


Alan Courtis, Aaron Moore : Brokebox Juke (NO-FI, 2009)

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Fruit de la collaboration d’Anla Courtis (Reynols) et Aaron Moore (Volcano The Bear), Brokebox Juke est composé d’enregistrements ayant fait le voyage entre Argentine et Etats-Unis au point d’en devenir un précieux ouvrage au positionnement indéfini.

Parce que le duo va voir partout où la musique populaire saura faire preuve d’audace : mélodie répétée au point de tenir bientôt de la litanie abstraite, mécanique grippée de cordes de guitare ou de violon, mouvements lents vouant un culte aux effets crachant, gestes improvisés sur instruments multiples et épaisses couches de claviers électroniques ; enfin, progression fière et inattendue d’une autre guitare et d’une batterie. Formé au gré des transports, Brokebox Juke n’en finit pas de changer d’allure et de point de vue, laissant au final l’auditeur attester du passage d’un objet rare, confectionné dans le secret par deux musiciens ayant la pop ombreuse en partage.

Alan Courtis, Aaron Moore : Brokebox Juke (NO-FI / Metamkine)
Enregistrement : 2007-2008. Edition : 2009.
LP : A01/ Prorgreso = Ropes Gro A02/ Lopsla Nes = Opals Lens A03/ Lunoion = A Nu Lion A04/ Bluifedls = I Feed Bulls B01/ Conpcion = P-Cone Conic B02/ El Sincio = Silence Oil B03/ Gigngante = Anti Egg
Guillaume Belhomme © Le son du grisli


The Fall : The Frenz Experiment (Beggars Banquet, 1988)

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One of my all time faves. To me, this is something like a drum and bass manifesto, without being drum'n'bass-like at all. Cold and driving beats provided by the one and only rhythm section Steve Hanley on bass and Simon Wolstencroft on drums. Can't decide which song I love most: Victoria, Carry Bag Man, Hit The North or Bremen Nacht. But The Fall rules anyway.

The Fall : The Frenz Experiment (Beggars Banquet)
Edition : 1988.
CD : 01/ Frenz 02/ Carry Bag Man 03/ Get a Hotel 04/ Victoria 05/ Athlete Cured 06/ In These Times 07/ The Steack Place 08/ Bremen Nacht Alternative 09/ Guest Informant 10/ Oswald Defence Lawyer 11/ Tuff Life Booogie 12/ Guest Informant 13/ Twister 14/ There's a Ghost in My House 15/ Hit The North
Guido Möbius © Le son du grisli

guido

Iconoclaste musicien allemand, Guido Möbius a récemment vu le label Karaoke Kalk produire son troisième disque : Gebirge.



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