Le son du grisli

Bruits qui changent de l'ordinaire

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Archives des interviews du son du grisli

Nestor Figueras, David Toop, Paul Burwell : Cholagogues (Schoolmap, 2009)

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En remontant le temps du côté de 1977, on trouve dans la discographie une rareté étonnante, prise lors d’une unique performance (la seule de ses auteurs ?) donnée le premier avril – et ce n’était pas un poisson – à l’Action Space de Londres. Editée à l’époque sur le label Bead de ses trois auteurs, le concert était capté – avis aux fétichistes – sur un enregistreur à cassettes Sony TC-164A, avec svp m’sieur dames, David Toop (chroniqueur du Wire et membre de The Flying Lizards) aux manettes.

Aujourd’hui remasterisé et reprise sur la maison Schoolmap Records du magnifique Giuseppe Ielasi, Cholalogues fut décrit en son temps par le critique Peter Riley comme un exemple fondateur de slow music, tant chaque protagoniste prend le temps de faire voguer son inspiration au gré épistolaire de son inspiration de la seconde. Munis d’une incroyable quincaillerie (flûtes, flûtes de Pan, trompettes, sifflets, percussions, cymbales, fiddle, sifflet pour chien, eau, sons produits par la respiration, la bouche et le corps…), Figueras, Toop et Burwell explorent – à temps plein et sans faillir à la tâche déconstruite – une philosophie de l’aléa qui, plus que ne tolère, encourage l’accident, viscéralement. L’intensité de la performance est, c’est évitable au vu de l’unicité de la performance, variable.

Tantôt d’un minimalisme adolescent, notamment dans les premières minutes où une flûte se gausse de son propre souffle, tantôt plus mature, voire animalier (notamment lorsque des sons idoines nous transposent au sein d’une volière anarchiste), la musique du trio – est-ce bien le terme ? – ne cesse d’évoluer, ôtant de l’esprit toute idée de monotonie casse-tympans. Par instants, on se prend même à imaginer une troupe de grands bambins impertinents dans un atelier métallurgique, trop heureux d’oublier les limites étriquées du format musical, sourires aux lèvres et œil goguenard. Il ne nous manquait plus que la vision et c’eût été parfait. 

Nestor Figueras, David Toop, Paul Burwell : Cholagogues (Schoolmap Records / Metamkine)
Enregistrement : 1977. Edition : 2009.
CD : 01/ Cholalogues
Fabrice Vanoverberg © Le son du grisli

Archives David Toop



Raphaël Imbert : N_Y Project (Zig Zag, 2009)

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Depuis 2003, Raphaël Imbert a beaucoup séjourné à New York pour mener à bien ses recherches sur le rapport des jazzmen au sacré. Aujourd’hui, ce disque pourrait être le pendant sonore des écrits du saxophoniste sur la dimension spirituelle du jazz.

Le morceau qui ouvre le disque est une reprise de Duke Ellington : Echoes of Harlem. Gerald Cleaver (batterie) et Joe Martin (contrebasse) reconstituent la jungle ellingtonienne tandis qu’avec le saxophone de Raphaël Imbert surgit la contemporanéité de l’asphalte new yorkais. Le décor est planté : nous sommes là au point de confluence de deux mondes, et ce point de choc s’appelle jazz. On sait aussi que le propos ne sera pas d’adopter une posture nostalgique mais plutôt d'interroger l’avenir du jazz à l’aune de son histoire, à l’image de la superbe photo de couverture de Franck Jaffrès qui laisse entrevoir un New York entre chien et loup.

Ce sera le thème Central Park West, emprunté à John Coltrane, qui clora l’album, et ainsi refermera sa boucle géographique et esthétique. A l’intérieur : onze compositions de Raphaël Imbert. Trois autres silhouettes de jazzmen mystiques se dessinent : Albert Ayler (dont le saxophone ténor emprunte le vibrato exacerbé sur Albert Everywhere, peut être le plus beau morceau ici), John Zorn (un My Klezmer Dream tout en angles et changements de rythme) et Rahsaan Roland Kirk (NYC Breakdowncalling ou l’art de souffler dans plusieurs sax simultanément).

Ailleurs, Imbert convoque l’esprit des cloîtres (Cloisters Sanctuary) et des temples (la très belle suite The Zen Bowman dédiée au philosophe allemand et adepte du zen Eugen Herrigel). On le comprend vite, N_Y Project est une œuvre, en ceci que la forme (la musique de jazz) et le fond (la dimension historique et spirituelle de celle-ci) sont en résonance et cohérence. Il n’est donc pas de hasard, et c’est naturellement que dans le livret  est évoqué l’ouvrage de Philippe Carles et Jean-Louis Comolli « Free Jazz Black Power », (re)lecture politique de la musique africaine-américaine et chant d’amour à sa modernité : « Qu’ y a-t-il dans l’amour du jazz ? La beauté, l’émotion, la nostalgie, l’excitation, la jeunesse, la révolte, tout cela sans doute. Mais d’abord le goût des chemins nouveaux, le vif désir de l’inouï ». Que nous retrouvons ici.

Raphaël Imbert : N_Y Project (Zig Zag Territoires / Harmonia Mundi)
Enregistrement : 2009. Edition : 2009.
CD : 01/ Echoes of Harlem 02/ Lullaby from The Beginning 03/ Cloisters Sanctuary Introduction 04/ Cloisters Sanctuary 05/ Albert Everywhere 06/ My Klezmer Dream 07/ Struggle for Manhattan’s Life 08/ NYC Breakdowncalling 09/ The Zen Bowman : Prayer 10/ The Zen Bowman : Surrender 11/ The Zen Bowman : Target 12/ The Zen Bowman : Arrow 13/ Central Park West
Pierre Lemarchand © Le son du grisli

Archives Raphaël Imbert


Barry Guy, Mats Gustafsson : Sinners, Rather than Saints (NoBusiness, 2009)

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En janvier dernier à Vilnius, église Sainte Catherine, Barry Guy improvisait seul ou en compagnie de Mats Gustafsson.

Là, se laissait d’abord aller de pizzicatos lents en précipitations mélodiques – mélancolie affectée par une suite d’emportements mesurés – sans réussir à faire d’Odyssey autre chose qu’une version de plus d’un thème qu’il chérit. Heureusement, l’archet plus inspiré de Sleep Leaper rectifiera le tir : répétitif et instable, Guy s'y fond en un lyrisme noir, baroque enfin débarrassé de tous codes astreignants. 

Aux côtés de Gustafsson, le contrebassiste dépose ailleurs un paysage indolent d’où sortira un échange ravageur : le saxophoniste imposant rapidement son allure (Can Ye Wheeple Puggy?) avant de prendre fait et cause pour une déconstruction revendiquant le statut de belle œuvre intacte (Flisk The Thrapple) et puis de dire tout le reste au son de collisions : Blad a Skelloch, où interjections contre archet provocateur, insistances d’une note et souffles étouffés à l’intérieur du baryton, tissent des phrases inquiètes et rares qui n’en peuvent plus de ponctuations. Enfin, une mélodie s’installe. Frêle, elle cède la place au silence, qui semble là pour finir de composer Sinners, Rather than Saints.

Barry Guy, Mats Gustafsson : Sinners, Rather than Saints (NoBusiness)
Enregistrement : 2009. Edition : 2009.
LP : A1/ Can Ye Wheeple Puggy? A2/ Odyssey A3/ Flisk The Thrapple B1/ Sleep Leaper B2/ Blad a Skelloch
Guillaume Belhomme © Le son du grisli

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Rashied Ali (1935-2009) par Gunter Hampel

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Rashied Ali grapped my arm and knocked his head over to follow him. I was sitting at Greene Street in his studio-loft-basement with Jeanne Lee, and were checking tracks on which Jeanne and two other singers had performed with Rashied. Sounded great.

Rashied led me upstairs : “I want you to check something“ and… I was to sit in a rehearsal room, an empty room, and some sort of stage, but the curtain was closed. He was like a little boy, wanting to show me his toys. I was supposed to guess. He had gotten one of those new electronic drums and he had tuned it and was pretty shure, I wouldn‘t guess if he was playing his regular drum set or if it was the electronic one. So I was in this room in new york, in Soho and had Rashied playing a special drumsolo, actually two drumsoli playing for my ears, only (and unfortunately, I didn‘t have any device on me, like a recorder or a carry with me small enough video recorder. I guess this was before 1985, now – 2009 – on the day when I got an e-mail from John from New York, I am sitting in Berlin, Germany, where I write this, saying that Rashied passed away today). Because the one hour I spent with Rashied were one of these moments which make my “gunter life” rich , with   special communications between other artist who obviously love my way of playing, because they open up to my like you open up to a friend, here the word brother would probably more meeting the occasion… But what Rashied played in his first solo for me — remember, we do not see each other, he was behind the curtain to let me guess which drumset he was playing – was the mightiest drumsolo I had heard of him, and believe me, I LOVE Coltrane’s duo recording, where Rashied and Trane were together ; his voice pulled me out of the visions in my head and ears :  “Gunter ? You are still here ? Now I play the other drumset”.

From the moment he started “the other“ drumset, I heard it was the electronic drumset, but there was no room to even keep any notice about it, it was RASHIED who played that drumset and I concentrated on WHAT he played, and that wasn‘t any less, from what came out of his acoustic drumset. All I wanted was SEE him play, so I pulled the curtain away, and luckily he continued playing, because we understood each other, with our feelings. Then, he got up and gave me his sticks : “Let‘s have a drum battle“, went over to the accoustic… And here we went. Playing for an hour or so, we took off, I wasn‘t the only one who had fun,  it was one of those BRIGHT MOMENTS.

To play with him, was so easy, We didn`t battle, we played with each other, we had calls and answers, rhythm and free playing, painted sounds, percussion waves on cymbals, one played a rhythm, the other soloed over it,  in other words, being musicians we had our talk. Transcontinental and transcultural exchange. No competition. A celebration. Having fun with each other with what we can do best : create sounds. When Jeanne joined the two of us we had become friends and wanted to play together and start with a duo, with the vibes an bassclarinet and flute, and then with Jeanne and… Musicians life-moving and thinking we can do all at the same time, too busy, now we cannot document our spirits, Rashied, but you‘ll live on in the cathedral of my heart, i‘ll burn a candle there for you.
   
Gunter Hampel © My Gunter Life / Le son du grisli

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Hildegard Kleeb, Peter Hansen : World News (Everest Records, 2009)

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Par la voix singulière de la pianiste Hildegard Kleeb, nous parviennent aujourd'hui World News, adressées par le compositeur Peter Hansen de la petite île suédoise qu'il habite. Kleeb une autre fois en interprète révélatrice d'atmosphères, et jouant ici du double sens.

Seule au piano, elle sert donc les vignettes musicales d'Hansen : tranquilles, celles-ci ; lointaines parfois au point d'avoir manqué d'être égarées vraiment : mélodies qui n'ont l'air de rien jusqu'à ce qu'elles se liquéfient et révèlent alors leur contenu véritable : tournures naïves et répétitions à distances changées en grandes pièces de musique en fragments : morceaux d'une identité qui se dit en silences, notes assoupies ou à la dérive d'une partition déposée sur carte postale.

Bien que personnage excentrique, Peter Hansen prouve là qu'il ne peut s'exprimer plus naturellement qu'en musique et, surtout, posément. Suffisait à Hildegard Kleeb de le faire parler au son de marches lentes sur lesquelles tournent des mondes qu'il est indispensable d'aller encore chercher.

Hildegard Kleeb, Peter Hansen : World News (Everest Records)
Enregistrement : 2008. Edition : 2009.
CD : 01/ World News 88  02/ Summerair Sketch 03/ World News 88 04/ World News 211 05/ Autogrill Bologna 06/ Vexation for a Burger 07/ World News 67 08/ Summerair Sketch 09/ World News 1 10/ 0 Corciano Notte 11/ World News 1 12/ Sunset Song 13/ World News 111 14/ Objet trouvé 05/ World News XXV “Month of Maying” 16/ Sylvestersang 17/ World News 111 18/ Fifth Trajectory “Upon One Note” for Crotales 19/ Impromptu 20/ World News 111 21/ World News XXX (Sphinxes) 22/ Adeles Song 23/ World News + World News 20 24/ Avebury 25/ World News XXIII
Guillaume Belhomme © Le son du grisli

Archives Hildegard Kleeb



David Berezan : La face cachée (Empreintes digitales, 2008)

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David Berezan est compositeur de musique électroacoustique. Directeur de l'University of Manchester, il est le fondateur du Manchester Theatre in Sound (MANTIS) et a récolté de nombreux prix et distinctions tant en France qu’en Italie ou au Canada.

Pour ce DVD audio, le compositeur est parti de sources sonores diverses avant de transformer et reconstruire celles-ci. Ainsi les rayons d’une roue de vélo (Cyclo), les boules Baoding (Baoding), une grande roue à aubes en fer (Styal), l’eau déferlante du Hoodoo Trail (Hoodoos) ou les automates de Jean Tinguely (Hannibal) sont prétextes à des déambulations sonores du plus bel effet. Grouillements, fourmillements ; les sons pullulent, tourbillonnent et balaient de vastes et denses prairies magnétiques où, parfois, se retrouvent où se devinent la source sonore initiale. Même si amoindrie par l’absence de spatialisation, La face cachée, tel un labyrinthe où il fait bon se perdre et s’égarer est une expérience unique et à renouveler le plus souvent possible.

David Berezan : La face cachée (Empreintes Digitales)
Edition : 2008
DVD Audio : 01/ Cyclo 02/ Baoding-Prologue 03/ Baoding-Ecstatic 04/ Baoding-Intimate 05/ Baoding-Pulsing 06/ Baoding-Epilogue 07/ Styal 08/ Hoodoos 09/ Hannibal
Luc Bouquet © Le son du grisli


Günter Müller : Buenos Aires Tapes (Monotype, 2009)

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C’est à l’occasion d’un séjour argentin, début 2006, que ces deux disques ont été gravés ; ils reproduisent deux concerts donnés par Günter Müller (iPod, electronics), le 9 février avec Courtis & Reche, le 10 avec Merce & Paiuk – soit deux trios qui ne sont pas sans renvoyer les amateurs aux autres « électrios » dans lesquels officie GM : avec Kahn & Dieb 13 par exemple, Sachiko M & Yoshihide, eRikm & Nakamura, Ambarchi & Samartzis, dans MKM (qui a d’ailleurs tourné en Amérique du sud au printemps 2007 comme en témoigne le disque MSA, For4Ears), ou encore avec Voice Crack

Première facette (en une longue pièce) : lourdes pales en rotation, horizon chuintant, pouls secret ; au fil d’un lent zoom, Günter Müller, Anla Courtis (guitare sans cordes, bandes) et Pablo Reche (sampler, electronics) élèvent une maquette portuaire nocturne puis, par des jeux de cache-cache et d’étagement des matières, dégagent de nouveaux reliefs. Dans ces déploiements d’anamorphoses et de profondes basses onduleuses, l’oreille semble se perdre : parfois – à fort volume – au profit de perceptions osthéophoniques, parfois pour mieux découvrir, par une écoute flottante, la subtile présence d’un élément « discret », au bord de la disparition, occupant pourtant une place d’influence dans le champ auditif. Une réussite.

Seconde galette (organisée en trois développements) : en compagnie de Sergio Merce (quatre pistes sans bande, WX7) et Gabriel Paiuk (piano, bandes), si l’ambiance est moins contemplative et les sollicitations plus explicites, le scénario reste intéressant ; un tissage passant du raréfié à l’hétéroclite et du lamé à l’urticant sert de substrat à la fouille sporadique du piano. Une dérive mixte (comme l’on peut parler de « techniques mixtes » en peinture).

Günter Müller : Buenos Aires Tapes (Monotype / Metamkine)
Enregistrement : 2006. Edition : 2009.
CD1 : 01/ CD2 : 01/ 02/ 03/
Guillaume Tarche © Le son du grisli


Fenn O’Berg : The Magic Sound & Return Of… (Editions Mego, 2009)

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A ce stade de leur notoriété, underground indeed, il n’est plus nécessaire de revenir sur les glorieux parcours respectifs des trois ultimate geeks qui forment le projet Fenn O’Berg. Véritables dieux des musiques expérimentales, qu’elles soient d’une teneur ambient majestueuse (Christian Fennesz), indie rock folk noise (Jim O’Rourke) ou drone metal vs electronica (Peter Rehberg aka Pita et moitié de KTL), les protagonistes à l’œuvre en cettte splendide double réédition n’ont plus guère à prouver, si ce n’est envers eux-mêmes. Aujourd’hui pleinement – osons le mot, il n’est point galvaudé – mythiques, les deux albums réunis sur ce double CD datent respectivement de 1999 (The Magic Sound) et 2002 (The Return Of…) et ont marqué une étape cruciale dans le développement de l’improvisation au laptop.

Adeptes d’une liberté d’action sans la moindre concession aux modes de pensée dominants, Fennesz, O’Rourke et Rehberg avaient enregistré The Magic Sound au cours de diverses performances entre Tokyo, Berlin, Hambourg, Vienne et Paris, et c’est peu dire que dix années plus tard, les neuf titres n’ont pas pris une ride. D’un esprit fondamentalement libertaire – à l’image de ce xylophone qui danse, loufoque et jazz, sur les grondements sourds d’un monde digitalisé (Shinjuku Baby Pt. 1) – l’opus ne recule devant aucun obstacle a-mélodique, quitte à nous laisser sur le bord du chemin (Horst und Snail mit Markus). Comme toujours dans ce type de collaborations, les influences des uns et des autres l’emportent, tels Gürtel Eins et Gürtel Zwei, marqués d’une approche quasi-boulezienne, elle n’a jamais autant rimé avec fenneszienne. Carrément superbe en maints endroits (dont Fenn O’Berg Theme, magnifique variation aux contours néo-classiques), l’œuvre est à (re)découvrir de toute urgence.

Le second disque The Return Of… – enregistré au Centre Pompidou et au Porgy & Bess de Vienne – vole tout autant des les hautes sphères de la galaxie électronique. Débutant par quelques secondes pratiquement techno, Floating My Boat noie très vite la tentation du beat qui bouge, pour s’achever sur des boucles obsédantes qui donneront des années plus tard le meilleur de Giuseppe Ielasi (son EP Stunt de 2008). Plus étendues et plus développées, les cinq tracks (dont l’inédit Adidas Sun Tannned Avant Man, sorti à l’époque sur l’édition japonaise) prennent le temps de la (dé)mesure, übersensorielle et métaphysique. Quand elle atteint la grâce ultime d'A Viennese Tragedy, ex-tra-or-di-nai-re contorsion mélodique basée sur des samples d’un orchestre hollywoodien (cette mélodie tournoyante !) essaimé par la ruche d’un certain Christian F., on repense à la maxime de Faithless : God is a Laptop Improviser

Fenn O’Berg : The Magic Sound & Return Of… (Editions Mego / La Baleine)
Enregistrement : 1998, 1999 & 2001. Réédition : 2009.
CD1 : 01/ Shinjuku Baby Pt. 1 02/ Steam Powered Oscillation 03/ Horst und Snail mit Markus 04/ Gürtel Eins 05/ Escape From Hamburg 06/ Shinjuku Baby Pt. 2 07/  Gürtel Zwei 08/ Fenn O’Berg Theme 09/ (5,6m Of) Fenn O’Berg - CD2 : 01/ Floating My Boat 02/ A Viennese Tragedy 03/ Riding Again 04/ We Will Diffuse You 05/ Adidas Sun Tannned Avant Man
Fabrice Vanoverberg © Le son du grisli

Archives Fennesz
Archives Jim O'Rourke
Archives Peter Rehberg


Susan Stenger : Soundtrack for an Exhibition (Forma Arts and Media, 2009)

soundtrackforagrisliLivre-disque et souvenir d’une exposition organisée au Musée d'Art Contemporain de Lyon en 2006, Soundtrack for an Exhibition s’attache à recréer un projet qui alliait peinture, cinéma et musique, en assemblant photographies de toiles (John Armleder, Steven Parrino), extraits des rushs du film The King is Alive (Kristian Levring), et pièce sonore (revue pour tenir ici sur l’espace d’un DVD mais courant à l’origine le long de 96 jours, durée de l’exposition) écrite par Susan Stenger (Band of Susans, Brood).

S’il ne donne qu’un aperçu de l’univers musical déployé pour l’occasion, le disque donne à entendre une longue progression découpée dans l’optique de rendre hommage à des styles musicaux différents, et qui fait, sur son ensemble, référence aux travaux de drones de Phill Niblock. En guise d'intervenants : Kim Gordon, Alan Vega, Ulrich Krieger, Bruce Gilbert, Jim White, Mika Vainio, FM Enheit ou Spider Stacy, finissent de diversifier le propos, qui va de ritournelles répétitives en mélodies de pop précieuse, de nappes monochromes en constructions rythmiques lasses. Partout, le transport est lent, engage l’auditeur sur terrains différents – certains accueillants, d’autres moins.

Pas toujours heureux, donc, le voyage touche pourtant à sa fin en donnant l’impression d’avoir traversé une œuvre conceptuelle d’un minimalisme magistral et souvent obnubilant. Pour revenir aux origines du projet, se plonger enfin dans l’entretien de Mathieu Copeland avec Susan Stenger et Tony Conrad, le second ne cachant pas ses inquiétudes face à l’ampleur d’un exercice encore en projet. Désormais évanoui mais consigné en objet rare.

Susan Stenger, Mathieu Copeland (édition) : Soundtrack for an Exhibition (Forma Arts and Media / Les presses du réel)
Exposition : 2006. Edition : 2009.
Guillaume Belhomme © Le son du grisli


Flaming Tunes : Flaming Tunes (Life and Living, 2009)

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This Heat est l'un de mes groupes préférés de tous les temps. Seulement une poignée d'albums, tous géniaux, et le frisson assuré à chaque écoute de l'album bleu. Tout était là : un sens rythmique incomparable (on peut souvent danser sur leur musique), un sens mélodique inoui (et des voix à tomber par terre) et un travail sur le son en avance de 20 ans sur son époque.

J'avais écouté les autres disques sortis de ce vivier après la dissolution du groupe au début des années 1980 : Camberwell Now (le projet du batteur Charles Hayward) et Lifetones (le projet dub de Charles Bullen) mais je n'ai découvert que tout récemment l'existence d'une cassette post This Heat de Gareth Williams, maintenant rééditée en CD. Autant le dire tout de suite : cette réédition est un repiquage de la cassette : le son est plus low tech que low fi. Mais peu importe. Il n'y a pas eu de nettoyage dénaturant le propos... On y entend des boites à rythmes empruntées à Scritti Politi, des harmonies vocales qui évoquent This Heat, bien sûr, mais aussi souvent le groupe Tuxedomoon. Le disque a semble-t-il été composé suite au départ de Gareth Wiliams en Inde, après avoir quitté le groupe. Cet album a mis 25 ans à être réellement édité et distribué. Depuis que j'ai reçu le CD par la poste (le lendemain de mon paiement par paypal via le site myspace du groupe), je n'écoute pratiquement que ça. Magnifique !

Flaming Tunes : Flaming Tunes (Life and Living / Orkhêstra International)
Enregistrement : 1985. Edition : 2009.
CD : 01/ Another Flaming Tune 02/ Beguiling the Hours 03/ The Best Weapon 04/ A to B 05/ Breast Stroke 06/ Raindrops from Heaven 07/ Restless Mind 08/ B to A 09/ Golden Age 10/ It's Madness 11/ Generous Moon
David Fenech © Le son du grisli

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David Fenech est musicien. Polochon Battle est à ce jour son dernier enregistrement paru.



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