Le son du grisli

Bruits qui changent de l'ordinaire

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Jazz en MarsA paraître : le son du grisli #5En librairie : Bucket of Blood de Steve Potts

Marteau rouge, Evan Parker : Live (In Situ, 2009)

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Marteau Rouge (Jean-François Pauvros / Jean-Marc Foussat / Makoto Sato), c’est quelque chose qui grouille, qui gronde, qui menace, qui déborde, qui frappe fort et dur à la face des vaines hiérarchies. Evan Parker, c’est tout ce que l’on sait (la circularité, la convulsion) et ce que l’on redécouvre aujourd’hui (un phrasé hérité du jazz, un lyrisme confondant). C’est aussi et surtout l’étonnante facilité qu’a le barde barbu de ne faire qu’un avec ses partenaires d’un soir.

Ici, il ne s’agit pas d’une confrontation. Ici, il s’agit de faire bloc et union. Accepter les moments de doute(s) et d’observation, de suspension et de retenue(s) avant que parle la poudre. Et la poudre parlera forcément. Rouge, indélébile, brisante. Alors, ils attireront des tissus sombres et épais puis reviendront croiser le fer. Ils en remettront une couche puis traverseront d’autres territoires, plus apaisés, plus tempérés. Ils diront comment ensemble, ça peut se passer de chef. Et nous, spectateurs-auditeurs convaincus depuis longtemps, nous nous agripperons avec fureur et délectation à cette musique de vie et de forces vives. Et si c’était à nous de jouer maintenant ?

Marteau Rouge, Evan Parker : Live (In Situ / Orkhêstra International)
Enregistrement : 2008. Edition : 2009.
CD : 01/ Un 02/ Deux  03/ Trois, tourne mon Coeur 04/ Quatre 5/ Cinq 06/ Six, Au temps des cerises  07/ Dix 08/ Onze, Douze, Quand tout sera rouge
Luc Bouquet © Le son du grisli

Archives Jean-François Pauvros
Archives Evan Parker



Lee Ranaldo, Leah Singer : iloveyouihateyou (Libraryman Co, 2009)

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Catalogue de l’exposition iloveyouihateyou récemment présentée à Stockholm (Magasin 3), ce livre tire d’abord quelques images d’anciens films d’un expérimental obnubilé par le quotidien réalisés par Nancy Holt et Robert Smithson, Terry Fox et Gordon Matta-Clark, diffusés au même endroit en parallèle, avant de laisser la parole au couple Lee Ranaldo et Leah Singer.

Qui reviennent ici sur leurs parcours individuels puis commun avant de préciser la transformation d’une ancienne de leurs pièces, Drift, en iloveyouihateyou, plus simple dans sa forme, disent-ils, pour avoir vu Singer faire appel, faute de temps, au numérique. Non pas l’état des lieux d’une évolution, mais quelques images extraites de l’installation : morceaux d’art américain extirpés de l’œuvre qui disent à qui ne fut pas visiteur qu’extirpée de son contexte toute image trouve encore à dire. Ranaldo de conclure, à propos de sa longue collaboration avec Singer : « It led us to where it should go ». Comme il « chantait » plus tôt We’ll Know Where When We Get There.

Lee Ranaldo, Leah Singer : iloveyouihateyou (Libraryman Co)
Edition : 2009
Guillaume Belhomme © Le son du grisli


Lee Ranaldo, Leah Singer : We’ll Know Where When We Get There (Cneai, 2009)

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Catalogue de l’exposition du même nom – présentée au Cneai de Chatou jusqu’en mai dernier – transposé sur vinyle et sous pochette soignée, We’ll Know Where When We Get There donne une nouvelle preuve concrète de la collaboration durable de Lee Ranaldo et Leah Singer

Imbriqués, morceaux d’ambiances datant de résidences déjà effectuées par le duo au même endroit et performances décidées pour le seul bien de l’objet en présence (plus tôt bande-son d’un vernissage rare et diffusion de l’Atelier de création radiophonique) condensent sur deux faces toute l’intensité d’un discours intéressé autant par la musique que par l’écrit et l’image. Scansion évasive, la pièce convoque field recordings et râles de cordes lâches de guitare, déliquescences électriques et inventaires polyglottes, et puis, pour lier l’ensemble : éléments de perturbation essentiels à la perte de repères. A domicile maintenant, l’auditeur arrive au bout du sillon, peu après Lee Ranaldo et Leah Singer. Qui ne cherchaient donc pas à le perdre, mais à tester une autre fois sa confiance avant de l’enivrer.

Lee Ranaldo, Leah Singer : We’ll Know Where When We Get There (Cneai)
LP : We’ll Know Where When We Get There
Enregistrement : Edition : 2009.
Guillaume Belhomme © Le son du grisli

Archives Lee Ranaldo


Bennani, Duboc, Lasserre : In Side (Ayler, 2009)

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Il ne faut pas nous laisser effrayer par cette musique car elle est la vie même, qui s’invente à chaque nouveau souffle, à chaque nouveau pas, à chaque battement de cœur.

Ce disque est le témoignage d’un concert que trois hommes donnèrent aux 7 Lézards à Paris le 8 février 2007, et les cinq morceaux consignés ici sont autant d’improvisations collectives. Car c’est en live que l’art de Abdelhaï Bennani paraît le mieux s’épanouir. Au contact de l’autre (musiciens ou public) les compositions surgissent, s’altèrent et cheminent, ambassadrices de cet amour de l’improvisation et de la culture de l’oralité dont se réclame le saxophoniste marocain.

La musique que nous offre Bennani depuis tant d’années est une musique en marche, en mouvement. En témoignent les titres Take The Train et Ballad on Mars… Une musique insaisissable aussi, car aqueuse, toute de sinuosités et d’écoulements (A la dérive, Sous l’eau, la vie d’autrefois) : la contrebasse de Benjamin Duboc est le ressac, la batterie de Didier Lasserre le clapotis sur les rochers, le saxophone d'Abdelhaï Bennani toute la vie immergée. La liberté et la douceur, toutes de précaution et d’attention mutuelle mêlées, sont ici maîtresses. Eclate la singularité du son de Bennani, ce « ruissellement quasi mutique du saxophone », tel que le caractérise Cécile Even, dans les poétiques notes de pochette qu’elle signe, important pendant textuel à cette méditation sonore.

Abdelhaï Bennani, Benjamin Duboc, Didier Lasserre : In Side  (Ayler Records / Téléchargement)
Enregistrement : 2007. Edition : 2009.
CD : 01/ A la dérive 02/ Take The Train 03/ Ballad on Mars (La déclaration d’amour) 04/ Sous l’eau, la vie d’autrefois 05/ Prayer One
Pierre Lemarchand © Le son du grisli

Archives Abdelhaï Bennani


Eric Dolphy : Strenght with Unity (1964)

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One of the least known of Dolphy's many works is Strength with Unity. Never issued commercially, this recording from the 1964 Once Festival in Ann Arbor is performed by Dolphy on alto, with the Bob James Trio (James on piano, Ron Brooks on bass, and Bob Pozar on drums) and a brass ensemble rehearsed by University of Michigan professor Louis Stout. Dolphy may have arranged it for 8 french horns, echoing his brass-heavy arranging for Africa Brass and the concert with the University of Illinois band.

This is a 10 minute long performance featuring a loping A theme in 5/4 and a beautiful bridge in 3/4, with swooping horn fills like those in Africa. Graham Connah noted that the tune is reminiscent of In the Blues from Copenhagen in September 1961, over an Eb diminished with a major 7th chord here as opposed to F# minor in In the Blues. A few weeks before this performance, Dolphy played some similar phrases with the New York Philharmonic in a very brief solo.

The introduction uses smeared harmonies by the brass followed by Dolphy, ending in the lower register to set the somewhat ominous tone. One interpretation of the composition, in terms of the title, is that the A theme represents Strength and the bridge Unity. Dolphy's solo is accompanied by the brass heavily during the first chorus. He then plays passionately, racing headlong, with mainly Pozar's insistent backing. On the final chorus he uses a lengthy series of rapid short phrases, before the brass return with an interesting inversion of the theme, and James solos.

Dolphy's second solo is remarkable, a classic example of what he could do in terms of maintaining conventional technique while extending it greatly. He ends it at the bottom of his horn again, his time splitting tones slightly. The ending of this performance is weak, perhaps because it wasn't rehearsed.

I know of two other performances of this composition: at a concert organized by Marcello Piras and Stefano Zenni, featuring Gianluigi Trovesi on alto, with arrangements by Gunther Schuller, in 2000 in Pescara Italy ; and by Graham Connah and friends at a Dolphy tribute concert at Yoshi's in Oakland California in 2003. There may or may not have been a performance in 2008 at Merkin Hall by a band led by Russ Johnson, with Roy Nathanson, Myra Melford, George Schuller, and Brad Jones. I look forward to hearing this wonderful piece played many more times.

Eric Dolphy : Strenght with Unity
Enregistrement : 1964.
Alan Saul © Le son du grisli

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D'Augusta, Georgie, l'ophtalmologue Alan Saul anime Outward Bound!, incontournable site internet pour qui s'intéresse à l'œuvre d'Eric Dolphy.


Archives Eric Dolphy



Biosphere : Wireless (Touch, 2009)

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A Bristol à l’automne 2007, Geir Jenssen (ou Biosphere) reprenait en public ses travaux d’ambient vaporeuse, l’inspiration animée par son goût des grands espaces : Ciel et Asie.

Allant jusqu’à les rapprocher sur Shenzou, capsule spatiale chinoise changée en morceau d’atmosphère faite de boucles et de nappes enveloppantes, après avoir mis en branle pour l’atteindre une mécanique de souffles sortis d’un trombone (Pneuma). La suite, d’osciller au gré des chocs sonores plus ou moins bien amortis : les maladresses prenant les noms de When I Leave (rythme peu subtil, enregistrement vocal agaçant d’avoir été trop entendu), Birds by Flapping Their Wings (boucle moins maligne) ; les réussites, ceux de Kobresia (guitare en perpétuelle décalage), Warmed The Drift (basse insistant sur deux notes), Moistened and Dried ou Calais Ferryport (ambient relevé d’un peu d’expérimental et transport avalé par un amas de field recordings).

Entre les deux, Jenssen assure le minimum, et d’un Pneuma à l’autre (Pneuma II), de l’ouverture à la conclusion de Wireless, l’auditeur estimera le chemin parcouru selon l’humeur du jour : goûtant les morceaux de choix avant d’être irrité, ou relativisant les écarts en comptant sur la surprise.

Biosphere : Wireless (Touch Music)
Enregistrement : 2007. Edition : 2009.
CD : 01/ Pneuma 02/ Shenzou 03/ Birds by Flapping Their Wings 04/ Kobresia 05/ When I Leave 06/ Warmed by The Drift 07/ The Things I Tell You 08/ Moistened and Dried 09/ Sherbroke 10/ Calais Ferryport 11/ Pneuma II
Guillaume Belhomme © Le son du grisli

Archives Biosphere


Qwat Neum Sixx : Live at Festival NPAI 2007 (Amor Fati, 2009)

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Des quelques formations regroupées ces dernières années autour de Daunik Lazro (ici au seul saxophone baryton), je chéris particulièrement ses Aérolithes (avec Doneda, Nick et Hoevenaers, disque sur le label Vand’œuvre) et le présent quatuor – à la première apparition publique duquel j’ai assisté à La Malterie lilloise en janvier 2007 – que complètent Sophie Agnel (piano), Michael Nick (violons) et Jérôme Noetinger (dispositif électroacoustique), soit déjà tout un réseau de connaissances et d’affinités connexes.

Enregistrée sur scène en juillet de la même année, au festival NPAI, cette suite de quarante-cinq minutes se déploie, fleur de thé au goût ferreux et narcotique, dans un atelier d’industrie onirique : travailleurs du son, fondeurs de fractales, chacun est à sa tâche, sans obstruction, œuvrant à une subtile propulsion, chargeant l’établi puis l’allégeant. Ça fritte, ça frotte, ça tresse et éparpille ; baryton à hélices & tuyères, archet projetant ses rais de limaille ; Noetinger trame, zippe, déchire tandis qu’Agnel, au piano « intégral », câble et file et tisse. Exigeant, superbe.

Quatuor Qwat Neum Sixx : Live at Festival NPAI 2007 (Amor Fati / Metamkine)
Enregistrement : 2007. Edition : 2009.
CD : 01-05/ Live at NPAI 2007
Guillaume Tarche © Le son du grisli


Kommissar Hjuler & Mama Bär : Asylum Lunaticum (Intransitive, 2009)

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Couple d’artistes se suffisant quelque part à l’extrême nord de l’Allemagne, Kommissar Hjuler et Mama Bär publient aujourd’hui Asylum Lunaticum, compilation d’œuvres musicales dispersées jusque-là sur disques et cassettes autoproduits.

Au moyen de leurs voix, de micros et magnétophones, Hjuler et Bär construisent un langage qui pourrait bien n’appartenir qu’à eux : art forcément brut rehaussé d’influences ayant donné dans la provocation (Kurt Schwitters, Dada, Fluxus) qui oscille entre musique expérimentale et poésie sonore. Enregistrée sur cassette, une voix s’en trouve bientôt ralentie, que l’on oppose au refrain insistant d’une autre qu'elle, plus éloignée ; imbriqués ailleurs, souffles et projectiles sonores, silences concrétisés sur bandes ou bribes d’un discours évoquant le proche Danemark.

Surtout, Ehrfurcht, près de trente minutes de chants à se chevaucher : airs approximatifs et textes indéchiffrables posent enfin la question d’un format-chanson enfin débarrassé des contraintes de temps et d’uniformité rassurante. A la place, quelques field recordings accompagnent une berceuse étrange au point d’en devenir dérangeante. On ne peut alors rien reprocher à Kommissar Hjuler et Mama Bär, sinon d’oser inventer et de déranger parfois quand d'autres artistes vivent de restes inoffensifs.   

Kommissar Hjuler, Mama Bär : Asylum Lunaticum (Intransitive Recordings / Metamkine)
Edition : 2009.
CD : 01/ HJVCGrimmelshausen 02/ Lichtblicke 03/ Ehrfurcht 04/ Meine erste Zeitmaachine 05/ de nye Rigspolitichefen 06/ Lauf in Eine Herde 07/ Asylum Lunaticum

Guillaume Belhomme © Le son du grisli


Hiasham Mayet : Palace of The Winds (Sublime Frequencies, 2009)

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Avec ses collègues du label Sublime Frequencies, Hisham Mayet contribue à la reconnaissance de genres musicaux mésestimés comme le raï primitif, le rock cambodgien ou la transe touareg à guitares. Depuis des années, il arpente les régions les plus reculées et les plus inattendues afin d’y filmer des performances musicales, des rites et des scènes du quotidien en usant d’une forme qui a été définie de « folk cinema ». N’ayant pas suivi de formation professionnelle, le cinéaste se laisse avant tout guider par une passion : découvrir et tenter de montrer quelques facettes des peuples rencontrés. A l’aide d’une caméra DV, il filme avec une grande liberté de mouvement et, souvent, des fulgurances de cadrage et de travellings, en témoignent, parmi d’autres, les étranges et beaux Niger : Magic and Ecstasy in the Sahel et Jemaa El Fna : Morocco's Rendez-Vous of the Dead. Le montage alterne les scènes dans un ordre subjectif, faisant de ces productions des propositions poétiques plus que des documentaires au sens strict.

Pour Palace of The Winds, Hisham Mayet s’est baladé entre 2006 et 2008 dans le Sahara occidental et la Mauritanie. Dans son film, on peut voir des paysages lunaires, des étals de marchands ressemblant à des cabinets de curiosités et des groupes (Group Doueh ou Sadoum Oueld Aida par exemple) à l’expression hantée et obsédante. Accompagnant toute la pellicule et participant pleinement à l’atmosphère onirique, cette musique associe rythmes extatiques, guitares électriques et chants habités. Une image dont on se souviendra longtemps est celle du guitariste de Group Doueh posant dans la lumière bleutée de son magasin de K7, tel le modèle d’un Edward Hooper africain.

Hisham Mayet : Palace of The Winds (Sublime Frequencies / Orkhêstra International)
Enregistrement : 2006-2008. Edition : 2009.
Jean Dezert © Le son du grisli


Paul Panhuysen : Le jeu & les règles (Les presses du réel, 2009)

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S’il œuvra un temps dans la mouvance de Fluxus, l’artiste hollandais Paul Panhuysen sut aller voir ailleurs et de tous côtés. Voici l’évidence à laquelle Le jeu & les règles, première monographie consacrée à son travail, amène le lecteur, et puis l’auditeur, qui sera allé entendre Small Samples, Many Pieces, rétrospective de ses expériences sonores consignées sur un disque accompagnant le livre.

Car Panhuysen aura vite fait de remettre en cause sa première approche, classique, des arts graphiques. Dans le livre, quelques exemples d’une peinture influencée (expressionnisme, abstraction, cobra) à laquelle l’artiste préférera bientôt l’élévation de sculptures ou l’installation d’œuvres souvent sonores : instruments inventés, mécanismes chantant, magnétophones réquisitionnés et pianos suspendus. Davantage intéressé par l’invention de processus que par une accumulation d’œuvres soumises à un concret souci d’en démontrer, Panhuysen découvre là son terrain de prédilection.

Ludique, celui-ci, mais soumis aussi à quelques systèmes, ordre établi mais réinterprété. Sous toutes ses formes, certaines musicales : minimalisme bricolé à l’aléatoire surprenant, folklore de récupération défendu à la tête du Maciunas Ensemble, variations de cordes retenues en sculptures ou chants d’oiseaux pris en installations. La litanie inquiète de l’art de Paul Panhusen, autrement cinétique puisqu’avide de mouvement pour transformer l’image en sons de distraction haute.

Collectif (Edité par Yvan Etienne) : Paul Panhuysen : Le jeu & les règles (Les presses du réel)
Edition : 2009.
Guillaume Belhomme © Le son du grisli



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