Le son du grisli

Bruits qui changent de l'ordinaire

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Christina Kubisch à NantesA paraître : le son du grisli #5En librairie : Bucket of Blood de Steve Potts

Phantom Limb & Earth’s Hypnagogia : In Celebration of Knowing All The Blues of The Evening (Unframed Recordings, 2009)

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A coups de farfisa et d’oscillateurs, Jaime Fennelly et Shawn Hansen édifient ici sous le nom de Phantom Limb & Earth’s Hypnagogia une grande composition instantanée d’expérimentale inquiétante, puis agressive.

Pour apparaître crescendo sous la forme d’une simple nappe sonore oscillante, drone sur lequel s’agglomèrent bientôt toutes sortes d’intervenants : larsen, souffles épais, effets crachant ou parasites. Les trois grands mouvements de Civil Twilight passés – qui imposèrent la trame de l’œuvre au noir –, voici huit notes de clavier, répétées sans souci véritable d’allure à conserver. Se chevauchant, voici qu’elles cèdent sous l’influence bruyante d’effets velléitaires et changent radicalement la face de l’expérience : Darkness finit de convaincre de l’écrasante présence de Fennelly et Hansen.

Phantom Limb & Earth’s Hypnagogia : In Celebration of Knowing All The Blues of The Evening (Unframed Recordings / Metamkine)
Enregistrement : 2006. Edition : 2009.
CD : 01/ Civil Twilight 1 02/ Civil Twilight 2 03/ Civil Twilight 3 04/ Darkness (Nautical Twilight) 1 05/ Darkness (Nautical Twilight) 2 06/ Darkness (Nautical Twilight) 3
Guillaume Belhomme © Le son du grisli



Evan Parker : The Moment's Energy (ECM, 2009)

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Si le premier enregistrement de l’Electro-Acoustic Ensemble avait été, il y a une douzaine d’années, une passionnante découverte – la « cellule anglaise » (Evan Parker, Barry Guy, Paul Lytton) s’y trouvant pistée par son « shadow trio » (Phil Wachsmann, Walter Prati, Marco Vecchi) – le cinquième* album du groupe (toujours chez ECM) ne renouvelle pas complètement l’enchantement.

L’accroissement de l’effectif (culminant ici à quatorze membres, dont Agustí Fernández, Joel Ryan, Richard Barrett et Paul Obermayer) au fil des disques, un temps vanté par des chroniqueurs admiratifs de ce qu’ils prenaient pour une performance (de quoi ?), ne fait rien à l’affaire – mais ne l’aggrave pas non plus, à mon sens ; l’impression d’empâtement semble davantage tenir à la nature même et à la densité des interactions à l’œuvre. Le principe parkérien de prolifération donnant de merveilleux résultats hallucinatoires et poétiques dans le contexte du solo (voire du solo « traité », comme avec Prati dans Hall of Mirrors [CD MM&T] ou Lawrence Casserley dans Solar Wind [CD Touch]), un jeu supplémentaire de diffractions croisées peut confiner à l’obscurcissement des beaux labyrinthes de verre, comme si, par inflation, on passait d’un essaim turbulent à un avion gros-porteur, masse vrombissante creusant la nuit en clignotant puis virant pesamment sur une aile. On guette alors, dans ce flux laminaire, tout autant les festons du soprano que les trouées de Ned Rothenberg (clarinettes, shakuhachi), les éclaircies de Peter Evans (trompette, trompette piccolo) que l’impeccable sho de Ko Ishikawa, véritable générateur acoustico-électronique…

*Après Toward the Margins (6 musiciens, 1996), Drawn Inward (7 musiciens, 1998), Memory/Vision (9 musiciens, 2002), The Eleventh Hour (11 musiciens, 2004)

Evan Parker : The Moment's Energy (ECM / Universal)
Edition : 2009.
CD : 01/ I 02/ II 03/ III 04/ IV 05/ V 06/ VI 07/ VII 08/ Incandescent Clouds
Guillaume Tarche © Le son du grisli

Archives Evan Parker


Evan Parker, John Wiese : C-Section (Second Layer Records, 2009)

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La Free Noise, genre aux frontières floues (comme souvent), serait caractérisée par le mariage et/ou la collision de la noise et du free jazz. Les collaborations d’Anthony Braxton et de Wolf Eyes ou de C. Spencer Yeh avec Paul Flaherty et Chris Corsano en seraient de bonnes illustrations. En 2007, ce style a en outre donné son nom à une tournée commune en Angleterre de certains des ses plus illustres expérimentateurs : le groupe Yellow Swans, le batteur Paul Hession, C. Spencer Yeh, le contrebassiste John Edwards, mais aussi Evan Parker et John Wiese. Une fameuse affiche qui a dû en secouer plus d’un et qui a certainement donné l’occasion à ces deux derniers de s’apprivoiser.

Ce dernier terme n’est pas choisi au hasard, tant les sonorités du saxophone d’Evan Parker et celles des dispositifs électroniques de John Wiese ne semblent a priori pas faites pour s’entendre. Le premier offre son jeu de voltige, acoustique et sensuel, à l’aide de son inimitable technique du souffle circulaire. Le second sculpte, littéralement, des strates de sons purs et métalliques (formant trilles, pulsations et distorsions) prodigués souvent avec de la retenue et presque de la délicatesse et à d’autres moments avec beaucoup plus de nervosité. Assez vite, on se rend compte que l’association fonctionne. L’essentiel bien sûr n’est pas de repérer un dialogue aisément compréhensible entre les deux musiciens, mais de ressentir leur production conjointe comme un acte musical unique et indivisible.

Par moments pourtant, John Wiese semble se laisser emporter par la fougue du saxophoniste. Ainsi, le tour de force que constitue ce dernier morceau de plus de 24 minutes, véritable orgie où les masses sonores mouvantes se transforment progressivement pour emporter l’auditeur dans un maelstrom le laissant au final complètement pantois.

Evan Parker, John Wiese : C-Section (Second Layer Records)
Enregistrement : 2008. Edition : 2009.
CD : 01/ The Jist 02/ Little Black Book 03/ No Shoes 04/ Dog Cesarean
Jean Dezert © Le son du grisli

Archives Evan Parker


Gerry Hemingway : Demon Chaser (HatOLOGY, 2009)

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Enregistré en 1993, Demon Chaser donne à entendre Gerry Hemingway en leader charismatique aux côtés de musiciens de choix : Michael Moore (saxophone alto, clarinettes), Wolter Wierbos (trombone), Ernst Reijseger (violoncelle) et Mark Dresser (contrebasse).

Avec plus d’aplomb que jamais, le batteur pousse ses partenaires dans leurs derniers retranchements, en prenant pour prétexte la défense d’un bop de fin de siècle. Alors, sur Slamadam, les grands écarts du trombone de Wierbos et de la clarinette basse de Moore rivalisent de présence avec les reliefs du morceau-titre : thème sauvage sur lequel Moore et Reijseger interviennent en voltigeurs.

Ailleurs, les atmosphères changeantes d’Holler Up (composition précieuse rattrapée par la maîtrise des musiciens), More Struttin’ With Mutton (défilé de solos remarquables sur bop straight), Buoys (seul véritable écueil, et relatif, de l’enregistrement) et, surtout, d’A Night in Tunisia : thème dissous en arrangements subtils et réformateurs, mécanique à l’équilibre fragile sans cesse sublimé par la puissance de feu des musiciens. Alignés de telle façon, ceux-là ne pouvaient faire autrement.

Gerry Hemingway : Demon Chaser (HatOLOGY / Harmonia Mundi)
Enregistrement : 1993. Edition : 2009.
CD : 01/ Slamadam 02/ A Night in Tunisia 03/ Buoys 04/ Holler Up 05/ Demon Chaser 06/ More Struttin’ With Mutton
Guillaume Belhomme © Le son du grisli

Archives Gerry Hemingway


Paul Rogers : An Invitation (Rare Music, 2009)

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I have played with Paul Rogers for 30 years and in any situation he always gives 100% of himself. He is a supreme bassist, with astonishing technical abilities and great musical vision. He digs down deep to try to find new things, which in my mind means it's spiritual music because isn't that what spiritual means, digging deep to find answers. This solo cd for me shows all of this and is presented in 10 tracks with Paul improvising over his own  compositions. Because he is happy in most any musical situation like straight jazz to free abstraction you can hear his love of both melody, rhythmic and harmonic freedom. This is a very powerful cd yet it is easy to concentrate on. This is why I have chosen this record as one of my all time favourites.

Paul Rogers : An Invitation (Rare Music)
Edition : 2009.
CD : 01/ An Invitation 02/ What Will You Be 03/ Flight 04/ Ebbing 05/ Dove 06/ Fountain 07/ Elevation 08/ The Trip 09/ Do 10/ Gibrache
Paul Dunmall © Le son du grisli

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Singulier saxophoniste britannique, Paul Dunmall a récemment été entendu auprès d'Andrew Cyrille et Henry Grimes sur Opus de Life. 

Archives Paul Rogers



Joe Morris : Wildlife (AUM Fidelity, 2009)

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Avec Petr Cancura – saxophoniste (alto et ténor) tchèque installé à New York – et le batteur Luther Gray, Joe Morris (contrebasse) s’adonna pour Wildlife à une séance d’improvisation dont les quatre mouvements redisent son actuelle inspiration.

D’un bout à l’autre de ceux-là, le trio fait front avec une facilité tenant de l’évidence : sur le swing chaleureux de Geomantic ou de Nettle aussi bien que sur la ballade trompeuse de Crow et l’air caribéen déviant de Thicket. Le développement réinterrogé sans cesse des interventions de Morris pour unique fil conducteur, Cancura et Gray n’ont plus qu’à suivre en comptant sur leur à-propos respectifs : Wildlife, d’attester aussi de ceux-là.


Joe Morris, Crow (extrait). Courtesy of AUM Fidelity.

Joe Morris : Wildlife (AUM Fidelity / Orkhêstra International)
Enregistrement : 2008. Edition : 2009.
CD : 01/ Geomantic 02/ Thicket 03/ Crow 04/ Nettle
Guillaume Belhomme © Le son du grisli

Archives Joe Morris


Marteau rouge, Evan Parker : Live (In Situ, 2009)

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Marteau Rouge (Jean-François Pauvros / Jean-Marc Foussat / Makoto Sato), c’est quelque chose qui grouille, qui gronde, qui menace, qui déborde, qui frappe fort et dur à la face des vaines hiérarchies. Evan Parker, c’est tout ce que l’on sait (la circularité, la convulsion) et ce que l’on redécouvre aujourd’hui (un phrasé hérité du jazz, un lyrisme confondant). C’est aussi et surtout l’étonnante facilité qu’a le barde barbu de ne faire qu’un avec ses partenaires d’un soir.

Ici, il ne s’agit pas d’une confrontation. Ici, il s’agit de faire bloc et union. Accepter les moments de doute(s) et d’observation, de suspension et de retenue(s) avant que parle la poudre. Et la poudre parlera forcément. Rouge, indélébile, brisante. Alors, ils attireront des tissus sombres et épais puis reviendront croiser le fer. Ils en remettront une couche puis traverseront d’autres territoires, plus apaisés, plus tempérés. Ils diront comment ensemble, ça peut se passer de chef. Et nous, spectateurs-auditeurs convaincus depuis longtemps, nous nous agripperons avec fureur et délectation à cette musique de vie et de forces vives. Et si c’était à nous de jouer maintenant ?

Marteau Rouge, Evan Parker : Live (In Situ / Orkhêstra International)
Enregistrement : 2008. Edition : 2009.
CD : 01/ Un 02/ Deux  03/ Trois, tourne mon Coeur 04/ Quatre 5/ Cinq 06/ Six, Au temps des cerises  07/ Dix 08/ Onze, Douze, Quand tout sera rouge
Luc Bouquet © Le son du grisli

Archives Jean-François Pauvros
Archives Evan Parker


Lee Ranaldo, Leah Singer : iloveyouihateyou (Libraryman Co, 2009)

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Catalogue de l’exposition iloveyouihateyou récemment présentée à Stockholm (Magasin 3), ce livre tire d’abord quelques images d’anciens films d’un expérimental obnubilé par le quotidien réalisés par Nancy Holt et Robert Smithson, Terry Fox et Gordon Matta-Clark, diffusés au même endroit en parallèle, avant de laisser la parole au couple Lee Ranaldo et Leah Singer.

Qui reviennent ici sur leurs parcours individuels puis commun avant de préciser la transformation d’une ancienne de leurs pièces, Drift, en iloveyouihateyou, plus simple dans sa forme, disent-ils, pour avoir vu Singer faire appel, faute de temps, au numérique. Non pas l’état des lieux d’une évolution, mais quelques images extraites de l’installation : morceaux d’art américain extirpés de l’œuvre qui disent à qui ne fut pas visiteur qu’extirpée de son contexte toute image trouve encore à dire. Ranaldo de conclure, à propos de sa longue collaboration avec Singer : « It led us to where it should go ». Comme il « chantait » plus tôt We’ll Know Where When We Get There.

Lee Ranaldo, Leah Singer : iloveyouihateyou (Libraryman Co)
Edition : 2009
Guillaume Belhomme © Le son du grisli


Lee Ranaldo, Leah Singer : We’ll Know Where When We Get There (Cneai, 2009)

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Catalogue de l’exposition du même nom – présentée au Cneai de Chatou jusqu’en mai dernier – transposé sur vinyle et sous pochette soignée, We’ll Know Where When We Get There donne une nouvelle preuve concrète de la collaboration durable de Lee Ranaldo et Leah Singer

Imbriqués, morceaux d’ambiances datant de résidences déjà effectuées par le duo au même endroit et performances décidées pour le seul bien de l’objet en présence (plus tôt bande-son d’un vernissage rare et diffusion de l’Atelier de création radiophonique) condensent sur deux faces toute l’intensité d’un discours intéressé autant par la musique que par l’écrit et l’image. Scansion évasive, la pièce convoque field recordings et râles de cordes lâches de guitare, déliquescences électriques et inventaires polyglottes, et puis, pour lier l’ensemble : éléments de perturbation essentiels à la perte de repères. A domicile maintenant, l’auditeur arrive au bout du sillon, peu après Lee Ranaldo et Leah Singer. Qui ne cherchaient donc pas à le perdre, mais à tester une autre fois sa confiance avant de l’enivrer.

Lee Ranaldo, Leah Singer : We’ll Know Where When We Get There (Cneai)
LP : We’ll Know Where When We Get There
Enregistrement : Edition : 2009.
Guillaume Belhomme © Le son du grisli

Archives Lee Ranaldo


Bennani, Duboc, Lasserre : In Side (Ayler, 2009)

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Il ne faut pas nous laisser effrayer par cette musique car elle est la vie même, qui s’invente à chaque nouveau souffle, à chaque nouveau pas, à chaque battement de cœur.

Ce disque est le témoignage d’un concert que trois hommes donnèrent aux 7 Lézards à Paris le 8 février 2007, et les cinq morceaux consignés ici sont autant d’improvisations collectives. Car c’est en live que l’art de Abdelhaï Bennani paraît le mieux s’épanouir. Au contact de l’autre (musiciens ou public) les compositions surgissent, s’altèrent et cheminent, ambassadrices de cet amour de l’improvisation et de la culture de l’oralité dont se réclame le saxophoniste marocain.

La musique que nous offre Bennani depuis tant d’années est une musique en marche, en mouvement. En témoignent les titres Take The Train et Ballad on Mars… Une musique insaisissable aussi, car aqueuse, toute de sinuosités et d’écoulements (A la dérive, Sous l’eau, la vie d’autrefois) : la contrebasse de Benjamin Duboc est le ressac, la batterie de Didier Lasserre le clapotis sur les rochers, le saxophone d'Abdelhaï Bennani toute la vie immergée. La liberté et la douceur, toutes de précaution et d’attention mutuelle mêlées, sont ici maîtresses. Eclate la singularité du son de Bennani, ce « ruissellement quasi mutique du saxophone », tel que le caractérise Cécile Even, dans les poétiques notes de pochette qu’elle signe, important pendant textuel à cette méditation sonore.

Abdelhaï Bennani, Benjamin Duboc, Didier Lasserre : In Side  (Ayler Records / Téléchargement)
Enregistrement : 2007. Edition : 2009.
CD : 01/ A la dérive 02/ Take The Train 03/ Ballad on Mars (La déclaration d’amour) 04/ Sous l’eau, la vie d’autrefois 05/ Prayer One
Pierre Lemarchand © Le son du grisli

Archives Abdelhaï Bennani



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