Le son du grisli

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Archives des interviews du son du grisli

Han Bennink Trio : Parken (Ilk, 2009)

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Sur Parken, Han Bennink fait pour la première fois de son nom celui d’une formation : trio, en l’occurrence, qu’il forme aujourd’hui avec le pianiste Simon Toldam et le clarinettiste Joachim Badenhorst.

Pour faire suite à une série de concerts, l’enregistrement distribue les preuves de l’entente du batteur et de ses jeunes partenaires, notamment sur un lot d'improvisations (Myckewelk exacerbé ou Flemische March sur lequel Bennink court après les notes en cascades du pianiste, les rattrape et les avale). Ailleurs, le trio sert des compositions signées de ses membres (Music for Camping de Toldman, qui révèle chez celui-ci une érudition musicale, et notamment jazz, capable de faire oublier un peu une sonorité un brin clinquante ; plus convaincant Reedeater de Badenhorst) ou tiré du répertoire de Duke Ellington.

Trois fois il est ainsi donné d’entendre des pièces dues à la collaboration Ellington / Billy Strayhorn : Fleurette africaine, pâtissant elle aussi d’une production léchée à l’excès ; Lady of The Lavendermist, célébrée surtout par le duo Badenhorst / Bennink aux clarinette basse et cymbales ; et puis, surtout, Ispahan : là, Toldman démontre un jeu d’accords plus subtil quand Badenhorst se fraye un chemin entre les coups vifs assénés par Bennink.

Han Bennink Trio : Parken (Ilk Music / Instant Jazz)
Edition : 2009.
CD : 01/ Music for Camping 02/ Flemische March 03/ Lady of The Lavender Mist 04/ Myckewelk 05/ Isfahan 06/ Reedeater 07/ Fleurette africaine 08/ After The March 09/ Parken
Guillaume Belhomme © Le son du grisli



Millefleurs : Millefleurs (Creative Sources, 2009)

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Depuis 1999, Christoph Schiller dirige l’ensemble vocal Millefleurs. Celui-ci comprend en ses rangs aussi bien des amateurs que des musiciens habitués des scènes de l’improvisation comme Carl Ludwig Hübsch ou Agnès Palier. Il s’agit du premier opus d’un groupe que l’on devine fascinant sur scène. Son nom renvoie aux tapisseries médiévales dont le fond est parsemé de petites fleurs. Ces dernières correspondraient aux sons émis par chacun des musiciens ; le fond, au tout formé par ces efforts individuels.

Chaque morceau, baptisé d’après une fleur, résulte ainsi d’une improvisation libre. Si le concept est proche de celui mis en place par Phil Minton avec son Feral Choir, le résultat s’en éloigne par l’absence d’un conducteur, une rythmique moins affirmée et des ambiances plus abstraites. Il y a comme une retenue dans l’expression des chanteurs qui les empêche de tomber dans la cacophonie. D’ailleurs, il est rare d’entendre plus que quelques-uns des douze improvisateurs en même temps. L’inquiétante étrangeté qui se dégage de leurs chuchotements, trilles ou cris étranglés, est suffisamment captivante pour faire oublier la durée d’un album parfois un peu long. Pour s’en convaincre, il suffit d’écouter Passiflora incarnata et de se laisser glacer par un chœur nocturne et incantatoire.

Millefleurs : Millefleurs (Creative Sources)
Enregistrement : janvier-février 2009. Edition : 2009.
CD : 01/ galanthus nivalis 02/ cypripedium calceolus 03/ ononis spinosa 04/ rhinanthus minor 05/ cardamine pratensis 06/ passiflora incarnata 07/ lamium album 08/ saxifraga aizoon 09/ pulsatilla vulgaris 10/ maianthemum bifolium 11/ linnea borealis 12/ arum maculatum.
Jean Dezert © Le son du grisli


Barry Guy, Irène Schweizer : Radio Rondo / Schaffhausen Concert (Intakt, 2009)

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Deux pièces seulement ici, toutes deux enregistrées le 21 mai 2008 dans le cadre du Schaffhausen Jazzfestival.

Schaffhausen Concert est un solo de la pianiste Irène Schweizer. Chez Irène, toujours cette redoutable symétrie, cette clarté de la forme et du phrasé. Continuité sans ruptures, le doute est absent et l’excellence est au rendez-vous. Seulement jouer avec un total engagement : avec énergie, force et ne jamais s’attarder, ni se relâcher. Une urgence continue, exemplaire même dans ses moments de répit ; sans incidence et si brillante que générosité et chaleur s’y perdent parfois. Cela à duré une quinzaine de minutes.

Radio Rondo est une composition de Barry Guy. Il dirige à nouveau le London Jazz Composers Orchestra (plus de dix ans d’absence, déjà). Le plaisir de les retrouver est grand. Les clusters et autres glissandi sont toujours présents. L’effet de masse, l’action collective ne trompent pas. Barry Guy dirige avec rigueur et Irène Schweizer, dont le rôle central ne fait aucun doute ici, exulte et mitraille sans sourciller, adoptant parfois des paysages plus tempérés en trio avec Barry Guy et Paul Lytton. Cela a duré une trentaine de minutes.

Barry Guy London Jazz Composers Orchestra, Irène Schweizer : Radio Rondo / Schaffhausen Concert (Intakt / Orkhêstra International)
Enregistrement : 2008. Edition : 2009   
CD : 01/ Schaffhausen Concert 02/ Radio Rondo
Luc Bouquet © Le son du grisli


Joëlle Léandre, George Lewis : Transatlantic Visions (Rogue Art, 2009)

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Voici presque une trentaine d’années que Joëlle Léandre et George Lewis se côtoient. Sur Transatlantic Visions, enregistrement de leur rencontre au 14e Vision Festival (2008), trouver alors quelques preuves de complicité évidente.

La contrebasse et le trombone pris dès l’ouverture d’un accès de fièvre répétitive, et puis faits instruments d’une incantation hésitant sans cesse entre improvisation délurée et swing poussé en dehors de ses propres limites : Léandre frénétique et Lewis concentré finissent d’en bouleverser les codes.

Ici, un solo de Léandre (baroque, dévalant graves, percussif et enfin suspendu) ; là, un solo de Lewis (traînant, tapi dans l’ombre, et intense). Diverses et quelques fois partagées, les visions sont surprenantes et ancrent le fantasme dans la réalité de deux musiciens au service d'un seul concept : la gravitude.

Joëlle Léandre, George Lewis : Transatlantic Visions (Rogue Art)
Enregistrement : 2008. Edition : 2009.
CD : 01/ Transatlantic Vision I 02/ Transatlantic Vision II 03/ Transatlantic Vision III 04/ Transatlantic Vision IV 05/ Transatlantic Vision V 06/ Transatlantic Vision VI 07/ Transatlantic Vision VII
Guillaume Belhomme © Le son du grisli


Léandre, Lenoci, Curci, Magliocchi : Psychomagic Combination (Setola di maiale, 2008)

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Huit improvisations enregistrées en concert en 2007 par différentes combinaisons formées par Joëlle Léandre, Gianni Lenoci (piano), Vittorino Curci (saxophone alto) et Marcello Magliocchi (percussions), font Psychomagic Combination.

En quartette, les musiciens trouvent un point d’accord à leurs intérêts divergents (archet compulsif de Léandre et insistance traînante de Curci, par exemple, en ouverture) avant de s’entendre avec un aplomb rare sur la deuxième – et même la plus longue – des trois pièces enregistrées à quatre. 

Autres formations capables de surprendre ici : le duo Léandre / Lenoci – échange qui renvoie au disque enregistré par les mêmes quelques années plus tôt (Sur une balançoire, sur Ambiances magnétiques) –, défendant un impressionnisme dévasté par quelques graves ultimes ; le duo Léandre / Magliocchi, intense et grondant autrement ; le trio Léandre / Lenoci / Magliocchi, enfin, sur lequel l’archet se fait plus aigu tandis que le piano s’en remet à la paraphrase avant de l’abandonner avec pertinence. Ailleurs, quelques moments de flottements : inspirations en creux et en bosses ou combinaisons moins cohérentes dans leur ensemble : écarts anecdotiques comparés aux réussites.

Joëlle Léandre, Gianni Lenoci, Vittorino Curci, Marcello Magliocchi : Psychomagic Combination (Setola di maiale)
Enregistrement : 2007. Edition : 2008.
CD : 01/ Quartet 5 :44 02/ Trio Trio (Léandre, Lenoci, Magliocchi) 5:44 03/ Duo (Léandre, Curci) 3:35 04/ Trio (Lenoci, Curci, Magliocchi) 5:39 05/ Duo (Léandre, Lenoci) 06/ Duo (Léandre, Magliocchi) 8:25 07/ Quartet 9:25 08/ Quartet 4:50
Guillaume Belhomme © Le son du grisli



Teho Teardo : Voyage au bout de la nuit (Japanapart, 2009)

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Par le passé, Teho Teardo a collaboré avec Nurse With Wound ou a animé le groupe Moderator. Sur le 45 tours Voyage au bout de la nuit, il révèle des penchants artistiques plus sages.

A en croire les deux courtes faces du disque, où une petite section de cordes est mise en orbite et en boucles, se chevauchent avant de tirer profit d’apparitions en décalage (Plans). De l’autre côté, c'est à dire sur Prix de Rome, la mélodie est plus sérieuse et les présences sont démultipliées : les archets sont d’abord convulsifs mais iront s’apaisant pour finir par tricoter un air minimaliste. Soucieux du moindre détail dans la composition, Teho Teardo montre qu’il sait soumettre sa musique aux humeurs des musiciens (Erik Friedlander à l'un des trois violoncelles) qui s’y collent pour la rendre encore plus acceptable.

Teho Teardo : Voyage au bout de la nuit (Japanapart)
Edition : 2009.
7" : A/ Plans B/ Prix de Rome
Pierre Cécile © Le son du grisli


Mika Vainio : Black Telephone of Matter (Touch, 2009)

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Vieux briscard des musiques électroniques, en solo et au sein du duo Pan Sonic avec Ilpo Väisänen, Mika Vainio est une de ces valeurs sûres qu’il fait toujours bon retrouver. Quatrième livrée du Finlandais pour le compte de Touch – la première depuis 2003 ! – Black Telephone of Matter ne fait nullement exception et c’est tant mieux.

Pleinement bruitiste, la vision de Vainio ne souffre toutefois pas de l’unicité apparente de sa démarche. D’une très grande variété de tons et d’atmosphères, le téléphone noir de la matière nécessite le plus grand… silence pour en appréhender toutes les inflexions. Totalement inutile dans un environnement surchargé en interférences diverses, son écoute attentive – oserions-nous écrire autiste – révèle le savoir-faire millimétrique de son auteur, au sommet de son art.

Toujours radicalement éprise d’une science de l’observation, la musique de Vainio remplit les blancs de la multiplicité de ses signaux. Entrée d’un requiem écrit pour Merzbow, messages intergalactiques captés d’hors la voie lactée ou électrocardiogramme au bord de l’asphyxie, l’argot du bruit vainiosien ne souffre aucune limite, si ce n’est celle qu’impose l’imagination. Extraordinairement cohérent en dépit des dizaines d’expériences qu’il fait traverser – des cris de corbeaux à la captation d’une antenne à 4080 Mhz  – le disque oscille également entre diverses voies blanches, dont le signal est tellement faible qu’il fait tendre l’oreille (rappelez-vous la condition du silence). Plus fondamentalement, Mika Vainio se mue en un incroyable narrateur d’aventures soniques – elles recueillent notre admiration sans limites.

Mika Vainio : Aíneen Musta Puhelin / Black Telephone Of Matter (Touch / La baleine)
Edition : 2009.
CD : 01/ Roma A.D. 2727 02/ Silencés Traverses Des Mondes Et Des Anges 03/ Bury A Horse’s Head 04/ In A Frosted Lake 05/ Swedenborgia 06/ A Measurement Of Excess Antenna Temperature At 4080 ML/S 07/ The Breather
Fabrice Vanoverberg © Le son du grisli


Torsten Papenheim : Some of The Things We Could Be (Schraum, 2009)

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Instruments avec lesquels Torsten Papenheim composa Some of The Things We Could Be : guitare (en premier lieu), banjo et piano. Nombre de musiciens auprès desquels il défendait ensuite son ouvrage : douze, parmi lesquels en trouver de brillants : Michael Thieke (saxophone alto), Ute Völker (accordéon) et Clayton Thomas (contrebasse).

Des arpèges de guitare ouvrent l’enregistrement, que rattrape un grésillement que l’on doit à la contrebasse. Dès l’ouverture, le champ musical approuve et la ligne claire et le parasite, le décors sombre et quelques éclaircies. Du swing bancal d’Harry S. Truman – pièce qui donne à entendre ce que Carla Bley aurait pu tirer d’une production soignée davantage – à la valse sur-lente d’a.k.a. You, for Example, du brillant MülheimAnDerRuhr (la clarinette basse de Christian Biegai luttant contre les motifs que répète la guitare) au couple Special Teeth Profiles Shifting / Mitscherlichs Zoo (qui commande une suite plus pernicieuse dont le temps obéit à un swing plus lent encore puis à une frénésie collégiale), les musiciens se laissent porter par les courants en mettant presque toujours à profit l’association de leurs singularités reconnues. Alors une autre fois au catalogue du label Schraum : un disque d’une sophistication irrésistible.

Torsten Papenheim : Some of The Things We Could Be (Schraum)
Enregistrement : 2008-2009. Edition : 2009.
CD : 01/ Introducing Selected Characters & Tones 02/ Harry S. Truman 03/ Bruxelles Piano Lessons 04/ a.k.a. You, for Example 05/ MülheimAnDerRuhr 06/ Nocturne Drei 07/ Special Teeth Profiles Shifting 08/ Mitscherlichs Zoo 09/ The Uses of Literature 10/ Nocturne Vier 11/ Kargo 12/ All The Songs You Sing
Guillaume Belhomme © Le son du grisli


Borah Bergman, Stefano Pastor : Live at Tortona (Mutable, 2009)

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Ce disque du pianiste Borah Bergman et du violoniste Stefano Pastor a été enregistré en juillet 2007 lors du festival Jazz fuori tema. Les trois premiers morceaux sont des compositions du premier et les deux suivants des improvisations des deux musiciens.

Bergman est largement mis en avant dans ses propres compositions, au point que le violoniste n’est souvent là que pour illustrer le propos d’un pianiste en pleine possession de ses moyens. Avec un lyrisme tantôt apaisé, tantôt fougueux, chacune de ses mains place sur le clavier des lignes mélodiques distinctes, mais complémentaires. L’évidence et la force de ces compositions ne sont troublées que sur la fin de la ballade When Autumn Comes, lorsque résonnent les cloches de l’église du village.

Pour les pistes improvisées, le propos de Stefano Pastor est plus largement perceptible. Son objectif est de faire sonner son violon comme un instrument à vent, lui adjoignant des cordes de guitare afin de lui donner plus de souffle et de puissance. Cet aspect est largement exploité sur The Mighty Oak où le dialogue, de chaos en réconciliation, démontre l’opportunité de la rencontre.

Borah Bergman, Stefano Pastor : Live at Tortona (Mutable Music)
Enregistrement : 1er juillet 2007. Edtion : 2009.
CD : 01/ Spirit Song 02/ When Autumn Comes 03/ Wellspring 04/ Crescent 05/ The Mighty Oak
Jean Dezert © Le son du grisli


Stefano Pastor : Chants (Slam, 2009)

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Le propre de l’artiste étant d’être là où on ne l’attend pas ou plus, Stefano Pastor ne se gène pas de nous surprendre ici. Partenaire régulier de Borah Bergman, George Haslam ou Paul Hession, le voici poussant la chansonnette de sa voix medium-grave. Surprise et étonnement d’abord, questionnement ensuite. Quelle mouche a donc piqué le violoniste ? Mais la voix n’est pas le tout d’une musique mettant en éclairage standards et compositions personnelles.

Il y a Naima naviguant entre beauté, chute et déséquilibre. Une Naima qui s’invente de nouvelles distances, de nouveaux ports sans houle ou fracas. Une Naima finalement si proche de la version originale de Coltrane. Il y a le violon de Pastor, toujours aussi crissant ; un violon-souffle à l’archet épais, inventeur de lignes fortes, persistantes et entêtantes. Il y a ici ce qui est sans doute un disque récréation, un désir de puiser au plus profond des mélodies. On l’aimera ou on le détestera mais il ne laissera personne indifférent.


Stefano Pastor, Fortytude. Courtesy of Slam Records.

Stefano Pastor : Chants (Slam Records)
Enregistrement : 2008. Edition : 2009
CD : 01/ Naima 02/ I’ll Remember April 03/ Chi mi Ho Insegnato 04/ Caravan 05/ Easy Living 06/ The Song Is You 07/ La chambre 08/ Fortytude 09/ There Is No Greater Love 10/ Dança da solidao
Luc Bouquet © Le son du grisli



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