Le son du grisli

Bruits qui changent de l'ordinaire

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Parution : Premier bruit Trente-six échosAu rapport : Festival Le Bruit de la MusiqueParution : le son du grisli #2
A la question : interviewsAu rapport : impressions de concertsEn théorie : l'improvisation par l'écrit : John Butcher & Evan Parker

Guionnet, La Casa, Samartzis : Soleil d’artifice (Swarming, 2009)

guionnet la casa samartzis soleil d'artifice

Enregistré en studio, Soleil d’artifice est la trace laissée sur disque de l’association Jean-Luc Guionnet (saxophone alto) / Eric La Casa (microphones, laptop et enregistrements) / Philip Samartzis (électronique, laptop, field recordings), entendue en Europe en 2007.

En compagnie de l’Australien – qui s’occupa aussi de mixer l’enregistrement –, Guionnet et La Casa réinterrogent l’espace, le temps et la forme à donner à la dualité. Au son de sirènes, de grésillements, de chuchotements et d’aigus perçants, les trois hommes bâtissent un édifice de grisailles enfermant l’entente de sons préenregistrés et de pratiques instrumentales inventant sur l’instant. Bientôt, l’alto insiste pour se libérer de la forme jusque-là donnée à l’ensemble, se balance entre deux notes puis en répète une seule, de moins en moins inquiet d’aller voir ailleurs qu’à l’endroit indiqué : Soleil d’artifice dans lequel il finit par se fondre pour mieux en intensifier la flamme.

« J’aurai vécu dans le soleil. J’ai connu dans ce monde un bonheur infini. Certains soirs, le bruit de la pluie me procurait une jouissance indicible car il était la chanson que faisait ma vie pour résonner dans les profondeurs du temps qui me donnait tout. » Joë Bousquet, Traduit du silence, extrait cité dans Le bruit de fond, texte de Jean-Luc Guionnet.

Jean-Luc Guionnet, Eric La Casa, Philip Samartzis : Soleil d’artifice (Swarming / Metamkine)
Enregistrement : 2007. Edition : 2009.
CD: 01/ Part 1 02/ Part 2 03/ Part 3
Guillaume Belhomme © Le son du grisli

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Keith Tippett: A Loose Kite In A Gentle Wind Floating with Only My Will for An Anchor (Ogun - 2009)

aloosli

Sur scène à l’automne 1984, le pianiste Keith Tippett conduisait un septette aux membres choisis (Larry Stabins, Elton Dean et Mark Charig aux saxophones et cornet, Nick Evans au trombone, Paul Rogers à la contrebasse, Tony Levin aux percussions). L’ensemble, à réentendre aujourd’hui sur la réédition d’A Loose Kite In A Gentle Wind Floating with Only My Will for An Anchor.

Inspiré par un texte signé Maya Angelou, Tippett composa une œuvre en quatre parties souvent rattrapée par une improvisation abrasive : de l’unisson bon enfant qui ouvre l’enregistrement, les saxophonistes s’éloignent rapidement pour confronter des individualités perturbatrices que le pianiste accueille avec bienveillance. A force de commander des changements d’atmosphères, Tippett peut se laisser aller ici à un lyrisme obséquieux, là à une facilité d’exécution par trop légère, et puis investir une progression à la noirceur revigorante – aller entendre l’étrange évolution de la deuxième partie du titre principal. Partout, ensuite, le pianiste se voit remercié pour la confiance qu’il fait à ses partenaires, jusqu’à la dernière seconde de Dedicated to Mingus, conclusion lancée au son d’une valse dingue sur laquelle il fait sienne la folie persuasive d’un contrebassiste fait modèle.

CD: 01-04/ A Loose Kite In A Gentle Wind Floating with Only My Will for An Anchor 05/ Dedicated to Mingus >>> Keith Tippett - A Loose Kite In A Gentle Wind Floating with Only My Will for An Anchor - 2009 - Ogun. Distribution Orkhêstra International.

Keith Tippett déjà sur grisli
Live at Le Mans (Red Eye - 2007)
Viva la black Live at Ruvo (Ogun - 2006)

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Evan Parker: Saxophone Solos (Psi - 2009)

saxophonegrislos

Aujourd’hui réédité : Saxophone Solos, ou treize Aerobatics enregistrés en 1975 – à l’occasion du tout premier concert solo qu’Evan Parker donna au soprano, pour les trois premiers ; dans les studios du label FMP, pour les autres.

A Londres, Unity Theatre, Parker donnait à entendre des recherches encore balbutiantes mais déjà singulières : développements qu’urgence et réflexion se disputent à coups de sifflements et de notes précipitées, d’aigus insistants et de glissements de terrain sonore. 

A Berlin, il redisait quelques semaines plus tard son discours emporté, transformant pour l’occasion son soprano en presque cornemuse, ou divaguant en interne autant qu’en externe en suivant, pour donner le change, les mouvements d’une danse de Saint-Guy expérimentale. Le saxophone soprano fait instrument malléable, changeant en morceaux d’un expressionnisme imposant toute prise de risque calculée et tout affolement.

CD: 01/ Aerobatics 1 02/ Aerobatics 2 03/ Aerobatics 3 04/ Aerobatics 4 05/ Aerobatics 5 06/ Aerobatics 6 07/ Aerobatics 7 08/ Aerobatics 8 09/ Aerobatics 9 10/ Aerobatics 10 11/ Aerobatics 11 12/ Aerobatics 12 13/ Aerobatics 13 14/ Aerobatics 14 >>> Evan Parker - Saxophone Solos - 2009 (réédition) - Psi. Distribution Orkhêstra International.

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Laurie Anderson: Rien dans les poches (Dis Voir - 2009)

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En 2003, ayant accepté une commande de l’Atelier de création radiophonique de France Culture, Laurie Anderson tint un journal sonore, aujourd’hui retenu sur deux disques qu’accompagne un livre dans lequel on trouve tous propos retranscrits et quelques photos.

Recueil de sons intimes, Rien dans les poches révèle ainsi trois mois de la vie d’une artiste – hier exigeante, aujourd’hui installée – ayant sacrifié son audace à toutes commodités bourgeoises. Alors, en français, le disque donne à entendre et le livre redit des chroniques miniatures sans véritable intérêt qui, de New York au Sri Lanka, de salle de sport en réunion d'artistes à bout de souffle, transportent l’intéressée. Relégué au rang de simple illustration, même la musique n’y est pas. Restent ici ou là de plus jolies photos et quelques phrases moins insipides nées du rapport particulier que Laurie Anderson entretient avec les animaux – « Sur la route de la plage, il y a un singe malade avachi. » Et puis, à propos d’un concert de Patti Smith, cette note qui atteste que l’on ne peut à la fois être et avoir été mais, qu'après tout, ce qui compte est de savoir s'en satisfaire, voire en profiter : « Elle crie : « Main sacrée ! Trou du cul sacré ! Pied sacré ! » La foule adore. »

Laurie Anderson, Gilles Mardirossian, Lionel Quantin - Rien dans les poches - 2009 - Editions Dis Voir.

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MVP: LSD (Riti - 2009)

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Sous-titré The Graphic Scores of Lowell Skinner Davidson, LSD donne à entendre Joe Morris (guitare), John Voigt et Tom Plsek (MVP, donc), inspirés par les notations personnelles d’un musicien qu’ils ont tous les trois fréquentés.

Auteur, dans les années 1960, d’un seul et unique enregistrement élaboré aux côtés de Gary Peacock et Milford Graves pour ESP, Davidson trouve là – certes, à titre posthume – ses conceptions singulières réinvesties et son œuvre prolongé. Donnant son interprétation de compositions graphiques couchées sur le papier par Davidson dans les années 1980, le trio installe une suite de progressions mélodiques souvent empêchées par une implication personnelle intense : découpées toutes, les conversations se font brutes et souvent lasses, ou développements sans cesse contrecarrés par la découverte probable d’une sonorité nouvelle. Extatiques en équilibre, Morris, Voigt et Plsek, tiennent sur le fil distandu qui court d’un bout à l’autre de l’ouvrage. Avec, qui plus est, un aplomb remarquable.

CD: 01/ Blue Sky and Blotches 02/ Particles 03/ Separate Blue X’s 04/ Gold Drop #2 05/ Orange Cards 06/ Index Cards #3 07/ Index Cards #1 08/ Index Cards #2 09/ Double Sheet 10/ Gold Triptych 11/ Gold Drop #1 >>> Joe Morris, John Voigt, Tom Plsek - LSD, The Graphic Scores of Lowell Skinner Davidson - 2009 - Riti. Distribution Orkhêstra International.

Joe Morris déjà sur grisli
Elm City Duets 2006 (Clean Feed - 2008)

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Schweizer Holz Trio: Love Letters to The President (Intakt - 2009)

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Le trio de saxophones (et clarinette) Schweizer Holz – que composent Urs Leimgruber (soprano et ténor), Hans Koch (soprano et clarinette basse) et Omri Ziegele (alto) – improvise sur Love Letters to The President sept doléances d’une fantaisie anxieuse.

A l’intérieur : une vindicte à la ponctuation singulière qui oppose les altercations de sifflements et de rauques (Letter I) à quelques preuves de mélodies plaidant en faveur des réconciliations : gradation de Koch à la clarinette basse mettant en valeur toute l’intensité du jeu de Leimgruber au ténor (Letter II). Parfois, le discours est précipité et les contrastes s’estompent : associations délirantes de Somehow Brighter Sky et notes décousues de Waiting for an Answer imposant au message le champ d’une abstraction salutaire, quand la voix de Ziegele le tire ici et là vers le bas. Pour un temps seulement, puisque l’accord trouvé par Leimbgruber et Koch troque chacun des mots facheux contre une phrase d’une justesse implacable (Couldn’t Think of One Word).

CD: 01/ Letter I 02/ Letter II 03/ Letter III 04/ Rain Upon Your Heart 05/ Somehow Brighter Sky 06/ Waiting for an Answer 07/ Couldn’t Think of One Word >>> Schweizer Holz Trio - Love Letters to The President - 2009 - Intakt. Distribution Orkhêstra International.

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Guillaume Bellanger, Arnaud Benoist: Angela (Petit Label - 2009)

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L’intérieur de la pochette du disque de Guillaume Bellanger (saxophones) et Arnaud Benoist (percussions) retient ces mots de John Cage : « J’aimerais disposer et de la simplicité et du chaos », citation que l’enregistrement illustre avec tact.

En quatre plages, le duo défend une approche musicale souvent impulsive, qui aura profité autant de l’écoute répétée de classiques ardents – évocations de Sunny Murray, Rahsaan Roland Kirk, Dewey Redman, Albert Ayler – que de maîtrises instrumentales insoupçonnables de fadeur à la comparaison. Angela, Louise, Rose, Alice : en suivantes, quatre silhouettes apparaissent, aux contours commandés par quelques sautes d'humeur : rage, malice, ironie, instabilité, qui servent avec la même inspiration une joute capricieuse et exubérante.

CD: 01/ Angela 02/ Louise 03/ Rose 04/ Alice >>> Guillaume Bellanger, Arnaud Benoist - Angela - 2009 - Petit label. Distribution Les allumés du jazz.

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Gilles Aubry: Berlin Backyards (Cronica Electronica - 2008)

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Suisse aujourd’hui installé à Berlin, Gilles Aubry enregistra là, en 2006, le matériau de Berlin Backyards : field recordings modelés ensuite pour mieux révéler l’immatériel rencontré partout à la périphérie de la ville.

Changé en réalité de l’artiste, donc : grain traînant parmi la structure d’une mécanique à l’allure presque toujours égale, aigus perçants parmi la rumeur d’une cour d’école à son heure, souffles de bandes butant sur le flanc d’un oiseau, et puis quelques pas résonnant peu avant que se fasse entendre le bruit d’une source que l’on imagine opaque. Au gré des minutes, le souvenir infuse ; jusqu’à ce que la réalité, réinventée, compte autant de preuves que contient de charmes l’abstraction avec laquelle on l’avait d’abord confondue.

CD: 01-08/ Berlin Backyards >>> Gilles Aubry - Berlin Backyards - 2008 - Cronica Electronica.

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Crackleknob: Crackleknob (HatOLOGY - 2009)

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Crackleknob, du nom du trio que composent la guitariste Mary Halvorson, le trompettiste Nate Wooley et le contrebassiste Reuben Radding – ces deux-derniers, partenaires déjà au sein du quartette Fugitive Pieces.

Auprès de Radding, les deux jeunes musiciens affirment une autre fois – c'est-à-dire, comme ils n’arrêtent plus de le faire (auprès de Daniel Levin, par exemple, pour Wooley, ou de Jessica Pavone pour Halvorson) – leur maîtrise : distante, la guitariste évolue au gré d’inspirations en cercles et de l’écho de cordes claires, quand le trompettiste affiche un purisme prêt à accueillir toutes contradictions (vents contraires sur Quavering Voices of The Mutilated, lyrisme détaché sur In The Teeth of Ideology).

Parfois, le trio se retrouve à discourir aux portes du silence (Libidinous Objects & The Decay of Self) ; d’autres fois, il compte sur l’accident pour régénérer son expérience ou s’accorde une pause en forme de chanson : folk de Caldwell, 1925 , qui précède le ténébreux The Cadence of Her Dying Breath. Celui-ci surprend encore, et conclut.

CD: 01/ Under The Weight of Aphorisms 02/ The Poor Chew Words to Fill Their Stomachs 03/ In The Teeth of Ideology 04/ Spoilsports 05/ Libidinous Objects & The Decay of Self 06/ Lakehurst, 1937 07/ Quavering Voices of The Mutilated 08/ In The Applications of Standards 09/ Caldwell, 1925 10/ The Cadence of Her Dying Breath >>> Crackleknob - Crackleknob - 2009 - HatOLOGY. Distribution Harmonia Mundi. 

Reuben Radding déjà sur grisli
Transit (Cleanfeed - 2005)
Blue Purge (Leo - 2004)

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Jim O'Rourke: I'm Happy, and I'm Singing, and a 1, 2, 3, 4 (Mego - 2009)

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Rapidement épuisé, I'm Happy, and I'm Singing, and a 1,2,3,4, référence de la discographie de Jim O’Rourke et du catalogue des éditions Mego, est aujourd’hui réédité.

Là, (re)trouver des pièces d’une musique sortie d’ordinateur hésitant entre un post-minimalisme lancinant et une pop traînant ses soucis d’expérimentation sur trois longues plages : d’embouteillages sonores en airs de quelques notes qu’il se plaît à rabâcher, O’Rourke passe sans qu’on le remarque vraiment avant qu’arrive And a 1, 2, 3, 4, ouvrage halluciné pour se laisser aller subrepticement à la dérive.

Accompagnant la réédition, un autre disque enfile des pièces (peu ou pas connues) d’une pop électronique légère, aux sonorités badines (Let’s Take It Again From The Top) et aux tentatives expérimentales entendues (He Who Laughs). Là encore, compter sur une des trois pièces pour relever les deux autres : Getting The Vapors, ou effet de masse changé en drone expectorant qui impose sa singularité tranchante aux travaux en solitaire de Jim O’Rourke.

CD1: 01/ I’m Happy 02/ And I’m Singing 03/ And a 1, 2, 3, 4 - CD2: 01/ Let’s Take It Again From The Top 02/ Getting The Vapors 03/ He Who Laughs >>> Jim O'Rourke - I'm Happy, and I'm Singing, and a 1, 2, 3, 4 - 2009 (réédition) - Editions Mego. Distribution Metamkine.

Jim O'Rourke déjà sur grisli
The Second Original Silence (Smalltown Superjazz - 2008)
Born Again in The USA (Drag City - 2006)

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