Le son du grisli

Bruits qui changent de l'ordinaire

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Jazz en MarsA paraître : le son du grisli #5En librairie : Bucket of Blood de Steve Potts

Barry Guy, Irène Schweizer : Radio Rondo / Schaffhausen Concert (Intakt, 2009)

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Deux pièces seulement ici, toutes deux enregistrées le 21 mai 2008 dans le cadre du Schaffhausen Jazzfestival.

Schaffhausen Concert est un solo de la pianiste Irène Schweizer. Chez Irène, toujours cette redoutable symétrie, cette clarté de la forme et du phrasé. Continuité sans ruptures, le doute est absent et l’excellence est au rendez-vous. Seulement jouer avec un total engagement : avec énergie, force et ne jamais s’attarder, ni se relâcher. Une urgence continue, exemplaire même dans ses moments de répit ; sans incidence et si brillante que générosité et chaleur s’y perdent parfois. Cela à duré une quinzaine de minutes.

Radio Rondo est une composition de Barry Guy. Il dirige à nouveau le London Jazz Composers Orchestra (plus de dix ans d’absence, déjà). Le plaisir de les retrouver est grand. Les clusters et autres glissandi sont toujours présents. L’effet de masse, l’action collective ne trompent pas. Barry Guy dirige avec rigueur et Irène Schweizer, dont le rôle central ne fait aucun doute ici, exulte et mitraille sans sourciller, adoptant parfois des paysages plus tempérés en trio avec Barry Guy et Paul Lytton. Cela a duré une trentaine de minutes.

Barry Guy London Jazz Composers Orchestra, Irène Schweizer : Radio Rondo / Schaffhausen Concert (Intakt / Orkhêstra International)
Enregistrement : 2008. Edition : 2009   
CD : 01/ Schaffhausen Concert 02/ Radio Rondo
Luc Bouquet © Le son du grisli



Joëlle Léandre, George Lewis : Transatlantic Visions (Rogue Art, 2009)

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Voici presque une trentaine d’années que Joëlle Léandre et George Lewis se côtoient. Sur Transatlantic Visions, enregistrement de leur rencontre au 14e Vision Festival (2008), trouver alors quelques preuves de complicité évidente.

La contrebasse et le trombone pris dès l’ouverture d’un accès de fièvre répétitive, et puis faits instruments d’une incantation hésitant sans cesse entre improvisation délurée et swing poussé en dehors de ses propres limites : Léandre frénétique et Lewis concentré finissent d’en bouleverser les codes.

Ici, un solo de Léandre (baroque, dévalant graves, percussif et enfin suspendu) ; là, un solo de Lewis (traînant, tapi dans l’ombre, et intense). Diverses et quelques fois partagées, les visions sont surprenantes et ancrent le fantasme dans la réalité de deux musiciens au service d'un seul concept : la gravitude.

Joëlle Léandre, George Lewis : Transatlantic Visions (Rogue Art)
Enregistrement : 2008. Edition : 2009.
CD : 01/ Transatlantic Vision I 02/ Transatlantic Vision II 03/ Transatlantic Vision III 04/ Transatlantic Vision IV 05/ Transatlantic Vision V 06/ Transatlantic Vision VI 07/ Transatlantic Vision VII
Guillaume Belhomme © Le son du grisli


Léandre, Lenoci, Curci, Magliocchi : Psychomagic Combination (Setola di maiale, 2008)

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Huit improvisations enregistrées en concert en 2007 par différentes combinaisons formées par Joëlle Léandre, Gianni Lenoci (piano), Vittorino Curci (saxophone alto) et Marcello Magliocchi (percussions), font Psychomagic Combination.

En quartette, les musiciens trouvent un point d’accord à leurs intérêts divergents (archet compulsif de Léandre et insistance traînante de Curci, par exemple, en ouverture) avant de s’entendre avec un aplomb rare sur la deuxième – et même la plus longue – des trois pièces enregistrées à quatre. 

Autres formations capables de surprendre ici : le duo Léandre / Lenoci – échange qui renvoie au disque enregistré par les mêmes quelques années plus tôt (Sur une balançoire, sur Ambiances magnétiques) –, défendant un impressionnisme dévasté par quelques graves ultimes ; le duo Léandre / Magliocchi, intense et grondant autrement ; le trio Léandre / Lenoci / Magliocchi, enfin, sur lequel l’archet se fait plus aigu tandis que le piano s’en remet à la paraphrase avant de l’abandonner avec pertinence. Ailleurs, quelques moments de flottements : inspirations en creux et en bosses ou combinaisons moins cohérentes dans leur ensemble : écarts anecdotiques comparés aux réussites.

Joëlle Léandre, Gianni Lenoci, Vittorino Curci, Marcello Magliocchi : Psychomagic Combination (Setola di maiale)
Enregistrement : 2007. Edition : 2008.
CD : 01/ Quartet 5 :44 02/ Trio Trio (Léandre, Lenoci, Magliocchi) 5:44 03/ Duo (Léandre, Curci) 3:35 04/ Trio (Lenoci, Curci, Magliocchi) 5:39 05/ Duo (Léandre, Lenoci) 06/ Duo (Léandre, Magliocchi) 8:25 07/ Quartet 9:25 08/ Quartet 4:50
Guillaume Belhomme © Le son du grisli


Teho Teardo : Voyage au bout de la nuit (Japanapart, 2009)

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Par le passé, Teho Teardo a collaboré avec Nurse With Wound ou a animé le groupe Moderator. Sur le 45 tours Voyage au bout de la nuit, il révèle des penchants artistiques plus sages.

A en croire les deux courtes faces du disque, où une petite section de cordes est mise en orbite et en boucles, se chevauchent avant de tirer profit d’apparitions en décalage (Plans). De l’autre côté, c'est à dire sur Prix de Rome, la mélodie est plus sérieuse et les présences sont démultipliées : les archets sont d’abord convulsifs mais iront s’apaisant pour finir par tricoter un air minimaliste. Soucieux du moindre détail dans la composition, Teho Teardo montre qu’il sait soumettre sa musique aux humeurs des musiciens (Erik Friedlander à l'un des trois violoncelles) qui s’y collent pour la rendre encore plus acceptable.

Teho Teardo : Voyage au bout de la nuit (Japanapart)
Edition : 2009.
7" : A/ Plans B/ Prix de Rome
Pierre Cécile © Le son du grisli


Mika Vainio : Black Telephone of Matter (Touch, 2009)

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Vieux briscard des musiques électroniques, en solo et au sein du duo Pan Sonic avec Ilpo Väisänen, Mika Vainio est une de ces valeurs sûres qu’il fait toujours bon retrouver. Quatrième livrée du Finlandais pour le compte de Touch – la première depuis 2003 ! – Black Telephone of Matter ne fait nullement exception et c’est tant mieux.

Pleinement bruitiste, la vision de Vainio ne souffre toutefois pas de l’unicité apparente de sa démarche. D’une très grande variété de tons et d’atmosphères, le téléphone noir de la matière nécessite le plus grand… silence pour en appréhender toutes les inflexions. Totalement inutile dans un environnement surchargé en interférences diverses, son écoute attentive – oserions-nous écrire autiste – révèle le savoir-faire millimétrique de son auteur, au sommet de son art.

Toujours radicalement éprise d’une science de l’observation, la musique de Vainio remplit les blancs de la multiplicité de ses signaux. Entrée d’un requiem écrit pour Merzbow, messages intergalactiques captés d’hors la voie lactée ou électrocardiogramme au bord de l’asphyxie, l’argot du bruit vainiosien ne souffre aucune limite, si ce n’est celle qu’impose l’imagination. Extraordinairement cohérent en dépit des dizaines d’expériences qu’il fait traverser – des cris de corbeaux à la captation d’une antenne à 4080 Mhz  – le disque oscille également entre diverses voies blanches, dont le signal est tellement faible qu’il fait tendre l’oreille (rappelez-vous la condition du silence). Plus fondamentalement, Mika Vainio se mue en un incroyable narrateur d’aventures soniques – elles recueillent notre admiration sans limites.

Mika Vainio : Aíneen Musta Puhelin / Black Telephone Of Matter (Touch / La baleine)
Edition : 2009.
CD : 01/ Roma A.D. 2727 02/ Silencés Traverses Des Mondes Et Des Anges 03/ Bury A Horse’s Head 04/ In A Frosted Lake 05/ Swedenborgia 06/ A Measurement Of Excess Antenna Temperature At 4080 ML/S 07/ The Breather
Fabrice Vanoverberg © Le son du grisli



Torsten Papenheim : Some of The Things We Could Be (Schraum, 2009)

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Instruments avec lesquels Torsten Papenheim composa Some of The Things We Could Be : guitare (en premier lieu), banjo et piano. Nombre de musiciens auprès desquels il défendait ensuite son ouvrage : douze, parmi lesquels en trouver de brillants : Michael Thieke (saxophone alto), Ute Völker (accordéon) et Clayton Thomas (contrebasse).

Des arpèges de guitare ouvrent l’enregistrement, que rattrape un grésillement que l’on doit à la contrebasse. Dès l’ouverture, le champ musical approuve et la ligne claire et le parasite, le décors sombre et quelques éclaircies. Du swing bancal d’Harry S. Truman – pièce qui donne à entendre ce que Carla Bley aurait pu tirer d’une production soignée davantage – à la valse sur-lente d’a.k.a. You, for Example, du brillant MülheimAnDerRuhr (la clarinette basse de Christian Biegai luttant contre les motifs que répète la guitare) au couple Special Teeth Profiles Shifting / Mitscherlichs Zoo (qui commande une suite plus pernicieuse dont le temps obéit à un swing plus lent encore puis à une frénésie collégiale), les musiciens se laissent porter par les courants en mettant presque toujours à profit l’association de leurs singularités reconnues. Alors une autre fois au catalogue du label Schraum : un disque d’une sophistication irrésistible.

Torsten Papenheim : Some of The Things We Could Be (Schraum)
Enregistrement : 2008-2009. Edition : 2009.
CD : 01/ Introducing Selected Characters & Tones 02/ Harry S. Truman 03/ Bruxelles Piano Lessons 04/ a.k.a. You, for Example 05/ MülheimAnDerRuhr 06/ Nocturne Drei 07/ Special Teeth Profiles Shifting 08/ Mitscherlichs Zoo 09/ The Uses of Literature 10/ Nocturne Vier 11/ Kargo 12/ All The Songs You Sing
Guillaume Belhomme © Le son du grisli


Borah Bergman, Stefano Pastor : Live at Tortona (Mutable, 2009)

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Ce disque du pianiste Borah Bergman et du violoniste Stefano Pastor a été enregistré en juillet 2007 lors du festival Jazz fuori tema. Les trois premiers morceaux sont des compositions du premier et les deux suivants des improvisations des deux musiciens.

Bergman est largement mis en avant dans ses propres compositions, au point que le violoniste n’est souvent là que pour illustrer le propos d’un pianiste en pleine possession de ses moyens. Avec un lyrisme tantôt apaisé, tantôt fougueux, chacune de ses mains place sur le clavier des lignes mélodiques distinctes, mais complémentaires. L’évidence et la force de ces compositions ne sont troublées que sur la fin de la ballade When Autumn Comes, lorsque résonnent les cloches de l’église du village.

Pour les pistes improvisées, le propos de Stefano Pastor est plus largement perceptible. Son objectif est de faire sonner son violon comme un instrument à vent, lui adjoignant des cordes de guitare afin de lui donner plus de souffle et de puissance. Cet aspect est largement exploité sur The Mighty Oak où le dialogue, de chaos en réconciliation, démontre l’opportunité de la rencontre.

Borah Bergman, Stefano Pastor : Live at Tortona (Mutable Music)
Enregistrement : 1er juillet 2007. Edtion : 2009.
CD : 01/ Spirit Song 02/ When Autumn Comes 03/ Wellspring 04/ Crescent 05/ The Mighty Oak
Jean Dezert © Le son du grisli


Stefano Pastor : Chants (Slam, 2009)

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Le propre de l’artiste étant d’être là où on ne l’attend pas ou plus, Stefano Pastor ne se gène pas de nous surprendre ici. Partenaire régulier de Borah Bergman, George Haslam ou Paul Hession, le voici poussant la chansonnette de sa voix medium-grave. Surprise et étonnement d’abord, questionnement ensuite. Quelle mouche a donc piqué le violoniste ? Mais la voix n’est pas le tout d’une musique mettant en éclairage standards et compositions personnelles.

Il y a Naima naviguant entre beauté, chute et déséquilibre. Une Naima qui s’invente de nouvelles distances, de nouveaux ports sans houle ou fracas. Une Naima finalement si proche de la version originale de Coltrane. Il y a le violon de Pastor, toujours aussi crissant ; un violon-souffle à l’archet épais, inventeur de lignes fortes, persistantes et entêtantes. Il y a ici ce qui est sans doute un disque récréation, un désir de puiser au plus profond des mélodies. On l’aimera ou on le détestera mais il ne laissera personne indifférent.


Stefano Pastor, Fortytude. Courtesy of Slam Records.

Stefano Pastor : Chants (Slam Records)
Enregistrement : 2008. Edition : 2009
CD : 01/ Naima 02/ I’ll Remember April 03/ Chi mi Ho Insegnato 04/ Caravan 05/ Easy Living 06/ The Song Is You 07/ La chambre 08/ Fortytude 09/ There Is No Greater Love 10/ Dança da solidao
Luc Bouquet © Le son du grisli


Rhodri Davies, Michel Doneda, Louisa Martin, Phil Minton, Lee Patterson : Midhopestones (Another Timbre, 2009)

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J’aime beaucoup, dans la langue anglaise, le mot « pace » qui désigne à la fois une allure, une sorte de pas ou de pouls, comme le pacemaker l’entend – littéral « faiseur d’allure » – et je trouve à ce disque certaines de ces qualités : mesure, flux, ressac. Au-delà, il est même un véritable réinventeur ou redimensionneur d’espace, il laisse une sorte de creux dans l’air, un sillage, un halo persistant dans son évanouissement.

En une heure et quatre pièces délicates mais toujours consistantes, Rhodri Davies (harpes), Michel Doneda (saxophone soprano – anche de sable & branchies rouges), Louisa Martin (laptop), Phil Minton (voix – qui trouve ici une place utilement discrète) et Lee Patterson (objets amplifiés) tirent de longues gerbes de fuseaux frissonnant vers un plateau quasiment pastoral – bien que l’enregistrement ait eu lieu dans une église près de Sheffield, début janvier 2009 – de petites sonnailles et de bourdons voletant. Un continuum organique, impeccablement cardé (non pas rempli mais densément ondulatoire, riche de crépitements fondus), crêpé, souvenir cornant à peine, en lambeaux, dans les brumes. Une pépite de plus pour le label !


Davies, Doneda, Martin, Minton, Patterson, Midhopestones. Courtesy of Another Timbre.

Rhodri Davies, Michel Doneda, Louisa Martin, Phil Minton, Lee Patterson : Midhopestones (Another Timbre)
Enregistrement : 2009. Edition : 2009.
CD : 01/ Strines 02/ Crow Edge 06/ Wharncliffe Side 04/ Deepcar
Guillaume Tarche © Le son du grisli


Nisennenmondai : Destination Tokyo (Smalltown Supersound, 2009)

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Sur le front désormais bien peuplé du néo-krautrock ou de la post-no-wave, les trois Japonaises de Nisennenmondai occupent d’ores et déjà une place de choix, conquise à la force du poignet – et de l’archet.

Oui, mieux vaut prévenir d’emblée les tympans douillets : toute en brisures harmoniques et tressautements rythmiques, la musique de ces (dé)bridées demoiselles frappe et grince sans répit. Un aperçu particulièrement détonant, et convaincant, du potentiel des Nissenenmondai est offert dès le morceau d’ouverture de Destination Tokyo, leur premier album distribué en Europe par l’excellente maison norvégienne Smalltown Supersound. Irrésistible incitation à la danse et/ou à la transe, ce long coup de fouet instrumental, aux stridences électrisantes, constitue une parfaite mise à feu. Le reste de l’album est au diapason, Sayaka Himeno (batterie), Masako Takada (guitare) et Yuri Zaikawa (basse) mobilisant leurs énergies motrices avec une fougue palpable et une précision remarquable. Ainsi, canalisée au mieux, leur musique parvient-elle à dépasser ses influences (Neu, Sonic Youth, Theoretical Girls, pour citer les plus évidentes) et à gagner son indépendance – une indépendance d’une intraitable virulence. Quand, avec le morceau éponyme, s’achève Destination Tokyo, s’impose le constat d’avoir accompli un parcours sans temps mort et d’avoir découvert un groupe à suivre de très près.

Nisennenmondai : Destination Tokyo (Smalltown Supersound / Differ-ant)
Edition : 2009
CD : 01/ Souzousuru Neji 02/ Disco 03/ Miraabouru 04/ Mirrorball 05/ Destination Tokyo
Jérôme Provençal © Le son du grisli



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