Le son du grisli

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The Pyramids : Birth / Speed / Merging (Ikef, 2009)

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Idris Ackamoor est aujourd’hui plus connu comme fondateur et co-directeur artistique de la compagnie théâtrale Cultural Odyssey dans laquelle il joue du saxophone et des claquettes. Durant les années 1970, il aura, avec son groupe The Pyramids, écrit une page fascinante de l’histoire souterraine d’une musique libertaire aux aspirations universalisantes.

Enregistré en 1975, le troisième album de ce groupe de multi-instrumentistes (Idris Ackamoor est renseigné, entre autres, au saxophone, au bongo, à la flûte, au cheng et au chant) témoigne de la pérennité de l’exemple donné par des artistes tels que Don Cherry ou l’Art Ensemble of Chicago : références à la terre mère africaine (par les vêtements sur scène, les instruments et le privilège de passages percussifs à la limite du tribal), côté carnavalesque assumé et recherche assoiffée de spiritualité.

La plupart des morceaux, parfois sous la forme de suites, donnent à entendre un afro-jazz psychédélique aux rythmiques ravageuses, aux chants hypnotiques et envolées de cuivres furieux. Les deux premiers albums, Lalibela (1973) et King of Kings (1974), réédités également en LPs par le même label, présentent un groove tellurique et une vision syncrétique inspirée tout aussi essentiels. 

The Pyramids : Birth / Speed / Merging (Ikef / Amazon)
Enregistrement : 1975. Edition : 2009.
LP : A1/ Birth / Speed / Merging Suite Part 1. Aomawa A2/ Birth / Speed / Merging Part 2. Birth / Speed / Merging A3/ Birth / Speed / Merging Part 3. Reaffirmation B1/ Jamaic an Carnival B2/ Black Man and Woman of the Nile.
Jean Dezert © Le son du grisli

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Interview de Paul Dunmall

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Depuis qu’il est entré en improvisation, Paul Dunmall (saxophones, clarinette, cornemuse…) a su donner les gages d’une inspiration toujours renouvelée auprès de John Stevens, Evan Parker, Keith Tippett (en compagnie de qui il anime l’imposant Mujician) ou Barry Guy. Récemment encore, son habileté instrumentale se laissait porter par Henry Grimes et Andrew Cyrille (sur Opus de Life), conduisait un Sun Quartet profitant des présences de Tony Malaby, Mark Helias et Kevin Norton (sur Ancient and Future Airs) ou emmenait trois plus jeunes musiciens encore sur Moment to Moment. Assez, donc, pour revenir brièvement sur le parcours de Paul Dunmall

... Je me souviens des éléments de batterie que possédait mon père, j’avais alors trois ans à peu près. Je me rappelle de leur son, de leur impression au toucher et de leur odeur. J’en ai joué un peu, mon père m’ayant même donné des leçons de batterie. Je me souviens aussi de ma grand-mère, qui jouait du piano et chantait des airs populaires qui dataient des années 30. Mon père m’a plusieurs fois emmené avec lui à des concerts de dixieland, et je suis aussi allé à certains des concerts qu’il donnait. Au même âge, je me suis aussi emparé d’un saxophone ténor pour la première fois, je devais avoir 11 ans... C’était pour moi un objet fabuleux. Pour en finir avec les souvenirs, je me rappelle aussi de la musique qui passait à la télé à la fin des années 50 et au début des années 60.

Qu’est-ce qui vous a amené à faire de la musique ? Comme je le disais, mon père et ma grand-mère s’y intéressaient, mais j’ai commencé à m’y mettre sérieusement à partir de l’âge de 12 ans, quand j’ai débuté à la clarinette. J’ai étudié la clarinette classique pendant cinq ans mais je suis me suis mis aussi au saxophone alto à 14 ans. Un an plus tard, je vendais mon alto pour m’acheter un ténor et rejoindre un groupe de soul. A 15 ans, je commençais à donner des concerts. 

Vous avez aussi joué du rock, dans un groupe qui avait pour nom Marsupilami J’avais 17 ans lorsque j’ai rejoint Marsupilami, groupe qui m’a permis de devenir musicien professionnel. Quand j’y suis entré, ce groupe avait déjà deux enregistrements à son actif, produits par Transatlantic. C’était une formation très intéressante, qui profitait de bons arrangements et de très belles mélodies. Leur musique a pour moi toute la saveur d’une époque, dans laquelle je replonge lorsqu’il m’arrive de réécouter leurs disques. En 1971, nous devions enregistrer pour Transatlantic un album live au Paradiso, à Amsterdam, mais malheureusement le groupe a été dissout peu avant cela, voilà pourquoi je n’ai pas eu la chance d’enregistrer avec eux.

Comment êtes-vous arrivé au jazz puis à l’improvisation ? J’ai commencé à écouter du jazz contemporain quand j’ai rejoint Marsupilami. Le chanteur avait des disques de Coltrane, Albert Ayler, Mingus, que nous n’arrêtions pas d’écouter. Nous jouions d'ailleurs du free jazz dans la ferme dans laquelle nous vivions tous ensemble, même si cela n’a pas eu d’influence sur les concerts du groupe. Et puis, je suis parti pour les Etats-Unis en 1973. Là, j’ai vraiment commencé à travailler dur pour me familiariser avec toutes sortes de jazz. J’ai appris les symboles d’accords, joué les standards et suis allé voir de nombreux concerts donnés par les grands noms du genre. Après trois ans passés là-bas, je suis revenu en Angleterre, en 1976. J’ai alors rencontré et joué avec des musiciens tels que Keith Tippett, Tony Levin, Paul Rogers, Alan Skidmore, Louis Moholo, Elton Dean, Evan Parker, Barry Guy – la liste ne s’arrête pas là – et suis devenu l’un des éléments de la scène musicale britannique et européenne.

Quels sont vos souvenirs de l’improvisation européenne des années 1970 et 1980 ? C’était une scène intéressante qui était capable d’une musique superbe mais, dans le même temps, il y avait cet intérêt des médias pour ce qui a été appelé le « jazz revival » et qui, selon moi, dénigrait le free jazz et l’improvisation pour s’intéresser à de vieilles manières de pratiquer le jazz. Il me semblait que la musique librement improvisée était poussée sur le bas-côté, qu'on lui imposait de rester underground. Wynton Marsalis était le héros de ce revival et beaucoup de jeunes musiciens britanniques sont revenus à Art Blakey et au hard bop soudain remis à la mode. Tous les magazines vantaient les mérites de cette ancienne / nouvelle musique. Pour moi, le jazz a alors perdu sa véritable nature pour se plier aux codes du spectacle – possible qu’il s’y plie encore aujourd’hui, je ne sais pas… Ce que je sais c’est que, malgré toute la promotion de cette forme de jazz faite par les medias, le free jazz a vraiment été capable de produire une excellente musique, il s’est affiné et a réussi à survivre dans de petits clubs, dans des arrière-cours, et ce jusqu’à aujourd’hui…

Comment estimez-vous justement l’évolution de cette musique ces trente à quarante dernières années ? Pour ma part, j’ai beaucoup collaboré avec des musiciens intéressés par l’improvisation, qu’ils viennent de la scène folk, des musique du monde ou du classique, et qui avaient envie de développer cette musique. Si beaucoup de barrières sont tombées, je ressens quand même le besoin de garder un côté jazz dans mon jeu. Certains musiciens essayent aujourd’hui de couper tous les ponts avec le jazz ; moi, je ne veux rien interdire à mon jeu. Je tiens à l’abstraction et à la mélodie, au rythme et à l’absence de rythme ; je veux que ma musique profite de tout, et beaucoup d’autres musiciens sont comme moi. Je pense que c’est une attitude saine à adopter pour le bien de la musique à venir.

Vous envisagez aujourd’hui votre musique aussi bien aux côtés d’anciens partenaires (dans Mujician, par exemple) qu’auprès de plus jeunes ; faîtes-vous une différence entre ces deux façons ? C’est fantastique de pouvoir jouer encore avec de vieux amis, trente ans après, qui apprécient encore mon jeu comme moi j’apprécie le leur, de chercher encore à progresser ensemble ou à faire de la meilleure musique, c’est une sensation rare que seul peut t’apporter le fait de jouer depuis longtemps avec tel ou tel musicien. Mais c’est aussi tout aussi fantastique de jouer avec de jeunes musiciens, et ils sont si nombreux... Ils ont une énergie fantastique et un dynamisme que j’adore. C’est avant tout de l’énergie physique. Eux découvrent encore les voies qui permettent de prendre du recul, de se relaxer, pour obtenir une musique qui gagne en profondeur, ce qui n’arrive vraiment qu’avec l’expérience et le temps qui passe. La musique est entre de bonnes mains avec les jeunes musiciens avec lesquels j’ai pu jouer, et je suis certain qu’il y en a beaucoup d’autres de la même trempe aux quatre coins du monde. 

Faîtes-vous aujourd’hui une différence entre jazz et improvisation ? Je connais des personnes qui font cette différence et je dois bien avouer qu’il arrive à cetaines musiques improvisées de n’avoir aucune relation avec le jazz. Malgré tout, je ne pense pas qu’il y ait une si grande différence que ça : si l’on remonte un peu dans le temps, on peut entendre l’histoire de l’improvisation, que le jazz a ramené au monde de façon significative. Comme je l’ai déjà dit, je pense qu’il est de bon ton, ces jours-ci, de chercher à couper les ponts avec quelque forme de jazz que ce soit, mais pour moi, ce ne sera jamais possible.

Il y a bientôt dix ans, vous fondiez votre propre label, DUNS. Cela a-til changé votre rapport à la musique ? DUNS a été l’une des meilleures choses que je n’ai jamais faites pour ma musique. Moi et Phil Gibbs, qui est aussi pour beaucoup dans DUNS, défendons les fruits de séances qui ont eu lieu chaque mois, et ce pendant plusieurs années. Il y avait vraiment quelque chose dans l’air à l’époque, c’était vraiment électrique. Même si j’étais l’un des intervenants, je dois dire que fût alors créée une musique merveilleuse à l’occasion de séances quelques fois novatrices. J’aimerais que nous arrivions à sortir notre 100ème référence, ce serait vraiment quelque chose. Pour le moment, nous en sommes à 63.

Quelle est votre principale motivation aujourd'hui ? Ressentez-vous avoir encore quoi que ce soit à vous prouver ? La musique n’est pas un sport. Il n’y a rien à prouver, rien à gagner. La musique est la seule récompense. Pour moi, la musique a toujours été un moyen d’aller au plus profond de moi-même et de m’exprimer à travers mon jeu. La musique devrait être capable de faire sentir aux gens quelque chose en eux, quelque chose qui vous connecte avec votre propre esprit, c’est pourquoi le musicien fait figure, pour moi, de médiateur. Il est du devoir du musicien d’être une sorte de shaman et d’aider tout un chacun à grandir. La musique n’a jamais été un simple divertissement pour moi.

Y a-t-il alors des musiciens avec lesquels vous rêvez encore de jouer ? Eh bien, aujourd’hui, peu importe avec qui je joue, l’essentiel est pour moi de donner le meilleur, que ce soit aux côtés d’une légende ou d’un jeune musicien. J'ai arrêté les listes de vœux...

Paul Dunmall, propos recueillis fin juin 2009.
Guillaume Belhomme © Le son du grisli

Archives Paul Dunmall

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Paul Dunmall : Moment to Moment (Slam, 2009)

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Moment to Moment retient quatre pièces improvisées l’année dernière par Paul Dunmall en compagnie d’un jeune trio, que composent Matthew Bourne (piano et violoncelle), Dave Kane (contrebasse) et Steve Davis (batterie).

L’emportement, d’avoir ici rapidement gagné les musiciens : Bourne réservant de grands coups à son instrument tandis que Dunmall rompt avec tout repère mélodique après avoir feint de s’y attacher. La pièce donnant son nom au disque termine alors en ronde angoissée dans les dissonances sorties du piano.

La suite, de tenir dans une pièce expérimentale virant soudain au pandémonium alerte (Voluntary Expressions), la déconstruction décidée d’un commun accord par Dunmall et Bourne – le contrebassiste et le batteur ne pêchant pourtant pas par excès de réserve – (Black Sun) et puis la poignée de minutes jetée en guise de conclusion : The Face à l’archet funèbre mais au discours fluctuant et délicat. L’improvisation ouverte au dialogue ; ce-dernier : furieux pour son bien.

Paul Dunmall : Moment to Moment (Slam Production / Improjazz)
Enregistrement : 2008. Edition : 2009.
CD : 01/ Moment to Moment 02/ Voluntary Expressions 03/ Black Sun 04/ The Face
Guillaume Belhomme © Le son du grisli

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Werner Dafeldecker : Long Dead Machines I-IX (Presto!?, 2009)

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Ce sont neuf carcasses abandonnées, neuf respirations, calmes blocs régulièrement striés, à la contrebasse seule, posés dans la temporalité qu’ils créent.

Un geste par pièce, un geste, un son ou plutôt un bref complexe sonore, répété, réexécuté sans variation mais dans ses subtiles différences ; oreille tendue, cela peut devenir haletant ; oreille élargie, envoûtant. Avec Zénon (et en une trentaine de minutes – bien que le chronomètre, dans pareil cas…), danse statique qui invite à reconsidérer les notions de rythme, de mouvement, de succession ; chorégraphie assurée et modeste, d’un dépouillement sans austérité et d’une autre nature que celui ou ceux qu’illustre Werner Dafeldecker avec Polwechsel, Klaus Lang, Hegenbart ou Brandlmayr.

Simple autorité élégante du geste, encore, matérialité, itérations, mèche, bois, rebonds ; un disque d’importance (qui mérite un bon système audio pour une pleine écoute), posé, pensé, pesé, adapté au support phonographique – et qui ferait basculer des rayonnages entiers d’enregistrements de contrebasse solo dans le bac des faiseurs chichiteux et des hystéro-narratifs musculeux. Neuf carcasses, neuf respirations.

Werner Dafeldecker : Long Dead Machines I-IX (Presto!?)
Enregistrement : 2008. Edition : 2009.
CD : 01/ ldm I 02/ ldm II 03/ ldm III 04/ ldm IV 05/ ldm V 06/ ldm VI 07/ ldm VII 08/ ldm VIII 09/ ldm IX
Guillaume Tarche © Le son du grisli

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Fritz Hauser : Sounding Stones (Therme Vals, 2000)

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L’architecte Peter Zumthor, lauréat cette année du prix Pritzker, écrivait dans Penser l’architecture : « Une bonne architecture doit accueillir l’être humain, le laisser vivre et habiter ». Le percussionniste Fritz Hauser, de savoir habiter l'œuvre d'un architecte pour qui la musique compte : preuve donnée sur Sounding Stones, enregistrement sur lequel Hauser joue de pierres musicales élaborées par Arthur Schneiter au sein des Thermes de Vals, création de Zumthor.

De ses instruments originaux, Hauser sort un lot de rumeurs qui l’environnent bientôt : nappes sonores et notes égarées se rapprochent puis progressent de concert, lentement. Tandis qu’ici s’impose un drone léger, s’immisce ailleurs un rythme refusant qu’on le suive et qui s’échappe bientôt, loin d’une musique de traîne qui, partout ailleurs, bat la mesure à coups d’intérêts mélodiques ravissants. Sculptures, clochettes, cymbales et toms, aux murmures amassés sur cadences diverses, les Thermes de Vals pour tout réceptacle : haute musique d’ameublement installée en architecture d’exception.

Fritz Hauser : Sounding Stones (Therme Vals)
Enregistrement : 2000. Edition : 2000.
CD : 01/ Sounding Stones 1 02/ Sounding Stones 2 03/ Sounding Stones 3 04/ Sounding Stones 4 05/ Sounding Stones 5 
Guillaume Belhomme © Le son du grisli

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Giuseppe Ielasi : Aix (12K, 2009)

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Tel (another) Stunt, second épisode de la série Stunt initiée par Giuseppe Ielasi sur son propre label Schoolmap, son opus Aix succède à son indispensable August, tous deux en exil sur la maison 12K de Taylor Deupree.

Plus intimiste encore, l’univers de cet album – enregistré, comme son nom l’indique, à Aix-en-Provence – repose sur des rythmes largement irréguliers (marque de fabrique de ces derniers temps), encore que le second titre – sans nom, selon l’habitude iélasienne – séduise par sa lente fêlure où de brutales accélérations succèdent à une métronomie sournoise. Très riche et pleinement prenant au fur et à mesure de ses écoutes successives, ce second opus du producteur milanais dépasse, et de loin, le simple stade de l’aléatoire qui guide théoriquement ses pas. Tournoyant autour de ses mille trouvailles sonores, chaque seconde en est une preuve de plus, Aix imbibe le moindre neurone de son auditeur tout au long de sa trentaine de minutes, tantôt obsédantes jusqu’à l’étouffement digital (la piste 4), tantôt impitoyables dans une répétitivité surgie d’entre les lignes sonores. Loin de toute paresse échaudée par trop d’ambient aseptisée pour lounge bar vert olive, cette langueur chaude et coupante invite à un ailleurs musical où chacun se prend à rêver de lendemains universels. A condition de se donner du temps, notre bien le plus précieux. 

Giuseppe Ielasi : Aix (12K / Metamkine)
Edition : 2009.
CD : 01/ - 02/ - 03/ - 04/ - 05/ - 06/ - 07/ - 08/ - 09/ -
Fabrice Vanoverberg © Le son du grisli

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Antoine Prum : Sunny’s Time Now (Paul Thiltges, 2008)

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La chose est assez rare pour qu’on la remarque : deux films – l’un consacré au saxophoniste, l’autre au batteur – montrent Sonny Simmons et Sunny Murray se croisant. Le premier : disponible sur DVD malgré ses nombreux défauts. Le second : en attente d’être diffusé autant que le méritent toutes ses qualités.

Sunny’s Time Now, donc : titre repris par le réalisateur Antoine Prum pour adresser son hommage à Sunny Murray. En ouverture, le noir et blanc souligne l’intensité d’un solo du batteur : toms, cymbales et grosse caisse, et puis le murmure du musicien, qui n’est autre qu’un chant d’extraction rare jouant les fils conducteurs pour gestes affranchis en mouvement perpétuel. Ensuite, le batteur parle, attestant qu’il ne sert à rien de mettre à mal le swing si l’on n’est pas capable, avant cela, de bien le servir.

La suite du film retrace autant le parcours de Murray qu’elle l’approche et le révèle par touches délicates. Glanant les témoignages de musiciens de choix (Cecil Taylor, William Parker, Grachan Moncur III, Tony Oxley, François Tusques, Robert Wyatt…) et d’amateurs éclairés aux souvenirs de taille (Val Wilmer, Delfeil de Ton, Daniel Caux, Ekkehard Jost…), le portrait s’en tient ailleurs à une approche plus discrète mais tout aussi parlante : prises de répétitions ou de concerts (là, trouver le sujet en compagnie de Simmons, Bobby Few, Tony Bevan ou John Edwards) sur lesquels Sunny Murray apparaît en camarade trublion ou en créateur ensorcelé. L’ensemble, organisé avec esprit et intelligence par Antoine Prum, véritable auteur qui vaudrait d’être diffusé.

Antoine Prum : Sunny’s Time Now (Paul Thiltges / La Bascule)
Réalisation : 2008.
Guillaume Belhomme © Le son du grisli

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João Lucas : Abstract Mechanics (Creative Sources, 2009)

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La suite Abstract Mechanics est une composition du pianiste portugais João Lucas. La musique a été créée en studio en s’inspirant de la chorégraphie (filmée et montée pour l’occasion) Era uma coisa mesmo muito abstracto de la danseuse Andresa Soares. Cet aspect primordial de la méthode de création pourrait gêner l’appréhension de la musique. Il n’en est rien, tant cette dernière peut être appréciée sans complément visuel. João Lucas, qui gère également quelques effets électroniques, intègre divers field recordings et joue de l’accordéon, est épaulé par le violoncelliste Miguel Mira.

Si la chorégraphie était, selon les mots de sa conceptrice, « a very abstract thing », il est plutôt agréable de se laisser bercer par son accompagnement sonore, essentiellement d’un registre romantique. Alternant atmosphères fantomatiques et passages plus lyriques, la suite associe notes de piano égrenées lentement, sons de gouttes d’eau tombant sur un toit et cordes pincées à larges intervalles. Par moments, les instruments s’emballent avant de céder la place à des nappes d’effets électroniques. Mais vite, on revient à ce climat de langueur poétique seulement troublé par des sifflements mystérieux, voix d’enfants et autres passages d’accordéon déglingué.

La technique d’enregistrement employée donne parfois l’impression que les instruments sont joués à divers endroits d’une grande pièce. Cet aspect confère à l’ensemble une spatialité qui fait écho à la destination initiale de la suite.

João Lucas : Abstract Mechanics (Creative Sources / Metamkine)
Enregistrement : 2009. Edition : 2009.
CD : 01/ Intro 02/ Abstract Mechanics Part I 03/ Part II 04/ Part III 05/ Part IV 06/ Part V 07/ Part VI.
Jean Dezert © Le son du grisli

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Julie Tippetts, Martin Archer : Ghosts of Gold (Discus, 2009)

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L’écho détourné d’une clarinette basse ; un rythme synthétique entêtant ; des voix parlées, chuchotées, chantées ; des mélopées sans fin ; un dépouillement nacré ; voici quelques petites choses offertes par Julie Tippetts & Martin Archer.

Les poèmes de Julie Tippetts ont été écrits entre 1994 et 2004 et les voici aujourd’hui mis en espace(s) par Martin Archer, producteur inspiré et inspirant. Chaque pièce existe autonome et dépouillée, conçue autour et pour la voix-guide de Julie. Rien n’est surchargé et le trouble, le scellé, n’ont pas leur place ici. Délestés du superflu, attentifs, ouverts et gagnés de plein fouet par le duo, nous n’avons d’autre choix que de les suivre jusqu’au bout d’une nuit on ne peut plus idéale.

Julie Tippetts & Martin Archer : Ghosts of Gold (Discus / Instant Jazz)
Enregistrement : 2007 - 2008. Edition : 2009.
CD : 01/ Moonshine 02/ The Bear that Walks at Night 03/ Metamorphic Rocking 04/ Run Another Road 05/ The Winging 06/ The Brink 07/ Parchment Dust  08/ Rainsong 09/ Daydream & Candle-light 10/ Tightrope 11/ The Summons-Brittle Brimstone 12/ The Ghostly Apparition
Luc Bouquet © Le son du grisli

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Asmus Tietchens : Flächen mit Figuren (NonVisualObjects, 2009)

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La musique délivrée par Asmus Tietchens sur Flächen mit Figuren est une autre abstraction. De souffles et de silences, de parasites en voie de disparition et de respirations que l’on rêverait régulières. Halos sonores de sphères insondables parce que trop éloignées et murmures de qui les peuple, tellement différents.

Quelques clics rappellent quand même que les recherches persistent, gêneurs de symphonies minuscules sur lesquelles seule une nuée d’insectes créés en laboratoire se fait entendre au point qu’on puisse attester là de l’existence d’une forme minuscule de vie. Enfin, traînées de poudre persistante, et retour à la terre sur le mouvement d’oscillations constructivistes concrètes mais fatiguées. Plus de surfaces interrogées que de personnages, mais la somme d’univers révélés avec grâce par Tietchens n’a que faire des échelles.


Asmus Tietchens, FmF 1 (extrait). Courtesy of NonVisualObjects.

Asmus Tietchens : Flächen mit Figuren (NonVisualObjects)
Edition : 2009
CD : 01/ FmF 1 02/ FmF 5 03/ FmF 3 04/ FmF 6 05/ FmF 7 06/ FmF 8 07/ FmF 5A 08/ FmF 2
Guillaume Belhomme © Le son du grisli

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