Le son du grisli

Bruits qui changent de l'ordinaire

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le son du grisli #3Peter Brötzmann Graphic WorksConversation de John Coltrane & Frank Kofsky
A la question : interviewsAu rapport : impressions de concertsEn théorie : l'improvisation par l'écrit : John Butcher & Evan Parker

Clayton Thomas : Bad Self (2009, Gutstring)

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Le contrebassiste d’origine australienne Clayton Thomas réside désormais à Berlin. Si sa discographie n’est pas encore très fournie, le musicien s’est fait connaître un peu partout par ses collaborations scéniques avec les meilleurs représentants de l’improvisation européenne (par exemple, le Français Jean-Luc Guionnet ou l’Anglais Evan Parker). Cette soif d’expérimentation l’a également poussé à se lancer dans le solo, activité pour laquelle il a très vite acquis une excellente réputation.

Sur scène, la performance du contrebassiste vaut aussi bien pour ses aspects purement sonores que pour l’énergie visuelle qui s’en dégage. Il crée en effet un dispositif impressionnant où les cordes sont maltraitées par chocs ou frottements, manipulées par l’insertion de plaques d’immatriculation, baguettes et autres instruments, voire tout cela à la fois. Ce type d’usage, loin d’être vain, génère des drones subtils parfois doublés de pulsations rythmiques hypnotiques.

Bad Self documente cette expérience sur une période de cinq ans, depuis 2004. Les cinq plages, parfois très longues (la dernière dépasse les trente minutes !), illustrent parfaitement la pratique scénique tout en s’en émancipant, tant le pouvoir de fascination reste intact lorsque seul le son est présent. Par moments, le jeu quasi polyphonique du contrebassiste fait penser aussi bien à des compositions minimalistes américaines qu’à des orchestres de gamelan. A d’autres, le musicien s’affranchit d’une approche purement percussive, comme sur Patience Pending, pour faire doucement monter la tension en alternant silences, grondements menaçants et cliquetis mystérieux. Il semblerait que ces temps-ci, le vocabulaire et l’utilisation de la contrebasse soient renouvelés avec une grande inventivité, par exemple par John Eckhardt (Xylobiont, Psi Records, 2008) ou John Edwards (Volume, Psi Records, 2008). L’album de Clayton Thomas a tout à fait sa place aux côtés de ces derniers.

Clayton Thomas : Bad Self (Gutstring / Metamkine)
Enregistrement : 2004-2008. Edition : 2009.
CD : 01/ Red Rod and Frog 02/ The WZA 03/ More Sand than Sky 04/ Attack! 05/ Patience Pending.
Jean Dezert © Le son du grisli

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The Present : The Way We Are (LOAF, 2009)

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Rusty Santos est sans doute l’un des acteurs les plus dynamiques (et les plus prolifiques) de la très prisée scène musicale de Brooklyn. Repéré comme producteur, aux côtés de groupes tels qu'Animal Collective, Born Ruffians ou Panda Bear, notre homme a également publié plusieurs albums solos avant de lancer The Present, aventure musicale hors norme à laquelle prend également part Jesse Lee, ci-devant batteur de Gang Gang Dance – c’est dire si nous sommes ici entre gens de (très) bonne compagnie.

Moins d’un an après World I See, premier album sérieusement dérangé, nous arrive sur le coin de l’oreille The Way We Are, au contact duquel l’on se rend rapidement compte que tout espoir de guérison est perdu – ce dont ne manqueront pas de se plaindre les amateurs de disques bien portants et ce dont, par conséquent, nous nous réjouirons abondamment. S’engageant encore plus avant dans l’inconnu, The Present nous entraîne ici dans une odyssée instrumentale en forme de quête du Graal. Cette quête obsédante, jalonnée de motifs répétitifs, chaque nouvelle écoute la relance et l’exacerbe. Semblables à de zigzagantes lignes de fuite, aux perspectives infinies, les six morceaux de The Way We Are libèrent d’intenses effluves (l’acid-folk, le krautrock, la new thing, la musique concrète) et atteignent d’ahurissantes altitudes. A cet égard, le morceau final (et fatal), long de plus d’une demi-heure, constitue un inexpugnable sommet, sur lequel il est urgent d’aller se percher.

The Present : The Way We Are (LOAF / La baleine)
Edition : 2009.
CD : 01/ Medman 02/ Saltwater Trails 03/ Space Meadow 04/ Shapeshifter 05/ Press Play 06/ The Way We Are
Jérôme Provençal © Le son du grisli

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Heribert Friedl : Recherche_00 (NonVisualObjects, 2009)

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Sculpteur passé de la pierre au son, Heribert Friedl fait sur Recherche_00 un exposé de ses travaux de musique expérimentale.

Clics rappelant l’usage ancien fait de bâtons de bois et éléments de constructions qui se bousculent selon les commandes : impulsion délivrant un parasite de la boîte qui l’enfermait, souffles et larsens projetés, bruits de pressions diverses accusant l’intensité de leur état. De l’action découlent en trois phases les réactions multiples dont Heribert Friedl dispose pour composer ses abstractions saillantes et imposer son art minutieux.


Heribert Friedl, Phase 3 (extrait). Courtesy of NonVisualObjects.

Heribert Friedl : Recherche_00 (NonVisualObjects)
Edition : 2009.
CD : 01/ Phase 1 02/ Phase 2 03/ Phase 3
Guillaume Belhomme © Le son du grisli

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Susanna and the Magical Orchestra : List of Lights and Buoys (Rune Grammofon, 2004)

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Absolutely brilliant debut release from young Norwegian duo consisting of Susanna Wallumrød (vocals) and Morten Qvenild (keyboards). Nine beautiful low key original songs plus highly personal interpretations of Dolly Parton's Jolene and Leonard Bernstein's Who Am I makes this one of the strongest Norwegian debut releases in a very long time. If you´ve heard Believer (also included here) from Money Will Ruin Everything you know what to expect. Produced by Andreas Mjøs (Jaga Jazzist) and Deathprod.

Susanna and the Magical Orchestra : List of Lights and Buoys (Rune Grammofon)
Edition : 2004.
CD : 01/ Who Am I 02/ Jolene 03/ Turn the pages 04/ Friend 05/ Hello 06/ Believer 07/ Sweet devil 08/ Baby 09/ Time 10/ Distance Blues and Theory 11/ Go
Heribert Friedl © Le son du grisli

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Musicien, Heribert Friedl anime le label NonVisualObjects sur lequel est récemment sorti Recherche_00.

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Arc : The Pursuit of Happiness (Emanem, 2009)

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Remembering (Uneasy Listening) en 1992, Out of Amber (Slam) en 1993, et aujourd’hui The Pursuit of Happiness : trois CD seulement depuis 1988, année ou fut crée Arc (Sylvia Hallett : violon, Danny Kingshill : violoncelle, Gus Garside : contrebasse).

Sobres entailles, toujours en périphérie d’un noyau ferme et intact, les electronics s’invitent pour la première fois ici. Car la musique d’Arc se déploie et se déplace à partir d’un centre-cercle fédérateur. Onze centres-cercles car onze plages. Onze plages où cordes et bois observent le frottement puis s’y abandonnent. Vont alors exister onze histoires de violences et de réserves, d’obsessions et de contractions, de lenteurs et d’étirements. Les cordes seront filantes, stagnantes, troublantes. Le centre s’effacera, réapparaîtra. Le bois se raidira, demandera grâce. Tout sera alors possible : le mélange, l’attente, le surgissement, l’oubli, le dérèglement, l’affaissement. Et tout ceci existera : intensément et profondément ici.

Arc : The Pursuit of Happiness (Emanem / Orkhêstra International)
Enregistrement : 2008. Edition : 2009
CD : 01/ Binding Light 02/ The Rite of Strings 03/ Quintessence 04/ Forgetting All Over Again 05/ Phantom Caravan 06/ Grandpa’s Box 07/ Sand Maps 08/ A Chance Occurrence 09/ The Pursuit of Happiness 10/ Dividing into One 11/ Where Rivers Meet
Luc Bouquet © Le son du grisli

Archives Sylvia Hallett

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Oneida : Rated O (Jagjaguwar, 2009)

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Le groupe Oneida a déjà prouvé – avec Preteen Weaponry, notamment – qu’il pouvait se montrer aussi radical que convaincant dans l'arrangement d’un rock torturé par ses propres références. Les trois disques qui forment Rated O (deuxième volet d'une trilogie baptisée Thank Your Parents) laissent pourtant entendre (ou plutôt réentendre) que les soupçons sont plus que fondés sur l’inspiration inégale de Kid Millions, Bobby Matador et Baby Hanoi Jane.

Ceci, parce que l’auditeur doit faire face sur Rated O à une suite d’exercices de style souvent poussifs : dub, pop psychédélique et toutes sortes de rock (sixties, krautrock ou encore héroïque). Grasse de nature, la mixture parvient à convaincre de très rares fois, et encore, jamais longtemps : sur la toute fin du premier disque (drone et batterie avalant un lot de guitares hurlantes qui, pour une fois, ne sont pas là pour combler les brèches compositionnelles) et la première moitié du troisième. Le temps de ces deux exceptions, Oneida renoue avec la rythmique lente, répète les motifs d’une musique envoûtante et conclut avec plus d'intelligence un projet ambitieux, qui reste malgré tout bien dispensable. 

Oneida : Rated O (Jagjaguwar / Differ-ant)
Edition : 2009.
CD1 : 01/ Brownout In Lagos 02/ What’s Up, Jackal? 03/ 10:30 at the Oasis 04/ Story of O 05/ The Human Factor - CD2 : 01/ The River 02/ I Will Haunt You 03/ The Life You Preferred 04/ Ghost in the Room 05/ Saturday 06/ It Was a Wall 08/ Luxury Travel - CD3 : 01/ O 02/ End of Time 03/ Folk Wisdom
Pierre Cécile © Le son du grisli

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John Butcher Group : Somethingtobesaid (Weight of Wax, 2009)

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Commande passée à John Butcher par le festival de musique contemporaine d’Huddersfield (et enregistrée là l’année dernière), Somethingtobesaid est une pièce découpée en neuf mouvements qui trahit les obsessions électroacoustiques de son auteur.

Pour évoluer lentement au gré des gestes d’un groupe de huit musiciens concentrés : Butcher, donc, aux saxophones, et puis Chris Burn (piano), Clare Cooper (harpe), dieb 13 (turntables), John Edwards (contrebasse), Thomas Lehn (synthétiseur), Adam Linson (électronique) et Gino Robair (percussions). Par phases grandiloquentes ou discrètes, Somethingtobesaid amasse mouvements de cordes fuyantes et combinaisons de notes affolées, répond ici aux obligations d’une emphase fulgurante pour s’abandonner ailleurs au murmure d’expressions timides. En qualité de commandeur, intervient de rares fois une voix préenregistrée, décisionnaire des impulsions indispensables à donner à la musique à flot de ce qui devait être dit. 

John Butcher : Somethingtobesaid (Weight of Wax / Improjazz)
CD : 01-09/ Somethingtobesaid
Enregistrement : 2008. Edition : 2009.
Guillaume Belhomme © Le son du grisli

Archives John Butcher

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Weightless : A Brush with Dignity (Clean Feed, 2009)

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Sur A Brush with Dignity, John Butcher (saxophones ténor et soprano) et John Edwards (contrebasse) improvisent en compagnie d’Alberto Braida (piano) et de Fabrizio Spera (batterie) : à l’occasion de deux concerts donnés en Allemagne l’année dernière.

En guise de souvenirs, quatre extraits : sur lesquels approuver une autre fois les manières et l’entente de Butcher et Edwards, mais regretter aussi l’intérêt que Braida trouve parfois en postures entendues et partout à intervenir sur un instrument à la sonorité clinquante. Sur des morceaux d’un jazz libre et déferlant (Apre et Termo) ou quelques mouvements lents qui accueillent hésitations feintes et répétitions travaillées (Centri et Vista), la sonorité du clavier gangrène le discours musical pourtant intéressant dans son ensemble. Pour oublier, s’en remettre à l’introduction de Vista, où Braida s’en prend à ses cordes sans passer par le clavier, ou aux parenthèses enchantées entre lesquelles il se contente d’écouter ses partenaires. 

Weightless : A Brush with Dignity (Clean Feed / Orkhêstra International)
Enregistrement : 2008. Edition : 2009.
CD : 01/ Apre 02/ Centri 03/ Vista 04/ Termo
Guillaume Belhomme © Le son du grisli

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Franz Koglmann : Lo-lee-ta, Music on Nabokov (Col Legno, 2009)

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D’Auster à Joyce, on ne compte plus les rencontres manquées entre littérature et jazz – et tout particulièrement lorsqu’elles se fondent davantage sur une « inspiration » (ou un vague fumet ; et avec la matière romanesque, le risque semble encore plus grand qu’avec la forme poétique) que sur un véritable corps à corps, voire une étreinte syllabique (on passe alors parfois de la déjà rare jazzpoetry ou litt-jazz à un lit-jazz, littéralement « allumé », pour reprendre le mot de Steve Lacy).

Franz Koglmann* (trompette, bugle) réussit néanmoins ici à trouver la bonne distance en prenant précisément ses distances avec le prétexte (il l’avait déjà brillamment fait dans le chambriste et décalé About Yesterdays Ezzthetics de 1987, pour Hat ART, « about » George Russell, Irving Berlin ou Jerome Kern, comme ce Lo-lee-ta est « on » Vladimir Nabokov) : c’est tout un art du détachement, d’un certain désenchantement et du maintien du lien par l’intention…

Laisser tourner plusieurs fois cet enregistrement permet d’en libérer l’arôme qui reste léger, brumisé comme ces brouillards d’embouchure dont Koglmannn a le secret. En quatorze morceaux brefs – six duos avec Wolfgang Mitterer (piano, electronics) s’intercalant dans les huit pièces du Monoblue Quartet : FK, Tony Coe (clarinette, saxophone alto), Ed Renshaw (guitare), Peter Herbert (contrebasse) – et autant de petits pas de danse, saynètes et entrelacs, l’a priori de l’auditeur dubitatif peut être levé.


* Portrait de Franz Koglmann

Franz Koglmann : Lo-lee-ta, Music on Nabokov (Col Legno / Amazon)
CD : 01/ Love Theme from Lolita 02/ Hereafter n°1 03/ Montreux Palace 04/ Hereafter n°2 05/ A Day’s Work 06/ Hereafter n°3 07/ Ada and Van 08/ Vadim Vadimovich N. 09/ Hereafter n°4 10/ Laura 11/ Hereafter n°5 12/ Just half a Shade 13/ Hereafter n°6 14/ Martha Dreyer
Edition : 2009.
Guillaume Tarche © Le son du grisli

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Seth Nehil : Flock & Tumble (Sonoris, 2009)

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Artiste sonore entendu notamment aux côtés de Michael Nortam ou Brendan Murray, Seth Nehil donne sur Flock & Tumble un aperçu de sa pratique musicale en solitaire.

Diverse, celle-ci : qui combine fields recordings et élans percussifs jetés en d’étranges paysages intérieurs (Tew), oppose des voix blanches à d'éloquents silences (Whuilp) ou impose à ces mêmes voix une inconstance capable d’anéantir tout vocabulaire (The Sun) ; pour se faire ailleurs moins obscur : larsen et superpositions de notes longues obéissant à une ligne presque claire (Tew 2) ou rafale de percussions aux dégâts changés en fiers éléments d’esthétique (Blackhole).

Ainsi, la musique expérimentale de Nehil se rapproche en certains endroits de celle de Gunther Rabl (Plait pour tout exemple, sur lequel Nehil brille en terrible animateur de bruits) pour aller voir ailleurs du côté d’une ambient ténébreuse ou d’un bruitisme sournois. Le grand mérite de Seth Nehil, étant de savoir convaincre quel que soit le domaine qu’il investit.


Seth Nehil, Blackhole (extrait). Courtesy of Sonoris.

Seth Nehil : Flock & Tumble (Sonoris / Metamkine)
Edition : 2009.
CD : 01/ Tew 02/ Whuilp 03/ Plait 04/ Tew 2 05/ Grave 06/ The Sun 07/ Blackhole
Guillaume Belhomme © Le son du grisli

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