Le son du grisli

Bruits qui changent de l'ordinaire

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A la question : interviewsAu rapport : impressions de concertsEn théorie : l'improvisation par l'écrit : John Butcher & Evan Parker

David Lang : The Little Match Girl Passion (Harmonia Mundi USA, 2009)

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Le label Naxos avait ajouté l'an passé à sa collection American Classics un compendium de l'œuvre de David Lang avec Pierced, contenant notamment Cheating, Lying, Stealing (salué par Steve Reich lui-même) et une version d'une beauté épurée de Heroin de Lou Reed pour violoncelle et voix. Harmonia Mundi publie cette année le premier enregistrement sur disque de The Little Match Girl Passion, lauréat du Prix Pulitzer 2008.

David Lang semble donc franchir un nouveau pallier dans la reconnaissance qu'il mérite amplement, plus de vingt ans après la fondation avec ses comparses Michael Gordon et Julia Wolfe du Bang On A Can (un festival marathon et un ensemble instrumental). Adaptation croisée de la Passion selon Saint Matthieu de Bach et du conte La Petite fille aux allumettes d'Andersen, The Little Match Girl Passion utilise les voix, et presque uniquement les voix, seulement accompagnées de quelques percussions. Si l'on note bien la présence de certaines formes ayant cours dans la musique dite « minimaliste répétitive », David Lang dépasse largement ses modèles en se plongeant plus en amont dans la tradition musicale. Ainsi, alors même que la répétition est utilisée avec parcimonie, en évoquant alors autant les passacailles de Moondog que les canons grégoriens, David Lang s'attache essentiellement à créer une expression vocale ascétique en jouant sur la beauté cristalline des voix du Theatre of Voices dirigé Paul Hillier. Chastes et retenues, elles procurent une intense émotion, appréciable grâce à une prise de son à couper le souffle de l'auditeur même s'il n'est pas équipé du 5.1 permettant la parfaite restitution d'un Super Audio CD, support sur lequel est éditée cette pièce de maître.

David Lang : The Little Match Girl Passion (Harmonia Mundi USA / Amazon)
SACD : 01-15/ The Little Match Girl Passion 16/ For Love Is Strong 17/ I Lie 18/ Evening Morning Day 19/ Again (After Ecclesiastes)
Enregistrement 2008. Edition 2009.
Eric Deshayes © Le son du grisli

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Jacques Goldstein : Freedom Now ! DJ Spooky / Matthew Shipp Trio (La Huit, 2009)

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On sait Matthew Shipp surprenant pour ne jamais réussir à trancher tout à fait entre académisme pompier et sursauts d’inventivité éclatante. Aux côtés de DJ Spooky – filmé en 2003 par Jacques Goldstein dans le cadre du festival Banlieues Bleues –, le voici sombrant avec fracas.

L’archet fantasque de William Parker ne peut en effet pas grand-chose pour relever un mélange de post-free stérile – lorsque les postures du pianiste n’évoquent pas plutôt le lyrisme nouille d’E.S.T. – et de scratchs entendus et autres effets datés sortis des platines de DJ Spooky. Le réalisateur aurait-il d’ailleurs remarqué l’indigeste fruit de la rencontre, lui qui décide tout à coup de plaquer sur la musique des extraits d’interviews données par les intervenants ?

La musique reléguée en fond sonore, DJ Spooky parle d’un travail de mémoire et de citations élaborées à grands coups d'extraits de disques quand Shipp avance que le rapprochement du hip hop et du free jazz lui paraît naturel. Or, sous couvert de hip hop et de jazz, ce ne sont ici que deux variétés inutiles que l’on amalgame, deux esbroufes en connivence que l’on donne à voir.

Jacques Goldstein : DJ Spooky & Matthew Shipp Trio (La Huit)
Enregistrement : 2003. Edition : 2009.
Guillaume Belhomme © Le son du grisli

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Louis Moholo-Moholo Unit : An Open Letter to My Wife Mpumi (Ogun, 2009)

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Rarement Unit aura si bien porté son nom. Drivé par un Louis Moholo-Moholo en grande forme et toujours aussi foisonnant derrière ses fûts, il faut entendre saxophones (Jason Yarde, Ntshuks Bonga), piano (Pule Pheto), vibraphone (Orphy Robinson), contrebasse (John Edwards) et voix (Francine Luce), s’unir et se séparer, s’entrecroiser et se métisser.

Tout semble si simple ici : il y a le rythme, toujours libre et animé, que le batteur déplace et bouscule en de longues vagues successives et il y a le chant, simples riffs joués à l’unisson et que l’on n’abandonne jamais car éléments moteurs de cette musique. De fait, et parce que cette musique n’en a nul besoin, il n’y aura pas de solos. Seulement un élan commun porté par toute et tous. Et quand vibraphone et batterie se retrouvent en duo (Fine Line), c’est tout l’orchestre que l’on croit entendre.

De ce chant profond et d’une liberté rêvée, perce quelque chose du grand Albert : la générosité, le partage, la fougue, la douceur, la fureur. Music Is the Healing Force of the Universe : ici, l’évidente preuve.

Louis Moholo-Moholo Unit : An Open Letter to My Wife Mpumi (Ogun / Orkhêstra International)
Enregistrement : 2008. Edition : 2009.
CD : 01/ Mark of Respect 02/ Dikeldi Tsa Phelo 03/ The Tag 04/ Thank U 4 2 Day 05/ Sonke 06/ Russia 07/ Zanele 08/ Fine Line 09/ Two Alto Hit
Luc Bouquet © Le son du grisli

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Trevor Watts : The Deep Blue (Jazzwerkstatt, 2009)

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Ce disque est à la fois celui de la solitude et de la multiplicité. Trevor Watts y joue seul et signe toutes les compositions. Mais aux saxophones soprano et alto s’ajoutent le piano, les percussions et le synthétiseur. Et ce disque célèbre, grâce aux rythmes créés par Watts, de nombreux ailleurs : l’Ecosse (Highlands & Islands), l’Afrique (Ghana Bop), le Moyen Orient (Golden Roses) ou encore les Caraïbes (Mama Rhumba’s). Mais nous n’écoutons pas ici quelque world music ; le synthétiseur met à distance l’illusion de l’exotisme et ce qui importe demeure le chant de Watts, l’incandescence de son jeu de saxophone. Les rythmes sont posés pour que le co-fondateur du Spontaneous Music Ensemble puisse développer ses longues improvisations chamaniques (A Life’s Celebration ou Drumbola).

Le disque s’ouvre avec le poignant Lace, hommage à son compagnon d’autrefois Steve Lacy. Plus loin, The Moiré Principle remet en perspective l’expérience de Watts au sein de son combo Moiré Music. Au final, c’est à une sorte de portrait en plusieurs fragments, comme chamarré, de Trevor Watts que nous avons affaire… Inlassable arpenteur de mondes, pierre angulaire de la musique improvisée européenne, Trevor Watts nous dit, dans les notes de pochette de ce disque généreux et attachant : « Je crois que les tous les musiciens devraient déployer leurs ailes aussi loin qu’ils le peuvent et vivre autant d’expériences que possible (…). Trouver sa propre voix est la clé ».

Ce disque nous démontre que c’est dans l’altérité que Watts a su trouver sa voix profonde, son Deep Blue. Solitude et multiplicité, donc.

Trevor Watts : The Deep Blue (Jazzwerkstatt)
Enregistrement : 2008. Edition : 2009.
CD : 1/ Lace 2/ Deep Blue 3/ Highlands & Islands 4/ Drumbola 5/ A Life’s Celebration 6/ Golden Roses 7/ The Moiré Principle 8/ Ghana Bop 9/ Mama Rhumba’s
Pierre Lemarchand © Le son du grisli

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Octante : Lúnula (Another Timbre, 2009)

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Déjà remarqués sur leurs enregistrements respectifs publiés par Another Timbre ou Etude Records, le guitariste Ferran Fages (ici aux oscillateurs) et l’accordéoniste Alfredo Costa Monteiro (toujours à l’accordéon) se retrouvent pour la deuxième fois sur disque en Octante, quartette composé aussi de la trompettiste Ruth Barberan et de la bassiste Margarida Garcia.

Plutôt inquiète, la formation improvise dans l’ombre deux grandes pièces au développement lent mais chaotique, aux propositions inattendues et incertaines, qui convoquent autant de sifflements que de râles, de plaintes et de larsens – assez changeant, tous, pour ne pas s’imposer longtemps. D’accords suspendus en revirements bruitistes, les quatre musiciens vont et composent une musique électroacoustique perturbée et grandiose, que finissent d’imposer les dernières secondes d'Onda 2904.


Octante, Onda 2856 (extrait). Courtesy of Another Timbre.

Octante : Lúnula (Another Timbre)
CD : 01/ Onda 2856 02/ Onda 2904
Enregistrement : 2008-2009. Edition : 2009.
Guillaume Belhomme © Le son du grisli

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Paul Abbott, Léo Dumont, Ute Kanngiesser : Loiter Volcano (Another Timbre, 2009)

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Tout, à la surface : un air de réductionnisme progresse au son de l’entente ou de la désunion d’un violoncelle (celui d’Ute Kanngiesser), de percussions (celles de Léo Drumont) et d’électronique (usages de Paul Abbott).

En fond, le paysage oscille : au premier plan, les mouvements d’archet et les gestes percussifs composent avec leurs répétitions, quelques silences et autres égarements instrumentaux. Les premières, plus imposantes, finiront par installer le trio au creux d’une berceuse entêtante. Et Loiter Volcano s’impose en pièce de musique électroacoustique qu’on n’attendait pas, et à qui l’on cède bientôt toute la place.


Paul Abbott, Léo Dumont, Ute Kanngiesser, Loiter Volcano (extrait). Courtesy of Another Timbre.

Paul Abbott, Léo Dumont, Ute Kanngiesser : Loiter Volcano (Another Timbre)
Enregistrement : 2009. Edition : 2009.
CD : 01/ Loiter Volcano
Guillaume Belhomme © Le son du grisli

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Clayton Thomas : Bad Self (2009, Gutstring)

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Le contrebassiste d’origine australienne Clayton Thomas réside désormais à Berlin. Si sa discographie n’est pas encore très fournie, le musicien s’est fait connaître un peu partout par ses collaborations scéniques avec les meilleurs représentants de l’improvisation européenne (par exemple, le Français Jean-Luc Guionnet ou l’Anglais Evan Parker). Cette soif d’expérimentation l’a également poussé à se lancer dans le solo, activité pour laquelle il a très vite acquis une excellente réputation.

Sur scène, la performance du contrebassiste vaut aussi bien pour ses aspects purement sonores que pour l’énergie visuelle qui s’en dégage. Il crée en effet un dispositif impressionnant où les cordes sont maltraitées par chocs ou frottements, manipulées par l’insertion de plaques d’immatriculation, baguettes et autres instruments, voire tout cela à la fois. Ce type d’usage, loin d’être vain, génère des drones subtils parfois doublés de pulsations rythmiques hypnotiques.

Bad Self documente cette expérience sur une période de cinq ans, depuis 2004. Les cinq plages, parfois très longues (la dernière dépasse les trente minutes !), illustrent parfaitement la pratique scénique tout en s’en émancipant, tant le pouvoir de fascination reste intact lorsque seul le son est présent. Par moments, le jeu quasi polyphonique du contrebassiste fait penser aussi bien à des compositions minimalistes américaines qu’à des orchestres de gamelan. A d’autres, le musicien s’affranchit d’une approche purement percussive, comme sur Patience Pending, pour faire doucement monter la tension en alternant silences, grondements menaçants et cliquetis mystérieux. Il semblerait que ces temps-ci, le vocabulaire et l’utilisation de la contrebasse soient renouvelés avec une grande inventivité, par exemple par John Eckhardt (Xylobiont, Psi Records, 2008) ou John Edwards (Volume, Psi Records, 2008). L’album de Clayton Thomas a tout à fait sa place aux côtés de ces derniers.

Clayton Thomas : Bad Self (Gutstring / Metamkine)
Enregistrement : 2004-2008. Edition : 2009.
CD : 01/ Red Rod and Frog 02/ The WZA 03/ More Sand than Sky 04/ Attack! 05/ Patience Pending.
Jean Dezert © Le son du grisli

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The Present : The Way We Are (LOAF, 2009)

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Rusty Santos est sans doute l’un des acteurs les plus dynamiques (et les plus prolifiques) de la très prisée scène musicale de Brooklyn. Repéré comme producteur, aux côtés de groupes tels qu'Animal Collective, Born Ruffians ou Panda Bear, notre homme a également publié plusieurs albums solos avant de lancer The Present, aventure musicale hors norme à laquelle prend également part Jesse Lee, ci-devant batteur de Gang Gang Dance – c’est dire si nous sommes ici entre gens de (très) bonne compagnie.

Moins d’un an après World I See, premier album sérieusement dérangé, nous arrive sur le coin de l’oreille The Way We Are, au contact duquel l’on se rend rapidement compte que tout espoir de guérison est perdu – ce dont ne manqueront pas de se plaindre les amateurs de disques bien portants et ce dont, par conséquent, nous nous réjouirons abondamment. S’engageant encore plus avant dans l’inconnu, The Present nous entraîne ici dans une odyssée instrumentale en forme de quête du Graal. Cette quête obsédante, jalonnée de motifs répétitifs, chaque nouvelle écoute la relance et l’exacerbe. Semblables à de zigzagantes lignes de fuite, aux perspectives infinies, les six morceaux de The Way We Are libèrent d’intenses effluves (l’acid-folk, le krautrock, la new thing, la musique concrète) et atteignent d’ahurissantes altitudes. A cet égard, le morceau final (et fatal), long de plus d’une demi-heure, constitue un inexpugnable sommet, sur lequel il est urgent d’aller se percher.

The Present : The Way We Are (LOAF / La baleine)
Edition : 2009.
CD : 01/ Medman 02/ Saltwater Trails 03/ Space Meadow 04/ Shapeshifter 05/ Press Play 06/ The Way We Are
Jérôme Provençal © Le son du grisli

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Heribert Friedl : Recherche_00 (NonVisualObjects, 2009)

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Sculpteur passé de la pierre au son, Heribert Friedl fait sur Recherche_00 un exposé de ses travaux de musique expérimentale.

Clics rappelant l’usage ancien fait de bâtons de bois et éléments de constructions qui se bousculent selon les commandes : impulsion délivrant un parasite de la boîte qui l’enfermait, souffles et larsens projetés, bruits de pressions diverses accusant l’intensité de leur état. De l’action découlent en trois phases les réactions multiples dont Heribert Friedl dispose pour composer ses abstractions saillantes et imposer son art minutieux.


Heribert Friedl, Phase 3 (extrait). Courtesy of NonVisualObjects.

Heribert Friedl : Recherche_00 (NonVisualObjects)
Edition : 2009.
CD : 01/ Phase 1 02/ Phase 2 03/ Phase 3
Guillaume Belhomme © Le son du grisli

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Susanna and the Magical Orchestra : List of Lights and Buoys (Rune Grammofon, 2004)

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Absolutely brilliant debut release from young Norwegian duo consisting of Susanna Wallumrød (vocals) and Morten Qvenild (keyboards). Nine beautiful low key original songs plus highly personal interpretations of Dolly Parton's Jolene and Leonard Bernstein's Who Am I makes this one of the strongest Norwegian debut releases in a very long time. If you´ve heard Believer (also included here) from Money Will Ruin Everything you know what to expect. Produced by Andreas Mjøs (Jaga Jazzist) and Deathprod.

Susanna and the Magical Orchestra : List of Lights and Buoys (Rune Grammofon)
Edition : 2004.
CD : 01/ Who Am I 02/ Jolene 03/ Turn the pages 04/ Friend 05/ Hello 06/ Believer 07/ Sweet devil 08/ Baby 09/ Time 10/ Distance Blues and Theory 11/ Go
Heribert Friedl © Le son du grisli

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Musicien, Heribert Friedl anime le label NonVisualObjects sur lequel est récemment sorti Recherche_00.

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