Le son du grisli

Bruits qui changent de l'ordinaire

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Parution : Premier bruit Trente-six échosAu rapport : Festival Le Bruit de la MusiqueParution : le son du grisli #2
A la question : interviewsAu rapport : impressions de concertsEn théorie : l'improvisation par l'écrit : John Butcher & Evan Parker

John Butcher Group : Somethingtobesaid (Weight of Wax, 2009)

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Commande passée à John Butcher par le festival de musique contemporaine d’Huddersfield (et enregistrée là l’année dernière), Somethingtobesaid est une pièce découpée en neuf mouvements qui trahit les obsessions électroacoustiques de son auteur.

Pour évoluer lentement au gré des gestes d’un groupe de huit musiciens concentrés : Butcher, donc, aux saxophones, et puis Chris Burn (piano), Clare Cooper (harpe), dieb 13 (turntables), John Edwards (contrebasse), Thomas Lehn (synthétiseur), Adam Linson (électronique) et Gino Robair (percussions). Par phases grandiloquentes ou discrètes, Somethingtobesaid amasse mouvements de cordes fuyantes et combinaisons de notes affolées, répond ici aux obligations d’une emphase fulgurante pour s’abandonner ailleurs au murmure d’expressions timides. En qualité de commandeur, intervient de rares fois une voix préenregistrée, décisionnaire des impulsions indispensables à donner à la musique à flot de ce qui devait être dit. 

John Butcher : Somethingtobesaid (Weight of Wax / Improjazz)
CD : 01-09/ Somethingtobesaid
Enregistrement : 2008. Edition : 2009.
Guillaume Belhomme © Le son du grisli

Archives John Butcher

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Weightless : A Brush with Dignity (Clean Feed, 2009)

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Sur A Brush with Dignity, John Butcher (saxophones ténor et soprano) et John Edwards (contrebasse) improvisent en compagnie d’Alberto Braida (piano) et de Fabrizio Spera (batterie) : à l’occasion de deux concerts donnés en Allemagne l’année dernière.

En guise de souvenirs, quatre extraits : sur lesquels approuver une autre fois les manières et l’entente de Butcher et Edwards, mais regretter aussi l’intérêt que Braida trouve parfois en postures entendues et partout à intervenir sur un instrument à la sonorité clinquante. Sur des morceaux d’un jazz libre et déferlant (Apre et Termo) ou quelques mouvements lents qui accueillent hésitations feintes et répétitions travaillées (Centri et Vista), la sonorité du clavier gangrène le discours musical pourtant intéressant dans son ensemble. Pour oublier, s’en remettre à l’introduction de Vista, où Braida s’en prend à ses cordes sans passer par le clavier, ou aux parenthèses enchantées entre lesquelles il se contente d’écouter ses partenaires. 

Weightless : A Brush with Dignity (Clean Feed / Orkhêstra International)
Enregistrement : 2008. Edition : 2009.
CD : 01/ Apre 02/ Centri 03/ Vista 04/ Termo
Guillaume Belhomme © Le son du grisli

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Franz Koglmann : Lo-lee-ta, Music on Nabokov (Col Legno, 2009)

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D’Auster à Joyce, on ne compte plus les rencontres manquées entre littérature et jazz – et tout particulièrement lorsqu’elles se fondent davantage sur une « inspiration » (ou un vague fumet ; et avec la matière romanesque, le risque semble encore plus grand qu’avec la forme poétique) que sur un véritable corps à corps, voire une étreinte syllabique (on passe alors parfois de la déjà rare jazzpoetry ou litt-jazz à un lit-jazz, littéralement « allumé », pour reprendre le mot de Steve Lacy).

Franz Koglmann* (trompette, bugle) réussit néanmoins ici à trouver la bonne distance en prenant précisément ses distances avec le prétexte (il l’avait déjà brillamment fait dans le chambriste et décalé About Yesterdays Ezzthetics de 1987, pour Hat ART, « about » George Russell, Irving Berlin ou Jerome Kern, comme ce Lo-lee-ta est « on » Vladimir Nabokov) : c’est tout un art du détachement, d’un certain désenchantement et du maintien du lien par l’intention…

Laisser tourner plusieurs fois cet enregistrement permet d’en libérer l’arôme qui reste léger, brumisé comme ces brouillards d’embouchure dont Koglmannn a le secret. En quatorze morceaux brefs – six duos avec Wolfgang Mitterer (piano, electronics) s’intercalant dans les huit pièces du Monoblue Quartet : FK, Tony Coe (clarinette, saxophone alto), Ed Renshaw (guitare), Peter Herbert (contrebasse) – et autant de petits pas de danse, saynètes et entrelacs, l’a priori de l’auditeur dubitatif peut être levé.


* Portrait de Franz Koglmann

Franz Koglmann : Lo-lee-ta, Music on Nabokov (Col Legno / Amazon)
CD : 01/ Love Theme from Lolita 02/ Hereafter n°1 03/ Montreux Palace 04/ Hereafter n°2 05/ A Day’s Work 06/ Hereafter n°3 07/ Ada and Van 08/ Vadim Vadimovich N. 09/ Hereafter n°4 10/ Laura 11/ Hereafter n°5 12/ Just half a Shade 13/ Hereafter n°6 14/ Martha Dreyer
Edition : 2009.
Guillaume Tarche © Le son du grisli

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Seth Nehil : Flock & Tumble (Sonoris, 2009)

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Artiste sonore entendu notamment aux côtés de Michael Nortam ou Brendan Murray, Seth Nehil donne sur Flock & Tumble un aperçu de sa pratique musicale en solitaire.

Diverse, celle-ci : qui combine fields recordings et élans percussifs jetés en d’étranges paysages intérieurs (Tew), oppose des voix blanches à d'éloquents silences (Whuilp) ou impose à ces mêmes voix une inconstance capable d’anéantir tout vocabulaire (The Sun) ; pour se faire ailleurs moins obscur : larsen et superpositions de notes longues obéissant à une ligne presque claire (Tew 2) ou rafale de percussions aux dégâts changés en fiers éléments d’esthétique (Blackhole).

Ainsi, la musique expérimentale de Nehil se rapproche en certains endroits de celle de Gunther Rabl (Plait pour tout exemple, sur lequel Nehil brille en terrible animateur de bruits) pour aller voir ailleurs du côté d’une ambient ténébreuse ou d’un bruitisme sournois. Le grand mérite de Seth Nehil, étant de savoir convaincre quel que soit le domaine qu’il investit.


Seth Nehil, Blackhole (extrait). Courtesy of Sonoris.

Seth Nehil : Flock & Tumble (Sonoris / Metamkine)
Edition : 2009.
CD : 01/ Tew 02/ Whuilp 03/ Plait 04/ Tew 2 05/ Grave 06/ The Sun 07/ Blackhole
Guillaume Belhomme © Le son du grisli

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Chris Corsano : Another Dull Dawn (Ultra Eczema, 2009)

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Qui a déjà pu voir une performance du batteur et multi instrumentiste Chris Corsano ne peut être qu’impressionné par sa fougue, sa liberté et sa technique incroyables. Qu’il soit seul ou aux côtés d’autres artistes (d’Evan Parker à Thurston Moore en passant par Keiji Haino, C Spencer Yeh et bien d’autres), il s’investit totalement dans une approche autant redevable au noise-rock qu’au free jazz ou à l’improvisation la plus acérée. Son but ne semble jamais être d’élaborer un simple contrepoint rythmique à ses coreligionnaires, mais bien de créer un véritable monde sonore dans lequel toute une série d’objets (cordes, papier collant, mélodica, anche de saxophone, jouets…) sont aussi importants que ses baguettes, cymbales et autres grosses caisses.

Lors de ses performances en solo, comme le laisse entendre The Young Cricketer (paru initialement en CD-R en 2006 et réédité en vinyle sur Family Vineyard en 2008), le musicien  pousse encore plus loin l’exploitation de tous ces procédés. Another Dull Dawn enfonce le clou en concentrant ces effets, en les alternant, parfois en les superposant. Cette incroyable capacité d’ubiquité laisse parfois supposer que le batteur est accompagné, mais il n’en est rien. Les pièces, relativement courtes, exposent un primitivisme sophistiqué qui évoque tantôt certaines musiques traditionnelles (les bols chantants de The Mistaken Reaction), tantôt les dérives furieuses d’un free jazz incendiaire forgé entre autres par le label ESP dans les années 1960 (Kittenish Gnawing, Part 1).

Entre drones hypnotiques, emballées percussives et/ou bruitistes et notes étranges tirées de jouets pour enfants (Kittenish Gnawing, Part 2), le musicien américain parvient à créer un album fascinant d’un bout à l’autre, combinant parfaitement recherche d’idées et spontanéité bien sentie.


Chris Corsano, Another Dull Dawn. Courtesy of Ultra Eczema.


Chris Corsano, Kittenish Gnawing, Part 1. Courtesy of Ultra Eczema.

Chris Corsano : Another Dull Dawn (Ultra Eczema)
Enregistrement : 2008. Edition : 2009.
LP : A1/ Another Dull Dawn A2/ Kittenish Gnawing, Part 1 A3/ The Threshing Machine A4/ The Mistaken Reaction A5/ The Drunken Doctor's Blunder Shrugged Away A6/ The Anger Of Kings A7/ Kittenish Gnawing, Part 2 A8/ The Frayed Elevator Cable B1/ The Quick Collapse Of Ice B2/ The Opaque Gasp B3/ The Misread Altimeter B4/ The Wreck B5/ The Hurried Adze B6/ The Knotted Silk Cord B7/ The Chair Dustless In The Tiled Room.
Jean Dezert © Le son du grisli

Archives Chris Corsano

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Peter Vogel : Partitions de réactions (Les presses du réel, 2009)

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Artiste passé par le tachisme et l’action painting, Peter Vogel trouva sa voie dans l’élaboration d’objets sonores, dits « cybernétiques », sculptures faites de résistances, transistors, condensateurs, moteurs, aimants, lampes ou haut-parleurs.

Mécanismes réagissant aux faits et gestes – voire, à la présence – de qui les approche, fomentés en atelier par un artiste obnubilée par l’œuvre des minimalistes – Steve Reich, en premier lieu. La musique, de s’en trouver quand même aléatoire : comme Panamarenko (autre référence de Vogel) élevant ses « objets volant incapables de voler », l'artiste travaille à ses objets musicaux incapables de musique arrêtée.

Dans Partitions de réactions, trouver retranscrits le parcours de l’artiste et quelques explications (première de toutes : l’esthétique des ses objets serait, pour Vogel même, secondaire). Et puis, assemblés sur un disque, le résultat des expériences sonores : constructions profitant de carillons irréguliers, de mécanismes rares ou d’instruments à cordes, soumises toutes à un irrépressible instinct de jeu que se partagent aussi celui qui les a conçues et ceux qui les visite.

Peter Vogel : Partitions de réactions (Les presses du réel).
Edition : 2009.
Guillaume Belhomme © Le son du grisli

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Soizic Lebrat, Heddy Boubaker : Accumulation d’acariâtres acariens (Petit label, 2009)

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Oublions les instruments et considérons uniquement le surgissement des sons. Et ne pas oublier qu’avant l’acte était l’attente : territoire du vide de soi et du plein de, bientôt, dire. Dire à l’autre l’envers des choses et l’endroit des désirs. Etre en réceptivité, en transparence, se dresser et agir. Maintenant être.

Le surgissement des sons donc : plus sons unis qu’unissons, sons envoyés puis expirant longuement, sons d’amour et d’alliage… Dire, écrire : difficile travail d’un rapporteur plus ou moins inspiré. Livrer en vrac et sans lien ce qui s’échappa du stylo : le froissement et le raclement, la brûlante morsure des souffles, le non-torrentiel, les flèches, l’arrachement, les tressages et l’égarement, le jeu et les rumeurs, les sons  lunaires et ventés. Ecrire sans lien et sans chahut pour mieux témoigner. Tout au moins : essayer.

Soizic Lebrat, Heddy Boubaker : Accumulation d’acariâtres acariens (Petit label)
Enregistrement : 2008. Edition : 2009.
CD : 01/ Accumulation d’acariâtres acariens / 02/ L’intrusion du vent 03/ Rotations lunaires 04/ Brusque apparition de symptômes inquiétants 05/ Regards persans 06/ Une multiplicité de solutions
Luc Bouquet © Le son du grisli

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Faust : C'est com... com... compliqué (Bureau B, 2009)

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Petite mise au point en préambule, le légendaire groupe "krautrock" Faust plus au moins formé sous les hospices de Polydor en 1970 est aujourd'hui une hydre à deux têtes, avec d'un côté Hans-Joachim Irmler et de l'autre Jean-Hervé Péron, deux fractions légitimes et divergentes. Il s'agit ici de la branche péronne pour ce C'est com... com... compliqué. Jean-Hervé Péron ne croyait pas si bien dire il y a trois ans lorsqu'il projetait déjà de publier sous ce titre la matière sonore enregistrée et mixée à Hambourg en été 2006 par Colin Potter et Steven Stapleton de Nurse With Wound.

En puisant dans cette matière, c'est d'abord un Disconnected qui fut publié en 2007, puis en reprenant le mixage à zéro (sans Potter et Stapleton), et en grande partie en se basant sur des morceaux  distincts, c'est finalement ce C'est com... com... compliqué qui a vu le jour sur le label Bureau B. Ces tergiversations en sont peut-être elles-mêmes la conséquence, le Faust mené par Jean-Hervé Péron est plus fier et conquérant que jamais. Les morceaux s'imposent par leur puissance, leur longueur et leurs structures répétitives. Tout semble pouvoir chavirer à chaque instant et tient l'auditeur sur la brèche. Les rythmiques austères comme du béton de Zappi Diermaier y sont pour beaucoup, tout comme les drones à la guitare d'Amaury Cambuzat (ex-Ulan Bator). Péron, également à la guitare, est surtout présent à la voix. Il psalmodie des textes aux allures surréalistes au point que chaque phrase s'impose comme un nouveau leitmotiv inébranlable (Ce chemin est le bon, En veux-tu des effets, en voilà en voilà...).

Il n'y avait pas d'équivalent dans la discographie de Faust (tout juste pense-t-on à IV de 1974), il n'y en aura pas dans le futur. Amaury Cambuzat a jeté l'éponge (trop de pression semble-t-il), tout comme Zappi Diermaier arrêtant pour cause de douleurs lombaires persistantes. Jean-Hervé Péron tourne depuis avec d'autres musiciens.

Faust : C'est com... com... compliqué (Bureau B / Amazon)
Edition : 2009.
CD : 01/ Kundalini tremolos 02/ Accroché à tes lèvres 03/ Ce chemin est le bon 04/ Stimmen 05/ Petits sons appétissants 06/ Bonjour Gioacchino 07/ En veux-tu des effets, en voilà 08/ Lass mich, version originale 09/ C'est com...com...compliqué
Eric Deshayes © Le son du grisli

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Markus Eichenberger : Atemketten 20.8/Atemkreis (Unit, 1986)

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I am Kommissar Hjuler from Flensburg, Germany, and I have a huge collection of experimental music, also my own music can be regarded as really absurd and weird, Thurston Moore stated that my music and the music of my wife Mama Baer belong to the most experimental music he knows.

One of my favourite LPs is Markus Eichenberger Atemketten 20.8/Atemkreis on Unit Records, a recording for bass-clarinet and tape / bass-saxophone and tape. The record is from 1986, the German Markus Eichenberger has made two records and several tapes, the second record is even more jazz-oriented clarinet, but my favourite one is not compareable to music one knows. In 1991, Bob Ostertag presented his LP Sooner or Later, that is a bid in the vein of the Eichenberger LP, but not that poignant. The Eichenberger is to me art brut with simple arrangement and highest musical output. I am sure that only few people love this LP. I first listened to it at Uli Rehberg's UNTERM DURCHSCHNITT / Walter Ulbrich Schallfolien AG in Hamburg in 1986, Asmus Tietchens and Uli Rehberg (Ditterich von Euler-Donnersperg) played the record at the store and were amused about it, just laughing about the music, whereas I was astonished about such crazy music never heard before.

For Atemketten 20.8, the tapes consists loops with clarinet, that reminds of male voice, alike cut-ups, in repetition, and the tapes where used as background for some clarinet play in the vein of Jim Sauter, but one mostly focusses on this weird and pregnant background. For Atemkreis, he used smooth tape like floating background with few saxophone play, droning music. Atemketten 20.8 is the music, that made me buy the record. Each cover of the LP is unique. If you try to find some information on Markus Eichenberger you will find a clarinet player named Markus Eichenberger at world wide web, but if you write to him, it is possible, he returns a letter, that he is often mixed up with another Markus Eichenberger, he does not know. Possibly he wants no contacts, possibly there is someone else, who made this phantastic LP.

Markus Eichenberger : Atemketten 20.8/Atemkreis (Unit Records)
Enregistrement : 1986.
Kommissar Hjuler © Le son du grisli

kombaerKommissar Hjuler est artiste et musicien. Il a récemment vu le label Intransitive publier Asylum Lunaticum, compilation des travaux de musique expérimentale qu'il mène en compagnie de sa compagne Mama Bär.

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Josh Berman : Old Idea (Delmark, 2009)

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Le titre de ce disque, Old Idea, semble nous ramener dans le passé. Mais le jazz, n’est-ce pas cela : réexplorer le passé pour faire surgir les éclats de modernité (d’intemporalité) en lui ? L’improvisation, n’est-ce pas cela : réincarner d’anciennes mélodies, les faire renaître à l’aune d’une actuelle lumière ?

Pour preuve de ce refus de s’ancrer dans un style particulier ou dans une posture révolutionnaire à tout crin, la musique jouée ici : inclassable, intemporelle. Si l’on devait cependant évoquer des références, ce serait du côté des enregistrements du label Blue Note au mi-temps de années 60, qui s’articulaient autour de personnalités telles que le vibraphoniste Bobby Hutcherson (dont Jason Adasiewicz prolonge ici l’art) ou le saxophoniste Eric Dolphy, (bien) nommé « le passeur ».

Oui, dans ce disque comme dans ses illustres prédécesseurs (Out to Lunch de Dolphy justement), on n’est ni « in » ni « out », ni dans le ton ni dans l’atonalité… Cette impression de flotter entre différentes esthétiques est renforcée par le fait que les harmonies reposent sur le vibraphone (ici, pas de piano). Le jeu des souffleurs va dans ce sens : le cornettiste et leader Josh Berman et le saxophoniste Keefe Jackson sont toujours lyriques. Les références citées par le premier sont Miles Davis et Rex Stewart (le cornettiste de Duke Ellington) même si l’on ne peut s’empêcher de lorgner du côté de Bill Dixon, musicien qui aura décidément fortement influencé toute la scène chicagoane qui s’articule autour de Ken Vandermark.

Les musiciens du quintet de Josh Berman ont beaucoup joué ensemble, en concert comme sur disque, dans de nombreuses formations telles l’Exploding Star Orchestra de Rob Mazurek ou les Fast Citizens de Keefe Jackson. La complicité musicale qui en découle, et la convergence esthétique, éclatent à tout moment dans ce grand disque.

Josh Berman : Old Idea  (Delmark / Socadisc)
Enregistrement : 2007. Edition : 2009.
CD : 1/ On account of a hat 2/ Next year A 3/ Let’s pretend 4/ Nori 5/ Next year B 6/ Almost Late 7/ What can? 8/ Db 9/ Next year C
Pierre Lemarchand © Le son du grisli

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