Le son du grisli

Bruits qui changent de l'ordinaire

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Jazz en MarsA paraître : le son du grisli #5En librairie : Bucket of Blood de Steve Potts

Dennis Gonzalez : A Matter of Blood (Furthermore, 2009)

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On connaît l’attachement du trompettiste texan Dennis Gonzalez pour la Great Black Music, pour un jazz qui revendique son histoire et son identité de musique populaire mais qui refuse de se figer dans une pose folklorique, un jazz qui puise sa modernité dans les risques de l’improvisation et de l’exploration d’ailleurs tant musicaux que géographiques.

Souvent, dans les disques de Dennis Gonzalez, on retrouve de grandes figures tutélaires du jazz d’avant garde. Ces « gardiens du temps » (car outre incarner une certaine Histoire, ils sont souvent batteurs comme Louis Moholo, Andrew Cyrille et Famoudou Don Moye ou contrebassistes tels Henry Grimes ou Malachi Favors), incarnent certainement cette préoccupation qu’a le trompettiste de s’inscrire dans le continuum cher à l’Art Ensemble of Chicago : « Ancient to the Future ». Ici, Reggie Workman, 76 ans, offre la pâte inimitable de sa contrebasse au disque et concourt au surgissement de la sonorité d’ensemble, ample et énigmatique. Il est, sur tous les morceaux, époustouflant de justesse, de tendresse, de gravité.

Curtis Clark, au jeu de piano impressionniste, distille ses notes comme on troue le noir et conforte l’installation d’un climat orageux. L’électricité dans l’air, c’est le batteur Michael Thompson, qui semble être comme à son habitude partout à la fois, feu follet  disparaissant ici pour aussitôt renaître là. Et Dennis Gonzalez bien sûr, qui joue si intensément que chaque note semble suspendue… Le trompettiste  est aussi pertinent dans le jeu ostinato (Arbyrd Lumenal) que dans les improvisations les plus libres (Anthem for The Moment).

Enfin, Dennis Gonzalez se pose véritablement comme leader sur cette session, non en occupant le terrain à tout prix mais en donnant une direction et une cohérence esthétiques au disque. Celui-ci s’ouvre par une reprise d'Alzar la Mano de Remi Alvarez (saxophoniste mexicain que Dennis avait invité à jouer avec lui au Vision Festival de New York en 2006) et se clôt par une improvisation collective, Chant de la Fée. Entre les deux, trois longues compositions de Gonzalez et trois courts interludes composés par chacun des trois autres musiciens de cette session. Outre l’équilibre réfléchi qui sous-tend cette musique ruisselante de vie, on retrouve là trois éléments cruciaux du jazz : l’inspiration, l’improvisation et la composition. C’est un disque magistral.

Dennis Gonzalez : A Matter Of Blood (Furthermore Recordings)
Enregistrement : 2008. Edition : 2009.
CD : 01/ Alzar La Mano  02/ Interlude : Untitled  03/ Arbyrd Lumenal  04/ Interlude : Fuzzy’s Adventure  05/ A Matter Of Blood  06/ Anthem For The Moment  07/ Interlude : 30 December  08/ Chant De La Fée
Pierre Lemarchand © Le son du grisli



Robert Wyatt : Radio Experiment Rome, February 1981 (Tracce, 2009)

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En 1981, pour répondre à une carte blanche que lui offrait la radio italienne, Robert Wyatt revoyait ses manières expérimentales de faire : Radio Experiment Rome, February 1981, de faire aujourd’hui état de ses tentatives.

A force d’éclats de voix rivalisant de présence avec un piano ou une guimbarde (aux possibilités sonores élargies par quels traitements), Wyatt construit ici un minimalisme pop entêtant, qui tire sa substance rare d’extraits rapportés d’autres documents radiophoniques ou d’expérimentations ludiques (douceur de la révolution culturelle, dit la voix maltraitée de Revolution Without ‘’R’’ sur d’implacables percussions mises en boucles).

Mais l’exercice est un peu long et voici que la pop en décalage se transforme en à-peu-près sonore, voire mélodique (Born Again Cretin, L’Albero Degli Zoccoli) : suspecter alors le manque d’inspiration, ou encore une facilité de passage prônant le remplissage prêt à donner le change. En conséquence, Radio Experiment vacille, et malgré la poésie singulière (les mots et leur mise en formes) de Robert Wyatt, ne vaut guère davantage que son statut de document.

Robert Wyatt : Radio Experiment Rome February 1981 (Tracce / Orkhêstra International)
Enregistrement : 1981. Edition : 2009.
CD : 01/ Opium War 02/ Heaven Have No Souls 03/ L’Albero Degli Zoccoli 04/ Holy War 05/ Revolution Without “R” 06/ Billy’s Bounce 07/ Born Again Cretin 08/ Prove Sparse
Guillaume Belhomme © Le son du grisli


Phill Niblock : Touch Strings (Touch, 2009)

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Après les instruments à vent (sur le monumental Touch Three, Touch Music, 2006), Phill Niblock investit les cordes afin de bâtir trois nouvelles cathédrales sonores, au matériau de base et au procédé de composition différents. Stosspeng est élaboré à partir de l’accumulation d’échantillons de pulsations des guitare et guitare basse de Susan Stenger et Robert Poss. Poure résulte de l’assemblage de plusieurs couches de violoncelle joué par Arne Deforce et One Large Rose du mixage de quatre pistes correspondant à autant d’enregistrements du Nelly Boyd Ensemble de Hambourg.

Comme d’habitude, les monolithes sonores construits par Niblock ne révèlent toutes leurs subtilités qu’à un très fort volume. C’est ainsi que cette musique communiquant un sens de l’espace sans nul autre pareil exerce le mieux sa force de fascination. Les strates, aux progressions graduelles, enveloppent peu à peu l’auditeur, confronté à un monde de textures aux richesses quasi infinies. La durée des pièces (une heure pour Stosspeng) est essentielle pour imposer à l’auditeur la concentration nécessaire lui permettant de s’immerger dans un univers dont le seul principe serait le son, éternel et absolu.

Phill Niblock : Touch Strings (Touch Music / Metamkine)
Enregistrement : 2006-2007 (Stosspeng), 2008 (Poure, One Large Rose). Edition : 2009.
CD1 : 01-06/ Stosspeng (Susan Stenger et Robert Poss) - CD2 : 01/ Poure (Arne Deforce) 02-06/ One Large Rose (The Nelly Boyd Ensemble, Hambourg)
Jean Dezert © Le son du grisli


Richard Chartier : Untitled (Angle.1) (NonVisual Objects, 2009)

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C’est pour une installation (non intitulée) de l’artiste Linn Meyers que Richard Chartier composa cette pièce d’un peu plus de 36 minutes (non intitulée non plus). Afin d'expliquer la précision entre paranthèses ((angle.1)), voici à quoi ressembe l’œuvre.

Sous cet angle, Richard Chartier trouve le prétexte à poursuivre son questionnement de la stéréo et calque ses lignes électroniques sur celles d’encre que l’on pouvait voir sur les murs. En conséquence, deux œuvres s’associent et entremêlent leurs lacets (ceux de Chartier imbriquant déjà un larsen, une couche sonore horizontale, et des chants de faux criquets). Le disque en ressort diaphane mais impressionnant par la façon qu’il a d’apposer côte à côte des moments de silence (le blanc des murs de Meyers) et des mouvements sonores tout en discrétion. La vérité n’est pas ailleurs que dans cette découverte : le visuel peut s’entendre.


Richard Chartier, Untitled (Angle.1) (extrait). Courtesy of NonVisualObjects.

Richard Chartier : Untitled (Angle.1) (NonVisual Objects)
Edition : 2009
CD : 01/ Untitled (Angle.1)
Pierre Cécile © Le son du grisli


Pierre Berthet : Extended Loudspeakers (Sub Rosa, 2009)

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L’artiste sonore et inventeur d’instruments Pierre Berthet a le don d’enchanter ses spectateurs lors de performances où de subtils dispositifs sont mis en oeuvre. La longue pièce qui constitue ce disque (séparée en pistes pour des raisons pratiques) a été enregistrée dans le cadre d’une exposition à la galerie Z33 à Hasselt (Belgique) et consiste en la cohabitation de différents procédés.

Le premier, le plus sonore au début, correspond à différentes bouteilles accrochées au plafond à la verticale de boîtes de conserve suspendues dans des seaux. Des gouttes d’eau en tombent à des vitesses variées, créant ainsi une rythmique complexe et ondulante. L’utilisation de haut-parleurs prolongés s’immisce peu à peu dans ce flot sonore pour ensuite prendre le dessus. Il s’agit en fait de bidons reliés par un réseau de fils d’acier. Dans un des bidons est placé un haut-parleur sans membrane diffusant du son créé en direct sur laptop (à d’autres occasions, Pierre Berthet peut utiliser des ondes radios, sa voix…) et se propageant par vibration dans les autres réceptacles.

Cette invention électroacoustique extraordinaire donne naissance à des masses sonores mouvantes et subtiles. Une atmosphère de solennité se dégage à l’écoute de ces drones aux variations régulières agissant comme des vagues. Par moments, l’impression d’entendre un orgue fantomatique se fait nettement sentir. En arrière-plan, le goutte-à-goutte des bouteilles, pourvoyeur d’écho, donne de la spatialité à la pièce et s’il s’interrompt vers les trois-quarts de la performance, c’est pour laisser plus de place aux infinies variations des sons issus des haut-parleurs prolongés. Par moments, la machinerie s’emballe et la matérialité du système se laisse deviner par les mouvements du réseau de fils d’acier. Ce disque extraordinaire vient prouver, si besoin en était, que la musique créée ainsi peut vivre en étant détachée de la performance scénique.

Pierre Berthet : Extended Loudspeakers (Sub Rosa / Quatermass / Orkhêstra International)
Enregistrement : 2001. Edition : 2009.
CD : 01/ Part 1 02/ Part 2 03/ Part 3 04/ Part 4 05/ Part 5 06/ Part 6 07/ Part 7
Jean Dezert © Le son du grisli



Nappe, Jean-Marc Montera : Improvised Sound Compositions (PlusMoins, 2009)

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Une face de 33 tours et une seule. Consignées en sillons : deux improvisations de Nappe (Pierre Faure et Christian Malfray) et puis la rencontre du duo avec le guitariste Jean-Marc Montera.

D’abord, deux improvisations de tailles inégales : introduction sur laquelle Nappe confectionne une miniature d’un folk répétitif et pièce principale sur laquelle d’autres notes redites avec insistance par la guitare rivalisent de présence avec un drone et un larsen. A l’arrivée de Montera, un nouveau folklore est mis au jour, plus lointain d’apparence : Inde réinventée et fantasme pris au piège des fils électriques de Malfray. Et lorsque les guitares disparaissent, les suivent les épreuves de musiciens subtils : « Improvised Sound Compositions ».

Nappe, Jean-Marc Montera : Improvised Sound Compositions (PlusMoins / Metamkine)
Edition : 2009.
LP : A1/ Nappe : Improvised Sound Composition1  A2/ Nappe : Improvised Sound Composition 2 A3/ JM Montera / Nappe : Improvised Sound Composition
Guillaume Belhomme © Le son du grisli


Eugene Chadbourne, Dinosaur on The Way (House of Chadula, 1985)

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Que ce soit dit : il y a actuellement une sorte de Sun Ra en liberté qui s'appelle Eugene Chadbourne, et dont l'oeuvre labyrinthique dépasse les limites du raisonnable, de l'humain, et du bon goût. Dinosaur on The Way, comme tous les autres « On The Way » (Pee Wee on The Way, Muppet on The Way...), appartient à la sous-catégorie des « Tape Madness », autrement dit des disques lo-fi du Docteur, qui constituent la partie la plus sale, destroy, cinglée de son œuvre pourtant déjà magnifiquement secouée.

Dès les premières notes, on sait que ça va être sauvage, mais d'une sauvagerie sans doute encore peu égalée par Chadbourne lui-même. Ce qui rend Dinosaur on The Way aussi velu, aussi définitif, aussi apocalyptique, c'est le taux de distorsion, le degré d'incandescence du son, porté à blanc par la flamme alchimique de l'analogique. Le docteur s'excuse sur la pochette pour le magnéto cassettes qui tombe en panne. Et ça s'entend, dans la juxtaposition anarchique des plages, dans ces chansons enfantines passées au hachoir lysergique d'une guitare monstrueuse, dans ce How Can You Kill Me, I'm Already Dead d'anthologie, qui dévaste tout et ne laisse à aucune herbe le loisir de repousser. Chadbourne s'autorise une cavalcade sonique meurtrière, et le son est si cru qu'il nous rappelle qu'avant d'être des citoyens, nous sommes d'abord des carnivores assoiffés de carnage. L'esprit du rock garage est là, le spectre de Jimi Hendrix n'est pas loin et c'est bien dans l'acide que les mains machiavéliques du docteur ont trempé les guitares. Chadbourne abuse également magnifiquement de la reverb analogique, et s'égare parfois tout seul au centre de la chambre à échos. Le reste est une succession de collages dadaïstes, de lambeaux de country réverbérée, de chiens qui aboient, de vent, et de guitares toujours aussi barbelées, tourbillonnantes, en entonnoir. Plus loin, il achève de massacrer les Beatles à coup de pelle (ou de rateau électrique) : While My Guitar Gently Weeps (ou ce qu'il en reste) est la reprise idéale pour se faire interner d'office. Enfin, s'il faut avancer un dernier argument en faveur de ce méchant disque, précisons que sur la liste des musiciens, aux côtés de John Zorn, Kramer, David Licht et Jenny Chadbourne, une des filles du docteur, figurent Charles Manson et le merveilleux Révérend Jim Jones (914 victimes).

Eugene Chadbourne : Dinosaur on The Way (House of Chadula)
Edition : 1985.
CD : 01/ How Can You Kill Me ? 02/ Wiffer Woffer Song 03/ Eugene Stinks 04/ Red Headed Stranger 05/ Greetings From Grenada 06/ Mc Death 07/ She Was a Leaving, Breathing Piece of Dirt 08/ Answer the Phone (?) 09/ Psychology 101 (?) 10/ While My Guitar Gently Weeps 11/ Ghostbusters 12/ Kiowa War Song 13/ Octopus Garden 14/ Her Name Is 15/ They Froze Jones's Brain 16/ Yardbird Suite 17/ Good Lovin' 18/ Nympho Lodge 19/ Eugene Stinks 20/ Who's Gonna Take The Garbage Out ? 21/ Strawberry Fields For Ever 21/ Driftin' Blues.
Arnaud Le Gouëfflec  © Le son du grisli

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Arnaud Le Gouëfflec est écrivain et musicien. Il anime en outre Chadbourneries, blog incontournable pour qui s’intéresse à l’œuvre d’Eugene Chadbourne.


Vandermark, Guy, Sanders : Fox Fire (Maya, 2009)

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En novembre 2008, un trio rare (Ken Vandermark / Barry Guy / Mark Sanders) donnait deux concerts : l’un à Birmingham, l’autre à Leeds ; tous deux retenus maintenant sur Fox Fire.

Ensemble, les trois musiciens réaffirment l’urgence d’un discours qu’ils ne cessent de développer, voire d’élargir, en hommes pressés autant qu'en artistes inspirés. De moments requérant toutes concentrations en emportements faits nécessités, le trio soigne l’expressivité de ses improvisations : les coups secs portés par Sanders sur ses percussions, l’archet d’un Guy velléitaire ou tentateur et les assauts commandés par Vandermark au saxophone ténor ou à la clarinette basse, composent à chaque fois dans de justes proportions. Alors, Fox Fire devient ce vaste espace (deux disques) où se mêlent mélodies intérieures obsessionnelles et divagations à l’allant remarquable. Et souvent abrasif.

Ken Vandermark, Barry Guy, Mark Sanders : Fox Fire (Maya Recordings / Orkhêstra International)
Enregistrement : 2008. Edition : 2009.
CD1 : 01/ Katsina 02/ Up North 03/ Kwingyaw (for T.D-E) 04/ Revontulet 05/ Northern Light – CD2 : 01/ Fuggle 02/ Aquilla 03/ Challenger 04/ Omega 05/ Nugget
Guillaume Belhomme © Le son du grisli


Pascale Labbé : Zûm (Nûba, 2009)

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Ne rien dire ou si peu sur cette voix, sur ce chant. Suggérer qu’ici est peut-être le chant originel, primitif. Un chant oublié. Essentiel. Pas de carbone 14, de fusain, de charbon ou d’argile pour donner preuve. Rien qu’une voix sans rupture, secrète.

Une voix sans calcul. Une voix d’avant le langage et la violence. Une voix qui ne chercherait rien puisque tout est déjà là. En profondeur, dans l’être. Une voix qui dirait l’acte de vivre. Et s’amuserait du raclement, du chuchotement, des écarts. Une voix qui ouvrirait au charme. Une voix qui contemplerait. Une voix qui fuirait le commentaire et le cri. Une voix comme une torche. Essentiellement vitale.

Pascale Labbé : Zûm (Nûba / Orkhêstra International)
Edition : 2009
CD : 01/ Larusfuscus 02/ Anasplatyrhynchos 03/ Hydroprognecaspia1 04/ Aythyamarila  05/  Falcorusticolus 06/ Brantabernicla 07/ Scolopaxrusticola 08/ Porzanaporana 09/ Mergurserrator 10/ Tadornatadornas 11/ Stercorariusparasiticus
Luc Bouquet © Le son du grisli


Cédric Dupire, Gaspard Kuentz : We Don’t Care About Music Anyway (Studio Shaiprod, 2009)

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Les premières minutes du film de Cédric Dupire et Gaspard Kuentz font craindre la mise en scène exagérée : Sakamoto Hirochimi s’adonne au violoncelle dans un bâtiment désaffecté après en avoir arpenté les couloirs, titubant en illuminé. Arrachant de son instrument les premières notes de We Don’t Care About Music Anyway*, il rassure pourtant.

S’ils ne cachent pas leurs intentions de donner à entendre, à voir et même à fantasmer,  le Japon autrement, Dupire et Kuentz soignent dans l’ensemble avec plus de subtilité leurs partis pris musical et graphique. Réunis en société secrète, les sujets, musiciens reconnus voire installés, bavardent sous noirs et blancs : Hirochimi, donc, et puis Otomo Yoshihide, L?K?O, Numb et Saidrum, Takehisa Ken, Yamakawa Fuyuki, Shimazaki Tomoko. Entre les discussions, trouver des extraits de représentations : d’éclats de voix en micro-contacts, de guitares électriques en platines, les musiciens défendent chacun à leurs façons une musique protéiforme, de l’avertissement tardif et du chaos inspiré.

Désenchantés – ou feignant de l’être –, les acteurs convainquent toujours davantage en musiques, replaçant leurs mouvements sur enjeu esthétique quand les images et les discours effleurent quelques fois l’opposition simplissime à une société de consommation frénétique à en perdre toutes ses réalités. Parce que ce genre d’expériences sonores ne peut rien, véritablement, contre cette société-là, We Don’t Care About Music Anyway trouve son importance ailleurs : dans les stériles mais beaux assauts d’artistes aussi fragiles que belliqueux, pour qui la meilleure des défenses sera toujours l’attaque. 

* Au programme des Ecrans documentaires d'Arcueil, le 30 octobre à 22 heures.

Cédric Dupire, Gaspard Kuentz : We Don’t Care About Music Anyway (Studio Shaiprod)
Edition : 2009.
Guillaume Belhomme © Le son du grisli



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