Le son du grisli

Bruits qui changent de l'ordinaire

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A la question : interviewsAu rapport : impressions de concertsEn théorie : l'improvisation par l'écrit : John Butcher & Evan Parker

Charles Tyler : Charles Tyler Ensemble (ESP, 2009)

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Trente-cinq minutes à peine : celles sorties du premier enregistrement de Charles Tyler en leader : en 1966, pour ESP (label pour lequel il enregistra un peu plus tôt en compagnie d’Albert Ayler), aux côtés de Joel Friedman (violoncelle), Charles Moffett (vibraphone), Henry Grimes (contrebasse) et Ronald Shannon Jackson (batterie).

Trente-cinq minutes qui vont à merveille à la concentration et à la précision des musiciens. Ici, aucun lyrisme exacerbé, mais tout, plutôt, dans la miniature et la netteté des traits. Et si l’alto de Tyler rappelle celui d’Ayler l’alter-ego (sur le folk divagant de Lacy’s Out East et le thème opaque de Three Spirits), trouver la singularité dans des arrangements qui font toute confiance aux deux archets (Strange Uhuru) et le jeu répété de disparition / apparition du meneur.

La densité d’une voix dans le déploiement de quatre microcosmes au creux desquels il arrive à Charles Tyler de vociférer un peu, non pour la forme à donner à l’ensemble mais pour la relance toujours indispensable, pour que l’énergie ne s’évapore si ce n’est pour conclure : Black Mysticism pour tout exemple, cette fois. L’alto amortit chacun des soubresauts commandés par Jackson, cédant l’espace aux frénésies de Friedman puis de Grimes, avant d’hurler enfin. Rien qu’une fois, et pour en finir avec les preuves à faire.

Charles Tyler : Charles Tyler Ensemble (ESP / Orkhêstra International)
Enregistrement : 1966. Réédition : 2009.
CD : 01/ Strange Uhuru 02/ Lacy’s Out East 03/ Three Spirits 04/ Black Mysticism
Guillaume Belhomme © Le son du grisli

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Die Enttäuschung : Die Enttäuschung (Intakt, 2009)

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Cette année à Berlin, Rudi Mahall (clarinette basse), Axel Dörner (trompette), Jan Roder (contrebasse) et Uli Jennessen (batterie), se retrouvaient au sein de Die Enttäuschung, rare projet musical donnant son nom à chacun de ses enregistrements.

Die Enttäuschung cinquième du nom voit ainsi Mahall et Dörner évoquer une autre fois le couple Eric Dolphy / Booker Little pour hésiter avec superbe entre bop et free jazz sur quatorze compositions originales. D’unissons turbulents en solos imaginatifs et d’intérêts mélodiques en récréations dissonantes, les musiciens servent une musique habile qui trouve refuge sur ballade (Uotenniw, que signe Jennenssen) après avoir profité de joutes impulsives.

Rappelés sans cesse par le swing – sur Wiener Schnitzel comme partout –, les musiciens décident ici de lui obéir, là de lui jouer un autre tour : procès en latinité fait à un thème prétexte (For Quarts Only), expérimentations instrumentales ou mise à sac de l’entier vocabulaire du jazz en signe factice de mécontentement (Tatsächlich). Un peu de bop encore, contrarié bien sûr dans sa progression, et les membres de Die Enttäuschung peuvent commencer à réfléchir à la suite à donner à leur haute collaboration.

Die Enttäuschung : Die Enttäuschung (Intakt Records / Orkhêstra International)
Enregistrement : 2009. Edition : 2009.
CD : 01/ Rocket in the Pocket 02/ Tja 03/ Uotenniw 04/ Wiener Schnitzel 05/ Salty Dog 06/ For Quarts Only 07/ Tinnef 08/ Tue s nicht 09/ Nasses Handtuch 10/ Tatsächlich 11/ Rumba Brutal 12/ Hopfen 13/ Schienenersatzverkehr 14/ Bruno
Guillaume Belhomme © Le son du grisli

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Eliane Radigue : Vice Versa, etc… / Triptych (Important, 2009)

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Ces deux volumes de travaux d’Eliane Radigue reviennent sur l’avant et l’après découverte par la prêtresse des drones du synthétiseur ARP 2500…

Avant, c'est-à-dire en 1970 lorsqu’elle enregistre Vice Versa, etc… A partir de magnétophones et en jouant de feedbacks, Eliane Radigue investit un champ hypnotique déjà très personnel, vibrant et minimaliste mais d’un minimalisme qui ne met par toutes ses cartes sur le martèlement. A la place, l’auditeur trouve un drone qu’il peut (si l’envie le prend ou la concentration lui vient) effeuiller à loisir jusqu’à ce que l'objet de son étude disparaisse derrière un épais rideau sonore qui ondule à son tour. 

Après, c'est-à-dire en 1978. Cette fois, Eliane Radigue use d’un ARP 500 et tient sur Triptych (une commande de Robert Ashley apprend-on dans les notes de livret) à insuffler à sa musique un peu de spiritualité orientale. Résultat : trois autres grands mouvements se succèdent, aux souffles et vagues graves, aux modulations de plus en plus subversives et enfin aux lignes courbes et soniques. Tout cela est au-delà du méditatif et évidemment… Important !

Eliane Radigue : Vice Versa, etc… (Important Records / Metamkine)
Enregistrement : 1970. Edition : 2009.
CD1 : 01/ Onward 9,5 02/ Onward 19 03/ Onward 38 04/ Onward 76 – CD2 : 01/ Backward 9,5 02/ Backward 19 03/ Backward 38 04/ Backward 76

Eliane Radigue : Triptych (Important Records / Metamkine)
Enregistrement : 1978. Edition : 2009.
CD : 01-03/ Triptych
Pierre Cécile ©Le son du grisli

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Olivier Messiaen : For Onde Martenot and Piano (Rer Recommended, 2009)

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Tout comme Varèse, Olivier Messiaen succomba aux charmes des Ondes Martenot. En conséquence, quelques-uns de ses élèves aussi : N’Guyen Thien Dao, Jacques Charpentier et Tristan Murail, qui signent autant que le maître les compositions pour ondes musicales et piano entendues ici (interprétations de Nadia Ratsimandresy (Art Zoyd) et Matteo Ramon Arevalos).

Où l’on célèbre avant tout l’éternité de Jésus à grands coups d’instrument sortant de l’ordinaire, capable de remplacer le violoncelle sur le quatrième et extatique mouvement du Quatuor pour la fin du temps de Messiaen. Dûs au même, trouver plus loin quelques feuillets inédits (les oscillations mélodieuses sur une progression lente d’accords de piano, et puis démonstratives)  et une Vocalise-Etude impressionniste s’amusant de la paraphrase.

Pour ce qui est des travaux d'élèves, N’Guyen Thien Dao oppose à l’instrument du jour un piano préparé et commande un intéressant duel de sifflements et de notes expédiées ; Jacques Charpentier trahit son intérêt pour l’Inde mais aussi pour les graves enveloppants sur une Suite Karmatique en trois mouvements ; enfin, Tristan Murail – qui a beaucoup écrit pour l’instrument – noie l’onde sous des accords de piano tempétueux. Messiaen et ondes de Messiaen.

Olivier Messiaen et autour de Messiaen : For Onde Martenot and Piano (RER / Orkhêstra International)
Edition : 2009.
CD : 01/ Louange Á l'Éternité De Jésus 02/ Bai Tap 03/ Feuillets Inédits : Presque Lent Et Berceur 04/ Feuillets Inédits : Lent - Modéré 05/ Feuillets Inédits : Bien Modéré - Un Peu Plus Vif - Moderé - Trés Lent 06/ Feuillets Inédits: Lent - Un Peu Plus Vif - Lent 07/ Suite Karnatique 08/ Vocalise-Étude 09/ Tigres De Verre 10/ Louange Á L'immortalité De Jésus
Guillaume Belhomme © Le son du grisli

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Heddy Boubaker : Lack of Conversation (Creative Sources, 2009)

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C’est un solo de saxophone et ce n’en est pas un. Il y a quatre Solitudes, trois Déglutitions et quelques autres petites choses. Tout sauf anodines.

Il y a le cri des souffles, un intérieur rageur et solitaire. Des lignes de fuite sans rebondissements. Des déchirures, des schizes, des ruptures gisantes après le passage salivaire. Il y a une machine-organe déglutissant ses déchets. Heddy Boubaker ne produit pas de son : il les invite et envisage leurs disparitions. On ne voit rien mais on entend tout de ce corps sans image, ce saxophone démembré, tranché. Questionné.

Ici, à nouveau, le chroniqueur peine à dire ce qui se joue. Il peut dire à la rigueur comment ça s’installe, comment ça s’incruste. Il échoue devant la création puisqu’il n’est pas créateur. Ici, humblement, il demande pardon.

Heddy Boubaker : Lack of Conversation (Creative Sources)
CD : 01/ Solitude #1 02/ Solitude #2 03/ Solitude #3 04/ Solitude #4 05/ Radio Saturn 06/ Déglutitions #1 07/ Déglutitions #2 08/ Déglutitions #3 09/ Lack of Conversation
Luc Bouquet © Le son du grisli

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Evan Parker : House Full of Floors (Tzadik, 2009)

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Regroupés en juin dernier autour des micros d’Adam Skeaping (qui enregistra le souffleur dès 1980 dans le solo de Six of One ou le duo From Saxophone & Trombone), Evan Parker (saxophones soprano & ténor), John Russell (guitare) et John Edwards (contrebasse) avaient décidé d’élaborer quelques pièces improvisées en duo et en trio…

Leur association n’est pas sans évoquer à l’amateur le quartet que Mark Sanders complétait il y a une douzaine d’années pour London Air Lift, ou les aventures du saxophoniste avec le grand aréopage d’archets et plectres des Strings with Evan Parker : d’évidence, rares ou proliférantes, les cordes semblent apporter à Parker une force de « soulèvement » (Edwards s’y entend !) et une délicate énergie hirsute (tirée de la guitare épépinée de Russell) que le saxophone vient combiner et froisser en somptueuses gerbes, sans les ébarber. Ces jeux de dynamiques et de vitesses superposées (Full of Floors) convergent dans un étonnant swing antigravitationnel.

Assistant aux séances pour graver un peu de cette musique sur cylindres de cire, Aleks Kolkowski (un des archets – violon alto Stroh – des Kryonics & scie) fut invité à rejoindre le trio sur quelques morceaux : le pavillon du Stroh attirant le soprano vers de nouvelles raucités et la scie déformant l’espace, les esquives et séries de crochets forment une belle capoeira !

Evan Parker : House Full of Floors (Tzadik / Orkhêstra International)
Enregistrement : 2009. Edition : 2009.
CD : 01/ Three of a Kind 02/ Donne’s Banjo 03/ Ca-la-ba-son 04/ Figure Dancing 05/ Aka AK 06/ Kabala-sum-sum-sum 07/ Shown jot 08/ House Full of Floors 09/ Wind Up
Guillaume Tarche © Le son du grisli

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Rodrigo Amado : The Abstract Truth (European Echoes, 2009)

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En 2004, le saxophoniste Rodrigo Amado – entendu récemment auprès de Dennis Gonzalez – fit face à la paire Kent Kessler (contrebasse) / Paal Nilssen-Love, rencontre qu’il publia ensuite sous le nom de Teatro. The Abstract Truth, de donner une suite à la collaboration, datée de l’année dernière.

Sur de courtes pièces, Amado fait face au ténor et au baryton à une section rythmique houleuse qui lui convient toujours : au son du bop défait de Clouds and Shadows, du développement plus concentré d’Enigma of the Arrivals ou du free délicat de The Red Tower, le trio persuade de l’intérêt des retrouvailles. Nilssen-Love et Kessler (encore davantage, notamment lorsqu’il passe à l’archet) n’en finissent plus de provoquer leur hôte et d’élaborer avec lui une musique de tensions et de résistances, d’accrochages et de perturbations gratifiantes. Mais malgré leur force, l’ampleur des gestes de Kessler sur Universe Unmasked ou les coups sévères de Nilssen-Love sur Human Condition ne peuvent pas grand-chose pour faire taire Amado ; au contraire, lui permettent de se faire entendre mieux que jamais.

Rodrigo Amado, Kent Kessler, Paal Nilssen-Love : The Abstract Truth (European Echoes / Instant Jazz)
Enregistrement : 2008. Edition : 2009.
CD : 01/ Intro / The Red Tower 02/ Clouds and Shadows 03/ Human Condition 04/ The Kiss 05/ Universe Unmasked 06/ A Dream Transformed 07/ The Enchanted Room 08/ Enigma of the Arrival
Guillaume Belhomme © Le son du grisli

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Cory Allen : Hearing is Forgetting the Name of the Thing One Hears (Quiet Design, 2009

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Afin de travailler à son nouveau disque, Cory Allen dit avoir adopté une approche « post-structuraliste », citant en référence le travail de l’artiste Robert Irwin, peintre expressionniste abstrait qui optera ensuite pour l'installation.

Si l’on veut filer la métaphore, l’écoute d’Hearing Is Forgetting the Name of the Things One Hears, d’aspects minimaliste et organique, ferait plus encore penser à l’œuvre de Vasarely puisque quelque chose a bien ici à voir avec les arts visuels : les bulles sonores que Cory Allen dispose tout autour de lui par gouttes infimes qui s’engendrent et se répercutent donnent en effet de beaux reliefs à l'enregistrement. 

En sus, le jeune homme ne ménage pas sa peine pour ce qui est de la qualité du son, qui est d’une pureté remarquable et transmue ce qui n’aurait pu être qu’un disque de pop électronique de plus en une plage d’enchantement patiemment dilué. Minimaliste et organique, vous disait-on. [Extraits en écoute]

Cory Allen : Hearing is Forgetting the Name of the Thing One Hears (Quiet Design)
Edition : 2009.
CD : 01/ Hearing is Forgetting the Name of the Thing One Hears
Pierre Cécile © Le son du grisli

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Daniel Caux : Le silence, les couleurs du prisme & la mécanique du temps qui passe (Editions de l’éclat, 2009)

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Loin des dogmes et des poses, Daniel Caux aura travaillé sa vie durant à un œuvre d’amoureux de musique plutôt que de critique, d’honnête promoteur plutôt que de producteur intéressé. Recueil d’articles et d’interviews publiés (dans L’Art Vivant, Musique en jeu, Diapason, Art Press ou encore Le Monde) ou inédits, Le silence, les couleurs du prisme & la mécanique du temps qui passe atteste de l’immense tâche accomplie.

Celle d’un défricheur de première importance, donc, qui tenait à ce que d’autres aillent entendre – assuré qu’il était que ceux-là pouvaient écouter aussi bien que lui – des « Music of Changes » qui trouvèrent sous sa plume les mots assez justes pour être enfin partagées. Au nombre des sujets abordés dans le livre : John Cage, avant toutes choses, puis Minimalistes qu’il aimait appeler « répétitifs » (LaMonte Young, Terry Riley, Steve Reich, Philip Glass, Charlemagne Palestine) ; compositeurs aux intérêts divers (Cornelius Cardew ou Glenn Branca, Gavin Bryars ou John Adams) : musiciens de jazz épris de libertés (Albert Ayler, Sunny Murray, Sun Ra, Milford Graves) ; trois femmes sinon rien (Meredith Monk, Laurie Anderson, Nina Hagen) ; excentriques éternels (Alkan, Leon Thermin, Moondog) ; enfin, musiciens obnibulés par l'électronique (Luc Ferrari, Eliane Radigue, Iannis Xenakis).

La liste est bien sûr incomplète, et il faudra au lecteur de la chronique, s’il veut la compléter, aller voir dans le livre et le disque qui l’accompagne – émission de l’Atelier de Création Radiophonique tirant le portrait de Daniel Caux sous forme d’abécédaire. Là, entendre celui-ci défendre encore Oum Kalsoum ou Urban Sax et s’interroger en compagnie de Luc Ferrari sur la nature oubliée d’un son enregistré, tous deux laissant entendre ici leur plaisir évident. Indispensable.

Daniel Caux : Le silence, les couleurs du prisme & la mécanique du temps qui passe (Editions de l’éclat / Orkhêstra International)
Guillaume Belhomme © Le son du grisli

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Jakob Ullmann : A Catalogue of Sounds (Edition RZ, 2005)

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Jakob Ullmann's A Catalogue of Sounds is a strong contender for my all-time favorite album. This richly detailed 73 minutes piece (performed by violin, viola, cello and ensemble)showcases the impact of absolute subtlety, resetting the ear of the listener to be attuned to the most minuscule gradations and shifts.

While remaining infinitesimally quiet throughout, there is no feeling of limitation ; the variation in texture is so great that nothing ever seems missing or reduced. I've heard several people say that they had forgotten by the end just how quiet overall the piece really is – their perception had recentered itself over the course of listening. The playing is dry and delicate and the recording is exceptional. No detail is lost. Every sound is placed with utmost precision to achieve the total effect which, for me, can only be described as monumentality in tininess.


Jakob Ullmann, A Catalogue of Sounds (extrait). Courtesy of Edition RZ.

CD : Jakob Ullmann : A Catalogue of Sounds 1995-1997 (Edition RZ)
Edition : 2005.
CD : 01/ A Catalogue of Sounds
Vanessa Rossetto © Le son du grisli

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Vanessa Rossetto est peintre et musicienne. Dogs in English Porcelain est son dernier disque produit à ce jour.

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