Le son du grisli

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Rodrigo Amado : The Abstract Truth (European Echoes, 2009)

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En 2004, le saxophoniste Rodrigo Amado – entendu récemment auprès de Dennis Gonzalez – fit face à la paire Kent Kessler (contrebasse) / Paal Nilssen-Love, rencontre qu’il publia ensuite sous le nom de Teatro. The Abstract Truth, de donner une suite à la collaboration, datée de l’année dernière.

Sur de courtes pièces, Amado fait face au ténor et au baryton à une section rythmique houleuse qui lui convient toujours : au son du bop défait de Clouds and Shadows, du développement plus concentré d’Enigma of the Arrivals ou du free délicat de The Red Tower, le trio persuade de l’intérêt des retrouvailles. Nilssen-Love et Kessler (encore davantage, notamment lorsqu’il passe à l’archet) n’en finissent plus de provoquer leur hôte et d’élaborer avec lui une musique de tensions et de résistances, d’accrochages et de perturbations gratifiantes. Mais malgré leur force, l’ampleur des gestes de Kessler sur Universe Unmasked ou les coups sévères de Nilssen-Love sur Human Condition ne peuvent pas grand-chose pour faire taire Amado ; au contraire, lui permettent de se faire entendre mieux que jamais.

Rodrigo Amado, Kent Kessler, Paal Nilssen-Love : The Abstract Truth (European Echoes / Instant Jazz)
Enregistrement : 2008. Edition : 2009.
CD : 01/ Intro / The Red Tower 02/ Clouds and Shadows 03/ Human Condition 04/ The Kiss 05/ Universe Unmasked 06/ A Dream Transformed 07/ The Enchanted Room 08/ Enigma of the Arrival
Guillaume Belhomme © Le son du grisli

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Cory Allen : Hearing is Forgetting the Name of the Thing One Hears (Quiet Design, 2009

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Afin de travailler à son nouveau disque, Cory Allen dit avoir adopté une approche « post-structuraliste », citant en référence le travail de l’artiste Robert Irwin, peintre expressionniste abstrait qui optera ensuite pour l'installation.

Si l’on veut filer la métaphore, l’écoute d’Hearing Is Forgetting the Name of the Things One Hears, d’aspects minimaliste et organique, ferait plus encore penser à l’œuvre de Vasarely puisque quelque chose a bien ici à voir avec les arts visuels : les bulles sonores que Cory Allen dispose tout autour de lui par gouttes infimes qui s’engendrent et se répercutent donnent en effet de beaux reliefs à l'enregistrement. 

En sus, le jeune homme ne ménage pas sa peine pour ce qui est de la qualité du son, qui est d’une pureté remarquable et transmue ce qui n’aurait pu être qu’un disque de pop électronique de plus en une plage d’enchantement patiemment dilué. Minimaliste et organique, vous disait-on. [Extraits en écoute]

Cory Allen : Hearing is Forgetting the Name of the Thing One Hears (Quiet Design)
Edition : 2009.
CD : 01/ Hearing is Forgetting the Name of the Thing One Hears
Pierre Cécile © Le son du grisli

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Daniel Caux : Le silence, les couleurs du prisme & la mécanique du temps qui passe (Editions de l’éclat, 2009)

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Loin des dogmes et des poses, Daniel Caux aura travaillé sa vie durant à un œuvre d’amoureux de musique plutôt que de critique, d’honnête promoteur plutôt que de producteur intéressé. Recueil d’articles et d’interviews publiés (dans L’Art Vivant, Musique en jeu, Diapason, Art Press ou encore Le Monde) ou inédits, Le silence, les couleurs du prisme & la mécanique du temps qui passe atteste de l’immense tâche accomplie.

Celle d’un défricheur de première importance, donc, qui tenait à ce que d’autres aillent entendre – assuré qu’il était que ceux-là pouvaient écouter aussi bien que lui – des « Music of Changes » qui trouvèrent sous sa plume les mots assez justes pour être enfin partagées. Au nombre des sujets abordés dans le livre : John Cage, avant toutes choses, puis Minimalistes qu’il aimait appeler « répétitifs » (LaMonte Young, Terry Riley, Steve Reich, Philip Glass, Charlemagne Palestine) ; compositeurs aux intérêts divers (Cornelius Cardew ou Glenn Branca, Gavin Bryars ou John Adams) : musiciens de jazz épris de libertés (Albert Ayler, Sunny Murray, Sun Ra, Milford Graves) ; trois femmes sinon rien (Meredith Monk, Laurie Anderson, Nina Hagen) ; excentriques éternels (Alkan, Leon Thermin, Moondog) ; enfin, musiciens obnibulés par l'électronique (Luc Ferrari, Eliane Radigue, Iannis Xenakis).

La liste est bien sûr incomplète, et il faudra au lecteur de la chronique, s’il veut la compléter, aller voir dans le livre et le disque qui l’accompagne – émission de l’Atelier de Création Radiophonique tirant le portrait de Daniel Caux sous forme d’abécédaire. Là, entendre celui-ci défendre encore Oum Kalsoum ou Urban Sax et s’interroger en compagnie de Luc Ferrari sur la nature oubliée d’un son enregistré, tous deux laissant entendre ici leur plaisir évident. Indispensable.

Daniel Caux : Le silence, les couleurs du prisme & la mécanique du temps qui passe (Editions de l’éclat / Orkhêstra International)
Guillaume Belhomme © Le son du grisli

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Jakob Ullmann : A Catalogue of Sounds (Edition RZ, 2005)

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Jakob Ullmann's A Catalogue of Sounds is a strong contender for my all-time favorite album. This richly detailed 73 minutes piece (performed by violin, viola, cello and ensemble)showcases the impact of absolute subtlety, resetting the ear of the listener to be attuned to the most minuscule gradations and shifts.

While remaining infinitesimally quiet throughout, there is no feeling of limitation ; the variation in texture is so great that nothing ever seems missing or reduced. I've heard several people say that they had forgotten by the end just how quiet overall the piece really is – their perception had recentered itself over the course of listening. The playing is dry and delicate and the recording is exceptional. No detail is lost. Every sound is placed with utmost precision to achieve the total effect which, for me, can only be described as monumentality in tininess.


Jakob Ullmann, A Catalogue of Sounds (extrait). Courtesy of Edition RZ.

CD : Jakob Ullmann : A Catalogue of Sounds 1995-1997 (Edition RZ)
Edition : 2005.
CD : 01/ A Catalogue of Sounds
Vanessa Rossetto © Le son du grisli

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Vanessa Rossetto est peintre et musicienne. Dogs in English Porcelain est son dernier disque produit à ce jour.

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Colin McLean, Andy Moor : Everything But The Beginning (Unsounds, 2009)

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Anciens partenaires au sein de Dog Faced Hermans, Andy Moor (guitare) et Colin McLean (électronique) improvisaient récemment et régulièrement à Amsterdam auprès de danseurs. Expériences de trois années aujourd’hui résumée sur Everything But The Beginning

De pièces d’un rock bruitiste en illustrations sonores déconstruites, le duo passe ici – c'est-à-dire sur un objet qui ne rend de la chose que le résultat musical – avec plus ou moins d’à-propos. Radicaux dès l’ouverture, Moor et McLean installent une pièce aux velléités magnifiques : le premier travaillant par accumulations de phrases revêches sur le décorum sombre élevé par le second.

Par la suite, le propos se fait saillant d’autres fois (Everything But The Beginning sur répétitions et parasites, The Flower of Fixed Ideas, Waiting for the Angels) quand il ne perd pas en signification : lorsque McLean impose des rythmiques écrasantes à Boats Float on Water et My Electric Dreams – histoire, peut-être, de rassurer les danseurs en présence – ou que le duo se contente de filer une musique expérimentale d’une naïveté stérile (hymne sous brouillage radio et voix minuscules mises en boucle de Cokakeekakaacokakakeeka). Heureusement, reviennent à distance les distorsions : sur le balancement de Rapid Ear Movement, qui emportent presque tout espoir de nouvelles danses possibles.


Colin McLean, Andy Moor, Rapid Ear Movement . Courtesy of Unsounds.

Colin McLean, Andy Moor : Everything But The Beginning (Unsounds / Metamkine)
Edition : 2009.
CD : 01/ Delta Block 02/ Everything But The Beginning 03/ Boats Float on Water 04/ Cokakeekakaacokakakeeka 05/ Rapid Ear Movement 06/ My Electric Dreams 07/ Overdose of Everyday 08/ The Flower of Fixed Ideas 09/ Mingiede 10/ Waiting for the Angels
Guillaume Belhomme © Le son du grisli
 

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Francisco López, Richard Francis : In de Blaauwe Hand (Brombron, 2009)

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C’est à un voyage en capsule jusqu’au centre la terre que nous convient Francisco López et Richard Francis sur In De Blaauwe Hand. De très loin, des vents et des infrabasses arrivent sur les parois du vaisseau qui réagissent difficilement aux diverses pressions : fortes bourrasques, tentations d’aller voir dans des univers parallèles et monochromes, couches sonores vacantes qui rendent le voyage chaotique et la musique qui en découle récalcitrante.

Après avoir été soumis à ces déferlements, l’auditeur ayant embarqué avec López et Francis retrouve un peu de paix. Mais alors que le son se fait moins impressionnant, la question du devenir des voyageurs se pose : auraient-ils été avalés à tout jamais pour être allés trop loin ?

Francisco López, Richard Francis : In De Blaauwe Hand (Brombron / Metamkine)
Edition : 2009.
CD : 01/ In De Blaauwe Hand
Pierre Cécile © Le son du grisli

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Wadada Leo Smith : Spiritual Dimensions (Cuneiform, 2009)

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Dans ce disque, Wadada Leo Smith se livre à de longues improvisations / méditations autour d’un motif mélodique (Al-Shadhili’s Litany of the Sea : Sunrise) ou rythmique (Umar at the Dome of the Rock, parts 1 & 2). Longues à propos, car il faut du temps, et de l’espace, pour que la musique de Wadada Leo Smith se déploie, que la trompette du leader ondoie au gré des vents de son inspiration.

Ces vents là viennent des terres de Miles. Ce dernier semble partout présent, plus comme un esprit inspirant que comme une ombre étouffante. Pour preuve la sonorité aigrelette et le jeu avec le silence qui frappent dans le premier disque, et l’instrumentation choisie dans le second disque. Car cet album est double, et si l’esthétique y est partout la même, les formations qui l’incarnent diffèrent selon les deux disques.

Tout d’abord, le Golden Quintet, qui joue sur le premier disque, témoignage d’un concert donné lors du Vision Festival 2008. On y retrouve le même contrebassiste (John Lindberg) et le même pianiste (Vijay Iyer) que dans le Golden Quartet de Smith. A la place de Shannon Jackson, deux batteurs sont ici conviés (Don Moye et Pheeroan Aklaff) comme pour souligner l’importance du rythme, de la pulsation comme moteurs de la machine et véhicules pour ces voyages dans l’espace (les terres africaines de Umar) ou le temps, comme l’atteste la plongée dans l’époque funky qu’est South Central L.A. Kulture.

Ce morceau charnière, qui clôt le premier disque, est repris en introduction du second, emmené cette fois par une formation plus ample (un nonet) et plus électrique aussi. Pheeroan AkLaff, John Lindberg et Wadada restent pour y accueillir de nombreuses cordes (le violoncelle de la précieuse Okkyung Lee, quatre guitares et une basse électriques) qui, superposées, sur-imprimées telles des aplats de peintures, concourent à créer la pâte sonore de l’orchestre. La batterie, qui émerge de cette pâte liminaire annonce clairement la couleur : celle de rythmes binaires, que Miles empruntait au rock dans les années 70, mais envoyés ici avec une fraîcheur et une urgence qui nous éloignent assez vite de toute tentative de comparaison. Car Wadada joue Wadada et le sillon qu’il creuse depuis tant d’années trouve en ce double disque une belle introduction pour aller plus avant en même temps que l’aboutissement d’une exigeante démarche.

Wadada Leo Smith : Spiritual Dimensions (Cuneiform Records / Orkhêstra International)
Enregistrement : 2008 et 2009. Edition : 2009.
CD1 : 01/ Al-Shadhili’s Litany of the Sea : Sunrise 02/ Pacifica 03/ Umar at the Dome of the Rocks, Part 1 & 2 04/Crossing Sirat 05/ South central L.A. Kulture - CD2 : 01/ South Central L.A. Kulture 02/ Angela Davis 03/ Organic 04/ Joy : Spiritual Fire : Joy
Pierre Lemarchand © Le son du grisli

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Jason Stein : In Exchange for a Process (Leo, 2009)

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Au son de sa seule clarinette basse, Jason Stein – entendu auprès de Ken Vandermark, Keefe Jackson et même en leader – extirpe des morceaux épars d’une intimité expressionniste.

Pas tous galvanisant, puisqu’on sait l’exercice de l’enregistrement en solitaire plutôt difficile sur la longueur d’un disque entier, mais révélant parfois une pratique originale : graves enrobés puis tremblants de Murray Flurry, développements mélodiques embarrassés de Hysterical Eric ou vocalisation exténuante de Fiction for C.G. Des ronds de phrases des premières minutes (évocations évidentes de Dolphy seul au même instrument), Stein se sera laissé dériver au gré d’intentions découvertes sur le vif : souvent accrocheuses,  quelques fois concentrées.

Jason Stein : In Exchange for a Process (Leo Records / Orkhêstra International)
Edition : 2009.
CD : 01/ For the Sake of Edgar Pollard 02/ For Ishan 03/ History Histrionics 04/ Paint By Number 05/ E.P. and Me 06/ Hysterical Eric 07/ Murray Flurry 08/ Temporary Framing of Dr. J 09/ Handmade Chicago 10/ For Peter 11/ Fiction of C.G.
Guillaume Belhomme © Le son du grisli

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David Crowell : Spectrum (Innova, 2009)

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David Crowell est compositeur, saxophoniste et membre du Philip Glass Ensemble. A l’écoute de Point Reyes où il fait se superposer quatre pistes de saxophone, la filiation Reich/Glass est évidente.

Excepté deux improvisations aux souffleries souterraines et inachevées (Long Goodbye, Looking Deeply), la répétition hante joyeusement ce très court Spectrum (30 minutes seulement). Ces répétitions ne sont jamais oppressantes ou stériles et les quatre minutes introductives de Great Wide Open ne tournent jamais à vide. Ici, fluidité et clarté sont de mise et jamais rien ne s’embourbe dans l’obscur et l’abscons. Quant à l’alto du leader, il évacue d’emblée toute tentation de virtuosité au profit d’un phrasé sec et sinueux, fureteur et…joyeusement obsessionnel. Chassez le naturel…

David Crowell Ensemble : Spectrum (Innova / Orkhêstra International)
Edition : 2009
CD : 01/ Happy Nightmare 02/ Point Reyes 03/ Long Goodbye 04/ Great Wide Open 05/ Nectar of Life Part 1 06/ Nectar of Life Part 2 07/ Looking Deeply
Luc Bouquet © Le son du grisli

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Bill Orcutt : A New Way to Pay Old Debts (Palilalia , 2009)

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Durant les années 1990, la guitare incendiaire de Bill Orcutt accompagne les hurlements et le jeu extrême à la batterie de sa compagne Adris Hoyos au sein du groupe de hard core Harry Pussy. Depuis la fin de cette aventure en 1997, les deux activistes sonores ont donné peu de nouvelles. C’est pourquoi cet album solo de Bill Orcutt paraît débarquer de nulle part. Cette impression de singularité est renforcée par l’achèvement stylistique atteint par le guitariste.

En effet, rarement le son d’une guitare acoustique aura paru aussi sauvage, notamment grâce à un accordage particulier et à l’enlèvement des cordes de La et Ré. Si les influences hard core se font toujours sentir, la rugosité du blues d’un Fred Mc Dowell, la recherche de déconstruction adoptée par John Fahey à la fin de sa carrière et l’expressionnisme unique de Derek Bailey semblent avoir marqué Bill Orcutt. Surtout, le guitariste s’intéresse peu aux effets que la technologie pourrait apporter à son jeu. Le son qui résulte d’une telle approche est d’une grande présence physique et prend place dans un espace révélé par divers parasites comme un coup de téléphone, le bruit du trafic…

Souvent, les notes se succédent dans un flux incontrôlé, comme si le musicien luttait avec son instrument. Entièrement investi, Bill Orcutt ne peut s’empêcher d’accompagner ses notes de hurlements bruts. Un album de blues et de fureur qui devrait faciliter toute entreprise cathartique.


Bill Orcutt, My Reckless Parts (extrait). Courtesy of Palilalia.

Bill Orcutt : A New Way to Pay Old Debts (Palilalia Records)
Enregistrement : 2009. Edition : 2009.
LP : A1/ Lip Rich A2/ Sad News from Korea A3/ Pocket Underground A4/ Too Late to Fly B1/ My Reckless Parts B2/ Street Peaches B3/ A New Way to Pay Old Debts B4/ Cold Ground.
Jean Dezert © Le son du grisli

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