Le son du grisli

Bruits qui changent de l'ordinaire


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Sindre Bjerga : New Sounds for Burglar Alarms (Dokuro, 2009)

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Cette fois, la pochette ne permet pas d’en apprendre plus. Ne rien connaître au musicien et ne rien pouvoir lire à son propos avant de mettre l’un de ses disques dans le lecteur est une drôle d’expérience. 

Par la suite, j’apprendrais que Sindre Bjerga – puisqu’il s’agit de lui – est un musicien norvégien amateur d’éditions limitées et de sorties sur CD-R, détail qui me rassure presque autant que m’interpelle le quart d’heure de musique contenu sur ce petit format : des distorsions de toutes sortes forment sur New Sounds for Burglar Alarms un drone complexe. Epais et parfois brouillons, ces « nouveaux sons » ne laissent pas la moindre chance à l’auditeur de décrocher une seule seconde de leur présence frontale. Promené entre des aigus distordus et des graves énormes, l’auditeur semble pourtant contraint d’acquiescer et il arrivera qu’il en redemande même plus rapidement que prévu. Deuxième drôle d’expérience. 

Sindre Bjerga : New Sounds for Burglar Alarms (Dokuro)
Enregistrement : 2005. Edition : 2009
CD : 01/ New Sounds for Burglar Alarms
Pierre Cécile © Le son du grisli

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Mike Shiflet : Supreme Trading (Dokuro, 2009)

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Quelque part en Italie, le label Dokuro produit en petites séries des CD trois pouces qu’il enferme ensuite dans de petites boîtes en plastique. Si le design est soigné, la musique retenue sur les disques est, elle, en général, d’un expérimental grisant.

Ainsi en est-il sur Supreme Trading : pièce signée de l’Américain Mike Shiflet (Scenic Railroad, Noumena) qui expose sans attendre son auditeur à un assourdissant phénomène contre-nature. Emporté par le roulement de grains et de drones divers, celui-ci se voit déposé plus loin dans un décor peint par deux simples notes de synthétiseur. Ces-dernières, ravalées bientôt par le brouhaha avant qu'un groupe de trois sons électriques commandent leur repos et la reprise de toutes respirations.

Mike Shiflet : Supreme Trading (Dokuro)
Enregistrement : 2008. Edition : 2009
CD : 01/ Supreme Trading
Guillaume Belhomme © Le son du grisli

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Robert Van Heumen : Stranger (Creative Sources, 2009)

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Stranger s’inspire de l’étranger de Camus. On y entend de sourdes et lointaines déflagrations et Robert Van Heumen procède par de longs et souterrains uppercuts. Ici, le carcan sonique est flottant et piétiné par des balayages toujours perçants. Une symphonie déséquilibrée et souvent titanesque.

No Man’s Land évoque l’exode qui suivit le krach boursier de 1929. Outre le dispositif électroacoustique de Van Heumen, se glissent ici et là quelques phrases répétitives surgies d’un synthétiseur Korg MS-20. Les figures sont contemplatives et sans ruptures ; des rythmes mécaniques apparaissent par intermittence, le tout laissant à l’auditeur une impression de torpeur soutenue.

Robert Van Heumen : Stranger (Creative Sources / Metamkine)
Edition : 2009 
CD : 01/ Stranger 02/ Boise City, No Man’s Land 03/ A Hard Place to Love 04/ The First Black Duster 05/ The Skies That Brought No Rain, Only Dirt 06/ Killing Animals 07/ Ruth Nell 08/ Black Sunday 09/ Hope 10/ Stranger (ambient)
Luc Bouquet © Le son du grisli

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Brandon LaBelle : Dirty Ear (Errant Bodies, 2008)

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« Un son est un phénomène qui en lui-même n’a ni projet ni intention : juste un pur excès, un horizon sans cesse en mouvement dont la nature diffuse nourrit l’imagination d’idées d’actions futures. » Cette phrase de Brandon LaBelle – à lire dans un texte publié dans un numéro que la revue Art Press 2 consacre à l’ « art des sons » – permet sans trop en dire de dévoiler la nature de Dirty Ear, disque que l’artiste composa en rapprochant des pièces écrites pour une installation, des field recordings et des extraits d’archives sonores personnelles.

Les sons étant partout, LaBelle va et vient sans arrêt de l’un à l’autre : bruits de la rue, souffles de bandes ou d’existences, découpages de chansons anciennes et saillies soudaines d’une batterie ou d’un orgue minuscule. Musical et non musical, expérimental redevable au souvenir mélodique et pièces d’un expressionnisme brut au résultat plus original que ne le sont ses usages. Dans la pièce où Dirty Ear se laisse entendre, accepter alors qu’un enfant joue, insaisissable ou grossièrement concret, mais affairé à construire son horizon.

Brandon LaBelle : Dirty Ear (Errant Bodies / Les presses du réel)
Edition : 2008.
CD : 01/ Home 02/ Parking Lot 03/ Civic Center 04/ Office Building 05/ Closet 06/ Country 07/ Daytime 08/ Classroom 09/ Foreign City
Guillaume Belhomme © Le son du grisli

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Tyshawn Sorey : That / Not (Firehouse 12, 2007)

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Merci au jeune guitariste turco-suisse Yaman Palak de m'avoir fait découvrir ce joyau new-yorkais. Le percussionniste Tyshawn Sorey transmue les sons de la batterie, du piano, du trombone et de la basse, dans un miroir des plus poétiques. Sur le double disque That / Not, la réflexion se situe dans cette région imperceptible qui existe entre “différence” et “similarité”. La question y est le “pourquoi” et le “comment”.

Merci pour la clairvoyance de ces 43 minutes de Permutations for Piano Solo sur cet album enregistré en 2007. La particularité d’une réflexion des plus concentrées et lucides repose dans mon rayonnage de souffles éthérés, où l’on trouve aussi les couleurs de For Bunita Marcus, les blanches vibrations d’Alvin Lucier et les îles imaginaires d’Anthony Braxton.

Tyshawn Sorey : That / Not (Firehouse 12)
Edition : 2007.
CD1 : 01/ Leveled 02/ Template I 03/ Sympathy 04/ Permutations For Solo Piano 05/ Seven Pieces Fo Trombone Quartet 06/ Template II 07/ That/Not Songs - CD2 : 01/ Sacred and Profane 02/ Template III 03/ Four Duos 04/ Cell Block 05/ That's a Blues, Right? 06/ Template IV 07/ Commentary
Hildegard Kleeb © Le son du grisli

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Hildegard Kleeb est pianiste. Interprète de Morton Feldman, Alvin Lucier, Maria de Alvear ou encore Anthony Braxton, elle donnait récemment sur World News sa lecture de thèmes signés Peter Hansen.

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Gianni Lenoci : Ephemeral Rhizome (Evil Rabbit, 2009)

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Improvisateur déjà remarqué aux côtés de Joëlle Léandre, Gianni Lenoci possède un solide bagage classique. Il sait donc comment se construit, se lie, se dramatise une composition. A l’inverse, l’improvisation et ses mille et une cabales se construit parfois sur un si peu qu’il finit par effrayer ceux qui s’en approchent.

Ici, Gianni Lenoci ne synthétise rien mais ne recule devant rien non plus. On pourrait dire de cette musique sans centre ni capitale qu’elle erre avec les fantômes du passé. Qu’elle exagère sa virtuosité, qu’elle s’incline à trop de parois, qu’elle ne tient pas la promesse des obsessions contenues dans les premières notes du disque. A cela, on préférera suivre la seule voie que s’est choisi l’improvisateur : celle de l’instant présent. Un présent qui ne veut (peut) pas oublier le passé et qui pense le futur comme un refus de l’incertain et du vagabondage. Soit une musique qui ne chercherait plus la renaissance puisque l’ayant trouvé depuis longtemps.

Gianni Lenoci : Ephemeral Rhizome (Evil Rabbit)
Enregistrement : 2008. Edition : 2009
CD : 01/ For Robert Helps 02/ Afrika Metropolitaine 03/ In Retrospect 04/ Bluish 05/ Acid Rain 06/ Ephemeral Rhizome
Luc Bouquet © Le son du grisli

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Supernova 2 (Interstellar, 2009)

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Huit ans après le passage d'une première Supernova, le label Interstellar publie une deuxième compilation regroupant des titres d’une sélection intéressante de pourfendeurs de quiétude.

Une face vinyle pour chacun : Bulbul, qui donne avec l’aide d’Heimo Wallner dans une country amatrice de drones et de batterie ravageuse ; Merzbow, qui opte lui pour des déferlantes de sons saturées et un futurisme aux bruits exacerbés ; Peach Pit, au post-rock grapillant un peu partout et néanmoins décevant ; Wolfgang Fuchs, pour terminer, qui compose à partir de bourdons et de crépitements deux grands morceaux répétitifs. Espérons que la suite arrive avant neuf autres années... 

Supernova 2 (Interstellar Records)
Edition : 2009.
10’’ : A1/ Bulbul & Heimo Wallner : Grand Kratzscha B1/ Merzbow : 11339 C1/ Peach Pit : Vertigo C2/ Peach Pit : O Biciklizmu C3/ Peach Pit : Ru-fruitcake2 D1/ Wolfganag Fuchs : Laurenz D2/ Rundschau
Pierre Cécile © Le son du grisli

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Murayama, Ezaki, Kinoshita : Ready'n (Tenseless, 2009)

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Puisque le silence existe avant tout par et dans sa durée, Seijiro Murayama (percussions), Masafumi Ezaki (trompette) et Kazushige Kinoshita (violon), ont pris soin de découper net les trois plages de Ready’n : 40 minutes, 20 autres et puis 10, qui font la remarquable pièce enregistrée à Kobe au printemps 2008.

Le silence, les musiciens en font ici leur espace et leur œuvre. En pointillistes concentrés, ils se succèdent ou se bousculent mais interviennent toujours à distance, dessinant les reliefs d’un domaine de blancs imposants pour savoir laisser filtrer les couleurs qu’ils contiennent : une note de trompette une fois jouée, un frottement de caisse claire évoquant quelques secondes durant une pluie fine tombant sur un toit de papier, le chuchotement de cordes qu’abandonne le violon. 40 minutes, 20 autres et puis 10, possiblement jouables à l’envers : la position du sablier importe peu, puisqu’il ne s’agit plus seulement de temps ni de silence, mais plus concrètement encore d’esprit.

Seijiro Murayama, Masafumi Ezaki, Kazushige Kinoshita : Ready’n (Tenseless Music)
Enregistrement : 2008. Edition : 2009.
CD : 01/ 40:00 02/ 20:00 03/ 10:00
Guillaume Belhomme © Le son du grisli

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Darius Jones : Man'ish Boy (AUM Fidelity, 2009)

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Sur la pochette du premier album du saxophoniste Darius Jones, on voit un jeune Afro-américain à trois visages suivi par une silhouette menaçante. Le trio rassemblé par le musicien (avec Cooper-Moore au piano et au diddley bow et Rakalam Bob Moses à la batterie) produit en effet une œuvre qui peine quelque fois à se détacher de l’ombre de ses figures tutélaires.

C’est que Darius Jones fait ici davantage un travail mémoriel, en évoquant sa jeunesse dans le Sud des Etats-Unis et en rendant audible l’importance du blues et du gospel dans sa formation. La passion lyrique exprimée par le saxophoniste et ses acolytes suffit à intéresser l’auditeur, que ce soit par le biais de ballades chaudes et crépusculaires comme Meekness ou d’improvisations au souffle puissant comme ce nerveux Chasing the Ghost. Pour ce dernier morceau, Cooper-Moore joue du diddley bow, un instrument à une seule corde d’origine africaine dont l’utilisation introduit un groove ravageur. Nul doute que cette œuvre embryonnaire ancrée dans l’histoire de la Great Black Music communiquera joie et énergie aux aficionados du genre.

Darius Jones Trio : Man’ish Boy (A Raw and Beautiful Thing) (Aum Fidelity / Orkhêstra International)
Enregistrement : 27 avril 2009. Edition : 2009.
CD : 01/ Roosevelt 02/ Cry Out 03/ We are Unicorns 04/ Meekness 05/ Salty 06/ Chasing the Ghost 07/ Big Train Rollin’ 08/ Forgive me
Jean Dezert © Le son du grisli

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Gregg Kowalsky : Tape Chants (Kranky, 2009)

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Au prétexte de trouver de l’intérêt à travailler sur le matériau cassette (au moyen de lecteurs et d’enregistreurs de cassettes mais aussi – et quand même – de synthétiseurs analogiques et de microphones variés), Gregg Kowalsky bouda un peu le digital pour édifier Tape Chants.

De concerts (aux airs d’installation sonore) en studio (où le disque a été enregistré), Kowalsky affina ses expériences au point de consigner sur disques un lot de trouvailles électroacoustiques rehaussées d’une drôle d’envie de se mouvoir. Après qu’un décorum brumeux aura été installé, toutefois, d’où jailliront boucles minutieuses et parasites extirpés du monde réel. Quelques soupçons de rythme, ici et là, font tenir l’assemblage et parfont même sa cohésion à coups de contrastes inattendus. Les vignettes expérimentales peuvent alors se désagréger, elles reviendront sous forme de souvenirs pour obéir aux conseils des boucles tenaces de Tape Chants.

Gregg Kowalsky : Tape Chants (Kranky)
Edition : 2009.
CD : 01/ Invocation 02/ I-IV 03/ V 04/ VI-VII 05/ VIII 06/ IX 07/ X-XI
Guillaume Belhomme © Le son du grisli

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