Le son du grisli

Bruits qui changent de l'ordinaire


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Archives des interviews du son du grisli

Nmperign : Ommatidia (Intransitive, 2009)

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Sur Ommatidia, la paire Greg Kelley (trompette) / Bhob Rainey (saxophone soprano) improvise pour la première fois en studio. Le label Intranstive, qui a déjà sorti deux disques de Nmperign, ne cache pas sa satisfaction d’avoir produit l’exception d’une discographie déjà conséquente, dans laquelle ont pu intervenir en invités des musiciens tels que Günter Müller, Andrea Neumann ou Axel Dörner.

Le décors réductionniste planté, parler de l’allure de l’exception : dans laquelle s’ébattent – poussés par une palette d’effets – des souffles longs en structures coudées ou dans laquelle se bousculent de micro compositions bruitistes nées de l’usage expérimental et souvent perturbé que l’on fait ici des instruments. Malgré les multiples façons qu’ils trouvent à dire, Kelley et Rainey élaborent un ouvrage cohérent fait d’éléments sonores complexes et de moments d’insistances sur lesquels le duo agit en répétitif lent. Le dernier de ceux-là finissant en vociférations qui concluent Ommatidia, disque né du passage réussi de Nmperign en studio.

Nmperign : Ommatidia (Intransitive / Metamkine)
Edition : 2009.
CD : 01/ Glass 02/ Variation II 03/ Prey 04/ Fault 05/ Variation V 06/ Dalton
Guillaume Belhomme © Le son du grisli



Little Women : Throat (AUM Fidelity, 2010)

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Non, ce ne sont pas des prises inédites du Machine Gun de Peter Brötzmann qui ouvrent ce décapant Throat mais Little Women, quatuor new-yorkais composé de deux saxophonistes (Travis Laplante, Darius Jones), d’un guitariste (Andrew Smiley) et d’un batteur (Jason Nazary).

Punk-jazz : pour une fois, on pourrait être (presque) d’accord. La guitare cisaille, les métaux sont en ébullition, la batterie pilonne sans discontinuer. Et quand surgissent des unissons de cuivres, ils ne sont qu’angoisse et menace. On l’aura compris : le chaos n’est jamais très loin. Maintenant, un hymne surgit ; contrepoint baroque et sérum fielleux débouchant sur un insolite slow. Puis, très vire, ressurgissent les dissonances, les traumatismes. Chassez le naturel… A vrai dire, Little Women aime à fouiller le chaos, à brutaliser et distancer les bornages. Ce ne sont ni les premiers, ni les derniers à le faire, mais cette messe sonique à écouter très fort de préférence (c’est le groupe qui vous le conseille) ne peut laisser indifférent. C’est bon signe, non ?


Little Women, Throat I (extrait).


Little Women, Throat III (extrait). Courtesy of AUM Fidelity.

Little Women : Throat (AUM Fidelity / Orkhêstra International)
Enregistrement : 2009. Edition : 2010.   
CD : 01/Throat I  02/Throat II  03/Throat IV  04/Throat IV  05/Throat V 06/Throat VI  07/Thraot VII
Luc Bouquet © Le son du grisli


William Parker, Marcello Lorrai : Conversazioni sul jazz (Auditorium, 2010)

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Il faudra d’abord dire que l’Italien de ce livre n’est pas celui, pour ne prendre qu’un exemple, des romans de Bontempelli, soit : est accessible à qui ne pratique pas la langue mais est doué quand même d’un minimum d’entendement. Ensuite, noter qu’il s’agit là d’un long entretien donné par William Parker à Marcello Lorrai, journaliste à qui aucune revue ne peut offrir autant de pages pour un même sujet et scribe qui regretterait sans doute qu’un tel témoignage ne soit pas consigné sur papier.

C’est qu’ici, William Parker revient sur son parcours – passage par le Jazzmobile, formation de l’Aumic Orchestra, interventions au sein de Muntu, de l’Unit de Cecil Taylor ou d’un orchestre emmené par Bill Dixon – et se plaît aussi à raconter dans le détail la journée type d’un lofter new-yorkais dans les années 1970, à évoquer quelques partenaires charismatiques, notamment percussionnistes (Milford Graves, Hamid Drake, Han Bennink) et contrebassistes (Charles Mingus, Peter Kowald, Henry Grimes), ou encore à répondre aux questions touchant à son rapport à la religion (école italienne de journalisme). En une centaine de pages qu’augmente un cahier d’une quarantaine de photos signées Luciano Rossetti, Conversazioni sul jazz peint un William Parker aussi lucide et humble qu’il est imposant.

William Parker, Marcello Lorrai : Conversazioni sul jazz (Auditorium Edizioni)
Edition : 2010.
Guillaume Belhomme © Le son du grisli


Pierre Gerard, Shinkei : Static Forms (Dragon's Eye, 2010)

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On se souvient de l'oiseau de Brancusi coincé en douane américaine : fallait-il le considérer comme une œuvre d'art ? Les douaniers retournent et retournent encore l'oiseau et les étranges bruits qui en sortent semblent être ceux avec lesquels compose Pierre Gerard dans une pièce qu'il dédie justement au sculpteur. Des bruits faibles entourés par le silence le temps que des interrogations naissent sous la casquette des officiers, un embouteillage d’idées partagées entre l’envie de bien faire et le souci affiché de comprendre de quoi il retourne. Ce sont dans ces soupçons que taille Gerard afin de former une abstraction contenant des propositions musicales en devenir et des copiés-collés qui demandent du volume, et pas qu’un peu. 

Une composition non intitulée de David 'Shinkei' Sani – split oblige – suit la première pièce : des notes de piano optent cette fois pour un art concret sur des grésillements malingres ou la rumeur créée par des objets que l'on traîne à terre ou dont on joue. Des tonnerres de pacotille et des vents factices, un grain menaçant et des apparitions d’ordre numérique. Shinkei revient au piano pour finir, et conclut le disque qu’il se partage avec Pierre Gerard, que l’on appelle Static Forms.

Pierre Gerard, Shinkei : Static Forms (Dragon's Eye Recordings)
Edition : 2010.
CD-R : 01/ Pierre Gerard : Wooden Mouldings for the Assembly (to Constantin Brancusi) 02/ Shinkei : Untitled
Héctor Cabrero © son du grisli


Jackie McLean : Let Freedom Ring (Blue Note, 1962)

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Il y a des disques que l'on écoute comme pour remonter à la source (Crescent, John Coltrane), d'autres pour être secoué jusqu'aux tréfonds (Spirits, Albert Ayler), d'autres pour se donner du courage et un coup de sang (Jump Up, Jimmy Lyons), certains pour réparer l'injustice de leur oubli (Scorpio, Arthur Jones), d'autres encore pour sentir l'apaisement d'une solitude transcendée (Minimal Brass, Jacques Coursil).

Et il y a des disques que l'on écoute des années après, simplement pour la joie qu'ils procurent, comme celle de retrouver l'enfance, le retour d'une amitié et les prémices des beaux-jours. Ils nous donnent cette joie simple et profonde, comme une autre définition possible du "swing", cette chose simplement vivante. Quatre hommes au sommet de leur art enregistrent donc ce 19 mars 1962 un disque manifeste en faisant déborder la musique de son cadre établi, McLean magnifiant ce son unique qui faisait toute son individualité, au service d'un bien commun et d'une utopie ici réalisée. Une ballade magnifique signée Bud Powell, trois intenses originaux, et c'est comme si la liberté venait frapper à votre porte. Ni plus ni moins.

Jackie McLean : Let Freedom Ring (Blue Note)
Enregistrement : 1962.
CD : 01/ Melody for Melonae 02/ I’ll Keep Loving You 03/ Rene 04/ Omega
Didier Lasserre © Le son du grisli

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Didier Lasserre est batteur. Le Free Unfold Trio qu'il compose avec Jobic Le Masson et Benjamin Duboc a récemment vu sortir Ballades sur Ayler Records.



Jacques Coursil : Trail of Tears (Emarcy, 2010)

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« Je joue les choses pour que les gens réentendent le bruit du monde. Je joue le cri du monde. Je ne l’ai pas inventé : je suis l’écho de ça. Et je pense que quand on entend le cri du monde, on se reconnaît assez bien dans ma musique. »

Entre 1965 et 1975, Jacques Coursil vit et joue à New York, en pleine effervescence free jazz. Puis il se retire du monde de la musique pour revenir à ses autres passions : la linguistique et la poésie, et s’installe en Martinique. En 2005, le trompettiste décide de relayer à nouveau ce « cri du monde » et Trail of Tears est le troisième disque du revenant. Si le précédent, Clameurs, se faisait l’écho des luttes des esclaves pour la liberté et l’affirmation de la négritude, celui-ci évoque le combat perdu des indiens d’Amérique. Le disque se clôt sur un sidérant Tahlequah, capitale de la nation Cherokee, « sentier des larmes » qui fut le théâtre en 1838 de la déportation de 16000 indiens de Géorgie en Oklahoma, dont 4 000 périrent en route.

Outre la préoccupation de Coursil pour les peuples sacrifiés, ce disque semble concentrer tout l’art du trompettiste. Ce qui marque tout d’abord, c’est sa technique : respiration circulaire, coups de langue, son embrumé dans la lignée d’un Miles Davis, qui concourent à imposer une voix singulière, sans réelle ascendance, ni descendance. Ici, deux groupes sont convoqués. Le premier inclut des musiciens déjà présents sur Clameurs, Jeff Baillard (claviers et arrangements) et Alex Bernard (contrebasse), et développe une musique ample et étale, sur laquelle la trompette de Coursil se pose puis glisse avec majesté. La deuxième formation n’est pas sans rappeler les débuts agités et new yorkais du musicien, et nous offre la présence des grands vétérans Sunny Murray (batterie) et Alan Silva (contrebasse) : la musique y est plus accidentée et sinueuse.

Toute destinée humaine comprend moments de paix et de plénitude comme crises, incertitudes et chaos ; la narration musicale de Jacques Coursil est à l’avenant. Dans les moments de sérénité, la menace guette cependant et c’est au cœur du chaos que l’apaisement surgit soudain. C’est un grand disque que nous offre Jacques Coursil, dont la respiration intime se règle sur le pouls du monde.

Jacques Coursil : Trail of Tears (Emarcy / Amazon)
Edition : 2010.
CD : 01/ Nunna Daul Sunyi 02/ Tagaloo, Georgia 03/ Tahlequah, Oklahoma 04/ The Removal (Act I) 05/ The Removal (Act II) 06/ Gorée 07/ The Middle Passage
Pierre Lemarchand © Le son du grisli


Ogrob : Ein Geisteskranker als Künstler (Ronda, 2009)

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De ses archives, le guitariste Sébastien Borgo (Sun Plexus 2, Micro_Penis) a extrait les pièces d’Ein Geisteskranker als Künstler. Sorties d’un monde où l’usage classique des cordes est en voie de disparition, celles-ci en démontrent dans des champs perturbés.

Avec tact, Ogrob dévoile d’entrée son art du collage bruitiste et glissant sur lequel se bousculent guitares, basses, synthétiseurs et objets, pour distribuer ensuite d’autres de ses travaux d’expérimentation, parfois extraordinaires (7, 8 et 12èmes) parfois plus communs (2 et 5èmes). D’un abstrait mou ici (cordes détendues ou aux sons ralentis pour 11ème), mu par une sorte d’énergie que l’on reconnaît au rock virulent (10ème), ailleurs encore répétitif (4ème), Ogrob se fait assez divers pour être surprenant et assez inventif pour prouver qu'on peut trouver de quoi faire en archives.


Ogrob, Ampoule de Lorenzini. Courtesy of Ronda.

Ogrob : Ein Geisteskranker als Künstler (Ronda / Metamkine)
Enregistrement : 1993-2006. Edition : 2009.
CD : 01/ Psylle 02/ Vous Ne Pourrez Rien Faire Avec Cette Flotte 03/ Geocroiseurs (Solitudes) 04/ 1976 Onde P. 05/ Le Temple Du Rock 06/ Shrapnel 07/ Un Fakir Couché... 08/ ... Sur Une Planche A Clous 09/ Ma Vulnérable Tu Me Jettes Sur Une Autre Planète 10/ 2033 11/ Ampoules De Lorenzini 12/ Kitty'O 13/ Exuvies 14/ Radio Onde Furlane

Guillaume Belhomme © Le son du grisli


Micro_Penis : LP (Doubtful Sounds, 2009)

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Il me faut avouer que parler d'un autre micro pénis que le mien me dérange un peu. Mais puisqu'il s'agit de le recommander chaudement, je fais une exception. Ce Micro_Penis en question est celui que se partage (en plus) une bande d'Alsaciens : Sébastien Borgo, Alexandre Kittel, François Heyer et Claude Spenlehauer

Le début du disque offre une sorte de big beat expérimental. Pour ceux que les saxophones horripilent, il faudra passer son chemin ou trouver tout l'intérêt dans la patte folle de qui bat la mesure. Pour les autres, ils célébreront chaque retour de vents entre les chutes de missiles et des voix de faux fous (= de fous qui savent ce qu'ils font) qu'on a laissé entrer par la porte. On imagine la musique déluré d'un film noir. On pense parfois au Naked City de John Zorn ou à un Urban Sax appeal. Hautement recommandé, comme on dit maintenant.


Micro_Penis, Ouvrez!!!. Courtesy of Doubtful Sounds.

Micro_Penis : LP (Doubtful Sounds)
Edition : 2009.
LP : Ouvrez!!!, Cowboy Revolver, Helikoptr, Horrifils, Western Far West, Kurtz, Arch Lager (entrepôt), Äffe Théâtre, Tzouli Mouli Bouli, Projet Clausewitz 
Pierre Cécile © Le son du grisli


Paul Baran : Panoptic (Fang Bomb, 2009)

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Autour d’un casting très relevé – jugez plutôt : Keith Rowe (guitare  préparée), Werner Dafeldecker (contrebasse, électronique), Rhodri Davies (harpe), Andrea Delfi (percussions) et bien d’autres – Paul Baran s’est inspiré des écrits du philosophe britannique Jeremy Bentham (1748-1832) et du concept de la mondialisation pour mettre en forme ce Panoptic assez étonnant. Inquiets des dangers qui minent la vie des créateurs de tout type et le risque du consensus de masse, le musicien de Glasgow ébauche onze titres globalement réussis, où la surprise et la personnalisation l’emportent sur le conformisme ambiant et la misanthropie facile.

Articulés autour de schémas diversifiés, passant d’une chanson narquoise à un jazztronica qui bat la chamade fusion, les onze titres de l’album parviennent à maintenir une sourde tension d’où émerge une moquerie éperdument inquiète. Jamais, toutefois, ennuyeuse ou déprimante, la musique de Baran invite les expériences de Supersilent à la table de Ghédalia Tazartès, quelque part autour d’un café viennois. A d’autres instants, tels des échappées passablement graineuses, un écho de guitare acoustique préparée ou de piano virevolte autour de murmures électroniques et, le plus souvent, l’âme grinçante des machines imprime sa touche mitoyenne et cohérente. Au-delà de la démarche, qu’il n’est pas nécessaire d’appréhender pour se laisser guider dans les méandres fennesziens qui la parcourent, notre esprit se laisse guider à l’étonnement de sonorités embrigadées dans une compagnie inédite, entre Syd Barrett, John Cage, Chris Corsano et Hauschka. Entre autres repères (toujours) bienvenus.

Paul Baran : Panoptic (Fang Bomb)
Edition : 2009.
CD : 01/ Scotoma Song 02/ Lewitt 03/ Tonefield 04/ Brauzenkeit 05/ The Corrector 06/ Love Under Surveillance 07/ Brauzenkeit (Ekkehard Ehlers mix) 08/ PIN-snipers 09/ To Protest in their Silence 10/ Jackson and Lee 11/ Pomerol
Fabrice Vanoverberg © Le son du grisli


Joëlle Léandre, François Houle, Raymond Strid : Last Seen Headed (Ayler, 2010)

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« Musique libre, ça ne veut rien dire, on n’est pas libre », dit Joëlle Léandre ci-dessous. Alors, quelles sont les « choses » qui changent l’improvisation ? Les partenaires ? Joëlle Léandre a déjà rencontré François Houle (clarinettes) et Raymond Strid (batterie). Les moments ? Ces 9 anciens s’opposeraient-ils vraiment à ceux de ces Last Seen Headed ? Les gestes de chacun et leurs conséquences ? Les combinaisons auxquelles l’instant les oblige ?

Peut-être que l’improvisateur n’est pas libre et peut-être qu’un moment ne diffère pas tellement d’un autre, même si plusieurs mois les sépare. Restent alors le souvenir sur disque : ici, les clarinettes de François Houle adoptant d’autres langages (parallèles établis avec les sonorités du soprano ou de flûtes, diphonie, mirages folkloriques parfois entendus, abstractions diaphanes) ; là, l’archet plongeant de Joëlle Léandre, sa propension à chasser le mièvre qui menace d’un grincement de cordes puis à trouver toujours de nouveaux espaces à investir à trois ; par-dessus, les coups secs de Raymond Strid règlent l’allure ou rétablissent l’équilibre, la ponctuation étouffée pour se montrer efficace en toute discrétion lie la clarinette volage à la contrebasse balayant. Si l’improvisateur n’est pas libre, preuve est donnée ici que sa musique peut encore être différente, même attaché à d'anciens partenaires et même s’il passe avec eux un simple moment de plus devant un public ressemblant.


Joëlle Léandre, François Houle, Raymond Strid, Last Seen Headed I (extrait). Courtesy of Ayler Records.

Joëlle Léandre, François Houle, Raymond Strid : Last Seen Headed (Ayler Records / Orkhêstra International)
Enregistrement : 24 janvier 2009. Edition : 2010.
CD : 01/  Last Last Seen Headed I 02/ Last Seen Headed II 03/ Last Seen Headed III 04/ Last Seen Headed IV 05/ Last Seen Headed V 06/ Last Seen Headed VI 07/ Last Seen Headed VII
Guillaume Belhomme © Le son du grisli



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