Le son du grisli

Bruits qui changent de l'ordinaire

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Interview de Quentin RolletAlan Silva à ParisA paraître : le son du grisli #5
Archives des interviews du son du grisli

Leif Bo Petersen, Theo Rehak : The Music and Life of Theodore “Fats” Navarro (Scarecrow Press, 2009)

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Le 59e volume de la série « Studies in Jazz » des éditions Scarecrow Press s’intéresse dans le détail au parcours de Fats Navarro : chronologique et sans faille.

C’est que Theo Rehak, l’un des auteurs du livre, a commencé ses recherches dès le milieu des années 1960, allant glaner à Key West ses premières informations : origines familiales, parcours d’enfance, avant que commence la chose musicale : intégration du big band d’Andy Kirk (dans lequel Navarro côtoiera un autre trompettiste d’importance : Howard McGhee). Les chapitres se suivent : succession à Dizzy Gillespie dans l’ensemble de Billy Eckstine puis installation à New York (associations avec Illinois Jacquet, Tadd Dameron, Coleman Hawkins, Dexter Gordon), passage par l’orchestre de Lionel Hampton et enregistrements menés en compagnie de McGhee et Dameron. En filigrane, l’héroïne rattrapant tous les efforts.

Leif Bo Petersen, autre auteur du livre et lui-même trompettiste, extirpe du corpus enregistré – discographie forcément réduite (1923-1950) – des solos remarquables, rangés selon les mêmes chapitres. Passionnants, l’hommage et l’enquête ensemble, qui célèbrent une dernière fois la figure du trompettiste sur la scène du Birdland en 1950, auprès d’autres boppers historiques : Charlie Parker, Dizzy Gillespie et Bud Powell.

Leif Bo Petersen, Theo Rehak : The Music and Life of Theodore “Fats” Navarro (Scarecrow Press / Amazon)
Edition : 2009.
Guillaume Belhomme © Le son du grisli



Agnès Palier, Olivier Toulemonde : Crickstraat (FF HHH, 2010)

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C’est par le biais de Rocca (Creative Sources, 2005), que l’on avait découvert l’activité commune des deux Français Agnès Palier (voix) et Olivier Toulemonde (objets acoustiques). Si le duo œuvre également aux côtés du saxophoniste Jack Wright, leur partenariat atteint une plénitude sans équivoque comme l’attestent les quatre pistes de ce nouvel album. Le chant consiste en murmures, grognements, souffles rauques et aigus. Un registre abstrait et pourtant sensible qui répond à merveille aux sons étranges obtenus par Toulemonde à l’aide de son attirail : une table sur des tréteaux, des fouets de cuisine, des bols, des billes, un archet, des pinces…

On ressent une grande qualité d’écoute de la part des deux musiciens qui parviennent à créer une matière mouvante quasi organique. Aucun ne prend le pas sur l’autre, tant ils sont au service d’une poésie du bruit basée sur la retenue, la concentration et l’efficacité du geste. Parfois, un objet chute, de manière délibérée ou pas, cela importe peu, et fait s’immiscer une notion indispensable d’accident et de respiration dans un continuum musical vivant.

Agnès Palier et Olivier Toulemonde : Crickxstraat (FF HHH)
Enregistrement : 2009. Edition : 2010.
CD-R : 01/ 02/
Jean Dezert © Le son du grisli


Mike Shiflet, Daniel Menche : Stalemate (Sonoris, 2009)

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C'est le fruit de la rencontre de deux monstres du drone et de la musique expérimentale bruyante qu’offre le disque Stalemate. Une rencontre en trois temps (aucun titre n'est donné aux morceaux) entre Mike Shiflet (orgue Hammond) et Daniel Menche (electronics). Attention : l’orgue Hammond dont on parle ici n’est pas celui de tout le monde…

Parce que jamais cet instrument n’avait paru aller contre sa nature avec une telle force. Méconnaissable, il est la boîte d’où tout s’ébruite et d’où part la cacophonie : le vrombissement du premier titre / les dérapages incontrôlables et les parasites du deuxième / les infrabasses poignantes et les clusters givrés du troisième et dernier. Le duo nous conduit en trois étapes jusqu’à l’impasse (Stalemate), c'est-à-dire devant le mur du son derrière lequel rien ne peut être envisagé.

Mike Shiflet, Daniel Menche : Stalemate (Sonoris)
Enregistrement : 2007-2008. Edition : 2009.
CD : 01/ 02/ 03/
Pierre Cécile © Le son du grisli


Roscoe Mitchell : Congliptious (Nessa, 2009)

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Philippe Carles compara un jour l’Art Ensemble of Chicago et son « instrumentarium » à un musée d’ethnomusicologie. Si alors nous arpentions les allées du musée de l’AEC, nous trouverions ce disque dans le pavillon dédié à sa préhistoire.

En effet, ce Roscoe Mitchell Art Ensemble est une première mouture de ce qui deviendra un an après (en 1969) l’Art Ensemble of Chicago. Ici, trois des cinq hommes de l’AEC sont en présence. Roscoe Mitchell, donc, accompagné de Lester Bowie et Malachi Favors. Quand il paraît en 1968 sur une galette de vinyle, ce disque se partage sur deux faces : sur la première, les trois hommes offrent chacun une composition de leur cru, en solo ; La deuxième face héberge une longue improvisation collective.

Ainsi, parce que Roscoe Mitchell conçoit son Ensemble comme la rencontre de personnalités singulières et comme l’alchimie résultant de cette rencontre, chacun se présente à l’auditeur, en un solo caractéristique de son propos et annonciateur de l’esprit qu’il insufflera dans le collectif qu’est l’Art Ensemble. C’est Malachi Favors qui débute, et son solo de contrebasse propose un musicien attaché à la tradition et gardien du rythme. Puis Roscoe Mitchell, seul au saxophone alto, en un beau moment d’abstraction, nous rappelle son plaisir à fouler des terres visitées habituellement dans la musique contemporaine. Enfin, le triptyque se referme avec le trompettiste Lester Bowie qui développe déjà un discours empli d’humour et d’extraversion et un indéniable art de la mise en scène.

Le long morceau qui occupe la deuxième face du disque plonge les trois hommes dans le grand chaudron de l’improvisation collective, accompagnés du batteur Robert Crowder. Malgré l’absence des deux compagnons qui les rejoindront un peu plus tard (Joseph Jarman et Don Moye), le son et l’esprit de l’Art Ensemble of Chicago sont déjà là : les « petits instruments » (introduits par Favors), la juxtaposition de séquences-climats plutôt que la cyclique apparition de chorus, les retours à des motifs mélodiques lumineux et des groove entraînants, pour ensuite mieux replonger dans des atmosphères méditatives ou exacerbées… Oui, tout est déjà là.

C’est donc un véritable document que nous avons ici, en même temps, rappelons-le, qu’un superbe disque, conceptuel et charnel, traversé par une joie de jouer qui ne faillit jamais. Comme l’écrivait Terry Martin en Juin 1968, à la sortie du disque : « Vous entendrez beaucoup de choses dans cette musique : sobriété classique et fête dionysiaque, recueillement et tristesse en même temps que cynisme et joie (…) » Enfin, cette réédition CD nous offre deux morceaux inédits, courts, collectifs et énergiques, joués lors de cette même session, qui apparaissent comme une proposition de chaînon manquant et éclairant entre les musiques présentées sur chacune des originelles faces.

The Roscoe Mitchell Art Ensemble: Congliptious (Nessa Records / Instant Jazz)
Enregistrement: 1968. Réédition: 2009.
CD: 01/ Tutankhamen  02/ TKHKE  03/ Jazz Death ?  04/ Carefree-take 3  05/ Tatas-Matoes  06/Congliptious / Old  07/ Carefree-take 1  08/ Carefree-take 2
Pierre Lemarchand © Le son du grisli


The Sealed Knot : And We Disappear (Another Timbre, 2009)

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Moins de quarante minutes enregistrées à Bienne (Suisse) en 2007 : And We Disappear donne une autre fois à entendre Burkhard Beins (percussions, objets), Rhodri Davies (harpe) et Mark Wastell (contrebasse), murmurer ensemble.

En conséquence, naît un monde ou les crépitements valent pour intonation, où les sursauts mesurés anéantissent les aigus perçants dans lesquels la rumeur instrumentale avait failli se fondre. Et puis, deux notes tombent de la contrebasse qui convainquent toutes les expressions d’abonder dans leur sens : Beins frotte plus nettement ses percussions ou traîne ses objets de peur qu’on ne le remarque, l’archet de Wastell insiste aussi et l’e-bow de Davies chante ses lignes flottantes. L’introduction, endurante, a ainsi laissé place à de plus vigoureux jeux de construction et de résonances. Un coup sec sur le cadre d’un tom, au moment adéquat et que l'on n'attendait pas, fera tout disparaître.


The Sealed Knot, And We Disappear (extrait). Courtesy of Another Timbre.

The Sealed Knot : And We Disappear (Another Timbre)
Enregistrement : 2007. Edition : 2009.
CD : 01/ And We Disappear
Guillaume Belhomme © Le son du grisli



Revolutionary Ensemble : Vietnam (ESP, 2009)

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Vietnam est l’acte de naissance discographique du Revolutionary Ensemble. Nous sommes en 1972 et nous en connaissons les remous. Revolutionnary EnsembleVietnam : plus rien ne se cache, tout se dévoile. Parlons plutôt de cette désarmante musique puisque, précisément, c’est ce qu’elle demande : que se désarme le monde.

Un violon (Leroy Jenkins), une contrebasse (Sirone), une batterie (Jerome Cooper). Les cordes sont glissantes chez Jenkins, plus terriennes chez Sirone. Leur musique est une musique de vérité ; entêtante, obsédante. Elle crisse jusqu’à la saturation. Elle est au cœur de la tourmente. D’ailleurs, elle est la tourmente même. Elle sait se dégager des tics de la free music, prendre en compte le silence, inviter des souffles lointains (un harmonica, une flûte, une trompette), creuser la parole, instruire l’attente. Elle est plainte et questionnement. Equilibre et cri.

Elle s’éclipsera cinq ans plus tard puis reviendra en 2005. Aujourd’hui, on le sait, elle s’est éteinte à jamais. Restent les disques, les archives et ce CD ne documentant malheureusement pas l’intégralité du concert (cut violent en fin de disque, prise de son médiocre). Qu’importe : la musique du Revolutionary Ensemble est ici vive, ardente et c’est bien là l’essentiel.

Revolutionary Ensemble : Vietnam (ESP / Orkhêstra International)
Enregistrement : 1972 / Réédition : 2009
CD : 01/Vietnam 1  02/Vietnam 2
Luc Bouquet © Le son du grisli


Lene Grenager : Affinis Suite (+3dB, 2009)

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Violoncelliste norvégienne, improvisatrice dans Spunk ou Lemur, Lene Grenager est également compositrice : c’est pour les sept musiciens de l’Affinis Ensemble (fondé en 1990 et qui, avec un effectif bien moindre, peut à certains égards faire songer à l’Ensemble Modern) qu’elle a élaboré cette suite en six mouvements où alternent tutti, soli et petits regroupements qui explorent sous divers angles (macro et micro structures, rythmes) un matériau circonscrit mais toujours animé.

Si la cinétique est assez « typiquement contemporaine » (jeux efficaces sur les dynamiques, les plans et les timbres), il faut tout de même lui reconnaître d’être bien informée de ce que les méthodes d’improvisation ont mis au jour en matière instrumentale ou scénaristique, et d’en tirer utilement profit. Ainsi le travail d’Arnulf Johansen – hautbois perforant, agile (rappelant les cabrioles d’un Mario Arcari chez Koglmann par exemple) – est-il remarquable et représentatif de l’engagement de cet orchestre à propulsion percussive.

Lene Grenager : Affinis Suite (+3dB)
Edition : 2009.
CD : 01/ Attitude 02/ Duped 03/ Redolence 04/ Intermittent interplay 05/ Fumblemumble 06/ Effect without cause
Guillaume Tarche © Le son du grisli


Tetuzi Akiyama, Gul 3 : Naro's Expedition (Monotype, 2009)

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Le trio suédois Gul 3 s’était par le passé montré convaincant pour arriver à composer dans la lenteur avec des gestes improvisés que le musicien veut souvent secs. Sur Nero’s Expedition, enregistré en 2006, le groupe apparaît aux côtés du guitariste Tetuzi Akiyama.

Alors, les cordes tirées ensemble par Akiyama et Leo Svensson (violoncelle) tracent de longues parallèles avant qu’un parasite sorte d’un ampli, que le saxophone de Johan Arrias propose pour tout discours une faible mélodie inaugurant une série de dérapages sous distorsions : le hic étant que la progression improvisée s’en remet trop aux bruits et aux faibles provocations, décorum stérile sur lequel elle a beau lutter après s’y être laissé aller : elle ne pourra plus rien contre le vide, ne trouvant même pas dans le soudain changement de cap (guitare classique sans effets maintenant et silences insérés) l’opportunité de convaincre enfin. Expédition peu convaincante, croisière sur le Nil bateau.

Tetuzi Akiyama, Gul 3 : Nero’s Expedition (Monotype)
Enregistrement : 2006. Edition : 2009.
A01/ Nero’s Expedition Up the Nile A02/ Failed A03/ The Water Hyacynths B01/ Clogged the River B02/ Denying Nero’s Vessels Passage B03/ Through the Sud of Nubia
Guillaume Belhomme © Le son du grisli


FOURM, Shinkei, Luigi Turra : Clean Forms (Dragon’Eye Recordings, 2009)

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BG Nichols (aka FOURM), David Sani (aka Shinkei) et Luigi Turra présentent sur Clean Forms un travail sonore chacun, qu'ils dédient à des plasticiens chéris.

L'art qui est célébré ici est un art abstrait illustré par les compositions des trois musiciens : des lignes blanches déposées sur des partitions métalliques de la part de FOURM, des craquements électroniques et des enregistrements de la nature encadrés par Shinkei, des dessins à l'encre sympathique pour Luigi Turra. Minimaliste et pastel, la réunion d'artistes produit sans projeter de manifeste commun, et c'est de cette manière qu'elle arrive à séduire.

FOURM, Shinkei, Luigi Turra : Clean Forms (Dragon’Eye Recordings)
CD-R : 01/ FOURM : Seagram Series (for mark Rothko) 02/ Shinkei : Nokori (for Ken Nakazawa) 03/ Luigi Turra : Alluminium Zinc
Edition : 2009. 
Pierre Cécile © Le son du grisli


Mika Vainio : Vandal (Raster Noton, 2009)

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Toujours en pleine forme en solo, Mika Vainio avait marqué le haut de l’échelle discographique 2009 du sceau d’un Black Telephone Of Matter où la condition du silence donnait un sens radical, presque autiste, qui ne souffrait aucune limite atone. Traversé d’expériences soniques fascinantes à la douzaine, le Finlandais signait un disque magistral, très éloigné des variations technoïdes desséchées de son duo Pan Sonic.

Prestigieuse signature du quatrième volet de la série Unun (qui en comptera neuf en tout), Vainio revient vers les beats de ses premières amours sur son nouvel EP Vandal. Totalement à sa place dans l’univers squelettiquement vivace de la maison Raster-Noton, la vision du producteur nordique dessoude les certitudes trop bien ancrées de tous les imitateurs du son de Chemnitz. Machinale et glauque, l’approche de Mika V est réellement troublante. Réunissant en un tour de force poignant décorum industriel, apocalypse blafard, ses quatre tracks d’un impressionnant expressionnisme lugubre conjugue le noir de son encre au rythme d’une déculottée martiale décomplexée et ravageuse et c’est à donner un tournis provocateur et immoral. Oh oui, encore.

Mika Vainio : Vandal EP (Raster-Noton / Metamkine)
Edition : 2009.
CD : 01/ Teutons 02/ Vandals 03/ Goths 04/ Barbarians
Fabrice Vanoverberg © Le son du grisli



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