Le son du grisli

Bruits qui changent de l'ordinaire

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Christina Kubisch à NantesA paraître : le son du grisli #5En librairie : Bucket of Blood de Steve Potts

Jemeel Moondoc : Muntu Recordings (NoBusiness, 2010)

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Des saxophonistes à entendre en lofts new-yorkais dans les années 1970, Jemeel Moondoc ne fut peut être pas le plus original, mais fut sans doute le plus flamboyant. Pour se faire une idée, aller entendre les rééditions par le label NoBusiness des deux disques de son Muntu (First Feeding et The Evening of the Blue Man) et un concert enregistré dans le loft de Rashied Ali. Dans le coffret, un livre accompagne les trois disques.

Dans ce livre, Ed Hazell trace l'histoire de cette ère des lofts et produit même une carte sur laquelle dix-neufs d'entre eux sont indiqués : Artists House d'Ornette Coleman, Studio Rivbea de Sam Rivers, Ali's Alley de Rashied Ali ou The Brook de Charles Tyler... Après l'histoire, un témoignage : celui de Moondoc en personne, qui raconte dans Muntu : The Essay by Jemeel Moondoc son parcours de musicien (fréquentation de Cecil Taylor à Antioch et premier concert sous le nom de Muntu, composé alors d'Arthur Williams, Mark Hennen, William Parker et Rashied Sinan...).

Rashid Bakr remplaçant Sinan, la première mouture du groupe peut enregistrer First Feeding en avril 1977. Le quintette déroule ici un free jazz sec : les imprécations de l'alto s'opposent au lyrisme échevelé de la trompette de Williams, duo en déroute créative pour devoir faire aussi face aux clusters d'Hennen : les accords plaqués ne sont plus des accords, mais les commandes actionnées d'un mécanisme de cordes libres. Enveloppée par les interventions d'un piano radical, l'association joue souvent jusqu'en mai 1978.

Quelques semaines plus tard, un quartette prend la relève : nouveau Muntu dans lequel Parker et Bakr subsistent aux côtés de Moondoc et que le trompettiste Roy Campbell a rejoint. L'enregistrement d'un de ses concerts (St. Marks Church, mars 1979) permettra au saxophoniste d'éditer le deuxième disque du groupe : The Evening of the Blue Men. Ici, une cohésion plus remarquable : l'alto de Moondoc emmène un free davantage attaché au bop qui sied particulièrement à Campbell tandis que Parker ose se faire entendre davantage. Sur Theme for Diane, le discours est, en plus, différent : climatique, flottant, imposant sans être clair dans sa forme, donc altier.

Jusqu'en 1981, la formation donnera d'autres concerts, tournera au Canada et jusqu'en Pologne – concerts parfois enregistrés et produits. Le troisième et dernier disque, choisit plutôt de revenir à un concert donné en trio par Moondoc, Parker et Bakr, chez Rashied Ali en 1975 : Theme for Milford (Mr. Body and Soul) dans une version longue de trente-cinq minutes et sur laquelle l'alto est clair, presque léger. Alors, le trio met en pratique un art de la concision autrement saisissant : les coups de Bakr se font plus retentissants, l'alto s'amuse de clins d'oeil mélodiques lorsqu'il n'est pas emporté par le courant quand Parker démontre d'un savoir-faire instrumental déjà supérieur sur son duo avec le batteur, à entendre en conclusion.

En conclusion, retour au livre : historique des séances de Muntu déposé sur papier – neuf années d'activité intense – qui finit en photos : noirs et blancs de souvenirs de concerts donnés en lofts ou à Groningen en 1980, et quelques affiches (de concerts aussi). Pour qui s'intéresse au jazz créatif de l'époque, inutile de dire que ce coffret s'avère indispensable.

Jemeel Moondoc : Muntu Recordings (NoBusiness)
Edition : 2010.
CD1 : 01/ First Fedding 02/ Flight 03/ The for Milford (Mr. Body and Soul) – CD2 : 01/ The Evening of the Blue Men 02/ Theme for Diane – CD3 : 01/ Theme for Milford (Mr. Body and Soul)
Guillaume Belhomme © Le son du grisli



Him : ん (Hip Hip Hip, 2009)

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Batteur dont la réputation au sein de Rex ou Mice Parade n’est plus à faire, Doug Scharin confronte depuis une quinzaine d’années les genres au sein de son projet personnel Him. Amateur des accidents, ils entrechoquent en une très goûteuse collision les rythmiques chaudes de l’afro beat et du tropicalia, formant un hybride véloce qui joue à saute-moutons avec les Brésiliens de Hurtmold, ainsi que les Japonais Piana et Shugo Tokumaru.

Etrangement intitulé ん – le caractère nippon pour ‘hmmmmm’ – son nouvel essai intègre le groupe du soleil levant qui l’accompagne habituellement. Très réussi en dépit d’une certaine superficialité pas toujours pleinement aboutie, le mariage des cultures entre Orient folk, Occident dub et Afrique beat du disque fait souffler sur les tympans une bouffée de chaleur iconoclaste. Incontestablement le fait d’un esprit qui fait siennes les démarches de Tortoise – on devine là-derrière une réflexion qu’on aimerait quelquefois plus abandonnée dans l’instant (voir les merveilles de Jimi Tenor et du combo africain Kabu Kabu), quelques pépites oscillent allègrement de leur bravoure caribéenne, notamment un Those Who Say gorgé de colliers fleuris qu’on s’enfile sans coup férir. Malgré quelques écarts, dont des soli de guitare pas vraiment utiles (The Hidden Persuaser), on demeure très satisfait par tant de savoir-faire rythmique et d’amour des belles choses pas chiennes.

Him : (Hip Hip Hip)
Edition : 2009.
CD : 01/ In Light 02/ Daisy 03/ Life 04/ Arrows of Time 05/ Nowhere Near 06/ Hideaway 07/ Heaven Knows 08/ Amaoto 09/ Moss 10/ Hikari No Hana 11/ Lemmy
Fabrice Vanoverberg © Le son du grisli


Jacques Demierre : Pièces sur textes (Héros-limite, 2009)

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Musicien intéressé par la linguistique (avouant un faible pour les travaux de Ferdinand de Saussure), Jacques Demierre a déjà interrogé les rapports entre musique, mot et bruits de bouche – One Is Land s’inspirait par exemple des travaux de Robert Lax. Les trois livres-disques emboîtés dans Pièces sur textes le voient poursuivre ses recherches sur trois projets différents qui prennent le texte pour partition : trois livres qui ne se contentent pas de donner à voir ce que l’oreille entend : trois disques dont la musicalité ne sacrifie pas tout à l’expérimentation.

Trois projets, donc : 17, aux mots anglais disposés en colonnes ou nuages et chérissant une abstraction qu’agrémente Laurent Estoppey et Anne Gillot (aux saxophone, flûte et objets) ; The Languages Came First The Country After, que Demierre défend lui-même à la voix en compagnie d’Anne Cardinaud et Vincent Barras, récitation aux entrelacs envoûtants ; Save Our Ship, que la clarinettiste Isabelle Duthoit dispute au vocaliste Christian Kesten, duo jouant sur la lettre encore davantage que sur le mot, association babelisante trouvant enfin refuge sous des formules de souffles et de chuintements.

Comme on revient à une démonstration écrite pour se persuader de ses fondements, il faudra revenir à ces Pièces sur textes, les lire en les entendant et puis sans les entendre, les écouter avec ou sans livre à la main, les laisser filer parmi le reste des mille choses qui vous dépassent sur l’instant. Jusqu’à ce que l’incarnation du sens advienne (en boîte ou autre).

Jacques Demierre : Pièces sur textes (Editions Héros-limite)
Edition : 2009.
CD1 : 17 – CD2 : The Languages Came First The Country After – CD3 : Save Our Ship
Guillaume Belhomme © Le son du grisli


Moore, Shields, Barrabarracuda, Men Who Can’t Love : Trash Sabbatical (Revolver, 2008)

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J’ouvre la boîte à pizza, épaisse, aux couleurs cinglantes, et j’y trouve un 33 tours et deux 45 tours ainsi qu’un collier hawaïen (si l’on peut dire) de facture plastique. La première impression est bizarre, et si l’objet est amusant, il n’est pas franchement soigné. 

Je passe ensuite les disques, en commençant par les plus petits. Sur chacun d’entre eux, Thurston Moore occupe une face entière en compositeur de pure pop (Petite Bone) ou en expérimentateur qui prend sa guitare pour un saxophone (l’excellent Unzipped). Sur les faces B, des exercices de bruits signés Kevin Shields (non pas celui que l’on connaît, mais une autre : Eva Aguila) et une chanson de Barrabarracuda, un groupe qui a cessé d’exister peu après avoir enregistré ce morceau de bass’chant’trash’brut de filles à classer entre Bis et Le Tigre (quand les membres de celui-ci n’avaient pas encore la langue dans leur poche). Pour ce qui est du grand disque noir, Thurston Moore y joue un rock bruyant et esbroufe, la musique est un peu stérile. De l’autre côté, Men Who Can’t Love défendent une pop lo-fi qui aime tellement les racks d’effets qu’ils font une croix sur les mélodies écrites et jouées en début du morceau, sans trouver les moyens de les faire oublier sous le bruit.

Bien sûr, la boîte prend de la place mais on peut télécharger son contenu. D’ailleurs, on dirait que les exemplaires concrets d’origines sont désormais introuvables. Mais sans la boîte, que reste-t-il de l'expérience sonique ? Chronique à part : Vends collier hawaïen de plastique jaune. Prix à débattre (écrire au journal qui fera suivre).

Thurston Moore, Kevin Shields, Barrabarracuda, Men Who Can’t Love : Trash Sabbatical (Revolver)
Edition : 2008.
1xLP + 2x7'' : A01/ Thurston Moore : Unzipped B01/ Kevin Shields : Paved Fury B02/ Kevin Shields : Motor Hands - C01/ Thurston Moore : Petite Bone D01/ Barrabarracuda : Stone Cold Steve Austin at the Cold Stone Creamery - E01/ Thurston Moore : Privy Seals F01/ Men Who Can’t Love : Untitled F02/ Men Who Can’t Love : When Your Nights Get A Little Colder F03/ Men Who Can’t Love : Sunday’s Slave F04/ Men Who Can’t Love : Wynona Ryder Voice Over F05/ Men Who Can’t Love : Untitled F06/ Men Who Can’t Love : Somnilequy
Pierre Cécile © Le son du grisli


Bill Dixon : Tapestries for Small Orchestra (Firehouse 12, 2009)

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De ce free jazz qui n’en était déjà plus quand Cecil Taylor engagea Bill Dixon pour l’enregistrement de Conquistador (Blue Note – 1966), il reste ici toute l’intensité, la trame, la force. Bill Dixon partageait alors avec quelques autres (rares) musiciens (Anthony Braxton et les trop souvent oubliés Marzette Watts et Jacques Coursil) le souci d’entrer en résonance avec autre chose que la fulgurance du jazz. Et ici, on pense bien sûr à Schoenberg, à Webern et à Cage dans la gestion des espaces et des silences. Soit une correspondance imaginaire et pourtant si prégnante entre toutes les musiques chercheuses et questionnantes qui irriguèrent le XXème  siècle.

A l’incandescence du free et à ses plus hautes convulsions, Dixon préféra toujours assembler des matériaux vifs et colorés (Dixon est un peintre de grand talent, ne l’oublions jamais), relier et construire un vrai tissu de relations pour ceux qui en acceptaient le risque. Aujourd’hui ce sont les souffles croisés des trompettistes Taylor Ho Bynum, Rob Mazurek, Graham et Stephen Haynes qui prolongent et amplifient le souffle déchiré et griffé de Dixon d’une douce complicité. Une contrebasse (Ken Filiano), une clarinette basse ou contrebasse (Michel Côté), un violoncelle (Glynis Lomon) et un batteur-vibraphoniste (Warren Smith) complètent admirablement le tableau.

Cette musique est avant tout collective. Elle s’accomplit en de larges unissons ; entre drame et quiétude, densité et épaisseur, timbres et énergies. Elle peut s’amuser à la confrontation des contraires (les lents unissons de cuivres de Phyrgian II vs la scansion soutenue de la batterie) avant de s’unir et de ne plus se lâcher.  Ainsi, de chaque composition-énigme, émerge une histoire forte et aux si fluides contours qu’il ne viendrait à personne l’idée d’en contester la moindre seconde.

Bill Dixon : Tapestries for Small Orchestra (Firehouse 12 / Orkhêstra International)
Enregistrement : 2008. Edition : 2009.
CD1 : 01/ Motorcycle ’66  02/ Slivers  03/ Phyrgian II  04/ Adagio - CD2 : 01/ Allusions I  02/ Tapestries  03/ Durations of Permanence  04/ Innocenza - DVD : 01/ Going to the Center  02/ Motorcycle ’66  03/ Phyrgian II  04/ Durations of Permanence  05/ Motorcycle ’66 (alternate take)
Luc Bouquet © Le son du grisli



Mats Gustafsson : Duo Box Set (Ideal / Kning Disk, 2009)

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Dans une boîte éditée à 99 exemplaires par les labels Ideal et Kning Disk, trois  45 tours portent le nom de Mats Gustafsson (grand collectionneur de disques à qui il doit plaire d’être à l’origine d’objets rares de la sorte).

Le premier disque revient sur la rencontre, en 2004, du saxophoniste et de Fred Lonberg-Holm. Puisque la première face présente un intérêt quelconque (dialogue fade d’un baryton et d’un violoncelle), la seconde brille davantage : duo subtil d’un archet évoluant par à-coups aigus et d’un alto lui emboîtant le pas sur mouvement circulaire. Le deuxième disque (une seule face gravée) présente le même saxophoniste en compagnie d’un autre, baryton lui aussi : Luca Tomasso Mai, dont la prestance n’a que peu à envier à celle de Gustafsson. Ensemble, les deux insistent donc jusqu’à mettre leur instrument commun au seul service d’applats de couleurs, forcément sombres et épais. Pour terminer, Mats Gustafsson et Leif Elggren (musicien qui signe aussi les dessins des trois pochettes) rivalisent de discrétion en un duo cette fois inédit (Kning Disk avait publié les deux premiers 45 tours en petit nombre et séparément) : là, grésillements et râles internes retiennent Gustafsson dans un autre champ d’action, moins tapageur mais menaçant quand même. Un disque blanc pour deux noirs : boîte de carton renforcé, papiers et agrafes.

Mats Gustafsson : Duo Box Set (Ideal Recordings / Kning Disk)
Edition : 2009.
3X7’’ : A01/ But a Cry of Pain Rolls Up a Mountain A02/ And Throws Itself From a Cliff to Crush – B01/ While the Wind Mixes the Playing Cards of Polite Faces – C01/ Mourning Itself Claims More Deaths C02/ Even a Railroad Accident Stammers for Forgiveness
Guillaume Belhomme © Le son du grisli


Sebastiano Meloni, Adriano Orrù, Tony Oxley : Improvised Pieces for Trio (Big Round Records, 2009)

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Cliquets, crécerelles, criquets, c’est Tony Oxley (batterie) ! Associé à Sebastiano Meloni (piano) et Adriano Orrù (contrebasse) dans ces quatorze impromptus du printemps 2008, il creuse l’espace à sa guise, toute solennité bannie : carillons, tôles dansantes, dans un impeccable et gai détachement… L’écoute bienveillante dispensée par le batteur se double d’une indépendance sans obstruction qui semble indiquer une autre aire que le terrain équilatéral souvent loué par les amateurs de triangles post-evansiens.

Si ses partenaires apportent visiblement beaucoup de soin – avec un contrôle parfois bridant mais une certaine tonicité – à la forme de ces saynètes, le propos d’Oxley est plus poétique, suggestif, « lâché ». Il érode ainsi à bon escient et petits coups de burin certaines joliesses, conférant un relief intéressant à l’orbite de ce trio.

Sebastiano Meloni, Adriano Orrù, Tony Oxley : Improvised Pieces for Trio (Big Round Records)
Enregistrement : 2008. Edition : 2010.
CD : 01/ Contrasts 02/ Trio n°1 03/ Improvviso 04/ Trio n°2 05/ Prelude 06/ Trio n°3 07/ Clusters 08/ Ostinato 09/ Vertical n°1 10/ Trio n°4 11/ Vertical suite: solos & trio 12/ Ballad 13/ Vertical Duo 14/ Scherzo
Guillaume Tarche © Le son du grisli


Katherine Young : Further Secret Origins (Porter, 2009)

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Katherine Young, seule au basson. A l’instrument, le grand souvenir reste Karen Borca : Katherine Young doit donc en démontrer – après l'avoir déjà fait quand même auprès de Braxton ici

En introduction, si la note est tenue, elle est aussi tremblante, poussée bientôt par une horde de clefs s’abattant dans son dos et de souffles qui consolident son mouvement – les mécaniques mettent en marche un cœur battant sous le bois. Young tourne ensuite en obsessionnelle sur un folk démembré, joue la carte de l’invocation-répétition avant de s’amuser sur un drone prétexte à loisirs et à Patricia Highsmith.

Plus loin, elle fait plus de cas d’emportements qu’elle sectionne à coups de respirations (expressionnistes presque autant) et conclut son exposé comme elle l’avait commencé : dans la défense d’une note et d’une seule : la langage peut tenir en peu de mots, si l’on insiste bien, à la manière de Katherine Young.

Katherine Young : Further Secret Origins (Porter Records / Orkhêstra International)
Edition : 2009.
CD : 01/ Terra Incognita 02/ Patricia Highsmith 03/ Elevation 04/ For Autonauts, for Travelers 05/ Relief 06/ Some People Say That She Doesn’t Exist 07/ Orbis Tertius
Guillaume Belhomme © Le son du grisli


The d. : D.A.F. (The d., 2009)

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Partie sonore d’un projet artistique global dont la seconde étape consistera en la production de sculptures en verre, The d. est issu de l’imagination, qu’on imagine foisonnante, de l’artiste visuelle française Nathalie Bles. Pour faire simple, le disque est basé sur l’idée même de l’isolement sensoriel et des sonorités fantômes, celles-là même qui permettaient à Charles Manson  d’échanger des messages en prison en vue de préparer des actions de guérilla.

Radicalement furieux – on adhère de tous ses pores ou on rejette de tous ses vaisseaux – D.A.F. (pour Donatien Alphonse François et oui, le marquis de Sade himself) fusionne samples bruyants, poésie vocale, field recordings et compositions originales au sein de deux continuums (Face A et Face B). A l’issue de l’éprouvant parcours qui trace un lien étrange entre le meurtrier de Sharon Tate et l’auteur de Justine ou les malheurs de la vertu, c’est peu dire qu’on est secoué comme mille pruniers plantés en plein épicentre du côté de Port-au-Prince...

The d. : D.A.F. (The d.)
Edition : 2009.
CD : 01/ Face A 02/ Face B
Fabrice Vanoverberg © Le son du grisli


Chicago Underground Duo : Boca Negra (Thrill Jockey, 2010)

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Boca Negra est le cinquième album du Chicago Underground Duo, et le onzième du collectif Chicago Underground, que l’on a pu en outre entendre en trio, en quartet ou en ensemble. Contrairement aux autres réalisations du duo Rob Mazurek / Chad Taylor, ce disque n’a pas été  enregistré à Chicago mais à Sao Paulo, où vit à présent Rob Mazurek. Mais comme à leur habitude, ils nous offrent une musique de composition et d’improvisation mêlées.

Le premier morceau de l’album, Green Ants, nous replonge en 1969, lorsque Don Cherry et Ed Blackwell gravaient Mu. Rob Mazurek, comme Don alors, alterne clameur du cornet et douceur de la flûte, tandis que Chad Taylor, tel Ed Blackwell, se concentre sur les toms de sa batterie pour mieux convoquer les tambours de l’Afrique. Cette filiation se précisera plus tard, lorsque les deux musiciens choisiront de reprendre le thème Broken Shadows, écrit par Ornette Coleman, compagnon de Don et Ed. Le deuxième titre, Left Hand of Darkness, incarne un autre aspect de la musique des deux hommes : la contemporanéité des ambiances créées par l’ordinateur de Chad Taylor. Outre les boucles et traitement sonores habituels, l’usage de l’ordinateur donne au duo la possibilité d’inviter d’autres instruments, et notamment la contrebasse qui permet à certains morceaux (Confliction et Spy on the Floor) de développer de puissants grooves.

Sur la longueur de ce disque, on côtoie au final des morceaux aux ambiances très contrastées, mais organisées avec soin en une suite cohérente. Un grand disque donc, inspiré, réfléchi, et animé surtout par la complicité quasi télépathique qui unit les deux musiciens chicagoans. S’il fallait le démontrer, revenons à Broken Shadows évoqué plus haut. Sur les roulements de tambours prodigués par Chad Taylor, le vibraphone du même et le cornet de Rob Mazurek s’entrecroisent, se pourchassent, se percutent, se complètent, se séparent puis se retrouvent, comme pour recomposer une mélodie fragmentée… Les autres titres sont à l’avenant, «ombres brisées», diffractées,  parvenues heureusement jusqu’à nous.

Chicago Underground Duo: Boca Negra (Thrill Jockey / Amazon)
Enregistrement: 2009. Edition: 2010.
CD: 01/ Green Ants  02/ Left Hand of Darkness  03/ Broken Shadows  04/ Quantum Eye  05/ Confliction  06/ Hermeto  07/ Spy on the Floor  08/ Laughing with the Sun  09/ Roots and Shooting Stars 10/ Vergence
Pierre Lemarchand © Le son du grisli



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