Le son du grisli

Bruits qui changent de l'ordinaire

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Parution : Premier bruit Trente-six échosAu rapport : Festival Le Bruit de la MusiqueParution : le son du grisli #2
A la question : interviewsAu rapport : impressions de concertsEn théorie : l'improvisation par l'écrit : John Butcher & Evan Parker

Sofia Jernberg, Lene Grenager : Crochet (Olof Bright, 2009)

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Sortie de Spunk, la violoncelliste norvégienne Lene Grenager rencontre la jeune chanteuse suédoise Sofia Jernberg par l'entremise de Mats Gustafsson.

Le Crochet résultant, de consigner le dialogue improvisé, souvent âpre mais ravissant, de deux musiciennes comparant leurs langages : de cordes lâchées en cancans et de cris extirpés en pizzicatos butés. Lorsque Jernberg s’étonne de ses propres ressources, Grenager croit faire illusion en prenant soin de frotter les cordes de son instrument. Et quand Grenager claque quelques coups secs sur le bois du même, Jernberg tient la note, en apaisée détachée du tumulte. Or, quelles que soient les apparences, c’est bien ce tumulte qui commande l’ensemble de Crochet, disque qui saisit un auditeur qui aura du mal à s'en défaire. 

Sofia Jernberg, Lene Grenager : Crochet (Olof Bright / Metamkine)
Enregistrement : 2008-2009. Edition : 2009
CD : 01/ Tempo 56 02/ Lichen 03/ The Melody 04/ Shiver 05/ Point and Line 06/ The Other Melody 07/ Made of Glass 08/ Excess 09/ Whistle
Guillaume Belhomme © Le son du grisli

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Machinefabriek, Andrea Belfi : Pulses and Places (Korm Plastics, 2009)

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Initié au tournant de ce siècle, le projet Brombron voit à chaque numéro deux musiciens (ou plus) en résidence au centre culturel Extrapool de Nimègue aux Pays-Bas (le pays se fait une spécialité du genre collaboratif, comme le prouve cette autre excellente série qu’est In The Fishtank sur Konkurrent). Dirigée par le très actif Frans de Waard, patron de l’officine Korm Plastics et maître d’œuvre de l’excellent site musical Vital Weekly, la série est désormais hébergée sur son propre label après l’avoir longtemps chez Staalplaat. Des numéros précédents, on notera notamment la conjugaison des talents de Stephan Mathieu & Ekkehard Ehlers (‘Brombron 2’), Frank Bretschneider & Peter Duimelinks (‘Brombron 10’) ou Felix Kubin & Coolhaven (‘Brombron 11’). Beaucoup de monde, on le voit. Dans la liste, les noms de Francisco López & Richard Francis, récemment chroniqués en ces lieux, et de Machinefabriek & Andrea Belfi  sont totalement à leur place, singulière et indépendante.

Le volume 15 est tout bonnement sensationnel. Musicien électro-acoustique, Belfi s’est déjà fait remarquer sur la maison Häpna, alors qu’au cours des dernières années, Rutger Zuydervelt a présenté un nombre considérable de travaux, certains d’une immense qualité (Marijn, Cello Recycling/Cello Drowning, Weleer). Première union entre les deux artistes, l’Italien principalement aux percussions et le Néerlandais surtout aux guitares et à l’orgue, le disque est remarquable de grondements divers et de drones amadoués à coups de gongs et objets divers. Au cours de quatre morceaux d’anthologie (dont le dernier, à écouter absolument !), la recherche sonore sans failles du duo italo-néerlandais émerveille et subjugue, tant à chaque seconde on a envie de se plonger dans l’instant qui va suivre. Evidemment, pour la farandole d’anniversaire du petit Théo, va falloir penser à autre chose.

Machinefabriek, Andrea Belfi : Brombron 15: Pulses And Places (Korm Plastics / Metamkine)
Edition : 2009.
CD : 01/ Untitled 02/ Untitled 03/ Untitled 04/ Untitled
Fabrice Vanoverberg © Le son du grisli

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Fred Anderson : 21st Century Chase (Delmark, 2009)

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Fred Anderson fêtait récemment ses 80 ans. Pour l’occasion, donnait un concert en trio dans son endroit, le Velvet Lounge, en compagnie du saxophoniste Kidd Jordan, du guitariste Jeff Parker, du contrebassiste Harrison Bankhead et du batteur Chad Taylor. Comme souvent maintenant (et comme il l’avait déjà fait avec Fred Anderson pour Timeless), le label Delmark a choisi de produire le même enregistrement sous forme de CD et de DVD.

Si l’image n’est pas obligatoire (en bonus, le film donne la parole à Henry Grimes), elle permet quand même de suivre les gestes d’Anderson, silhouette à la courbe fière, qui laisse Jordan ouvrir seul la première des deux parties de 21st Century Chase. Déjà, le son est profond, la musique intense et l’ensemble astreignant : impossible à l’auditeur de se détacher du discours ici mis en place, d’autant que l'octogénaire rattrape maintenant son partenaire intempestif. Reste à la fougueuse section rythmique d’accompagner le tout et à Parker de changer rapidement ses premières saillies mièvres en colliers d’aigus autrement convaincants, qu’il destine à sa soudaine coalition avec Jordan, insistant lui aussi dans les hauteurs. La seconde partie du titre verra le guitariste jouer davantage l’incitateur éclairé et mener les musiciens d’expérimental minimaliste en free jazz apothéotique [soumettre un autre adjectif].

En conclusion, Ode to Alvin Fielder, malgré l’hommage, peine à convaincre sur un swing gauche : restent seulement les entrelacs des saxophones ou la solution du retour aux deux premières plages.

Fred Anderson : 21st Century Chase (Delmark / Amazon)
Enregistrement : 2009. Edition : 2009.
CD / DVD : 01/ 21st Century Chase Part 1 02/ 21st Century Chase Part 2 03/ Ode to Alvin Fielder
Guillaume Belhomme © Le son du grisli

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Interview de Chris Corsano

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D’origine américaine, Chris Corsano est un des batteurs les plus talentueux à être apparu ces dernières années. Il fait partie de ces musiciens qui font de l’ubiquité un principe et un art de vivre. De la noise à l’improvisation en passant par le free rock, il s’illustre dans un grand nombre de genres avec une facilité déconcertante. La liste de ses collaborations est éloquente : Thurston Moore, Paul Flaherty, Evan Parker, Joe McPhee, Keiji Haino, Mick Flower, Björk

Quelle a été ta formation musicale et comment en es-tu venu à l’improvisation ? J’ai commencé à jouer de la batterie quand j’avais 14 ans. Au début, j’ai pris quelques leçons, mais elles ne m’ont pas vraiment donné l’impulsion nécessaire. Puis, vers mes 19 ans, j’ai vraiment eu envie de me lancer dans l’improvisation en voyant des concerts de Paul Flaherty (saxophone) avec Randall Colbourne (batterie), de Test, de William Parker (contrebasse).... Ensuite, des groupes comme Ascension, Sun City Girls et pas mal de sorties sur les labels Majora et Siltbreeze (durant la seconde moitié des années 1990) m’ont ouvert les yeux sur la possibilité d’improviser dans un contexte rock/punk ou en tout cas avec des instruments plus souvent utilisés dans le rock. Ce fut une étape importante pour moi, dans le sens où a priori je ne me sentais pas du tout attiré par le fait de jouer du « jazz ».

Tu sembles avoir une relation forte avec le saxophoniste Paul Flaherty. Peux-tu nous rappeler comment tu l’as rencontré et décrire ce qui vous a rassemblé ? Après l’avoir vu jouer avec Randall Colbourne, je suis allé les trouver pour leur acheter quelques disques et leur dire à quel point j’avais aimé le concert. Quelques mois plus tard, je leur ai demandé de jouer lors d’une soirée que j’organisais. Mon groupe faisait la première partie et j’ai donné à Paul un de nos disques, qui était mon premier essai enregistré d’improvisation libre. Il m’a écrit une lettre quelques temps après, et peut-être un an plus tard, il me demandait si je voulais jouer avec lui.

Pourquoi avez-vous nommé un de vos albums The Hated Music (Ecstatic Yod, 2001) ? C’est Flaherty qui en a eu l’idée. Avec Byron Coley (qui a sorti le disque), nous évoquions le peu de chances qu’il récupère l’argent investi dans ce projet. En effet, l’improvisation ne jouit pas d’une bonne couverture médiatique et de nombreux critiques jazz (grand public) n’aiment pas ce genre musical. Flaherty a remarqué que c’était vraiment la musique détestée ce à quoi Byron répliqua que nous tenions notre titre d’album.

Peux-tu citer tes batteurs favoris et dire quelques mots sur ce qu’ils t’ont appris ? Milford Graves, Adris Hoyos, Sean Meehan, Muhammad Ali, George Hurley. Il y en a plein d’autres. Je pense que ce que j’ai appris de tous ces batteurs (et de tous mes musiciens favoris en général) est qu’ils ont tous un son et une approche uniques ainsi qu’un style personnel fort inventif. Je pense aussi qu’ils sont tous au service d’un idéal musical, chacun selon leurs propres conceptions. Ils ne fournissent pas seulement un cadre rythmique, ils se préoccupent tout aussi bien de tons, de textures et de densités. Pour moi, le concept de développement est une part importante de l’improvisation. Si tu réponds toujours de la même manière à une situation donnée, c’est que tu n’improvises pas réellement. J’aime mélanger instruments et approches afin d’essayer de garder les choses nouvelles et inédites.

Cela semble facile pour toi d’aller d’un genre à l’autre (free noise, improv, free jazz…) Dirais-tu que tu as toujours la même approche ou que tu as une idée précise de la façon dont tu abordes chaque style ? Pour moi, tout cela est fait avec la même intention. La musique de chaque groupe révèle les relations entre chaque participant. Ainsi, si je peux compter sur ce que chacun apporte et vice-versa, alors quelque chose d’intéressant peut être créé.

Tu as joué avec Evan Parker et John Edwards récemment. Peux-tu dire quelques mots sur eux ? Par ailleurs, quels sont tes autres projets en cours ? Evan et John sont des incroyables improvisateurs. Les entendre sur disque fut une révélation, les voir en concert fut encore plus frappant et actuellement jouer avec eux me montre encore plus comme ils sont extraordinaires. Cette année, j’ai principalement joué avec Mick Flower (du Vibracathedral Orchestra). J’ai enregistré avec Sir Richard Bishop et Ben Chasny (de Six Organs of Admittance) et, je l’espère, nous devrions faire une tournée en Europe le printemps prochain. Maintenant que je vis à nouveau aux USA, je projette de jouer à nouveau avec des gens comme Paul Flaherty, Bill Nace et Thurston Moore.

Peux-tu citer certains de tes albums favoris ? Récemment, j’ai écouté beaucoup de John Lee Hooker. Sittin’ Here Thinkin’ a été un favori pendant un bon bout de temps. Il y a peu, j’ai écouté le Live at Disobey de Charles Gayle (ndr : Blast First, 1994) et cela m’a aussi beaucoup plu. Enfin, le disque de Group Inerane sur Sublime Frequencies m’a vraiment renversé.

Chris Corsano, propos recueillis en novembre 2009.
Jean Dezert © Le son du grisli

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Jamie Drouin : A Three Month Warm Up (Dragon's Eye, 2009)

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Pour fabriquer A Three Month Warm Up, le Canadien Jamie Drouin a enregistré pendant trois mois les ambiances d'un square de Victoria. Il a ensuite ramené les sons à la maison pour les traiter électroniquement avant d'envoyer le tout à la galerie d'art qui lui avait eu la bonne idée de lui passer commande.

Pour présenter plus concrètement A Three Month Warm Up, on pourrait parler de 77 minutes d'atmosphères compactées et de leurs volutes ouateuses qui vomissent de temps en temps une voix, ou au moins un mirage de voix. Le reste de l'écoute est une exploration de couloirs (atmosphériques eux-aussi) sans fin formant un fantastique labyrinthe suspendu dans lequel n'importe qui sera pris à perdre ses repères, corporels et sonores.

Jamie Drouin : A Three Month Warm Up (Dragon's Eye Recordings)
Edition : 2009.
CD-R : 01/ A Three Month Warm Up
Pierre Cécile © Le son du grisli

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Jacob Anderskov : Agnostic Revelations (Ilk, 2010)

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A l’écoute de ce disque, on a envie de s’emporter, de le louer avec emphase, mais l’emphase est certainement le qualificatif qui sied le moins à ce disque. Pour s’inspirer du titre de l’album, on pourrait dire que la révélation ne naît ici pas de la certitude, mais au contraire du doute. Les musiciens semblent vouloir jouer l’ombre que projettent les mélodies plutôt que leur évidente lumière, l’envers de la partition ou du moins sa partie cachée.

On entend ici une musique de réserve, donc, d’humilité, de mystère, de tâtonnements, de hasards. Une musique du flottement, des possibles, des directions brouillées dans lesquelles est remarquable la concentration avec laquelle les musiciens s’écoutent pour faire progresser la musique par petites touches (Warren Street Setup, Dream Arch).

Jacob Anderskov, pianiste danois, a du beaucoup rêver cette musique avant de proposer à ses trois compagnons américains de l’incarner enfin. Chris Speed, à la clarinette et au saxophone, est impressionnant, d’un bout à l’autre de ce disque, de retenue, d’intériorité serait-on tenté de dire, et le son ample et étale qui le caractérise est ici beau comme jamais (Be Flat and Stay Flat). La section rythmique n’est pas en reste. Tout ce que jouent Gerald Cleaver (batterie) et Michael Formanek (contrebasse) est pertinent : il faut les écouter sur l’intro de Diamonds Are for Unreal People, relancer la machine, être partout à la fois, sans jamais s’imposer inutilement.

La prise de son et la production, supervisées par le pianiste lui-même, sont superbes et concourent à donner à ce disque son unité : pas de brillance mais une matité qui confère à l’ensemble une certaine aura, telle les lointaines lumières que l’on devine à travers un trop épais brouillard.

Jacob Anderskov : Agnostic Revelations (Ilk)
Enregistrement: 2009. Edition: 2010.
CD : 01/ Warren street setup  02/ Be flat and stay flat  03/ Pintxos for Varese  04/ Blue in the face  05/ Diamonds are for unreal people  06/ Solstice 2009  07/ Neuf  08/ Dream arch
Pierre Lemarchand © Le son du grisli

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Charles Gayle : Our Souls (NoBusiness, 2009)

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En juin 2008, Charles Gayle donnait un concert à Vilnius en compagnie de Dominic Duval (contrebasse) et Arkadijus Gotesmanas (percussions) sur invitation de ce dernier, concert reproduit aujourd’hui sur un 33 tours.

S’il débute au piano, c’est au saxophone alto que Gayle marquera le quart d’heure augmenté d’Hearts Cry, rapprochant sans doute ici plus que jamais ses plaintes hautes de celles d’Albert Ayler, pour laisser sinon à Duval et Gotesmanas tout la place à occuper. Retourné au piano, le musicien s'y accroche cette fois, se répète puis élève une montagne de clusters qui s’affaissera jusqu’à devenir déconstruction turbulente (noter ici la belle présence du batteur, à la hauteur de celles de ses illustres partenaires).

Sur l’autre face, Charles Gayle fait preuve à l’alto d’un swing insaisissable que Duval bouscule au son de pizzicatos houleux : alors, l’hymne de Love Changes tourne en boucle avant qu’un free appuyé éloigne de la moindre note toutes tentations mélodiques. A la section rythmique, ensuite, de s’éprendre de swing sur Compassion, pièce changée en morceau d'abstraction à force de prendre des coups : saxophone et piano l’un après l’autre, et comme du fond de la salle, pas fatigués d’en avoir déjà donné beaucoup. Ainsi va Our Souls, qui redit qu’on entend jamais mieux Charles Gayle que véhément et en trio.

Charles Gayle : Our Souls, Live in Vilnius (Nobusiness Records / Instant Jazz)
Enregistrement : 20 juin 2008. Edition : 2009.
LP : A1/ Heart Cry A2/ The Flood B1/ Love Changes B2/ Compassion B3/ Our Souls
Guillaume Belhomme © Le son du grisli

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Musica Viva Festival 2008 (Neos, 2009)

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Incontournable festival de musique contemporaine se tenant à Lisbonne, Musica Viva voit aujourd’hui consacré en coffret sa dernière édition. Six disques reviennent ainsi sur un programme qui relève autant de la perspicacité que de l’invention.

Sur le premier de ceux-là, l’interprétation de Mixtur 2003, pièce électroacoustique de Karlheinz Stockhausen qui confronte orchestre et machines (générateurs d’ondes sinusoïdales, mixeurs, modulateurs). Subtilement, ces dernières s’emparent du discours acoustique, le transforme et impose à l’orchestre de faire avec son œuvre transfigurée. Autres incontournables du genre, Iannis Xenakis et Giacinto Scelsi : le premier évoqué au son d’Antikhton, composition au centre de gravité perdu à force de céder aux mouvements insatiables des cordes ; le second célébré le temps d’Uaxuctum, œuvre sombre tirée d’une légende maya aux allures de vaisseau fantôme moderne, dont le transport est fait de dérives imperceptibles.

La force de Musica Viva, de compter aussi sur l’intérêt que porte le festival aux créations du jour : d’autres cordes égarées sur les boucles intransigeantes du Pilgerfahrten de Chaya Czernowin ; mise au jour d’un appareil ancien (l’armonica, sur une pièce du même nom) par le jeune Jörg Widmann, qui s’amuse des limites de l’instrument avant de le jeter en pâture aux musiciens de l’orchestre.

Un lot d’autres pièces encore – quelques fois moins convaincantes, à l’image de cette symphonie de Karl Amadeus Hartmann –, se raccrochent au wagon d’un contemporain d’atmosphères et d’inquiétudes, et puis le dernier disque revient sur les prestations de l’Ensemble Sheikh Ahmad Tuni et du Trio Chemirani : chants soufis ou percussions iraniennes qui concluent dans l’exaltation la haute rétrospective. 

Musica Viva Festival 2008 (Neos / Codaex)
Enregistrement : 2008. Edition : 2009.
CD1 : Karlheinz Stockhausen, Mixtur 2003 - CD2 : Karl Amadeus Hartmann, Symphonie L'oeuvre ; Aribert Reimann, Cantus ; Jorg Widmann, Armonica ; Matthias Pintscher, Herodiade-Fragmente - CD3 : Iannis Xenakis, Antikhthon ; James Dillon, La Navette ; Beat Furrer, Konzert Fur Klavier Und Orchester ; Giacinto Scelsi, Uzxuctum - CD4 : Chaya Czernowin, Pilgergahrten - CD5 : Kaija Saariaho, Vent Nocturne ; Liza Lim, Ochred String ; Rebecca Saunders, Blue and Gray ; Adriana Holszky, Countdown - CD6 : Traditional Music from Egypt and Persia
Guillaume Belhomme © Le son du grisli

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Cornelius Cardew : Treatise (Hat[Now]Art, 2000)

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Continuellement en guerre contre l’embourgeoisement des musiques d’avant-garde, Cornelius Cardew mettra quatre ans à élaborer Treatise, partition graphique de 193 feuillets. Ne possédant aucune  indication quant à l’instrumentation ou à la durée de son exécution, Treatise proposait de faire éclater la frontière entre musiciens professionnels et amateurs. Si elle ne fut pas toujours comprise en son temps, l’œuvre de Cardew a trouvé aujourd’hui de fidèles défenseurs, parmi lesquels de nombreux combos rock (Sonic Youth) ou électroniques (Formanex).

REPERES
Cornelius Cardew est né le 7 mai 1936 à Winchcombe. Il est mort le 13 décembre 1981 à Londres. A la Royal Academy of Music de Londres, il étudie le piano, le violoncelle et la composition. Il s’intéresse à Schönberg, Webern puis découvre Cage, Stockhausen. En 1958, il obtient une bourse et assiste Stockhausen. A Rome, il étudie avec Petrassi. Il rencontre John Cage et David Tudor. Il expérimente et remet en cause la notation musicale. Un peu plus tard, il élabore des partitions graphiques (Autumn ’60 & Autumn ’61) en vue de libérer l’interprète et d’en faire un musicien libre et non plus inféodé aux dictats des compositeurs. Treatise sera sa plus belle réussite.

Marxiste-léniniste puis maoïste, il crée le Scratch Orchestra dans lequel se retrouvent compositeurs d’avant-garde, étudiants en musique et arts plastiques, employés de bureau. La politique est au centre de la création de ce collectif. C’est à cette période qu’il part en guerre contre l’establishment des musiques d’avant-garde. Il s’éloigne de Cage, critique vertement Stockhausen et publie même l’ouvrage Stockhausen Serves Imperialism. Il confie alors à Daniel Caux : « ce que font Cage et Stockhausen, c’est simplement orienter les jeunes intellectuels et les jeunes musiciens. En fait, ils ne font que tourner en rond. »

Ses partitions graphiques ne rencontrant que peu de succès auprès des seuls musiciens amateurs (elles sont la plupart du temps interprétées par des musiciens d’avant-garde), il crée le Pop Liberation Music, groupe qui flirte avec la musique pop. Il prend fait et cause pour la lutte irlandaise et compose pour piano les Thälmann Variations du nom du militant communiste allemand mort assassiné à Buchenwald en 1943. Il enseigne alors pour survivre et devient professeur de composition à la Royal Academy of Music. Entre 1966 et 1971, il collabore avec Lou Gare, Eddie Prevost et Keith Rowe au groupe AMM et tutoie de ce fait l’improvisation libre. Le 13 décembre 1981, il est renversé dans une rue piétonne de Londres par un chauffard qui ne sera jamais retrouvé. Ses amis n’hésitent pas à parler d’attentat et d’assassinat.

TREATISE
Graphiste dans une maison d’édition, Cornelius Cardew mettra quatre années à finaliser Treatise. Cette partition graphique de 193 pages comprend deux portées toujours vierges en bas de page, la partition graphique située en milieu de page étant toujours partagée par une ligne médiane dont on ne sait s’il s’agit d’une ligne sonore continue ou d’une frontière. On peut ainsi estimer que les idéogrammes dessinés en dessous de cette ligne appartiennent au registre grave et  ceux en dessus au registre aigu (mais très souvent ces mêmes idéogrammes sont à califourchon sur cette même ligne). Les signes utilisent des formes géométriques (cercles, losanges, rectangles…), lignes continues ou brisées et quelques notes ou portées musicales s’y glissent ça et là. Les traits sont épais ou minces, donnant peut-être de ce fait une indication quant au volume auquel ils doivent être joués. La partition se lit de gauche à droite et ne peut se jouer en solo. La seule évidence quant à cette partition me semble être le fait qu’un musicien se doit de choisir une ligne ou une figure à jouer et s’y tenir. Aucun repère harmonique, rythmique n’est ici mentionné mais chacun peut suivre la partie de l’autre et ainsi éviter tout retard ou précipitation. L’improvisation ne me semble pas avoir sa place ici. L’absence d’indication permet à chaque fois une interprétation différente et chacun, musicien confirmé ou simple amateur – voire non musicien –, peut entrer dans cette partition.  De fait, et parce qu’à chaque fois nouvelle, cette œuvre résiste à toute critique. C’est sans doute là, la plus belle réussite du compositeur.

Le 15 février 1998, Art Lange dirige et enregistre pour la première fois l’intégrale de Treatise. En sortiront deux Compact Disc publiés par le label Hat[now]Art. Piano et electronics (Jim Baker), vibraphone et percussions (Carrie Biolo), clarinette et saxophone alto (Guillermo Gregorio), violoncelle (Fred Londberg-Holm), electronics (Jim O’ Rourke) vont façonner une œuvre faite de silences et de perturbations soudaines et glacées. Les interventions, jamais, ne s’incrustent et, de cet éphémère sans cesse remis en question, surgissent des lignes fuyantes ici, des embryons de mélodie là.

Trois ans plus tard et toujours pour le même label, Carrie Biolo, Jim Baker, Fred Londerg-Holm et Lou Mallozi (récitation), interprètent les pages 21 & 22 du Treatise de Cornelius Cardew dans un disque où se retrouvent d’autres œuvres graphiques du compositeurs (Autumn 60 / Material / Octet 61).

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Cornelius Cardew : Treatise (Hat[now]Art 2-122)
Cornelius Cardew : Material (Hat[now]Art 150]
Formanex : Treatise Live in Extrapol (Egbo 02)
Sonic Youth : Goodbye Twentieth Century (SYR 4)

La partition Treatise est éditée par The Gallery Upstairs, Buffalo, New York.
Luc Bouquet © Le son du grisli.

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Jacques Lasry, Bernard Baschet : Chronophagie (Arion, 1969)

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Un vide-grenier, printemps 2009, entre un Carlos (RIP) et du folklore auvergnat (RIP) : Chronophagie, Lasry et Baschet !

C'est carrément concret, de l'électroacoustique mais de l'electoacoustique jouée live !... Ca frotte, ça gratte,ça chante, c'est étonnant !! Au confluent du minimal, du contemporain, du jazz, de l'ambiante, du drone... Tout ça joué sur des structures sonores de cristal, des tôles, des ressorts plus quelques instruments (flûtes, basse, percussions et voix), on jurerais qu'il y a des traitements électroniques....

J'entends sur ce disque des musiciens d'aujourd'hui rechercher des nouveaux paysages, de nouvelles façons de faire... Il y a une difficulté a reconnaître les sons de chaque instrument sur certains passages tellement ils se confondent (voix ou métal / cristal ou flûte), un travail sur la matière sonore magnifique (fréquences pures, souffles, grésillements, craquements aigus,  jeux instrumentaux) : une palette énorme ! Un disque de 40 ans hors du temps!

Jacques Lasry, Bernard Baschet : Chronophagie (Arion)
Edition : 1969.
Christian Malfray © Le son du grisli

nappe

Christian Malfray est musicien. Avec Pierre Faure, il compose Nappe, projet qui a récemment enregistré et vu sortir Improvised Sound Compositions.   

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