Le son du grisli

Bruits qui changent de l'ordinaire

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A paraître : Sorcière, ma mère de Hanns Heinz Ewers & Nurse With WoundInterview de Quentin RolletEn librairie : Pop fin de siècle de Guillaume Belhomme
Archives des interviews du son du grisli

Ural Umbo : - (Utech, 2009)

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Sous le nom d’Ural Umbo, Steven Hess et Reto Mäder (Sum of R) composaient récemment un ouvrage d’un noir intense. Lent toujours, tournant sans cesse autour de trois à quatre notes, fait d’arpèges de guitares distendues aux cordes frôlant en conséquence la rupture et de plaintes sorties de mécanismes infernaux.

De temps à autre, la masse sonore vacille pour laisser apparaître une structure fragile, et puis une batterie subtile retouche le nécessaire, et le macabre de pacotille se fait impérial, accaparant, d'un brouillon malin.


Ural Umbo, The Stumbling Upon Blood And Mercury (extrait).


Ural Umbo, Theme of the Paranormal (extrait). Courtesy of Utech Records.

Ural Umbo : - (Utech Records)
Edition : 2009.
CD : 01/ The Lights Would Stop Flickering 02/ Theme Of The Paranormal Feedback  03/ Förlåta Jag 04/ Voices From The Room Below 05/ Don’t Eat Carrots, My Little Ghost Horse 06/ Stumbling Upon Blood And Mercury 07/ Pendulum Impact Test  08/ Among The Bones 09/ Mathieu 2004-2009
Guillaume Belhomme © Le son du grisli



Nörz : (also known as) acker velvet (Schraum, 2009)

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Commencée dans le noir le plus total, l’improvisation d’Andreas Trobollowitsch à la guitare et à la basse et de Johannes Tröndle au violoncelle (aka Nörz sur (also known as) acker velvet, vous vous y retrouvez ?) prend une tournure pop inattendue. Une sorte d’ambient délavée que le violoncelle soutient de tous ses graves.

Ensuite, le climat est gagné par un buzz (inattendu, lui aussi) qui sonne l’heure des jeux : les jouets sont les jacks, les micros et les amplis / les conséquences sont les sifflements et la réverbération de toutes les expériences et de tous les gestes improvisés. Malgré tout, le duo continue de peindre une atmosphère qui si elle ne brille pas par son originalité parvient à se mêler avec tact à la vie de l’appartement : Also Known As musique d’ameublement…

Nörz : (also known as) acker velvet (Schraum)
Edition : 2009.
CD : 01/ Mo 02/ Su 03/ So 04/ Me 05/ Ra 06/ No 07/ Ka 08/ Li
Pierre Cécile © Le son du grisli


Rodrigo Amado : Motion Trio (European Echoes, 2009)

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Pour Motion Trio, le saxophoniste Rodrigo Amado a choisi d’improviser librement auprès du violoncelliste Miguel Mira et du batteur Gabriel Ferrandini. Quelques notes de ténor suffisent alors à convaincre l’association de composer avec d’adroits moments de free et d’habiles périodes de flottements – recherches concentrées de la note qui pourrait à jamais relancer la machine.

C’est qu’Amado ne tient pas longtemps en place : ainsi, il entame la marche accaparante de Testify! pour l’empêcher bientôt et rouler des mécaniques en compagnie de Mira ; plus loin, l’archet insiste au point d’attiser les penchants pyromanes du ténor (Radical Leaves) quand il agit ailleurs en fournisseur de drones épais. C’est d’ailleurs d’épaisseur dont il est question partout sur Motion Trio : celle de trois sonorités et de leur présence remarquable.

Rodrigo Amado : Motion Trio (European Echoes)
Edition : 2009.
CD : 01/ Language Call 02/ Testify! 03/ Radical Leaves 04/ As We Move... 05/ Ballad 06/ In All Languages
Guillaume Belhomme © Le son du grisli


1000 : Played (Leo, 2009)

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Le phrasé d’alto belliqueux de Jan Klare ne viendrait-il pas en droite ligne d’un certain Zorn (City Forest) ? Et cette harmolodie que l’on sent pointer au début de Panorama, ne lorgne-t-elle pas du côté d’Ornette ? Sans nul doute mais là n’est l’important. L’important, c’est ce qui circule dans ces improvisations et compositions – les unes et les autres se confondant étroitement –, dégagées de toute contrainte harmonique ou rythmique.

Souvent s’y déploient des duos (contrebasse-trompette in City Forest, trompette-batterie in Pavement) ; parfois conversent trompette et saxophone en de chauds échanges (certains découvriront ici le très cappezzien Bart Maris)  tandis que la batterie de Michael Vatcher, en écartant tout risque de surcharge au profit d’une frappe franche et espacée, offre à la musique une totale fluidité. Discret malgré de fréquents dérapages d’archet, l’indispensable Wilbert de Joode ressuscite de bien belles rondeurs, pêchées dans le vif d’un free jazz qui n’est jamais très loin ici. Aucune raison de bouder notre plaisir, et, au contraire, n’ayons qu’un souhait en bouche : que l’aventure continue.

1000 : Played  (Leo Records / Orkhêstra International)
Enregistrement : 2008. Edition : 2009
CD : 01/ City Forest  02/ Panorama (Canzonette)  03/ Museum  04/ Pavement  05/ Fence  06/ Skywalk  07/ Park  08/ Fountain  09/ Warden  10/ Pedestrian
Luc Bouquet ©Le son du grisli


Chris Dadge : The Tangled Woof of Fact (Bug Incision, 2009)

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On entend dire de Chris Dadge qu'il est batteur et qu'il a joué avec quelques musiciens appréciés du grislisite (Mats Gustafsson ou Peter Evans). Bien. Mais quelle meilleure carte de visite que ces solos de batterie rassemblés sur The Tangled Woof of Fact ?

Le label canadien Bug Incision a édité cinquante exemplaires de cette carte de visite : les courts morceaux évoquent parfois des percussions africaines, parfois se contentent du rebond des baguettes sur les toms et leurs cadres. Assez souvent, la folie créatrice fait son oeuvre, rapidement, sèchement. Un genre d'exercices plus ou moins réussis parce que plus ou moins partageables. Sur la couverture du disque, on remarque un chantier de construction : des échaffaudages et des poutres et peut être la structure verticale qui accueillera un futur ascenseur : avant l'heure, l'auditeur le prend, monte et descend, descend et monte, selon l'inspiration de Chris Dadge.


Chris Dadge, The Tangled Woof of Fact (extrait). Courtesy of Bug Incision.

Chris Dadge : The Tangled Woof of Fact (Bug Incision)
Enregistrement : 2008. Edition : 2009.
CD : 01-09/ The Tangled Woof of Fact (1-9)
Pierre Cécile © Le son du grisli



Activity Center : Lohn & Brot (Absinth, 2010)

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Michael Renkel (guitare, machines) et Burkhard Beins (batterie, machines) collaborent régulièrement et depuis plus de vingt ans sous le nom d'Activity Center. Cette année voit paraître Lohn & Brot.

Sur les peaux, des coups pleuvent, toujours aussi subtils, tandis que d’un lot d’objets hétéroclites sortent d’autres râles – pour Renkel, tout est prétexte et source à musique. Le discours percussif et ses extensions (rôle des machines) rivalisent ensuite de présence avec un bourdon tenace ou le grondement de micros que l’on frotte. Souvent, on croit le rythme abandonné et la batterie sans d’autre enjeu que de construire son discours en dehors de tout présupposé rythmique : mais sitôt que l’on pense le rythme abandonné, voici qu’il refait surfaces : qui partout vous entourent puis vous enferment en écrins de tumultes. Attendre alors la prochaine dilution. 


Activity Center, Produkt (extrait). Courtesy of Absinth Records.

Activity Center : Lohn & Brot (Absinth / Metamkine)
Enregistrement : 2009. Edition : 2010.
CD : 01/ Arbeit : Material 02/ Passage 03/ Zone : Produkt 04/ Transit 05/ Station : Prozess
Guillaume Belhomme © Le son du grisli


Burton Greene : Live at the Woodstock Playhouse 1965 (Porter, 2010)

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Quelques mois plus tard, Dave Grant et Tom Price, remplaceront Rashied Ali pour l’enregistrement de Burton Greene Quartet (ESP 1024). Pour l’heure, c’est le solide Reggie Johnson qui remplace Henry Grimes. Nous sommes en 1965 et le quartet de Burton Greene joue au Woodstock Playhouse.

Après Tree Theme II, ¾ assez quelconque mais idéal pour se mettre en selle, voici Cluster Quartet II. Et de cluster, il en est fortement question quand vers la cinquième minute, Greene en déverse un ; démesuré, fielleux, belliqueux. A cette époque, le jeu du pianiste est sec, houleux, aiguisé. En ce sens, il s’oppose au jeu d’abondance de Rashied Ali. Marion Brown, lui, n’est que torsades, harmonies grisantes, herbes folles, crochets fulgurants et forme avec le batteur un couple irradiant (Cluster Quartet II).

Longue plage improvisée, Like It Is nous dit tout de la liberté de ce jazz-là : solos emportés, intensité des échanges, fièvre du dire. On en oublierait presque un bruit parasite, perturbant parfois l’audition de cette très précieuse pépite.

Burton Greene : Live at the Woodstock Playhouse 1965 (Porter Records / Orkhêstra International)
Enregistrement : 2005. Réédition : 2010   
CD : 01/Tree Theme II  02/Cluster Quartet II  03/Like It Is
Luc Bouquet © Le son du grisli


Jason Kahn, Ryu Hankil : Circle (Celadon, 2009)

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Tapotée du bout des doigts ou par quelque ailette, une poétique sonnerie de passage à niveau, de nouveau bientôt tirée vers l’abstraction, signe la présence de Jason Kahn (perc., mix., contact mic., radio) dans le continuum qu’il tisse ici, sur deux disques, avec Ryu Hankil (clockworks, mix., contact mic., devices).

Si la marque de fabrique de ce dernier (dont les publications phonographiques se sont récemment multipliées) semble résider dans son usage de mécanismes d’horlogerie, la démarche a le mérite de ne pas être lourdement explicite ou didactique, et c’est en toute sobriété, dans une ambiance de paisible ouvrage qu’il s’associe à Kahn – la circularité pointée par le titre du diptyque, plus qu’à une réflexion sur le temps et sa mesure, invite à de successives auditions : elles n’épuisent rien de cette musique à laquelle il faut revenir pour la voir disparaître encore (le palindrome ne dit-il pas qu’in girum imus nocte et consumimur igni ?).

Etablie au printemps 2006 en Corée, comme en témoignent le disque For4Ears intitulé Signal to noise vol. 6 et un article rédigé par JK pour Wire (n°267, mai 2006, ‘Global Ear : Seoul’), la relation des deux musiciens atteint, dans cet enregistrement suisse de juillet 2008, un degré de complicité particulièrement fertile : de leur atelier (poulies, roues dentées, limaille) naissent et s’articulent, au fil de leur invention, des épisodes d’activité & d’intensité diverses dont on suit l’élaboration avec le plus grand intérêt. Avec ce (double) disque inaugural, le label Celadon fait vive impression !

Jason Kahn, Ryu Hankil : Circle (Celadon)
Enregistrement : 2008. Edition : 2009.
CD : 01/ Circle 1 02/ Circle 2
Guillaume Tarche © Le son du grisli


Daniel Blacksberg : Bit Heads (NoBusiness, 2009)

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Présenter un musicien, c'est d'abord donner des noms : ceux de son instrument, du domaine musical qu'il investit le plus régulièrement et aussi de quelques partenaires qui pourraient en dire sur ses façons, voire sur son esthétique. Pour Daniel Blacksberg, voici : trombone (là, noter un enseignement reçu de Bob Brookmeyer) ; jazz, improvisation, klezmer quelques fois ; Jack Wright, Joe Morris, Daniel Levin. Pour le reste – c'est à dire l'essentiel –, il suffira d'aller entendre Bit Heads.

Enregistrés en trio auprès de Jon Barrios (contrebasse) et Mike Szeleky (batterie), neuf titres révèlent là un jazz soumis aux humeurs d'Elastic Characters et donc changé en conséquence : swing dévié sous les coups de Barrios (Fanfare For A Scrambled Race), discours anéanti dont le charme réside en ruines (At Least Understanding) ou épreuves minimalistes d'une belle intensité (Just Shy of Hope). Lorsqu'il ne se montre pas ailleurs d'un conventionnel dommageable en tentant de prouver justement toute l'anticonventionnalité de son discours (Deforestation), Blacksberg profite d'un retour de bile pour imposer Combing The Postapocalypse, porté par l'archet grave et tremblant de Barrios. L'art du trombone exercé en meneur relancé, un vocabulaire mixte (jazz / improvisation réductionniste – abstractionniste ? soustractionniste ?) pour appui le plus solide. 

Daniel Blacksberg : Bit Heads (NoBusiness / Instant Jazz)
Enregistrement : 2008. Edition : 2009.
LP : A01/ fanfare For a Scrambled Race A02/ Just Shy of Hope A03/ The Elastic Character A04/ At Least Understanding A05/ From the Chamber B01/ Combing The Postapocalypse B02/ Deforestation B03/ The Closer B04/ Shot to the End
Guillaume Belhomme © Le son du grisli


Haptic : Trebuchet (Entr'acte, 2009)

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A l'écoute de Trebuchet, des choses pas possibles vous envahissent dans la minute : des résonances et de la pluie, des infrabasses et des cris d'enfants, des drones et des larsens bien sûr, et des bruits de moteurs bien sûr aussi. Vous me direz que Steven Hess, Joseph Clayton Mills et Adam Sonderberg, ont rassemblés tout ça sur trois plages sous le nom d'Haptic et en on fait de petites musiques décoratives comme beaucoup d'autres avant eux, et comme beaucoup d'autres après eux...

Certes, si ce n'est qu'Haptic démontre sur son Trebuchet – comme il l'a fait d'ailleurs six fois déjà sur disque – d'une capacité à peindre des paysages abstraits avec une maîtrise qui dépasse peut être celle des autres. C'est pourquoi : qui voudra s'ouvrir à ce genre devra se précipiter sur Trebuchet et, tout à coup, la pop expérimentale ambientique et symphonique n'aura plus de secret pour lui.


Haptic : Trebuchet (Entr'acte)
Enregistrement : 2007-2009. Edition : 2009.
CD : 01/ Counterpoise 02/ Three 03/ Four
Pierre Cécile © Le son du grisli



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