Le son du grisli

Bruits qui changent de l'ordinaire

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le son du grisli #3Conversation de John Coltrane & Frank Kofskyle son du grisli sur twitter
A la question : interviewsAu rapport : impressions de concertsEn théorie : l'improvisation par l'écrit : John Butcher & Evan Parker

Michael Bisio : AM (Cimp, 2009)

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Dans la seule improvisation collective de ce disque (It’s Up to You), les deux saxophonistes (Avram Fefer, Stephen Gauci) tissent des lignes contrapunctiques puis étranglent leurs souffles pendant que contrebassiste (Michael Bisio) et batteur (Jay Rosen) soutiennent avec bienveillance ce joyeux capharnaüm.

Ailleurs, le jazz de Michael Bisio insiste sur les timbres : le ténor perce-muraille de Stephen Gauci ; la nonchalance feinte puis les embardées soudaines d’Avram Fefer ; les graves tambours de Jay Rosen. Le leader aime à perdre les thèmes en cours de route quitte à en impulser d’autres sans lien aucun avec l’originel. C’est un jazz qui aime le passage de relais (les duos batterie-soprano puis soprano-ténor de Can Opener), les oppositions de jeu (les chase de ténor d’AM), les mélodies finement dévoilées (Can Opener). C’est un jazz aux arrêtes vives. Un jazz simple et naturel, pas tout à fait à l’aise avec le passé (Seraphic Light de John Coltrane) mais totalement en phase avec son présent.

Michael Bisio Quartet : AM (Cimp)
Enregistrement : 2006. Edition : 2009.
CD : 01/Empty Now Full  02/Can Opener  03/AM  04/Livin’ Large  05/Circle This  06/It’s Up to You  07/Seraphic Light  08/Blues for Melodious T
Luc Bouquet © Le son du grisli

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Mason Lindahl : Serrated Man Sound (Porte, 2009)

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Si de nombreux musiciens s’attachent aujourd’hui à travailler à un son débarrassé de souffle ou de parasite involontaire, ce n'est pas le cas de Mason Lindahl. La preuve en est Serrated Man Sound.

De son ampli guitare filtre par exemple un énorme buzz qui en refroidirait plus d’un : or lui s’accroche à sa mélopée et à ses arpèges avec une seule idée en tête qui est d’ignorer les fioritures de ce genre. A la place, il joue et chante sa pop folk aux influences diverses (Leonard Cohen, Gastr Del Sol, Baby Bird étant les plus évidentes de toutes) et de sa casquette (l’image peut paraître bizarre, oui) sortent des rengaines ensuquées souvent surprenantes (un accord de trop sur sa guitare acoustique par exemple ouvre la porte à un violent cortège de distorsions). Assez court, Serrated Man Sound n’a pas le temps de s'enliser (parfois des manières dans la façon de chanter ou de s'endormir sur un arpège démonstratif sont regrettables mais enfin...) et l’auditeur reste sur une impression satisfaisante qui l’enjoindra à attendre d’autres chansons de ce Mason Lindahl.


Mason Lindahl, None. Courtesy of Porter Records.

Mason Lindahl : Serrated Man Soul (Porter Records  / Orkhêstra International)
Enregistrement : 2009. Edition : 2009.
CD : 01/ Warm Ducks 02/ You, Sun Bathe 03/ Here Blows 04/ Nine 05/ The Greatter Clapping of Hands 06/ No Man 07/ Smaller Sizes Bigger Words 08/ Absolutely 09/ Dressed and Pleased 10/ Serrated Man Sound
Pierre Cécile © Le son du grisli

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Radian : Chimeric (Thrill Jockey, 2009)

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La feuille de presse l’affirme sans ambages – et  pour une fois, nous ne pouvons qu’acquiescer, Chimeric est un disque oublié des bancs de polissage. Brut et malfaisant, ce qui ne veut nullement dire qu’il est nourri de malfaçons, le nouvel effort de Radian se livre à un exercice d’automutilation d’une délicate facture noise. Evocation lointaine, mais très réelle, du très radical – et génial – Flame Desastre du trio Sister Iodine, le son des Autrichiens débauche des percussions martiales et des guitares tordues sans coup férir (Git Cut Noise). La tornade épuisée, des instants de repos chavirés embrassent l’horizon des magnifiques Kapital Band 1, rappel essentiel du rôle proéminent que joue Martin Brandlmayr aux fûts des deux formations viennoises. Meilleur morceau de ce troisième opus, ce très acoustique Feedbackmicro / City Lights est à vivre et à rappeler séance tenante.

Relativement peu travaillé à l’électronique, Chimeric ne rappelle que par instants épars la connexion quasi naturelle entre Stefan Németh et les manipulations sonores. Au mitan de l’esprit des labels Thrill Jockey et Mosz, voire Editions Mego, un titre tel que l’intrigant Git Cut Derivat évite toutefois les compromissions trop faciles. A l’instar du médian Chimera, dépassement ambigu entre calme jazztronica précaire et revendication noise rock, les paysages louvoient entre improvisations maîtrisées à l’extrême (est-ce de trop ?) et déclinaisons noircies au feutre de Till The Old World's Blown Up And A New One Is Created (vs Tortoise, on est sur Thrill jockey, que diable). Un chouia de relâchement en sus et tout eut été parfait.

Radian : Chimeric (Thrill Jockey / Amazon)
Edition : 2009.
CD : 01/ Git Cut Noise 02/ Feedbackmicro / City Lights 03/ Git Cut Derivat 04/ Chimera 05/ Kinetakt 06/ Subcolors
Fabrice Vanoverberg © le son du grisli

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Michel Doneda, Olivier Toulemonde, Nicolas Desmarchelier : Le terrier (Monotype, 2009)

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Après les Dos d’ânes dernièrement parus chez Ronda, on pouvait se demander à quel type de relief Michel Doneda (saxophones soprano & sopranino) s’attacherait dans Le Terrier, entouré d’Olivier Toulemonde (objets amplifiés) et de Nicolas Desmarchelier (guitare)…

Succédant à l’enregistrement de l’hiver 2002 intitulé Revermont (pour le label Ektic), cette session du printemps 2005 a été captée à Vandœuvre ; filons affleurant puis courant sous la surface, les sons y sourdent du sol, rauques, libérés de leur gangue par la lame d’une fine bêche. Les jonctions se faisant, un maillage délicat se développe : de galerie en galerie, c’est tout un réseau de feulements (de l’effrangé jusqu’à la pleine densité) que ces travailleurs du son – Héphaïstos minuscules, sapeurs micro-chtoniens – inventent. Pareil exercice appelle une écoute intégrale (dévouée) et délivre, d’instant en instant, une expérience passionnante.

Michel Doneda, Olivier Toulemonde, Nicolas Desmarchelier : Le terrier (Monotype)
Enregistrement : 2005. Edition : 2009.
CD : 01/ Galerie 1 02/ Galerie 2 03/ Galerie 3 04/ Galerie 4 05/ Galerie 5 06/ Galerie 6 07/ Galerie 7
Guillaume Tarche © Le son du grisli

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(Wadada) Leo Smith : Spirit Catcher (Nessa, 2009)

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L'un des fantasmes les plus fréquemment rencontrés chez les musiciens de jazz – art qui aura généré un imposant nid à clichés pour s'y lover ensuite et y abandonner beaucoup de son invention – est celui d'enregistrer auprès d'une section de cordes. Face à ce genre de clichés, deux solutions pour les novateurs : feindre l'ignorance (mais là, difficile, puisque même le référent habituel qu'est Charlie Parker a cédé un jour à la tentation du « With Strings ») ou investir la pratique répandue pour la transcender, à la manière de Leo Smith sur Spirit Catcher.

En 1979, à la tête de deux formations différentes, Smith enregistre auprès de cordes spéciales, qui changent et vont à merveille au lyrisme fluctuant d'un des plus charismatiques représentants de l'A.A.C.M. : trois harpes, en l'occurence, derrière lesquelles prennent place Irene, Ruth et Carol Emanuel (la dernière travaillera longtemps au Third Stream aux côtés de Ran Blake et côtoiera Earl Howard, Anthony Braxton ou John Zorn, récemment encore sur Femina). Sous la conduite de Dwight Andrews, les quatre musiciens consignent deux versions de The Burning of Stones, pièce dédiée à Braxton au  développement sonore à pas comptés – Smith intervenant en fond et instrument bouché – et au lyrisme compact qui lorgne autant vers les concepts de l'A.A.C.M (premiers disques de Muhal Richard Abrams en compagnie de la jeune garde) que vers la musique classique européenne.

L'autre formation (soeurs Emanuel écartées / Dwight Andrews passé au ténor à la clarinette et à la flûte, Bobby Naughton au vibraphone, Wes Brown à la contrebasse et à la flûte et enfin Pheeroan AkLaaf à la batterie), de donner Images, divagation lente qui rêverait de répondre aux commandements d'une marche puis s'emballe pour suivre les imprécations du duo contrebasse / batterie ; et puis Spirit Catcher, morceau de rêve fait sons qui donne son nom au disque réédité aujourd'hui et résume à lui seul les émotions intactes à y trouver. En inventeur, Leo Smith s'est servi d'un cliché : son « With Strings » tient de l'exception.

Leo Smith : Spirit Catcher (Nessa / Amazon).
Enregistrement : 1979. Réédition : 2009.
CD : 01/ Images 02/ The Burning of Stones 03/ Spirit Catcher 04/The Burning of Stones (First Version)
Guillaume Belhomme © Le son du grisli

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John Zorn : Femina (Tzadik, 2009)

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C’est très simple : en trente-cinq minutes, John Zorn rend hommage à cinquante-deux femmes (parmi elles ; Frida Kahlo, Xu Feng, Simone de Beauvoir, Yoko Ono, Hannah Arendt, Louise Bourgeois, Susan Sontag, Marguerite Duras), le tout étant tout interprété par un sextet exclusivement féminin (Jennifer Choi, Okkyung Lee, Carol Emmanuel, Sylvie Courvoisier, Shayne Dunkelman, Ikue Mori + Laurie Anderson en special guest).

Pour ce faire, il renoue avec ses game pieces ; les cartes et signaux qu’il manipule permettant que se lovent dans chaque pièce improvisation et composition. Mais on est très loin des zapping frénétiques des différentes versions de Cobra et c’est plutôt du côté des sobres mélodies du Godard/Spillane qu’il faut aller chercher. Mais si elles étaient parfois dissimulées voici trente ans, elles éclatent au grand jour aujourd’hui. Chaque pièce débute par un effet zapping souvent à la charge des electronics d’Ikue Mori. Puis s’engagent mélodies ou arpèges joués à l’unisson par la harpe et le piano : le violon et le violoncelle se partageant, ensuite, le rôle de soliste.

Ici, Zorn prend le temps de laisser ses partenaires développer ambiances et atmosphères. On pense parfois à Glass ou à Satie. Soit un Zorn presque apaisé et si peu chaotique qu’il risque de décevoir quelques-uns de ses fans les plus radicaux. En bonus : un  superbe un livret-portfolio des photographies de l’artiste allemande Kiki Smith.


John Zorn, Femina IV. Courtesy of Orkhêstra International.

John Zorn : Femina (Tzadik/ Orkhêstra International)
Enregistrement : 2008. Edition : 2009
CD : 01/ I/ II 03/ III 04/ IV
Luc Bouquet © Le son du grisli

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Stasis Duo : 3 (The Sorg Noise, 2009)

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Les Australiens Matt Earle et Adam Sussmann forment Stasis Duo. Entre 2003 et 2009, ils enregistrèrent les trois titres de 3, disque qui a été produit à 160 exemplaires sur le label Organized Music from Thessaloniki.

Earle et Sussmann fouillent sur ces trois titres dans des samplers vidés du son le plus infime, mais trouvent quand même de quoi tracer des droites ténues qui, de gauche à droite (c'est le principe), pourront interpeller ou surprendre. Un larsen, en premier lieu, tient la dragée haute au silence, que le duo modèlera ou laissera quasi tranquille plus loin. Un disque blanc qui dévoile sa belle amplitude au fil du temps qui passe...

Stasis Duo : 3 (Organized Music from Thessaloniki)
Enregistrement : 2003-2009. Edition : 2009.
CD-R : 01/ - 02/ - 03/ -
Pierre Cécile © Le son du grisli

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Frank Rosaly : Milkwork (Contraphonic, 2010)

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La couverture de Milkwork est mauvaise conseillère : sur ce disque (LP vinyl blanc), le batteur Frank Rosaly –  souvent entendu auprès de Dave Rempis ou Fred Lonberg-Holm – s'adonne en solitaire à de brillantes études.

Introspectif, il fomente une construction rythmique peu à peu séduite par les saturations sorties de pédales d'effets, vagabonde sur une vignette sonore jouant des écarts de volume, poursuit ses recherches sur le son le temps de pièces hybrides avides d'autres déformations.

Ailleurs, il commande à d'autres instruments d'investir le champ expressionniste : accordéon supposé répétant deux notes sur une batterie chancelante (Zoquete, plus naïf dans sa conduite et à rapprocher des travaux de LaMonte Young) ou vient appuyer l'interventions de synthétiseurs ou d'oscillateurs  convoqués pour relever quelques progressions lasses. Enfin, il arrive à Rosaly d'improviser plus concrètement : NY Prices! et Truce démontrant d'un savoir-faire polyrythmique qui évoque les compositions pour batterie seule de Max Roach : Rosaly moins minutieux que son modèle mais profitant, comme d'un bout à l'autre de Milkwork, de folies généreuses.


Frank Rosaly, Adolescents. Courtesy of Contraphonic.

Frank Rosaly : Milkwork (Contraphonic)
Edition : 2010.
LP : 01/ Adolescents 02/ NY Prices 03/ Four Bright Red Dots 04/ Truce 05/ Zoquette 06/ NY Prices! 07/ Calcetines 08/ Burnshine 09/ He Junkin'
Guillaume Belhomme © Le son du grisli

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Full Blast : Black Hole

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Est-il donc encore nécessaire de chroniquer un disque de Peter Brötzmann ? Un rapide coup d’œil sur les crédits et l’on pourrait (presque) écrire la chronique sans écouter le CD. Car Brötzmann est Brötzmann et quel que soit le contexte dans lequel il évolue, il ne fera jamais que du Brötzmann…Ceci en toute logique puisqu’il est Brötzmann. Alors, que lui reprocher ? Rien finalement car de cette furie convulsive, jamais prise en défaut depuis des décennies, on n’arrive pas à se lasser.

De Brötzmann, certains voudraient autre chose : « de la douceur, balbutient-ils. Trop de déluges depuis trop d’années, qu’il s’adoucisse maintenant ! » Oui, convenons-en : on entend souvent de drôles de choses dans le cercle des initiés. Et ici, Peter Brötzmann va encore les décevoir de son souffle unique, insatiable, malin. Et ici, avec lui, une sacré paire de voyous soniques. Marino Pliakas & Michael Wertmueller : deux rockers (sic) qui ne savent pas tempérer. Une masse qui fait front et s’oppose au souffleur. Du fiel à tous les étages (Large Hadron Collider), de sournoises accalmies (Atlas), des crescendos ébouriffants (Protoneparcel), des brûlots et encore des brûlots. Et aucune raison pour que ça s’arrête. Alors : nécessaire ou pas la chronique ? L’écoute du disque, elle, l’est totalement.


Full Blast, Higgs. Courtesy of Orkhêstra International.

Full Blast : Black Hole (Atavistic / Orkhêstra International)
Enregistrement : 2008 / Edition : 2009   
CD : 01/ Black Hole 02/ Suzy 03/ Ellis 04/ Alice 05/ String 06/ Atlas 07/ Protoneparcel 08/ Higgs 09/ Teilchencrash 10/ Large Hadron Collider 11/ Quarks Up-Down
Luc Bouquet © Le son du grisli

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Jean-Michel Rivet : A fleur de quai (Sonoris, 2009)

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Dans la lignée des premiers « concrets » (l’univers ferroviaire convoqué sur la première piste rappelle immanquablement la fameuse Etude aux chemins de fer de Pierre Schaeffer), Jean-Michel Rivet utilise des bruits de la vie quotidienne comme matériau de base de ses constructions cinématiques. A la différence de ses prédécesseurs, surtout théoriciens à la recherche d’une nouvelle grammaire sonore, le compositeur assemble et transforme ses sons dans une optique résolument poétique. L’aspect narratif est accentué par les titres et par l’intégration de voix et autres éléments suggérant à l’auditeur des embryons d’histoire qu’il peut développer à sa guise : quelques phrases d’une femme en partance sur le quai d’une gare, le monologue essoufflé et tendu d’un fugitif poursuivi par des chiens…

Les manipulations électroacoustiques sont toujours subtiles et discrètes. Ainsi, elles s’intègrent et se juxtaposent au « réel », pivot des différentes pièces qui évoquent souvent certains des enregistrements de Luc Ferrari. Mystère et délicatesse se dégagent de morceaux comme le très beau Dalila I, une « chanson traditionnelle kabyle chuchotée dans le creux du micro ». L’enregistrement de base, simple et touchant, est ici sublimé en une ritournelle obsédante par les subtiles manipulations du musicien. Les moyens techniques mis en œuvre ne sont jamais démonstratifs, ils servent à évoquer, à raconter.

Jean-Michel Rivet : A fleur de quai (Sonoris)
Enregistrement : 2005-2009. Edition : 2009.
CD : 01/ A fleur de quai 02/ Vah ma awalo 03/ Frôlement d’elle 04/ Dalila 05/ Naufrage 06/ Pique-nique au bord de la route 07/ Destructiv mecanic commando.
Jean Dezert © Le son du grisli

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