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Vandermark 5 : Annular Gift (Not Two, 2009)

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Réemploi d’un compte-rendu de concert publié l’année dernière dans la revue Improjazz (155) :

« En février et mars 2008, Ken Vandermark fit tourner son quintette en Europe. A Rotterdam, Cadix ou Cologne, on put ainsi entendre le Vandermark 5, qui conclua sa tournée les 14 et 15 mars dans les caves de l’Alchemia, café de Cracovie où le groupe a ses habitudes depuis qu’il y a passé une semaine en 2004 – ces concerts du groupe (qui employait alors le tromboniste Jeb Bishop) se trouvent consignés sur Alchemia, coffret renfermant douze disques publié par le label polonais Not Two. Cette année, deux soirées seulement, donc, et une formation qui n’est plus la même : pour donner à entendre à la place de Bishop le violoncelliste Fred Lonberg-Holm, déjà présent sur l’indispensable Beat Reader. 

Pour l’essentiel, le répertoire est neuf : que l’on retrouvera (puisqu’enregistré tout au long de ces deux soirs) sur une future référence du catalogue Not Two et qui permet au Vandermark 5 de mettre à l’épreuve sa nouvelle combinaison. Concentrés, les musiciens entament le premier des quatre sets donnés à Cracovie, qui tiendront parfois de la séance d’enregistrement partagée avec le public : Table, Skull, and Bottles inaugurant l’exercice sur l’air d’une musique de chambre aux arrangements soignés bousculé bientôt par le saxophone alto de Dave Rempis et l’archet vindicatif de Lonberg-Holm. Passant de saxophone ténor en clarinette, Vandermark dirige ensuite ses partenaires autant qu’il s’adonne avec eux à des jeux de construction poly maniaque (Heavy Chair, sur lequel Rempis n’en finira pas de bondir, Cadmium Orange, qui révèle les obsessions de musiciens envoûtés par la répétition) qui font confiance autant aux unissons impétueux qu’à toutes improvisations ardentes : solo du batteur Tim Daisy sur un titre du contrebassiste Kent Kessler (Latitude sophistiquée) ou dérives du ténor sur l’apaisant Early Color que signe Rempis.

Elargissant son champ d’action – allures ou attitudes différentes à appliquer à chacun des thèmes : dépositions d’atmosphères aléatoires faisant référence à l’école new yorkaise de musique contemporaine ou phases d’obstinations concertées ravivant les couleurs d’un jazz d’avant-garde mais efficient né à Chicago (The Ladder, en rappel, combinant à lui seul ces deux éléments) –, le Vandermark 5 attesta à Cracovie de son évolution frondeuse : Lonberg-Holm prenant singulièrement le parti de la section rythmique (célébrer ici son entente avec Kessler) tandis que Vandermark, robuste et assuré, tire maintenant davantage de son association avec Rempis, au caractère plus affirmé – au passage, ne pas hésiter à aller l’entendre à la tête de son propre quartette sur The Disappointment of Parsley, dernière référence en date du catalogue Not Two enregistrée au même endroit quelques mois plus tôt.  Plus que dans l’arrivée de Lonberg-Holm au sein du groupe, sans doute faut-il voir dans la fervente communion de Vandermark et Rempis les sources de la régénérescence d’une formation d’exception. Au sortir de la taverne obscure, avant de gagner la rue du miel qui longe le quartier de Kazimierz, l’évidence, en tout cas, en est là. »

Quelques mois plus tard, Not Two publiait sous le nom d’Annular Gift une sélection des titres enregistrés lors de ces deux soirées : Spiel, Table, Skull, and Bottles, Early Color, Second Marker, Cement et Cadmium Orange. Soit, un condensé expéditif qui vient renforcer les premières impressions (l’art du Vandermark 5 ne s’est jamais aussi bien porté, conséquence de l’entente exceptionnelle du meneur et de partenaires arrivés à maturité) et retrace de façon cohérente deux soirées de concerts intenses. Au bilan de 2009, le Vandermark 5 revendique ainsi d’un coup d’un seul le titre de meilleur disque et celui de meilleur concert.

The Vandermark 5 : Annular Gift (Not Two / Instant Jazz)
Enregistrement : 2009. Edition : 2009.
CD : 01/ Spiel (for Bertolt Brecht und Kurt Weill) 02/ Table, Skull, and Bottles (for Bruno Johnson) 03/ Early Color (for Saul Leiter) 04/ Second Marker (for Ab Baars) 05/ Cement (for Michael Haberz) 06/ Cadmium Orange (for Francis Bacon)
Guillaume Belhomme © Le son du grisli

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Jérôme Noetinger, Michel Doneda, eRikm : Dos d'ânes (Ronda, 2009)

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Ça ripe, ça zappe, ça zippe et ça dérape : dans cette « réorganisation » (pour le support phonographique) d’extraits de concerts donnés sur différentes scènes françaises en 2007, Michel Doneda (saxophones soprano & sopranino), eRikm (CD-J, electronics) et Jérôme Noetinger (dispositif électroacoustique) déploient un bruissant gymkhana sans esbroufe et, pour être tout à fait franc, une grosse ambiance s’en dégage !

Point celle de baston touffue que souffleur et platiniste développèrent avec Montera il y a dix ans pour le disque intitulé Not (label Victo), ni celle d’abrasion rotative créée par Noetinger et eRikm dans leur disque paru chez Erstwhile ; plutôt celle d’un riche carnet de voyage… On est sur la route, voies rapides texturées d’enrobé drainant, nuées d’éphémères dans les phares, départementales défoncées de nids-de-poule ; braque, vire, contourne, saute : dos-d’âne(s) – en désordre dans le coffre, c’est l’anagramme de Doneda… Ça injecte, ça pulse, ça crisse, ça déjante !


Jérôme Noetinger, Michel Doneda, eRikm, Nervures (extrait). Courtesy of Ronda.

Jérôme Noetinger, Michel Doneda, eRikm : Dos d'ânes (Ronda / Metamkine)
Edition : 2009.
CD : 01/ Dos d’ânes : grandeur nature 02/ Il fait nuit dans la tête 03/ Nervures
Guillaume Tarche © Le son du grisli

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Rob Young : The Wire Primers : A Guide to Modern Music (Verso, 2009)

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L’une des rubriques phares du magazine Wire recense les disques essentiels d’un groupe ou d’un genre musical. The Primer (son nom) fait aujourd’hui l’objet d’un livre : The Wire Primers : A Guide to Modern Music.

Quatre grands thèmes découpent cette compilation d’articles et permet à Rob Young, son concepteur, de distribuer les musiciens :  Avant-Rock (Captain Beefhart ou The Fall se retrouvent là, mais aussi Sonic Youth et Zappa ou des dossiers consacrés à la Noise avec Sudden Infant, Merzbow et John Wiese, ou au tropicalisme – un bémol pour le contenu de celui-ci) ; Funk, Hip Hop & Beyond (de James Brown à Fela Kuti en allant jusqu’à aborder le turntablism de Grand Zero) ; Jazz & Improv (d’Ornette à Sun Ra pour le premier et de l’AMM à Derek Bailey pour le second) ; Modern Composition, pour finir (John Cage et Morton Feldman, Pierre Henry, Pierre Schaeffer, François Bayle, Karlheinz Stockhausen et Iannis Xenakis).

Les méthodes des journalistes de Wire ne sont plus à présenter : les chroniques (toutes très accessibles s’il nous est donné de lire l’anglais) se succèdent après une brève présentation ou un recadrage « historique ». A la fois ouvrage de vulgarisation et guide de curiosités musicales, The Wire Primers : A Guide to Modern Music va permettre aux amateurs du journal d’arrêter de tenir ce carnet dans lequel étaient classés par ordre alphabétique les noms de groupes auxquels étaient accolés les numéros de revues et de pages les concernant. Quoi que... On peut encore trouver du plaisir à ce genre de loisir...

Rob Young : The Wire Primers A Guide to Modern Music (Verso)

Edition : 2009.

Pierre Cécile © Le son du grisli

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Sofia Jernberg, Lene Grenager : Crochet (Olof Bright, 2009)

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Sortie de Spunk, la violoncelliste norvégienne Lene Grenager rencontre la jeune chanteuse suédoise Sofia Jernberg par l'entremise de Mats Gustafsson.

Le Crochet résultant, de consigner le dialogue improvisé, souvent âpre mais ravissant, de deux musiciennes comparant leurs langages : de cordes lâchées en cancans et de cris extirpés en pizzicatos butés. Lorsque Jernberg s’étonne de ses propres ressources, Grenager croit faire illusion en prenant soin de frotter les cordes de son instrument. Et quand Grenager claque quelques coups secs sur le bois du même, Jernberg tient la note, en apaisée détachée du tumulte. Or, quelles que soient les apparences, c’est bien ce tumulte qui commande l’ensemble de Crochet, disque qui saisit un auditeur qui aura du mal à s'en défaire. 

Sofia Jernberg, Lene Grenager : Crochet (Olof Bright / Metamkine)
Enregistrement : 2008-2009. Edition : 2009
CD : 01/ Tempo 56 02/ Lichen 03/ The Melody 04/ Shiver 05/ Point and Line 06/ The Other Melody 07/ Made of Glass 08/ Excess 09/ Whistle
Guillaume Belhomme © Le son du grisli

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Machinefabriek, Andrea Belfi : Pulses and Places (Korm Plastics, 2009)

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Initié au tournant de ce siècle, le projet Brombron voit à chaque numéro deux musiciens (ou plus) en résidence au centre culturel Extrapool de Nimègue aux Pays-Bas (le pays se fait une spécialité du genre collaboratif, comme le prouve cette autre excellente série qu’est In The Fishtank sur Konkurrent). Dirigée par le très actif Frans de Waard, patron de l’officine Korm Plastics et maître d’œuvre de l’excellent site musical Vital Weekly, la série est désormais hébergée sur son propre label après l’avoir longtemps chez Staalplaat. Des numéros précédents, on notera notamment la conjugaison des talents de Stephan Mathieu & Ekkehard Ehlers (‘Brombron 2’), Frank Bretschneider & Peter Duimelinks (‘Brombron 10’) ou Felix Kubin & Coolhaven (‘Brombron 11’). Beaucoup de monde, on le voit. Dans la liste, les noms de Francisco López & Richard Francis, récemment chroniqués en ces lieux, et de Machinefabriek & Andrea Belfi  sont totalement à leur place, singulière et indépendante.

Le volume 15 est tout bonnement sensationnel. Musicien électro-acoustique, Belfi s’est déjà fait remarquer sur la maison Häpna, alors qu’au cours des dernières années, Rutger Zuydervelt a présenté un nombre considérable de travaux, certains d’une immense qualité (Marijn, Cello Recycling/Cello Drowning, Weleer). Première union entre les deux artistes, l’Italien principalement aux percussions et le Néerlandais surtout aux guitares et à l’orgue, le disque est remarquable de grondements divers et de drones amadoués à coups de gongs et objets divers. Au cours de quatre morceaux d’anthologie (dont le dernier, à écouter absolument !), la recherche sonore sans failles du duo italo-néerlandais émerveille et subjugue, tant à chaque seconde on a envie de se plonger dans l’instant qui va suivre. Evidemment, pour la farandole d’anniversaire du petit Théo, va falloir penser à autre chose.

Machinefabriek, Andrea Belfi : Brombron 15: Pulses And Places (Korm Plastics / Metamkine)
Edition : 2009.
CD : 01/ Untitled 02/ Untitled 03/ Untitled 04/ Untitled
Fabrice Vanoverberg © Le son du grisli

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Fred Anderson : 21st Century Chase (Delmark, 2009)

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Fred Anderson fêtait récemment ses 80 ans. Pour l’occasion, donnait un concert en trio dans son endroit, le Velvet Lounge, en compagnie du saxophoniste Kidd Jordan, du guitariste Jeff Parker, du contrebassiste Harrison Bankhead et du batteur Chad Taylor. Comme souvent maintenant (et comme il l’avait déjà fait avec Fred Anderson pour Timeless), le label Delmark a choisi de produire le même enregistrement sous forme de CD et de DVD.

Si l’image n’est pas obligatoire (en bonus, le film donne la parole à Henry Grimes), elle permet quand même de suivre les gestes d’Anderson, silhouette à la courbe fière, qui laisse Jordan ouvrir seul la première des deux parties de 21st Century Chase. Déjà, le son est profond, la musique intense et l’ensemble astreignant : impossible à l’auditeur de se détacher du discours ici mis en place, d’autant que l'octogénaire rattrape maintenant son partenaire intempestif. Reste à la fougueuse section rythmique d’accompagner le tout et à Parker de changer rapidement ses premières saillies mièvres en colliers d’aigus autrement convaincants, qu’il destine à sa soudaine coalition avec Jordan, insistant lui aussi dans les hauteurs. La seconde partie du titre verra le guitariste jouer davantage l’incitateur éclairé et mener les musiciens d’expérimental minimaliste en free jazz apothéotique [soumettre un autre adjectif].

En conclusion, Ode to Alvin Fielder, malgré l’hommage, peine à convaincre sur un swing gauche : restent seulement les entrelacs des saxophones ou la solution du retour aux deux premières plages.

Fred Anderson : 21st Century Chase (Delmark / Amazon)
Enregistrement : 2009. Edition : 2009.
CD / DVD : 01/ 21st Century Chase Part 1 02/ 21st Century Chase Part 2 03/ Ode to Alvin Fielder
Guillaume Belhomme © Le son du grisli

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Interview de Chris Corsano

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D’origine américaine, Chris Corsano est un des batteurs les plus talentueux à être apparu ces dernières années. Il fait partie de ces musiciens qui font de l’ubiquité un principe et un art de vivre. De la noise à l’improvisation en passant par le free rock, il s’illustre dans un grand nombre de genres avec une facilité déconcertante. La liste de ses collaborations est éloquente : Thurston Moore, Paul Flaherty, Evan Parker, Joe McPhee, Keiji Haino, Mick Flower, Björk

Quelle a été ta formation musicale et comment en es-tu venu à l’improvisation ? J’ai commencé à jouer de la batterie quand j’avais 14 ans. Au début, j’ai pris quelques leçons, mais elles ne m’ont pas vraiment donné l’impulsion nécessaire. Puis, vers mes 19 ans, j’ai vraiment eu envie de me lancer dans l’improvisation en voyant des concerts de Paul Flaherty (saxophone) avec Randall Colbourne (batterie), de Test, de William Parker (contrebasse).... Ensuite, des groupes comme Ascension, Sun City Girls et pas mal de sorties sur les labels Majora et Siltbreeze (durant la seconde moitié des années 1990) m’ont ouvert les yeux sur la possibilité d’improviser dans un contexte rock/punk ou en tout cas avec des instruments plus souvent utilisés dans le rock. Ce fut une étape importante pour moi, dans le sens où a priori je ne me sentais pas du tout attiré par le fait de jouer du « jazz ».

Tu sembles avoir une relation forte avec le saxophoniste Paul Flaherty. Peux-tu nous rappeler comment tu l’as rencontré et décrire ce qui vous a rassemblé ? Après l’avoir vu jouer avec Randall Colbourne, je suis allé les trouver pour leur acheter quelques disques et leur dire à quel point j’avais aimé le concert. Quelques mois plus tard, je leur ai demandé de jouer lors d’une soirée que j’organisais. Mon groupe faisait la première partie et j’ai donné à Paul un de nos disques, qui était mon premier essai enregistré d’improvisation libre. Il m’a écrit une lettre quelques temps après, et peut-être un an plus tard, il me demandait si je voulais jouer avec lui.

Pourquoi avez-vous nommé un de vos albums The Hated Music (Ecstatic Yod, 2001) ? C’est Flaherty qui en a eu l’idée. Avec Byron Coley (qui a sorti le disque), nous évoquions le peu de chances qu’il récupère l’argent investi dans ce projet. En effet, l’improvisation ne jouit pas d’une bonne couverture médiatique et de nombreux critiques jazz (grand public) n’aiment pas ce genre musical. Flaherty a remarqué que c’était vraiment la musique détestée ce à quoi Byron répliqua que nous tenions notre titre d’album.

Peux-tu citer tes batteurs favoris et dire quelques mots sur ce qu’ils t’ont appris ? Milford Graves, Adris Hoyos, Sean Meehan, Muhammad Ali, George Hurley. Il y en a plein d’autres. Je pense que ce que j’ai appris de tous ces batteurs (et de tous mes musiciens favoris en général) est qu’ils ont tous un son et une approche uniques ainsi qu’un style personnel fort inventif. Je pense aussi qu’ils sont tous au service d’un idéal musical, chacun selon leurs propres conceptions. Ils ne fournissent pas seulement un cadre rythmique, ils se préoccupent tout aussi bien de tons, de textures et de densités. Pour moi, le concept de développement est une part importante de l’improvisation. Si tu réponds toujours de la même manière à une situation donnée, c’est que tu n’improvises pas réellement. J’aime mélanger instruments et approches afin d’essayer de garder les choses nouvelles et inédites.

Cela semble facile pour toi d’aller d’un genre à l’autre (free noise, improv, free jazz…) Dirais-tu que tu as toujours la même approche ou que tu as une idée précise de la façon dont tu abordes chaque style ? Pour moi, tout cela est fait avec la même intention. La musique de chaque groupe révèle les relations entre chaque participant. Ainsi, si je peux compter sur ce que chacun apporte et vice-versa, alors quelque chose d’intéressant peut être créé.

Tu as joué avec Evan Parker et John Edwards récemment. Peux-tu dire quelques mots sur eux ? Par ailleurs, quels sont tes autres projets en cours ? Evan et John sont des incroyables improvisateurs. Les entendre sur disque fut une révélation, les voir en concert fut encore plus frappant et actuellement jouer avec eux me montre encore plus comme ils sont extraordinaires. Cette année, j’ai principalement joué avec Mick Flower (du Vibracathedral Orchestra). J’ai enregistré avec Sir Richard Bishop et Ben Chasny (de Six Organs of Admittance) et, je l’espère, nous devrions faire une tournée en Europe le printemps prochain. Maintenant que je vis à nouveau aux USA, je projette de jouer à nouveau avec des gens comme Paul Flaherty, Bill Nace et Thurston Moore.

Peux-tu citer certains de tes albums favoris ? Récemment, j’ai écouté beaucoup de John Lee Hooker. Sittin’ Here Thinkin’ a été un favori pendant un bon bout de temps. Il y a peu, j’ai écouté le Live at Disobey de Charles Gayle (ndr : Blast First, 1994) et cela m’a aussi beaucoup plu. Enfin, le disque de Group Inerane sur Sublime Frequencies m’a vraiment renversé.

Chris Corsano, propos recueillis en novembre 2009.
Jean Dezert © Le son du grisli

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Jamie Drouin : A Three Month Warm Up (Dragon's Eye, 2009)

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Pour fabriquer A Three Month Warm Up, le Canadien Jamie Drouin a enregistré pendant trois mois les ambiances d'un square de Victoria. Il a ensuite ramené les sons à la maison pour les traiter électroniquement avant d'envoyer le tout à la galerie d'art qui lui avait eu la bonne idée de lui passer commande.

Pour présenter plus concrètement A Three Month Warm Up, on pourrait parler de 77 minutes d'atmosphères compactées et de leurs volutes ouateuses qui vomissent de temps en temps une voix, ou au moins un mirage de voix. Le reste de l'écoute est une exploration de couloirs (atmosphériques eux-aussi) sans fin formant un fantastique labyrinthe suspendu dans lequel n'importe qui sera pris à perdre ses repères, corporels et sonores.

Jamie Drouin : A Three Month Warm Up (Dragon's Eye Recordings)
Edition : 2009.
CD-R : 01/ A Three Month Warm Up
Pierre Cécile © Le son du grisli

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Jacob Anderskov : Agnostic Revelations (Ilk, 2010)

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A l’écoute de ce disque, on a envie de s’emporter, de le louer avec emphase, mais l’emphase est certainement le qualificatif qui sied le moins à ce disque. Pour s’inspirer du titre de l’album, on pourrait dire que la révélation ne naît ici pas de la certitude, mais au contraire du doute. Les musiciens semblent vouloir jouer l’ombre que projettent les mélodies plutôt que leur évidente lumière, l’envers de la partition ou du moins sa partie cachée.

On entend ici une musique de réserve, donc, d’humilité, de mystère, de tâtonnements, de hasards. Une musique du flottement, des possibles, des directions brouillées dans lesquelles est remarquable la concentration avec laquelle les musiciens s’écoutent pour faire progresser la musique par petites touches (Warren Street Setup, Dream Arch).

Jacob Anderskov, pianiste danois, a du beaucoup rêver cette musique avant de proposer à ses trois compagnons américains de l’incarner enfin. Chris Speed, à la clarinette et au saxophone, est impressionnant, d’un bout à l’autre de ce disque, de retenue, d’intériorité serait-on tenté de dire, et le son ample et étale qui le caractérise est ici beau comme jamais (Be Flat and Stay Flat). La section rythmique n’est pas en reste. Tout ce que jouent Gerald Cleaver (batterie) et Michael Formanek (contrebasse) est pertinent : il faut les écouter sur l’intro de Diamonds Are for Unreal People, relancer la machine, être partout à la fois, sans jamais s’imposer inutilement.

La prise de son et la production, supervisées par le pianiste lui-même, sont superbes et concourent à donner à ce disque son unité : pas de brillance mais une matité qui confère à l’ensemble une certaine aura, telle les lointaines lumières que l’on devine à travers un trop épais brouillard.

Jacob Anderskov : Agnostic Revelations (Ilk)
Enregistrement: 2009. Edition: 2010.
CD : 01/ Warren street setup  02/ Be flat and stay flat  03/ Pintxos for Varese  04/ Blue in the face  05/ Diamonds are for unreal people  06/ Solstice 2009  07/ Neuf  08/ Dream arch
Pierre Lemarchand © Le son du grisli

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Charles Gayle : Our Souls (NoBusiness, 2009)

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En juin 2008, Charles Gayle donnait un concert à Vilnius en compagnie de Dominic Duval (contrebasse) et Arkadijus Gotesmanas (percussions) sur invitation de ce dernier, concert reproduit aujourd’hui sur un 33 tours.

S’il débute au piano, c’est au saxophone alto que Gayle marquera le quart d’heure augmenté d’Hearts Cry, rapprochant sans doute ici plus que jamais ses plaintes hautes de celles d’Albert Ayler, pour laisser sinon à Duval et Gotesmanas tout la place à occuper. Retourné au piano, le musicien s'y accroche cette fois, se répète puis élève une montagne de clusters qui s’affaissera jusqu’à devenir déconstruction turbulente (noter ici la belle présence du batteur, à la hauteur de celles de ses illustres partenaires).

Sur l’autre face, Charles Gayle fait preuve à l’alto d’un swing insaisissable que Duval bouscule au son de pizzicatos houleux : alors, l’hymne de Love Changes tourne en boucle avant qu’un free appuyé éloigne de la moindre note toutes tentations mélodiques. A la section rythmique, ensuite, de s’éprendre de swing sur Compassion, pièce changée en morceau d'abstraction à force de prendre des coups : saxophone et piano l’un après l’autre, et comme du fond de la salle, pas fatigués d’en avoir déjà donné beaucoup. Ainsi va Our Souls, qui redit qu’on entend jamais mieux Charles Gayle que véhément et en trio.

Charles Gayle : Our Souls, Live in Vilnius (Nobusiness Records / Instant Jazz)
Enregistrement : 20 juin 2008. Edition : 2009.
LP : A1/ Heart Cry A2/ The Flood B1/ Love Changes B2/ Compassion B3/ Our Souls
Guillaume Belhomme © Le son du grisli

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