Le son du grisli

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Archives des interviews du son du grisli

Rafael Toral : Space Elements, Vol. II (Staubgold, 2010)

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La pochette de ce nouveau disque de Rafael Toral ressemble à la musique qu’il y a à l’intérieur : constructiviste, enfantine, colorée. Quatrième élément du projet « The Space Program », Space Elements, Vol. II fait qu’à la question que se posait Rafael Toral (« comment faire de la musique après le free jazz ? ») on répondra « comme ça, c’est bien ».

Voici de quoi il retourne : une fois qu’il a récolté des enregistrements de musiciens de sa connaissance (Evan Parker, Sei Miguel, Manuel Mota, Ruben Costa, entre autres), Rafael Toral part se concentrer sur ses jeux de constructions. La mélodie et le rythme et l’anti-mélodie et l’arythmie font partie de ses règles et on ne sait vraiment comment, sinon avec une imagination folle, Rafael Toral en fait un autre univers. Pour peu qu’on accepte d’y entrer, on entend un premier chant primal puis on fait un voyage en forêt amazonienne – l’oreille au sol nous assure que celle-ci est peuplée de Shadocks...

Mais parmi ces éléments d’espace, il y a aussi tout ce que l’auditeur ne comprend pas et ne peut pas inventer non plus parce qu’il ne réussit pas toujours à approcher de ce qu’il entend. Des choses qui l’entourent et qu’il écoute avec un abandon délicieux, il se fera donc une bulle d’air qui le soulagera. Sans doute est-il inespéré d’attendre autant de choses d’un disque. Peut-être parce qu’on ne l’attendait pas vraiment, alors, Rafael Toral réussira à surprendre les plus blasés d'entre les blasés de sonorités uniques. 

Rafael Toral : Space Elements, Vol. II (Staubgold)
Enregistrement : 2006-2009. Edition : 2010.
CD : 01-03/ 01-03
Héctor Cabrero © Le son du grisli



Magda Mayas : Heartland (Another Timbre, 2010)

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Les deux pièces de piano solo assemblées sur Heartland donnent à entendre Magda Mayas en studio à Berlin (Shards) puis en concert à New York (Slow Metal Skin, enregistré au Roulette).

En studio, Mayas fait de ses angoisses le symbole de son endurance, distribuant les coups – à l’extérieur et puis à l’intérieur, comme le veut désormais l’usage le plus classique que l’on puisse faire de l’instrument – avec une autorité rythmée. A force de chocs, voici l’âme du piano réveillée, qui gronde, crache et siffle. En club, l’ensemble est plus sec et plus découpé, moins impressionnant au jusqu'à ce que, résonance aidant, un jeu polyphonique s’élève d’où partira une avalanche : la musicienne s’accroche maintenant aux cordes et se plaît au refuge qu’elle trouve une autre fois à l’intérieur du piano. En studio et en club, les mêmes ombres portées par la même Magda Mayas finissent de sceller l’esthétique ténébreuse et d'envergure d’Heartland.


Magda Mayas, Shards (extrait). Courtesy of Another Timbre

Magda Mayas : Heartland (Another Timbre)
CD : 01/ Shards 02/ Slow Metal Skin
Enregistrement : 2008. Edition : 2010.
Guillaume Belhomme © Le son du grisli


The San Francisco Tape Music Center (University of California Press, 2008)

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L’histoire du San Francisco Tape Music Center valait bien qu’on lui consacre un livre entier... Voilà qui est chose faite maintenant grâce au travail de David W. Bernstein  qui a collecté les études nécessaires à l'édition de : The San Francisco Tape Music Center 1960s Counterculture and the Avant-Garde.

C'est l'histoire d'une association née au Trips Festival en 1966, d'une association de musiciens pas comme les autres, de musiciens en avance sur leur temps, à la fois parce qu'ils sont doués d'oreille et d'esprit mais sont aussi parce qu'ils sont au fait des outils technologiques qui peuvent transcender leur(s) pratique(s) artistique(s). Parmi ces musiciens, les plus célèbres sont Pauline Oliveros, Ramon Sender, Morton Subotnick, Tony Martin, David Tudor, Terry Riley, Steve Reich, Philip Winson, Bill Maginnis... Les têtes pensantes et chercheuses d'une science musicale, en quelque sorte, dont ce livre retrace l'histoire commune et qu'il donne à entendre (ou presque) via des entretiens et à voir, même, sur un DVD qui complète l'ouvrage. Aux amateurs de mélanges (ici de la pop et du minimalisme, de la musique expérimentale et de la musique contemporaine), on ne peut que recommander la lecture de cette histoire de la contre-culture et de l'avant-garde américaine.

David W. Bernstein : The San Francisco Tape Music Center 1960s Counterculture and the Avant-Garde (University of California Press)
Edition : 2008.
Pierre Cécile © le son du grisli


Jason Kahn : Timelines Los Angeles (Creative Sources, 2010)

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Particulièrement riche ces dernières années, la production phonographique qui documente le travail de Jason Kahn (percussion, synthétiseur analogique) multiplie les angles et contextes d’appréhension d’une esthétique finalement homogène, mais n’aide guère – et c’est bien ainsi ! – à mieux comprendre ce que l’on peut trouver de si fascinant à cet univers délicat, tout en jeux de nuances, qui n’offre que peu d’aspérités, au bord parfois de l’évanouissement…

Curiosité et plaisir donc, sont vivement renouvelés à l’audition de cet enregistrement d’avril 2008 à Los Angeles, d’autant que Kahn ne s’y retrouve pas en compagnie de membres de son cercle habituel et que l’instrumentarium convoqué s’ouvre aux sources acoustiques du piano – préparé par Olivia Block – et des saxophones alto & sopranino d’Ulrich Krieger (+ live-electronics). Le quatuor, complété par Mark Trayle (laptop, guitare), joue une composition graphique du percussionniste, dans la veine d’autres Timelines remarquables, comme la version zurichoise de 2004 publiée par le label Cut, ou l’édition new-yorkaise téléchargeable ici.

De cette partition en tant que telle il ne faut pas attendre qu’elle recèle l’explication de la réussite de son « interprétation » (par improvisation) : consignant sommairement (mais pour chacun, spécifiquement) des durées, textures et densités, elle est à peine une façon de scénariser, pas même d’encadrer, peut-être de laisser planer l’idée d’une forme ou d’une tension sous-jacente… mais elle n’en aboutit pas moins, entre les mains de ces quatre musiciens, à une création vivante de la plus belle eau, qui captive par l’élégance de sa mise en son, la finesse de ses entremêlements et la puissance qu’elle peut dégager, ses moments de suspension et d’étirement, l’impression d’espace géographique et mental qu’elle procure. Cliquetis, ondes et auras, en vibrionnant doucement, résonnent chez l’auditeur, longuement.

Jason Kahn : Timelines Los Angeles (Creative Sources / Metamkine)
Edition : 2010.
CD : 01/ Timelines Los Angeles
Guillaume tarche © Le son du grisli


Manu Holterbach, Julia Eckhardt : Do-Undo (in G maze) (Helen Scarsdale, 2010)

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Do-Undo est un projet élaboré au Q-O2 (une plateforme artistique dévolue notamment à l’improvisation et aux musiques expérimentales à Bruxelles) par Ludo Engels et Julia Eckhardt. Il consiste à enregistrer et archiver de longs sons d’alto, « exclusivement en sol, riches en harmoniques et partiellement distordus. » Ces sons sont ensuite mis à disposition d’artistes d’horizons divers, libres d’en disposer à leur guise.

Lors d’une résidence au Q-O2, Manu Holterbach s’est approprié ces enregistrements pour en faire deux compositions qui évoquent à première vue le drone majestueux d’un Phill Niblock. Pourtant, la matière musicale est ici nettement moins minérale et monolithique que chez ce dernier suite à l’interpénétration du son continu de l’alto d’Eckhardt avec du field recording d’Holterbach.

La source des captations sonores est le plus souvent difficile à identifier. Seuls quelques éléments de la première pièce sont reconnaissables : des criquets, le vent dans les arbres. Pour le reste, Holterbach a utilisé le bruit d’un frigo, d’une alarme ou encore d’installations d’amis artistes. Au final, peu importe la nature de ces bruits s’ils se marient parfaitement, et c’est le cas, au son de l’alto. Le drone initial agit dès lors comme principe hypnotique, tandis que le travail de montage subtil de Manu Holterbach impose la création d’ambiances mystérieuses et propres à la rêverie.

Manu Holterbach & Julia Eckhardt : Do-Undo (in G maze) (Helen Scarsdale)
Enregistrement : 2006-2008. Edition : 2010.
CD : 01/ Julia’s Ecstatic Spring Phenomenon 02/ Two Stasis Made Out of Electricity
Jean Dezert © Le son du grisli



Sabir Mateen, Frode Gjerstad : Sound Gathering (Not Two, 2010)

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Sur des compositions de Frode Gjerstad, Sound Gathering revient sur la rencontre à New York en 2007 du Norvégien avec Sabir Mateen (saxophones, clarinettes, flûte) et Steve Swell (trombone) auprès de Clif Jackson (contrebasse) et David Gould (batterie).

Passée la première pièce (Air Conditioning) sur laquelle les musiciens se tournent lentement autour, le disque s’impose en grand document de free jazz tardif qui renoue à la fois avec les origines du genre et le développe au son de patiences réfléchies : alors, une piste passe en titre roulant vif puis une autre prône un retour aux sources régénérant pour emprunter les voix en lacets dessinés par les instruments à vent. Steve Swell en invité inattendu du duo annoncé – qui plus est plus que simplement compatible avec celui-ci – ainsi que Jackson et Gould (surtout) en souteneurs charismatiques, transforment la rencontre déjà fructueuse de Frode Gjerstad et Sabir Mateen en manifestation virulente et impérieuse qu'il faudra, elle aussi, aller chercher.

Frode Gjerstad, Sabir Mateen : Sound Gathering (Not Two / Instant Jazz)
Enregistrement : 2007. Edition : 2010.
CD : 01/ Air Conditioning 02/ Another Beginning 03/ After The Break 04/ Talin’ with David 05/ Sound Gathering 06/ ‘Til the Next Time
Guillaume Belhomme © son du grisli


Han Bennink, Frode Gjerstad : Han & Frode (Cadence Jazz, 2009)

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Sous le titre mignon d’Han & Frode a été consigné le souvenir d’une tournée faite ensemble par Bennink et Gjerstad.

C'est-à-dire, celui aussi de l'union d’un art percussif tendu comme un arc bien que dangereusement sec et de déferlantes de notes de clarinette, qu’elles sifflent ou fomente des rauques derniers ; le souvenir aussi d’un Bennink faisant de la batterie l’instrument principal – sa voix étant le second – d’un art martial ludique et celui d’un Gjerstad dont l’alto ne peut s’empêcher de cracher les éléments d’un langage animal perturbé. Le tout, se déplaçant sous les effets de dépressions passagères, puisqu'ici Bennink retient ses coups et que là Gjerstad pleure la figure de Pee Wee Russell. Ceci avant que les vieux démons – c'est-à-dire Han et Frode en personne – reprennent le dessus.

Han Bennink, Frode Gjerstad : Han & Frode (Cadence Jazz)
Enregistrement : 2008. Edition : 2010.
CD : 01-06/ Inderøy Part 1-6
Guillaume Belhomme © Le son du grisli


BJ Nilsen : The Invisible City (Touch, 2010)

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La ville invisible de BJ Nilsen, c’est Berlin. Ou plutôt : la ville que BJ Nilsen a rendu invisible, c’est Berlin. Ou encore… Ou arrêtons-là. Saluons quand même l’audace du Suédois Nilsen. C’est en effet Berlin qu’il cherche à rendre invisible. Pas Paris ! En d’autres termes : Nilsen refuse de donner dans la facilité.

En 2008 et 2009 à Berlin (donc), c’est avec la violoniste Hildur Gudnadottir que Nilsen réfléchissait à ses épreuves d’un urbanisme sonore original. Modifié, le son du violon s’entend avec les orgues, les guitares et les field recordings chers à Nilsen. Méconnaissables, tous ces éléments débordent ensuite des plans dessinés et l’architecture bizarre qui se met en place ne craint pas d’accueillir des aréopages de fantômes ou des armadas d’objets volants. La musique atmosphérique n’a jamais été aussi dé-concrétisée et, en conséquence, aussi surprenante.

BJ Nilsen : The Invisible City (Touch / Metamkine)
Enregistrement : 2008-2009. Edition : 2010.
CD : 01-03/ The Invisible City
Pierre Cécile © Le son du grisli


Jason Stein : Three Less Than Between (Clean Feed, 2009)

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Pointe déjà dans cet enregistrement chicagoan de mai 2008 ce qui se confirmera quatre mois plus tard avec In Exchange for a Process et qui pourrait se résumer en une seule phrase, lourde de sens et de mémoire : dejarme solo ! Soit un corps perdu et souvent sans repères implorant l’ivresse des solitudes.

Dans Protection and Provocation, acte fort d’un salivaire énervé et rageur, la clarinette basse de Jason Stein trouve, sans élan, le vif chemin des convulsions extrêmes. Quelques minutes plus tard, la voici seule, à nouveau, avec l’étrange Stevenesque, thème à transformations multiples. Fausse ballade au souffle microtonal appuyé, le jeu consiste ici à se perdre et à ne plus se retrouver. C’est visiblement cette voie que cherche le clarinettiste tout au long de ce disque. Entre stridences, graves caverneux, ruptures en pleine-teinte, affolements d’anches, il peut compter sur Jason Roebke et Mike Pride pour alimenter cette recherche d’indépendance et de liberté. Ainsi d’une forme à l’autre, d’un souffle vorace à un filet de son à peine audible, Locksmith Isidore se démarque et s’extirpe radicalement d’une scène chicagoane si prometteuse hier, bien décevante aujourd’hui.

Jason Stein’s Locksmith Isidore : Three Less Than Between (Clean Feed / Orkhêstra International)
Enregistrement : 2008. Edition : 2009.
CD : 01/ Protection and Provocation 02/ Stevenesque 03/ Laced Up with Air 04/ Izn’t Your Paper Clip 05/ Saved by a Straw 06/ Future Lungs 07/ Three Less Than Between 08/ Augusta Gun 09/ Most Likely Illiterate 10/ Amy Music 11/ Sac Crestwood
Luc Bouquet © Le son du grisli


Salvatore Sciarrino : Luci Mie Traditrici (Kairos, 2001)

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First of all I’ve to say I’m a devote of Sciarrino’s work. Despite of his intrinsecal manierism, I love his way to connect strong concept statements, trasversal savoir-faire through distant languages, formal elegance and outstanding writing. His work on voice is, in contemporary music, something that still demonstrates how is possible to get connected roots, tradition, conscious sense of history and an extraordinary modernity, deep in-sight relation with text and dramatic  force.

Here we meet a tragedy, in the very classical developing knot of love, betrayal, honour challenge, murder. The plot is about the tremendous life of Renaissance marvellous composer Carlo Gesualdo, who is incidetally one of Sciarrino’s myths. The opera procedes keeping voices (murmuring, confusing questions and answers, overlapping meanings) at the centre of the stage. Instruments seem to dance all around, like tearing a silence curtain, but adding and colouring the developing matter in a tensive opacity. We can feel a drama morphing under our eyes, and the listening is active. This is one of the main forces of Sciarrino.

I think this is extremely, melodramatically, deeply italian. The sense of the theatre is inevitabile, and the music itself still retains a dramatic evolution and sense. The space plays an enormous, critical role and the whoel opera is thought as a moving act. We can feel the intimacy, the minimal gestures, the everyday nearness and, at the same time, the depth, the distance, the overcoming time, the force of the history. Captured  by the structure, we have the possibility to follow different narrative threads without lose the whole drama. Sciarrino uses an extremely articulated language, from the very contemporary sound exploration to madrigal attempts, without losing a perfect formal balance. So at the end we are completely involved and really cannot remain indifferent or far from the sincerity and the force of this music.

I’m in love with the prologo and the subsequent intermezzos. Here Sciarrino uses a stategy that I often play as a musician. He starts from a quite structured idea, then he leaves it. These could be considered like seeds thrown in the fruitful path of Time. During the creative process, that idea returns, but in a sort of de-constructed way. And then proceed in a polverization of the elements to find them again in a transformed pulsing matter. It’s a modern and fresh way to keep up ideas. You can keep the drive, but sometimes, and fortunately, ideas seem to want to be left alone. And you can’t do anything else, only belonging to ideas themselves. This is the very sense of music, after all.

Salvatore Sciarrino : Luci Mie Traditrici (Kairos, 2001)
Edition : 2001.
CD : Luci Mie Traditrici
Gianni Mimmo © Le son du grisli

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Gianni Mimmo est saxophoniste. Sur le label Amirani Records, il a récemment fait paraître un disque sur lequel on peut l'entendre : No Room for Doubt.



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