Le son du grisli

Bruits qui changent de l'ordinaire

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Christina Kubisch à NantesA paraître : le son du grisli #5En librairie : Bucket of Blood de Steve Potts

Andrew Coleman, Defasten : Openland (Cocosolidciti, 2009)

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Sempiternellement, nous sommes d’abord attirés par l’image. Moi aussi, c’est pourquoi je pose le DVD d’Andrew Coleman et de Defasten avant d’écouter le CD qui l’accompagne. Openland commence et la question se pose : les images de Defasten sauront-elles respecter la musique d’Andrew Coleman, à la fois hybride et éclectique ?

Par le biais de l’image, peut être aussi que Coleman cherche autre chose à dire, et même peut être donner à réfléchir : sur l’écran, je découvre un collage de témoignages sur le bleu de paysages – ce sont des paroles qui s’imposent d’abord. L’association du vidéaste et du musicien souffle le chaud et le froid, non pas du point de vue de la couleur mais en ce qui concerne le fond des choses : la photographie est brillante mais les paroles l’encombrent, les discours moralisant sur l’environnement la floutent – qui a dit que l’art devait transcender le réel ? Qui a dit que l’art devait tout changer ? Le film, à cause des bruits et des voix qu’il contient, est un bout de réel transposé sur écran alors qu’il promettait d’être un rêve en neige et bleu. Et c'est dommage.

Heureusement, le disque est là comme une échappatoire : la musique se déploie entre un folk expérimental et des  mouvements sonores indéfinissables. Une musique d’après le déluge, en quelque sorte, qui va d’efforts de reconstruction en travaux de synchronisation (sur le bleu du film que je réinvente maintenant, la morale a fui et j’entends à sa place cette belle musique). Or, deux autres questions se posent : ce travail de juxtaposition, était-ce à moi de le faire ? Et faut-il demander à Andrew Coleman et Defasten de revoir leur Openland, de garder les images, d’enlever le verbiage, et de faire un peu plus confiance à la musique ?

Andrew Coleman, Defasten : Openland (Cocosolidciti, 2009)
Edition : 2009.
DVD + CD : Openland.
Héctor Cabrero © Le son du grisli



Railcars : Cathedral With No Eyes (Stumparumper, 2010)

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Si l'on fouille un peu, il est encore possible de mettre l'oreille sur un disque de pop au-dessus de la moyenne, en tout cas assez intéressant pour ne pas souffrir la comparaison avec les essentiels de la bonne musique populaire...

C'est le cas avec Cathedral With No Eyes du groupe Railcars (duo d'Américains qui dit donner dans le “punk crunk electronic”, selon le site du label). Avec force guitares saturées et claviers aux sonorités souvent bien choisies, Railcars défend une musique qui pourrait évoquer la rencontre de Clap Your Hands Say Yeah (leurs bons morceaux, s'entend...) et de... Wolf Eyes. Si ce n'est sur son deuxième titre, morceau de disco trash plutôt médiocre, Cathedral With No Eyes recèle des perles assez assourdissantes pour que l'on regrette n'avoir affaire ici qu'à un mini album. 


Railcars, Cathedral With No Eyes (extrait). Courtesy of Stumparumper.

Railcars : Cathedral With No Eyes (Stumparumper)
Edition : 2010.
A01/ Life of Saint Edmund A02/Castles A03/ Passion of Saint Edmund A04/ Passion of Saint Edmund (Miracles) B01/ Cathedral With No Eyes B02/ Martyrdom of Saint Edmund
Pierre Cécile © Le son du grisli


Robin Hayward : States of Rushing (Choose, 2010)

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Sur les imposantes couches de Phosphor, on a déjà entendu le tuba de Robin Hayward. Sur States of Rushing, Hayward intervient seul, au tuba toujours, une seule fois par piste et sans faire usage d’électronique.

Ces détails ont leur importance puisqu’on pourrait croire, à l’écoute de ce disque, qu’Hayward s’est consacré en solo à quelques travaux d’électroacoustique qu’il aurait ensuite emboîtés les uns à la suite des autres : un souffle gras traînant en tube, des mécaniques rendant leurs rythmes claudiquant et des attaques sonores perçantes, tous éléments avec lesquels Hayward compose ici, mais sur le vif.

Les notes franches sont aussi de la partie, comme les silences, les unes et les autres déposés avec la même passion et la même intensité. Diversifiant sans arrêt sa pratique expérimentale jusqu’à laisser tomber toute expérimentation, Hayward va et vient soudain entre deux notes, dessine le squelette d’une techno minimale bientôt chassée par la transhumance de râles bruitistes : noise mais acoustique, comme le reste d’un disque qui fait impression.

Robin Hayward : States of Rushing (Choose)
Edition : 2009.
CD : 01/ Trailer 02/ Release 03/ Recoil 04/ Tone 05/ Treader 06/ Redial 07/ Harc
Guillaume Belhomme © Le son du grisli


Ural Umbo : - (Utech, 2009)

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Sous le nom d’Ural Umbo, Steven Hess et Reto Mäder (Sum of R) composaient récemment un ouvrage d’un noir intense. Lent toujours, tournant sans cesse autour de trois à quatre notes, fait d’arpèges de guitares distendues aux cordes frôlant en conséquence la rupture et de plaintes sorties de mécanismes infernaux.

De temps à autre, la masse sonore vacille pour laisser apparaître une structure fragile, et puis une batterie subtile retouche le nécessaire, et le macabre de pacotille se fait impérial, accaparant, d'un brouillon malin.


Ural Umbo, The Stumbling Upon Blood And Mercury (extrait).


Ural Umbo, Theme of the Paranormal (extrait). Courtesy of Utech Records.

Ural Umbo : - (Utech Records)
Edition : 2009.
CD : 01/ The Lights Would Stop Flickering 02/ Theme Of The Paranormal Feedback  03/ Förlåta Jag 04/ Voices From The Room Below 05/ Don’t Eat Carrots, My Little Ghost Horse 06/ Stumbling Upon Blood And Mercury 07/ Pendulum Impact Test  08/ Among The Bones 09/ Mathieu 2004-2009
Guillaume Belhomme © Le son du grisli


Nörz : (also known as) acker velvet (Schraum, 2009)

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Commencée dans le noir le plus total, l’improvisation d’Andreas Trobollowitsch à la guitare et à la basse et de Johannes Tröndle au violoncelle (aka Nörz sur (also known as) acker velvet, vous vous y retrouvez ?) prend une tournure pop inattendue. Une sorte d’ambient délavée que le violoncelle soutient de tous ses graves.

Ensuite, le climat est gagné par un buzz (inattendu, lui aussi) qui sonne l’heure des jeux : les jouets sont les jacks, les micros et les amplis / les conséquences sont les sifflements et la réverbération de toutes les expériences et de tous les gestes improvisés. Malgré tout, le duo continue de peindre une atmosphère qui si elle ne brille pas par son originalité parvient à se mêler avec tact à la vie de l’appartement : Also Known As musique d’ameublement…

Nörz : (also known as) acker velvet (Schraum)
Edition : 2009.
CD : 01/ Mo 02/ Su 03/ So 04/ Me 05/ Ra 06/ No 07/ Ka 08/ Li
Pierre Cécile © Le son du grisli



Rodrigo Amado : Motion Trio (European Echoes, 2009)

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Pour Motion Trio, le saxophoniste Rodrigo Amado a choisi d’improviser librement auprès du violoncelliste Miguel Mira et du batteur Gabriel Ferrandini. Quelques notes de ténor suffisent alors à convaincre l’association de composer avec d’adroits moments de free et d’habiles périodes de flottements – recherches concentrées de la note qui pourrait à jamais relancer la machine.

C’est qu’Amado ne tient pas longtemps en place : ainsi, il entame la marche accaparante de Testify! pour l’empêcher bientôt et rouler des mécaniques en compagnie de Mira ; plus loin, l’archet insiste au point d’attiser les penchants pyromanes du ténor (Radical Leaves) quand il agit ailleurs en fournisseur de drones épais. C’est d’ailleurs d’épaisseur dont il est question partout sur Motion Trio : celle de trois sonorités et de leur présence remarquable.

Rodrigo Amado : Motion Trio (European Echoes)
Edition : 2009.
CD : 01/ Language Call 02/ Testify! 03/ Radical Leaves 04/ As We Move... 05/ Ballad 06/ In All Languages
Guillaume Belhomme © Le son du grisli


1000 : Played (Leo, 2009)

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Le phrasé d’alto belliqueux de Jan Klare ne viendrait-il pas en droite ligne d’un certain Zorn (City Forest) ? Et cette harmolodie que l’on sent pointer au début de Panorama, ne lorgne-t-elle pas du côté d’Ornette ? Sans nul doute mais là n’est l’important. L’important, c’est ce qui circule dans ces improvisations et compositions – les unes et les autres se confondant étroitement –, dégagées de toute contrainte harmonique ou rythmique.

Souvent s’y déploient des duos (contrebasse-trompette in City Forest, trompette-batterie in Pavement) ; parfois conversent trompette et saxophone en de chauds échanges (certains découvriront ici le très cappezzien Bart Maris)  tandis que la batterie de Michael Vatcher, en écartant tout risque de surcharge au profit d’une frappe franche et espacée, offre à la musique une totale fluidité. Discret malgré de fréquents dérapages d’archet, l’indispensable Wilbert de Joode ressuscite de bien belles rondeurs, pêchées dans le vif d’un free jazz qui n’est jamais très loin ici. Aucune raison de bouder notre plaisir, et, au contraire, n’ayons qu’un souhait en bouche : que l’aventure continue.

1000 : Played  (Leo Records / Orkhêstra International)
Enregistrement : 2008. Edition : 2009
CD : 01/ City Forest  02/ Panorama (Canzonette)  03/ Museum  04/ Pavement  05/ Fence  06/ Skywalk  07/ Park  08/ Fountain  09/ Warden  10/ Pedestrian
Luc Bouquet ©Le son du grisli


Chris Dadge : The Tangled Woof of Fact (Bug Incision, 2009)

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On entend dire de Chris Dadge qu'il est batteur et qu'il a joué avec quelques musiciens appréciés du grislisite (Mats Gustafsson ou Peter Evans). Bien. Mais quelle meilleure carte de visite que ces solos de batterie rassemblés sur The Tangled Woof of Fact ?

Le label canadien Bug Incision a édité cinquante exemplaires de cette carte de visite : les courts morceaux évoquent parfois des percussions africaines, parfois se contentent du rebond des baguettes sur les toms et leurs cadres. Assez souvent, la folie créatrice fait son oeuvre, rapidement, sèchement. Un genre d'exercices plus ou moins réussis parce que plus ou moins partageables. Sur la couverture du disque, on remarque un chantier de construction : des échaffaudages et des poutres et peut être la structure verticale qui accueillera un futur ascenseur : avant l'heure, l'auditeur le prend, monte et descend, descend et monte, selon l'inspiration de Chris Dadge.


Chris Dadge, The Tangled Woof of Fact (extrait). Courtesy of Bug Incision.

Chris Dadge : The Tangled Woof of Fact (Bug Incision)
Enregistrement : 2008. Edition : 2009.
CD : 01-09/ The Tangled Woof of Fact (1-9)
Pierre Cécile © Le son du grisli


Activity Center : Lohn & Brot (Absinth, 2010)

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Michael Renkel (guitare, machines) et Burkhard Beins (batterie, machines) collaborent régulièrement et depuis plus de vingt ans sous le nom d'Activity Center. Cette année voit paraître Lohn & Brot.

Sur les peaux, des coups pleuvent, toujours aussi subtils, tandis que d’un lot d’objets hétéroclites sortent d’autres râles – pour Renkel, tout est prétexte et source à musique. Le discours percussif et ses extensions (rôle des machines) rivalisent ensuite de présence avec un bourdon tenace ou le grondement de micros que l’on frotte. Souvent, on croit le rythme abandonné et la batterie sans d’autre enjeu que de construire son discours en dehors de tout présupposé rythmique : mais sitôt que l’on pense le rythme abandonné, voici qu’il refait surfaces : qui partout vous entourent puis vous enferment en écrins de tumultes. Attendre alors la prochaine dilution. 


Activity Center, Produkt (extrait). Courtesy of Absinth Records.

Activity Center : Lohn & Brot (Absinth / Metamkine)
Enregistrement : 2009. Edition : 2010.
CD : 01/ Arbeit : Material 02/ Passage 03/ Zone : Produkt 04/ Transit 05/ Station : Prozess
Guillaume Belhomme © Le son du grisli


Burton Greene : Live at the Woodstock Playhouse 1965 (Porter, 2010)

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Quelques mois plus tard, Dave Grant et Tom Price, remplaceront Rashied Ali pour l’enregistrement de Burton Greene Quartet (ESP 1024). Pour l’heure, c’est le solide Reggie Johnson qui remplace Henry Grimes. Nous sommes en 1965 et le quartet de Burton Greene joue au Woodstock Playhouse.

Après Tree Theme II, ¾ assez quelconque mais idéal pour se mettre en selle, voici Cluster Quartet II. Et de cluster, il en est fortement question quand vers la cinquième minute, Greene en déverse un ; démesuré, fielleux, belliqueux. A cette époque, le jeu du pianiste est sec, houleux, aiguisé. En ce sens, il s’oppose au jeu d’abondance de Rashied Ali. Marion Brown, lui, n’est que torsades, harmonies grisantes, herbes folles, crochets fulgurants et forme avec le batteur un couple irradiant (Cluster Quartet II).

Longue plage improvisée, Like It Is nous dit tout de la liberté de ce jazz-là : solos emportés, intensité des échanges, fièvre du dire. On en oublierait presque un bruit parasite, perturbant parfois l’audition de cette très précieuse pépite.

Burton Greene : Live at the Woodstock Playhouse 1965 (Porter Records / Orkhêstra International)
Enregistrement : 2005. Réédition : 2010   
CD : 01/Tree Theme II  02/Cluster Quartet II  03/Like It Is
Luc Bouquet © Le son du grisli



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