Le son du grisli

Bruits qui changent de l'ordinaire

Inscription à la newsletter du son du grisli
suivre le son du grisli Fil RSS au grisli clandestin Contact

le son du grisli #3Peter Brötzmann Graphic WorksConversation de John Coltrane & Frank Kofsky
A la question : interviewsAu rapport : impressions de concertsEn théorie : l'improvisation par l'écrit : John Butcher & Evan Parker

Lucio Capece, Lee Patterson : Empty Matter (Another Timbre, 2009)

emptygrisli

Rien d’étonnant à ce que Lucio Capece (saxophone, clarinette, préparations, shruti-box) et Lee Patterson (lecteurs de disques, objets amplifiés) unissent leurs efforts pour un disque sous l’égide d’Another timbre.

Les deux expérimentateurs produisent une musique sombre et orageuse dont les impératifs esthétiques correspondent parfaitement au jeune et vigoureux label anglais. Ici, la recherche ne relève ni de la complexité technique, ni de la construction d’un univers rassurant et stable. Lucio Capece donne l’essentiel de l’assise sonore par ses souffles répétitifs et granuleux ou par le drone bourdonnant qu’il crée à l’aide de la shruti-box indienne.

Parfois, il est difficile de reconnaître avec aisance la source de sons produits. Ainsi, si l’on sait d’après le livret de l’album que Lee Patterson utilise des noisettes comme vecteurs de bruit, comment identifier ces dernières ? Ces indéterminations renforcent l’aura de mystère d’une matière électrique et pleine de fissures. L’usage hétérodoxe d’instruments traditionnels et  l’emploi d’objets hétéroclites se combinent et participent à l’irruption d’un ailleurs musical, ressemblant à ce qui pourrait être de la noise de cuisine ou de salon, jouée par des improvisateurs charmés par une certaine économie de geste et de discours.


Lucio Capece, Lee Patterson, Impeler. Courtesy of Another Timbre.

Lucio Capece, Lee Patterson : Empty Matter (Another Timbre)
Enregistrement : 12 juin 2009. Edition : 2009.
CD : 01/ Impeler 02/ Suspender 03/ Fervesce 04/ Ventilar 05/ Coriolis 06/ Insuflar 07/ Sostener 08/ Burning.
Jean Dezert © Le son du grisli

Commentaires [0] - Permalien [#]

Brötzmann, Schlippenbach, Johansson : Up and Down the Lion – revised (Olof Bright, 2009)

thegrislirevised

Il y a trente ans, trois hommes peu communs tournaient en Suède : Alexander von Schlippenbach (piano) et Sven-Åke Johansson (batterie) célébraient ainsi leurs retrouvailles avec Peter Brötzmann (saxophones).

Document d’importance, Up and Down the Lion – revised assemble des duos enregistrés et un trio fiévreux : Brötzmann rageur, sifflant, féroce ; Schlippenbach angoissé, obsessionnel, bilieux répétitif ; Johansson forcément percutant, terrible et torrentiel au point de devoir se réserver quelques pauses au son d’un drôle d'accordéon. Musique de fièvre en concert à Härnösand : impérieuse vague de souffre suivie de son ressac (acouphène passager).

Peter Brötzmann, Alexander von Schlippenbach, Sven-Åke Johansson: Up and Down the Lion – revised (Olof Bright)
Enregistrement : 1979. Edition : 2009.
CD : 01/ 18:07 02/ 07:27 03/ 06:31 04/ 14:39 05/ 10:29
Guillaume Belhomme © Le son du grisli

Commentaires [0] - Permalien [#]

Lokai : Transition (Thrill Jockey, 2009)

lokaisli

Acteurs majeurs et hyperactifs de la scène musicale viennoise, en solo ou au sein de leurs diverses collaborations, Stefan Németh et Florian Kmet ont remis le couvert Lokai en 2008, trois années après leur inaugural 7 Million, édité à l’époque sur leur propre label, l’excellent Mosz. L’enregistrement de ce second effort Transition achevé, c’est du côté de Chicago et de la maison Thrill Jockey – déjà home des travaux de Németh au sein du trio Radian, dont le récent Chimeric est chroniqué en ces mêmes pages – que le projet autrichien trouve refuge.

Très peu engageante, la première minute de l’album invite à l’abandon en rase campagne – la faute à ses formes craquelées trop fortement décalquées du Cholagogues de Figueras, Toop & Burwell. Ici s’arrête la mauvaise nouvelle, place maintenant aux (nombreuses) bonnes. En premier lieu, la dynamique interne d’une musique réalisée avec une économie de moyens qui ne s’entend guère – ou si peu. Echafaudés sur des structures lâches et joliment convaincantes, les morceaux se laissent guider par des fils distendus, ils relient en pleine souplesse – celle qui fait défaut au dernier Radian ? – les guitares et l’électronique, complétées par un Rhodes ou des percussions félines et racées. Les deux premiers morceaux (hormis ces fameuses premières soixantes secondes) sont formidables. Assouvis d’une chaleur tropicale qui aurait fait sienne la vitalité de la culture viennoise, ils soumettent les six cordes de Kmet à une danse imprimée du bout des orteils. Quelques fois hésitants au démarrage, d’autres morceaux ne perdent rien pour attendre, eux non plus. Dès une coda instaurée, elle est toujours d’une grande subtilité, les variations lokaïennes s’enlacent autour d’une immense complicité qui ne nous veut que du bien.

Lokai : Transition (Thrill Jockey)
Edition : 2009.
CD : 01/ Roads 02/ Salvador 03/ Panarea 04/ Volver 05/ 4 a.m. 06/ Glimmer 07/ Bruit 08/ Tik 09/ Roads (reprise)
Fabrice Vanoverberg © Le son du grisli

Commentaires [0] - Permalien [#]

Basshaters : Live Spring 2009 (Young Girls, 2009)

bassgrislers

Je ne connaissais rien de Basshaters avant d’écouter cet enregistrement d’un de leurs concerts. Au fil des recherches, une page myspace m’en apprend plus : un duo d’Américains constitué de Tony Dryer et Jacob Felik Heule = contrebasse et batterie et de l’électronique (ce serait moins drôle sans). Le duo a déjà joué avec les saxophonistes Jack Wright et Michel Doneda, alors j’imaginais un dialogue déconstruit et cérébral...

Or, quand le disque démarre, un bruit de rotatives retentit, assourdissant si le volume est assez fort, qui vient peut être de micros que l’on gratte. Pour suivre, un larsen se fait entendre, des chants d’oiseaux (ou sinon c’est moi qui fantasme…) perdus dans un brouillard sonore épais et cataleptique. Les moteurs ne cesseront plus de suffoquer, de s’emballer même jusqu’à faire craquer le plancher (ou sinon c’est moi qui fantasme). Des pauses essayent bien de calmer le tout, mais rien n’y fait : le duo continue de protester, haut et fort. Le tout est aride et très impressionnant, Basshaters m’a convaincu que je fantasmais moins que je ne pouvais le penser…

Basshaters : Live Spring 2009 (Young Girls Records)
Enregistrement : 2009. Edition : 2009.
CD-R :01/  Eugene, OR / Epic Space / June 4 02/ Santa Fe, NM / High Mayhem / May 31 03/ Portland, OR / The Wail / June 5
Pierre Cécile © Le son du grisli

Commentaires [0] - Permalien [#]

Lucio Capece, Sergio Merce : Casa (Organized Music from Thessaloniki, 2009)

casagrisli

Des duos (avec Nakamura, Malfatti ou Patterson) récemment enregistrés par Lucio Capece (sruti box, filtre, clarinette basse), celui qui l’associe à Sergio Merce (quatre-pistes sans bande, saxophone ténor) a un caractère d’évidence et de simplicité qui le rend attachant. Conçu en février 2008 sur leurs terres argentines natales (et publié en Grèce par Organized Music from Thessaloniki – un clin d’œil à l’étiquette Improvised Music from Japan ?), ce disque d’une durée justement adéquate combine deux belles pièces.

La première, en une trentaine de minutes, offre un drone « d’orgue à main » (filtré, le guide-chant semble crêper le son à l’émission et l’onduler dans sa diffusion) brodé des surpiqûres de Merce ; surface et épaisseur s’y révèlent au fil de lents développements. La seconde, strictement acoustique, à la clarinette basse et au saxophone ténor, est une vignette de sept minutes : en poussées conjointes et appliquées, à intervalles réguliers, les notes tenues, dans les cercles vibrants de leurs effets harmoniques, dessinent l’architecture intérieure de cette casa sonore.


Lucio Capece, Sergio Merce, Virar, Virar (extrait). Courtesy of Organised Music from Thessaloniki.

Lucio Capece, Sergio Merce : Casa (Organized Music from Thessaloniki)
Enregistrement : 2008. Edition : 2009.
CD : 01/ Virar, Virar 02/ Vieja Casa Nueva
Guillaume Tarche © Le son du grisli

Commentaires [0] - Permalien [#]

Sun Ra : The Heliocentric Worlds of Sun Ra II (ESP, 2009)

heliogrislic

Mille nouvelles copies vinyle du second volume de The Heliocentric worlds of Sun Ra tournent aujourd'hui. Milles planètes redécouvertes tournant autour du soleil ou de Sun Ra, au choix.

Enregistré à New York en 1965, le disque fait évoluer un octette qui, à lui seul, aura concrètement – et peut être mieux que les autres formations du pianiste – mis en scène et en espace une esthétique bouleversante. En ouverture, The Sun Myth progresse lentement au gré des fluctuations de l'archet de Ronnie Boykins et de la clarinette basse de Robert Cummings avant que le meneur commande l'invasion d'un free chaotique, enfoncé à coups de baryton par l'inégalable Pat Patrick. Mais les reliefs sont changeants, et les attitudes s'y adaptent : redescente obligée le temps de laisser la musique évoluer sur quelques glissements de terrains surprenants.

L'autre face contient deux pièces, exploration d'un palais des glaces sur lequel le groupe sera tombé finalement : flûte de Marshall Allen illustrant le ravissement sur A House of Beauty qui en appelle déjà au champ dévasté : Cosmic Chaos forcément percussif, et cédant sous l'alto de John Gilmore malgré les pansements et piqures de rappel au jazz ancien prescrits par la trompette de Walter Miller. Soudain, sur Cosmic Chaos, le soleil n'est plus par sa lumière (clarinette basse encore, ombreuse, insistante, de Cummings) mais par son énergie : l'essentiel, donc.

Sun Ra : The Heliocentric Worlds of Sun Ra II (ESP Disk / Orkhêstra International)
Enregistrement : 16 novembre 1965. Réédition : 2009.
LP : A01/ The Sun Myth B01/ A House of Beauty B02/ Cosmic Chaos
Guillaume Belhomme © Le son du grisli

Commentaires [0] - Permalien [#]

Empan : Entraxes inégaux (Bloc Thyristors, 2009)

empansli

Il est des groupes de studio et d’autres de scène et, à l’écoute d’Entraxes Inégaux, on peut se demander dans quelle catégorie ranger Empan (l’association du batteur Jean-Noël Cognard, de la chanteuse Judith Kan, de la violoncelliste Béatrice Godeau et des multi instrumentistes Jac Berrocal et Dan Warburton).

Sur les deux faces d’un beau vinyle, on trouve le groupe improvisant et mélangeant les genres (les mélanges sont parfois heureux, d’autres fois maladroits) : rock et électro-jazz patentés, musique électronique déjantée et la voix de Kan sur le tout, qui rappelle souvent celle de Sainkho. L’improvisation rend tout cela dans un torrent fécond mais pas très regardant et si l’on prend plaisir à entendre l’archet de violoncelle tourner sans fin ou ailleurs les piaillements d’aigus électroniques, on regrette de temps à autre des sons de synthés datés et pompeux ainsi que des postures immatures (à en croire les intervenants bloqués en pleine adolescence). Alors au final on hésite, et pour se faire une idée, on ne manquera pas le prochain concert…

Empan : Entraxes inégaux (Bloc Thyristors / Metamkine)
Edition : 2009.
LP : A01/ Trompette-des-morts (1) A02/ 5 figures possibles A03/ Et mesurer l’équilibre A04/ Entrée d’air A05/ Coulées successives en attente d’utilisation A06/ Phalanges et branches terminales - B01/ En un tour de main B02/ Liens totémiques B03/ Ajouter le bruit B04/ Poussières B05/ Trompette-des-morts (2)
Pierre Cécile © Le son du grisli

Commentaires [0] - Permalien [#]

Peeping Tom : File Under:Bebop (Umlaut, 2009)

fileundergrisli

Ici : entendre et pas seulement la forme. Une forme qui n’est pas formule. Saisir seulement ceci – des standards joués à la sauce free – serait grandiose erreur.

Ici, c’est une musique surpuissante qui se déploie. Dans le heurt ou le soutenu. Charles Gayle jouant Giant Steps : il y a un peu de cela. Il y a surtout de l’élan, des symboles maltraités mais aucune trace de provocation. Juste un jeu serré, emporté. Aucune pudeur à dire et redire comment ça se propage : avec dextérité ici, avec fêlure ailleurs. Jouer sans préconçu, librement. Jouer comme au premier soir. Comme au dernier. La musique de Peeping Tom (Pierre-Antoine Badaroux : saxophone alto, Joel Grip : contrebasse, Antonin Gerbal : batterie) ou l’antidote rêvée à la lourdeur des jazz d’aujourd’hui.

Peeping Tom : File Under: Bebop (Umlaut Records / Orkhêstra International)
Enregistrement : 2009. Edition : 2009.
CD : 01/ Koko  02/ Locomotive-Light Blue-Evidence  03/ Un Poco Loco  04/ Constellation-Old Time Southside Street Dance  05/ Mohwak  06/ Bebop  07/ Shaw ‘Nuff-Parisian Thoroughfare-Four in One  08/ Donna Lee
Luc Bouquet © Le son du grisli

Commentaires [0] - Permalien [#]

Piotr Kurek : Lectures (Crónica, 2009)

lecturesli

Compositeur mythique pour une série de musiciens actuels, Cornelius Cardew (1936 - 1981) ne cesse de stimuler les collaborations et de transcender les genres. Enregistré dans le cadre d’une performance donnée en 2007, Lectures s’inspire largement de l’esprit libertaire du Britannique, ami d’Eddie Prevost.

Œuvre du Polonais Piotr Kurek, le disque se base sur une série d’enregistrements inédits de Cardew (conférences, concerts ou répétitions), complétés des œuvres écrites par l’homme de Varsovie – où le disque a été enregistré. Témoignages d’un instant de grâce où l’abandon du jazz contemporain se livre totalement aux musiques post-classiques de notre temps, les morceaux écrits par Kurek font splendide figure. Adepte d’une lenteur maîtrisée à la perfection telle qu’on peut l’entendre du côté de Vienne chez les The Magic I.D. de Christoph Kurzmann & Co., le maître polonais inscrit ses gènes musicales dans une magnifique liberté qui lorgne autant vers une certaine pop – toute proportion gardée – que vers les échos déchirés de notes bleues au parfum de Mitteleuropa. On dit d’autant plus bingo que les précieux témoignages intercalés apportent un supplément d’âme aussi bienvenu que précieux.

Piotr Kurek : Lectures (Crónica)
Edition : 2009.
CD : 01/ Part I 02/ Ways of Making Sounds 03/ No Mistake 04/ Part II 05/ Cardboard Cups 06/ Tripartite 07/ 1963 08/ Questions 09/ Go Up 10/ Players
Fabrice Vanoverberg © Le son du grisli

Commentaires [0] - Permalien [#]

Golden Serenades : Hammond Pops (+3dB, 2009)

goldengrislinades

Sur Hammond Pops, John Hegre (Jazzkammer) et Jørgen Træen – déjà partenaires au sein de Der Brief – célèbrent en compagnie de Sigbjørn Apeland à l’orgue hammond le dixième anniversaire de Golden Serenades.

Par politesse sans doute, l’orgue tire le premier : longues nappes déjà hostiles sur lesquelles un lot d’objets hétéroclites viendra se briser – tous bris d’electronics causés par un orgue martial qui ne prétendra jamais tenir à ménager l’auditeur. Se bousculent ensuite des déflagrations en tous genres. Venant de la gauche ou de la droite, des cris de possédés grossissent les rangs d’une manifestation d’esprits en proie à un tumulte irraisonnable. S’il suit le cortège d’un bout à l’autre, le même auditeur s’en trouvera exalté ou éreinté, selon sa nature et l'idée qu'il se fait du bruit en musique.


Golden Serenades, Hammond Pops (introduction). Courtesy of 3dB.

John Hegre's Golden Serenades : Hammond Pops (+3dB)
Edition : 2009.
CD : 01/ Hammond Pops
Guillaume Belhomme © Le son du grisli

Commentaires [0] - Permalien [#]

>