Le son du grisli

Bruits qui changent de l'ordinaire

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Interview de Quentin RolletAlan Silva à ParisA paraître : le son du grisli #5
Archives des interviews du son du grisli

Lapslap : Zuppa inglese (Leo, 2009)

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Rapides ou pressés, les trois membres de Lapslap délivraient Zuppa inglese après avoir donné Itch et Scratch. Reprenant leur discours là où ils l'avaient laissé, et en compagnie de l'invité Mark Summers à la viole de gambe

Pour le développer encore et établir leurs improvisations dans un autre champ d'électroacoustique : espace où les instruments (viole, donc, et puis piano, ocarina, saxophones) luttent pour ne pas disparaître et paradent en conséquence au son de plaintes (grincements de cordes, frottements sur métal ou bois) et de protestations – lorsque le soprano opte plutôt pour la séduction, l'intensité retombe en conventionnel triste.

Heureusement, la dérive est inspirante et Lapslap dessine ensuite une grande atmosphère : s'y disputent un drone et une suite de souffles avant qu'un larsen sonne l'heure de l'apaisement : un piano préparé chante son angoisse mêlé à d'autres cordes effleurées. Réconciliées avec l'électronique s'insinuant partout, les instruments ont gagné le droit d'exister encore, au moins jusqu'à la prochaine séance.

Lapslap : Zuppa inglese (Leo records / Orkhêstra International)
Enregistrement : 2008. Edition : 2009.
CD : 01/ Oca 02/ Flatuway 03/ Droh 04/ Old Liptauer 05/ Shield 06/ Gletscher 07/ Intimation 08/ Béla 09/ Arg 10/ Soup Delirium
Guillaume Belhomme © Le son du grisli



Sounds of Liberation : Sounds of Liberation (Porter, 2010)

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C’est sur un canevas essentiellement binaire (rock ou funk) que se déployait le Sounds of Liberation de Khan Jamal. Publié à l’origine sur le label Dogtown, la musique du groupe déversait en 1972 du côté de Philadelphie, un groove sale mais où pouvait néanmoins se nicher quelque espoir d’aléatoire. Bref, mettre un peu de risque dans un genre convenu et calibré.

Ces grains de sable étaient surtout à la charge de Byard Lancaster et de Monnette Sudler. Le premier, au souffle généreux et titanesque, ne se privait pas de déverser ses flots convulsifs et continus au dessus d’une armada percussive parfois encombrante. La seconde, au contraire, préférait la rupture et l’irréfléchi au discours fleuve. Un jeu aux avortements secs, certes, mais d’une liberté absolue. Une pièce de plus à verser au dossier du jazz binaire des seventies déjà bien documenté par les rééditions Atavistic du BAG de Luther Thomas et du Nation Time de Joe McPhee.


Sounds of Liberation, New Life (extrait). Courtesy of Porter Records.

Sounds of Liberation : Sounds of Liberation (Porter Records / Orkhêstra International)
Enregistrement : 1972. Réédition : 2010
CD : 01/Happy Tuesday  02/New Horizons II  03/Billie One  04/We’ll Tell You Later  05/New Horizons I  06/New Life
Luc Bouquet © Le son du grisli


Ab Baars, Meinrad Kneer : Windfall (Evil Rabbit, 2010)

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Né en Allemagne en 1970, le contrebassiste Meinrad Kneer (co-fondateur du label Evil Rabbit) a fait ses classes à l’instrument au Conservatoire d’Hilversum pour frayer ensuite avec les meilleurs improvisateurs hollandais : Han Bennink, Ig Henneman (dans le String Quartet de la violoniste) ou encore Ab Baars, dont il intégra le quartette.

Avec le même Baars, Kneer enregistrait récemment en duo. Revenant sur l’expérience, Windfall débute au son d’un saxophone ténor qui creuse en profondeur son discours de lassitude sur les chutes de notes provoquées par les cordes pincées. Agréable sans être bouleversante, la rencontre intéresse davantage lorsque Kneer passe à l’archet pour faire face au déferlement de notes fomenté par Baars ou lorsque Baars fait de répétitions insatiables un manifeste esthétique novateur là où l’auditeur avait justement pu craindre la redite. Bien entendu, sans Ab Baars, Windfall n’aurait pas été le même disque ; mais sans Ab Baars, Meinrad Kneer aurait-il improvisé sans réussir à convaincre ? Rien n’est moins sûr.

Ab Baars, Meinrad Kneer : Windfall (Evil Rabbit)
Edition : 2010.
CD : 01/ The Staircase Incident 02/ Ant Logis 03/ Windfall 04/ Wood-Wind 05/ Long Way Home 06/ Bird Talk 07/ Insinuated Instability 08/ The Pledge 09/ Eastern Rudiment 10/ Into Philosophy 11/ Target Practice
Guillaume Belhomme © Le son du grisli


Nokalypse : Repeated in an Indefinitely Alternating Series of Thoughts (Entr'acte / Absurd, 2009)

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Si je sais qu'un tympanon peut se désaccorder, je me demande d'abord si ce que j'entends là est bien un tympanon... Je veux dire, cet instrument dont joue Themistoklis Pantelopoulos sous le pseudonyme de Nokalypse.

La pochette du 33 tours est blanche et plus que sommaire (elle ne dit rien à propos des instruments utilisés). A la place, on trouve seulement les autres informations de rigueur : les noms de deux plages perdues sous des pavés de sons scintillants qui semblent graviter autour d'un noyau qui papillonne. De plus en plus déjantés, les sons vous arrivent par saccades (enregistrements de phénomènes naturels, chasseurs de l'espace, trajectoires sonores laissées dans le sillage de ces mêmes chasseurs). Tout ça jusqu'à ce que les cordes du tympanon reviennent : non, impossible que ce soit un tympanon. Mais un instrument charmant qui n'existe qu'en digital. N'est-ce pas Nokalypse ?

Nokalypse : Repeated in an Indefinitely Alternating Series of Thoughts (Entr'acte / Absurd)
Edition : 2009.
LP : A/ Everlasting Babylon of Your Mind B/ Discerning Eye of Mystics
Pierre Cécile © Le son du grisli


Stellari String Quartet : Gocce Stellari (Emanem, 2009)

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Ne pas s’attendre avec Philipp Wachsmann (violon), Charlotte Hug (alto), Marcio Mattos (violoncelle) et John Edwards (contrebasse) à ce que l’improvisation soit de velours ou de rugosité. Ne pas s’attendre, également, à ce que la périphérie soit leur seule planche de salut. S’attendre – et entendre – plutôt quatre sphères-constellations reliées entre elles par le désir d’étreindre le surgissement. Le surgissement comme moyen de transport(s) infini(s).

On dira donc ici, comment ils se concentrent et comment, ensemble, ils s’emportent, s’emballent et déploient une improvisation vive, tranchée. C’est une musique de grâce et d’équilibre qu’ils s’offrent et nous offrent ici ; l’acte de saisir l’instant, d’effeuiller le champ des possibles, et toujours, d’être vivants. Intensément vivants.

Stellari String Quartet : Gocce Stellari (Emanem / Orkhêstra International)
Enregistrement : 2006-2007 / Edition : 2009.
CD : 01/ Pleione  02/ Merope  03/ Alcyone  04/ Sterope  05/ Mintaka  06/ Alnitak  07/ Alnilam
Luc Bouquet © Le son du grisli



Dave Rempis, Frank Rosaly : Cyrillic (482 Music, 2010)

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En dehors du Rempis Percussions Quartet, Dave Rempis et le batteur Frank Rosaly attestaient récemment de la bonne entente du duo avec lequel ils (et qu’ils) composent depuis 2004.

Solides, les structures porteuses mises en place par Rosaly – savoir-faire célébré encore il y a quelques jours de cela – permettent à Rempis d’aller et venir en toute décontraction et, parfois, malgré les apparences (râles inquiétants et souffles peinant au point de faire croire à l’enraiement du baryton sur Don’t Trade Here). Ailleurs, la mélodie légère d’Antiphony contrastera avec la déclamation extatique de Tainos, deux pièces sur lesquelles Rempis démontre une nouvelle fois de ses différentes façons de faire mais d'une même énergie féroce : la plus sévère de toutes capable de trouver des solutions au pire cas de figure : How to Cross When Bridges Are Out le temps duquel le saxophoniste répète une phrase, la réduit ou la compacte, la sectionne ou la transforme à loisir. Ludique feintant le facile, et surtout supérieur.

  Dave Rempis, Frank Rosaly : Duo Piece 1, 1/3, Center for Contemporary Art, Columbia, 2009.

Dave Rempis, Frank Rosaly : Cyrillic (482 Music / Instant Jazz)
Edition : 2010.
CD : 01/ Antiphony 02/ Tainos 03/ Thief of Sleep 04/ How to Cross When Bridges Are Out 05/ Still Will 06/ Don’t Trade Here 07/ In Plain Sight
Guillaume Belhomme © Le son du grisli

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Dave Rempis, Jeb Bishop, Nate McBride et Tim Daisy, emmeneront The Engines en tournée européenne du 21 au 30 mars. Brest (Penn Ar Jazz), Poitiers (Carré Bleu) et Nantes (Pannonica) du 24 au 27. A Paris, toujours rien.   


Ken Vandermark, Tim Daisy : Light on the Wall (Laurence Family, 2009)

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En dehors du Vandermark 5, Ken Vandermark et le batteur Tim Daisy tournaient l’année dernière en Europe et profitaient d’un concert à Poznan pour enregistrer Light on the Wall

La moitié du double-disque vinyle qu’est Light on the Wall, pour être plus précis : sur les deux premières faces, l’association se fait sulfureuse et forcément tendue, anguleuse et brute dans son ensemble, quelques fois expérimentale ou – comme pour compenser – se laissant aller sur une pièce de soul miniature et revigorante.

Le second disque consigne deux solos : sur la première face, Tim Daisy fait état pour la première fois de sa pratique en solitaire du tambour mélodique – l’exécution rapide dispose là des notes franches sur les coups portés sur peaux et  cadres ; sur la seconde, Vandermark improvise à la clarinette un hommage concentré à Jimmy Giuffre : un lot de « quiet songs » sensibles si ce n’est imposantes pour tout générique de fin.

Ken Vandermark, Tim Daisy : Light on the Wall (Laurence Family / Instant Jazz)
Enregistrement : 2009. Edition : 2010.
LP : A01/ Austrada A02/ The Empty Chair B01/ Turnabout B02/ Landing B03/ Decollage C01/ Falling C02/ Chroma C03/ Congaree (For Ross Taylor) C04/ The Fern Room C05/ Breaking Trains C06/ Hannover C07/ Gray Scale D01/ Sun In An Empty Room D02/ Automat D03/ Cold Storage D04/ Room By The Sea
Guillaume Belhomme © Le son du grisli


Jason Kahn, Jon Mueller : Phase (Flingco Sound System, 2010)

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Il aura suffi de quelques instants, tête et corps pris, de quelques paliers, pour atteindre ce plateau suspendu : propulsé par un feuilleté de vitesses, le déferlement est continu et délicatement évolutif. Métal, bois et peau transmués, en une hypnotique tambourinade, se mêlent en lentes anamorphoses dans le corps même de l’épais bourdon.

Après leurs Papercuts, Supershells et Topography, Jason Kahn (synthétiseur analogique, percussion) et Jon Mueller (gongs, percussion, enregistrements) délivrent ici un puissant disque – élaboré à partir de bandes de concerts et proposé dans un format original – qui allie précisément jeux de phases et fines combinaisons (surface, profondeur, densité, mouvement). Il en résulte un processus de vigoureux sablage auriculaire qui laisse l’auditeur tout sonnant…

Jason Kahn, Jon Mueller : Phase (Flingco Sound System)
Edition : 2010.
LP : A/ Phase B/ Phase
Guillaume Tarche © Le son du grisli


Mikko Innanen : F60.8 - Digital Home Recordings (Æon, 2009)

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A un catalogue déjà fourni en références remarquées dans le domaine des musiques classique et contemporaine, le label Æon ajoute aujourd'hui trois disques signés de jeunes représentants de la scène improvisée finlandaise produits en collaboration avec Llma Records : La lumière noire du pianiste Aki Rissanen, Michelin Star du trio électroacoustique Verneri Pohjola / Joonas Riippa / Pekka Tuppurainen, et F60.8 du saxophoniste Mikko Innanen.

Instrumentiste doué et suffisamment célébré comme tel dans son pays, Innanen – 30 ans cette année – a déjà eu l'occasion de jouer aux côtés de partenaires de la taille de John Tchicai, Barry Guy ou Han Bennink. En 2004, il s'adonnait en plus au plaisir d'enregistrer en solitaire et à domicile une série d'improvisations qu'il retouchera un peu avant d'en composer une sélection : F60.8 – Digital Home Recordings, suite d'une quinzaine de vignettes sonores élaborées au moyen de saxophones alto, ténor, soprano et baryton, aujourd'hui devenu disque. Forcément expérimentale, la pratique d'Innanen s'amuse autant de ses instruments que des possibilités déstabilisatrices de l'amplification (bienveillance accordée aux saturations et confiance faite à l'effet des transports réverbérés) pour un résultat bientôt transformé en pièces atmosphériques inquiétantes, en collages abstraits et anguleux ou en morceaux d'un foklore bruitiste et opiniâtre. Sans jamais tomber dans le verbiage (le disque dépasse de peu la demi-heure), Innanen convainc sans trop en faire de la fertilité de son imagination en changeant chacun de ses emportements en souffle rafraîchissant.

Mikko Innanen : F60.8 - Digital Home Recordings (Æon / Harmonia Mundi)
Edition : 2009.
CD : F60.8
Guillaume Belhomme © Le son du grisli


Urs Leimgruber, Jacques Demierre, Barre Phillips : Albeit (Jazzwerkstatt)

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Au départ, le soprano et le piano accrochent leurs notes multiples sur la « partition » que dessine la contrebasse. Urs Leimgruber, Jacques Demierre et Barre Phillips, inaugurent ainsi leur nouvelle réalisation sur disque.

Or de la « partition », ne reste bientôt plus rien, Phillips ayant pris soin de confondre les sons nés de ses mouvements d'archet aux voix de ses partenaires. Suivent alors les harmoniques et notes en peine du soprano, la danse sur chant diphonique à laquelle se laisse aller le contrebassiste. L'échange retombe : derrière un mur de silences, la musique finit presque par disparaître : un aigu encore, un souffle aphone ; Leimgruber, Demierre et Phillips, sont-ils jamais allés autant ensemble et en silences ?

Quelques notes de piano, légères mais de plus en plus nombreuses, avant que le trio envisage la conclusion du nouvel échange, développement sonore lent devant beaucoup aux tensions – au point qu'à un carrefour, les uns se ruent sur les autres, exception virulente qui fait d'Albeit un ouvrage complet. Leimgruber au ténor maintenant, les graves s'alignent sur l'horizon.

Urs Leimgruber, Jacques Demierre, Barre Phillips : Albeit (Jazzwerkstatt / Codaex)
Enregistrement : 19 février 2008. Edition : 2009.
CD : 01/ Albeit 02/ Tiebla 0/ Eatlib 04/ Itable 05/ Baleti 06/ Etabli 07/ Abteil 08/ Ilbeat
Guillaume Belhomme © Le son du grisli



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