Le son du grisli

Bruits qui changent de l'ordinaire

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René Lussier, Otomo Yoshihide, Martin Tétreault : Elektrik Toboggan (Victo, 2009)

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S'il avait déjà enregistré auprès d'Otomo Yoshihide et de René Lussier, restait à Martin Tétreault (platines disques) de réunir les deux guitaristes à ses côtés : chose faite en 2008, à l'occasion d'un concert donné au festival de Victoriaville.

L'Elektrik Toboggan à sortir de la rencontre se prend d'abord dans les cordes des guitares, tend des lignes sombres et suspectes avant de céder à tous effets : distorsion, réverbération, oscillation, drones et larsens. Et puis, le jeu de construction s'efface au profit du grésillement de la platine : les silences se font plus pressants, les gestes concentrés à tel point qu'on croirait les guitaristes maintenant attachés à défendre un jazz aux lignes claires, si d'autres parasites ne se chargeaient de convaincre d’une nouvelle évolution : guitares amalgamées par de rapides médiators évoquant ici quelques travaux de Branca ou usages expérimentaux aux conséquences assez fades comparées aux premières minutes de la rencontre – transport du ciel au sol promis par le disque sur le modèle du toboggan.

René Lussier, Otomo Yoshihide, Martin Tétreault : Elektrik Toboggan (Victo / Orkhêstra International)
Enregistrement : 19 mai 2008/ Edition : 2009.
CD : 01/ Boum 02/ Bam 03/ Bim 04/ Bom 05/ Badaboum 06/ Bang 07/ Baoum 08/ Glou Glou
Guillaume Belhomme © Le son du grisli

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Michael Amann : Nachklang (Ein Klang, 2009)

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Difficile de suivre le violon de Quaoar tant il est assoupissant. Et en plus il tourne, tourne. Heureusement, Die Wolfshaut joue sur les déconstructions, me reprend par le col, et le piano qu'on y entend nous provoque de sa masse compacte.

Et ensuite, quelles formes prend ce Nachklang, de Michael Amann ? Une suite de macabres qui profitent des instruments à cordes (de toutes sortes) : piano, violon, violoncelle, piano. Amann essaye d'échapper aux systèmes à chaque fois qu'il écrit, et, souvent, il réussit dans son entreprise. C'est Satie qu'on assassine, pourrait dire Nachklang (composition qui donne son titre à cette collection d'oeuvres plus ou moins anciennes). Et pourquoi le piano ne pourrait-il pas assassiner Satie ? Ne sommes nous pas en 2010 ?

Michael Amann : Nachklang (Ein Klang)
Edition : 2009.
Pierre Cécile © Le son du grisli

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The Orastorios : Moondog Rounds (Marko Musikverlag, 2010)

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Le Viking aux 300 madrigaux n'a pas fini de nous surprendre. En effet, même dix ans après sa mort, Louis Thomas Hardin, a.k.a Moondog, fait toujours rêver nos oreilles avec le doux son de son fameux Trimba (instrument de percussion de son invention qui fera, en quelque sorte, sa marque de fabrique).

Car de 2006 à 2009, Stefan Lakatos - le disciple du compositeur - à arrangé et enregistré une vingtaine de morceaux que Moondog avait composé pour lui et qui n'avait jamais vu le jour sous la forme de disque. On retrouve au long de ces morceaux tout l'esprit des madrigaux que Moondog avait enregistré en 1971 pour son album Moondog 2 ; de très courtes pièces menées par le Trimba où vocaux et instruments se répondent en canons magnifiquement écrit.

Pour ce disque intitulé Moondog Rounds, Stefan forme le groupe The Orastorios composé en plus de lui-même, du guitariste Andreas Heuser, de la violoniste Freya Deiting, de la saxophoniste et chanteuse Anke Letzig, du saxophoniste Marcin Langer et du violoncelliste Ludger Schmidt. Ensemble, ils interprètent donc 19 titres inédits ainsi que trois instrumentales composées par Stefan (Dragon Scale Pattern, Miss You on the Balcony et Man Hole). Un disque qui nous rappelle combien l'œuvre de Moondog est riche et particulière et est une invitation à se replonger dans celle-ci.


The Orastorios, Logrundr 14. Courtesy of Makro.

The Orastorios : Moondog Rounds (Marko Musikverlag)
Edition : 2010 (à venir)
Amaury Cornut © Le son du grisli

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Amaury Cornut est l'éditeur du Viking de la 6e avenue, blog consacré à Moondog.

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Ursula Bogner : Pluto Hat Einen Mond (Maas Media Verlag, 2009)

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Sur les deux faces du 45 tours, on trouve quatre chansons électroniques et sans paroles. Quatre nouvelles planètes infinitésimales aux sons rebondis. Quatre autres perles signées... Ursula Bogner, que l'on découvrait (tardivement, si l'on en croit Jan Jelinek) il y a quelques mois avec Recordings 1969-1988.

Le petit vinyle commence à tourner et, si on se laisse aspirer, voici qu'on croit apercevoir tourner l'anneau de Saturne sur un accompagnement de disco molle. Les petites compositions (2:34 minutes pour Synchronton 2, la plus longue des quatre) se suivent et se ressemblent pour partager la même galaxie mais diffèrent aussi pour ne pas être les mêmes planètes. Belles et ludiques, elles rappellent en littérature les Cosmicomics d'Italo Calvino. Dans l'un des récits du livre, je trouve ces lignes qui me reviendront sans doute à chaque fois que je choisirais de réécouter Bogner (ou même Jelinek) : « Mon point de référence était toujours Ursula, et de fait une certaine manière qu'elle avait de progresser un peu en voltigeant pouvait rendre plus familière l'idée que notre chute suivait une sorte de parcours en spirale, qui tantôt se rétrécissait, tantôt s'élargissait. »

Ursula Bogner : Pluto Hat Einen Mond (Mass Media Verlag)
Edition : 2009.
7'' : A01/ Photosphaere A02/ Rhythmus 80 B01/ Synchronton 2 B02/ Expansion (Version)
Pierre Cécile © Le son du grisli

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Small Color : In Light (12k, 2009)

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Officine réputée pour la qualité classieuse de ses productions electronica ambient (Lawrence English, Giuseppe Ielasi, Machinefabriek, Solo Andata) – en dépit de quelques dérapages d’un ennui abyssal (Seaworthy, Tomas Bednarczyk), le label 12k intègre régulièrement à son catalogue des productions folktronica japonaises d’une belle et touchante espièglerie (Sawako, Moskitoo). Duo issu du soleil levant, Small Color ne fait nullement exception à cette seconde règle et c’est tout à fait charmant.

Quatre ans après une première sortie déjà marquée du sceau du minimalisme, la paire Rie Yoshihara (accordéon, voix, claviers vintage) / Yusuke Onishi (guitare, banjo, basse, programmation) continue ses échappatoires héritées de Piana. Relativement atones, les parties vocales sont toutefois d’une belle sensibilité apaisante. Plantées tels des roseaux domestiqués sur des arrangements électroniques qu’on verrait bien du côté de Monika Enterprise et d’Eglantine Gouzy en particulier, les chansons des deux Nippons embrassent à défaut d’étonner. Le monde étant parfois bien fait, on ne leur en demandait pas plus.

Small Color : In Light (12k)
Edition : 2009.
CD : 01/ In Light 02/ Daisy 03/ Life 04/ Arrows of Time 05/ Nowhere Near 06/ Hideaway 07/ Heaven Knows 08/ Amaoto 09/ Moss 10/ Hikari No Hana 11/ Lemmy
Fabrice Vanoverberg © Le son du grisli

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Leif Bo Petersen, Theo Rehak : The Music and Life of Theodore “Fats” Navarro (Scarecrow Press, 2009)

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Le 59e volume de la série « Studies in Jazz » des éditions Scarecrow Press s’intéresse dans le détail au parcours de Fats Navarro : chronologique et sans faille.

C’est que Theo Rehak, l’un des auteurs du livre, a commencé ses recherches dès le milieu des années 1960, allant glaner à Key West ses premières informations : origines familiales, parcours d’enfance, avant que commence la chose musicale : intégration du big band d’Andy Kirk (dans lequel Navarro côtoiera un autre trompettiste d’importance : Howard McGhee). Les chapitres se suivent : succession à Dizzy Gillespie dans l’ensemble de Billy Eckstine puis installation à New York (associations avec Illinois Jacquet, Tadd Dameron, Coleman Hawkins, Dexter Gordon), passage par l’orchestre de Lionel Hampton et enregistrements menés en compagnie de McGhee et Dameron. En filigrane, l’héroïne rattrapant tous les efforts.

Leif Bo Petersen, autre auteur du livre et lui-même trompettiste, extirpe du corpus enregistré – discographie forcément réduite (1923-1950) – des solos remarquables, rangés selon les mêmes chapitres. Passionnants, l’hommage et l’enquête ensemble, qui célèbrent une dernière fois la figure du trompettiste sur la scène du Birdland en 1950, auprès d’autres boppers historiques : Charlie Parker, Dizzy Gillespie et Bud Powell.

Leif Bo Petersen, Theo Rehak : The Music and Life of Theodore “Fats” Navarro (Scarecrow Press / Amazon)
Edition : 2009.
Guillaume Belhomme © Le son du grisli

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Agnès Palier, Olivier Toulemonde : Crickstraat (FF HHH, 2010)

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C’est par le biais de Rocca (Creative Sources, 2005), que l’on avait découvert l’activité commune des deux Français Agnès Palier (voix) et Olivier Toulemonde (objets acoustiques). Si le duo œuvre également aux côtés du saxophoniste Jack Wright, leur partenariat atteint une plénitude sans équivoque comme l’attestent les quatre pistes de ce nouvel album. Le chant consiste en murmures, grognements, souffles rauques et aigus. Un registre abstrait et pourtant sensible qui répond à merveille aux sons étranges obtenus par Toulemonde à l’aide de son attirail : une table sur des tréteaux, des fouets de cuisine, des bols, des billes, un archet, des pinces…

On ressent une grande qualité d’écoute de la part des deux musiciens qui parviennent à créer une matière mouvante quasi organique. Aucun ne prend le pas sur l’autre, tant ils sont au service d’une poésie du bruit basée sur la retenue, la concentration et l’efficacité du geste. Parfois, un objet chute, de manière délibérée ou pas, cela importe peu, et fait s’immiscer une notion indispensable d’accident et de respiration dans un continuum musical vivant.

Agnès Palier et Olivier Toulemonde : Crickxstraat (FF HHH)
Enregistrement : 2009. Edition : 2010.
CD-R : 01/ 02/
Jean Dezert © Le son du grisli

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Mike Shiflet, Daniel Menche : Stalemate (Sonoris, 2009)

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C'est le fruit de la rencontre de deux monstres du drone et de la musique expérimentale bruyante qu’offre le disque Stalemate. Une rencontre en trois temps (aucun titre n'est donné aux morceaux) entre Mike Shiflet (orgue Hammond) et Daniel Menche (electronics). Attention : l’orgue Hammond dont on parle ici n’est pas celui de tout le monde…

Parce que jamais cet instrument n’avait paru aller contre sa nature avec une telle force. Méconnaissable, il est la boîte d’où tout s’ébruite et d’où part la cacophonie : le vrombissement du premier titre / les dérapages incontrôlables et les parasites du deuxième / les infrabasses poignantes et les clusters givrés du troisième et dernier. Le duo nous conduit en trois étapes jusqu’à l’impasse (Stalemate), c'est-à-dire devant le mur du son derrière lequel rien ne peut être envisagé.

Mike Shiflet, Daniel Menche : Stalemate (Sonoris)
Enregistrement : 2007-2008. Edition : 2009.
CD : 01/ 02/ 03/
Pierre Cécile © Le son du grisli

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Roscoe Mitchell : Congliptious (Nessa, 2009)

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Philippe Carles compara un jour l’Art Ensemble of Chicago et son « instrumentarium » à un musée d’ethnomusicologie. Si alors nous arpentions les allées du musée de l’AEC, nous trouverions ce disque dans le pavillon dédié à sa préhistoire.

En effet, ce Roscoe Mitchell Art Ensemble est une première mouture de ce qui deviendra un an après (en 1969) l’Art Ensemble of Chicago. Ici, trois des cinq hommes de l’AEC sont en présence. Roscoe Mitchell, donc, accompagné de Lester Bowie et Malachi Favors. Quand il paraît en 1968 sur une galette de vinyle, ce disque se partage sur deux faces : sur la première, les trois hommes offrent chacun une composition de leur cru, en solo ; La deuxième face héberge une longue improvisation collective.

Ainsi, parce que Roscoe Mitchell conçoit son Ensemble comme la rencontre de personnalités singulières et comme l’alchimie résultant de cette rencontre, chacun se présente à l’auditeur, en un solo caractéristique de son propos et annonciateur de l’esprit qu’il insufflera dans le collectif qu’est l’Art Ensemble. C’est Malachi Favors qui débute, et son solo de contrebasse propose un musicien attaché à la tradition et gardien du rythme. Puis Roscoe Mitchell, seul au saxophone alto, en un beau moment d’abstraction, nous rappelle son plaisir à fouler des terres visitées habituellement dans la musique contemporaine. Enfin, le triptyque se referme avec le trompettiste Lester Bowie qui développe déjà un discours empli d’humour et d’extraversion et un indéniable art de la mise en scène.

Le long morceau qui occupe la deuxième face du disque plonge les trois hommes dans le grand chaudron de l’improvisation collective, accompagnés du batteur Robert Crowder. Malgré l’absence des deux compagnons qui les rejoindront un peu plus tard (Joseph Jarman et Don Moye), le son et l’esprit de l’Art Ensemble of Chicago sont déjà là : les « petits instruments » (introduits par Favors), la juxtaposition de séquences-climats plutôt que la cyclique apparition de chorus, les retours à des motifs mélodiques lumineux et des groove entraînants, pour ensuite mieux replonger dans des atmosphères méditatives ou exacerbées… Oui, tout est déjà là.

C’est donc un véritable document que nous avons ici, en même temps, rappelons-le, qu’un superbe disque, conceptuel et charnel, traversé par une joie de jouer qui ne faillit jamais. Comme l’écrivait Terry Martin en Juin 1968, à la sortie du disque : « Vous entendrez beaucoup de choses dans cette musique : sobriété classique et fête dionysiaque, recueillement et tristesse en même temps que cynisme et joie (…) » Enfin, cette réédition CD nous offre deux morceaux inédits, courts, collectifs et énergiques, joués lors de cette même session, qui apparaissent comme une proposition de chaînon manquant et éclairant entre les musiques présentées sur chacune des originelles faces.

The Roscoe Mitchell Art Ensemble: Congliptious (Nessa Records / Instant Jazz)
Enregistrement: 1968. Réédition: 2009.
CD: 01/ Tutankhamen  02/ TKHKE  03/ Jazz Death ?  04/ Carefree-take 3  05/ Tatas-Matoes  06/Congliptious / Old  07/ Carefree-take 1  08/ Carefree-take 2
Pierre Lemarchand © Le son du grisli

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The Sealed Knot : And We Disappear (Another Timbre, 2009)

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Moins de quarante minutes enregistrées à Bienne (Suisse) en 2007 : And We Disappear donne une autre fois à entendre Burkhard Beins (percussions, objets), Rhodri Davies (harpe) et Mark Wastell (contrebasse), murmurer ensemble.

En conséquence, naît un monde ou les crépitements valent pour intonation, où les sursauts mesurés anéantissent les aigus perçants dans lesquels la rumeur instrumentale avait failli se fondre. Et puis, deux notes tombent de la contrebasse qui convainquent toutes les expressions d’abonder dans leur sens : Beins frotte plus nettement ses percussions ou traîne ses objets de peur qu’on ne le remarque, l’archet de Wastell insiste aussi et l’e-bow de Davies chante ses lignes flottantes. L’introduction, endurante, a ainsi laissé place à de plus vigoureux jeux de construction et de résonances. Un coup sec sur le cadre d’un tom, au moment adéquat et que l'on n'attendait pas, fera tout disparaître.


The Sealed Knot, And We Disappear (extrait). Courtesy of Another Timbre.

The Sealed Knot : And We Disappear (Another Timbre)
Enregistrement : 2007. Edition : 2009.
CD : 01/ And We Disappear
Guillaume Belhomme © Le son du grisli

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