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Full Blast : Black Hole

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Est-il donc encore nécessaire de chroniquer un disque de Peter Brötzmann ? Un rapide coup d’œil sur les crédits et l’on pourrait (presque) écrire la chronique sans écouter le CD. Car Brötzmann est Brötzmann et quel que soit le contexte dans lequel il évolue, il ne fera jamais que du Brötzmann…Ceci en toute logique puisqu’il est Brötzmann. Alors, que lui reprocher ? Rien finalement car de cette furie convulsive, jamais prise en défaut depuis des décennies, on n’arrive pas à se lasser.

De Brötzmann, certains voudraient autre chose : « de la douceur, balbutient-ils. Trop de déluges depuis trop d’années, qu’il s’adoucisse maintenant ! » Oui, convenons-en : on entend souvent de drôles de choses dans le cercle des initiés. Et ici, Peter Brötzmann va encore les décevoir de son souffle unique, insatiable, malin. Et ici, avec lui, une sacré paire de voyous soniques. Marino Pliakas & Michael Wertmueller : deux rockers (sic) qui ne savent pas tempérer. Une masse qui fait front et s’oppose au souffleur. Du fiel à tous les étages (Large Hadron Collider), de sournoises accalmies (Atlas), des crescendos ébouriffants (Protoneparcel), des brûlots et encore des brûlots. Et aucune raison pour que ça s’arrête. Alors : nécessaire ou pas la chronique ? L’écoute du disque, elle, l’est totalement.


Full Blast, Higgs. Courtesy of Orkhêstra International.

Full Blast : Black Hole (Atavistic / Orkhêstra International)
Enregistrement : 2008 / Edition : 2009   
CD : 01/ Black Hole 02/ Suzy 03/ Ellis 04/ Alice 05/ String 06/ Atlas 07/ Protoneparcel 08/ Higgs 09/ Teilchencrash 10/ Large Hadron Collider 11/ Quarks Up-Down
Luc Bouquet © Le son du grisli

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Jean-Michel Rivet : A fleur de quai (Sonoris, 2009)

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Dans la lignée des premiers « concrets » (l’univers ferroviaire convoqué sur la première piste rappelle immanquablement la fameuse Etude aux chemins de fer de Pierre Schaeffer), Jean-Michel Rivet utilise des bruits de la vie quotidienne comme matériau de base de ses constructions cinématiques. A la différence de ses prédécesseurs, surtout théoriciens à la recherche d’une nouvelle grammaire sonore, le compositeur assemble et transforme ses sons dans une optique résolument poétique. L’aspect narratif est accentué par les titres et par l’intégration de voix et autres éléments suggérant à l’auditeur des embryons d’histoire qu’il peut développer à sa guise : quelques phrases d’une femme en partance sur le quai d’une gare, le monologue essoufflé et tendu d’un fugitif poursuivi par des chiens…

Les manipulations électroacoustiques sont toujours subtiles et discrètes. Ainsi, elles s’intègrent et se juxtaposent au « réel », pivot des différentes pièces qui évoquent souvent certains des enregistrements de Luc Ferrari. Mystère et délicatesse se dégagent de morceaux comme le très beau Dalila I, une « chanson traditionnelle kabyle chuchotée dans le creux du micro ». L’enregistrement de base, simple et touchant, est ici sublimé en une ritournelle obsédante par les subtiles manipulations du musicien. Les moyens techniques mis en œuvre ne sont jamais démonstratifs, ils servent à évoquer, à raconter.

Jean-Michel Rivet : A fleur de quai (Sonoris)
Enregistrement : 2005-2009. Edition : 2009.
CD : 01/ A fleur de quai 02/ Vah ma awalo 03/ Frôlement d’elle 04/ Dalila 05/ Naufrage 06/ Pique-nique au bord de la route 07/ Destructiv mecanic commando.
Jean Dezert © Le son du grisli

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Ivan Palacky, VJ Vera Lukásová : Carpet Curtains (Errant Bodies, 2009)

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Sur Carpet Curtains, Ivan Palacky est cette fois associé à son compatriote VJ Vera Lukásová (pseudonyme du réalisateur Filip Cenek). Confronte donc là sons et images.

Miniaturistes radicaux, les deux hommes construisent des courts métrages qui jouent de l’image capturée et de ses déformations possibles – celles-ci intervenant sur l’ordre de faibles clics ou de bruits de cordes espacés. Si le visuel accapare, la musique semble ici commander les mutations en monstres divers d’un poisson d’aquarium ou les apparitions et disparitions de bandes verticales revendiquant le statut de nouvel état de nature. Pour terminer, le duo interroge la FIN de la pellicule (usage de KONEC, en tchèque) : le feu s’occupant cette fois de transformer la matière aussi volontairement que le duo se chargea plus tôt de métamorphoser la vérité des choses, à la manière dont Jiří Kolář (pour parler d’un autre Tchèque) pensait ses collages.

Ivan Palacky, VJ Vera Lukásová : Carpet Curtains (Errant Bodies / Les presses du réel)
Enregistrement : 2006. Edition : 2009.
DVD : 01/ Shangai 02/ Yesnoyesno 03/ Untitled 04/ Pilgrimages 05/ Veverka
Guillaume Belhomme © Le son du grisli

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Andrea Neumann, Ivan Palacky : Pappeltalks (Uceroz, 2009)

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Lorsque l’on ouvre pour la première fois la boîte qui renferme Pappeltalks, une encre violette est libérée et se répand sur la couverture : première forme inattendue donnée à cette collaboration d’Andrea Neumann (sortie de Phosphor mais pas du ventre de son piano) et Ivan Palacky (machine à coudre amplifiée).

De son étrange instrument, Palacky actionne le mécanisme et commande le battement sur lequel Neumann réagira à l’intérieur de son piano : faibles drones et expérimentations miniatures, cordes pincées et manipulations stéréophoniques, composent ainsi la bande-son de longs mouvements sonores hésitant entre musique concrète et improvisation expérimentale. Plus subtilement que pourrait le laisser penser l’énoncé de l’expérience (et surtout l’instrument de Palacky), Pappeltalks révèle une musique d’intériorités multiples et concentrées – comme souvent avec Neumann.

Andrea Neumann, Ivan Palacky : Pappeltalks (Uceroz)
Enregistrement : 2006. Edition : 2009.
CD : 01/ Pappeltalk 1 02/ Pappeltalk 2 03/ Pappeltalk 3 04/ Pappeltalk 4 05/ Pappeltalk 5
Guillaume Belhomme © Le son du grisli

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Werner Dafeldecker, Christof Kurzmann, John Tilbury, Stevie Wishart : s/t (Mikroton, 2009)

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Sans doute est-ce par la couleur violette de sa pochette que les amateurs désigneront ce troisième volet des aventures de Werner Dafeldecker (contrebasse, electronics) et Christof Kurzmann (ordinateur, clarinette) : en 1999, sous jaquette orange et pour l’étiquette Charhizma, leur cellule s’augmentait d’O’Rourke, Drumm et Siewert ; en 2003, le pavillon vert du même label signalait l’adjonction d’eRikm, Died13, Noetinger et Drumm

En 2007, c’est à John Tilbury (piano) et Stevie Wishart (vielle à roue) que l’invitation fut faite ; si le premier se fond aisément – n’était-il pas aussi l’hôte de Polwechsel cette année-là ? – dans des densités qu’il vient hanter avec subtilité, la seconde apporte élan et invention. Sous ses doigts, la vielle gagne une dimension concrète & abstraite (organique guitare à plat & passionnant synthétiseur médiéval) ; tout en participant au tressage collectif et au tramage des sept paysages reproduits ici, elle apporte une qualité toute tactile à l’hypnose déployée ; ses bourdons magiques ont une vie propre qui démultiplie frottements harmoniques et résonances collatérales. Crêpages et élégants rainurages, Wishart anime l’univers posément architecturé de ses comparses.

Werner Dafeldecker, Christof Kurzmann, John Tilbury, Stevie Wishart : s/t (Mikroton)
Enregistrement : 2007. Edition : 2009.
CD : 01/ Wien 1 02/ Wien 2 03/ Wien 3 04/ Wien 4 05/ Wien 5 06/ Wels 1 07/ Wels 2
Guillaume Tarche © Le son du grisli

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Lionel Marchetti, Olivier Capparos : Equus (Pogus, 2009)

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Commande passée à l’association Lionel Marchetti / Olivier Capparos par l’INA GRM, Equus est un collage sonore étrange pour tirer de nouvelles saveurs de recettes déjà anciennes. 

Collaborateurs radiophoniques, Marchetti et Capparos insistent ici : une voix radiodiffusée, d’autres tirées de films, de chansons anciennes ou d’horloges téléphoniques, le tout sur des souffles lointains et quelques basses enveloppantes. Du déjà entendu en somme, mais sur le papier seulement.

Parce qu’au gré de l’écoute d’Equss, montent des langages mêlés et une même angoisse intarissable, des sirènes perdues en déferlantes qui croient pouvoir encore attirer à elles qui saura les entendre. D’autres cris alentours, des inserts maintenant velléitaires et plus tard encore plus nombreux. De l’expérimentation pure sur collage transi.

Lionel Marchetti, Olivier Capparos : Equus (Pogus / Metamkine)
Edition : 2009.
CD : 01 / Equus
Guillaume Belhomme © Le son du grisli

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Brooke Joyce : Waves of Stone (Innova, 2009)

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Brooke Joyce est un jeune compositeur qui enseigne la théorie, l’histoire de la musique et la composition au Luther College de Decorah (Iowa). Lauréat du Joseph Bearns Prize, il nous offre ici un CD-carte de visite assez fourni. Les six pièces du disque ont été composées entre 1994 et 2008. Ne s’y détermine aucune identité tranchée mais des influences parfois encombrantes.

Peu à l’aise quand il s’agit de composer pour la voix (l’insupportable Three Iowa Ballads, le plus réussi Come Up the Fields, Father), il semble trouver la juste harmonie avec Waves of Stone, pièce pour deux pianos aux lignes claires et distinctes. De même,  les résurgences sobres et angoissantes de Dark Waters, pièce pour violoncelle et piano, donnent à espérer des lendemains plus lumineux pour peu que le jeune compositeur n’hésite plus à emprunter de véritables chemins buissonniers. C’est tout le mal que l’on lui souhaite.

Brooke Joyce : Waves of Stone (Innova / Orkhêstra International)
Enregistrement : 2008-2009. Edition : 2009.
CD : 01/ Six degrees of Separation 02/ Dark Waters 03/ Three Iowa Ballads – The Miner’s Chant 04/ The Iowa Ballad – The Ballad of Hardin Town 05/ The Iowa Ballads – My Little German Home Across the Sea 06/ Come Up from the Fields, Father 07/ Waves of Stone – The Contemplation of Water 08/ The Contemplation of Stone – The Still Point 09/ Waves of Stone – The Pipes of Heaven 10/ Toydogmusic
Luc Bouquet © Le son du grisli

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The Ex : 30 (Ex Records, 2009)

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Saviez-vous que The Ex a trente (30) ans ? Il suffirait de le dire, d’écrire ici trente fois  « The Ex » en guise de remerciements puis de faire un lien vers un méchant site marchand qui vous vendrait la rétrospective 30.

Peu importe la manière, peu importe que vous donniez aux méchants ou aux gentils, il faut simplement se ruer sur ces deux disques : une rétrospective bien faite, qui se pose la question de son utilité (qu’est-ce ce qu’une compilation sinon une référence de plus qui présente à la fois de manière générale les grands travaux d’hier et fait état en même temps de ce qui vous anime encore aujourd’hui ?).

L’écoute de 30 offre un plaisir immédiat, vous remet en mémoire un morceau oublié ou vous fait découvrir un titre à côté duquel vous étiez honteusement passé, vous montre l’entreprise familiale aux côtés d’invités de marque (Getatchew Mekuria, Tom Cora, Han Bennink…). Plage après plage, ces deux disques vous enfoncent dans le crâne que The Ex est le plus grand groupe de rock à avoir émergé alors que vous marchiez à peine, que les mêmes The Ex ont subi une évolution qui les mena de premières influences punko-undertones-buzzcocksiennes à un statut de faiseur d’indispensables chansons rugueuses, frontales et entretenant parfois, dans le but de brouiller les pistes, un rapport étrange à la musique andalouse ou éthiopienne. Tout est là, sur deux disques : 30 années d’Ex No Future.

The Ex : 30 (Ex Records / Amazon)
Edition : 2009.
CD1 : 01/ Rules 02/ Blessed Box at the Backseat 03/ Sucked Out Chucked Out #1 04/ The Wellknown Soldier 05/ Jack Frost is Innocent 06/ Fire and Ice 07/ White Liberal 08/ Ay Carmela 09/ Knock 10/ Choice 11/ Rara Rap 12/ Headache by Numbers 13/ Shopping Street 14/ State of Freedom 15/ Blah Blah 16/ Bouquet of Barbed Wire 17/ Gonna Rob the Spermbank 18/ Lied ded Steinklopfer - CD2 : 01/ State of Shock 02/ Hidegen Fjnak A Szelek 03/ Stupid Competitions 04/ Former Reporter 05/ Travel On, Poor Bob 06/ Atoll 07/ Frenzy 08/ Time Flies 09/ Symfonie Voor Machines 10/ Huriyet 11/ Ethiopia Hagere 12/ The Big Black 13/ IF That Hat Fits The Suit 14/ The Lawn of Limp 15/ Listen to the Painters
Pierre Cécile © Le son du grisli

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Michael J. Schumacher : Weave (Entr'acte, 2009)

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Le label Entr'acte publie à tour de bras des disques en série limitée originaux qui se penchent sur le destin de l'ambient triturée. Ici, c'est l'artiste Michael J. Schumacher qui s'y est collé. Résultat = cinq « instrumentals » de haute volée.

Le premier (Loom) est sans aucun doute le plus convaincant : il regroupe instruments ordinaires ou presque ordinaires (guitare, orgue, moteurs, extraits de disques) sur une musique atmosphérique qui accapare l'auditeur dans la minute. Autre réussite, Erosion se consacre au seul instrument guitare (le musicien remettant ici en cause la technique du picking) tandis que Refrain rappelle les travaux de Four Tet avant de s'abandonner à deux lubies : le rythme et le bruit.

Quant aux deux autres compositions, Schumacher semble s'y promener sur des structures légères qui virent à l'anecdotique pour ce qui est de Malaise et sonne comme de la pop benoîtement (mais fraîchement aussi) expérimentale à la Stereolab sur Part Music. Cependant, la vérité de Michael J. Schumacher est ailleurs encore, dans tout ce que Weave n'a pas le temps de dire mais laisse dans son sillage.

Michael J. Schumacher : Weave (Entr'acte)
Edition : 2009. 
CD : 01/ Loom 02/ Malaise 03/ Urge 04/ Part Music 05/ Erosion 06/ Refrain
Pierre Cécile © Le son du grisli

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The Frame Quartet : 35mm (Okkadisk, 2009)

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Les rôles sont redistribués sans cesse, les silences gangrènent de plus en plus le discours, la soulitude est remise en cause : sur 35mm, premier enregistrement de The Frame Quartet, Ken Vandermark est un autre.

Sous prétexte de rendre hommage au cinéma, il passe là de saxophone ténor en clarinette auprès de Fred Lonberg-Holm (violoncelle et appareils électroniques), Nate McBride (basse) et Tim Daisy (batterie), et met au jour un quatrième courant sans axe principal, qui croule ici sous les déflagrations, abuse là de répétitions intentionnelles, multiplie ailleurs les emportements expressionnistes.

Tout à tour, des aires de jeux différentes sont ouvertes aux intervenants, qui bousculent styles et usages attendus, rompent la linéarité du discours. Le silence aussi a son mot à dire, liant subtil de déconstructions assemblées. En conclusion, et pour ne pas changer cette fois, d’autres dédicaces : à Peter Brötzmann, Han Bennink et Fred Van Hove, Ennio Morricone, Merce Cunningham, Jimmy Lyons et Steve Lacy.

The Frame Quartet : 35mm (Okkadisk)
Edition : 2009.
CD : 01/ Multi-Chrome (for Peter Brotzmann, Han Bennink, Fred Van Hove) 02/ Lens (for Ennio Morricone) 03/ M.E.S. (for Merce Cunningham) 04/ Theater Piece (for Jimmy Lyons) 05/ Straw (for Steve Lacy).
Guillaume Belhomme © Le son du grisli

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