Le son du grisli

Bruits qui changent de l'ordinaire

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Parution : Premier bruit Trente-six échosAu rapport : Festival Le Bruit de la MusiqueParution : le son du grisli #2
A la question : interviewsAu rapport : impressions de concertsEn théorie : l'improvisation par l'écrit : John Butcher & Evan Parker

Roswell Rudd, Jamie Saft, Trevor Dunn, Balazs Pandi : Strenght & Power (RareNoise, 2016)

roswell rudd jamie saft trevor dunn balasz pandi strength and power

Il n’y a pas que dans le flamenco : le jazz possède aussi ses vieux cantaores. Arrivé à l’hiver de leur vie, la voix se désagrège, la justesse se fait la malle, seul reste l’émoi, le cri, la supplique. C’est un peu ce qui arrive à Roswell Rudd ici : le phrasé est cassé mais ne cesse de gronder, d’envahir le cercle. La saillie est désarmante, le son se projette avec grandeur, force et fulgurance.

L’improvisation au naturel que parcourent Rudd, Jamie Saft, Trevor Dunn et Balazs Pandi n’a pas d’âge. Elle possède naturel et irrévérence mais sait se tenir quand approche le blues. Le voici, ce vieux blues, pas encore fatigué de ses oraisons. Le voici se transfigurant, s’arrimant à ce navire qui tangue mais jamais ne coule. L’improvisation que pratiquent ces quatre-là c’est le risque de l’échec, de la sortie de route. C’est l’espoir des bonheurs, des correspondances, des délivrances. C’est le refus des performances. C’est l’antre du possible. De tous les possibles.



strength and power roswell rudd

Roswell Rudd, Jamie Saft, Trevor Dunn, Balazs Pandi : Strength & Power
RareNoise Records
Enregistrement : 2015. Edition : 2016.
CD : 01/ Strength & Power 02/ Cobalt Is a Divine 03/ The Bedroom 04/ Luminescent 05/ Dunn’s Falls 06/ Struttin’ for Jah Jah
Luc Bouquet © Le son du grisli

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Hans Koch, Jonas Kocher, Gaudenz Badrutt : Koch / Kocher / Badrutt (Bruit, 2015)

hans koch joans kocher gaudenz badrutt bruit

L’improvisation est retorse, qui demande aux musiciens – et aux trucs qu’on leur connaît – d’aller entre de longues notes, endurantes pour certaines, et des effets capables de dévier leur trajectoire.

Ainsi, la clarinette basse d’Hans Koch claque quand l’accordéon de Jonas Kocher et l’électronique de Gaudenz Badrutt tracent ensemble des lignes qui pourront disparaître derrière l’épaisseur d’un silence. Le bruit, bien gardé « pour après » : un bruissement, plutôt, que développent ici ou là, mais pour quelques secondes seulement, de grands emportements.

Mais ces effets de manche ne sont pas ce qui impressionne. La ferveur qui noie le discours du trio en fin de demi-heure n’efface d’ailleurs pas le souvenir de ces figures de clarinette qui tourne et même vrille, ou de ces longs aigus  qui se refusent presque à l’auditeur et l’intéressent d’autant.


bruit badrutt kocher koch

Hans Koch, Jonas Kocher, Gaudenz Badrutt : Koch / Kocher / Badrutt
Bruit
Enregistrement : 2 mai 2014. Edition : 2015.
Guillaume Belhomme © Le son du grisli

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LDP 2015 : Carnet de route #43

ldp 2015 43

L'heure de la tournée a sonné. Ce sont ici les dernières dates de LISTENING : le 10 décembre, à Bâle, Urs Leimgruber et Jacques Demierre apparaissaient, sans Barre Phillips, en solo mais avec une même envie : improviser encore, quels que soient les antécédents (Twine), quel que soit le chiffre (et même : le temps). 

10 décembre, Bâle
FIM

Jeder spielt solo. Jacques beginnt an einem upright Klavier Marke „pearlriver, 807158“ mit schnellen, tonalen, minimalistischen Bewegungen auf der Klaviatur. Sein repetitives Spiel erinnert mich an die Klavier Musik von La Monte Young der 60er Jahre. Ich war gerade 17 Jahr alt, als ich diese Musik am Radio hörte, sie wirkte magisch und zog mich sofort in ihren Bann. Das Repetitive hat mich inspiriert, und ich versuchte diese Spielweise sofort auf meinem Saxophon umsetzen. Durch Roland Kirk habe ich dann die Zirkularatmung entdeckt. Jahre danach, habe ich angefangen sie im Solo Spiel einzusetzen. Durch diese für mich neue Technik war ich imstande, mein Spiel vorzugsweise mit Obertönen und Mehrklängen zu erweitern. Später hörte ich Evan Parker das erste Mal live in Willisau. Er spielte zusammen mit Alexander von Schlippenbach, Peter Kowald und Paul Lovens. Ich war beeindruckt wie Evan die Zirkularatmung und diverse anderer Ansatztechniken zum Einsatz brachte, während er zeitgleich in der Gruppe mit Chris Mc Gregor The Brotherhood of Breath noch um einiges konventioneller spielte. Die Flatterzungen-Technik hat mich an das Spiel von Pharoah Sanders mit John Coltrane Meditations / Live at the Village Vanguard erinnert, wo Sanders in den höchsten Lagen eine unübliche Zungentechnik einsetzt. Evan ist ein Pionier, er hat das Saxophonspiel in der nach Coltrane Phase, ausserhalb des Freejazz unverkennbar radikalisiert und weiterentwickelt. Er spielte mit John Stevens und er gründete mit zusammen Derek Bailey die Music Improvisation Company und das Schallplatten Label Incus. Die Zusammenarbeit, welche aus diesen Aktivitäten hervorgegangen ist, ist musika-lisch und historisch von grosser Bedeutung. Eine Art Geburtsstunde der europäischen improvisierten Musik, während sich andere europäische Musiker, wie Peter Brötzmann, Han Bennink, Peter Kowald, Fred Van Hove und die Amerikaner George Lewis, Anthony Braxton ähnlich mit Musik beschäftigten.
Mitte der 70er Jahre, habe ich aufgrund meiner Aktivität in der Gruppe „OM“ Evan etwas aus den Augen und den Ohren verloren, um eigene Wege zu gehen. Ich habe mir während dieser Zeit bewusst andere Instrumentalisten – Streicher, Sänger und Komponisten als Saxophon-isten angehört. Jazz, indische und afrikanische Musik, Strawinsky, Varése, Stockhausen, Ligeti, Berio, Nono und die ganze New York School. In den neunziger Jahren, während meiner Zeit in Paris habe ich Evan in wechselnden Gruppen im Instants Chavirés wieder erlebt. Später erinnere ich mich an eine Begegnung am Festival in Parthenay in 2004, als Even das Trio mit Barre und Jacques hörte. Er war von der Musik des Trios beeindruckt und hatte uns gebeten ihm eine Aufnahme zu zuschicken, um auf seinem Label PSI als CD zu veröffentlichen. 2005 haben wir die CD ldp – cologne auf Evan’s Label veröffentlicht. Für ein Zusammenspiel mit Evan im Duo kam es dann 2007. Die ersten paar Töne zusammen mit ihm im Konzert bleiben mir in sehr guter Erinnerung. Sie waren gezeichnet von grosser Offenheit, Leichtigkeit und Musikalität. Evan kam mir vor als sanfter Koloss. Während einer Tournee spielen wir im Loft in Köln. Das Konzert wird aufgenommen und als CD Twine bei Cleanfeed Records veröffentlicht.
Nach den beiden Solos zeigen wir das Video mit Barre, anschliessend spielen wir im Duo. Am Ende des Stücks schiebt Jacques das Klavier spielend nach hinten, dann auf die Seite und hinter den Vorhang. Er beginnt an zu pfeifen ... er kommt zurück auf die Bühne setzt sich auf einen Stuhl, macht Klänge mit seiner Stimme und setzt mit Lautpoesie ein, dabei spiele ich das Sopransaxophon.....
U.L.

P1100799

Un piano à queue, brun clair et fermé à clef, donnait l'impression de vouloir forcer vainement l'entrée du lieu où nous allions jouer ce soir-là en duo avec Urs, Barre ayant dû renoncer, une nouvelle fois pour des raison de santé, à terminer cette tournée. Le mot SAFES brillait en lettres majuscules au-dessus d'une lourde porte en fer forgé. Celle-ci franchie, la descente fut brève et quelques marches plus bas, je découvris à ma droite, la salle de concert et à ma gauche, la salle des coffres. Une horloge sans chiffres, sans aiguille des minutes et au temps arrêté, distillait une ambiance étrange. Elle indiquait environ 10 heures 59. AM? ou PM? Cette absence de chiffre, de mouvement, ce doute, me sont apparus comme une menace silencieuse. Si il y avait une chose à laquelle je ne m'étais pas attendu en pénétrant dans ce SAFE, c'était à faire l'expérience d'un tel trouble. Mais le saisissement fut de courte durée. Autant la salle de concert que la salle des coffres – tendrement appelée Tresor sur les plans du lieu, sans accent aigu – allaient m'offrir des chiffres à profusion. Ce furent d'abord les colonnes entières de nombres gravés en sombre sur de petites plaquettes de métal brillant fixées sur la face de chaque boîte de dépôt

1024    1025    1211
1029    1030    1216
1034                 1221
1039    1040    1226
             1045
1049    1050    1236
1054    1055    1241
1059    1060    1246
1064    1065
1069    1070    1256

certaines plaquettes brillaient d'un éclat particulier, peut-être dû à l'éclairage irrégulier de l'espace

1826    1827
1829    1830
1832    1350
1835    1836
1838    1839
1841    1842
1844    1845
1847    1848
1850    1851
1853    1854
             1857

Etourdi par l'accumulation de ces verticalités légèrement agressives, je rejoignis le piano droit chinois pearlriver déjà installé au milieu de la petite scène. Comme un rituel maintenant bien rôdé depuis le début de la tournée, je repérai, notai et photographiai les indications graphiques tatouées sur le corps de l'instrument. A chaque coffre, comme à chaque piano, son numéro, ici le 807158. Mais le paysage avait complètement changé, j'avais devant moi, une fois la structure de bois du piano élaguée au maximum, une étendue horizontale de nombres alignés, allant de 1 à 88, imprimés à même le bois de chaque marteau. Trois sections, aux directions cardinales légèrement différentes, divisaient l'espace séparant les cordes verticales du clavier. Sur ma gauche

1 2 3 4 5 6 7 8 9 10 11 12 13 14 15 16 17 18 19 20 21 22 23 24 25 26 27 28 29 30

puis, devant moi

31 32 33 34 35 36 37 38 39 40 41 42 43 44 45 46 47 48 49 50 51 52 535 54 55 56 57 58 59 60

enfin, sur ma droite

61 62 63 64 65 66 67 68 69 70 71 72 73 74 75 76 77 78 79 80 81 82 83 84 85 86 87 88

Nous avions prévu deux solos. Assis face à l'instrument, je lus soudain une suite infinie de chiffres. Puis plus rien : j'avais commencé à jouer.

1 2 3 4 5 6 7 8 9 1 0 1 1 1 2 1 3 1 4 1 5 1 6 1 7 1 8 1 9 2 0 2 1 2 2 2 3 2 4 2 5 2 6 2 7 2 8 2 9 3 0 3 1 3 2 3 3 3 4 3 5 3 6 3 7 3 8 3 9 4 0 4 1 4 2 4 3 4 4 4 5 4 6 4 7 4 8 4 9 5 0 5 1 5 2 5 3 5 5 4 5 5 5 6 5 7 5 8 5 9 6 0 6 1 6 2 6 3 6 4 6 5 6 6 6 7 6 8 6 9 7 0 7 1 7 2 7 3 7 4 7 5 7 6 7 7 7 8 7 9 8 0 8 1 8 2 8 3 8 4 8 5 8 6 8 7 8 8

Urs m'a dit avoir entendu des réminiscences de La Monte Young. Toujours des chiffres. Serait-ce ce chapelet horizontalement tendu devant mes yeux qui m'aurait poussé inconsciemment à un geste sonore minimaliste, mais tempéré, après avoir réactivé en moi certains exemples de proportions chiffrées du Well-Tuned Piano lus récemment ?

49/32        147/128    441/256    1323/1024    

7/4        21/16        63/32        189/128    567/512

1/1        3/2        9/8

(transcription: Wolfgang von Schweinitz)

Mais ce ne sont que spéculations extérieures et incertaines, je n'en sais au fond rien. Ce qui est sûr, par contre, c'est qu'il n'y a pas d'autre lieu que le lieu de l'action, de l'action sonore en l'occurrence, pour que les choses se passent, que les choses soient modifiées, qu'elles soient saisies et subissent les véritables transformations, afin qu'en retour elles nous révèlent leur propre et nouvelle existence.
J.D.

P1100809

Photos : Jacques Demierre

> LIRE L’INTÉGRALITÉ DU CARNET DE ROUTE

jacques_demierre_barre_phillips_urs_leimgruber

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Sebastian Lexer, Steve Noble : Muddy Ditch (Fataka,2016) / Stefan Keune, Dominic Lash, Steve Noble : Fractions (NoBusiness,2015)

sebastian lexer steve noble muddy ditch

Les deux pièces à trouver sur ce disque ont été enregistrées au même endroit (Café Oto) mais à deux ans et demi d’intervalle. Assez pour que le duo qui les a improvisées, Sebastian Lexer et Steve Noble, modifie son propos.

En 2011, le piano+ de Lexer est certes déjà une machine à sons contrariés, de graves qui rôdent en cordes qui tremblent, et la ponctuation de Noble assez expressive pour les mettre en valeur et même les développer. Un léger tintement, répété, peut ainsi stopper le patient polissage auquel s’adonne un Lexer qui multipliera ensuite les clusters démonstratifs. Mais ce sont les mois qui passent qui changeront véritablement la donne.

Ainsi, en 2014, l’emportement romantique qui parfois gagnait Lexer s’est effacé derrière des plaintes et des chants sortis d’une recherche plus méticuleuse. C’est le silence qui, cette fois, rôde et impose là sa mesure ; en réponse, Noble brusque sa frappe et, étrangement, la soigne dans le même temps. Voilà pourquoi Muddy Ditch est un beau document : il atteste l’évolution d’un duo d’improvisateurs affairé, certes, mais concerné encore par son sujet.


lexer noble

Sebastian Lexer, Steve Noble : Muddy Ditch
Fataka
Enregistrement : 25 octobre 2011 & 18 juin 2014. Edition : 2016.
CD : 01/ Pool 02/ Loess
Guillaume Belhomme © Le son du grisli
 

stefan keune dominic lash steve noble fractions

Un saxophone – qui pourra d’abord évoquer le ténor de John Butcher – monte tandis que, déjà, tonne un tambour (c’est encore Steve Noble). L’atmosphère passera pour « remontée » si l’archet de contrebasse (c’est Dominic Lash) ne tempère le jeu du trio. Stefan Keune (John Russell ou Paul Lytton jadis pour partenaire), lui, passe de ténor en sopranino. Son jeu est « rentré », qui rappelle aussi parfois celui de Paul Dunmall, manque peut-être de singularité, mais s’écoute néanmoins avec plaisir.

fractions

Stefan Keune, Domini Lash, Steve Noble : Fractions
NoBusiness
Enregistrement : 26 novembre 2013. Edition : 2015.
LP : A1/ Two Far A2/ Cuts A3/ A Find – B1/ Let’s Not B2/ Mélange
Guillaume Belhomme © Le son du grisli



moondog lenka lente

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Nicolas Perret, Silvia Ploner : Nýey (Unfathomless, 2015)

nicolas perret silvia ploner nyey

Moi ça me rassure dès qu’un oiseau pointe sa queue dans le coin. D’autant que sur ce CD ça se passe en Islande (si j’ai pas rêvé). Le vent sur les cratères, le crachat des geysers, les voix qui nous parlent d’extraterrestres, de nouvelle ère et de nouveau monde, voilà le genre... 

La phonographie de Nicolas Perret & Silvia Ploner n’est pas bien longue. Est-elle plus mystérieuse pour cela ? Oui sans doute car les sons et les (deux, il me semble) voix qu’elle fait parler font partie d’un paysage inconnu que le duo a visité puis reconstitué – jusque-là, rien d’original sur le papier.

Mais dans cette « recomposition », l’anxiété n’est jamais loin. Même quand on est assuré que rien de mal ne peut plus se passer (ni les oiseaux nous attaquer, ni les souffles nous emporter etc.) on craint fort. Mais c’est la force de Nýey de n’être pas rassurant. D’avoir su conserver dans la beauté de sa composition l’insécurité du voyage.


nyey

Nicolas Perret, Silvia Ploner : Nýey
Unfathomless
Edition : 2015.
CD : 01/ Nýey
Pierre Cécile © Le son du grisli

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SQID : SQID (Mikroton, 2015)

sqid sqid mikroton

Les 25 et 26 août 2014 à la frontière austro-hongroise, Attila Faravelli – dans le cadre d’une résidence accordée à SQID dont il fait partie – a enregistré des endroits qu’il a aussi photographiés. Dans le livret qui accompagne ce disque double, on trouve ainsi onze paysages dont on retrouve les sons dans les improvisations qu’il renferme.  

Les artifices qui augmentent les field recordings sont l’œuvre de Faravelli, Angélica Castelló, Burkhard Stangl et Mario de Vega – invité par le groupe, l’artiste mexicain Gudinni Cortina a filmé les travaux et capturé quelques sons. C’est d’abord un tambour qui gronde et, plus encore, atteste une prise de son d’une chaleur rare (Martin Siewert au mastering).

Ce sont ensuite les rumeurs que composent les frôlements de bandes et de cordes de guitare électrique – notons que, lorsque celle-ci disparaît, l’ouvrage est plus commun –, de jouets inquiétants et de parasites nichés en enceintes, de flûte sifflant haut et de signaux d’ampli… qui réinventent quelques bruits « ordinaires » : le chant d’oiseaux de nuit, un défilé des véhicules sur la route, le passage d’un train ou la respiration habituellement insoupçonnée des alentours.

sqid sqid

SQID : SQID
Mikroton / Metamkine
Enregistrement : 2014. Edition : 2015.
2 CD : CD1 : 01/ IMG_7697 02/ IMG_7750 03/ IMG_7787 04/ IMG_7760 05/ IMG_7796 06/ IMG_7899 07/ IMG_7909 08/ IMG_7757 09/ IMG_7919 10/ IMG_8035 11/ IMG_8127 – CD2 : 01/ IMG_7728 02/ IMG_7923
Guillaume Belhomme © Le son du grisli

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Lol Coxhill et alt. : Vol pour Sidney (aller) (Nato, 2015)

lol coxhill et alt

Début des années 1990 : on pouvait encore concilier, réconcilier. Un producteur (ici Jean Rochard) pouvait rêver à quelque projet fou : inviter quelques amis musiciens à évoquer le déjà oublié Sidney Bechet par exemple.

Lol Coxhill et Pat Thomas convoquaient l’electro avant l’heure. Elvin Jones et Michel Doneda partageaient une fantaisie égyptienne. Taj Mahal n’était jamais aussi bien servi que par lui-même. The Lonely Bears n’étaient que tendresse et bienveillance (mais frôlaient aussi le sirop !). Steve Beresford s’armait de ridicule sur Lastic 6 et retrouvait l'inspiration perdue en compagnie d’Han Bennink sur Lastic 7. Un Rolling Stones (Charlie Watts) pouvait compter sur les sopranos d’Evan P et de Lol C pour fluidifier son swing.

Le mainstream n’était pas aussi écœurant qu’aujourd’hui (Pepsi & The Blue Spiders). Lee Konitz et Kenny Werner nous sauvaient du cafard. Urszula Dudzak et Tony Hymas pensaient et régulaient l’à-venir. C’était hier. C’est aujourd’hui puisque l’on réédite la galette. En cette période d’irréconciliable, c’est une assez bonne idée.

vol sidney

Vol pour Sidney (aller)
Nato / L’autre distribution
Enregistrement : 1991-1992. Edition : 1992. Réédition : 2015.
CD : 01/ Petite fleur 02/ La nuit est une sorcière 03/ Egyptian Fantasy 04/ Sidney’s Blues 05/ Si tu vois ma mère 06/ Lasti 6 07/ Lastic7 08/ Blues in the Cave 09/ Laughin in Rhythm 10/ Blue for You Johnny 10 11/ Blues for You Johnny 11 12/ As-tu le cafard ? 13/ Make Me a Pallet on the Floor 14/ Petite fleur
Luc Bouquet © Le son du grisli

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VA AA LR : Polis (Intonema, 2015)

va aa lor polis

Techniciens compétents, Vasco Alves, Adam Asnan et Louie Rice – ainsi donc : VA AA LR – ne s’interdisent pas d’avoir ici ou là recours à la bricole. Dans les pas des musiciens que le second publie sur Hideous Replica (Lucio Capece, Birgit Ulher, Kurt Liedwart ou encore, et même davantage peut être, Coppice), le trio  enregistrait récemment Polis.

Un peu plus d’une demi-heure d’une électroacoustique épatante : où des graves imposants évoluent sur constructions pneumatiques et, en se frôlant, font des étincelles ; où les bruits enregistrés d’un chantier font jeu égal avec une poésie polyglotte – que le Portugais tire à lui puisque le travail est né d’installations montées dans les rues de Porto et Serralves ; où une basse, enfin, claque en suivant le parcours d’une bille lancée sur roulette avec de bercer sur deux notes les cris d’une cour de récréation. Et si les field recordings de notre trio d’initiales sont d’un commun universel, son invention électronique se charge de les sublimer. 



polis

VA AA LR : Polis
Intonema / Metamkine
Enregistrement : mai-juin 2014. Edition : 2015.
CD : 01/ Polis
Guillaume Belhomme © Le son du grisli

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Yves Bouliane : Champ (10 Opérations) (Tenzier, 2015)

yves bouliane champ 10 opérations

Saute saute, fouille fouille, tréfouille tréfouille, tréfile tréfile (trécorde trécorde si le verbe existait), gratouille gratouille : Yves Bouliane (que mes indics ont repéré sur un vinyle avec son compatriote John Heward) est violoncelliste & il joue seul. « Jouait », je devrais dire, car l’enregistrement date de 1977.

La réédition de la cassette originale tirée à dix (10 !) exemplaires est aujourd’hui un LP (si l’on croit au progrès de l’humanité, elle sortira un jour en CD). Le performer expérimente sur un violoncelle que l’on dirait réduit (alors que son archet semble de taille normale), comme un mini violoncelle en bois ou en porcelaine… Pas étonnant qu’il n’ait pas de partenaire (il a joué un temps avec le Jazz libre du Québec) puisqu’il introspectionne : saute saute, fouille fouille…[reprendre plus haut]. Ça rebondit fort mais en sourdine et ça chante faux mais avec une justesse incroyable. D'où le conseil : Tout le monde au Champ d'opérations !


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Yves Bouliane : Champ (10 opérations)
Tanzier / Metamkine
Enregistrement : 1977. Edition : 2015.
LP : A-B/ Champ (10 Opérations)  
Pierre Cécile © Le son du grisli

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Ludovic Florin : Jazz Vinyls (Editions du Layeur, 2015)

ludovic florin jazz vinyls

On ne compte plus les livres publiés qui ont pour sujet la pochette de disque vinyle. Celui que signe Ludovic Florin – que l’on peut notamment lire dans Improjazz –, qu’il présente comme un « vagabondage », aurait pu être un ouvrage de plus au sujet consacré : or, son Jazz Vinyls est une belle histoire du jazz (qu’il s’en défende) cachée derrière l’image.

Quelques défauts, bien sûr – des raccourcis inévitables, des interrogations soudaines (« Le style West Coast existe-t-il ? », et qu’est-ce que le « mainstream progressiste » ?), la rareté des « petits maîtres », l’absence de bibliographie (certes, par les temps qui courent, un mal assez contagieux) et, last but not least, le fait que je ne l’ai pas moi-même écrit –, mais nettement moins que de surprises.

De la « préhistoire du jazz » aux « temps post-modernes », Florin fait en effet œuvre de tact et de nuances – c’est cette fois une qualité qui se perd, notamment au Sud de la Loire où l’on publiait récemment un ouvrage consacré au Free Jazz qui attache au domaine Mingus, Dolphy…, et même Akosh S. ou Colin Stetson, mais pas Joe McPhee, par exemple : le chapitre que Florin intitule « Au-dessus des chapelles » aurait pu apprendre à l’auteur (et à son Reste d'éditeur) qu’aller voir au-delà des codes n’est pas forcément « jouer free ».

Fort de citations choisies (de musiciens, comme de critiques), se permettant quelques focus d’intérêt (Dizzy Gillespie, Anthony Braxton, Joe Henderson…), Florin suit une chronologie irréfutable qu’il illustre avec un à-propos désarmant. C’est que son intérêt pour le genre profite d’un désintérêt pour l’anecdote ou le kitsch – ici, pas de cargaison de pin-up sirotant du jus de Monk ou de Blakey (quelques-unes, quand même) à la Jazz Covers – et, surtout, s’avère bien plus « contemporain » – à peine à la moitié du livre, et c’est déjà Ornette Coleman.

Comme pour excuser l’aplomb qu’il a de consacrer quelques chapitres au « mainstream » (après tout, le titre du livre n’est pas « Bon Jazz Vinyls »), Florin entame le chapitre « La toile européenne se déploie » : Derek Bailey, Alexander von Schlippenbach, Evan Parker... avant qu’arrive le tour des labels européens. Certes, l’œcuménisme est amical puisque la Fusion est à suivre, mais la conclusion nous amène… Brigantin. C’est dire que Jazz Vinyls est une indispensable lecture.

jazz vinyls

Ludovic Florin : Jazz Vinyls
Editions du Layeur
Livre : 359 pages
Guillaume Belhomme © Le son du grisli

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