Le son du grisli

Bruits qui changent de l'ordinaire

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A la question : interviewsAu rapport : impressions de concertsEn théorie : l'improvisation par l'écrit : John Butcher & Evan Parker

FOURM, Shinkei, Luigi Turra : Clean Forms (Dragon’Eye Recordings, 2009)

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BG Nichols (aka FOURM), David Sani (aka Shinkei) et Luigi Turra présentent sur Clean Forms un travail sonore chacun, qu'ils dédient à des plasticiens chéris.

L'art qui est célébré ici est un art abstrait illustré par les compositions des trois musiciens : des lignes blanches déposées sur des partitions métalliques de la part de FOURM, des craquements électroniques et des enregistrements de la nature encadrés par Shinkei, des dessins à l'encre sympathique pour Luigi Turra. Minimaliste et pastel, la réunion d'artistes produit sans projeter de manifeste commun, et c'est de cette manière qu'elle arrive à séduire.

FOURM, Shinkei, Luigi Turra : Clean Forms (Dragon’Eye Recordings)
CD-R : 01/ FOURM : Seagram Series (for mark Rothko) 02/ Shinkei : Nokori (for Ken Nakazawa) 03/ Luigi Turra : Alluminium Zinc
Edition : 2009. 
Pierre Cécile © Le son du grisli

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Mika Vainio : Vandal (Raster Noton, 2009)

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Toujours en pleine forme en solo, Mika Vainio avait marqué le haut de l’échelle discographique 2009 du sceau d’un Black Telephone Of Matter où la condition du silence donnait un sens radical, presque autiste, qui ne souffrait aucune limite atone. Traversé d’expériences soniques fascinantes à la douzaine, le Finlandais signait un disque magistral, très éloigné des variations technoïdes desséchées de son duo Pan Sonic.

Prestigieuse signature du quatrième volet de la série Unun (qui en comptera neuf en tout), Vainio revient vers les beats de ses premières amours sur son nouvel EP Vandal. Totalement à sa place dans l’univers squelettiquement vivace de la maison Raster-Noton, la vision du producteur nordique dessoude les certitudes trop bien ancrées de tous les imitateurs du son de Chemnitz. Machinale et glauque, l’approche de Mika V est réellement troublante. Réunissant en un tour de force poignant décorum industriel, apocalypse blafard, ses quatre tracks d’un impressionnant expressionnisme lugubre conjugue le noir de son encre au rythme d’une déculottée martiale décomplexée et ravageuse et c’est à donner un tournis provocateur et immoral. Oh oui, encore.

Mika Vainio : Vandal EP (Raster-Noton / Metamkine)
Edition : 2009.
CD : 01/ Teutons 02/ Vandals 03/ Goths 04/ Barbarians
Fabrice Vanoverberg © Le son du grisli

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Pillars and Tongues : Protection (Contraphonic, 2008)

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De Gand à Barcelone, de Lisbonne à Toulouse, le souffle de Pillars and Tongues se fera sentir quelques jours durant. Pour toute alerte, un disque résonne encore qui a paru il y a deux ans : Protection. Sur ce disque, quelques amis prêtent main forte au trio de base (Evan Hydzik, Elizabeth Remis, Mark Trecka) – sur scène, quelle forme prendra l'équipée je l'ignore.

Ce que je sais, par contre : Protection est un grand disque d'un folk bizarre sorti de Chicago, qui réconcilie les rues droites et les grands espaces. Car l'Americana que défend Pillars and Tongues est protéiforme, marie trois voix (qui se laissent souvent désirer), un violon lancinant, une basse aux gimmicks prégnants, et des moments laissés en suspensions. Dans ce folk bizarre, cette Americana inédite, on entend des coups de feu et de poings mais aussi l'accalmie des réunions au grand air. De ces réunions où se racontent des histoires troubles qui peuvent se passer de mots. Pour assister à l'une de ces soirées, la carte dépliée indique les quatre points cardinaux : Gand, Bruxelles, Strasbourg, Nantes, Rennes, Mont-de-Marsan, Saragosse, Barcelone. Alors, en route...

Pillars and Tongues : Protection (Contraphonic)
Edition : 2008.
CD : 01/ Hall of Bliss 02/ Dead Sings 03/ Protection (I) 04/ Protection (II)
Pierre Cécile © Le son du grisli

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Joseph Ghosn : La Monte Young (Le mot et le reste, 2010)

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« Une biographie » qui tient plutôt du portrait : celui que Joseph Ghosn trace, en homme pressé mais aussi passionné, de La Monte Young.

Une fois évoquée sa première rencontre avec le compositeur (un nom au dos d'une pochette d'un disque de Spacemen 3) et donnés quelques exemples des affres avec lesquelles doit faire tout collectionneur de disques – assez naïfs pour sacrifier à l'ère du temps (manquait encore un souvenir de lycée), ces chapitres ne sont toutefois qu'une introduction au sujet (et un appât de quatrième de couverture) –, Ghosn peut exposer le parcours de La Monte Young (et celui de sa compagne Marian Zazeela). S'il pare au plus pressé, le texte est vif et complet, se chargeant en plus d'écrire en filigrane une histoire du minimalisme américain qui commande à d'autres figures d'intervenir : Terry Riley, Philip Glass, Maryanne Amacher, Rhys Chatham, Charlemagne Palestine... En amateur éclairé, Ghosn a la bonne idée de ne pas chercher à établir ici la moindre hiérarchie pour se concentrer davantage sur son portrait du musicien en créateur irréductible et en homme qui échappe toujours différemment aux convenances de son temps.

Alors, la lecture est rapide, sans doute pour permettre au lecteur d'aller entendre la musique du compositeur  – « Il est temps, dit-elle, de tout arrêter pour écouter, écouter, écouter » – et celle des références d'une discographie sélective du minimalisme proposée ensuite. Là, quelques manques (l'auteur privilégiant l'influence du minimalisme sur la pop ou la musique expérimentale au détriment de celle ayant touché quelques compositeurs et interprètes de musique contemporaine, par exemple), mais une autre bonne idée : celle d'aller voir au-delà de tout présupposé et conseille en conséquence d'aller chercher tel enregistrement d'Yves Klein, Alvin Lucier ou Oren Ambarchi, aussi bien que les inévitables pièces de Terry Riley, Steve Reich ou Phill Niblock. C'est pourquoi l'ouvrage fait figure d'introduction plus que satisfaisante aux répétitions de La Monte Young comme à une autre façon de penser la musique (et ses représentations).

Joseph Ghosn : La Monte Young Une biographie suivie d'une discographie sélective sur le minimalisme (Le mot et le reste)
Edition : 2010.
Guillaume Belhomme © Le son du grisli

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Eric Watson : Midnight Torsion (Emouvance, 2009)

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Au départ était The Raven (le corbeau) d’Edgar Allan Poe dans les traductions de Mallarmé et Baudelaire. Ensuite, exista Lettres, spectacle chorégraphique mis en musique par Eric Watson. Puis, parce que les musiciens (Elise Caron, Régis Huby, Claude Tchamitchian) le demandaient, il y eu Midnight Torsion. Ce Midnight Torsion que j’écoute inlassablement comme une douce obsession. Comme le visage à jamais perdu de l’être aimé. Comme une chair à vif. Comme une glossolalie (The Whispered Word) infectant un langage déjà bien saturé.

C’est une musique de noire organisation. Une musique de secrète angoisse et où plane l’inquiétude de cordes glissantes, stridentes. C’est une musique d’émoi et d’ombres. C’est une musique polytonale, atonale, microtonale. C’est une musique qui veille sur les nuits de désordre et de prémonition. Mais y pointent aussi les vives mémoires de Belà Bartok (Midnight Torsion), Bill Evans (Leonore) et Cecil Taylor (Chasing the Raven). C’est une musique de rare lucidité. Lucide comme la perte et l’abandon. Au final existe donc Midnight Torsion, musique emportée, exigeante. Noire comme l’espoir.

Eric Watson : Midnight Torsion (Emouvance)
Enregistrement : 2008. Edition : 2009.
CD : 01/Midnight Torsion  02/Nevermore  03/The Visitor  04/Purple Curtain  05/Leonore  06/Midnight Torsion II  07/Midnight Extorsion  08/The Whispered Word  09/Chasing the Raven  10/The Chamber Door
Luc Bouquet © Le son du grisli

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Lucio Capece, Lee Patterson : Empty Matter (Another Timbre, 2009)

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Rien d’étonnant à ce que Lucio Capece (saxophone, clarinette, préparations, shruti-box) et Lee Patterson (lecteurs de disques, objets amplifiés) unissent leurs efforts pour un disque sous l’égide d’Another timbre.

Les deux expérimentateurs produisent une musique sombre et orageuse dont les impératifs esthétiques correspondent parfaitement au jeune et vigoureux label anglais. Ici, la recherche ne relève ni de la complexité technique, ni de la construction d’un univers rassurant et stable. Lucio Capece donne l’essentiel de l’assise sonore par ses souffles répétitifs et granuleux ou par le drone bourdonnant qu’il crée à l’aide de la shruti-box indienne.

Parfois, il est difficile de reconnaître avec aisance la source de sons produits. Ainsi, si l’on sait d’après le livret de l’album que Lee Patterson utilise des noisettes comme vecteurs de bruit, comment identifier ces dernières ? Ces indéterminations renforcent l’aura de mystère d’une matière électrique et pleine de fissures. L’usage hétérodoxe d’instruments traditionnels et  l’emploi d’objets hétéroclites se combinent et participent à l’irruption d’un ailleurs musical, ressemblant à ce qui pourrait être de la noise de cuisine ou de salon, jouée par des improvisateurs charmés par une certaine économie de geste et de discours.


Lucio Capece, Lee Patterson, Impeler. Courtesy of Another Timbre.

Lucio Capece, Lee Patterson : Empty Matter (Another Timbre)
Enregistrement : 12 juin 2009. Edition : 2009.
CD : 01/ Impeler 02/ Suspender 03/ Fervesce 04/ Ventilar 05/ Coriolis 06/ Insuflar 07/ Sostener 08/ Burning.
Jean Dezert © Le son du grisli

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Brötzmann, Schlippenbach, Johansson : Up and Down the Lion – revised (Olof Bright, 2009)

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Il y a trente ans, trois hommes peu communs tournaient en Suède : Alexander von Schlippenbach (piano) et Sven-Åke Johansson (batterie) célébraient ainsi leurs retrouvailles avec Peter Brötzmann (saxophones).

Document d’importance, Up and Down the Lion – revised assemble des duos enregistrés et un trio fiévreux : Brötzmann rageur, sifflant, féroce ; Schlippenbach angoissé, obsessionnel, bilieux répétitif ; Johansson forcément percutant, terrible et torrentiel au point de devoir se réserver quelques pauses au son d’un drôle d'accordéon. Musique de fièvre en concert à Härnösand : impérieuse vague de souffre suivie de son ressac (acouphène passager).

Peter Brötzmann, Alexander von Schlippenbach, Sven-Åke Johansson: Up and Down the Lion – revised (Olof Bright)
Enregistrement : 1979. Edition : 2009.
CD : 01/ 18:07 02/ 07:27 03/ 06:31 04/ 14:39 05/ 10:29
Guillaume Belhomme © Le son du grisli

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Lokai : Transition (Thrill Jockey, 2009)

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Acteurs majeurs et hyperactifs de la scène musicale viennoise, en solo ou au sein de leurs diverses collaborations, Stefan Németh et Florian Kmet ont remis le couvert Lokai en 2008, trois années après leur inaugural 7 Million, édité à l’époque sur leur propre label, l’excellent Mosz. L’enregistrement de ce second effort Transition achevé, c’est du côté de Chicago et de la maison Thrill Jockey – déjà home des travaux de Németh au sein du trio Radian, dont le récent Chimeric est chroniqué en ces mêmes pages – que le projet autrichien trouve refuge.

Très peu engageante, la première minute de l’album invite à l’abandon en rase campagne – la faute à ses formes craquelées trop fortement décalquées du Cholagogues de Figueras, Toop & Burwell. Ici s’arrête la mauvaise nouvelle, place maintenant aux (nombreuses) bonnes. En premier lieu, la dynamique interne d’une musique réalisée avec une économie de moyens qui ne s’entend guère – ou si peu. Echafaudés sur des structures lâches et joliment convaincantes, les morceaux se laissent guider par des fils distendus, ils relient en pleine souplesse – celle qui fait défaut au dernier Radian ? – les guitares et l’électronique, complétées par un Rhodes ou des percussions félines et racées. Les deux premiers morceaux (hormis ces fameuses premières soixantes secondes) sont formidables. Assouvis d’une chaleur tropicale qui aurait fait sienne la vitalité de la culture viennoise, ils soumettent les six cordes de Kmet à une danse imprimée du bout des orteils. Quelques fois hésitants au démarrage, d’autres morceaux ne perdent rien pour attendre, eux non plus. Dès une coda instaurée, elle est toujours d’une grande subtilité, les variations lokaïennes s’enlacent autour d’une immense complicité qui ne nous veut que du bien.

Lokai : Transition (Thrill Jockey)
Edition : 2009.
CD : 01/ Roads 02/ Salvador 03/ Panarea 04/ Volver 05/ 4 a.m. 06/ Glimmer 07/ Bruit 08/ Tik 09/ Roads (reprise)
Fabrice Vanoverberg © Le son du grisli

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Basshaters : Live Spring 2009 (Young Girls, 2009)

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Je ne connaissais rien de Basshaters avant d’écouter cet enregistrement d’un de leurs concerts. Au fil des recherches, une page myspace m’en apprend plus : un duo d’Américains constitué de Tony Dryer et Jacob Felik Heule = contrebasse et batterie et de l’électronique (ce serait moins drôle sans). Le duo a déjà joué avec les saxophonistes Jack Wright et Michel Doneda, alors j’imaginais un dialogue déconstruit et cérébral...

Or, quand le disque démarre, un bruit de rotatives retentit, assourdissant si le volume est assez fort, qui vient peut être de micros que l’on gratte. Pour suivre, un larsen se fait entendre, des chants d’oiseaux (ou sinon c’est moi qui fantasme…) perdus dans un brouillard sonore épais et cataleptique. Les moteurs ne cesseront plus de suffoquer, de s’emballer même jusqu’à faire craquer le plancher (ou sinon c’est moi qui fantasme). Des pauses essayent bien de calmer le tout, mais rien n’y fait : le duo continue de protester, haut et fort. Le tout est aride et très impressionnant, Basshaters m’a convaincu que je fantasmais moins que je ne pouvais le penser…

Basshaters : Live Spring 2009 (Young Girls Records)
Enregistrement : 2009. Edition : 2009.
CD-R :01/  Eugene, OR / Epic Space / June 4 02/ Santa Fe, NM / High Mayhem / May 31 03/ Portland, OR / The Wail / June 5
Pierre Cécile © Le son du grisli

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Lucio Capece, Sergio Merce : Casa (Organized Music from Thessaloniki, 2009)

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Des duos (avec Nakamura, Malfatti ou Patterson) récemment enregistrés par Lucio Capece (sruti box, filtre, clarinette basse), celui qui l’associe à Sergio Merce (quatre-pistes sans bande, saxophone ténor) a un caractère d’évidence et de simplicité qui le rend attachant. Conçu en février 2008 sur leurs terres argentines natales (et publié en Grèce par Organized Music from Thessaloniki – un clin d’œil à l’étiquette Improvised Music from Japan ?), ce disque d’une durée justement adéquate combine deux belles pièces.

La première, en une trentaine de minutes, offre un drone « d’orgue à main » (filtré, le guide-chant semble crêper le son à l’émission et l’onduler dans sa diffusion) brodé des surpiqûres de Merce ; surface et épaisseur s’y révèlent au fil de lents développements. La seconde, strictement acoustique, à la clarinette basse et au saxophone ténor, est une vignette de sept minutes : en poussées conjointes et appliquées, à intervalles réguliers, les notes tenues, dans les cercles vibrants de leurs effets harmoniques, dessinent l’architecture intérieure de cette casa sonore.


Lucio Capece, Sergio Merce, Virar, Virar (extrait). Courtesy of Organised Music from Thessaloniki.

Lucio Capece, Sergio Merce : Casa (Organized Music from Thessaloniki)
Enregistrement : 2008. Edition : 2009.
CD : 01/ Virar, Virar 02/ Vieja Casa Nueva
Guillaume Tarche © Le son du grisli

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