Le son du grisli

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Lokai : Transition (Thrill Jockey, 2009)

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Acteurs majeurs et hyperactifs de la scène musicale viennoise, en solo ou au sein de leurs diverses collaborations, Stefan Németh et Florian Kmet ont remis le couvert Lokai en 2008, trois années après leur inaugural 7 Million, édité à l’époque sur leur propre label, l’excellent Mosz. L’enregistrement de ce second effort Transition achevé, c’est du côté de Chicago et de la maison Thrill Jockey – déjà home des travaux de Németh au sein du trio Radian, dont le récent Chimeric est chroniqué en ces mêmes pages – que le projet autrichien trouve refuge.

Très peu engageante, la première minute de l’album invite à l’abandon en rase campagne – la faute à ses formes craquelées trop fortement décalquées du Cholagogues de Figueras, Toop & Burwell. Ici s’arrête la mauvaise nouvelle, place maintenant aux (nombreuses) bonnes. En premier lieu, la dynamique interne d’une musique réalisée avec une économie de moyens qui ne s’entend guère – ou si peu. Echafaudés sur des structures lâches et joliment convaincantes, les morceaux se laissent guider par des fils distendus, ils relient en pleine souplesse – celle qui fait défaut au dernier Radian ? – les guitares et l’électronique, complétées par un Rhodes ou des percussions félines et racées. Les deux premiers morceaux (hormis ces fameuses premières soixantes secondes) sont formidables. Assouvis d’une chaleur tropicale qui aurait fait sienne la vitalité de la culture viennoise, ils soumettent les six cordes de Kmet à une danse imprimée du bout des orteils. Quelques fois hésitants au démarrage, d’autres morceaux ne perdent rien pour attendre, eux non plus. Dès une coda instaurée, elle est toujours d’une grande subtilité, les variations lokaïennes s’enlacent autour d’une immense complicité qui ne nous veut que du bien.

Lokai : Transition (Thrill Jockey)
Edition : 2009.
CD : 01/ Roads 02/ Salvador 03/ Panarea 04/ Volver 05/ 4 a.m. 06/ Glimmer 07/ Bruit 08/ Tik 09/ Roads (reprise)
Fabrice Vanoverberg © Le son du grisli

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Basshaters : Live Spring 2009 (Young Girls, 2009)

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Je ne connaissais rien de Basshaters avant d’écouter cet enregistrement d’un de leurs concerts. Au fil des recherches, une page myspace m’en apprend plus : un duo d’Américains constitué de Tony Dryer et Jacob Felik Heule = contrebasse et batterie et de l’électronique (ce serait moins drôle sans). Le duo a déjà joué avec les saxophonistes Jack Wright et Michel Doneda, alors j’imaginais un dialogue déconstruit et cérébral...

Or, quand le disque démarre, un bruit de rotatives retentit, assourdissant si le volume est assez fort, qui vient peut être de micros que l’on gratte. Pour suivre, un larsen se fait entendre, des chants d’oiseaux (ou sinon c’est moi qui fantasme…) perdus dans un brouillard sonore épais et cataleptique. Les moteurs ne cesseront plus de suffoquer, de s’emballer même jusqu’à faire craquer le plancher (ou sinon c’est moi qui fantasme). Des pauses essayent bien de calmer le tout, mais rien n’y fait : le duo continue de protester, haut et fort. Le tout est aride et très impressionnant, Basshaters m’a convaincu que je fantasmais moins que je ne pouvais le penser…

Basshaters : Live Spring 2009 (Young Girls Records)
Enregistrement : 2009. Edition : 2009.
CD-R :01/  Eugene, OR / Epic Space / June 4 02/ Santa Fe, NM / High Mayhem / May 31 03/ Portland, OR / The Wail / June 5
Pierre Cécile © Le son du grisli

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Lucio Capece, Sergio Merce : Casa (Organized Music from Thessaloniki, 2009)

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Des duos (avec Nakamura, Malfatti ou Patterson) récemment enregistrés par Lucio Capece (sruti box, filtre, clarinette basse), celui qui l’associe à Sergio Merce (quatre-pistes sans bande, saxophone ténor) a un caractère d’évidence et de simplicité qui le rend attachant. Conçu en février 2008 sur leurs terres argentines natales (et publié en Grèce par Organized Music from Thessaloniki – un clin d’œil à l’étiquette Improvised Music from Japan ?), ce disque d’une durée justement adéquate combine deux belles pièces.

La première, en une trentaine de minutes, offre un drone « d’orgue à main » (filtré, le guide-chant semble crêper le son à l’émission et l’onduler dans sa diffusion) brodé des surpiqûres de Merce ; surface et épaisseur s’y révèlent au fil de lents développements. La seconde, strictement acoustique, à la clarinette basse et au saxophone ténor, est une vignette de sept minutes : en poussées conjointes et appliquées, à intervalles réguliers, les notes tenues, dans les cercles vibrants de leurs effets harmoniques, dessinent l’architecture intérieure de cette casa sonore.


Lucio Capece, Sergio Merce, Virar, Virar (extrait). Courtesy of Organised Music from Thessaloniki.

Lucio Capece, Sergio Merce : Casa (Organized Music from Thessaloniki)
Enregistrement : 2008. Edition : 2009.
CD : 01/ Virar, Virar 02/ Vieja Casa Nueva
Guillaume Tarche © Le son du grisli

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Sun Ra : The Heliocentric Worlds of Sun Ra II (ESP, 2009)

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Mille nouvelles copies vinyle du second volume de The Heliocentric worlds of Sun Ra tournent aujourd'hui. Milles planètes redécouvertes tournant autour du soleil ou de Sun Ra, au choix.

Enregistré à New York en 1965, le disque fait évoluer un octette qui, à lui seul, aura concrètement – et peut être mieux que les autres formations du pianiste – mis en scène et en espace une esthétique bouleversante. En ouverture, The Sun Myth progresse lentement au gré des fluctuations de l'archet de Ronnie Boykins et de la clarinette basse de Robert Cummings avant que le meneur commande l'invasion d'un free chaotique, enfoncé à coups de baryton par l'inégalable Pat Patrick. Mais les reliefs sont changeants, et les attitudes s'y adaptent : redescente obligée le temps de laisser la musique évoluer sur quelques glissements de terrains surprenants.

L'autre face contient deux pièces, exploration d'un palais des glaces sur lequel le groupe sera tombé finalement : flûte de Marshall Allen illustrant le ravissement sur A House of Beauty qui en appelle déjà au champ dévasté : Cosmic Chaos forcément percussif, et cédant sous l'alto de John Gilmore malgré les pansements et piqures de rappel au jazz ancien prescrits par la trompette de Walter Miller. Soudain, sur Cosmic Chaos, le soleil n'est plus par sa lumière (clarinette basse encore, ombreuse, insistante, de Cummings) mais par son énergie : l'essentiel, donc.

Sun Ra : The Heliocentric Worlds of Sun Ra II (ESP Disk / Orkhêstra International)
Enregistrement : 16 novembre 1965. Réédition : 2009.
LP : A01/ The Sun Myth B01/ A House of Beauty B02/ Cosmic Chaos
Guillaume Belhomme © Le son du grisli

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Empan : Entraxes inégaux (Bloc Thyristors, 2009)

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Il est des groupes de studio et d’autres de scène et, à l’écoute d’Entraxes Inégaux, on peut se demander dans quelle catégorie ranger Empan (l’association du batteur Jean-Noël Cognard, de la chanteuse Judith Kan, de la violoncelliste Béatrice Godeau et des multi instrumentistes Jac Berrocal et Dan Warburton).

Sur les deux faces d’un beau vinyle, on trouve le groupe improvisant et mélangeant les genres (les mélanges sont parfois heureux, d’autres fois maladroits) : rock et électro-jazz patentés, musique électronique déjantée et la voix de Kan sur le tout, qui rappelle souvent celle de Sainkho. L’improvisation rend tout cela dans un torrent fécond mais pas très regardant et si l’on prend plaisir à entendre l’archet de violoncelle tourner sans fin ou ailleurs les piaillements d’aigus électroniques, on regrette de temps à autre des sons de synthés datés et pompeux ainsi que des postures immatures (à en croire les intervenants bloqués en pleine adolescence). Alors au final on hésite, et pour se faire une idée, on ne manquera pas le prochain concert…

Empan : Entraxes inégaux (Bloc Thyristors / Metamkine)
Edition : 2009.
LP : A01/ Trompette-des-morts (1) A02/ 5 figures possibles A03/ Et mesurer l’équilibre A04/ Entrée d’air A05/ Coulées successives en attente d’utilisation A06/ Phalanges et branches terminales - B01/ En un tour de main B02/ Liens totémiques B03/ Ajouter le bruit B04/ Poussières B05/ Trompette-des-morts (2)
Pierre Cécile © Le son du grisli

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Peeping Tom : File Under:Bebop (Umlaut, 2009)

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Ici : entendre et pas seulement la forme. Une forme qui n’est pas formule. Saisir seulement ceci – des standards joués à la sauce free – serait grandiose erreur.

Ici, c’est une musique surpuissante qui se déploie. Dans le heurt ou le soutenu. Charles Gayle jouant Giant Steps : il y a un peu de cela. Il y a surtout de l’élan, des symboles maltraités mais aucune trace de provocation. Juste un jeu serré, emporté. Aucune pudeur à dire et redire comment ça se propage : avec dextérité ici, avec fêlure ailleurs. Jouer sans préconçu, librement. Jouer comme au premier soir. Comme au dernier. La musique de Peeping Tom (Pierre-Antoine Badaroux : saxophone alto, Joel Grip : contrebasse, Antonin Gerbal : batterie) ou l’antidote rêvée à la lourdeur des jazz d’aujourd’hui.

Peeping Tom : File Under: Bebop (Umlaut Records / Orkhêstra International)
Enregistrement : 2009. Edition : 2009.
CD : 01/ Koko  02/ Locomotive-Light Blue-Evidence  03/ Un Poco Loco  04/ Constellation-Old Time Southside Street Dance  05/ Mohwak  06/ Bebop  07/ Shaw ‘Nuff-Parisian Thoroughfare-Four in One  08/ Donna Lee
Luc Bouquet © Le son du grisli

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Piotr Kurek : Lectures (Crónica, 2009)

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Compositeur mythique pour une série de musiciens actuels, Cornelius Cardew (1936 - 1981) ne cesse de stimuler les collaborations et de transcender les genres. Enregistré dans le cadre d’une performance donnée en 2007, Lectures s’inspire largement de l’esprit libertaire du Britannique, ami d’Eddie Prevost.

Œuvre du Polonais Piotr Kurek, le disque se base sur une série d’enregistrements inédits de Cardew (conférences, concerts ou répétitions), complétés des œuvres écrites par l’homme de Varsovie – où le disque a été enregistré. Témoignages d’un instant de grâce où l’abandon du jazz contemporain se livre totalement aux musiques post-classiques de notre temps, les morceaux écrits par Kurek font splendide figure. Adepte d’une lenteur maîtrisée à la perfection telle qu’on peut l’entendre du côté de Vienne chez les The Magic I.D. de Christoph Kurzmann & Co., le maître polonais inscrit ses gènes musicales dans une magnifique liberté qui lorgne autant vers une certaine pop – toute proportion gardée – que vers les échos déchirés de notes bleues au parfum de Mitteleuropa. On dit d’autant plus bingo que les précieux témoignages intercalés apportent un supplément d’âme aussi bienvenu que précieux.

Piotr Kurek : Lectures (Crónica)
Edition : 2009.
CD : 01/ Part I 02/ Ways of Making Sounds 03/ No Mistake 04/ Part II 05/ Cardboard Cups 06/ Tripartite 07/ 1963 08/ Questions 09/ Go Up 10/ Players
Fabrice Vanoverberg © Le son du grisli

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Golden Serenades : Hammond Pops (+3dB, 2009)

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Sur Hammond Pops, John Hegre (Jazzkammer) et Jørgen Træen – déjà partenaires au sein de Der Brief – célèbrent en compagnie de Sigbjørn Apeland à l’orgue hammond le dixième anniversaire de Golden Serenades.

Par politesse sans doute, l’orgue tire le premier : longues nappes déjà hostiles sur lesquelles un lot d’objets hétéroclites viendra se briser – tous bris d’electronics causés par un orgue martial qui ne prétendra jamais tenir à ménager l’auditeur. Se bousculent ensuite des déflagrations en tous genres. Venant de la gauche ou de la droite, des cris de possédés grossissent les rangs d’une manifestation d’esprits en proie à un tumulte irraisonnable. S’il suit le cortège d’un bout à l’autre, le même auditeur s’en trouvera exalté ou éreinté, selon sa nature et l'idée qu'il se fait du bruit en musique.


Golden Serenades, Hammond Pops (introduction). Courtesy of 3dB.

John Hegre's Golden Serenades : Hammond Pops (+3dB)
Edition : 2009.
CD : 01/ Hammond Pops
Guillaume Belhomme © Le son du grisli

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Lee Gamble : Join Extensions (Entr'acte, 2009)

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Lee Gamble élabore des vignettes abrasives et mouvantes en usant de différentes techniques de synthèse digitale à l’ordinateur. Si, selon le musicien, certains des morceaux résultent « d’opérations chaotiques et improvisées » et d’autres de choix compositionnels rigoureux, il est difficile pour l’auditeur de distinguer ces approches distinctes. Cela importe peu tant l’intérêt du disque réside ailleurs : dans la richesse des textures principalement. Les sons évoquent tantôt le vol irritant d’un moustique, tantôt le vrombissement énorme de machines futuristes.

Cependant, plutôt qu’un mur du son impénétrable, Gamble favorise de rapides changements d’intensité et de couleurs. En cela, son travail évoque celui de certains des pionniers de la musique concrète, Bernard Parmegiani en particulier. Les expérimentations pratiquées par le label Mego ne sont pas loin non plus. Si ce disque donne le plus souvent l’impression d’exister en tant que démonstration de force, il n’en reste pas moins une œuvre fascinante, abstraite et racée.

Lee Gamble : Join Extensions (Entr’acte)
Enregistrement : 2006-2009. Edition : 2009.
CD : 01/ Prey Population 02/ Paratelic Offsets 03/ Voxel Re-Formed 04/ Lidddc Version 05/ Jida Mirrors 06/ Point Object 07/ Elastic Point Transitions 08/ Udhrust 1994.
Jean Dezert © Le son du grisli

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Interview de John Butcher

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L'année dernière, le saxophoniste John Butcher s'est fait entendre et remarquer au son de somethingtobesaid (qu'il a produit sur son propre label, Weight of Wax), A Brush With Dignity (Clean Feed) ou encore d'un duo enregistré auprès du batteur Mark Sanders sur la compilation Treader Duos (Treader). Faites prétextes à aller le réentendre sur disques voire à aller l'écouter le 26 février aux Instants Chavirés, voici de courtes réponses à une déjà maigre poignée de questions, puisque si quelque chose doit être dite, ce sera d'abord en musique...

Quel est votre premier souvenir musical ? Sans doute l’excitation autour des Beatles en 1963… Et puis l’école, où nous devions tous jouer de la flûte.

Comment êtes-vous arrivé à la musique ? J’ai d’abord joué avec des copains de classe ainsi qu’avec mon frère, Philip, qui pratiquait la contrebasse. A l’université, j’ai fait partie d’un groupe d’avant-rock, d’un ensemble de vents et de groupes de jazz.

Quels ont été vos premiers instruments ? D'abord la  flûte, donc, et ensuite une très mauvaise guitare, un harmonium, et puis le piano classique et le saxophone – je suis autodidacte à l’instrument.

A quelle occasion êtes-vous passé professionnel ? Mon premier travail rémunéré concernait une tournée que j’ai effectuée avec le London Contemporary Dance Theatre en 1978.

Et concernant l’improvisation ? Je pense que j’ai toujours improvisé, dès le début. Comme beaucoup…

Quel est le rapport que vous entretenez avec le jazz, à la fois personnellement et au travers de votre pratique musicale ? J’apprécie beaucoup le jazz enregistré entre 1920 et 1970. Après, seulement quelques trucs par-ci par-là… Jouer du jazz lorsque j’étais encore étudiant m’a beaucoup appris sur le fait de collaborer avec d’autres musiciens.

Vous vous intéressez aujourd'hui autant à la musique acoustique qu'à l'électroacoustique. Y a-t-il dans votre propre discographie des disques que vous préférez aux autres ? En fait, je ne fais pas de réelle différence entre mes différentes pratiques musicales. Pour ce qui est du disque, Invisible Ear est celui qui m'a demandé avec le plus de précision de tirer un CD des nombreuses possibilités cachées du saxophone.

Vous avez jadis participé aux travaux de Polwechsel, pouvez-vous me dire deux mots de cette collaboration ? Eh bien, ils m'ont invité dans le groupe en 1997, lorsque Radu Malfatti le quittait. Et nous avons travaillé ensemble dix années durant.

L'année dernière, vous avez produit sur votre label le disque somethingtobesaid, commande que vous avait passé un festival de musique contemporaine. Quels moyens avez-vous mis en oeuvre pour satisfaire celle-ci ? Le mieux serait que je vous renvoie aux notes que j'ai écrites à l'occasion de ce concert :

A concern in producing somethingtobesaid has been - as I chip away at, and redirect, the individual freedoms and responsibilities of improvisation, can I replace them with anything as worthwhile?
To my mind, the unique qualities of improvisation come alive when the reason for something happening has only been born in the moments just before it is revealed. Of course, even in a “free” improvisation this will only be part of the story - but it’s one so easily lost when rules, instructions and prearranged actions enter the picture.
The musicians in this octet have developed most of their techniques and languages to serve particular ways of making music, and mismatched methodologies can easily suck the blood from sounds and intentions - meaning relies on context (including that put in place by the listener).

That said, whilst the group has been chosen for a number of reasons, not least is my feeling that these players are sympathetic to compositional considerations. They are certainly expert in those that arise intuitively through group consensus in the moment, and have nothing to do with a piece of paper - but also to the more overt systems of explicit organisation, including concepts that a “composer” might bring.

I have deliberately invited into the project a mix of long-term colleagues and, to me, newer faces. My musical history with Chris Burn stretches back 30 years, from student jazz to free-improvisation and composition; I’ve valued a decade-plus of improvising with Gino Robair, Thomas Lehn and John Edwards, whilst there have been just a handful of encounters with dieb13, Clare Cooper, and Adam Linson.

somethingtobesaid is music that could only happen with these players as it relies on their personal musical materials, judgements and experience - developed and honed in some very different cultures, continents and times. In terms of pre-formulating a piece it’s easy to spot the danger, even temptation, of simply rummaging around in the sonic treasure-chest they provide and imposing one’s ego in the name of order, clarity and the greater good.

As it happens, I have more sympathy in control at the microscopic than at  the macroscopic level - personal rather than global, at least. Partly in keeping with this, the piece has been constructed through a mix of knowing and not yet knowing the musicians’ sounds and methods, some hopeful psychology in predicting responses, engaging with my own personal concerns, tussling with the role of specifics, pondering the value of ideas that can be notated, and having a well founded trust in the power of improvisation - in certain hands.

L'autoproduction de vos travaux, sur Acta et maintenant Weight of Wax, a-t-elle changé quoi que ce soit à votre pratique musicale ou à la manière dont vous pensez celle-ci ? Eh bien, Acta a sorti 14 disques en 14 ans, et Weight of Wax 2 en 4 ans, il ne s'agit donc pas là d'un travail à temps plein... Je pense qu'Acta avait son utilité à la fin des années 80 pour faire connaître la musique que je jouais en compagnie de John Russell, Phil Durrant et Chris Burn, au-delà des frontières anglaises. Et cela nous a certainement donné l'opportunité de jouer dans d'autres pays...

John Butcher, propos recueillis en décembre 2009.
Guillaume Belhomme © Le son du grisli

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