Le son du grisli

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Joseph Ghosn : La Monte Young (Le mot et le reste, 2010)

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« Une biographie » qui tient plutôt du portrait : celui que Joseph Ghosn trace, en homme pressé mais aussi passionné, de La Monte Young.

Une fois évoquée sa première rencontre avec le compositeur (un nom au dos d'une pochette d'un disque de Spacemen 3) et donnés quelques exemples des affres avec lesquelles doit faire tout collectionneur de disques – assez naïfs pour sacrifier à l'ère du temps (manquait encore un souvenir de lycée), ces chapitres ne sont toutefois qu'une introduction au sujet (et un appât de quatrième de couverture) –, Ghosn peut exposer le parcours de La Monte Young (et celui de sa compagne Marian Zazeela). S'il pare au plus pressé, le texte est vif et complet, se chargeant en plus d'écrire en filigrane une histoire du minimalisme américain qui commande à d'autres figures d'intervenir : Terry Riley, Philip Glass, Maryanne Amacher, Rhys Chatham, Charlemagne Palestine... En amateur éclairé, Ghosn a la bonne idée de ne pas chercher à établir ici la moindre hiérarchie pour se concentrer davantage sur son portrait du musicien en créateur irréductible et en homme qui échappe toujours différemment aux convenances de son temps.

Alors, la lecture est rapide, sans doute pour permettre au lecteur d'aller entendre la musique du compositeur  – « Il est temps, dit-elle, de tout arrêter pour écouter, écouter, écouter » – et celle des références d'une discographie sélective du minimalisme proposée ensuite. Là, quelques manques (l'auteur privilégiant l'influence du minimalisme sur la pop ou la musique expérimentale au détriment de celle ayant touché quelques compositeurs et interprètes de musique contemporaine, par exemple), mais une autre bonne idée : celle d'aller voir au-delà de tout présupposé et conseille en conséquence d'aller chercher tel enregistrement d'Yves Klein, Alvin Lucier ou Oren Ambarchi, aussi bien que les inévitables pièces de Terry Riley, Steve Reich ou Phill Niblock. C'est pourquoi l'ouvrage fait figure d'introduction plus que satisfaisante aux répétitions de La Monte Young comme à une autre façon de penser la musique (et ses représentations).

Joseph Ghosn : La Monte Young Une biographie suivie d'une discographie sélective sur le minimalisme (Le mot et le reste)
Edition : 2010.
Guillaume Belhomme © Le son du grisli

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Eric Watson : Midnight Torsion (Emouvance, 2009)

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Au départ était The Raven (le corbeau) d’Edgar Allan Poe dans les traductions de Mallarmé et Baudelaire. Ensuite, exista Lettres, spectacle chorégraphique mis en musique par Eric Watson. Puis, parce que les musiciens (Elise Caron, Régis Huby, Claude Tchamitchian) le demandaient, il y eu Midnight Torsion. Ce Midnight Torsion que j’écoute inlassablement comme une douce obsession. Comme le visage à jamais perdu de l’être aimé. Comme une chair à vif. Comme une glossolalie (The Whispered Word) infectant un langage déjà bien saturé.

C’est une musique de noire organisation. Une musique de secrète angoisse et où plane l’inquiétude de cordes glissantes, stridentes. C’est une musique d’émoi et d’ombres. C’est une musique polytonale, atonale, microtonale. C’est une musique qui veille sur les nuits de désordre et de prémonition. Mais y pointent aussi les vives mémoires de Belà Bartok (Midnight Torsion), Bill Evans (Leonore) et Cecil Taylor (Chasing the Raven). C’est une musique de rare lucidité. Lucide comme la perte et l’abandon. Au final existe donc Midnight Torsion, musique emportée, exigeante. Noire comme l’espoir.

Eric Watson : Midnight Torsion (Emouvance)
Enregistrement : 2008. Edition : 2009.
CD : 01/Midnight Torsion  02/Nevermore  03/The Visitor  04/Purple Curtain  05/Leonore  06/Midnight Torsion II  07/Midnight Extorsion  08/The Whispered Word  09/Chasing the Raven  10/The Chamber Door
Luc Bouquet © Le son du grisli

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Lucio Capece, Lee Patterson : Empty Matter (Another Timbre, 2009)

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Rien d’étonnant à ce que Lucio Capece (saxophone, clarinette, préparations, shruti-box) et Lee Patterson (lecteurs de disques, objets amplifiés) unissent leurs efforts pour un disque sous l’égide d’Another timbre.

Les deux expérimentateurs produisent une musique sombre et orageuse dont les impératifs esthétiques correspondent parfaitement au jeune et vigoureux label anglais. Ici, la recherche ne relève ni de la complexité technique, ni de la construction d’un univers rassurant et stable. Lucio Capece donne l’essentiel de l’assise sonore par ses souffles répétitifs et granuleux ou par le drone bourdonnant qu’il crée à l’aide de la shruti-box indienne.

Parfois, il est difficile de reconnaître avec aisance la source de sons produits. Ainsi, si l’on sait d’après le livret de l’album que Lee Patterson utilise des noisettes comme vecteurs de bruit, comment identifier ces dernières ? Ces indéterminations renforcent l’aura de mystère d’une matière électrique et pleine de fissures. L’usage hétérodoxe d’instruments traditionnels et  l’emploi d’objets hétéroclites se combinent et participent à l’irruption d’un ailleurs musical, ressemblant à ce qui pourrait être de la noise de cuisine ou de salon, jouée par des improvisateurs charmés par une certaine économie de geste et de discours.


Lucio Capece, Lee Patterson, Impeler. Courtesy of Another Timbre.

Lucio Capece, Lee Patterson : Empty Matter (Another Timbre)
Enregistrement : 12 juin 2009. Edition : 2009.
CD : 01/ Impeler 02/ Suspender 03/ Fervesce 04/ Ventilar 05/ Coriolis 06/ Insuflar 07/ Sostener 08/ Burning.
Jean Dezert © Le son du grisli

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Brötzmann, Schlippenbach, Johansson : Up and Down the Lion – revised (Olof Bright, 2009)

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Il y a trente ans, trois hommes peu communs tournaient en Suède : Alexander von Schlippenbach (piano) et Sven-Åke Johansson (batterie) célébraient ainsi leurs retrouvailles avec Peter Brötzmann (saxophones).

Document d’importance, Up and Down the Lion – revised assemble des duos enregistrés et un trio fiévreux : Brötzmann rageur, sifflant, féroce ; Schlippenbach angoissé, obsessionnel, bilieux répétitif ; Johansson forcément percutant, terrible et torrentiel au point de devoir se réserver quelques pauses au son d’un drôle d'accordéon. Musique de fièvre en concert à Härnösand : impérieuse vague de souffre suivie de son ressac (acouphène passager).

Peter Brötzmann, Alexander von Schlippenbach, Sven-Åke Johansson: Up and Down the Lion – revised (Olof Bright)
Enregistrement : 1979. Edition : 2009.
CD : 01/ 18:07 02/ 07:27 03/ 06:31 04/ 14:39 05/ 10:29
Guillaume Belhomme © Le son du grisli

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Lokai : Transition (Thrill Jockey, 2009)

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Acteurs majeurs et hyperactifs de la scène musicale viennoise, en solo ou au sein de leurs diverses collaborations, Stefan Németh et Florian Kmet ont remis le couvert Lokai en 2008, trois années après leur inaugural 7 Million, édité à l’époque sur leur propre label, l’excellent Mosz. L’enregistrement de ce second effort Transition achevé, c’est du côté de Chicago et de la maison Thrill Jockey – déjà home des travaux de Németh au sein du trio Radian, dont le récent Chimeric est chroniqué en ces mêmes pages – que le projet autrichien trouve refuge.

Très peu engageante, la première minute de l’album invite à l’abandon en rase campagne – la faute à ses formes craquelées trop fortement décalquées du Cholagogues de Figueras, Toop & Burwell. Ici s’arrête la mauvaise nouvelle, place maintenant aux (nombreuses) bonnes. En premier lieu, la dynamique interne d’une musique réalisée avec une économie de moyens qui ne s’entend guère – ou si peu. Echafaudés sur des structures lâches et joliment convaincantes, les morceaux se laissent guider par des fils distendus, ils relient en pleine souplesse – celle qui fait défaut au dernier Radian ? – les guitares et l’électronique, complétées par un Rhodes ou des percussions félines et racées. Les deux premiers morceaux (hormis ces fameuses premières soixantes secondes) sont formidables. Assouvis d’une chaleur tropicale qui aurait fait sienne la vitalité de la culture viennoise, ils soumettent les six cordes de Kmet à une danse imprimée du bout des orteils. Quelques fois hésitants au démarrage, d’autres morceaux ne perdent rien pour attendre, eux non plus. Dès une coda instaurée, elle est toujours d’une grande subtilité, les variations lokaïennes s’enlacent autour d’une immense complicité qui ne nous veut que du bien.

Lokai : Transition (Thrill Jockey)
Edition : 2009.
CD : 01/ Roads 02/ Salvador 03/ Panarea 04/ Volver 05/ 4 a.m. 06/ Glimmer 07/ Bruit 08/ Tik 09/ Roads (reprise)
Fabrice Vanoverberg © Le son du grisli

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Basshaters : Live Spring 2009 (Young Girls, 2009)

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Je ne connaissais rien de Basshaters avant d’écouter cet enregistrement d’un de leurs concerts. Au fil des recherches, une page myspace m’en apprend plus : un duo d’Américains constitué de Tony Dryer et Jacob Felik Heule = contrebasse et batterie et de l’électronique (ce serait moins drôle sans). Le duo a déjà joué avec les saxophonistes Jack Wright et Michel Doneda, alors j’imaginais un dialogue déconstruit et cérébral...

Or, quand le disque démarre, un bruit de rotatives retentit, assourdissant si le volume est assez fort, qui vient peut être de micros que l’on gratte. Pour suivre, un larsen se fait entendre, des chants d’oiseaux (ou sinon c’est moi qui fantasme…) perdus dans un brouillard sonore épais et cataleptique. Les moteurs ne cesseront plus de suffoquer, de s’emballer même jusqu’à faire craquer le plancher (ou sinon c’est moi qui fantasme). Des pauses essayent bien de calmer le tout, mais rien n’y fait : le duo continue de protester, haut et fort. Le tout est aride et très impressionnant, Basshaters m’a convaincu que je fantasmais moins que je ne pouvais le penser…

Basshaters : Live Spring 2009 (Young Girls Records)
Enregistrement : 2009. Edition : 2009.
CD-R :01/  Eugene, OR / Epic Space / June 4 02/ Santa Fe, NM / High Mayhem / May 31 03/ Portland, OR / The Wail / June 5
Pierre Cécile © Le son du grisli

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Lucio Capece, Sergio Merce : Casa (Organized Music from Thessaloniki, 2009)

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Des duos (avec Nakamura, Malfatti ou Patterson) récemment enregistrés par Lucio Capece (sruti box, filtre, clarinette basse), celui qui l’associe à Sergio Merce (quatre-pistes sans bande, saxophone ténor) a un caractère d’évidence et de simplicité qui le rend attachant. Conçu en février 2008 sur leurs terres argentines natales (et publié en Grèce par Organized Music from Thessaloniki – un clin d’œil à l’étiquette Improvised Music from Japan ?), ce disque d’une durée justement adéquate combine deux belles pièces.

La première, en une trentaine de minutes, offre un drone « d’orgue à main » (filtré, le guide-chant semble crêper le son à l’émission et l’onduler dans sa diffusion) brodé des surpiqûres de Merce ; surface et épaisseur s’y révèlent au fil de lents développements. La seconde, strictement acoustique, à la clarinette basse et au saxophone ténor, est une vignette de sept minutes : en poussées conjointes et appliquées, à intervalles réguliers, les notes tenues, dans les cercles vibrants de leurs effets harmoniques, dessinent l’architecture intérieure de cette casa sonore.


Lucio Capece, Sergio Merce, Virar, Virar (extrait). Courtesy of Organised Music from Thessaloniki.

Lucio Capece, Sergio Merce : Casa (Organized Music from Thessaloniki)
Enregistrement : 2008. Edition : 2009.
CD : 01/ Virar, Virar 02/ Vieja Casa Nueva
Guillaume Tarche © Le son du grisli

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Sun Ra : The Heliocentric Worlds of Sun Ra II (ESP, 2009)

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Mille nouvelles copies vinyle du second volume de The Heliocentric worlds of Sun Ra tournent aujourd'hui. Milles planètes redécouvertes tournant autour du soleil ou de Sun Ra, au choix.

Enregistré à New York en 1965, le disque fait évoluer un octette qui, à lui seul, aura concrètement – et peut être mieux que les autres formations du pianiste – mis en scène et en espace une esthétique bouleversante. En ouverture, The Sun Myth progresse lentement au gré des fluctuations de l'archet de Ronnie Boykins et de la clarinette basse de Robert Cummings avant que le meneur commande l'invasion d'un free chaotique, enfoncé à coups de baryton par l'inégalable Pat Patrick. Mais les reliefs sont changeants, et les attitudes s'y adaptent : redescente obligée le temps de laisser la musique évoluer sur quelques glissements de terrains surprenants.

L'autre face contient deux pièces, exploration d'un palais des glaces sur lequel le groupe sera tombé finalement : flûte de Marshall Allen illustrant le ravissement sur A House of Beauty qui en appelle déjà au champ dévasté : Cosmic Chaos forcément percussif, et cédant sous l'alto de John Gilmore malgré les pansements et piqures de rappel au jazz ancien prescrits par la trompette de Walter Miller. Soudain, sur Cosmic Chaos, le soleil n'est plus par sa lumière (clarinette basse encore, ombreuse, insistante, de Cummings) mais par son énergie : l'essentiel, donc.

Sun Ra : The Heliocentric Worlds of Sun Ra II (ESP Disk / Orkhêstra International)
Enregistrement : 16 novembre 1965. Réédition : 2009.
LP : A01/ The Sun Myth B01/ A House of Beauty B02/ Cosmic Chaos
Guillaume Belhomme © Le son du grisli

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Empan : Entraxes inégaux (Bloc Thyristors, 2009)

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Il est des groupes de studio et d’autres de scène et, à l’écoute d’Entraxes Inégaux, on peut se demander dans quelle catégorie ranger Empan (l’association du batteur Jean-Noël Cognard, de la chanteuse Judith Kan, de la violoncelliste Béatrice Godeau et des multi instrumentistes Jac Berrocal et Dan Warburton).

Sur les deux faces d’un beau vinyle, on trouve le groupe improvisant et mélangeant les genres (les mélanges sont parfois heureux, d’autres fois maladroits) : rock et électro-jazz patentés, musique électronique déjantée et la voix de Kan sur le tout, qui rappelle souvent celle de Sainkho. L’improvisation rend tout cela dans un torrent fécond mais pas très regardant et si l’on prend plaisir à entendre l’archet de violoncelle tourner sans fin ou ailleurs les piaillements d’aigus électroniques, on regrette de temps à autre des sons de synthés datés et pompeux ainsi que des postures immatures (à en croire les intervenants bloqués en pleine adolescence). Alors au final on hésite, et pour se faire une idée, on ne manquera pas le prochain concert…

Empan : Entraxes inégaux (Bloc Thyristors / Metamkine)
Edition : 2009.
LP : A01/ Trompette-des-morts (1) A02/ 5 figures possibles A03/ Et mesurer l’équilibre A04/ Entrée d’air A05/ Coulées successives en attente d’utilisation A06/ Phalanges et branches terminales - B01/ En un tour de main B02/ Liens totémiques B03/ Ajouter le bruit B04/ Poussières B05/ Trompette-des-morts (2)
Pierre Cécile © Le son du grisli

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Peeping Tom : File Under:Bebop (Umlaut, 2009)

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Ici : entendre et pas seulement la forme. Une forme qui n’est pas formule. Saisir seulement ceci – des standards joués à la sauce free – serait grandiose erreur.

Ici, c’est une musique surpuissante qui se déploie. Dans le heurt ou le soutenu. Charles Gayle jouant Giant Steps : il y a un peu de cela. Il y a surtout de l’élan, des symboles maltraités mais aucune trace de provocation. Juste un jeu serré, emporté. Aucune pudeur à dire et redire comment ça se propage : avec dextérité ici, avec fêlure ailleurs. Jouer sans préconçu, librement. Jouer comme au premier soir. Comme au dernier. La musique de Peeping Tom (Pierre-Antoine Badaroux : saxophone alto, Joel Grip : contrebasse, Antonin Gerbal : batterie) ou l’antidote rêvée à la lourdeur des jazz d’aujourd’hui.

Peeping Tom : File Under: Bebop (Umlaut Records / Orkhêstra International)
Enregistrement : 2009. Edition : 2009.
CD : 01/ Koko  02/ Locomotive-Light Blue-Evidence  03/ Un Poco Loco  04/ Constellation-Old Time Southside Street Dance  05/ Mohwak  06/ Bebop  07/ Shaw ‘Nuff-Parisian Thoroughfare-Four in One  08/ Donna Lee
Luc Bouquet © Le son du grisli

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