Le son du grisli

Bruits qui changent de l'ordinaire

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Nicole Mitchell : Xenogenesis Suite (Firehouse 12, 2010)

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Sur disque, Nicole Mitchell n’a pas toujours réussi à convaincre du talent qu’on a quand même raison de lui prêter. Mais avec Xenogenesis Suite, la flûtiste rattraperait ses faux-pas…

A la tête de son Black Earth Ensemble, elle consacre là un disque-hommage à l’œuvre de l’écrivaine de science-fiction Octavia Butler et fait preuve d’une inspiration surprenante. Qui mêle dès l’ouverture envolées répétitives commandées par la voix de Mankwe Ndosi (assez subtile pour ne pas donner dans le spoken-word élémentaire comme l’entier ouvrage l’est aussi pour ne pas suivre lourdement les traces laissées par le vaisseau de Sun Ra) et déconstructions intenses qui refusent de mettre encore leurs notes au service d’un lyrisme flamboyant.

Parfois même, les musiciens s’en tiennent à un simple canevas sonore – entendre le duel remarquable auquel se livrent par exemple le violoncelliste Tomeka Reid et le contrebassiste Josh Abrams – sur lequel Mitchell pourra envisager le prochain paysage et commander un autre récitatif las. Si ce n’est sur sa fin – le piano de Justin Dillard trahissant là les mauvaises conditions dans lesquelles se passe l’atterrissage –, le voyage est étonnant et donc recommandable.

Nicole Mitchell’s Black Earth Ensemble : Xenogenesis Suite : A Tribute to Octavia Butler (Firehouse 12 / Orkhêstra International)
Enregistrement : 2007. Edition : 2010.
CD : 01/ Wonder 02/ transition A 03/ Smell of Fear 04/ Sequence Shadows 05/ Oankali 06/ Adrenalin 07/ transition C 08/ Before and After 09/ Drawn of a New Life
Guillaume Belhomme © Le son du grisli



Satoko Fujii Ma-Do : Desert Ship (Not Two, 2010)

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En diversifiant les formes mais en entretenant un assaut continu, le Ma-Do de Satoko Fujii s’amuse de la déconstruction, et s’y installe durablement. Si la musique de la pianiste japonaise n’est pas que turbulence, c’est surtout cela que l’on remarque ici ; ce dialogue sanguin entre trompette et piano (Pluto), cette fougue jamais tempérée quels qu’en soient les contextes : compositions ou improvisations.

Le démembrement n’est pas tout chez Ma-Do mais participe d’un rituel familier. Il y a la trompette faussement dilatée avant explosion de Natsuki Tamura ; une trompette lâchant ruade sur ruade avant de laisser pointer quelque lyrisme empoisonné. Il y a la contrebasse saturante de Norikatsu Koreyasu (Nile River) ; ces arômes amers, cette contrebasse toujours en mouvement, en questionnement. Insatisfaite en quelque sorte. Il y a les lames vives de Akira Horikoshi, batteur aux rythmes brisants, souvent à la source d’aiguillages inattendus. Il y a enfin la leadeuse, pianiste fougueuse, jamais apaisée, multipliant pistes et propositions sans jamais ne rien imposer de définitif. Des assauts donc mais de bien beaux assauts.

Satoko Fujii : Desert Ship (Not Two / Instant Jazz)
Enregistrement : 2009. Edition : 2010.   
CD : 01/ February-Locomotive-February 02/ Desert Ship 03/ Nile River 04/ Ripple Mark 05/ Sunset in the Desert 06/Pluto 07/ While You. Were Sleeping 08/ Capillaires 09/ Vapour Trail
Luc Bouquet © Le son du grisli


Roel Melkoop : Grey Mass / Grey Matter (1000füssler, 2010)

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Si Roel Meelkop a préféré sortir deux petits disques au lieu d’un grand (c'est à dire d'un disque “normal”), c’est qu’il est encore possible à certains d’envisager la musique sous forme d’œuvre d’un format arrêté.

Tout ça pour que Grey Mass et Grey Matter forment en plus un seul et même objet : deux faces qui sont celles d’une même envie de musique qui s’infiltre jusque sous les sinus sous formes de collages d’enregistrements environnementaux (par exemple, le bruit d’un métro suspendu) et de jeux de guitare (qui joue par exemple Girl from Ipanema sur une corde et avec difficulté mais pour rire). Sur la durée, les deux disques font figure d’œuvres expérimentales fortes, travaillées, et aussi hypnothiques que loufoques.

Roel Meelkop : Grey Mass / Grey Matter (1000füssler)
Enregistrement : 2010.
CD1 : 01-03/ Grey Mass CD2 : 01-03/ Grey Matter
Pierre Cécile © Le son du grisli


Interview de Martin Küchen

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Puisque l'étrange sélection naturelle opérant sur le son du grisli veut que l'on donne la parole aux plus prolifiques musiciens des genres à y être défendus, au tour de Martin Küchen, saxophoniste entendu récemment en Angles avec le trompettiste Magnus Broo (sur Epileptical West), en trio avec le guitariste Keith Rowe et le saxophoniste Seymour Wright (sur un disque sans-titre), en quartette avec Ernesto Rodrigues (sur Vinter), et même en solo (sur The Lie & the Orphanage)...

... Mon père avait ramené d’un voyage en Tunisie un tambour à main et une flûte en bois dont j’ai joué dès l’âge de 7 ans.  A la même époque, je me souviens aussi être assis, seul dans le salon, battant avec des baguettes de batterie – je ne pourrais pas dire d’où elles venaient, d’ailleurs – les précieux coussins de ma mère posés sur le canapé. Je pouvais faire ce truc quand ma mère dormait, c'est-à-dire quand elle ne pouvait pas soupçonner que je donnais des coups sur ses coussins chéris… J’ai connu d’autres expériences de ce genre : je battais des mains en classe et tapais sur le couvercle d’un banc d’école, la tête à l’envers afin de pouvoir y coller une oreille et ainsi entendre ce son amplifié, incroyable, alors que je continuais à bouger ma main voire quelques doigts seulement… A neuf ans, j’ai commencé avec des amis à faire des cassettes : nous nous tenions près de la table de ping pong au sous-sol et nous chantions un peu ce qui nous passait par la tête, nos « propres » chansons dont les paroles étaient écrites dans un anglais de notre invention. Parfois, il nous arrivait d’avoir une caisse claire pour accompagner nos chants, qui s’apparentaient d’ailleurs souvent plus à des cris…

Des débuts hantés par les percussions, en quelques sorte… Oui, des percussions de toutes sortes : coussins, bancs d’école, cette véritable caisse claire dotée d’une sale petite cymbale. Il y avait aussi un tambour d’aisselle rapporté du Ghana et puis ce tambour tunisien. Ensuite, la flûte dont j’ai parlé plus tôt, qui avait un son fantastique, faible et crachant, dans le genre des flûtes orientales mais avec quelque chose de bien à elle. Je pense d’ailleurs que je suis encore influencé par ce son, surtout lorsque je joue du saxophone alto, mon jeu me rappelle le son de cette flûte... J’ai aussi été très impressionné par les disques que mon frère jouait à la maison sur un petit lecteur de vinyles : The Free Alectric Band de John Hammond, 2000 Light Years from Home des Rolling Stones ou Desolation Boulevard de Sweet – peut-être que ce qui m’intéressait là était davantage l’expérience de l’écoute à travers l’utilisation de cette machine. Ça tenait de la magie ; en fait, c’était de la magie.

Par quel genre de groupes êtes-vous passé en tant que musicien amateur ? A l’âge de 13 ans, en 1980, j’ai formé avec quelques copains un groupe de rock progressif. J’étais le chanteur et je jouais aussi de la flûte avant de passer aussi au saxophone ténor. A cette époque, je prenais aussi des cours d’improvisation et de jazz à la flûte. Nous jouions des standards tirés du Real Book ; je ne jouais jamais d’oreille, ce qui fait que je n’ai jamais vraiment appris aucun des morceaux de ce livre… Et puis, avec d’autres amis, nous avions pris l’habitude d’improviser et nous enregistrions ces improvisations… Nous jouions tout simplement, dans un style proche de celui d’Oregon – sans atteindre bien sûr le niveau des rythmiques compliquées de ce groupe –, un style qu’on pourrait appeler ECM même si nous n’avions jamais encore entendu parler des groupes ECM à cette époque et que nous n’avions aucune idée non plus de ce que signifiait la « free improvisation ».

De quand datent vos premiers enregistrements ? J’ai enregistré en solo en 2001 le très confidentiel Sing with Your Mouth Shut. En 1999, il y a eu aussi Repets Hjärta, un CD-R enregistré avec ma femme, Maria, qui est poète et écrivain. En ce qui concerne le jazz, le premier disque date de 2002 avec Exploding Customer (Live at Glenn Miller Cafe), et puis il y a eu un enregistrement du Martin Küchen Trio (Live at Glenn Miller Cafe) paru sur Ayler Records. Ce même trio joue maintenant sous le nom de Trespass Trio.

Quel rapport entretenez-vous avec la notion de jazz, justement ? Utilisez-vous ce terme pour décrire votre musique ? Oui, je l’utilise. Avec Trespass Trio, Exploding Customer et Angles, il n’y a pas de doute, c’est une sorte de jazz, même si l’on y entend un million d’autres influences. Et puis, à côté de ça, je joue pas mal en qualité de faiseur de son : là, je me base sur des textures et des événements qui interviennent sur l’instant et j’utilise mon instrument de façon plus anti conventionnelle – même si cette pratique tend à devenir la nouvelle convention à la mode ! Je ne vois vraiment pas comment on pourrait qualifier cette musique : « improvisation » n’est pas tout à fait exact, alors « Instant compositions » ou, comme ils disent à Berlin, « Echtzeitmusik » (musique en temps réel), seraient peut-être des propositions plus viables…

Votre pratique fait donc une différence ces deux musiques ? Le jazz, ce sont des morceaux respectant une rythmique bien particulière, un battement et des harmoniques, qu’ils soient simples ou complexes, et avec le free jazz, c’est encore la même chose mais sans s’embarrasser de prédispositions : tout arrive simplement et l’énergie – ou le manque d’énergie – que l’on trouve entre les joueurs est à l’origine de ce qui arrive. Il s’agit donc d’improvisation tout le temps, tout ce qui arrive se fait à l’instant même. Concernant la composition instantanée, en dehors de l’esprit du free jazz, ce qu’on appelait « free improvisation » par le passé, est de moins en moins de la véritable musique improvisée, mais une architecture délicatement réfléchie, qui construit à coups de bruit et de silence quelque chose que l’on ne pouvait pas voir avant – de nos jours, c’est rare que l’on en arrive là en concert, mais lorsque cela arrive, alors c’est merveilleux, là encore de la pure magie !

Martin Küchen, propos recueillis en juin 2010.
Photos © Fergus Kelly
Guillaume Belhomme © Le son du grisli


Keith Rowe, Martin Küchen, Seymour Wright : s/t (Another Timbre, 2010)

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Auprès de deux altos (Martin Küchen et Seymour Wright), le guitariste Keith Rowe enregistrait récemment une improvisation assez imposante pour se passer de titre.

Il faudra appeler Rowe Küchen Wright (voire RKW) ce mouvement en perpétuelle définition. Des soupçons de cordes tracent d’abord une ligne sonore aux apparences trompeuses qui fera office, ici, de ligne de flottaison. Embarqués, Küchen et Wright vont comme un seul homme sur de frêles parallèles avant d’enrouler ceux-là autour d’un son de guitare qu’ils auront réussi à isoler. L’éternel poste de radio de Rowe recrache ce qu'il attrappe, discours qui sépare les intervenants puis avive un larsen qui n'en était qu'à sa naissance. En conséquence, Küchen et Wright s’entendent une autre fois, sur un dessein plus terrible. Pour résister à l’affront, la guitare de Rowe tente une berceuse qui endormira les souffles et leurs effets. Le même larsen remonte, Rowe célèbre en vainqueur la série de quatre enregistrements que le label Another Timbre consacrait récemment à l’instrument guitare (at26-at29).


Keith Rowe, Martin Küchen, Seymour Wright, s/t (extrait). Courtesy of Another Timbre

Keith Rowe, Martin Küchen, Seymour Wright : s/t (Another Timbre)
Ediiton : 2010.
CD : 01/ s/t
Guillaume Belhomme © Le son du grisli



RM74 : Reflex (Utech, 2010)

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Lorsque se déploie la belle chauve-souris de couverture, on trouve le cinquième disque solo de Reto Mäder, guitariste d'Ural Umbo ou Sum of R. Un disque qui devrait faire peur, donc. Or, le premier titre prête plutôt à sourir. Deux notes graves de synthétiseur et par-dessus on jette un peu de kalimba. Bon.

Parce que Temporal Resolution est moins grossier, on pourrait dire que le disque commence là. Les notes d'orgues sont moins vulgaires et ont du mal à se faire entendre tant les effets sont nombreux. Mais la grande réussite de Mäder sont les deux titres qu'il a façonné en prenant comme matériau des enregistrements d'un orgue (joué par Roger Ziegler, nous disent les notes de livret, histoire de rendre à César...). Façonné et refaçonné, l'orgue inquiète véritablement cette fois. 

Pour ce qui est du reste du disque, il semble né d'une sorte de mélange d'influences qui vont (on l'imagine, en tout cas) de My Bloody Valentine à Rafael Toral en passant par Ministry. En conclusion, l'électronique se confond avec un choeur qui évoque, lui, Palestrina sur un morceau toujours sombre mais d'aspect  différent – c'est souvent le cas chez Mäder, concluerons-nous : la bile et l'angoisse peuvent prendre de multiples sonorités.

RM74 : Reflex (Utech / Metamkine)
CD : 01/ Early Morning Fog 02/ Temporal Resolution 03/ Between the Devil and the Deep Blue Sea 04/ The Human Factor 05/ Organ-Origami 06/ Send a Message in C Flat Morse Code 07/ Incremental Shift 08/ Garden of the Lower Lights 09/ Ripple Tank 10/ Slowly Up and Digital Down... 11/ ... To Earth
Enregistrement : 2007-2010. Edition : 2010.
Pierre Cécile © Le son du grisli


TonArt Ensemble, Ernesto Rodrigues : Murmúrios (Creative Sources, 2010)

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Ernesto Rodrigues ne se refuse rien, en tout cas aucune rencontre, pas même celle forcément imposante du TonArt Ensemble que l’on entendit jadis auprès d’Anthony Braxton, Vinko Globokar, Peter Kowald, Evan Parker ou Keith Rowe.

A son tour, alors : le violoniste évoluant faiblement à l’archet en opposition aux interventions brèves et éclatées de l’ensemble : d’abord des souffles dispendieux et puis une note de clarinette met un terme aux ébats et, de l’empêchement, naît une autre saveur. L’improvisation se fait répétitive et compose à force d’entasser des feuilles de murmures – tuba et saxophones sont maintenant de la partie. Alors, de frêles percussions commandent un autre développement : les musiciens s’accordant sur un plus grand volume en congrégation affolée.

La seconde partie de Murmúrios, de s’en trouver changée : le vindicatif Rodrigues faisant maintenant face à un drone installé par un accordéon puis à une poignée de larsens. Les conséquences de telles confrontations sont diverses : bruyantes, sévères, accablantes ou apaisantes, mais toutes malignes – luttant souvent contre le seul usage microtonal. Ainsi, le violoniste aura eu raison de faire le voyage jusqu’à Hambourg.

TonArt Ensemble, Ernesto Rodrigues : Murmúrios (Creative Source / Metamkine)
Edition : 2010.
CD : 01/ Part 1 02/ Part 2
Guillaume Belhomme © Le son du grisli


Gaël Mevel : Images et personnages (Leo, 2010)

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Le dernier album du pianiste Gaël Mevel, en quintet et pour le label Leo Records, se compose de deux longues suites d’une vingtaine de minutes chacune. Jamais, la musique jouée par Mevel et ses compagnons (Jean-Jacques Avenel à la contrebasse, Didier Petit au violoncelle, Jacques Di Donato à la clarinette et Thierry Waziniak aux percussions) ne se départira des climats sereins, méditatifs et concentrés développés dès les premières minutes.

D’abord, c’est au bandonéon que Gaël Mevel dépose délicatement un lambeau de mélodie, quelques notés tirées d’un ailleurs imaginé entre la comptine enfantine et une rengaine folklorique sans âge. Alors, les instruments, chacun à leur rythme (cette musique est la conjonction de respirations qui se cherchent et se rejoignent !), apprivoiseront ce bout de mélodie, le feront leur en lui dessinant de nouveaux contours qui s’entrelaceront tout au long de la première plage. Ce motif mélodique sera réintroduit dans la discussion régulièrement, tel un témoin de ce passage de relais musical, par Gaël Mevel, discret chef d’orchestre qui propose et recentre les débats plutôt qu’il les dirige. Il semble sans cesse rappeler ses compagnons à lui pour mieux leur souffler de s’enfuir à nouveau.

Sur ce disque, la musique est faite de flux et reflux, d’échappées belles et de retours en terra cognita, de boucles et de courbes. Les notes distillées avec économie, la riche interaction entre les timbres et les instruments, lui confèrent chaleur et étrangeté. Les musiciens, tous complices de longue date de Gaël Mevel, balaient de la main toute virtuosité et tout bavardage inutiles. Leur démarche pourrait être celle de la « route ouverte » décrite par D.H. Lawrence lorsqu’il décrivait la poésie de Walt Whitman : « La grande maison de l’âme est la route ouverte. (…) Pas par la méditation. Pas par le jeûne. Pas en explorant paradis après paradis, intérieurement, comme les grands mystiques. Pas par l’exaltation. Pas par l’extase. Par aucun de ces moyens l’âme ne se réalise. Seulement en prenant la route ouverte. »

Le langage commun, l’esperanto du quintet, c’est le silence. Gaël Mevel nous le confirme dans les notes de pochette : « Je remercie ces musiciens d’exception, inventifs et généreux qui partagent avec moi cet espace d’écoute si particulière où, en silence, tout est possible. » A notre tour de les remercier.

Gaël Mevel Quintet : Images et personnages (Leo Records / Orkhêstra International)
Edition : 2010.
CD : 01-02/ Images et personnages
Pierre Lemarchand © Le son du grisli


Zeitkratzer : John Cage (Zeitkratzer, 2010)

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Inaugurant avec ce John Cage – et un autre disque consacré : James Tenney – une série de disques intitulée Old School, le pianiste Reinhold Friedl s'empare de grandes pièces de musique contemporaine pour conduire autrement son Zeitkratzer – à paraître : Alvin Lucier et Morton Feldman

Si Zeitkratzer a plusieurs fois déjà servi Cage, le programme est cette fois exclusif, qui reprend Four6, Five et Hymnkus, pour se les approprier :  longues pièces d'ouverture et de conclusion aux usages harmoniques établissant des ponts avec les manières de Phill Niblock et qui profitent d'un Zeitkratzer fait prisme singulier – auprès de Friedl, notamment, la trompette de Franz Hautzinger, la contrebasse d'Uli Philipp, les percussions de Maurice de Martin ou les clarinettes de Frank Gratkowski. Les couleurs à sortir des interventions des neuf membres de l'ensemble naissent alors des effets du passage de claires oscillations en résonances caverneuses (de Four6 en fin d'Hymnkus). Five mis à part – piano rébarbatif mais sur miniature de seulement cinq minutes –, la lecture est d'abord surprenante, assez remarquable ensuite. 

Zeikratzer : John Cage (Zeitkratzer)
Enregistrement : 2006. Edition : 2010.
CD : 01/ Four6 02/ Five 03/ Hymnkus
Guillaume Belhomme © Le son du grisli


John Cage : Violin & Piano (MDG, 2010)

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Lorsqu'il compose les plus anciennes pièces pour piano et violon que CD comporte, John Cage a déjà fini d'étudier le bouddhisme zen auprès du professeur Deisetz Taitaro Suzuki (1945-1947). 1947, c'est le court Nocturne, dont le violoniste Andreas Seidel (membre éminent du Leipziger Streichquartett) et le pianiste Steffen Schleiermacher exacerbent l'impressionnisme magnifique ; 1950, c'est Six Melodies for Violin and Keyboard, que le duo interprète avec la grâce qu'il faut pour bien mêler orient et occident « musicals », minimalistiquement.

Les deux autres pièces du CD, John Cage les a prensé peu avant de disparaître et se dispensa de les noter sur partitions : Two, trente minutes que le silence revendique aux maigres accords de piano (le livret nous apprend que le piano a remplacé le shô, cet orgue de bouche japonais, qui devait accompagner le violon à l'origine). Le second Two, plus jeune de quelques semaines, met encore plus que son prédécesseur un drone (violon) et une expression ultra concentrée (piano) en rivalités. Pour finir, contre tout principe d'opposition zen, Seidel avalera Schleiermacher. Mais ceci n'est pas du fait de John Cage, qui écrit dans Pour les oiseaux : « Je cherché à laisser les sons aller où ils vont, et à les laisser être ce qu'ils sont. »

John Cage : Violin & Piano (MDG / Codaex)
Enregistrement : 2008. Edition : 2010.
CD : 01-06/ Six Melodies for Violin and Keyboard, for Josef and Anni Albers07/ Two (1991) 08/ Nocturne 09/ Two, for Ami Flammer and Martine Joste (1992)
Héctor Cabrero © Le son du grisli



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