Le son du grisli

Bruits qui changent de l'ordinaire

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Jazz en MarsA paraître : le son du grisli #5En librairie : Bucket of Blood de Steve Potts

Jimmy Bennington : The Spirits at Belle’s (Cadence, 2010)

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Jeune batteur texan désormais (forcément) sorti de l’Elvin JonesJazz Machine, Jimmy Bennington enregistrait récemment en trio et en quartette avec le clarinettiste Perry Robinson, rencontré à Chicago.

En quartette : les débuts vont au son d’une mélodie timide qu’ose Robinson entre les deux contrebasses de Mathew Golombisky et Daniel Thatcher – l’une à droite et l’autre à gauche. En retrait, le batteur n’en fomente pas moins une accélération qui donnera au clarinettiste l’idée de feindre l’essoufflement. Sophistiqué, l’ensemble joue alors de paraphrases (via archets) et de références faites au jazz traditionnel sans que l’on puisse soupçonner le quartette de verser dans le passéisme simplement heureux (Albert M). Plus commun, un troisième thème signé Robinson vient clore l’échange.

Jimmy Bennington : The Spirits at Belle’s (Cadence Jazz Records)
Enregistrement : 2007. Edition : 2010.
CD : 01/ The Spirit at Belle’s 02/ Albert M 03/ Walk On
Guillaume Belhomme © Le son du grisli



Jimmy Bennington : Symbols Strings and Magic (CIMP, 2010)

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Jeune batteur texan désormais (forcément) sorti de l’Elvin JonesJazz Machine, Jimmy Bennington enregistrait récemment en trio et en quartette avec le clarinettiste Perry Robinson, rencontré à Chicago.

En trio : ayant laissé au contrebassiste Ed Schuller le soin d’établir le contact avec la figure imposante qu’est Robinson, Bennington peut projeter des coups déstabilisant une approche qui troquera sa délicatesse contre la lassitude d’une ballade apaisante (What’s New). Alors, les esprits peuvent se laisser aller : actualisation valable des usages du free à coups de rebonds inspirés et de coups claquant net. Seule une question demeure, qui concerne l’intérêt que Schuller trouve à chanter sur son jeu de contrebasse.

Jimmy Bennington : Symbols Strings and Magic (CIMP)
Enregistrement : 2008. Edition : 2010. 
CD : 01/ Symbols Strings and Magic 02/ What’s New 03/ high Maestro (for Perry) 04/ Let Us Cross Over the River Under the Shade of the Trees 05/ Cadence Blues 06/ Susanna 07/ Now 08/ Side by Side 09/ EMOI 10/ Circles Aplenty
Guillaume Belhomme © Le son du grisli


Marilyn Crispell, David Rothenberg : One Dark Night I Left My Silent House (ECM, 2010)

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C'est une histoire que nous racontent la pianiste Marilyn Crispell et le clarinettiste David Rothenberg. Une histoire qui commence par ces mots : « One Dark Night I Left My Silent House »… Deux voix susurrent et plantent les éléments du décor : la nuit, la solitude, la fuite de la maison et l’abandon de son silence.

Marilyn Crispell progresse à la vitesse à laquelle tout le monde avance lorsqu’il tâtonne dans le noir : prudemment, légèrement même. Sur son clavier, elle effleure les touches ; sur son instrument, elle fait pleuvoir des coups alors qu’à l’intérieur, elle trouve un peu de plaisir à pincer ses cordes jusqu’à la note. David Rothenberg, lui, se fait plus impressionniste, comme s’il était le fil auquel sa partenaire pourra toujours se raccrocher. Oreilles ouvertes, on écoute la suite de l’histoire, ses dissonances assassines et son lyrisme digressif / régressif, ses prises de décisions étranges (cette histoire est celle d’un jeu de rôle dans lequel Marilyn Crispell n’arrête pas de faire des choix personnels).

La musique qui illustre l’histoire qui nous est contée pourrait être celle d’un folklore déterré après avoir été enfoui sous des mousses vieilles de plusieurs siècles. Loin, très loin, de l’esthétique ECM tout en s’y rattachant quand même quelque part, Marilyn Crispell et David Rothenberg ont fait d’une histoire un beau projet discographique, sans les larmes de façades et la mélancolie forcée qui ont fait les bénéfices de ce même label. One Dark Night I Left My Silent House

Marilyn Crispell, David Rothenberg : One Dark Night I Left Mi Silent House (ECM / Universal)
Enregistrement : 2008. Edition : 2010.
CD : 01/ Invocation 02/ Tsering 03/ The Hawk and the Mouse 04/ Stray, Stray 05/ What Birds Sing 06/ Companion: Silence 07/ Owl Moon 08/ Still Life with Woodpeckers 09/ grosbeak 10/ The Way of Pure Sound (for Joe Maneri) 11/ Motmot 12/ Snow Suddenly Stopping Without Notice 12/ Evocation
Héctor Cabrero © Le son du grisli


Don Rendell, Ian Carr : Live at the Union 1966 (Reel, 2010)

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Avec Ursula (des faux airs du Greensleeves de Trane) et bien plus encore avec Trane’s Mood (de vrais airs de My Favorite Things), le Don RendellIan Carr Quintet rejoignait la musique de John Coltrane.

On retrouvait l’élan coltranien, la modalité davisienne puis l’on s’en échappait (cuivres aux souffles enchâssés, ralentissement de tempos) pour mieux retrouver un bop libéré et fulgurant à forte tendance Milestones (Hot Rod) en fin de concert. Avant cela, le fantôme de Ben Webster avait dévoilé son blues baladeur (Webster’s Mood). Et bien plus avant encore, la sourdine tranchante de Ian Carr avait percé quelques noirs nuages ; le ténor rugueux de Don Rendell avait convulsé quelques phrasés retors ; Michael Garrick avait imposé ses rebondissements millimétrés ; Tony Reeves avait remplacé Dave Green et Trevor Tomkins avait maintenu un tempo infaillible.

En ce 12 décembre 1966, le Don Rendell – Ian Carr Quintet était à mi-course d’un parcours qui allait s’achever trois années plus tard. Cet enregistrement inédit n’en est donc que plus précieux. 

Don Rendell - Ian Carr Quintet : Live at the Union 1966 (Reel Recordings / Orkhêstra International)
Enregistrement : 1966. Edition : 2010.
CD : 01/ On 02/ Ursula 03/ Trane’s Mood 04/ Webster’s Mood 05/ Caroling 06/ Hot Rod
Luc Bouquet © Le son du grisli


Leah Singer, Lee Ranaldo : Water Days (Dis Voir, 2010)

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Lorsqu’ils passèrent par le Cneia de Chatou, les artistes (musiciens, photographes, vidéastes, poètes…) Lee Ranaldo et Leah Singer enregistrèrent des ambiances qu’ils ont réutilisées et que l’on retrouve dans le CD que contient le livre Jours d’eau (Autrement dit Water Days).

Pour la musique qu’a commandée l’Atelier de Création Radiophonique, il faudra encore une fois se montrer interactif et lire la chronique de We’ll Know Where When We Get There, en ajoutant qu’on y entend les voix de Carson McCullers, Brigitte Fontaine ou Michael Snow. Pour parler du livre, il revient en images sur l’exposition (ou plutôt il l'installe sans forcément la réduire dans un espace miniaturisé). Comme sur le CD, ce sont surtout des présences que l’on trouve dans ce livre et des traces de leurs passage : Singer et Ranaldo le temps de quelques jours à Chatou… Un immanquable pour tout adepte du couple, en quelque sorte.

Leah Singer, Lee Ranaldo : Water Days / Jours d’eau (Dis Voir)
Edition : 2010.
Livre : Water Days / Jours d’eau
Pierre Cécile © Le son du grisli



Nicole Mitchell : Xenogenesis Suite (Firehouse 12, 2010)

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Sur disque, Nicole Mitchell n’a pas toujours réussi à convaincre du talent qu’on a quand même raison de lui prêter. Mais avec Xenogenesis Suite, la flûtiste rattraperait ses faux-pas…

A la tête de son Black Earth Ensemble, elle consacre là un disque-hommage à l’œuvre de l’écrivaine de science-fiction Octavia Butler et fait preuve d’une inspiration surprenante. Qui mêle dès l’ouverture envolées répétitives commandées par la voix de Mankwe Ndosi (assez subtile pour ne pas donner dans le spoken-word élémentaire comme l’entier ouvrage l’est aussi pour ne pas suivre lourdement les traces laissées par le vaisseau de Sun Ra) et déconstructions intenses qui refusent de mettre encore leurs notes au service d’un lyrisme flamboyant.

Parfois même, les musiciens s’en tiennent à un simple canevas sonore – entendre le duel remarquable auquel se livrent par exemple le violoncelliste Tomeka Reid et le contrebassiste Josh Abrams – sur lequel Mitchell pourra envisager le prochain paysage et commander un autre récitatif las. Si ce n’est sur sa fin – le piano de Justin Dillard trahissant là les mauvaises conditions dans lesquelles se passe l’atterrissage –, le voyage est étonnant et donc recommandable.

Nicole Mitchell’s Black Earth Ensemble : Xenogenesis Suite : A Tribute to Octavia Butler (Firehouse 12 / Orkhêstra International)
Enregistrement : 2007. Edition : 2010.
CD : 01/ Wonder 02/ transition A 03/ Smell of Fear 04/ Sequence Shadows 05/ Oankali 06/ Adrenalin 07/ transition C 08/ Before and After 09/ Drawn of a New Life
Guillaume Belhomme © Le son du grisli


Satoko Fujii Ma-Do : Desert Ship (Not Two, 2010)

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En diversifiant les formes mais en entretenant un assaut continu, le Ma-Do de Satoko Fujii s’amuse de la déconstruction, et s’y installe durablement. Si la musique de la pianiste japonaise n’est pas que turbulence, c’est surtout cela que l’on remarque ici ; ce dialogue sanguin entre trompette et piano (Pluto), cette fougue jamais tempérée quels qu’en soient les contextes : compositions ou improvisations.

Le démembrement n’est pas tout chez Ma-Do mais participe d’un rituel familier. Il y a la trompette faussement dilatée avant explosion de Natsuki Tamura ; une trompette lâchant ruade sur ruade avant de laisser pointer quelque lyrisme empoisonné. Il y a la contrebasse saturante de Norikatsu Koreyasu (Nile River) ; ces arômes amers, cette contrebasse toujours en mouvement, en questionnement. Insatisfaite en quelque sorte. Il y a les lames vives de Akira Horikoshi, batteur aux rythmes brisants, souvent à la source d’aiguillages inattendus. Il y a enfin la leadeuse, pianiste fougueuse, jamais apaisée, multipliant pistes et propositions sans jamais ne rien imposer de définitif. Des assauts donc mais de bien beaux assauts.

Satoko Fujii : Desert Ship (Not Two / Instant Jazz)
Enregistrement : 2009. Edition : 2010.   
CD : 01/ February-Locomotive-February 02/ Desert Ship 03/ Nile River 04/ Ripple Mark 05/ Sunset in the Desert 06/Pluto 07/ While You. Were Sleeping 08/ Capillaires 09/ Vapour Trail
Luc Bouquet © Le son du grisli


Roel Melkoop : Grey Mass / Grey Matter (1000füssler, 2010)

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Si Roel Meelkop a préféré sortir deux petits disques au lieu d’un grand (c'est à dire d'un disque “normal”), c’est qu’il est encore possible à certains d’envisager la musique sous forme d’œuvre d’un format arrêté.

Tout ça pour que Grey Mass et Grey Matter forment en plus un seul et même objet : deux faces qui sont celles d’une même envie de musique qui s’infiltre jusque sous les sinus sous formes de collages d’enregistrements environnementaux (par exemple, le bruit d’un métro suspendu) et de jeux de guitare (qui joue par exemple Girl from Ipanema sur une corde et avec difficulté mais pour rire). Sur la durée, les deux disques font figure d’œuvres expérimentales fortes, travaillées, et aussi hypnothiques que loufoques.

Roel Meelkop : Grey Mass / Grey Matter (1000füssler)
Enregistrement : 2010.
CD1 : 01-03/ Grey Mass CD2 : 01-03/ Grey Matter
Pierre Cécile © Le son du grisli


Interview de Martin Küchen

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Puisque l'étrange sélection naturelle opérant sur le son du grisli veut que l'on donne la parole aux plus prolifiques musiciens des genres à y être défendus, au tour de Martin Küchen, saxophoniste entendu récemment en Angles avec le trompettiste Magnus Broo (sur Epileptical West), en trio avec le guitariste Keith Rowe et le saxophoniste Seymour Wright (sur un disque sans-titre), en quartette avec Ernesto Rodrigues (sur Vinter), et même en solo (sur The Lie & the Orphanage)...

... Mon père avait ramené d’un voyage en Tunisie un tambour à main et une flûte en bois dont j’ai joué dès l’âge de 7 ans.  A la même époque, je me souviens aussi être assis, seul dans le salon, battant avec des baguettes de batterie – je ne pourrais pas dire d’où elles venaient, d’ailleurs – les précieux coussins de ma mère posés sur le canapé. Je pouvais faire ce truc quand ma mère dormait, c'est-à-dire quand elle ne pouvait pas soupçonner que je donnais des coups sur ses coussins chéris… J’ai connu d’autres expériences de ce genre : je battais des mains en classe et tapais sur le couvercle d’un banc d’école, la tête à l’envers afin de pouvoir y coller une oreille et ainsi entendre ce son amplifié, incroyable, alors que je continuais à bouger ma main voire quelques doigts seulement… A neuf ans, j’ai commencé avec des amis à faire des cassettes : nous nous tenions près de la table de ping pong au sous-sol et nous chantions un peu ce qui nous passait par la tête, nos « propres » chansons dont les paroles étaient écrites dans un anglais de notre invention. Parfois, il nous arrivait d’avoir une caisse claire pour accompagner nos chants, qui s’apparentaient d’ailleurs souvent plus à des cris…

Des débuts hantés par les percussions, en quelques sorte… Oui, des percussions de toutes sortes : coussins, bancs d’école, cette véritable caisse claire dotée d’une sale petite cymbale. Il y avait aussi un tambour d’aisselle rapporté du Ghana et puis ce tambour tunisien. Ensuite, la flûte dont j’ai parlé plus tôt, qui avait un son fantastique, faible et crachant, dans le genre des flûtes orientales mais avec quelque chose de bien à elle. Je pense d’ailleurs que je suis encore influencé par ce son, surtout lorsque je joue du saxophone alto, mon jeu me rappelle le son de cette flûte... J’ai aussi été très impressionné par les disques que mon frère jouait à la maison sur un petit lecteur de vinyles : The Free Alectric Band de John Hammond, 2000 Light Years from Home des Rolling Stones ou Desolation Boulevard de Sweet – peut-être que ce qui m’intéressait là était davantage l’expérience de l’écoute à travers l’utilisation de cette machine. Ça tenait de la magie ; en fait, c’était de la magie.

Par quel genre de groupes êtes-vous passé en tant que musicien amateur ? A l’âge de 13 ans, en 1980, j’ai formé avec quelques copains un groupe de rock progressif. J’étais le chanteur et je jouais aussi de la flûte avant de passer aussi au saxophone ténor. A cette époque, je prenais aussi des cours d’improvisation et de jazz à la flûte. Nous jouions des standards tirés du Real Book ; je ne jouais jamais d’oreille, ce qui fait que je n’ai jamais vraiment appris aucun des morceaux de ce livre… Et puis, avec d’autres amis, nous avions pris l’habitude d’improviser et nous enregistrions ces improvisations… Nous jouions tout simplement, dans un style proche de celui d’Oregon – sans atteindre bien sûr le niveau des rythmiques compliquées de ce groupe –, un style qu’on pourrait appeler ECM même si nous n’avions jamais encore entendu parler des groupes ECM à cette époque et que nous n’avions aucune idée non plus de ce que signifiait la « free improvisation ».

De quand datent vos premiers enregistrements ? J’ai enregistré en solo en 2001 le très confidentiel Sing with Your Mouth Shut. En 1999, il y a eu aussi Repets Hjärta, un CD-R enregistré avec ma femme, Maria, qui est poète et écrivain. En ce qui concerne le jazz, le premier disque date de 2002 avec Exploding Customer (Live at Glenn Miller Cafe), et puis il y a eu un enregistrement du Martin Küchen Trio (Live at Glenn Miller Cafe) paru sur Ayler Records. Ce même trio joue maintenant sous le nom de Trespass Trio.

Quel rapport entretenez-vous avec la notion de jazz, justement ? Utilisez-vous ce terme pour décrire votre musique ? Oui, je l’utilise. Avec Trespass Trio, Exploding Customer et Angles, il n’y a pas de doute, c’est une sorte de jazz, même si l’on y entend un million d’autres influences. Et puis, à côté de ça, je joue pas mal en qualité de faiseur de son : là, je me base sur des textures et des événements qui interviennent sur l’instant et j’utilise mon instrument de façon plus anti conventionnelle – même si cette pratique tend à devenir la nouvelle convention à la mode ! Je ne vois vraiment pas comment on pourrait qualifier cette musique : « improvisation » n’est pas tout à fait exact, alors « Instant compositions » ou, comme ils disent à Berlin, « Echtzeitmusik » (musique en temps réel), seraient peut-être des propositions plus viables…

Votre pratique fait donc une différence ces deux musiques ? Le jazz, ce sont des morceaux respectant une rythmique bien particulière, un battement et des harmoniques, qu’ils soient simples ou complexes, et avec le free jazz, c’est encore la même chose mais sans s’embarrasser de prédispositions : tout arrive simplement et l’énergie – ou le manque d’énergie – que l’on trouve entre les joueurs est à l’origine de ce qui arrive. Il s’agit donc d’improvisation tout le temps, tout ce qui arrive se fait à l’instant même. Concernant la composition instantanée, en dehors de l’esprit du free jazz, ce qu’on appelait « free improvisation » par le passé, est de moins en moins de la véritable musique improvisée, mais une architecture délicatement réfléchie, qui construit à coups de bruit et de silence quelque chose que l’on ne pouvait pas voir avant – de nos jours, c’est rare que l’on en arrive là en concert, mais lorsque cela arrive, alors c’est merveilleux, là encore de la pure magie !

Martin Küchen, propos recueillis en juin 2010.
Photos © Fergus Kelly
Guillaume Belhomme © Le son du grisli


Keith Rowe, Martin Küchen, Seymour Wright : s/t (Another Timbre, 2010)

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Auprès de deux altos (Martin Küchen et Seymour Wright), le guitariste Keith Rowe enregistrait récemment une improvisation assez imposante pour se passer de titre.

Il faudra appeler Rowe Küchen Wright (voire RKW) ce mouvement en perpétuelle définition. Des soupçons de cordes tracent d’abord une ligne sonore aux apparences trompeuses qui fera office, ici, de ligne de flottaison. Embarqués, Küchen et Wright vont comme un seul homme sur de frêles parallèles avant d’enrouler ceux-là autour d’un son de guitare qu’ils auront réussi à isoler. L’éternel poste de radio de Rowe recrache ce qu'il attrappe, discours qui sépare les intervenants puis avive un larsen qui n'en était qu'à sa naissance. En conséquence, Küchen et Wright s’entendent une autre fois, sur un dessein plus terrible. Pour résister à l’affront, la guitare de Rowe tente une berceuse qui endormira les souffles et leurs effets. Le même larsen remonte, Rowe célèbre en vainqueur la série de quatre enregistrements que le label Another Timbre consacrait récemment à l’instrument guitare (at26-at29).


Keith Rowe, Martin Küchen, Seymour Wright, s/t (extrait). Courtesy of Another Timbre

Keith Rowe, Martin Küchen, Seymour Wright : s/t (Another Timbre)
Ediiton : 2010.
CD : 01/ s/t
Guillaume Belhomme © Le son du grisli



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