Le son du grisli

Bruits qui changent de l'ordinaire

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John Tilbury : Lost Daylight (Another Timbre, 2010)

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John Tilbury joue sur ce CD cinq pièces du minimaliste Terry Jennings et, associé au musicien électronique Sebastian Lexer, une composition de John Cage (Electronic Music for Piano).

C’est une petite anthologie des travaux de Jennings que l’on trouve sur ce disque, des œuvres écrites entre deux âges que furent ses 18 et 26 ans. Huit années dont rendent compte avec leurs sobres moyens de pièces de musique ces cinq tableaux d’espace et de temps. Nomade de gauche et de droite, le piano envisage la partition avec plus de mesure que celle qu’on lui recommande, c’est en tout cas l’impression que l’écoute de Winter Trees donne, par exemple. C’est pour cela que Tilbury laisse souvent courir le silence. C'est pour cela qu'il touche toujours au cœur.

Et puis il y a cet « Electronic Music for Piano » de John Cage. Le titre évoque le compositeur en farceur à la Duchamp, en d'autres mots choisis en farceur sérieux. Désabusé, peut-être plus que sérieux. Des flashs sonores naissent des manipulations électroniques de Lexer ; des propositions qui en tiennent compte sont relayées par Tilbury. Voilà ce qu’on trouve sur ces fantastiques musiques pour piano. Quarante minutes qui sont l'essentiel et closent tout à la fois le chapitre Lost Daylight est un disque de drôles et de sérieuses musiques pour piano. Mais belles avant tout.

John Tilbury : Lost Daylight (Another Timbre)
Enregistrement : 2007, 2009. Edition : 2010.
CD : 01/ Piano Piece 1958 (Terry Jennings) 02/ Winter Sun (Terry Jennings) 03/ For Christine Jennings (Terry Jennings) 04/ Winter Trees (Terry Jennings) 05/ Piano Piece 1960 (Terry Jennings) 06/ Electronic Music for Piano (John Cage)
Héctor Cabrero © Le son du grisli

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Mats Gustafsson : Swedish Azz - Jazz Pa Svenska (Not Two, 2010)

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On sait la ferveur avec laquelle Mats Gustafsson collectionne les disques vinyles. Pour attester de ce prégnant rapport à la chose ancienne autrement qu’au sein des Diskaholics Anonymous, il anime maintenant un projet qui l'expose auprès de Per-Ake Holmlander (tuba), Erik Carlsson (batterie) et dieb13 (platines) et qui voit paraître aujourd'hui son premier disque. Un vinyle, il va sans dire, dont l’aspect rappelle celui de plus anciens (diamètre inférieur aux 33 tours communs et rond central d'un bordeaux « voix de son maître ») et qui célèbre le répertoire de deux Suédois occupés hier par le jazz : Lars Werner (1934-1992) et Lars Gullin (1928-1976).

Trois titres, alors : Drottningholm Ballad (Werner), servie sur swing old school par Gustafsson (alto) et Holmlander à l’unisson avant qu’en soit extrait un motif – de ceux dont se servait Komeda pour imposer son art – qui finira par s’effacer au profit d’une plage d’électrobruitiste commandée par le même Gustafsson (live electronics) ; Danny’s Dream et Silhouette (Gullin), ensuite : ce dernier titre passant, lui, de râles expérimentaux en mélodie déposée par Gustafsson (baryton) pour retrouver l’inquiétude née de l’alliance de boucles et d’autres parasites sur un investissement de dieb13. L'ensemble, mené avec subtilité, plaide en faveur de la poursuite du projet et donc d'autres airs anciens réinventés.

Swedish Azz : Jazz På Svenska (Not Two / Instant Jazz)
Edition : 2010.
LP : A01/ Drottningholm Ballad A02/ Danny’s Dream B01/ Silhouette
Guillaume Belhomme © Le son du grisli

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Sylvie Courvoisier, Mark Feldman : To Fly to Steal (Intakt, 2010)

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En ouvrant grandes nos oreilles et en évitant le petit jeu des comparaisons (inutiles ?), on pourrait presque se dire qu’Oblivia (Tzadik / Orkhêstra) est l’exact opposé de To Fly to Steal. Duo pour l’un, quartet pour l’autre. Continuum résolu pour l’un, cassures franches et nettes pour l’autre. Ici, le jazz s’y retrouve parfois (The Good Life), s’entête et crépite en des chaos millimétrés (Fire, Fist & Bestial Wail). Ici, le violon serait presque soliste et le piano presque d’accompagnement. Presque car tout est bien plus compliqué et alléchant que cela.

Alléchantes sont ces collisions de timbres, cette liberté de croiser les fluides et d’assouvir des combinaisons inouïes. Alléchantes, cette batterie (Gerry Hemingway) et cette contrebasse, accouchant de lignes aux rebonds vifs et tranchants (on m’excusera, ici, d’épingler la trop grande discrétion et le jeu de peu d’ampleur de Thomas Morgan). Oui, un disque alléchant et sans la moindre froideur. Et à nouveau, je signe et persiste.

Sylvie Courvoisier, Mark Feldman Quartet : To Fly to Steal (Intakt / Orkhêstra International)
Enregistrement : 2009. Edition : 2010. 
CD : 01/ Messiaenesque 02/Whispering Glades 03/ The Good Life 04/ Five Senses of Keen 05/ Fire, Fist & Bestial Wail  06/ Coastines  07/ To Fly to Steal
Luc Bouquet © Le son du grisli

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Mark Feldman, Sylvie Courvoisier : Oblivia (Tzadik, 2010)

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Virtuoses, on sait que Mark Feldman et Sylvie Courvoisier le sont  et cela ne pose pas de problème ici. On sait aussi que leur musique ne passe plus par le jazz mais toujours par l’improvisation. On sait ce que leurs compositions doivent à Bartok, Messiaen, Janacek, Enesco. On sait leurs mondes immenses et ouverts.

A nouveau, et en duo, ils nous offrent ces riches mondes. Ces mondes de tourments, de souplesses et de félinités. Ces mondes où les espaces respirent, où les suspensions s’incrustent et ne lâchent jamais prise (Bassorah). Dans ces onze pièces au verbe vif et inspiré, les fougues se déplacent de l’un à l’autre et, ensemble, se soudent et entrent en résonance (Vis-à-vis). En périphérie, la stridence s’installe, l’angoisse se délivre, joue le jeu de l’ironie et des poursuites fatales (Fontanelle). En son centre, la musique déploie plénitude et rondeur, sensibilité et abandon (sous un rêve huileux). Un disque rayonnant, j’en suis sûr.

Mark Feldman, Sylvie Courvoisier : Oblivia (Tzadik / Orkhêstra International)
Enregistrement : 2009. Edition : 2010 
CD : 01/ Conky’s Lament  02/ Dunes  03/ Messianesque 04/ Purveyors  05/ Oblivia de Oblivion  06/ Double Windsor  07/ Bassorah  08/ Vis-à-vis  09/ Samarcande 10/ Fontanelle 11/ Sous un rêve huileux
Luc Bouquet © Le son du grisli

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Alexey Kruglov : Seal of Time (Leo, 2010)

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On ne nomme pas son disque, lorsque l’on a 30 ans à peine, Seal of Time (soit « le sceau du temps ») par hasard. Alexey Kruglov, saxophoniste russe,  s’inscrit en effet dans la grande histoire du jazz et s’offre une pause dans ses plus belles pages free. Ici, les références sont assumées, et ne nuisent en rien à la pertinence du propos.

C’est d’abord à Ayler que l’on pense, tant la musique de Kruglov semble chasser l’esprit du grand Albert et vouloir comme ce dernier dire en un même souffle la beauté et la violence du monde. Puisant dans un passé un peu plus proche, on peut évoquer sans peur de trahir Kruglov la personnalité de David S.Ware, pour le lyrisme et l’exaspération qui se mêlent dans le discours du jeune musicien russe. L’introduction de Poet, notamment, nous y invite : sur les accords obsédants d’un piano mantra et la pulsation de toms en transe, Alexey Kruglov élève lentement sa voix, comme Ware avait pu le faire sur un Ganesh Sound de forte mémoire (sur son disque Renunciation). Enfin, s’il fallait citer une troisième figure tutélaire de ce disque, nous en appellerions sans doute à Jan Garbarek, pour le son cristallin de Kruglov, et la production du disque qui lorgne vers la prise de son du label ECM : réverbération, halo, semblent entourer chaque instrument et en particulier les soufflants.

Souvent, Alexey joue en tandem avec le batteur Oleg Udanov et nous les retrouvons ainsi côte à côte sur ce disque qui rassemble deux enregistrements en trio. Le premier témoigne d’un concert donné par les deux hommes avec le pianiste Dmitry Bartukhin dans un club de Saint Petersburg en septembre 2009, et le second est le fruit d’une session plus ancienne,  invitant le contrebassiste Igor Ivanushkin, et qui s’était déroulée en novembre 2007 dans un studio de Moscou. Ici et alors, Alexey Kruglov, saxophoniste alto, fait preuve d’une indéniable aisance en d’autres tonalités et tessitures ; sur la longue et changeante suite The Battle, par exemple, on l’entend également au saxophone soprano, au saxophone baryton, à la flûte, au piano ainsi qu’au très rare cor de basset.

On pourra certes reprocher à Alexey Kruglov de trop vouloir en dire (la juxtaposition alors superficielle d’univers qui peinent à se lier nous éloigne du musicien), mais l’originalité et la sincérité du propos, ainsi que les enthousiasmantes deux pièces maîtresses que sont Poet et Love, augurent de beaux lendemains.

Alexey Kruglov : Seal of Time (Leo Records / Orkhêstra International)
Edition : 2010.
CD : 01/ Poet 02/ The Battle 03/ Seal of Time 04/ Love 05/ The Ascent
Pierre Lemarchand © Le son du grisli

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Seijiro Murayama : Solos (Zerojardins, 2009)

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En intuitif et en instruit, Seijiro Murayama fait acte de présence en quatre pièces musicales qu’il construit sur caisse-claire et cymbale.

Toujours aussi obstinée, la présence s’installe cette fois dans l’implication prononcée et l’endurance : d’elles deux, naissent des rumeurs diphoniques, des paysages nuancés et des atmosphères changeantes sous les effets naturels distribués par la subtile pratique du percussionniste. De coups secs en frottements différenciés, d’expressions en évocations déposées toutes à peine, Murayama subjugue encore et, en conclusion, élève un drone de métal et de résonance dont on cherche encore l’origine mécanique. 

Seijiro Murayama : Solos (Zerojardins)
Edition : 2009.
CD : 01-04/ 01-04
Guillaume Belhomme © Le son du grisli

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Seijiro Murayama : 4 Pieces with a Snare Drum (Petit label, 2010)

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En intuitif et en instruit, Seijiro Murayama fait acte de présence en quatre pièces musicales qu’il élève sur caisse-claire.

Une présence qui en impose, obstinée, autant dans l’attente (silence) que dans l’action (son). Les gestes sont rapides – baguette frénétique martelant en autiste le cadre de l’instrument – ou plus mesurés, mais défendent une seule et même idée : celle qui prône l’alliance d’une mécanique infaillible et d’une réflexion qui la façonne pourtant. Alors, de son rare usage de la percussion, Murayama commande des lignes d’aigus horizontales ou des masses de graves enveloppants pour fantasmer ailleurs la rencontre de cent percussions minuscules ou commander la chute d’une pluie d’objets sur des peaux qui les retiendront tous. La seule façon rythmique, exacerbée dans le même temps qu'elle est à chaque fois contrariée, en devient ravissante.

Seijiro Murayama : 4 Pieces with a  Snare Drum (Petit label)
Enregistrement : 2009. Edition : 2010.
CD : 01-04/ 01-04
Guillaume Belhomme © Le son du grisli

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Super Deluxe Gas Jockey : Some Sappy Title Dan Would've Hated (Bug Incision, 2009)

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Sous un nom de groupe qui fleure bon l’adolescence (Super Deluxe Gas Jockey) se cachent trois personnalités pourtant bien adultes : Janet Turner (qui chante), Lyle Pision (qui joue du saxophone) et Mark Dicey (qui bat la mesure). Sous un titre étrange qui fleure bon l’inspiration qui ne vient pas (Some Sappy Title Dan Would've Hated), les trois mêmes adultes concoctent des airs de danses.

Excentriques et même parfois folles, ces danses-là parviennent à subjuguer un auditeur qui n’avait pas dans l’idée de danser mais qui danse quand même. Les acteurs / chanteurs / musiciens sont libres de leurs mouvements. Le cabaret vire au free rock mystérieux. Le folklore est emporté par la transe. L’adolescence n’est plus ce qu’elle était, elle n'est plus seulement ce bout d'adulte en formation, elle est beaucoup plus que cela...

Super Deluxe Gas Jockey : Some Sappy Title Dan Would've Hated (Bug Incision, 2009)
Edition : 2009.
Pierre Cécile © Le son du grisli

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Five Rooms : No Room for Doubt (Amirani, 2009)

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No Room for Doubt s’ouvre sur un chant, celui de The Door, sur lequel la voix de Jean-Michel van Schouwburg rivalise de présence avec l’excellent soprano de Gianni Mimmo – qui pose d’emblée la question : tout sopraniste est-il forcément lacyen ?

La présence du guitariste John Russell oriente peut-être la suite : improvisations (ou « Music Instant Compositions by Five Rooms ») relevées soudain par la présence des cordes sans lesquelles la réunion irait de jolis moments en instants perdus, comme passe la voix de Schouwburg d’exclamations râleuses en discussions vaines ou de belles réclamations de fausset en interjections de pas grand-chose. Parce qu’aussi les autres musiciens (le tromboniste Angelo Contini, le violoncelliste Andrea Serrapiglio et, sur les deux derniers titres, le contrebassiste Paolo Falascone) respectent avec application les codes d’une improvisation entendue, quitte à laisser au commun acceptable toute la place du doute.

Five Rooms : No Room for Doubt (Amirani)
Edition : 2009.
CD : 01/ The Door 02/ No Room for Doubt 03/ Other Conspiracy 04/ Promises : the Farewell Speech 05/ train Jumper 06/ Afternoon Revelation 07/ The Next Room Interlude 08/ Cried Reasons 09/ Threshold Lyric 10/ Conspiracy #2 11/ Briskly Done 12/ Cracknel (Clouded Marble) 13/ Attractive Theory 14/ Conspiracy #1 15/ Abstract 16/ Neglected Garden 17/ Calls & Rumours
Guillaume Belhomme © Le son du grisli

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The Ames Room : In (Monotype, 2010)

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Deux extraits de concerts donnés par The Ames Room (Jean-Luc Guionnet, Clayton Thomas et Will Guthrie) à Niort et à Poznan l’année dernière composent le disque inaugural d’une série sobrement baptisée In, que le label Monotype prévoit d’augmenter d'une référence chaque année.

Ardent dès l’ouverture – c'est-à-dire à Niort –, le trio investit le domaine d’un jazz épais et bruyant, qui ne plus plus être taxé de free tant les références à y entendre sont nombreuses et n’ont que faire des « styles » : habité, Guionnet éructe ou siffle à l’alto quand, directifs, Thomas et Guthrie creusent le lit de l’improvisation torrentielle à force de notes pincées avec vigueur et de coups portés sur la batterie avec une endurance tenant de l’acharnement. A Poznan, l’allure est différente, Guthrie frisant un trip hop bancal et Guionnet tournant dessus en obsessionnel envoûté par cinq notes tombées par hasard là où Thomas préfère n’en rendre que deux, lâchées dans un geste ample. Plus monotone – littéralement, s'entend – mais tout aussi intense.

The Ames Room : In (Monotype Records)
Enregistrement : 2009. Edition : 2010.
LP : A01/ Niort B01/ Poznan
Guillaume Belhomme © Le son du grisli

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