Le son du grisli

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Georg Gatsas : Five Points (Nieves, 2010)

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L’œil trouve un chemin dans l’envers du décor. En résulte que le Lower Manhattan du photographe suisse Georg Gatsas est charismatique, qu’il ait été capturé en noir et blanc ou en couleurs. Un bout de terre américaine qui apparaît comme isolée, défraîchie, abandonnée ou, puisque ce n’est pas le cas, habitée par des artistes qui s’y accrochent comme les éléments indispensables d'un paysage foklorique (Martin Rev de Suicide, Tom Jarmush, Rita Ackermann) – la vraie pauvreté souffrira toujours d’être moins photogénique.

Aux alentours d’une galerie d’art, l’œil de Gatsas s'écarte peu à peu de son premier chemin et attrape sur le vif des vues d’une Chinetown amputée d'exotisme ou d’un autel bizarre dont les offrandes aux trois bouddhas sont des cartons vides et des détritus. Pour être complet, Gatsas insère dans son cahier des photos couleurs de concerts qui savent se passer de la gloriole du milieu, mais sans convaincre toutefois des preuves de vie qu’ils diffusent. Le plus beau reste sans doute les superpositions de drapeaux américains en berne (ou pas) et de grillages percés qui marquent les abords d’un quartier d’artistes à la désolation superbe. Depuis Baudelaire on sait que c'est là que réside la beauté ultramoderne.

Georg Gatsas : Five Points (Nieves / Les presses du réel)
Edition : 2010.
Héctor Cabrero © Le son du grisli

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Interview de Didier Lasserre

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La liste est longue des partenaires en compagnie desquels Didier Lasserre a déjà attesté de son bel art percussif (de Daunik Lazro à Jean-Luc Guionnet en passant par Abdelhaï Bennani ou Seijiro Murayama). Ces derniers temps, le batteur se montrait deux fois à la hauteur du bien que l'on pense de lui : en membre de Snus sur et puis de Free Unfold sur Ballades. Assez, donc, pour le passer à la question... 

Il y a quelques mois sortait sur le label Ayler Records Ballades du Free Unfold Trio. Pourriez vous évoquez la genèse, et  l'enregistrement de ce disque ? Après un premier disque enregistré en 2006 pour le label Amor fati,  et quelques (très rares) concerts, le désir s'est fait sentir de  continuer à avancer avec ce trio, et, pour Benjamin [Duboc, ndlr], en allant vers  un approfondissement, vers plus d'air, vers une musique plus "simple",  sans précipitations, en laissant la musique arriver, tranquillement. Rendez-vous fut donc pris chez Gaël Mevel et Caroline Lagouge, à la  campagne, où un beau piano et une pièce pleine de silence (et aussi  quelques oiseaux) nous attendaient. Nous avons enregistré ce que nous  avions à dire, dans cette direction, sans chercher toutefois à  "forcer" les silences, à se contenir par trop. Puis après ré-écoute,  Benjamin, qui dès le départ voulait faire un disque (vinyle), fut  très très enthousiaste, et après sélection, 28 minutes furent  choisies. Le titre Ballades s'imposa tout seul. Une souscription  fut lancée, à laquelle pas mal de personnes ont répondu, puis Stéphane Berland, le directeur d'Ayler records, après écoute chez  Benjamin, décida également de produire le disque sous forme CD. Son  ami Bernard Minier prit une photo du trio dans un jardin parisien,  pour un clin d'oeil, sans prétention, à Blue Note et au trio  d'Ornette Coleman. Fabrice Fuentes nous écrit les notes de pochette :  depuis le début donc, beaucoup d'aide, de soutien, de compréhension, d'amitié avec cet enregistrement, nous somme très chanceux, merci à  eux tous. Le disque est donc sorti sous sa forme CD en décembre 2009,  le vinyle, du fait de soucis techniques, a pris du retard, mais il  doit arriver sous peu. Voilà. Somme toute, une belle aventure. J'en  remercie encore chaleureusement mes deux compagnons de musique.

Ballads est donc sorti sur Ayler Records, un label important pour  vous car y sortirent également en 2009 trois autres disques sur les  quels vous figurez. D'abord, le trio avec Benjamin Duboc et Abdelhaï Bennani In Side, puis Symphony for Old and New  Dimensions du groupe Nuts, et enfin Snus avec Joel Grip et Niklas Barno. Comment voyez- vous aujourd'hui la place du disque dans le monde de  la musique, et plus particulièrement du free jazz et des musiques  improvisées ? Le disque compte beaucoup pour vous ? Pour des musiciens comme moi et malheureusement comme pour beaucoup d'autres, le disque, comme me le disait Benjamin Bondonneau, clarinettiste et ami, est presque le seul moyen de se faire entendre, vu les occasions peu nombreuses qui nous sont données de jouer. Le disque peut donc être un beau moyen d'exister, de faire vivre un projet, de lui donner vie parfois, de le "fixer" et le faire circuler. Et bien sûr, en tant que document "historique", et parfois bel objet, le disque a pu changer, sans exagérer, le cours de ma vie. Je pense à certains disques d'Ayler, de Coltrane, de Jimmy Lyons, et tant d'autres. Alors, bien modestement, on est content d'amener sa toute petite pierre, rien de plus. Je pense toutefois souvent à ce que disais Jimmy Lyons justement, un de mes musiciens préféré : "Nous devrions être conscients du fait qu'il y a trop de disques, trop de répétitions... Toujours les mêmes disques (...) Tout le monde peut enregistrer, et cela peut être très dangereux". Parfois je me dis que j'aurais mieux fait d'y penser un peu plus, à cette dernière phrase ! Mais bon, je n'ai pas de regrets pour l'instant, il y a des choses que je n'aime pas dans chaque disque que j'ai enregistré, mais des choses que j'aime aussi, et je sais que certains disques ont compté pour quelques personnes, alors ce n'est pas perdu. Est-ce suffisant ? Je ne sais pas... On dit parfois qu'un disque est comme une photographie, plus ou moins retouchée : je dirais juste que l'on essaie que la photo soit bonne ; mais qu'est-ce qu'une bonne photo ? Encore quelque chose que je ne sais pas. En tout cas, il est vrai que certains labels, ou plus exactement les personnes qui les font vivre, ont été et sont toujours très importants pour rendre compte de ce que j'essaye de dire, de ce que nous essayons de dire, comme Amor fati bien sûr et en premier lieu, et aussi maintenant Ayler records.

Vous évoquez les influences majeures que semblent avoir été Jimmy Lyons, John Coltrane et Albert Ayler... Et du côté des batteurs, quelles musiciens pour vous influents citeriez-vous ? Le premier qui m'a touché était Kenny Clarke, le son qu'il avait aux balais... Puis Max Roach, capable seul de créer une véritable musique, une vraie poésie. Que j'ai retrouvé ensuite chez Elvin Jones, les mailloches de The Drum Thing avec Coltrane et Garrison, cela m'a ému au plus haut point. De même que le Rashied Ali d'Intersteller Space, quelque chose qui allait au delà de l'instrument, que l'on finissait par oublier. Puis Sunny Murray, celui de Spiritual Unity, de Witches & Devils et Jump Up, c'était tout simplement "autre chose" qui se passait, musicalement, socialement. Je me disais en écoutant ça, que tout restait possible. Mais beaucoup d'autres ont compté, le jeune Tony Williams, Laurence Cook (un grand oublié), Louis Moholo (un concert à New York avec Oliver Lake où tout était suggéré, doucement, mais avec une grande force), Paul Lytton (une des plus belles choses que j'ai entendu en direct), Paul Motian, Ed Blackwell, Sam Woodyard, Tom Price, Tony Oxley, Seijiro Murayama, Makoto Sato (j'adore quand il joue doucement aux balais et mailloches)... Et puis la percussion et la musique traditionnelle coréenne, japonaise, tibétaine. Et puis le silence, et les sons de la nature.

La découverte de la batterie, l'envie d'en jouer, comment tout ça est venu ? Au départ, la batterie était un moyen pour moi d'échapper à l'ennui, à l'ennui social. J'avais 16 ans. C'était un instrument à ma portée, moi qui ne savait rien de la musique, cela me semblait moins difficile que le reste (j'avais tort !) Puis en découvrant le jazz et le free, je me suis dit qu'il fallait que j'essaye, moi aussi, modestement, de trouver cet "autre chose" à vivre, de repousser un peu les contraintes sociales, auxquelles on n'échappe malheureusement pas. Tous ces grands musiciens écoutés jour après jour me confortaient dans l'idée que l'on pouvait être soi-même et s'y tenir, même si tout était fait pour être découragé, et lâcher prise. On s'engage alors sur une route, longue, parfois difficile (sans se plaindre, c'est une chance inouïe que de pouvoir jouer) mais belle, je l'espère tout du moins pour ceux et celles qui écoutent !

Nous avons évoqué quelques uns de vos projets collectifs... Mais ce qui caractérise votre démarche, et le rapport que vous entretenez à la batterie, c'est aussi d'une part l'exercice en solo, et d'autre part, les passerelles lancées avec la peinture, la poésie, la danse, le super 8, la sculpture, la photographie.... Le solo, en tant qu'auditeur de musique, a toujours été pour moi une situation très touchante : un être humain et son instrument... J'ai des souvenirs très forts de solos, notamment à New York en 2001, Malachi Favors à la contrebasse. J'ai toujours eu l'impression que c'est à cette occasion que l'on entend un musicien être le plus lui-même. Comme l'écrivait Robert Motherwell, peintre, "c'est le travail effectué dans un mode d'expression particulier par une personne qui a vécu une expérience"... J'aime bien cette phrase.  Mais bien sûr c'est très risqué aussi, on n'a certes pas la "contrainte" du chemin de l'autre, mais on n'a pas son aide, sa générosité, tout ce qui peut faire la beauté d'un travail collectif... Seul, c'est aussi l'occasion, douloureuse parfois, de se dire : qu'est-ce que j'ai à dire ? Mais des auditeurs sont là parfois, ils donnent de l'énergie, le lieu où l'on joue aussi, et son propre instrument, qu'il faut certainement laisser nous "nourrir". En tous cas il y a deux ans il a fallu que je mette ça dans un disque, après pas mal d'essais, de recherches, de difficultés. Il y avait une forme qui revenait, donnée je crois par les caractéristiques sonores de l'instrument lui-même, il y avait des choses que je ne pouvais m'empêcher de jouer, il a fallu les fixer pour pouvoir les dépasser. Aujourd'hui je continue, dans une forme qui se précise de plus en plus, comme si elle s'imposait à moi : je la laisse donc venir. Quant aux passerelles avec les autres arts, c'est bien sûr nourrissant, même si les occasions de travail véritable sont rares. Chaque discipline a sa "matière propre" et l'équilibre est difficile à trouver avec la musique, il faut transformer ça en une matière commune... Certaines images de Tarkovski m'ont beaucoup aidé, certains poèmes aussi, comme ceux de Tristan Tzara pour ce disque enregistré seul. Travailler régulièrement avec Ly Thanh Tiên dans le domaine de la danse (sur les écrits d'Antonin Artaud) et le travail avec les films super 8 d'Hélène Paulais également (j'espère qu'un jour on découvrira enfin son travail, magnifique). D'une manière générale je recherche la poésie même si je sais bien que c'est un terme assez général et que tout le monde met ce qu'il veut là-dedans.

Que répondriez-vous à quelqu'un qui ne connaîtrait pas votre musique et qui vous demanderait de la décrire ? Je dirais simplement que ma musique, et ma façon de jouer, vise à une certaine poésie, à un rapport poétique au monde, et à mon instrument aussi (qui n'est pas considéré par beaucoup comme un instrument capable de générer ce type de rapport). Je dirais aussi que, même venant du free-jazz (et je reconnais bien modestement tout ce que je dois à ce courant musical), ma musique tente d'être tout simplement ce que je suis, et j'essaye, à travers elle, de vivre "autre chose". Et comme le disais Robert Motherwell que je cite ici à nouveau, "j'accorde de la valeur à la chaleur humaine", je veux dire aussi par là que ce que je joue, je l'espère, pourrait être entendu par n'importe qui, n'importe qui qui veuille s'en donner la peine.

Didier Lasserre, propos recueillis en mars 2010.
Pierre Lemarchand © Le son du grisli

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Wade Matthews, Stéphane Rives : Arethusa (Another Timbre, 2009)

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Il arrive que d’une belle idée naisse une belle œuvre. C’est le cas ici : l’idée a été de mettre face à face Stéphane Rives (au saxophone soprano) et Wade Matthews (aux fields recordings et electronics). Quant à l’œuvre en question, c’est Arethusa.

Sur Arethusa, le dialogue se passe de mots mais surtout pas de sons inhabituels. A tel point qu’il est difficile de les définir d’une autre manière qu’en utilisant des comparaisons : avec l’atmosphère tranquille d’un coin de Central Java ou la lumière transcrite en notes filtrant jusqu’au plus profond des souterrains. C’est dire que la collaboration de Rives et de Matthews est d’essence naturelle même si l'extrait que l'on trouve ci-dessous me fait mentir. Elle joue avec les matériaux (le bois, notamment), trois des quatre éléments (eau, terre, air) et avec de nombreux silences. Decrescendo : le duo a disparu.


Wade Matthews, Stéphane Rives, Arethusa (extrait). Courtesy of Another Timbre.

Wade Matthews, Stéphane Rives : Arethusa (Another Timbre)
Edition : 2009.
CD : 01/ 8:50 02/ 8:17 03/ 17:23 04/ 11:58
Pierre Cécile © Le son du grisli

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El Fog : Rebuilding Vibes (Flaü, 2009)

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Ariste japonais résident berlinois, Masayoshi Fujita aka El Fog inscrit le vibraphone en couverture de cet intéressant disque au rang de ses instruments fétiches. Accompagné d’une discrète électronique aux effets dub jazz, mais aussi de mains qui claquent, d’overdubs ou de boucles samplées, sa musique émet des ondes d’une réconfortante chaleur.

A la fois inscrite dans un  continuum où les notes bleues espionnent le passé et interrogent l’avenir, son œuvre mérite le détour. Par moments terriblement groove, notamment lorsqu’une contrebasse présente sans être pesante vient chalouper les interventions très adroites de percussions héritées de Martin Brandlmayr, l’album pèche toutefois par une certaine uniformité sonore. Non que pris individuellement chaque titre soit inintéressant, simplement la sensation étrange de visiter différentes pièces d’un même manoir où chaque endroit serait peuplé de l’esprit identique des grands de ce monde qui nous ont précédé.

El Fog : Rebuilding Vibes (Flaü)
Edition : 2009.
CD : 01/ Broken 02/ Waterfall 03/ März 04/ Flip And Dub 05/ Autumn 06/ Patterns 07/ Space for the Rebuilding 08/ Puddlespots and Moonbeams 09/ Above 10/ November 11/ ! 12/ Dunst
Fabrice Vanoverberg © Le son du grisli

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Bill Dixon, Aaron Siegel, Ben Hall : Weight / Counterweight (Broken Research, 2009)

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Sur son propre label, le percussionniste Ben Hall publie un double disque vinyle où on peut l’entendre en compagnie d’Aaron Siegel (autre percussionniste) et de Bill Dixon : Weight / Counterweight.

D’autres « tapisseries » sonores que celles du récent Tapestries for Small Orchestra sont à entendre ici, apposées en outre par une formation plus légère encore qu’un « petit orchestre ». Sur un léger écho et les effets de l’usage d’une électronique minuscule qui portent toujours un peu plus loin les interventions mesurées de sa trompette, Dixon invente encore autrement, compose un bouquet de souffles éthérés ou oppose à la rumeur apaisante commandée par ses partenaires un lot de râles caverneux.

La musique à sortir de Weight / Counterweight, d’épouser avec subtilité l’atmosphère dans laquelle se propagent chacune de ses vibrations. L’espace alentour soudain chargé d’ondes positives, sorties d’un objet rare qu’il faudra d’abord réussir à capturer.

Bill Dixon, Aaron Siegel, Ben Hall : Weight / Counterweight (Broken Research)
Enregistrement : Avril 2008. Edition : 2009.
LP1 : A/ Atelier : Corbu’s Studio B/ Hirado – LP2 : C/Contrapposto D/ The Red & the Black
Guillaume Belhomme © Le son du grisli

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John Tchicai : Coltrane in Spring (Ilk, 2008/2010)

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En ouverture de Coltrane in Spring, John Tchicai dit un poème de John Stewart qui célèbre un autre printemps et adresse à l’auteur d’Ascension – enregistrement auquel Tchicai participa – son vœu de l’entendre chanter encore Alabama. Hier, Coltrane servait aussi la mélodie de Spring Is Here ; en 2007, son ancien partenaire retrouvait le Danemark pour l’évoquer en compagnie de jeunes compatriotes – le pianiste et cornettiste Jonas Müller, le contrebassiste Nicols Munch-Hansen et le batteur Kresten Osgood.

De son passage de quelques mois à New York dans les années 1960, Tchicai a gardé ses suspicions vis-à-vis de formes musicales arrêtées ainsi qu’un instinct farouche pour la remise en cause des convenances musicales. Malgré tout, il ne peut nier l’intégralité des choses qu’il y a apprises : sur Melodic Seven, il fait ainsi état de l’éternelle vivacité de se verve déstabilisatrice ; au son d’Ude I Det Fri, aux côtés du cornet de Müller, rappelle ce que lui a enseigné la fréquentation d’Albert Ayler et de Don Cherry (ici, le cri du premier et le détachement du second s’entendent sur un hymne minuscule) ; sur Dashiki Man, enfin, il profite une autre fois du swing de ses partenaires pour déraper encore en insatiable virulent.

Ailleurs que sur ces trois morceaux convaincants, des éléments d’un folklore ombreux investissent le domaine du jazz sans déranger vraiment si ce n’est pour se faire remarquer quand même le temps de surenchères passagères auxquelles se livrent Tchicai et Müller. En conclusion, un exercice de style réinvente sur Modoc les manières amples du free insistant du dernier Coltrane. Et la boucle est bouclée de l’hommage de Tchicai à son ancien mentor.

John Tchicai : Coltrane in Spring (Ilk / Orkhêstra International)
Enregistrement : 2007. Réédition : 2010.
CD : 01/ Coltrane in Spring 02/ Dahiski Man 03/ Ude I Det Fri 04/ Angel Wing 05/ Melodic Seven 06/ On Top of Your Head / Lat’s Hear What We Can See 07/ Row Your Love Boat 08/ Double Arc Jake 09/ Modoc
Guillaume Belhomme © Le son du grisli

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New York Art Quartet : Old Stuff (Cuneiform, 2010)

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Accepterait-on, aujourd’hui, cette joyeuse anarchie ? Ces ruptures insoumises, ces torsions indécises, ces rythmes instables, ces pauses et terminaisons aventureuses ? Telle une horloge folle et totalement déréglée, le New York Art Quartet pouvait se permettre d’instruire l’indéfini et d’y prendre place durablement.

En ce mois d’octobre 1965, Finn von Eyben et Louis Moholo remplaçaient Lewis Worrell et Milford Graves. Deux concerts nous sont proposés ici. Le premier est capté au Montmartre Jazzhus de Copenhague le 14 octobre. Aléatoire et imprécisions sont au menu, l’irrégularité est reine ; on observe, on se retrousse les manches et on plonge sans souci des récifs et des grandes profondeurs : le bancal est si beau ici. Le second concert, enregistré dix jours plus tard au Concert Hall of the Radio House est d’une toute autre envergure. Le groupe s’est trouvé, soudé (on jurerait presque que Milford Graves a rejoint le groupe) ; Roswell Rudd gronde et vocifère comme un beau diable, John Tchicai convulse allégrement et la rythmique impulse une liberté inouïe. C’est magnifique de maîtrise et d’abandons mêlés. Un disque témoignage en quelque sorte.


New York Art Quartet, Karin's Blues. Courtesy of Orkhêstra.

New York Art Quartet : Old Stuff (Cuneiform / Orkhêstra International)
Enregistrement : 1965. Edition : 2010 .
CD : 01/Rosmosis  02/Sweet Smells  03/Old Snuff  04/Pannonica  05/Kvintus T  06/Pà Tirsdag  07/Old Stuff  08/Cool Eyes  09/Sweet V  10/Karin’s Blues  11/Kirsten
Luc Bouquet © Le son du grisli

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Source : Music of the Avant-garde 1968-1971 (Pogus, 2009)

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Cette première compilation de titres sortis sous le "label" Source entre 1968 et 1971 à peine sortie, voilà qu’on attend déjà la suite annoncée, qui fera le portrait sonore des dernières années d’un label incontournable pour tout amateur d’une musique expérimentale plurielle.

En attendant, ces trois disques passent et repassent et font valser les vocalises bruyantes de Robert Ashley, les longues traînées métalliques de David Behrman et Gordon Mumma, le piano préparé de David Tudor sur une idée folle de Larry Austin, les slides de guitares qui portent une autre œuvre électronique de Robert Ashley. Puisque je respecte ici l’ordre d’apparition des musiciens, continuons avec Alvin Lucier et sa pièce fantastique I Am Sitting in a Room, qui donne encore aujourd’hui des leçons aux expérimentateurs amateurs de concepts vocaux par ses bégaiements de poésie sonore superposés jusqu’à l’apparition d’une voix robotisée… Comme Lucier dans cette pièce, je commence d'ailleurs à sentir ici les effets de l’accumulation. Mes phrases sont moins nettes et n’arrivent plus qu’à faire passer le message suivant : il faut à tout prix écouter ce premier volume de la rétrospective Source. Juste le temps de citer encore l’excellent Lowell Cross et ses drones aux courbes intelligentes ou Alvin Curran et sa musique japonisante désincarnée ou Annea Lockwood et ses ronronnements zoophiles ? Après ce fabuleux retour à Source, on attend donc la compilation consacrée aux deux dernières années d'activité de la publication !

Source Records Music of the Avant-garde 1968-1971 (Pogus)
Edition : 2009.
CD1 : 01/ Robert Ashley : The Wolfman 02/ David Behrman : Wave Train 03/ Larry Austin : Accidents 04/ Allan Bryant : Pitch Out – CD2 : 01/ Alvin Lucier : I Am Sitting in a Room 02/ Arthur Woodbury : Velox 03/ Mark Riener : Phlegethon 04/ Larry Austin : Caritas 05/ Stanley Lunetta : Moosack Machine – CD3 : 01/ Lowell Cross : Video II (B)/(C)/(L) 02/ Arrigo Lora-Totino : English Phonemes 03/ Alvin Curran : Magic Carpet 04/ Anna Lockwood : Tiger Bal
Pierre Cécile © Le son du grisli

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Fenn O'Berg : In Stereo (Editions Mego, 2009)

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Premier vrai disque studio du trio aux milliards de neurones – ses prédécesseurs étaient des edits de performances live –, In Stereo comble un vide discographique de neuf ans, que l’extraordinaire piqûre de rappel The Magic Sound & Return Of… avait encore amplifié l’an dernier. Enregistré au studio GOK Sound de Tokyo, le nouvel opus des magiciens du laptop improvisé n’aboutit à nulle déception.

Etonnamment intitulés dans le désordre – partant de Part III pour arriver à Part VI (ou l’exclusif morceau bonus Part II sur le double vinyle), les morceaux portent chacun l’idiosyncrasie prééminente de chaque membre du trio. Tantôt, les paysages sonores de Christian Fennesz emmènent la vrille électronique (le début de Part III), parfois, les troubles neuropsychiatriques des machines portent la signature de Peter Rehberg, en d’autres instants, la musique quasi-concrète de Jim O’Rourke s’impose de son évidence faussement calme. Tournoyantes et obsessionnelles, les réponses digitales des trois complices entretiennent le mythe de maîtresse manière. Entre fureur insoupçonnable et apaisement trompeur, les atmosphères s’imprègnent des décalcomanies noirâtres de la paire KTL (dont Rehberg forme la moitié), échelonnées sur des  sifflements urbains captés en bordure d’un biotope ferroviaire. L’orage franchi dans un climat sous la pénombre d’une apocalypse pensée par Kevin Drumm, des pensées expiatoires montent au cerveau, gargouillant d’hybrides insectivores en perpétuelle mutation.

Fenn O'Berg : In Stereo (Editions Mego / Metamkine)
Edition : 2009.
CD : 01/ Part III 02/ Part IV 03/ Part V 04/ Part I 05/ Part VII 06/ Part VI 07/ Part II
Fabrice Vanoverberg © Le son du grisli

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Nmperign : Ommatidia (Intransitive, 2009)

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Sur Ommatidia, la paire Greg Kelley (trompette) / Bhob Rainey (saxophone soprano) improvise pour la première fois en studio. Le label Intranstive, qui a déjà sorti deux disques de Nmperign, ne cache pas sa satisfaction d’avoir produit l’exception d’une discographie déjà conséquente, dans laquelle ont pu intervenir en invités des musiciens tels que Günter Müller, Andrea Neumann ou Axel Dörner.

Le décors réductionniste planté, parler de l’allure de l’exception : dans laquelle s’ébattent – poussés par une palette d’effets – des souffles longs en structures coudées ou dans laquelle se bousculent de micro compositions bruitistes nées de l’usage expérimental et souvent perturbé que l’on fait ici des instruments. Malgré les multiples façons qu’ils trouvent à dire, Kelley et Rainey élaborent un ouvrage cohérent fait d’éléments sonores complexes et de moments d’insistances sur lesquels le duo agit en répétitif lent. Le dernier de ceux-là finissant en vociférations qui concluent Ommatidia, disque né du passage réussi de Nmperign en studio.

Nmperign : Ommatidia (Intransitive / Metamkine)
Edition : 2009.
CD : 01/ Glass 02/ Variation II 03/ Prey 04/ Fault 05/ Variation V 06/ Dalton
Guillaume Belhomme © Le son du grisli

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