Le son du grisli

Bruits qui changent de l'ordinaire

Inscription à la newsletter du son du grisli
suivre le son du grisli Fil RSS au grisli clandestin Contact

Spéciale Agitation FrIIteEn librairie : Eric Dolphy de Guillaume Belhommele son du grisli #3
A la question : interviewsAu rapport : impressions de concertsEn théorie : l'improvisation par l'écrit : John Butcher & Evan Parker

The Necks : Silverwater (ReR, 2010)

silvergrisli

Saccadé, répétitif, bouleversant. Le nouvel album (ou le nouveau titre) de The Necks est tout ça à la fois : Silverwater a été enregistré en studio, ce qui change la donne. Enfin, au niveau son, car Silverwater est encore une longue divagation sonore dont chaque parcelle pourrait être une des pistes de la même chanson. Une longue divagation sonore à la The Necks : les pistes se succèdent au lieu d'apparaître en parallèle, et les repères en sont changés.

Avec un calme olympien, Chris Abrahams, Lloyd Swanton et Tony Buck envoûtent leur auditeur en usant d'un orgue et de gimmicks de toutes sortes (guitare, basse), de gimmicks de toutes sortes et d'un orgue. On ne peut que répéter : irrésistible, irrésistible, irrésistible...

The Necks : Silverwater (Rer / Orkhêstra International)
Edition : 2010.
CD : 01/ Silverwater
Pierre Cécile © Le son du grisli

Commentaires [0] - Permalien [#]

Gianni Lenoci, Gianni Mimmo : Reciprocal Uncles (Amirani, 2010)

reciprocalgrisli

On sait Lenoci être un infatigable arpenteur de terres multiples. Les chemins tracés par la musique contemporaine, les reliefs changeants dessinés par les musiques improvisées, mais aussi la fausse monotonie des déserts électroniques ont été visités par les pas curieux du pianiste.

Au début de ce disque, la musique que propose Gianni Lenoci, ici en duo avec le saxophoniste soprano Gianni Mimmo, est une musique des périmètres, qui se joue là ou on ne l’attend pas : sur les cordes et le cadre du piano, dans le souffle lui-même plutôt que pour le son qu’il propulse. Ici nous assistons à la musique en train de se faire, hors champ. Puis le paysage se dégage, par petites touches. C’est le piano qui guide, crée un climat, et le sax soprano s’engouffre dans son passage. Les deux musiciens italiens creusent une musique de l’épure, qui évoque la netteté des paysages ensoleillés après la pluie.

On pense au duo que formaient Steve Lacy et Mal Waldron, pour les sinuosités du sax qui se faufilent dans les silences, pour les respirations du piano, ses notes qui cascadent et s’entrechoquent tels de petits cailloux lumineux, mais aussi pour les trous hérités de Monk semés ici et là par le piano, comme autant d’invitations à ne pas marcher trop droit et à se détourner du chemin jusque là tracé.

L’esprit de Morton Feldman plane aussi sur cette session : on y retrouve l’attachement du compositeur américain pour la douceur des sonorités et la place qu’il souhaitait ménager au hasard dans la musique. Ainsi, chez Lenoci, on entend des mélodies qui se créent comme on jetterait des dés au ralenti. Mais parfois le piano se fait plus pressant, percussif alors, et précipité. Nous revient à l’esprit ce que disait Mal Waldron au sujet de l’improvisation : « Épuisez ce que vous avez jusqu'au bout, puis changez d’angle. »  Ici c’est le cas : une ébauche, un fragment esquissé entraînent pour les deux musiciens des tâtonnements, des errances, des foulées plus cadencées, un nouveau trébuchement, pour enfin trouver la beauté et l’apaisement. Jusqu’au nouveau virage, au nouveau « changement d’angle ».

Gianni Lenoci, Gianni Mimmo : Reciprocal Uncles (Amirani Records)
Edition : 2010.
CD : 01/ Brain Prelude 02/ Consideration 03/ One or More 04/ What the Truth is Made for 05/ Steppin’ Elements 06/ Sparse Lyrics 07/ News from the Distance 08/ Almost Interlude
Pierre Lemarchand © Le son du grisli

Commentaires [0] - Permalien [#]

Potts, Lenoci, Magliocchi : Kid Steps (Setola di Maiale, 2010)

kidstepsli

Auprès du contrebassiste Kent Carter, le pianiste Gianni Lenoci et le batteur Marcello Magliocchi donnèrent en 2008 un concert à Bari (Free Fall, lyrique et désoeuvré). L'année suivante, au Musiche Monelle de Turi, le même duo faisait d'un autre partenaire de Steve Lacy son camarade de jeu(x) : le saxophoniste Steve Potts.

De qualité passable, le son de l'enregistrement atteste quand même de la vigueur inaltérable de Potts, qui passe ici de soprano en alto avec une implication nerveuse et inventive. Mais ces deux pièces d'un jazz compact et ténébreux sont malheureusement desservies souvent par Lenoci lui-même, qui peine à freiner des ardeurs qui ne s'embarrassent pas de nuances, soit : agit en brute dénué d'esprit d'équipe et d'esthétique subtile. Magliocchi, d'emboîter le pas au pianiste, et voici qu'on déplore qu'un solo de Steve Potts n'ait pas profité des efforts du label Setola di Maiale.

Steve Potts, Gianni Lenoci, Marcello Magliocchi : Kid Steps (Setola di Maiale)
Enregistrement : 21 juin 2009. Edition : 2010.
CD-R : 01/ I 02/ II
Guillaume Belhomme © Le son du grisli

Commentaires [0] - Permalien [#]

Koboku Senjû : Selektiv Hogst (Sofa Music, 2010)

selektivgrisli

C'est encore une histoire de couleurs sorties d'une palette sombre. C'est encore une histoire de drone et d'électricité, une histoire qui vous agrippe et vous poste, de nuit, sous un réverbère et sous la pluie, quelque part : Tokyo peut-être, ou alors est-ce Göteborg ? Alors qu'on tourne la tête et qu'on se demande quoi faire, les basses du no-input mixing board de Toshimaru Nakamura entrent en vous et prennent les commandes.

Autre Japonais de l'épreuve, Tetuzi Akiyama fait lui entendre un arpège de guitare, incomplet, un accord qui ajoute un charme naïf à l'expérience, un charme naïf et caressant. La palette contient d'autres instruments : le saxophone d'Espen Reinertsen et la trompette d'Eivind Lonning, les deux membres de Streifenjunko, et le tuba de Martin Taxt. Il y a peu, la même formation si ce n'est amputée de Nakamura dessinait les atmosphères de Varianter av dode traer. Aujourd'hui, Nakamura est là pour découper les vents, écarter un accord de guitare avec un grognement et obliger les instruments à vents à se faire plus violents. C'est encore une histoire de couleurs, pour lesquelles il faut se battre parce qu'il est question de la lumière des paysages : le dernier mot ira d'ailleurs à la mélancolie mélodique, souvenir de Paris, Texas qui vous arrive alors que vous en êtes toujours là : quelque part, sous le même réverbère. A Tokyo peut-être, ou alors à Göteborg ?

Koboku Senjû : Selektiv Hogst  (Sofa Music)
Edition : 2010.
CD : 01/ Nedvekst (om å vokse nedover) 02/ Fanget under giftig bark 03/ På leting etter skygge 04/ Vintersøvn 05/ Dyr som blir spist av andre dyr 06/ Dypdrenering 07/ Alt starter med regn
Héctor Cabrero © Le son du grisli

Commentaires [0] - Permalien [#]

Albert Ayler, Témoignages sur un Holy Ghost (Le mot et le reste, 2010)

grislighost

Ascension d'Albert Ayler ou l'Annonce faite au lecteur. Après avoir collecté et publié des témoignages concernant John Coltrane ou Miles Davis, Frank Médioni en rassemblait d’autres traitant du cas Albert Ayler. Ci-après, quelques noms choisis partialement parmi ceux d'une centaine d’intervenants : Amira Baraka, Jacques Bisceglia, Peter Brötzmann, Roy Campbell, Daniel Caux, Alain Corneau, Paul Dunmall, Mats Gustafsson, Steve Lacy, Daunik Lazro, Joëlle Léandre, Joe McPhee, Thurston Moore, Sunny Murray, Evan Parker, William Parker, Ivo Perelman, Barre Phillips, Sam Rivers, Philippe Robert, Cecil Taylor, John Tchicai, Ken Vandermark, Val Wilmer, Carlos Zingaro. Ci-après, un conseil : la lecture de 200 pages essentielles à retrouver en boîte Holy Ghost. Ci-dessous, l'apparition grisli-ghost ou contribution-maison (grisli-grotte) à trouver dans le livre en question :   

Albert « No Name » Ayler. La présence d’Albert Ayler, résumée en un cri et dans l’absence à suivre : le manque, bientôt, puis l’impression du fantôme tapi derrière ; la perte, ensuite, que l’on imagine irréversible : celle de « Ghosts » et d’« Angels », bataillon de figures troubles rangées sous une même bannière : « No Name » ; le vide, enfin, qu’il est inévitable de combler avant la prochaine plainte haute à dire sa vérité. En guise de subterfuge, la mélodie rassurante ne tient jamais longtemps : « What a Wonderful World » capable de faire croire à qui voudrait l’entendre que l’évidence est sous ses yeux quand il n’est rien de moins accessible, justement, que l’évidence. La mélodie légère, toujours ça de gâchée : George Russell et Don Cherry interprétant « You Are My Sunshine » à Coblence avec pertes et fracas, parce qu’il n’est pas possible de mentir plus longtemps en chanson. L’heure, d’être à la vérité, aussi noire soit-elle ? Des cris, encore, mais de plus en plus timides, avant d’en revenir aux illusions de coutume ; simplement parce qu’il sera toujours possible de faire croire en chanson. Rassurant comme les précédents et comme devront l’être les prochains, un autre jour se lève : non pas sur le cri attendu – « No Name » affranchi qui faisait déjà redouter l’absence à suivre –, mais au son de facilités capables de rassembler, faisant le tronc commun d’une association vertueuse qui, paissant et paressant, préférera toujours la célébration du gouffre à d’accablantes preuves de vérité. Or, en douce, la prochaine plainte approche déjà, qui saura se souvenir.

Franck Médioni (sous la direction de), Albert Ayler, Témoignages sur un Holy Ghost (Le mot et le reste)
Edition : Mai 2010.
Guillaume Belhomme © Le son du grisli

Commentaires [0] - Permalien [#]

Ideal Bread : Transmit (Cuneiform, 2010)

trsmisli

C’est au cours d’un entretien avec Quinsac & Hardy, publié en avril 1976 dans le numéro 243 de Jazz Magazine dont le sopraniste faisait d’ailleurs la couverture, que Steve Lacy évoqua, en français (!), ce « pain idéal » à la recherche duquel il était. [« Comme un boulanger fait le pain, moi je fais la musique. Je travaille tout le temps. Aujourd’hui c’était bon, mais demain, je ferai autre chose de meilleur avec ça… pour rester vivant. Si je fais le même pain demain, ça m’ennuie… pas possible… Je dois refaire… je dois faire mieux… Le pain d’aujourd’hui, c’est pas bon pour demain. Je cherche toujours le pain dont j’avais l’idée… le pain idéal. »]

La formule semble avoir plu (du moins davantage que l’autre qualificatif que Steve avançait dans la même interview : « C’est une substance, stuff, shit… je l’appelle ‘merde’… le shit, la chose que je fais. ») à Josh Sinton (saxophone baryton), Kirk Knuffke (trompette), Reuben Radding (contrebasse) et Tomas Fujiwara (batterie) au point qu’ils l’ont adoptée, en anglais, pour baptiser le quartet qu’ils vouent – comme le trio allemand Lacy Pool – au répertoire lacyen.

Suivant le disque inaugural de la formation (The Ideal Bread, label KMB), Transmit s’acquitte fidèlement de sa tâche de perpétuation sans ânonner avec trop de révérence les sept pièces retenues. Dans leur éventail, ces dernières permettent non seulement d’aborder plusieurs périodes et facettes du compositeur, mais surtout d’illustrer le bel engagement des quatre musiciens dont l’association rappellera aux amateurs certains quartets de Lacy avec baryton (Charles Davis, Charles Tyler) ou trompette (Don Cherry, Enrico Rava)…

Le groupe met intelligemment – jusqu’à la citation de la Locomotive monkienne, dans le morceau final – en évidence et les sinuosités (The Dumps) typiques, chantantes, de la plume du sopraniste, et certains délicats aspects de ses conceptions rythmiques – tantôt presque gauche, flottant, tantôt acéré, tout de placements, ou encore combinant ces mouvements (dans les lancinants As Usual et Longing), le geste lacyen est d’une élégance qui ne laisse pas d’intriguer. La « transmission » de ce levain étant assurée, c’est avec attention qu’on suivra la fermentation (sous l’œil de Steve-‘slow food’-Lacy) et l’annonce de la troisième fournée de nos boulangers new-yorkais !

Ideal Bread : Transmit, Vol. 2 of the music of Steve Lacy (Cuneiform / Orkhêstra International)
Edition : 2010.
CD : 01/ As Usual 02/ Flakes 03/ The Dumps 04/ Longing 05/ Clichés 06/ The Breath 07/ Papa’s Midnite Hop
Guillaume Tarche © Le son du grisli

Commentaires [1] - Permalien [#]

Küchen, Rodrigues, Rodrigues, Santos : Vinter (Creative Sources, 2010)

vintersli

Le souffle, répété, qui traverse le saxophone alto de Martin Küchen pousse quelques notes hors de l’instrument. Dans un bruit de métal, Küchen fabrique ses plaintes d’opposition aux longues lignes sorties d’un duo d’archets – association d’Ernesto (violon) et Guilherme Rodrigues (violoncelle) – jusqu’à ce qu’un grave se répande pour donner à l’ensemble expérimental des airs de berceuse. Des airs que parasites et frottements chercheront à déstabiliser, eux qui rêveraient d’une ambient hérétique qui interdirait toute récupération ou tentative d’assimilation, musicales toutes deux.

Or, la berceuse tient ici par le jeu d’une ossature de clefs-satellites et de structures électroniques du discret et cubiste Carlos Santos et là par le soutien affirmé de l’archet de violoncelle d’un père rassurant (Guilherme). A force de cohésions, c’est une autre musique d’atmosphère que l’on traîne à terre pour que ne lui échappe pas un centimètre carré de surface ni, une fois recraché par le disque à mille lieux d’où elle est née, un centimètre cube d'espace environnant.

Martin Küchen, Ernesto Rodrigues, Guilherme Rodrigues, Carlos Santos : Vinter (Creative Sources / Metamkine)
Enregistrement : 18 mai 2007. Edition : 2010.
CD : 01/ Mörkertid 02/ Kyla 03/ Barmark
Guillaume Belhomme © Le son du grisli

Commentaires [0] - Permalien [#]

Ryoji Ikeda : Dataphonics (Dis Voir, 2010)

datagrislics

Pour parler de Dataphonics le livre-disque, j’ai reçu l’autorisation de renvoyer à la chronique de Dataphonics le programme radio (parce que qu’il s’agit d’une seule et même chose). Ce qui rend ma chronique plus courte mais aussi interactive !

Charmé par l’œuvre sonore de Ryoji Ikeda, il me faut avouer que les transcriptions sur papier de ces travaux laissent plutôt dubitatifs : bandes de signes noirs et blancs que d’aucuns trouveront peut être émotionnellement chargés… Mis à part que l’objet Dataphonics s’en trouve complété, le visuel du sonore manque d’impact et sa nature n’est en plus que vaguement expliquée. Mais pour ceux qui manquèrent la diffusion du programme de l’Atelier de Création Radiophonique, il est indispensable d’ouvrir ce livre ... pour aller chercher le disque.

Ryoji Ikeda : Dataphonics (Dis Voir)
Edition : 2010.
Livre + CD : Dataphonics.
Pierre Cécile © Le son du grisli

Commentaires [0] - Permalien [#]

Soizic Lebrat : Cinq esquisses bleu solo du dedans (Petit label, 2010)

grislidudedans

D’emblée, c’est la franchise d’un violoncelle au jeu plein qui séduit : Soizic Lebrat ne chichite ni ne chipote. Son archet est généreux, parfois utilement obstiné (jusqu’à la transe lente) ou, ailleurs, hanté, rêvant d’une vielle, d’une danse entrevue.

Ces dimensions physiques et poétiques de l’engagement de la musicienne se doublent ici de l’agréable impression que l’auditeur est pris en compte ; ce « soin » (à quoi tient-il vraiment ?) confère une belle force aux fuseaux sonnants rassemblés dans ce recueil – dont les pièces portent malheureusement des titres bien didactiques...

L’euro-cello-gotha (d’Altenburger à Wastell, en passant par Kanngiesser, Moser, Veliotis ou Uitti) compte une nouvelle recrue !

Soizic Lebrat : Cinq esquisses bleu solo du dedans (Petit Label)
Edition : 2010.
CD : 01/ Premier des cinq 02/ Heure bleue urbaine 03/ Ivresse solo 04/ Fils tendus du dedans 05/ Petits pas esquissés
Guillaume Tarche © Le son du grisli

Commentaires [0] - Permalien [#]

Black Packers : All Ears Bleed (Ritte Ritte Ross, 2010)

allgrislisbleed

Pas assez d’être tout seul pour faire du bruit ? Sans doute est-ce ce que John Hegre et Jean-Philippe Gross se sont dit avant de former Black Packers. Plutôt fiers, ils brandissent maintenant All Ears Bleed, un disque beau comme un trophée.

Au départ, un concert à l’amplitude sonore énorme dès le commencement : des vrombissements et des larsens donnent naissance à un brouillon magnifique qui crache soudain une fraise de dentiste ou un avion au décollage. En concert, l’énergie doit gagner le public et l’aider à supporter l’affront. Sur disque, c’est un buzz chantant qui vous sidère, une soufflerie qui vous projette contre le mur et des notes karchérisantes (pardon pour la référence, qui n’est plus ce qu’elle était) qui vous clouent au sol. Au sol où l’on n’est pas si mal, finalement.

Black Packers : All Ears Bleed (Ritte Ritte Ross / Metamkine)
Enregistrement : 2009. Edition : 2010.
CD : 01/ All Ears Bleed
Pierre Cécile © Le son du grisli

Commentaires [0] - Permalien [#]

>