Le son du grisli

Bruits qui changent de l'ordinaire

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Interview de Quentin RolletAlan Silva à ParisA paraître : le son du grisli #5
Archives des interviews du son du grisli

eRikm : Lux Payllettes (Entr'acte, 2010)

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L'envie me prend parfois (en bon petit juge que je suis) de distribuer des claques. La sensation est bizarre surtout lorsque l'on veut mettre ces claques à un musicien qu’on aime d’ordinaire. Par exemple, eRikm… 

A la base de ce retournement de situation, il y a Lux Payllettes, un disque sur lequel eRikm s'affiche en cinéphile mais peut-être encore plus en inventeur nul. En fait, enfourner Lux Payllettes dans sa platine, c'est un peu retrouver tous ses copains musiciens d'il y a une dizaine d'années avec leurs fantômes de projets insensés mariant des samples vocaux tirés de films à des mini « tracks » d'ambiance sans intérêt de leur (médiocre) composition.

Avec des années de retard (et le même projet centriste), eRikm nous prend aujourd'hui une heure de notre temps et la gâche. Le sourire en coin n'est même plus d'actualité et si les notes de pochette nous parlent de « subliminal médiatique », on entend plutôt des références enfilées à la grossière : la mélodie phare du Magicien d'Oz pas loin de Jean-Pierre Marielle s'extasiant sur on sait sur quoi dans Les galettes de Pont Aven, un parfum de Shadow of Your Smile qui joue la connivence avec un beat mou du... genou.

Evidemment, on entend aussi mille ressacs de Nouvelle Vague au point que l'auditeur n'en finit plus de boire la tasse. Du lion de la MGM à « Mettez moi un tigre dans mon moteur », l'enjeu sonore est morose et l'originalité introuvable : le disque est obsolète depuis longtemps. Pourtant, la pochette nous apprend que les enregistrements ont été effectués entre 2005 et 2008... Il aura donc fallu à eRikm trois ans (voire plus) pour accoucher d'une souris malade. Niveau samples décalés et hommage au cinéma, mieux vaut aller revoir Le grand détournement...

eRikm : Lux Payllettes (Entr'acte)
Edition : 2010.
CD : 01/ Lux Payllettes
Pierre Cécile © Le son du grisli



Empty Cage Quartet & Soletti-Besnard : Take Care of Floating (Rude Awakening, 2009)

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Ainsi recomposée et repensée grâce à l’adjonction du clarinettiste Aurélien Besnard et du guitariste Patrice Soletti, la musique d’Empty Cage (Kris Tiner, Jason Mears, Ivan Johnson, Paul Kikuchi), si elle ne perd ni ne gagne rien en intensité, trouve ici de nouveaux territoires à arpenter. Déjà, affleurant dans les disques précédents, les accents binaires se font plus pressants et s’incrustent durablement ici.

Y résistent toujours les enchâssements de souffles avant passages solistes (mention spéciale au trompettiste Kris Tiner) mais s’agitent, par ailleurs, des saillies improvisées peu entendues précédemment (Where It Was It Is). Ainsi le canevas inquiétant et grondant de To Be Ornette To Be succède-t-il à l’énergie baroque et fouettante de Smoke Point sans que ne s’y décèle la moindre trace de rupture ou cassure. Preuve d’une fluidité qui ne semble pas prête de s’éteindre.

Empty Cage Quartet, Patrice Soletti, Aurélien Besnard : Take Care of Floating (Rude Awakening)
Enregistrement : 2008. Edition : 2009.
CD : 01/ Take Care of Floating 02/ Moths to the Flame 03/ Carry the Beautiful 04/ Cheese & Shoes 05/ Ele(g)y 06/ Where It Was If Is 07/ Smoke Point 08/ To Be Ornette To Be 09/ Only As Evidence 10/ Pieces of Biscuspid
Luc Bouquet © Le son du grisli


Nurse With Wound : Alice the Goon (United Jnana, 2010)

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La réédition d’Alice the Goon – les 500 LPs originaux étant écoulés depuis plus de dix ans – nous prouve s’il le fallait encore que Nurse With Wound est un groupe très peu commun – et même, disons le, pas commun du tout.

Chaque morceau ici présent semble avoir été écrit pour promener son auditeur. Par exemple, (I Don't Want To Have) Easy Listening Nightmares Nurse With Wound revêt des habits de Kid Creole experimental : une boucle exotique qui tourne et tourne encore et le tour est joué, il n’y a plus qu’à fleurir de petits solos décalés ce monument d’easy listening répétitive.

Pour faire honneur au CD, un troisième titre a été ajouté et placé entre les deux originaux : le groupe y flirte avec une indus glabre sous les débris de laquelle on croit entendre Laurie Anderson appeler à l’aide. Plus expérimentale encore et plus sérieux, des filets de voix s’occupent de dépeindre le cauchemar annoncé plus haut. D’Alice the Goon sort un « dirty listening » implacable, bien au-dessus du lot. 

Nurse with Wound :  Alice the Goon (Durtro Jnana / Orkhêstra International)
Réédition : 2010.
CD : 01/ (I Don’t Want To Have) Easy Listening Nightmares 02/ Prelude to Alice the Goon 03/ Alice the Goon
Pierre Cécile © Le son du grisli

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Schlippenbach Trio : Bauhaus Dessau (Intakt, 2010)

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C’est avec une régularité comparable – mais tous les deux ans seulement – à celle que montre le trio en prenant la route, chaque hiver, pour une tournée en forme de Winterreise (disque psi), que nous parvient un nouveau bulletin de l’excellente santé musicale du groupe, fondé il y a près de quarante ans.

Cet enregistrement de novembre dernier, qui entre en résonance avec tout un corpus phonographique, a été saisi en concert à Dessau : il offre une longue improvisation de quarante minutes, prolongée de deux pièces plus brèves, et fait en quelque sorte pendant aux dix instantanés du précédent disque (Gold Is Where You Find It), gravé en studio, courant 2007 – tout comme il y a vingt ans, chez FMP, Physics répondait à sa manière aux Elf Bagatellen

D’une compacité et d’un raffinement toujours aussi étonnants, l’agrégation d’Alexander von Schlippenbach (piano), Evan Parker (au seul saxophone ténor) et Paul Lovens (batterie) déploie ses mondes en une variation infinie que l’auditeur suit avec d’autant plus de plaisir que cette continuation, cette « version », cette reprise du matériau fait remonter de véritables pépites… Si les efficaces principes de l’économie intime du trio – énergie au combustible rythmique, rouleaux pianistiques en guise de paliers (redistribution, entrées, bifurcations), constructions klangfarbentes jamais barbantes – sont connus, la musique n’en est pas moins merveilleusement malaxée et tannée, délicatement hirsute et poétique : une houle de très grande classe !

Schlippenbach Trio : Bauhaus Dessau (Intakt / Orkhêstra International)
Enregistrement : 2009. Edition : 2010.
CD : 01/ Bauhaus 1 02/ Bauhaus 2 03/ Bauhaus 3
Guillaume Tarche © Le son du grisli


Seth Nehil : Furl (Sonoris, 2010)

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Derrière la musique de Seth Nehil, on ressent l'expérience d'un regard posé sur d'autres formes d'art qui nourrissent un instinct de création dévorant. Mais comment rendre au moyen de vibrations – Nehil aux synthétiseurs ou bien se servant dans un catalogue de voix d'amis – la planéité d'une vision d'esthète ou l'horizontalité d'un tel intérêt musical ?

Il arrive qu'une des solutions proposées par Nehil soit délirante et refuse toute inventivité : un orgue fait par exemple oeuvre d'ambient dépassée depuis longtemps sur Pluck. Mais Nehil cherche encore et avec Hiss s'intéresse aux conséquences de la résonance sur le bruit de la pluie ou encore à celles de la présence de cris humains – d'humains que l'on ne voit pas et que l'on ne peut pas imaginer – dans le pays de Swarm. Des corps se bousculent sur cette composition tordue et leurs expressions conjointes sont même assez impressionnantes.

Enfin, Nehil actionne toutes ses machines pour débiter des contes philosophiques abstraits qui font passer le temps entre deux périodes soumises aux catastrophes naturelles. Ceci est sans doute moins orignal, mais rehausse l'intérêt que l'on pourra trouver à Furl. De Nehil, on retiendra donc la palette large mais aussi la différence de tons et de qualités ou fades ou luxuriantes.

Seth Nehil : Furl (Sonoris / Metamkine)
Edition : 2010.
CD : 01/ Pluck 02/ Hiss 03/ Swarm 04/ Whoosh 05/ Rattle
Héctor Cabrero © Le son du grisli



Lee Konitz : Solos : The Jazz Sessions (MVD, 2010)

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Un alto dans le décor : celui de Lee Konitz en studio de télévision rouge et or. Dès les premières minutes, l’exposé se veut vulgarisateur – pourquoi pas – mais, en conséquence semble-t-il, la camera bouge sans cesse, les plans se succèdent à une vitesse au point de s’avaler les uns les autres.

On regrette la caméra fixe captant ce solo de Steve Lacy, stable image en noir et blanc à laquelle se raccrocher pour ne pas céder tout à fait à la nausée avant de décider d’écouter Lee Konitz et de l’écouter seulement. Avec un certain détachement, entendre alors le saxophoniste en pleine démonstration : de chant plein et intense (Improvisation #1) ou de relectures soignées (The Rebirth of Cool, Subconscious). S’il se veut exposé, le discours n’en est pas moins insondable quelques fois, disant dans le même temps que l’exercice du solo est, sous les doigts de l’improvisateur inspiré, un contact direct avec celui qui l’écoute autant qu’un moment d’intimité privilégié.

Lee Konitz : Solos : The Jazz Sessions (MVD / Orkhêstra International)
Edition : 2010.
DVD : 01/ Thinking Kary's Trance 02/ The Rebirth of Cool 03/ Subconscious 04/ Improvisation #1 05/ Improvisation #2 06/ What's New
Guillaume Belhomme © Le son du grisli


Sol 6 : Sol 6 (Red Note, 2010)

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Quelque chose serait donc en marche depuis Roof (en passant par la case, malheureusement achevée, Four Walls) et qui se poursuivrait avec Sol 6. On peut donc sans trop se tromper parler de continuité, d’un sillon creusé et sans cesse redéfini par le bouillonnant Luc Ex.

Ici, la parité est parfaite : trois musiciennes (Mandy Drummond, Ingrid Laubrock, Hannah Marshall) et trois musiciens (Tony Buck, Veryan Weston, Luc Ex), toutes et tous unis pour que s’agitent de vifs dialogues. Rares sont les effets de masse et les formules, les plus souvent utilisées, vont du duo au quartet en passant plus volontiers par le trio. Ainsi, s’élaborent un alphabet du débordement contagieux, sérieusement millimétré permettant au sextet de croiser héroïquement les compositions de Charles Ives, Erik Satie, Burt Bacharach, Luc Ex aux improvisations presque secrètes du combo. Presque secrètes car difficiles à localiser mais jamais perdues ou laissées à l’abandon dans ce vaste océan rugueux qu’est Sol 6.

Après avoir passé par tellement de sentiers (le jazz, l’improvisation, le rock, le contemporain) et de saveurs (le chaos, la douceur, l’obsession), Sol 6 s’enfuit brutalement sur une Miniature 2, tranchée nette. Peut-être une manière de nous dire que tout est toujours à recommencer, à reconquérir.


Sol 6, Autistic African Samba. Courtesy of Orkhêstra International

Sol 6 : Sol 6 (Red Note / Orkhêstra International)
Enregistrement : 2009. Edition : 2010. 
CD : 01/ Some Things Must Stay 02/ And the World Might Bb After All 03/ Uncaged 04/ The Cage 05/ Miniature 1 06/ Brain Boilingly Obvious 1 07/ Chanson hollandaise 08/ Leg Room in the 1st Class 09/ Amputation in Economy 10/ Nood 11/ Close to You 12/ Brain Boilingly Obvious 2 13/ Sick Eagle 14/ Autistic African Samba 15/ Brain Boilingly Obvious 3 16/ Insecurity 17/ Miniature 2
Luc Bouquet © Le son du grisli


Lol Coxhill , Enzo Rocco : Fine Tuning (Amirani, 2010)

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Un « fine tuning », oui, c’est bien ce que Lol Coxhill (saxophone soprano) et Enzo Rocco (guitare) établissent durant la demi-heure – et ce n’est pas rien, pour le musicien impliqué ou l’auditeur concentré – de ce concert italien de novembre 2008 : « accordage délicat » & « impeccables accordailles », la « parfaite intonation » prévaut. Justesse de chaque intention, même en crabe, de chaque virage falsetto, jusque dans certains étranglements, enguirlandages et digressions de soprano parlando…

Dans cet agile jeu de truites mouchetées, la sinuosité des trajectoires ne fait qu’épouser, en une nerveuse sismographie, la très sérieuse fantaisie de Coxhill et de Rocco (on l’avait goûtée sur les London Gigs du guitariste, pour le label Prominence). Si ce dernier joue avec économie, le sopraniste passionne par son imagination linéaire mais non narrative, capricante, éraillée. Une belle présence à soi.

Lol Coxhill , Enzo Rocco : The Gradisca Concert. L'intégralité du concert est à retrouver sur la chaîne personnelle d'Enzo Rocco.

Lol Coxhill , Enzo Rocco : Fine Tuning (Amirani)
Enregistrement : 15 novembre 2008. Edition : 2010.
CD : Fine Tuning, The Gradisca Concert
Guillaume Tarche © Le son du grisli


Sebi Tramontana : Night People (Palomar, 2010)

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Parmi les rencontres faites sur disques par Sebi Tramontana – trombone de l'Italian Instabile Orchestra –, on trouvait jusque-là Carlos Zingaro ou Joëlle Léandre, improvisateurs uper-class agissant dans les cordes. Night People, d'ajouter en une fois quatre autres spécimens de la même espèce trouvés à Chicago : John Corbett (guitare), Fred Lonberg-Holm (violoncelle), Terri Kapsalis (violon) et Kent Kessler (contrebasse).

Anonnant d'abord en discret derrière l'échange d'un couple d'archets en perdition, Tramontana se retrouve coincé à l'intérieur de son instrument le temps d’une récitation de Kapsalis : la musique faite illustration occupera ensuite tout l’espace. Là, trouver alors un lot de notes fuyant sur perspectives descendantes, de grincements répétés et de constructions anguleuses d’une sophistication qui ne surprendra pas qui sait déjà de quoi est capable chacun des musiciens en place. Histoire de dire autrement, l’ensemble accueille le clarinettiste Guillermo Gregorio sur les quatre derniers titres : les mêmes constructions, de vaciller alors jusqu’à choisir l’option de l’écroulement pour toute apothéose.

Sebi Tramontana : Night People (Palomar / Instant Jazz)
CD : 01-08/ Part A-I
Enregistrement : 2004. Edition : 2010.
Guillaume Belhomme © Le son du grisli


Bill Dixon (1925-2010)

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I've just been asked by his estate to deliver the sad news that trumpeter/composer/educator Bill Dixon died last night in his sleep at his longtime home in North Bennington, Vermont after a two-year illness. He was 84 years old. Dixon is survived by his longtime partner Sharon Vogel and two children. Scott Menhinick. Photo © Nick Rueschel.



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