Le son du grisli

Bruits qui changent de l'ordinaire

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Archives des interviews du son du grisli

Bertram Turetzky, Vinny Golia : The San Diego Session (Kadima, 2009)

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Si les volutes du polysouffleur Vinny Golia – il change ici d’instrument pour chaque pièce – m’avaient jusqu’alors (certes dans d’autres contextes) plutôt agacé, je n’avais encore jamais pris connaissance de ses travaux avec le contrebassiste Bertram Turetzky (pourtant abondamment documentés par le label Nine Winds)…

Sa fréquentation, et en duo et déjà chez Kadima, des cordes de Kowald ou de Dresser, laissait penser que le saxophoniste trouvait à ce type d’association un attrait particulier… qu’on peine à partager en écoutant cette session de studio.

De flûte persane en clarinette contrebasse et de sheng en soprillo (ce cousin du saxophone sopranino a tout du moustique à trilles), c’est toute la panoplie de Golia qui est passée en revue, bourdonnante, agitée ou pesamment réfléchie, n’aboutissant qu’à détourner l’attention au profit de la somptueuse basse de Turetzky. Ce personnage omniprésent dans maints domaines contemporains (et qu’on aura repéré en Europe par exemple dans le dernier disque en date du King Übü Orchestrü) régale, sur la plupart de ces morceaux, par son jeu impeccable, et c’est lui qu’on écoutera, en espérant que la présence de George Lewis aux côtés des deux hommes, sur un récent enregistrement pour le label israélien (Triangulation II, après un premier volume chez Nine Winds), modifie la donne.

Bertram Turetzky, Vinny Golia : The San Diego Session (Kadima / Instant Jazz)
Edition : 2009.
CD : 01/ Confucian Conundrum 02/ That One ! 03/ Reading Rumi 04/ Meditations and rayers 05/ My Lady Nancy’s Dompe 06/ The Tzadik Dances 07/ Il Italiano in Turco 08/ Phantasma-goria
Guillaume Tarche © Le son du grisli



Agafia : Agafia (Linoleum, 2010)

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Un sax et une batterie. Et des dizaines de questions : jouer l’union ou la désunion ; insister – ou pas – sur le phrasé, sur le rythme ; se délester ou s’encombrer ; convulser ou chuchoter…

Agafia (Marc Maffiolo, Laurent Paris) trouve ses propres réponses et en donne, ici, quelques clés : ça racle ; ça avance à petits pas ; ça convulse ; ça récidive ; ça crisse ; ça se déplace ; ça se trouve ; ça se trompe parce que c’est vivant ; ça va vers Bach (l'Affreu Jojo), vers Strange Fruit, vers Plaisir d’amour ; ça se dresse ; ça s’affole ; ça doute ; ça bourlingue entre chien et loup, entre heurts et ruptures ; ça cherche. Bref : c’est vivant.

Agafia : Agafia (Linoleum)
Edition : 2010.
CD : 01/ Improvisation 02/ Improvisation vers Afreu Jojo 03/ Improvisation vers Plaisir d’amour 04/ Improvisation vers Strange Fruit 05/ Improvisation vers Un koala à Manhattan


TankJ : Puissance 36KW (Bloc Thyristors, 2010)

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Tankj va la cruche à l’eau… Non, ce n’est pas qu’on n’oserait pas, c’est plutôt qu’on ne pourrait pas se le permettre. Car même après avoir écouté plusieurs fois Puissance 36KW de Tankj (cette fois : Chicco Gramaglia au trombone et Arnaud Rivière à l’électrophone et aux tables, Titus Oppmann à la contrebasse et Jean-Noël Cognard à la batterie), on n’en est pas fatigué.

Car ce serait comme se lasser de mauvaises humeurs (mauvaises mais formidables) et nier que certaines d'entre elles font beaucoup de bien. La fureur de ce disque est à leur image : les musiciens se battent et il pleut des coups durs. Le trombone se plaint et la batterie s’acharne. Les larsens de Rivière font tâche dans le free rock mais les taches sont belles et le free rock en sort vainqueur.

En vérité, Tankj est une fanfare dont les membres s’éparpillent au moindre coup de sifflet (comprendre : au moindre larsen). Lorsqu’ils se retrouvent, ils s’affrontent jusqu’à ce que retentisse un nouveau coup de sifflet : ces sauvages respectent au moins ce code-là.

Tankj : Puissance 36KW (Bloc Thyristors / Metamkine)
Enregistrement : 2007. Edition : 2010.
LP : Puissance 36KW
Pierre Cécile © Le son du grisli


Frank Gratkowski, Hamid Drake, Commitment, Cecil Taylor, Rudresh Mahanthappa, Marty Ehrlich, William Parker

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Frank Gratkowski, Hamid Drake : s/t (Valid, 2010)
Quatre improvisations signées Frank Gratkoswki (saxophones, clarinettes) et Hamid Drake (batterie). D’une instabilité travaillée, le premier peut d’abord faire passer le second pour un conservateur agissant. Mais bientôt, c’est le second que l’on remercie de ne pas donner dans la surenchère au contact d’un premier faisant maintenant figure de féticheur sans grandes idées.

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Commitment : The Complete Recordings 1981/1983 (NoBusiness, 2010)
Faisant beaucoup pour les archives William Parker, le label NoBusiness saluait hier l’implication du contrebassiste en Muntu et aujourd’hui son travail en Commitment – là, trois partenaires : Will Connell (flûte, saxophone alto et clarinette basse), Jason Kao Hwang (violon) et Takeshi Zen Matsuura (batterie). En studio à New York ou en concert en Allemagne, entendre le quartette passer de free bop vaillant en morceaux d’atmosphères quelques fois factices. Document nécessaire à tout amateur de Parker, ce double-disque en est un autre qui célèbre l’invention exacerbée de Hwang.

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Dominic Duval, Cecil Taylor : The Last Dance (Cadence Jazz, 2009)
En deux disques, The Last Dance revient sur une rencontre datant de 2003 : celle de Cecil Taylor et de Dominic Duval au San Francisco Jazz Festival. Sur le premier disque, malgré quelques moments d’interaction louable, Duval semble courir derrière Taylor et, par moment même, perdu parmi les clusters. Sur le second, les deux hommes parviennent à s’entendre en combinant graves anguleux et grincements d’archet pour ne plus créer ensuite qu’avec une ferveur irrésistible.

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Rudresh Mahanthappa, Bunky Green : Apex (Pi, 2010)
Après Steve Lehman, c’est au tour de Bunky Green de jouer l’alter-alto de Rudresh Mahanthappa. Sur Apex, l’association – portée par une section rythmique composée de Jason Moran (piano), François Moutin (contrebasse) et Jack DeJohnette ou Damion Reid (batterie) – respecte tous les codes : ici ceux d’un free de bon ton, là ceux d’une ballade mièvre, ailleurs ceux d’un post bop inutile. D’unissons en entrelacs, Mahanthappa et Green peinent à se montrer à la hauteur : des promesses du premier et de l’histoire du second.

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Marty Ehrlich : Fables (Tzadik, 2010)
En conteur de Fables, le clarinettiste Marty Ehrlich donne dans la mélodie mélancolique. Servi par des orchestrations au moins originales, le disque consigne l’existence d’une musique de chambre lorgnant du côté de la bande-originale de film. Non pas désagréable mais sage quand ce n’est pas mielleux.

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Tommy Meier : The Master and the Rain (Intakt, 2010)
En 2007, sortait sur Intakt le mièvre Root Down. Trois ans plus tard, au tour de The Master and the Rain, disque composé d’extraits de concerts qui prouve que Tommy Meier (saxophone ténor, clarinette basse) pouvait faire mieux. En grand orchestre – présences d’Irène Schweizer, Russ Johnson, Co Streiff ou encore Trixa Arnold aux tourne-disques –, il s’inspire d’Andrew Hill, Femi Kuti ou Chris McGregor, pour édifier des pièces hétéroclites qui sont, au choix : intelligentes, maladroites ou indigestes.

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William Parker : Uncle Joe’s Spirit House (AUM Fidelity, 2010)
Où l’on retrouve William Parker à la tête d’un « organ quartet » dans lequel Cooper-Moore est à l’orgue, Darryl Foster au saxophone ténor et Gerald Cleaver à la batterie. Où l’on s’ennuie ferme, aussi, au son d’une soul sans grande identité qui laisse peu de place au savoir-faire des musiciens. Pour le son de Foster, peut-être ?


Morton Feldman, Louis Goldstein : For Bunita Marcus (Nuscope, 2010)

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This has been my favorite CD for the last few months. I listen to it before I go to sleep or in the morning or when I need to relax or on my Ipod as I  walk the hills and parks of San Francisco. It is comforting, meditative music – that sets the bar for me as far as this type of music goes.

I've never quite heard anything that successfully suspends time like this... Solo piano notes ring with overtones. Tactile. Quiet. Soft. Slow. Ideally, listened to at a low level. If I close my eyes, a mosaic of patterns flow and unfold. If I had only one choice of music to take with me to a sensory deprivation tank, this would be it.

Morton Feldman, Louis Goldstein : For Bunita Marcus (Nuscope)
Edition : 2010.
CD : 01/ For Bunita Marcus
Ernesto Diaz-Infante © Le son du grisli

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Ernesto Diaz-Infante est guitariste. Il s’est récemment fait entendre aux côtés de Gino Robair, Ernesto Rodrigues et Manuel Mota, sur Our Faceless Empire.



Jo Thomas : Alpha (Entracte, 2010)

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45 tours sur la face A. 33 tours sur la face B. Cet Alpha est fait comme ça, c’est sa première originalité.

Citons maintenant les autres originalités de ce disque : il est le premier de Jo Thomas, Londonienne qui aime la voix et l’électroacoustique foutraque ; et il est le dépositaire d’une esthétique qui n’appartient qu’à sa créatrice. Ce qui fait trois originalités qui craquent sous le vinyle et vous emmènent dans un univers à la Tetris. Au-dessus de vous, les formes géométriques nés de crashs, larsens, buzzs, ou souffles, commencent à vous inquiéter. Elles avancent à pas comptés que vous pouvez décider de précipiter ou de ralentir : il suffit pour cela de changer de vitesse à votre tour. 33 tours sur la face A. 45 tours sur la face B. Ludique et délectable.

Jo Thomas : Alpha (Entracte)
Edition : 2010.
LP
Pierre Cécile © Le son du grisli


Louise Jensen : You Look Like Your Mother... (Peacock, 2010)

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De Louise Dam Eckhardt Jensen, il faut croire qu’on ne savait rien avant que paraisse ce disque sur lequel elle donne et la voix et du saxophone alto : You Look Like Your Mother, Would You Like More Sauce ?

Une carte de visite en (treize) pièces : improvisations farouches (traité d’emportement progressif sur SØS ou chanson dissonante sur air et texte qu’est A Poem in Danish About People and Dots), instrumentaux fantasques (mélanges étourdissants de My Origin), voire iconoclastes (I Don’t Like Rottweilers). Pour Jensen, il s’agit non d’une manière de faire mais d’une attitude à avoir : hétéroclite, justifiable ou non, pugnace toujours et puis impérieuse, celle-ci. Treize fois de suite, elle mêle à son jeu à l’instrument une lassitude feinte pour mieux travailler dans l'ombre à un matelas de sons épais au creux desquels déposer ses excès de frivolité.

Louise D.E. Jensen : You Look Like Your Mother, Would You Like More Sauce? (Peacock Recordings)
Enregistrement : 2009. Edition : 2010.
CD : 01/ SØS 02/ My Origin 03/ Worrisome Jensen 04/ I Don’t Like Rottweilers 05/ The 1st Mailroom Supervisor 06/ The 2nd Mailroom Supervisor 07/ Texan Sisters 08/ Scandinavian Fashion Hipster Snobs 09/ Madsen og Jensen 10/ You Always Have Practise to Do on A Mouthpiece 11/ A Poem in Danish About People and Dots 12/ South Jutland Hillbilly 13/ Bonus
Guillaume Belhomme © Le son du grisli


Thomas Tilly (Tô) : Cables & Signs (Fissür, 2010)

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Ce qu’il y a de merveilleux avec les field recordings c’est qu’ils ne sont pas faits pour donner un exemple de variété / vérité du monde ni même pour très humblement acter des bruits de la nature. Souvent, les field recordings dévoilent ce que le collectionneur qui les a récoltés a à l’intérieur, même lorsque celui-ci ne touche presque à rien.

C’est le cas avec Thomas Tilly (). Au château de Sauzay, il a chaussé des bottes puis a pris l’eau pour enregistrer des bestioles et des plantes. Sait-il au moins les noms des unes et des autres ? Pas sûr. Mais peut-être ; l’important n’est pas là mais plutôt dans ces crépitements plus ou moins rapides, ces mouvements imperceptibles à l’œil nu mais audible si tant est qu’on transporte avec soi le bon matériel amphibie. Après, les enregistrements seront agencés de manière à ce qu’ils formeront un CD agréable à l'écoute : les microcosmes y forment un orchestre que Thomas Tilly dirige (ne dit-il pas qu’il envisage ces captations comme des pièces de musique à part entière ?). Est-ce qu’un grouillement, un ronflement ou une déglutition d’insecte fait partie de la partition ? Et quid des effets sur une herbe ou une tige des mouvements du soleil ? La seule chose sûre, ici, c’est que la symphonie de Cables & Signs vaut bien une messe humaine.

Thomas Tilly / Tô : Cables & Signs (Ten Underwater Field Recordings) (Fissür / Metamkine)
Edition : 2010.
CD : 01-10/ Cables & Signs (Ten Underwater Field Recordings)
Héctor Cabrero © Le son du grisli


Ap'strophe : Corgroc (Another Timbre, 2010)

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Que ceux et celles qui n’aiment dans la peinture de paysages que les aplats épais quittent la salle d’exposition. Car si Ap’strophe en remet une couche, c’est dans la finesse, l’ellipse, l’effleurement...

Ferran Fages intervient pourtant à la guitare et Dimitra Lazaridou-Chatzigoga à la cithare. De quoi faire beaucoup avec des cordes pincées ou frappées, des attaques sur un corps en bois ou sur des mécaniques de métal. A la place il y a Spring et Is Like a Perhaps Hand (faut-il lire « Spring Is Like a Perhaps Hand » ?). C’est à dire qu’il y a un drone qui siffle et le jeu bizarre de cordes distendues. Il y a aussi des grincements (le bois) et des mouvements de plaques (le métal). Et sous l’effet de la surprise le tout procure de drôles de sensations qui font qu’on se demande si le duo n’avait pas surréastylistiquement raison : le printemps serait peut être comme une main.


Ap'strophe, Corgroc (extrait).

Ap’strophe : Corgroc (Another Timbre)
Enregistrement : 2008. Edition : 2010.
CD : 01/ Spring 02/ Is Like a Perhapd Hand
Héctor Cabrero © Le son du grisli


Eric Lunde, Kommissar Hjuler : Separture / Grundordnung-Unterschrank-Scooter (MNDR, 2010)

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A l’annonce de la rencontre entre Eric Lunde et Kommissar Hjuler, on pouvait craindre le combat de trop : celui de deux fureurs opposées amenées à traîner derrière elles leurs bruits hétéroclites ; celui de deux artistes en tous genres dont les travaux sonores se nourrissent d’éléments d’un concret affirmé. 

Or, sur le disque qu’ils se partagent, Eric Lunde et Kommisar Hjuler démontrent l’un après l’autre d’attentions plutôt délicates : le premier en ensevelissant sous les grondements un vieux disque rayé puis en ménageant l’auditeur au son de folles trouvailles bruitiste (qu’un air de folk, irlandais peut-être, anéantira) ; le second en consacrant une face entière à un vieux document qu’il refaçonne et dont la nature est faite pour nous échapper (enregistrement d’une leçon de conduite de tramway, peut-être : une présence donne des indications quand une autre accélère puis ralentit, accélère puis ralentit…). La contre-attaque est inattendue et même ingénieuse.

Eric Lunde, Kommissar Hjuler : Separture / Grundordnung-Unterschrank-Scooter (MNDR, 2010)
Edition : 2010.
LP : A/ Eric Lunde : Separture B/ Kommissar Hjuler : Grundordnung-Unterschrank-Scooter
Guillaume Belhomme © Le son du grisli



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