Le son du grisli

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Archives des interviews du son du grisli

ICP Orchestra : Jubilee Varia (HatOLOGY, 2010)

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L’ICP Orchestra à entendre sur Jubilee Varia fut enregistré en 1997 en concert à Zurich. Réduit au nonette, il fomente des combinaisons d’un fatras supérieur pour rapprocher une improvisation en verve et un retour aux excentricités ludiques. 

Deux grandes pièces au programme (Jubilee Varia et Jealousy) découpées en trois parties. Piano et batterie ouvrent la première : Misha Mengelberg et Han Bennink dialoguent à coups de phrases cinglantes avant de passer le relais à la combinaison Reijseger / Honsiger / Glerum, section de cordes pertinemment emmêlées, puis aux souffles conjoints de Moore, Baars, Heberer et Wierbos, le temps de défendre un mambo nonchalant : ¿Quién será? détourné avec humour.

A Bit Nervous Jealous? Me?, Next Subject et Rollo I font ensuite Jealousy. La même équipe au chevet d’une composition baroque feignant d’avoir perdu la raison : là, l’orchestre passe pour être de salon avant de mettre en lumière l’échappée belle d’un de ses éléments : les archets accordés n’en faisant qu’un, qui semble tenir plus que tout à déserter l’ensemble à la dérive. C’est ensuite un développement plus turbulent – archets contre clarinette malgré le rôle d’entremetteur que s’est réservé Mengelberg – et le retour aux danses : l’ICP Orchestra en appelle une autre fois à la réhabilitation du swing, mais un swing dont la témérité et l’effronterie sont les premiers gages de modernité.

ICP Orchestra : Jubilee Varia (HatOLOGY / Harmonia Mundi)
Enregistrement : 1997. Réédition : 2010.
CD : 01-03/ Jubilee Varia 04-06/ Jealousy (A Bit Nervous Jealous? Me? / Next Subject / Rollo I)
Guillaume Belhomme © Le son du grisli



Roberto Fabbriciani, Robin Hayward : Nella Basilica (Another Timbre, 2010)

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Les deux se sont rencontrés en Toscane dans un Ensemble consacré au répertoire de Luigi Nono. Aujourd’hui, ils improvisent en duo : le trombone de Robin Hayward est « microtonal » et les flûtes de Roberto Fabbriciani sont « bass, contrebass & hyperbass ».

Là où l’on parle de Nella Basilica, des mètres et des mètres de tubes de cuivre forment un modèle réduit de Beaubourg. Dans ses couloirs, des centaines de vents se frôlent et font naître des voix caverneuses qui multiplient les ordres. Car l’ingénierie ne peut s’en passer si elle veut que ses tentatives expérimentales soient ingénieuses à la fin des fins. Et celle de Fabbriciani et Hayward donne des gages de solidité : il n’y a qu’à entendre les chocs qui secouent la structure ; la carcasse vacille mais elle n’a rien à craindre. Les fresques qui décorent son intérieur y sont à l’abri : c’est en fait Cimabue au Centre Pompidou.


Roberto Fabbriciani, Robin Hayward, Nella Basilica (extrait). Courtesy of Another Timbre.

Roberto Fabbriciani, Robin Hayward : Nella Basilica (Another Timbre / Metamkine)
Enregistrement : 2009. Edition : 2010.
CD : 01/ Nella Basilica 02/ Adagio 03/ Riflessione 04/ Colori du Cimabue 05/ Arezzo
Héctor Cabrero © Le son du grisli


Bernardo Sassetti : Motion (Clean Feed, 2010)

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Presque toujours un arpège de piano. Quelque chose d’un impressionnisme à peine voilé. Comme la quête d’une image sans tremblements ni sursauts. Chez Bernardo Sassetti, Carlos Barretto et Alexandre Frazão, le traitement est cinématographique : de longs plans-séquences insistants ; tableaux vivants, étirés et réitérés jusqu’à leur propre épuisement.

On pourrait dire : un trio à l’errance cadrée s’il n’était quelques sorties de routes ; une métrique empruntée ici (MW 104.5 Bicubic), des courbes brisées ailleurs (Bird & Beyond). Compositeur pour le théâtre et le cinéma, Bernardo Sassetti évite les écueils (joliesse, douceur) du style appréhendé (ici la ballade jazz) au profit d’une obsession, certes entretenue, mais toujours, à la limite de l’invisibilité. Une réussite, je crois.

Bernardo Sassetti Trio : Motion (Clean Feed / Orkhêstra International)
Enregistrement : 2009. Edition : 2010.
CD : 01/ Homecoming Queen 02/ Morning Circles 03/ Reflexos – Movimento Circular 04/ O Homen que diz adeus 05/ Faulkner 06/ Tariff: 3$/HR – Max: 2 HRS 07/ MW 108.7 Revival 08/ MW 104.5 Bicubic 09/Bird & Beyond 10/ Vagabundo 11/ Estrada 12/ Objectos no espelho 13/ Chegada 14/ Canço Nr. VI
Luc Bouquet © Le son du grisli


Exploding Star Orchestra : Stars Have Shapes (Delmark, 2010)

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Le groupe s’est pourtant déjà montré inspiré – auprès de Bill Dixon notamment – et compte même d’éminents musiciens – voire de remarquables tels Matt Bauder (saxophones, clarinettes), Jeb Bishop (trombone), Nicole Mitchell (flûte) ou Jason Stein (clarinette basse) –, les preuves ne suffisent pas : l’Exploding Star Orchestra de Rob Mazurek peine à convaincre sur Stars Have Shapes.

Parce qu’il investit d'abord ce champ d’ « Impressions » défriché jadis jusqu'à l'assèchement par Alice Coltrane et se contente de s’y promener seulement. En sus, s'il prend de l’ampleur, le développement d’Ascension Ghost Impression #2 n’en gagne jamais en présence, gangréné par ses façons naïves. Plus frontal, ChromoRocker donne le change un moment (le cornettiste renouant là avec un jazz frontal) mais un moment seulement pour sacrifier aux codes institués dès l'ouverture : ceux d’un jazz à l’œcuménisme factice.

Ainsi, la règle continue à faire des siennes : sur une nouvelle évocation d’Alice Coltrane parmi des bribes d’Herbie Hancock période Head Hunters (Three Blocks of Light) ou sur un dernier titre d’une évanescence tellement achevée que le voici s'évaporant bientôt. Souvent, Rob Mazurek convainc pour décevoir ensuite. Suffit d’attendre le prochain.

Exploding Star Orchestra : Stars Have Shapes (Delmark)
Edition : 2010.
CD : 01/ Ascension Ghost Impression #2 02/ ChromoRocker 03/ Three Blocks of Light 04/ Impression
Guillaume Belhomme © Le son du grisli


Francisco López : Köllt / Kulu (Störung, 2010)

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La grande particularité de Francisco López est la constance avec laquelle il n’arrête plus d’étonner. Sur ces deux disques (un CD et un DVD), il propose deux versions (longue et courte) de deux morceaux (Köllt et Kulu) qui sont aussi deux films (Köllt et Kulu). 

La musique de Köllt est survoltée : des grosses batteries pleuvent de partout et donnent l’impression d’écouter Just One Fix de Ministry sans les paroles et en accéléré. La musique de Kulu est de son côté plus sensible, elle s’intéresse plus à la texture sonore dans la veine de ce que López a fait il y a peu lors de sa collaboration avec Richard Francis.

Quant aux films, ce sont de véritables réussites esthétiques : Köllt propulse sur votre écran des dizaines de milliers d’insectes fous (et nécrophages je pense) et Kulu passe du noir à la lumière selon que sa musique se fait sons ou silence. Autrement dit, Francisco López défend sur CD et DVD son projet avec force éclats (sonores et visuels).

Francisco López : Köllt / Kulu (Störung)
Edition : 2010.
CD : 01/ Köllt (long version) 02/ Kulu (short version) – DVD : 01/ Köllt (short version) 02/ Kulu (long version)
Pierre Cécile © Le son du grisli



Oirtrio : Kanata (Not Two, 2010)

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Lorsque d’autres projets – parmi lesquels trouver Zeitkratzer – ne l’en empêchent pas, Frank Gratkowski compose Oirtrio avec Sebastian Gramss (contrebasse) et Tatsuya Nakatani (percussions). Aux clarinettes et saxophone alto, il investit alors le champ d’une improvisation développée dans l’ombre. 

Dans l’ombre et puis loin d’un lyrisme qui le tente souvent et l’a parfois perdu. Sur Kanata, disque qui revient sur un concert donné au Loft de Cologne en décembre 2008, c’est à l’horizontale que Gratkowski envisage toujours d’intervenir. En conséquence, la clarinette est traînante, réservant à quelques saccades le soin de relancer le mouvement sûr de ses longues notes en dérive. Contrebasse (archet répétitif) et percussions (cadence abandonnée aux plaintes) soutiennent les nappes graves et turbulentes que le trio suspend haut avant de leur réserver sa dernière attention : contredanse condamnant l’ensemble à suivre un perpétuel mouvement de balancier.

Oirtrio : Kanata (Not Two / Instant Jazz)
Enregistrement : 2008. Edition : 2010.
CD : 01/ Yuragi 02/ Nejire 03/ Karami 04/ Togire 05/ Nagashi 06/ Mitate 07/ Ahahi
Guillaume Belhomme © Le son du grisli


Joe McPhee, Ingebrigt Håker Flaten : Blue Chicago Blues (Not Two, 2010)

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En 2007, au Vivians Palace de Chicago, Joe McPhee et Ingebrigt Håker Flaten donnaient ensemble un concert. Au duo de chercheurs de sonorités drues, on dut alors des trouvailles changeantes.

De miniature illuminée sur laquelle la contrebasse avale chacune des répétitions du saxophone (Truth in the Abstract Blues) – inversion des rôles un peu plus tard sur Requiem for an Empty Heart – en bouquets de rages contenues avec force (Cerulean Mood Swing, I Love You Too Little Baby), McPhee et Håker Flaten jouent de phrases insistantes mises au service d’un art nerveux de la confrontation.

Eu égard à son rang – histoire (la sienne) et géographie (Chicago Blues) –, McPhee prend le pas sur l’échange mais en laissant toujours à son partenaires assez d’espace pour inventer et même dé-tonner : l’archet se fait ainsi grinçant et frénétique, voire contraire, sur The Shape of Blues to Come. Assez donc pour réinventer le genre : Some Blues but Not the Kind Thats Blue, prévenait déjà Sun Ra.

Joe McPhee, Ingebrigt Haker Flaten : Blue Chicago Blues (Not Two / Instant Jazz)
Enregistrement : 2007. Edition : 2010.
CD : 01/ Truth in the Abstract Blues 02/ Cerulean Mood Swing 03/ Requiem for an Empty Heart 04/ I Love You Too Little Baby 05/ The Shape of Blues to Come 06/ Legend of the Three Blind Moose
Guillaume Belhomme © Le son du grisli

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Joe McPhee emmènera ce mardi soir aux Instants Chavirés le Survival Unit III, trio qui l'expose auprès du violoncelliste Fred Lonberg-Holm et du percussionniste Michael Zerang.


Zeitkratzer : Alvin Lucier (Zeitkratzer, 2010)

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Depuis la sortie de Xenakis [a]live!, Reinhold Friedl et son Zeitkratzer se sont intéressés à la musique contemporaine en instituant une série de disques baptisée « Old School ». Après John Cage et James Tenney, c’est au tour d’Alvin Lucier d’y trouver son compte.

Les travaux pratiques de physique musicale ont eut lieu à la fois en concert et en studio. Leur objet était de démontrer que les écritures d’une partition, soumise aux mouvements d’un orchestre, peuvent prendre d’autres formes que celles que le compositeur leur avait choisies. Examinons : ici c’est un violon (ailleurs un orgue ou même un triangle) qui tient la note-élément-premier de l’ensemble. Reste après cela aux pièces microtonales de dérouler un luxueux aréopage de sons fabuleux. Réexaminons, au microscope cette fois : ce sont-là des systèmes photosensibles qui en appellent à leur différenciation !

Zeitkratzer : Alvin Lucier (Zeitkratzer)
Enregistrement : 2009-2010. Edition : 2010.
CD : 01/ Fideliotro, for viola, cello and piano 02/ Music for Piano with Magnetic Strings, for grand piano and as many as five e-bows 03/ Silver Streetcat for the Orchestra, for amplified triangle 04/ Violynn, for violon and tape 05/ Opera with Objects, for performers with resonant objects
Héctor Cabrero © Le son du grisli


Temperamental Trio : Raw and the Cooked (Kadima, 2010)

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Dix-sept plages pour le Temperamental Trio (Jean Claude Jones : contrebasse & electronics / Loic Kessous : computer & electronics / Stephen Horenstein : saxophone baryton). A chaque pièce, pourrait s’y affecter un mot clé : nappes et trilles, saignées, miroir, élongation, entrechocs… Ainsi débarrassée des superflus d’une suite improvisée, la musique du Temperamental Trio gagne en rayonnement et consistance mais perd quelque chose du risque de l’hors jeu, de l’échec ou de l’attente.

Fixons-nous donc sur ces dix-sept plages et sur leurs climats soigneusement relevés : mixtures complexes et grinçantes, saxophone tantôt tendu tantôt relâché, ruche bourdonnante et stagnante, secousses électroniques groupées et subitement libérées de ses vides par un drainage continu… Reste néanmoins cette question taraudant le chroniqueur : s’agit-il ici d’une série de pièces autonomes ou d’extraits choisis au sein d’une seule et même pièce improvisée ? Aux musiciens de répondre s’ils le désirent et, ainsi, éclairer un chroniqueur qui ne demande que cela.

Temperamental Trio : Raw and the Cooked (Kadima Collective)
Enregistrement : 2006. Edition : 2010.
CD : 01/ Ship of Fools 02/ K.O.W 03/ Agitation 04/ Dyad 05 Groan 06/ Heavy Metal 07/ Slow Day 08/ Ship of Fools 2 09/ Mucho 2 10/ Remue ménage 11/ P.U.T.T. 12/ Rider 13/ Wap 14/ Quack 15/ Figure Ground 16/ Slow Duet 17/ Arrival
Luc Bouquet © Le son du grisli


Garrison Fewell : Sound Particle 47 (Creative Nation Music, 2010)

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Parmi les neuf musiciens que compte le changeant Variable Density Sound Orchestra de Garrison Fewell, on trouve sur Sound Particle 47 Roy Campbell, Steve Swell, Achille Succi ou encore John Voigt.

Après avoir ravivé le transport lent qui inspira déjà sa « première communion » avec ses partenaires, le guitariste compose des pièces dont l’équilibre est toujours d’une précarité irrésistible. Au gré d’interventions libres ou commandées, les musiciens font œuvre cohérente de références multiples : brouillons charmants de marche et de post-bop construisent ainsi de subtiles paysages flottants. 

Pour ce qui est des cordes, un duo avec Eric Hofbauer sur l’Afro Danish Form Six de John Tchicai permet à Fewell d’instaurer un premier sas de décompression – Swell et Campbell se chargeront d’en ouvrir un second sur un Conspiring in Your Favor aux souffles mesurés. Enfin, à la manière de Butch Morris dont il reprenait hier Namthini’s Shadow, le Variable Density Sound Orchestra façonne Long Distance Unity – composition signée Fewell / Tchicai –, conclusion vaporeuse d’un ouvrage obnubilé par la musique des sphères.


Variable Density Sound Orchestra, Requiem for a Consequence. Courtesy of CNM.

Garrison Fewell Variable Density Sound Orchestra : Sound Particle 47 (Creative Nation Music)
Edition : 2010.
CD : 01/ Terra Firma, Terra Incognita 02/ Variable Density #1 03/ Fanfare For Wisdom 04/ Requiem for a Consequence 05/ Afro Danish Form 6 06/ Betty’s Bounce 07/ Conspiring in Your Favor 08/ Sound Particle 47 09/  Variable Density #2 10/ Long Distance Unity
Guillaume Belhomme © Le son du grisli



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