Le son du grisli

Bruits qui changent de l'ordinaire


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Archives des interviews du son du grisli

Kali Z. Fasteau : Animal Grace (Flying Note, 2010)

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Des Alpes à Harlem, Kali Fasteau a fait entendre son Animal Grace : en trio en 2005 avec Bobby Few, Wayne Dockery et Steve McCraven ; en duo avec Louis Moholo deux ans plus tard.

Si l’échange avec Moholo n’est pas mis en valeur par la qualité de l’enregistrement, il profite de l’adhésion des coups secs du batteur aux excentricités sonores de Fasteau – trop emportée au piano, elle invente avec plus d’esprit au son d’autres instruments (flûte, mizmar, saxophone soprano, voix qu’elle transforme en machines, violon enfin). L’association est iconoclaste, voire étrange, autant qu’éclatante.

Plus tôt donc, dans le canton des Grisons, Fasteau donnait un concert à l’Uncool Festival en compagnie de Bobby Few (piano), Wayne Dockery (basse) et Steve McCraven (batterie). Classique d’apparence, le quartette bouscule les codes mais déçoit au son d’une mixture musicale d’un clinquant inapproprié : tombant quelques fois sur le son juste à force de tentatives nombreuses (flûte, voix et soprano encore), Fasteau doit faire avec le verbiage de partenaires hésitant entre pose free jazz et airs cabotins. Retour à New York alors : réécoute réparatrice de l’association Kali Z. Fasteau / Louis Moholo.

Kali Z. Fasteau : Animal Grace (Flying Note)
Enregistrement : 2005-2007. Edition : 2010.
CD : 01/ Impulse 02/ Cultivation 03/ Swan’s Flight 04/ All Things 05/ Mongezi’s Laughter 06/ Past Futur Present 07/ A Gift 08/ Airstreams 09/ They Speak Through Me 10/ Melting Ice 11/ Jumping on the Drums 12/ From Above
Guillaume Belhomme © Le son du grisli

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Noah Howard was an enthusiastic pioneer of the Avant-Jazz scene that started in the 1960s.  He brought a bayou warmth and swing from his hometown of New Orleans to his own blues-infused version of the new jazz.  He enjoyed life and people, and traveled and shared his music all over the world.



Morton Feldman : Turfan Fragments (DOG W/A Bone, 2001)

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Je me rappelle avoir passé le temps d'un long métrage de courte durée avec toi. Une heure et quart à parler de tant de choses – c'était l'année où le cas de ta mère te tracassait beaucoup. Malgré cela, par moments, je te demandais de faire attention à tel ou tel passage du disque que j'avais voulu te faire écouter : Turfan Fragments du S.E.M. Ensemble sous la direction de son fondateur Petr Kotik.

A la fin, tu m'as demandé pourquoi ce disque s'appelait Turfan Fragments. Pourquoi ce disque qui contenait deux compositions (For Samuel Beckett & Turfan Fragments) prenait le nom de la deuxième alors qu'elle était la plus courte des deux ? Je n'ai pas pu répondre. Après ton départ j'ai relu la pochette et j'ai compris : il s’agit du premier enregistrement de Turfan Fragments. Est-ce mon ignorance (pourtant, mon exposé sur la musique de chambre pour orchestre...) ou les répétitions lancinantes de For Samuel Beckett (les unissons, nos unissons) qui ont fait que nous n'avons jamais réécouté ce disque ensemble, pas plus que nous ne nous sommes revus ? Car ce jour-là tu as disparu sur un des sons irréels de ces fragments de Turfan, de ces clichés d'Asie.

Tu m'as dit au revoir sur une note de basson je crois et je suis resté seul entre Morton Feldman et Petr Kotik. Egaré entre un Américain universel et un Tchèque expatrié. C'était quelque part en Espagne. Quelque part où je ne retourne plus, sauf dans ma tête lorsque je réécoute ce disque.

Morton Feldman : Turfan Fragments (DOG W/A Bone / Metamkine)
Enregistrement : 1997-2000. Edition : 2001.
CD : 01/ For Samuel Beckett 02/ The Turfan Fragments
Héctor Cabrero © Le son du grisli


Ingar Zach : M.O.S. (Sofa, 2010)

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A ses percussions, à sa gran cassa et à ses boîtes, Ingar Zach est retourné seul pour élaborer M.O.S.

L’acronyme est d’abord un chant qui vous attire par sa régularité et la promesse qu’il vous fait d’être toujours rassurant, consolant voire. Sur le mètre, des drones naissent qu’allongent des résonances, et puis des notes isolées s’accrochent entre elles… Le rythme interrompu abandonne le suiveur en champ magnétique : à force de tourner, plusieurs voix s’élèvent maintenant et l’environnent, certaines grondent et lui intiment de reprendre une respiration régulière. Peine perdue, reste à l’égaré les plaintes qui sauront peut être contrer le transport enivrant. Déjà l’oreille avise le retour prochain du rythme d'ouverture : celui qui l’obligea à perdre tous repères mais celui aussi qu’elle a bien l’intention de suivre une nouvelle fois.

Ingar Zach : M.O.S. (Sofa)
Edition : 2010.
CD : 01/ M.O.S.
Guillaume Belhomme © Le son du grisli


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Hors-série

 


Nils Ostendorf, Philip Zoubek, Philippe Lauzier : Subsurface (Schraum, 2010)

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Trois hommes font remonter des souvenirs enfouis à la « subsurface » des choses. L'un est trompettiste (Nils Ostendorf), un autre est pianiste (Philip Zoubek) et le dernier est clarinettiste et saxophoniste (Philippe Lauzier). Ces trois hommes improvisent.

La référence au concret dont Ostendorf, Zoubek et Lauzier dispensent leur action instrumentale est repérable dans la façon qu’ils ont d’appeler les sept étapes qui la composent. Magnetic Hill, Calm City ou Slow Collapse sont des titres fiables pour parler de leur musique. Abstraite, cette musique peut accepter de chanter. Remplie de brisures, elle peut passer pour zen ou se laisser porter par les vents tel un mobile métallique.

C'est de cette manière qu'Ostendorf, Zoubek et Lauzier réussissent leur tour. Leurs dosages sont précis du début à la fin de leur rencontre, fin qui est cette Subsurface justement qui les force à sortir de leurs gonds, à dépareiller pour montrer que leur belle collaboration aurait pu tourner au drame mais ne l'a pas fait ne serait-ce qu'un instant. 

Nils Ostendorf, Philip Zoubek, Philippe Lauzier : Subsurface (Schraum)
Edition : 2010.
CD : 01/ Magnetic Hill 02/ Dreaming on a Cargo 03/ Hyperlinking 04/ Calm City 05/ Slow Collapse 06/ Spectral Radiance 07/ Subsurface
Héctor Cabrero © Le son du grisli



Rhodri Davies, Cornelius Cardew, John Tilbury, Soldercup, Annette Krebs, Angharad Davies, David Toop, Lee Patterson

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Cornelius Cardew : Works 1960-70 (+3dB, 2010)
En compagnie du pianiste John Tilbury et du contrebassiste Michael Francis Duch, Rhodri Davies rendait hommage aux compositions écrites par Cornelius Cardew entre 1960 et 1970 – époque charnière, écrit Duch, qui vit Cardew passer d’une pratique (composition contemporaine) à une autre (improvisation libre). D’Autumn 60 à The Great Learning, le trio arrange des notes brèves en bouquets indéterminés, les augmentant de silences nombreux. Se pliant avec invention au jeu de la relecture in(dé)finie, Davies, Tilbury et Duch, manient l’aléatoire et l’intransigeant pour signer enfin des danses délicieuses sur musique amnésique : soit, de l’oubli chorégraphié.

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Soldercup : Soldercup (Fourier Transform, 2010)
Sous le nom de Soldercup, Rhodri Davies et Louisa Hendrikien Martin font oeuvre d’un abstrait chic. Sur le vinyle du même nom, sont ainsi convoqués craquements, chuintements, sifflements, parasites et larsens, et actionnées d’énigmatiques autant qu’irrésistibles boîtes à musique. Sur la seconde face, la formule diffère un peu : cordes détendues subtilement agencées dont le battement d’un coeur animal éloignera le chant.

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Various Artists : Brave New Wales (Fourier Transform, 2010)
Sur le même label, une compilation célèbre en trois disques un paquet d’Ecossais agissant en tous domaines expérimentaux (improvisation, electronica, rock, noise, poésie sonore…). En duo avec Angharad Davies, Rhodri Davies se fait là une place au son de Live at St. Giles In The Fields, enregistré à Londres en 2005. L’électricité environne le duo qui délimite ici des zones d’attente inquiète dans lesquelles developper dix minutes d’abstraction miniature.

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Annette Krebs, Rhodri Davies : Kravis Rhonn Project (Another Timbre, 2009)
Trois mouvements d’une poésie sonore constructiviste font Kravis Rhonn Project, que le harpiste enregistra en 2008 à Berlin auprès d’Annette Krebs (guitare, objets, tapes). Là, des voix enregistrées se mesurent sur piste d’obstacles (bourdon, larsens, signal radio…) tandis que les instruments à cordes se font discrets jusque dans leurs répétitions. Au terme de la rencontre, les voix sont emportées par une mécanique tournant sur un air de manège que se disputent charme et mystère.

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Rhodri Davies, David Toop, Lee Patterson : Wunderkammern (Another Timbre, 2010)
Quelques jours encore, et le même label proposera Wunderkammern, enregistrement né de la rencontre de Davies, Lee Patterson et David Toop. On sait le goût de ce-dernier pour la musique de gamelan et l'ambient et c'est par là que va voir le trio : cordes défaites et larsens, bourdons multiples et chantant, interventions multiples presque tout autant d'instruments fondus – seule une flûte de bois peinera à convaincre. Les berceuses sont ici faites d'oscillations et l'abstraction est d'extraction rare.


Zed Trio : Lost Transitions (Ayler Records, 2010)

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On pourrait dire : des sons et des fiels. On n’aurait pas tout à fait tort.
On pourrait évoquer des offensives acides, des strangulations sans fin, des substances lacérées. On frôlerait alors cette musique.
On pourrait parler de déchirures, d’une fourmilière du chaos, d’une poésie affûtée, d’une musique cisaillant le bon sens. On approcherait alors l’écorce de cette musique.
On pourrait parler de démembrement, d’une musique sans métrique si ce n’est celle d’un dérèglement continu. On toucherait presque au but.
On pourrait dire que cette musique est une musique de l’épidémie, du rouillé et des cicatrices qui ne se refermeront jamais. Et nous y serions presque.

On dira : un saxophoniste (Heddy Boubaker), un guitariste (David Lataillade), un batteur (Frédéric Vaudaux). Et on aura presque tout dit. Cette musique est une musique d’excès et du peu d’attente. Elle piaffe d’impatience. Elle n’a que faire des péages, des rythmes et des harmonies. C’est un cercle de déchirure, un havre de tensions et de pulsations sans pause.
On dira donc : des sons et des fiels. Et on y retournera.

Zed Trio : Lost Transitions (Ayler Records / Orkhêstra International)
Enregistrement : 2009. Edition : 2010. 
CD : 01/ Dubai on Fire 02/ Narcissique 03/ Near the End 04/ Zed Leppelin Crash Test 05/ Message of Peace and Happiness 06/ Lost Transitions 07/ Cruce la Frontera 08/ Acid Voodoo Dancing 09/ Hysteric Meditation 10/ Slices of Terrific Flux Bop
Luc Bouquet © Le son du grisli


Matmos, Wobbly, J Lesser : Simultaneous Quodlibet (Important, 2010)

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Quid de Simultaneous Quodlibet, le disque issu de la collaboration de Matmos, Wobbly et J Lesser ? Un album studio farfelu après une longue partie de ping pong sonore ? Exactement !

Il fallait s’y attendre : Simultaneous Quodlibet n’a ni queue ni tête, aucun plan et presque d’ailleurs aucune raison d’être. Pourtant, ses jeux de constructions pop, remplis d’humour et de clins d’oeil, font souvent impression. Entrer dans ce disque c’est un peu comme aller à la foire : ici une attraction vous attire et là une autre vous fatigue d’avance. Encore : l’association Lesser Matmos Wobbly fait penser parfois à Stereolab ou même McCarthy (par sa naïveté pop mais efficace). Enfin : d’autres fois, elle se montre capable d’une belle originalité, comme sur la fantaisie aérienne du sixième morceau. Alors, quid ? Excentrique !


Matmos, Lesser, Wobbly, 6 (extrait). Courtesy of Important.

Matmos, Wobbly, J Lesser : Simultaneous Quodlibet (Important)
Edition : 2010
CD / LP : 01-06/ Simultaneous Quodlibet
Pierre Cécile © Le son du grisli


Interview de Fritz Hauser

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A seize ans, la sonorité d’une grande cymbale a ravi Fritz Hauser. Depuis, celui-ci est passé par le Conservatoire de Musique de Bâle, le groupe de rock Circus, des formations d’improvisation dans lesquelles on trouve Urs Leimgruber, Joëlle Léandre, Marilyn Crispell, quelques ensembles de jazz emmenés par Franz Koglmann (présences de Steve Lacy, Ran Blake…) ou Joe McPhee… Aux nombreux disques enregistrés en groupes, ajouter ceux, incontournables, que Fritz Hauser élabora en solo (série de Solodrumming), avant de pouvoir entendre ce Schraffur prometteur que le label Shiin s’apprête à mettre en valeur avec une démesure aussi rare qu’est singulier l’art de la mesure de Fritz Hauser. [lire l'interview]


Dominic Duval, Jimmy Halperin, Brian Willson : Music of John Coltrane (NoBusiness, 2010)

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Après avoir célébré ensemble le répertoire de Thelonious Monk, Jimmy Halperin (saxophone ténor) et Dominic Duval (contrebasse) investissent en compagnie de Brian Willson (batterie) le répertoire de John Coltrane (johncoltrane).

Avec une distance élégante, Halperin envisage d’abord Giant Steps sur le swing las décidé par ses partenaires : l’évocation est loyale, l’invention de Duval nette et l’implication de Willson mince. Pour faire prendre quelques « risques » au trio, Duval devra ainsi multiplier précipitations voire ruades : Moments Notice y gagne et Living Space en échange ses soucis de révérence contre une impétuosité bienvenue.

A mi-parcours, constater un retour aux premiers démons : clins d’œil d’usage au thème, intensité aléatoire voire plate récitation de l’air (Naima). Honnête mais trop sage peut-être ; probe seulement.

Dominic Duval, Jimmy Halperin, Brian Willson : Music of John Coltrane (NoBusiness)
Enregistrement : 2009. Edition : 2010.
CD : 01/ Giant Steps 02/ Moments Notice 03/ Living Space 04/ Sveeda’s Song Flute 05/ Naima 06/ A Love Supreme (Pursuance)
Guillaume Belhomme © Le son du grisli

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