Le son du grisli

Bruits qui changent de l'ordinaire

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A la question : interviewsAu rapport : impressions de concertsEn théorie : l'improvisation par l'écrit : John Butcher & Evan Parker

Earth Music: Ten Years of Meridian Music (Innova, 2010)

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Dix ans de musique et pas de n’importe quelle musique : celle programmée par la galerie Meridian qui, si l’on n’a pas de penchant particulier pour les compilations ou les rétrospectives, pourrait vous faire changer d’avis. Au moins le temps de la durée de ce disque.

Parce qu’on trouve sur cette anthologie des musiciens fabuleux, qui s’activent dans des genres différents mais qu’il est possible de rapprocher malgré tout : Vinny Golia (à la clarinette basse), Matthew Sperry (ses élucubrations électroniques sont merveilleuses), Pauline Oliveros (& son drone d’accordéon), Frank Gratkowski (esprit frappeur de clarinette), Jon Raskin (baryton hors ROVA) ou bien encore Shoko Hikage (répétitive répétitive). Chaque plage du disque vous fait passer d’un monde à l’autre, les quelques secondes de silence entre les morceaux sont une porte dérobée donnant sur un ailleurs aussi fabuleux que l’était le précédent.

Earth Music : Ten Years of Meridian Music : Composers in Performance (Innova)
Edition : 2010.
CD : 01/ Vinny Golia : Steps 02/ John Bischoff : Quarter Turn 03/ Matthew Sperry : Improvisation 04/ Damon Smith, Hugh Livingston, Carla Kihlstedt : Lines for Trio 05/ Pauline Oliveros : Pauline’s Solo 06/ Ben Goldberg, John Schott : All Chords Stand for Other Chords 07/ Shoko Hikage : Improvisation 08/ Frank Gratkoswki : Improvisation 09/ Sara Schoenbeck, Ellen Burr : Improvisation 10/ Viv Corringham : Improvisation 11/ Jon Raskin : Sonic Coordinates 12/ Tim Bickley, Bob Marsh : Microtonic Meditations for Endings and Beginnings 13/ Philip Gelb, Jie Ma : Comp. 40 N and Comp. 110 A. 14/ Theresa Wong : Nightwatching
Héctor Cabrero © Le son du grisli

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Stéphan Oliva : Lives of Bernard Herrmann (Sans Bruit, 2010)

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Après  Ghosts of Bernard Herrmann paru en 2007 sur le label Illusions, voici la suite de l’exploration en solitaire par le pianiste Stéphan Oliva, mais cette fois-ci en public, de l’œuvre du compositeur de musiques de films Bernard Herrmann.

Fidèle à celui-ci, Oliva développe un discours qui emprunte tant à la tradition romantique de Liszt et Debussy pour les climats recueillis (Citizen Kane) qu’aux explorations de la musique sérielle pour les mélodies comme esquissées et dévoilées par petites touches successives (Sisters). Aussi, Oliva use des ostinatos, des fulgurances dissonantes et du minimalisme qui faisaient la marque du maître. Orson Welles, Henry Hathaway, Alfred Hitchcock comme plus tard François Truffaut, Brian De Palma ou encore Martin Scorsese se sont tous, occasionnellement ou régulièrement, appuyés sur la musique composée par Bernard Herrmann pour mettre en scène leur vision hantée et angoissée du monde. Ici, le silence est nuit, les notes solitudes et les mains du pianiste semblent dialoguer comme se répondent au cinéma champ et hors champ : de la présence menaçante (pourtant invisible, inaudible) de ce dernier naîtra le suspense.

La solitude d’Oliva incarne en un geste contemporain la solitude des deux personnages hitchcockiens (Scottie et Norman Bates) que font inévitablement renaître les deux pièces centrales du disque que sont Vertigo et Psycho, deux films malades qui déclinent la figure de la spirale (le chignon de Madeleine dans Vertigo, la bonde de la douche dans Psycho). La spirale, leitmotiv cinématographique devient ici source d’inspiration musicale : Oliva tourne autour de la mélodie, s’en approche pour ensuite prendre ses distances. La musique est comme aspirée, siphonnée ; elle se vide pour ne laisser apparaître que les os. Les improvisations du pianiste resserrent plutôt qu’elles élargissent le spectre. Nous est alors proposé ici un art de l’économie, de la nudité, du dépouillement, qui fait naître le mystère et le malaise, comme le crépuscule, en chassant petit à petit le jour, installe la nuit.

A l’instar de l’incapacité de Scottie et Norman à vivre dans un présent qui se serait affranchi du passé (en l’occurrence des figures féminines de  l’Amante et de la Mère), la musique d’Oliva ne peut s’épanouir que dans les réminiscences à la fois de la musique d’Herrmann et des images suscitées par elle. Du compositeur américain, l’œuvre et son esprit (ses fantômes ?) sont ici justement, intimement revisités, de sa première musique de film (Citizen Kane) à sa toute dernière, achevée la veille de sa mort (Taxi Driver), pour laquelle Bernard Herrmann utilisait pour la première fois le matériau du jazz. Alors, Oliva de reprendre les choses là où le maître les avait laissées.

Stéphan Oliva : Lives of Bernard Herrmann (Sans Bruit)
Enregistrement : 2009. Edition : 2010.
CD : 01/ Ouverture / Xanadu 02/ La Chiesa San Miniato Al Monte 03/ Prelude 04/ Vertigo Suite 05/ Sister’s Nightmare 06/ The Birthday 07/ Radar / Space Control 08/ Prelude / The Road / The Bedroom 09/ Spies of Fear 10/ Prelude
Pierre Lemarchand © Le son du grisli

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Evan Parker : Whitstable Solo (Psi, 2010)

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Subtilement barbelée, d’une élégance échevelée et exigeante, la geste soloparkerienne n’en finit pas d’enchanter, inscrivant ses épisodes les plus épiques au fichier secret de nos drogues auditives. La collection de ces chapitres, du moins de ceux qui comptent, s’organise, au disque, selon un plan quasi-quinquennal : Saxophone Solos (1975), Six of One (1980), The Snake Decides (1986), Process & Reality (1991), Lines Burnt in Light (2001)… et Whitstable Solo donc, qui vient d’y trouver aujourd’hui une place de choix.

Avec cet enregistrement de l’été 2008, c’est en huit assez brèves bouffées (de quatre à quinze minutes – ce qui contraste avec les longues plongées hallucinatoires antérieures) qu’Evan Parker rend compte de l’état des recherches que le saxophone soprano lui a permis de mener ; il les évoquait ainsi, dès 1992, dans un texte intitulé De Motu : « Ces derniers temps, le saxophone m’est plutôt apparu comme un instrument d’investigation biologique : il me permet d’étudier et d’accroître le contrôle de mon audition et des mécanismes moteurs de mon système musculaire et osseux ; l’amélioration de leur fonctionnement m’a beaucoup donné à réfléchir. C’est tantôt le corps qui conduit l’imagination, tantôt l’imagination (« l’esprit vif » de Rascher) qui guide le corps. » S’adonnant à ce jeu « alternatif », le souffleur dresse une manière d’autoportrait – physique & intellectuel – et, les années passant, tient une forme de journal personnel dont il publie les pages significatives.

En présence du public ou avant son arrivée, devant les micros d’Adam Skeaping (avec lequel EP partage un long compagnonnage et déjà plusieurs enregistrements dans cette église St Peter’s de Whitstable), Parker atteint ici, dès la troisième pièce, après poussée et reflux de fièvre, une température à laquelle de clairs dessins se dégagent du tourbillon : danses lentes, comme rêvées, presque lacyennes – voire sifflables… de whitstable à whistlable ? – dans leurs intervalles et figures mélodico-géométriques. Si l’ébullition reprend ensuite, virulente, hypnotique, au moins aura-t-elle montré quelle fine écume elle est en mesure de faire advenir. Un très beau disque, qui « instruit » et donne à penser.

Evan Parker : Whitstable Solo (Psi / Orkhêstra International)
Enregistrement : 2008. Edition : 2010.
CD : 01/ Whitstable Solo 1 02/ Whitstable Solo 2 03/ Whitstable Solo 3 04/ Whitstable Solo 4 05/ Whitstable Solo 5 06/ Whitstable Solo 6 07/ Whitstable Solo 7 08/ Whitstable Solo α-ω
Guillaume Tarche © Le son du grisli

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Silent Solos Improvisers Speak (Buddy’s Knife, 2010)

Solentsolos

Après avoir consacré des ouvrages entiers aux textes de William Parker, Henry Grimes et Roy Nathanson, les éditions Buddy’s Knife, publient le premier volume d’une anthologie de textes signés de musiciens à qui – croit-on comprendre – il ne manquait plus que la parole.

Lorsqu’elles ne réfutent pas toutes attaches (hautes écritures de Cooper-Moore ou de Leena Conquest), les lignes parlent évidemment d’un art et de ses à-côtés (Gunter Hampel décrivant ses sensations de concerts, David Budbill faisant tendrement état de son retour à domicile après avoir participé au Vision Festival ou Joëlle Léandre remuant l’archet dans ses plaies de solitudes), établissent un rapport au monde (Charles Gayle, Peter Kowald, Yusef Lateef ou Joseph Jarman) ou à la société (Oliver Lake, William Parker). Quelle que soit la forme des textes – témoignages, poèmes, impressions ou relevés de pratiques instrumentales –, les usages différents qu’y fait de l’écrit la remarquable sélection d’improvisateurs attestent d’une même pratique accaparante et d’un même choix d’existence. Les premières preuves de celles-ci restent toutefois celles déjà consignées sur disques.

Renate Da Rin : Silent Solos. Improvisers Speak (Buddy’s Knife)
Edition : 2010.
Livre : David Amram, Harrison Bankhead, Lewis Barnes, David Budbill, Katie Bull, Chris Chalfant, Jay Clayton, Leena Conquest, Cooper-Moore, Jayne Cortez, Connie Crothers, Marc Edwards, Bruce Eisenbeil, Avram Fefer, Floros Floridis, Joel Futterman, Charles Gayle, Alan Bernard Glover, Doug Hammond, Gunter Hampel, Jason Kao Hwang, Joseph Jarman, Terry Jenoure, Lee Konitz, Peter Kowald, Oliver Lake, Yusef Lateef, Joёlle Léandre, Elliott Levin, David Liebman, Joe Maneri, Sabir Mateen, Nicole Mitchell, Ras Moshe, Roy Nathanson, Bern Nix, William Parker, Matana Roberts, Larry Roland, Matthew Shipp, Catherine Sikora, Warren Smith, Lisa Sokolov, Steve Swell, John Tchicai, Ijeoma Thomas, Oluyemi Thomas, Assif Tsahar, David S. Ware, Henry P. Warner.
Guillaume Belhomme © Le son du grisli

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Gilles Aubry, Stéphane Montayon : Les écoutis Le Caire (Gruenrekorder, 2010)

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Entre deux plaques de carton gris, Gilles Aubry et Stéphane Montavon ont dissimulé Les écoutis Le Caire. Avec, il y a aussi un poster-poème « moderne » conçu par Montavon dans l’idée des calligrammes, c'est donc à dire : beaucoup moins « moderne » qu’il n’y paraît. Beaucoup moins « moderne » que le disque de field recordings qu’il cache en tout cas.

Sur ce disque, il y a inévitablement des bruits. Des bruits de la ville qu’est Le Caire aujourd’hui (tentaculaire, étendue, inembrassable d’un coup d’un seul, que ce soit du regard ou de l'oreille). L’auditeur que nous sommes tombe sur une allée au trafic dense ou sur un chantier certainement ralenti par la chaleur. Plus loin, c’est le bruit que font des machines ou des radios qui vomissent des voix ou crachent des mélodies insensées. Et puis tout à coup, une douce musique prend le dessus sur ce fatras magnifique, elle le transforme, le rythme. On ne sait trop comment Gilles Aubry et Stéphane Montavon ont agencé toutes ces preuves de réalité. Mais elles se trouvent là, sur un partition musicale surprenante, et même très belle.

Gilles Aubry, Stéphane Montavon : Les écoutis Le Caire (Gruenrekorder)
Edition : 2010.
CD : 01/ Les écoutis Le Caire
Héctor Cabrero © Le son du grisli

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Evan Parker : Set (Psi, 2010)

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Set est dédié à la microbiologiste Lynn Margulis, théoricienne de l’endosymbiotique. Deux courtes improvisations captées en studio ouvrent et clôturent le disque. On s’intéressera plutôt à la seconde – la plus longue, enregistrée en concert à Donaueschingen le 18 octobre 2003.

Set Part 2 (concert) débute, assez furieusement, avec le trio acoustique Evan Parker / Barry Guy / Paul Lytton. Jusque là, rien d’anormal. On connaît. On reconnaît. On peut s’y lasser ou s’y affoler. Ainsi, s’égrènent les cinq premières minutes avant que Richard Barrett, Paul Obermayer, Lawrence Casserley, Walter Prati et Marco Vecchi mettent en branle leur électronique dingue : transformations et déformations, monde grouillant, mitraillages continus, signalétique affolée, gargarismes et ressacs, prison sonique jamais tempérée. Pour peu que l’on soit un familier de l’Electro-Acoustic, la surprise n’est (toujours) pas de mise. Puis, à tour de rôle, saxophoniste, contrebassiste et percussionniste vont s’installer en solo (là aussi…). Solos très rapidement brouillés, décuplés, décapités, intrigués par un monde électronique halluciné et saillant (à ce petit jeu, c’est la percussion de Paul Lytton qui s’invite avec le plus d’étrangeté et de transmission). La surprise vient alors de ce chaos final énorme et bouillonnant. Presque définitif. Pour peu, on en redemanderait. Mais avec le boulimique Evan, on sait que ce n’est pas nécessaire. La suite ne sera pas très longue à venir…

Evan Parker : Set (Psi / Orkhêstra International)
Enregistrement : 2003. Edition : 2009.
CD : 01/ Set Part I (studio) 02/ Set Part 2 (concert) 03/ Set Part 3 (studio)
Luc Bouquet © Le son du grisli

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Vox Arcana : Aerial Age (Allos Documents, 2010)

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La batterie de Tim Daisy se fait souvent inspirante – et s’étoffe, à en croire une année d’évolution entre Alchemia de Cracovie avec Vandermark 5 (Annular Gift) et Pannonica de Nantes avec The Engines. Le projet Vox Arcana qu’il emmène le prouve la plupart du temps sur Aerial Age.

Parce qu’ici chaque moment est celui d’un temps musical et chaque note de James Falzone (clarinette lasse) ou de Fred Lonberg-Holm (violoncelle revigorant) qui accompagnent non pas cette façon qu’a Daisy de battre la mesure mais ses manières polymorphes d’égrener les secondes renforcent cette impression conjointe de mesure et d’expression. Inspiré ici moins par le jazz (même de chambre) que par l’Ecole de New York et la musique minimaliste, le batteur invente six pièces aléatoires.

Séditieuses pour la plupart, parfois spécieuses – quand il leur arrive d’être complexe parce qu’il en avait été décidé ainsi et non parce que cela était véritablement nécessaire –, celles-ci prennent la forme de fuites expérimentales, de compositions déphasées et puis de chansons découpées nettes. Comme Ken Vandermark, Daisy recourt souvent à l’unisson pour lier le tout : mais non pour faire comme lui œuvre de virulence mais pour caresser de plus petites percussions et feindre un autre genre de blues : celui du citadin intoxiqué de sophistication plongeant loin dans le bois (percussions et marimba) pour revenir à l’essentiel.


Vox Arcana, The Silver Fence. Courtesy of Allos Documents

Vox Arcana : Aerial Age (Allos Documents)
Enregistrement : 7 et 8 janvier 2010. Edition : 2010.
CD : 01/ The Number 7 02/ Blue Space 03/ The Silver Fence 04/ Chi Harp Call in E 05/ Winnemac 06/ White Lines 07/ Chaos 1 08/ Falling
Guillaume Belhomme © Le son du grisli

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Enrico Malatesta, Christian Wolfarth : Mirrors (Presto!?, 2010)

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Si l’on connaît bien le travail sensible du percussionniste Christian Wolfarth – auprès de Koch, Korber ou Weber, en duo avec son confrère Michael Vorfeld (pour le label Formed), voire en trio de drummers avec Kahn & Müller (chez Creative Sources et tout dernièrement sur Mikroton) –, celui de son benjamin, le batteur Enrico Malatesta, nous est moins familier… et la fine intrication de timbres des sept pièces brèves offertes ici ne permettra pas à l’auditeur de distinguer nettement le toucher du jeune italien.

Œuvrant, dans cet enregistrement de mai 2009, à l’extension horizontale de leurs kits, au rabotage d’un établi commun, les deux musiciens partagent un sens raffiné de la tectonique : d’un geste toujours assuré, attentif, à plat, ils font sourdre, à force de frottements (archet, cymbales au ras des peaux, mais aussi franches mailloches nourrissant le continuum), de beaux plateaux qui basculent lentement, animés de leur pouls propre, sans emphase ni solennité. En moins de quarante minutes, une réussite d’élégante topographie sonore.


Enrico Malatesta, Christian Wolfarth, 2 (extrait).


Enrico Malatesta, Christian Wolfarth, 5 (extrait). Courtesy of Presto!?.

Enrico Malatesta, Christian Wolfarth : Mirrors (Presto!?)
Enregistrement : 2009. Edition : 2010.
CD : 01-07/ 01-07
Guillaume Tarche © Le son du grisli

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Jean-Pierre Drouet, Edward Perraud : √2 (Quarx , 2010)

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On connaît bien Edward Perraud (batteur qui officie dans de nombreuses formations, par exemple : Das Kapital, Hubbub ou… Drummms)  et (peut-être) moins bien Jean-Pierre Drouet (percussionniste de musique contemporaine qui a beaucoup écrit pour le théâtre ou la danse). Les deux hommes se rencontraient il y a peu à la radio – dans l'émission A l’improviste qui est en passe de disparaître de la grille des programmes, aux dernières nouvelles. De cette rencontre est né : √2.

Il faudrait demander à Perraud « pourquoi V2 ? » En attendant, on peut tout imaginer : « V » comme « Vaillant », « Vivifiant » ou même «  Vains » (pour qualifier les titres ronflants qui ont été donnés aux neuf morceaux qui respirent pourtant avec ampleur). Or, à force de l’écrire partout, je me rends compte que le « V » en question est un « √ », c'est à dire une racine carrée – voici venue l’heure, sur le son du grisli, de l’instant Wikipédia : « La racine carrée de deux est définie comme le seul nombre réel positif qui, lorsqu’il est multiplié par lui-même, donne le nombre 2, autrement dit √2 × √2 = 2. » Il y a aussi une explication plus musicale, mais l’heure n’est plus, en fin de deuxième paragraphe, aux extrapolations.

La même source nous dit que « c’est aussi un nombre irrationnel ». Nous voilà rassurés. C’est sans doute pour ça qu’il est difficile de trouver les mots pour dire ce qui se passa entre Drouet et Perraud, un yin et un yang en mouvement perpétuel dont l’agitation a parcouru chaque centimètre carré du studio de radio. Nul doute que dans l’air il reste encore aujourd’hui des traces. Au moins quelques souffles, d'autant plus que les deux hommes ont conclu leurs échanges en comptant sur les effets du bouche à oreille. L’intermédiaire entre la première et la seconde est désormais un disque √raiment √alable.

Jean-Pierre Drouet, Edward Perraud : √2 (Quarx)
Enregistrement : 2009. Edition : 2010.
CD : 01/ Open flux 02/ Pouls 03/ Iris 04/ Ramifications 05/ Halo 06/ Entropies 07/ Morphème 08/ Nuées 09/ « Le silence éternel... »
Pierre Cécile © Le son du grisli

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Paal Nilssen-Love : Miró (PNL, 2010)

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Dans le même temps qu’il réédite 27 Years Later – enregistré en 2002 à Molde et publié ensuite par Utech Records (150 exemplaires) –, Paal Nilssen-Love autoproduit Miró, autre enregistrement d’un concert donné seul : en 2008, cette fois, à la Fondació Juan Miró de Barcelone.

Le flot est d’abord rugissant et les roulements rapides sont là pour attester de l’épaisseur du tambour. La pulsation se joue des volumes, l’allure souvent soutenue peut retomber ; le moment leste à suivre sera de toute façon balayé par une nouvelle suite de coups : sur cymbale miniature (Nilssen-Love faisant alors œuvre musicale d’un clin d’œil amusé au répertoire sonore des jeux vidéo) ou toms envisagés tous ensemble et tous ensemble seulement. 

Devant d’impressionnants paquets de notes éboulées, Nilssen-Love peut s’en remettre soudain à un art du soupçon : les balais caressant alors la caisse claire avec une insistance délicate tandis que les fûts chanteront ensuite sous la pression d’un percussionniste agissant en peseur d’âmes. Enfin, repartir : le tempérament de Nilssen-Love ne pouvant respecter longtemps le vœu de tempérance. Avec un charme incontestable, Miró aura ainsi multiplié les expériences : précis d’adhérence (baguettes), d’endurance (batteur) et de résistance (batterie).

Paal Nilssen-Love : Miró (PNL)
Enregistrement : 24 juillet 2008. Edition : 2010.
CD : 01/ Part I 02/ Part II 03/ Part III 04/ Part IV 05/ Part V 06/ Part VI
Guillaume Belhomme © Le son du grisli

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