Le son du grisli

Bruits qui changent de l'ordinaire

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le son du grisli #3Conversation de John Coltrane & Frank Kofskyle son du grisli sur twitter
A la question : interviewsAu rapport : impressions de concertsEn théorie : l'improvisation par l'écrit : John Butcher & Evan Parker

Piotr Zabrodzki, Artur Lawrenz : Trylobit (Multikulti Projekt, 2007)

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Piotr Zabrodzki est pianiste. Il est tombé dans la marmite McCoy Tyner tout bébé. Artur Lawrenz est batteur. Une grosse caisse envahissante et un son de fut très mat indiquent que le jazz n’est pas son domaine premier. Tous deux jouent avec frénésie, sans répit, ni espaces. Leur jazz frôle le copier-coller coltranien. Il est d’une fougue continue. Dans cette fourmilière, le rythme se déconstruit toujours (Nil Admirandum) quand il ne l’est pas d’emblée. On ne respire pas chez eux, on envisage l’effort physique jusqu’à son total épuisement. Ici, une curieuse impression de déjà-entendu et une vive interrogation quant au pourquoi de ce constant déballage sportif.

Piotr Zabrodzki, Artur Lawrenz : Trylobit (Multikulti Projekt)
Edition : 2007.
CD : 01/ Otoczak 02/ Banda Skorupiakow 03/ Ordowik 04/ Nil Admirandum 05/ AX 900-C 06/ Tadek Niejadek kontra Jurel Ogorek
Luc Bouquet © Le son du grisli

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Joe Maneri, Masashi Harada : Pinerskol (Leo, 2010)

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Même si Pinerskol n’est pas le dernier enregistrement de Joe Maneri, disparu le 24 août 2009, on ne peut oublier que c’est avec Kalavinka en 1989 et avec le même Masashi Harada que commença officiellement la carrière discographique de l’italo-américain.

Le 18 mars 2003, les deux hommes se retrouvèrent à Boston et se lancèrent dans douze duos improvisés. Au japonais, ici presque essentiellement pianiste, l’art d’intensifier un flux en prenant soin de ne jamais noyer réflexion et respiration. Peu à peu, déborder (Tape Stone) jusqu’à frôler le torrent démentiel mais jamais ne s’y soumettre. Diriger parfois mais sans emprisonner l’autre ; garder ouvertes les issues de secours. A l’italo-américain ; sa chère microtonalité, le souffle courbe et jamais rompu. Des sons étendus et fuselés, éparpillés et modulants. Du grave soyeux de son ténor (Threads Melted / Krashnayapicole) en passant par les nervures insensées de sa clarinette (Sand & Play), Joe Maneri n’a jamais rien imposé que la douceur d’un souffle, souvent incompris et pourtant si essentiel. Il nous manque cruellement.

Joe Maneri, Masashi Harada : Pinerskol (Leo Records / Orkhêstra International)
Enregistrement : 2003. Edition : 2010.
CD : 01/ Threads Melted 02/ Point Contact 03/ Pinerskol 04/ Sand & Play 05/ Bloskafontune 06/ Tulfe 07 Taking a Plange 08/ Tape Stone 09/ Phoenix Rising 10/ Krashnayapicole 11/ Going Through a Tube 12/ Free Track, Barbie Doll
Luc Bouquet © Le son du grisli

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John Cage : Melodies & Harmonies (Col Legno, 2010)

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Annelie Gahl (violon) et Klaus Lang (Fender Rhodes) ont eu l’idée étrange et séduisante de mêler les Melodies et les Harmonies que John Cage écrivit en 1950 pour les premières et en 1985 pour les secondes. Crime de lèse-Cagesté ? Non.

Tout simplement parce que le duo a bien réfléchi et que les pièces s’imbriquent avec harmonie, justement. Délicatement – le label prend garde de noter sur la pochette qu’il s’agit là d’un Cage facile d’approche –, l’orgue et le violon se mêlent au rythme de leurs pas délicats et envoûtants. On pense autant à Marin Marais qu’à Morton Feldman (celui de Coptic Light) : l’expression musicale est chorégraphique parce que ses courbes sont suggestives. On n'ignore pas l’intérêt que Cage avait pour l’aléatoire et si le mélange de Gahl et Lang était de peu de risques, son résultat n’est est pas moins merveilleux.

John Cage : Melodies & Harmonies (Col Legno)
Edition : 2010.
CD : 01/ Melody 1 02/ Harmony 18 (Old North – William Billings) 03/ Harmony 42 (Rapture – Supply Belcher) 04/ Melody 2 05/ Melody 3 06/ Harmony 26 (Judea – William Billings) 07/ Harmony 21 (Heath – William Billings) 08/ Harmony 19 (New York – Andrew Law) 09/ Harmony 5 (The Lord Descended – William Billings) 10/ Harmony 11 (Wheeler’s Point – William Billings) 11/ Melody 4 12/ Harmony 14 (Brunswick – James Lyon) 13/ Melody 5 14/ Melody 6
Héctor Cabrero © Le son du grisli

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Tim Daisy, Wacław Zimpel : Four Walls (Multikulti, 2008)

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Sur Four Walls, Wacław Zimpel – soit : le plus vandermarkien des clarinettistes polonais – échange avec Tim Daisy – soit : le plus vandermarkien des percussionnistes vandermarkiens. Sur deux titres, la paire est augmentée de Dave Rempis et Mark Tokar.

Brute, la clarinette sert d'abord une mélodie saillante et graduée (Wood and Wire, qui sera repris plus tard en quartette) ; changeante, la clarinette basse donne ensuite dans des circonvolutions graves et puis choisit l'option méditative, Zimpel apaisé sans doute par la maîtrise quiète de Daisy (Red Door). Sur le morceau-titre, c'est d'ailleurs Daisy qui l'emporte : le dialogue net est celui qu'il commande, la concentration partagée capable de découpages convaincants est presque de son seul fait.

Et puis, sur Ladder Song, Zimpel dépose une autre mélodie mince et choisit de vociférer : soudain rebelle à toute autorité percussive, il agit avec force mais la poursuite s'engage, Daisy le poussant dans ses derniers retranchements – faux airs, déjà, de Basement of Joy. Avec Rempis et Tokar, le duo fait oeuvre de linéarité jouant d'unisson avant que naissent de beaux reliefs sous l'actions de solos à se succéder. Rien à redire, là non plus : Four Walls à entendre.

Tim Daisy, Waclaw Zimpel : Four Walls (Multikulti Projekt)
Edition : 2008.
CD : 01/ Wood and Wire 02/ Red Door 03/ Four Walls 04/ Ladder Song 05/ Chorale 06/ Basement of Joy 07/ Wood and Wire
Guillaume Belhomme © Le son du grisli

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@c : Music for Empty Spaces (Baskaru, 2010)

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Fondateurs de l’important label Crónica, acteurs majeurs de la scène electronica contemporaine, Miguel Carvalhais et Pedro Tuleda forment depuis  une dizaine d’années le duo @c – dont c’est la première sortie sur l’officine Baskaru. Basée sur des enregistrements captés dans des endroits aussi divers qu'Alost – votre serviteur était au concert –, Glasgow, Lisbonne, Nagoya, Paris, Porto, sao Miguel et Stirling, l’entreprise oscille entre musique concrète identifiable et ambient hydratée.

Prenant le risque de tourner à vide, le projet semble malheureusement hésiter entre les multiples lignes de fuite qui le traversent. Avide de slalom spécial entre les ombres portées de Francisco López et Jana Winderen, sans même parler de l’évidence d’un Stephan Mathieu ou d’un Lawrence English, Music for Empty Spaces paie hélas le prix d’un à peu près stylistique – un peu de tout, beaucoup de tics. Il en résulte une absence de personnalisation fâcheuse – hormis sur l’incroyable troisième piste, absolument sensationnelle de richesse harmonique. En dépit de la très grande qualité sonore des sept pistes proposées – c’est impressionnant de maîtrise technique – on n’est pas sûr d’en faire notre disque de chevet.

@c : Music for Empty Spaces (Baskaru)
Edition : 2010.
CD : 01/ 76.1 02/ 76.2 03/ 76.3 04/ 76.4 05/ 76.5 (listening to K. J.) 06/ 76.6 07/ 76.7
Fabrice Vanoverberg © Le son du grisli

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Ivo Perelman, Gerry Hemingway : The Apple in the Dark (Leo, 2010)

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On le savait aussi violoncelliste. On le découvrira peut-être un jour tromboniste. Ici, il demeure le saxophoniste hurleur qu’il a toujours voulu être. Et, nouveauté, on le découvre également pianiste.

Ainsi, le duo ténor-batterie impulsé par Ivo Perelman et Gerry Hemingway n’a rien de surprenant dans la forme. Le cri est rude, puissant, maîtrisé jusque dans l’excès. C’est un cri que l’on connaît et accueille sans réserve. Ivo Perelman, pianiste, est, lui, plus énigmatique (parce qu’inédit ?). A l’errance de la première plage en duo (A Maca No Escuro) répond les martelages fougueux de The Path. En quelques minutes, Perelman bouscule sa propre timidité et inonde une horizontalité toute ceciltaylorienne. Prenant le parti du rythme, Gerry Hemingway, peu à peu, réduit le tissu rythmique en une peau de chagrin et redouble de couleurs vives, cassées puis aussitôt réparées. La diversité des effets percussifs chez le batteur éblouit : ici, la baguette s’écrase sur la peau ; là, elle laisse toute latitude au rebondissement.

Plus impressionnant encore est l’inépuisable flux que s’offrent ténor et batterie : une même soif d’en découdre, une même attache, une même profusion, une endurance à toute épreuve. Et ici, Hemingway propose souvent, parfois impose et ne lâche jamais rien du roulis rythmique qu’il vient de débusquer. Un des disques les plus aboutis d’Ivo Perelman me semble-t-il. Et qu’importe que cet enregistrement soit sous la haute influence d’un roman de Clarice Lispector autour du dialogue intérieur d’un criminel ; il peut se résumer ici en deux seuls mots : parfaite entente.

Ivo Perelman, Gerry Hemingway : The Apple in the Dark (Leo Records / Orkhêstra International)
Enregistrement : 2010. Edition : 2010.   
CD : 01/ The Apple in the Dark 02/ Lispector 03/ A Maca No Escuro 04/ Sinful 05/ Vicious Circle 06/ The Path 07/Green Settings 08/ Wrestling 09/ Indulgences 10/ Lisboa
Luc Bouquet © Le son du grisli

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The Sun Ra Arkestra : Points on a Space Age (MVD, 2009)

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A bout de souffles et en manque patent de meneur malgré les efforts de Marshall Allen, l’Arkestra continue le voyage. Ce dont atteste Points On A Space Age, film que réalisait récemment Ephraim Asili.

Comme le soulignait il y a peu un Jean Dezert ayant, quelques heures durant, quitté Liège pour Londres (Cafe Oto Is the Place) : on n’est pas dupe et on sait que le groupe n’attire plus à lui parce qu'il parvient à inventer encore. Alors, on regarde défiler les images : l’Arkestra poussif en représentation dans une lugubre salle de messe pentecôtiste, quelques archives en noir et blanc montrant Sun Ra en gourou – « Un seul être vous manque et tout est dépeuplé. » –, soit, partout : un now (lugubre) and then (regrettable) en conséquence peu enthousiasmant. Et puis, rempli qu’il est d’anciennes figures, voire de vieilles présences que quelques programmateurs font encore danser, le film pose la question de la place de la jeunesse dans « tout ça » : peut-elle être encore admirative ? Puisque non, doit-elle alors se montrer respectueuse ou avoir à tolérer de se sentir gênée ?

Ephraim Asili : Points on a Space Age (MVD / Orkhêstra International)
Edition : 2009.
DVD : Points On A Space Age
Guillaume Belhomme © Le son du grisli

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Nicole Mitchell : Emerald Hills (Rogue Art)

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« Mon projet, en un sens, est de me rebeller contre mon propre confort musical et d’explorer ce qui va contre lui » livre Nicole Mitchell à Alexandre Pierrepont, qui signe les notes de pochette de ce nouvel opus de la flûtiste chicagoane. Pour ce faire, Nicole Mitchell invente une nouvelle formation (« Sonic Projections ») et y convoque trois musiciens aventureux et très actifs de l’actuelle scène américaine : le pianiste Craig Taborn, le saxophoniste David Boykin et le batteur Chad Taylor. La musique alors jouée et enregistrée lors de deux journées de mai 2009 est aujourd’hui éditée par le label Rogue Art, qui pourrait reprendre à son compte pour toutes ses parutions ces mots de Nicole Mitchell rappelés premièrement.

Rarement Nicole Mitchell avait autant poussé sa musique dans ses retranchements et confronté le doux souffle de sa flûte au tumulte de la matière en mouvement. La musique se fait souvent haletante, trébuchante, maladroite pour sembler trouver un rythme de croisière bientôt à nouveau sapé de l’intérieur par des tempi se déstructurant, des timbres s’exaspérant, des instruments s’emballant. Ce jeu sur les dynamiques, et cette alternance d’acmés et calmes retrouvés, traverse tout le disque. Comme toujours, la flûtiste utilise pour ses expériences soniques le matériau protéiforme et historique de la Great Black Music : le gospel, le spoken-word, le bebop, le free jazz, le funk et la musique cosmique de Sun Ra (la liste, même si déjà longue, est loin d’être exhaustive) se retrouvent à bouillir dans le grand chaudron de l’alchimiste Mitchell.

Dans la poursuite de cette quête (la recherche dans l’inconfort d’une nouvelle voix personnelle avec pour garde fou la grande tradition musique africaine américaine), Nicole Mitchell est merveilleusement épaulée par ses trois camarades. Une mention spéciale pourrait être donnée au saxophoniste David Boykin qui, ici plus que jamais, développe un discours d’une singularité saisissante et concoure à donner à la musique de l’ensemble une fascinante étrangeté. Finalement, l’exploration de ces collines d’émeraude (très escarpées au début du disque, puis aux reliefs s’adoucissant, mais aux reflets sans cesse changeant) se terminera par une nouvelle proposition musicale qui troue le silence, Peace, sérénité trouvée grâce aux incertitudes auparavant traversées et après bien des passages escarpés, superbe morceau en apesanteur, et belle conclusion d’un des disques les plus réussis de la musicienne.

Nicole Mitchell’s Sonic Projections : Emerald Hills (Rogue Art)
Enregistrement : 2009. Edition : 2010.
CD : 01/ Visitations 02/ Ritual and Rebellion 03/ Chocolate Chips 04/ Wild Life 05/ Wishes 06/  Emerald Hills 07/ Surface of Syrius 08/ Affirmations 09/ Peace
Pierre Lemarchand © Le son du grisli

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RED Trio : RED Trio (Clean Feed, 2010)

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Rodrigo Pinheiro est pianiste, Hernani Faustino est contrebassiste, Gabriel Ferrandini est batteur-percussionniste. Voici le RED Trio.

Leur terrain de jeu est celui du ricochet, du fourmillant. Grappes de sons et de notes cherchant sortie et ne l’obtenant qu’après avoir longuement fouillé dans la vase sonique pourraient conclure certains esprits faciles. On se gardera de toute facilité ici et on plongera à bras le corps dans les dix-sept minutes de Quick Sand. Dix-sept minutes qui disent tout de cet éclairage du souterrain recherché par le trio. Ici, le flou n’est qu’illusion et les lamelles qu’ils effilochent font de la périphérie un centre grouillant, craquelé en permanence et argumentant la résonnance d’un crescendo à tiroirs.

Ainsi, l’impression d’étouffement qui semble parfois se dégager de cette musique est assez fausse pour peu que l’on fasse le choix de plusieurs écoutes. Car oui, la musique du RED Trio bouge et étend son chant sur plusieurs niveaux. Elle ruisselle, attend, contemple et amplifie un territoire sonique, qui, si déjà exploré par nombre d’improvisateur(rice)s, n’en délivre pas moins, ici, quelques essentiels émois.

RED Trio : RED Trio (Clean Feed / Orkhêstra International)
Enregistrement : 2008. Edition : 2010. 
CD : 01/ Core 02/ Flat 03/ Coda, Static 04/ Quick Sand 05/ Timewise 06/ Burning Light
Luc Bouquet © Le son du grisli

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Christian Munthe : 12 Songs (*For*Sake, 2010)

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On ne m'ôtera jamais de l'idée que la terre est plate. Plate comme une guitare, en quelque sorte. Comme celles de Derek Bailey, Eugene Chadbourne, Keith Rowe ou encore de Christian Munthe, qui autoproduit ces jours-ci 12 Songs.

Avec moins de cérébralité que Bailey, moins de folie que Chadbourne et moins d’électricité (même pas du tout) que Rowe, le Suédois concocte douze chansons qui n’en sont pas, en fait... Simplement parce que ces « chansons » sont douze improvisations qui ne tournent pas en rond, qui n’en reviennent jamais à un refrain. Sonore et mélodique ou a-mélodique mais toujours sonore, Munthe se débrouille assez bien pour faire naître des vocations. Il suffit d’écouter et de se rendre compte que l’expérimentation chante elle aussi. Et, subsidiairement, que la terre est plate.

Christian Munthe : 12 Songs (*For*Sake)
Edition : 2010.
CD-R : 01-12/ 12 Songs.
Pierre Cécile © son du grisli

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