Le son du grisli

Bruits qui changent de l'ordinaire

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Jazz en MarsA paraître : le son du grisli #5En librairie : Bucket of Blood de Steve Potts

Failing Lights : Failing Lights (Intransitive, 2010)

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Mike Connelly a joué dans Wolf Eyes et dans Hair Police avant de créer Failing Lights pour enregistrer sans l’aide de personne, pour expérimenter sans l’aide de personne…

En se servant d’enregistrements qu’il possède de pluie ou de cris d’oiseaux, Connelly compose seul et contre tous – ces « tous » que le musicien schizophrène cache en lui – des titres de Jugement Dernier. Ce qui veut dire que mes enceintes en ont pour leurs membranes, qui tremblent autant lorsqu’elles vomissent des hurlements de bêtes sauvages que des déflagrations soniques.

Superbe disque bruitiste, Failing Lights fait la différence parce que Connelly y ajoute des idées originales : des bouts de guitare jouée au ralenti, par exemple, ou la confection de que qu’on pourrait appeler du Chaâbi expérimental. C’est fou ce qu’on trouve comme variété de musiques ou plutôt de sous-catégories dans chaque catégorie de styles aujourd’hui. Dans le monde Bruitisme / Drone / Expérimental, c’est Failing Lights qui le prouve.

Failing Lights : Failing Lights (Intransitive / Metamkine)
Edition : 2010.
CD : 01-05/ Failing Lights
Pierre Cécile © Le son du grisli



Richard Pinhas : Metal/Crystal (Cuneiform, 2010)

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La musique de Richard Pinhas, au moins depuis quelques années, fait ressentir le même frisson qu'une musique celtique jouée par un ensemble de cornemuses. La comparaison peut paraître incongrue, mais on retrouve bien dans les deux un puissant bourdon, un puissant son continu qui vient perturber votre rythme biologique.

En fait, non pas qu'il le perturbe, mais il demande bien une adaptation de l'oreille, du corps, de l'esprit, pour apprécier pleinement les textures sonores produites. Ce n'est d'ailleurs pas plus incongru que de dire que Richard Pinhas joue de la « guitare électrique ». Ou alors il faut penser à Jimi Hendrix cramant sa guitare pendant un bon quart d'heure voire une demi-heure, les durées de chacun des morceaux du double album Metal/Crystal. Et il ne cramerait pas sa guitare avec un peu d'essence et une allumette, mais avec un chalumeau finement réglé et ajusté pour faire varier les vibrations de chaque corde, tout en se souciant de ne pas les rompre. Autant dire que Richard Pinhas joue « de l'électricité ».

Tout comme son compère Didier Batard, vieille connaissance de l'époque d'Heldon, qui fait vibrer des cordes de basse semblant être de la taille d'un câble d'alimentation de TGV. Heldon est pour ainsi dire au complet avec Patrick Gauthier au mini-moog. D'autres experts en mégawatts sont présents sur ce double-album : Merzbow et Wolf Eyes. Il faut donc s'attendre à des bruits de fraiseuse soigneusement contrôlés et de mécanismes d'horloge astronomique, à de l'industrieux consciencieux et à de l'électronique arithmétique. Le deuxième disque de l'album fait d'ailleurs une large place à tout cela, Richard Pinhas laissant sa « guitare électrique » au repos pendant de longs moments. Ainsi, Metal/Crystal est peut-être bien son album le plus expérimental à ce jour, et pourtant les précédents n'ont pas tellement eu l'honneur d'être programmés sur FIP.

Richard Pinhas : Metal/Crystal (Cuneiform / Orkhêstra International)
Enregistrements : 2009-2010. Edition : 2010.
Avec : Merzbow (electronics), Wolf Eyes (electronics), Antoine Paganotti (drums), Didier Batard (bass), Patrick Gauthier (mini-Moog), Duncan Pinhas (electronics), Jerome Schmidt (electronics), Richard Pinhas (guitars and electronics).
CD 1 : 01/ Bi-Polarity (Gold) 02/ Paranoia (Iridium) 03/ Depression (Loukoum) - CD 2 : 01/ Hysteria (Palladium) 02/ Schizophrenia (Silver) 03/ Extra Track : Legend.


Angharad Davies, Axel Dörner : AD (Another Timbre, 2010)

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D'initiales et d'intérêts sonores qu'ils ont en commun, Angharad Davies et Axel Dörner ont fait un disque : AD. Là, se mêlent, comme attendu, trompette et violon ; comme attendu, avec une subtilité folle.

Précautionneux, le duo investit l'improvisation : messages adressés par tubes pneumatiques auxquels répondra une corde irritée par l'archet ; long sifflement aléatoire et puis, maintenant, quelque chose comme deux archets suspendus... Avec les musiciens, l'auditeur quitte alors le champ du soupçon, entre dans celui de l'invective polie avec patience et efficiente d'autant. Dörner y va de son râle grave et Davies d'une méthode d'accompagnement revêche, l'endurance ADmirable en plus.


Angharad Davies, Axel Dörner, AD (extrait). Courtesy of Another Timbre

Angharad Davies, Axel Dörner : AD (Another Timbre / Metamkine)
Enregistrement : 2008. edition : 2010.
CD : 01/ Stück Un 02/ Stück Dau 03/ Stück Tri
Guillaume Belhomme © Le son du grisli


Diego Chamy, Axel Dörner : Super Axel Dörner (Absinth, 2010)

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S’il ne fut pas à l’origine d’un What Matters to Ali inoubliable, on se souvient quand même avoir entendu déjà sur disque le percussionniste Diego Chamy et le trompettiste Axel Dörner. Sur Super Axel Dörner, on trouve aujourd’hui deux autres titres.

Dans lesquels s’engouffrent encore beaucoup de silences lorsque la parole n’est pas donnée à Chamy : récitation incantatoire puis excès de précaution sur une cymbale minuscule. En réponse, Dörner répète une note longue qui, à force de déplacer le projet initial de son partenaire, parvient à l’attirer à lui puis à le convaincre d’adopter le parti d’une abstraction fugitive. Le fidèle et son disciple se réfugient alors dans la matière sonore : discussion endurante à laquelle une réverbération légère fait cent propositions. Pour applaudir tout de suite à l’entente du duo, il aurait donc fallu publier ce disque-là en premier : puisque les enregistrements de Super Axel Dörner et de What Matters to Ali datent de la même époque.


Axel Dörner, Diego Chamy, Super Axel Dörner (extrait). Courtesy of Absinth

Diego Chamy, Axel Dörner : Super Axel Dörner (Absinth / Metamkine)
Enregistrement : 2006. Edition : 2010.
CD : 01/ April 20th, 2006 02/ September 5th, 2006
Guillaume Belhomme © Le son du grisli


Taylor Deupree : Shoals (12K, 2010)

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On pourrait croire que Taylor Deupree a enregistré Shoals sur une balançoire. En effet, il fait la plupart du temps de deux notes la base de son univers. Et celui-ci n’est pas fait pour déplaire : à ce point que Shoals est le plus pertinent de ses disques depuis longtemps.

Dans les airs ou dans les mers (et rarement sur terre), Deupree continue de faire pousser une nature diaphane qui n’existe que dans son esprit. Rêveur et mystérieux mais jamais naïf (comme cela a pu lui arriver par le passé), son image est moins floue que d’habitude. Il y transparaît désormais, pour faire la balance avec sa douceur légendaire, une épaisseur bienvenue. L'union ne peut que vous engager à vous procurer Shoals. « De toute urgence », pourrais-je conclure, si l’urgence n’était pas un concept que la musique de Taylor Deupree ignore.

Taylor Deupree : Shoals (12K / Metamkine)
Edition : 2010.
CD : 01/ Shoals 02/ Rusted Oak 03/ A Fading Found 04/ Falls Touching Grasses
Pierre Cécile © Le son du grisli



Rdeča Raketa : Old Girl, Old Boy (Mosz, 2010)

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Duo formé de la Slovène (basée à Vienne) Maja Osojnik et de l’Autrichien Matija Schellander (déjà entendu dans Metalycée), Rdeča Raketa – prononcer Rdetcha Raketa – emmène l’auditeur en une extraordinaire promenade fantasmagorique dans les contrées turntablisées de Philip Jeck et de Giuseppe Ielasi.

Grâce à la combinaison épatante d’enregistreurs à cassette, de Paetzold recorder, de jouets, de basse électrique et de multiples outils électroniques, les deux complices démontent les concepts nauséeux et placent la bravoure libertaire au centre de leur attention, nourrie d’opposition à tout préjugé. Mariant la décalcomanie à la bravoure sonore, débusquant au coin d’un magasin de jouets pour grands enfants exilés sur Touch ou Schoolmap Records les sonorités d’un voyage au pays de tous les (im)possibles, Osojnik et Schellander déclinent en une seule longue plage un dynamisme intellectuel qui n’exclut ni plaisir ni lucidité. Et pour vous donner une idée encore plus exacte de la vitalité neuronale extrême de notre duo favori – rayon nouveautés 2010, on vous invite à fouiller YouTube , vous y dénicherez une épatante performance au Sonntags Abstrakt de Graz.


Rdeča Raketa, Old Girl, Old Boy (extrait). Courtesy of Mosz

Rdeča Raketa : Old Girl, Old Boy (Mosz)
Edition : 2010.
CD : 01/ Old Girl, Old Boy
Fabrice Vanoverberg © Le son du grisli


Interview de Gunter Hampel

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De Music from Europe à Transparent, le parcours musical de Gunter Hampel a de quoi impressionner. Impressionnante aussi est la manière qu’il a de se souvenir : ainsi, un sens rare du détail, une collection d'impressions et un faible certain pour les digressions auront nécessité le découpage en deux parties d’un entretien-fleuve. Dans lequel on croisera les figures de Jeanne Lee, Eric Dolphy, Marion Brown, Steve McCall, Anthony Braxton et même d'un Gunter Hampel à la troisième personne…  [la suite]


Gen Ken Montgomery : Birds + Machines (Pogus, 2010)

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Gen Ken Montgomery est un artiste « culte », autrement dit « confidentiel » même si un peu moins depuis que son vieux complice Al Margolis a publié sur son label (Pogus) une compilation de ses œuvres. Estampillé Années 80.

Que ceux qui réclament toujours plus de sons (et même peut être du bruit, du bruit et encore plus de bruit) se réjouissent : Birds + Machines leur en donnera beaucoup. Des rires d’oiseaux perdus dans le brouillard ; des boîtes à beats terribles ; des moulins à paroles lancés à toutes vitesses ; des prises de sons des ténèbres ; pour faire court et en quatre mots : des expérimentations en tous genres. Parfois, Montgomery sonne indus et parfois il sonne pop comme Arthur Russell a pu en son temps sonner expérimental. Birds + Machines est donc une belle découverte.

Gen Ken Montgomery : Birds + Machines (Pogus / Metamkine)
Edition : 2010.
CD : 01/ Gen Ken Live at the Dive (excerpt) 02/ Birds & Machines (Machine Suite) 03/ Birds & Machines (Bird Suite) 04/ Nylon Glasses 3 am 05/ Friedhof 06/ Seelisch 07/ Subliminal Clutter (part 1) 08/ Subliminal Clutter (part 2) 09/ Subliminal Clutter (part 3) 10/ Crema di Roma 11/ MC extraordinaire : Ann Craig 12/ Shoot Me Down 13/ Treat the Hell Out of It 14/ Falling Down Stairs 15/ B+M Redux
Pierre Cécile © Le son du grisli


Palagrachio : Looking for a Looking for (Uceroz, 2010)

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Associé à son compatriote le pianiste Peter Graham (pseudonyme avoué de Jaroslav Stastny-Pokorny), Ivan Palacky poursuit régulièrement ses travaux de couture à vide sous le nom de Palagrachio.

Derrière une machine à coudre – Dopleta 160, pour les connaisseurs – dont le mouvement d’aiguille ne menace rien d’autre que le silence, Palacky anéantit sur Looking for… le romantisme défendu par d’insistants arpèges de piano. Frappé et bientôt abattu, l’instrument classique se fait en conséquence de plus en plus discret : touches osées à peine suivies de pincements de cordes et puis de résonances. Une construction de petits bruits hétéroclites clôt l’altercation.

La seconde pièce voit Graham passer à l'harmonium pour confectionner des drones qui exigeront de Palacky une autre forme d’intervention : ronronnant, frottant, grondant, la machine prendra là encore le dessus. Comme pour imposer son drôle d’instrument – dont l’usage se répand chez des petites mains animées par un intérêt (franc ou calculé) pour la musique expérimentale –, Ivan Palacky aura donc éprouvé le besoin de mettre à mal piano et harmonium ; autant que radical, l’assaut fut réfléchi. Pour preuves : seulement 60 copies.

Palagrachio : Looking for a Looking for (Uceroz)
Enregistrement : 2006. Edition : 2010.
CD : 01/ Looking for… 02/ A Looking for
Guillaume Belhomme © Le son du grisli


Donat Fisch, Christian Wolfarth : Cirle & Line 2 (Leo, 2009)

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Familier du label Leo (avec Momentum ou WWW), Christian Wolfarth (percussion) délivre ici, en compagnie du saxophoniste (alto & ténor) Donat Fisch, dix ans après le disque inaugural du duo chez Unit Records, un enregistrement étonnant – du moins à l’aune des récentes productions du percussionniste…

Travaillant sur des matériaux aussi secs que primordiaux mais calorifiques, les agençant en « danses parlées » (qu’on qualifierait – l’auteur du livret n’a pas tort – d’ornettiennes), souvent entraînantes, parfois sur le fil du lyrisme mais sans solennité, les deux membres de Circle & Line séduisent ! Sans bluff, avec un beau son ouvert, Fisch et ses compositions trouvent en Wolfarth un autre amateur de palette réduite : dans ce contexte, le batteur se montre bondissant sans rien sacrifier de ses fouilles de textures sonores (mates, martelées, cliquetantes, accélérées – de Blackwell à Hauser et au-delà), sobre mais néanmoins parfaitement engagé. D’excellentes interactions chantantes en découlent.

Donat Fisch, Christian Wolfarth : Cirle & Line 2 (Leo Records / Orkhêstra International)
Edition : 2009.
CD : 01/ Stalo 02/ Marias Blues 03/ Merlodie 04/ Für Christian 05/ 15 06/ Desmond 07/ Staka 08/ Besen Besen 09/ Elva
Guillaume Tarche © Le son du grisli



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