Le son du grisli

Bruits qui changent de l'ordinaire

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Donat Fisch, Christian Wolfarth : Cirle & Line 2 (Leo, 2009)

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Familier du label Leo (avec Momentum ou WWW), Christian Wolfarth (percussion) délivre ici, en compagnie du saxophoniste (alto & ténor) Donat Fisch, dix ans après le disque inaugural du duo chez Unit Records, un enregistrement étonnant – du moins à l’aune des récentes productions du percussionniste…

Travaillant sur des matériaux aussi secs que primordiaux mais calorifiques, les agençant en « danses parlées » (qu’on qualifierait – l’auteur du livret n’a pas tort – d’ornettiennes), souvent entraînantes, parfois sur le fil du lyrisme mais sans solennité, les deux membres de Circle & Line séduisent ! Sans bluff, avec un beau son ouvert, Fisch et ses compositions trouvent en Wolfarth un autre amateur de palette réduite : dans ce contexte, le batteur se montre bondissant sans rien sacrifier de ses fouilles de textures sonores (mates, martelées, cliquetantes, accélérées – de Blackwell à Hauser et au-delà), sobre mais néanmoins parfaitement engagé. D’excellentes interactions chantantes en découlent.

Donat Fisch, Christian Wolfarth : Cirle & Line 2 (Leo Records / Orkhêstra International)
Edition : 2009.
CD : 01/ Stalo 02/ Marias Blues 03/ Merlodie 04/ Für Christian 05/ 15 06/ Desmond 07/ Staka 08/ Besen Besen 09/ Elva
Guillaume Tarche © Le son du grisli



Krautrock, Cosmic Rock And Its Legacy (Black Dog, 2010)

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Krautrock, Cosmic Rock and its Legacy frappe d'emblée par sa couverture reprenant la pochette de l'album We Keep On d'Embryo (1973). Elle évoque immédiatement et avec une évidence criante la couverture de The Crack In The Cosmic Egg, qui arborait aussi un œuf à la coque (basé sur la pochette du premier album de Karthago publié en 1971). L'encyclopédie The Crack In The Cosmic Egg de Steven et Alan Freeman, datant de 1996, est la grande référence dans le domaine du Krautrock. Épuisée, elle est aujourd'hui disponible en version cd-rom et en version light sur Internet. En reprenant une couverture quasiment identique les éditions Black Dog veulent au pire jouer sur la confusion, au mieux faire un clin d'œil extrêmement appuyé. Autre constat, plus sympathique, Krautrock, Cosmic Rock and its Legacy reprend, c'est son droit, le plan de mon livre Au-delà du Rock (le responsable de Blag Dog m'avait d'ailleurs contacté et m'avait fait part de la grande utilité du livre). Le plan se décompose donc ainsi : une partie historique introductive (qui a ici l'originalité d'être constituée de quatre longs textes d'auteurs différents) ; une partie Band Profiles (une trentaine de groupes) ; une partie sur les labels ; une partie sur les producteurs et ingénieurs du son. A celles-là ont été ajoutées en fin d'ouvrage une chronologie et une traduction anglaise de l'article « Le rock allemand, enfin ! » de feu Jean-Pierre Lentin, paru dans Actuel en 1973.

Les grands noms du Krautrock sont là : Amon Düül et Amon Düül II, Ash Ra Temple, CAN, Cluster, Faust, Kraftwerk, Neu!, Popol Vuh, Tangerine Dream, Klaus Schulze... D'autres moins connus sont abordés, notamment Anima, Between, Nektar et Spacebox. Les principaux contributeurs à cet ouvrage collectif sont Ken Hollings, David Keenan et David Tubbs, tous trois collaborateurs à The Wire, Brian Morton, animateur à BBC Radio 3 et Archie Patterson d'Eurock. Ils signent des textes précis et allant à l'essentiel, dont la lecture est juste un peu contrariée par une typographie trop petite rappelant celle d'une machine à écrire.

Ce sont surtout les quatre textes introductifs par David Stubbs, Ken Hollings, Erik Davis et Michel Faber qui apportent du grain à moudre. Sans éviter une certaine redondance, ils soulignent chacun à leur manière l'originalité du Krautrock, son enracinement dans la culture allemande, sa valeur permanente en tant que source d'inspiration. L'essayiste Erik Davis présente l'approche la plus intéressante et originale en proposant une lecture philosophique du terme « Kosmische ». Partant de la musique des sphères de Pythagore, il glisse vers le concept esthétique de sublime puis aborde l'importance pour l'être humain des découvertes astronomiques d'Edwin Hubble.

Mais le principal atout de l'ouvrage est la quantité des illustrations proposées. Outre les inévitables pochettes de disques ils présentent des images d'archives et des photos rares, quelques-unes très probablement publiées pour la première fois.

Krautrock, Cosmic Rock And Its Legacy (Black Dog Publishing)
Edition : 2010.
Eric Deshayes © Le son du grisli

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Les éditions Black Dog proposent aux lecteurs du son du grisli une remise de 40% sur le prix de cet ouvrage comme sur celui de tout autre référence de leur catalogue musique. Pour profiter de cette offre, contacter Jessica.


William Parker : I Plan to Stay a Believer (AUM Fidelity, 2010)

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Difficile de regretter l’écoute d’un disque tel que qu’I Plan to Stay a Believer. Intéressant sur le papier (hommage enregistré au répertoire de Curtis Mayfield), le projet était en plus porté par un musicien capable de le transcender : William Parker. Mais pour refuser la facilité – qui aurait été pour lui d’interpréter en petite formation de jazz quelques thèmes de Mayfield –, le contrebassiste peine à convaincre.

Parce qu’il a choisi de donner dans la chanson en grande compagnie et avec une sorte d’abandon aussi optimiste qu’est honnête sa démarche, Parker apparaît en simple élément d’un ensemble qu’il aurait dû plutôt conduire – plusieurs fois, qui plus est, puisqu'il s'agit ici d'enregistrements de concerts donnés entre 2001 et 2008. Si Leena Conquest et Amiri Baraka, vocalistes impérieux choisis pour l’occasion, démontrent d’un savoir-faire adéquat à l’hommage et si quelques élans improvisés dus à des partenaires de choix (Sabir Mateen, Daryll Foster, Lewis Barnes, Dave Burrell, Hamid Drake…) ravivent de temps à autre l’intérêt de l'écoute, l’ensemble joue souvent de maladresses : ici, le chœur penche dangereusement vers l’amateurisme ; là, l’exercice fait figure de soul molle surtout lorsqu’on se souvient de la ferveur contagieuse contenue dans les originaux de Freddy’s Dead ou Move on Up.

Sans doute, le choix de s'incliner devant le répertoire de Mayfield sur scène plutôt qu’en studio n’est-il pas pour rien dans le résultat bancal, qui aurait surement profité de répétitions supplémentaires. En conséquence, la célébration en demi-teinte brille seulement par la bonne humeur qui y règne.

William Parker : I Plan to Stay a Believer. The Inside Songs of Curtis Mayfield (AUM Fidelity / Orkhêstra International)
Enregistrement : 2001-2008. Edition : 2010.
CD1 : 01/ I Plan to Stay A Believer 02/ If There's A Hell Below 03/ We The People Who Are Darker than Blue 04/ i'm So Proud / Ya He Yey 05/ This Is My Country (Paris) – CD2 : 01/ People  Get ready / The Inside Song 07/ This Is My Country (New York) 08/ It's Alright 09/ Move on Up 10/ Freddie's Dead 11/ New World Order
Guillaume Belhomme © Le son du grisli


Jorrit Dijkstra : Pillow Circles (Clean Feed, 2010)

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Jorrit Dijkstra appartient à cette tribu de musiciens qui ne peuvent réduire leur musique à une seule sphère. Ainsi, après l’épisode chicagoan des Flatlands Collective (Jeb Bishop, Jason Roebke et Frank Rosaly poursuivent ici l’aventure), Pillow Circle confirme le désir qu’a le saxophoniste néerlandais d’instruire jazz, improvisation et musique contemporaine (et nouveauté : le rock avec un hommage au groupe Radiohead).

Mais là, où précédemment tout semblait délimité et à la limite du cadenassé, le présent CD prend le parti de faire s’enchâsser et se croiser les cellules. Ainsi, telle pièce débutée en improvisation libre trouvera-t-elle son salut dans une composition à tiroir(s) où s’aventurent de swinguant riffs de cuivres avant dislocation et transformation de la matière jazz en une masse bruitiste et saturante.

Hors des tournis et des zappings faciles, ne se gênant pas d’ouvrir large le spectre des contraires (montées ici, resserrements là), Jorrit Dijkstra, Tony Malaby, Jeb Bishop, Oene Van Geel, Paul Pallesen, Raphael Vanoli, Jason Roebke et Frank Rosaly réussissent là où d’autres ont échoué, à savoir réunifier avec fluidité quelques-uns des possibles de la musique d’aujourd’hui. A suivre donc…

Jorrit Dijkstra : Pillow Circles (Clean Feed / Orkhêstra International)
Enregistrement : 2009. Edition : 2010 
CD : 01/ Pillow Circle 34 02/ Pillow Circle 41 03/ Pillow Circle 18 04/ Pillow Circle 55 05/ Pillow Circle 65 06/ Pillow Circle 88 07/ Pillow Circle 19 08/ Pillow Circle 10 09/ Pillow Circle 23
Luc Bouquet © Le son du grisli


Yusef Lateef, Celer, Thomas Ankersmit, Tomas Phillips, Bent Spoon Duo, Carl Ludwig Hübsch, Christoph Schiller, Stasis Duo

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lateef

Yusef Lateef, Adam Rudolph : Towards the Unknown (Meta, 2010)
Towards the Unknown est la rencontre de deux multi instrumentistes (Adam Rudolph et Yusef Lateef) et aussi un hommage adressé par le premier au second. Malheureusement, Towards the Unknown est aussi un disque peu recommandable sur lequel de petits orchestres donnent sérieusement de la voix, du tambourin ou du synthétiseur. De bons sentiments évoluant en vase clos, donc : irrespirable. (gb)

celer

Celer : Dying Star (Dragon’s Eye Recordings, 2010)
Avec Dying Star de Celer (Will Long et Danielle Baquet-Long), les codes de l’écurie Dragon’s Eye Recordings sont respectés : on est ici dans une ambient diaphane. C’est délicat et ça se contente d’une note et de ses variantes automnales. Mais, le soleil de la pochette nous aveuglant, impossible d'y reconnaître la moindre identité. (pc)

ankersmit

Thomas Ankersmit : Live in Utrecht (Ash International, 2010)
Il aurait fallu assister à ce Live in Utrech de Thomas Ankersmit pour savoir d’où sortaient tous ces bruits (drones, chuintements, éructations, larsens, notes de synthés et des samples pour couronner le tout). Il aurait fallu assister à ce live pour connaître aussi notre réaction face à autant d’agressions (des représailles, peut-être ?). Mais pour calmer ses ardeurs et les nôtres, Ankersmit terminait sa prestation sur un air de folk : très bizarre et très acceptable tout ça. (pc)

phillips

Tomas Phillips : Quartet for Instruments (Humming Conch, 2010)
Le titre est simple et la musique est plutôt belle. Quartet for Instruments est une pièce de tendresse où un piano, une clarinette, un violoncelle et des traitements électroniques, se disputent des cauchemars éclairés à la bougie. On pense parfois à Michael Nyman ou à Taylor Deupree alors que l’œuvre est celle de Tomas Phillips. (hc)

bent

Bent Spoon Duo : Cover Prince (Bug Incision, 2010)
Sur Cover Prince, Chris Dadge (violon et guitare) et Scott Munro (violon et « partial trombone ») se frottent l’un à l’autre. Eloge du crin-crin et souffles courts pour tout panache, le duo démontre d’un je m’enfoutisme contagieux puisque l’auditeur finit par relativiser lui aussi. Trois applaudissements sur la fin du disque. (gb)


Hubschiller

Carl Ludwig Hübsch, Christoph Schiller : Giles U. (Another Timbre, 2010)
Sortis de Millefleurs, Christoph Schiller et Carl Ludwig Hübsch dialoguent à l'épinette et au tuba. Passé les premières craintes – notamment celle de voir le duo se satisfaire de la juxtaposition de souffles souffreteux et de cordes étouffées –, un système évolutif se met en place qui saura jouer des contrastes. Grâce à l'usage que Schiller fait de l'électricité et à la grave répartie d'Hübsch, Giles U. parvient à convaincre d’un bout à l’autre de ses sept mouvements. (gb)

stasis

Stasis Duo : - (L’innomable, 2010)
Après 3, Adam Sussman et Matt Earle continuent de donner dans les bruits blancs. Sur ce disque sans titre, ils travaillent le numérique un peu à la manière d’Ikeda si ce n’est en plus agressif. Leurs armes sont des larsens qui forment une œuvre trop clinique pour être honnête. (pc)



Hannes Loeschel : Songs of Innocence (Col Legno, 2010)

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Sur des poèmes de William Blake, le pianiste Hannes Loeschel a composé Songs of Innocence, recueil de chansons qui renouvellent le genre pour être servies par des musiciens avertis d’autres musiques dont sont par exemple Phil Minton (voix), Clayton Thomas (contrebasse), Burkhard Stangl (guitare, Fender Rhodes) ou Mathias Koch (batterie) – ces trois derniers formant avec Loeschel le projet Exit Eden.

Malgré l’acuité avec laquelle les huit musiciens convoqués s’attèlent à ces poèmes mis en musiques, certains titres s’avèrent anecdotiques seulement – brouillons évoquant grossièrement Divine Comedy (Night) ou Nick Cave (The Echoing Green). Heureusement, pour équilibrer les penchants rock-cabaret de Lauschel, compter sur l’expérience de Theresa Eipeldauer et Phil Minton (sur Introduction, l’entendre défendre en chanteur sage les charmes d’un hymne crépusculaire) ; et puis, pour changer l’accompagnement de rigueur en moments instrumentaux vertigineux, Stangl semble aussi diriger le groupe : Spring et The Chapel of Gold brillant en conséquence en pièces majestueuses dont le dérangement bruitiste aurait pu profiter aux dix-huit pièces de Songs of Innocence et lui permettre ainsi de faire encore mieux.


Hannes Loeschel, Introduction. Courtesy of Col Legno

Hannes Loeschel : Songs of Innocence (Col Legno / Amazon)
Enregistrement : 2009. Edition : 2010.
CD : 01/ Introduction 02/ Night 03/ Spring 04/ On Another Sorrow 05/ Laughing Song 06/ A Dream 07/ The Lamb 08/ The Shepherd 09/ The Echoing Green 10/ The Chimney Sweeper 11/ Infant Joy 12/ The Divine Image 13/ Holy Thursday 14/ The Little Boy Lost / The Little Boy Found 15/ A Cradle Song 16/ Nurse’s Song 17/ The Blossom 18/ Chapel of Gold
Guillaume Belhomme © Le son du grisli


Alva Noto : For 2 (Line, 2010)

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Personnage ardemment défendu sur le Grisli, Alva Noto compile sur For 2 les compositions dédiées à des personnages du vingtième siècle, du cinéaste russe Andrei Tarkovsky au dramaturge allemand Heiner Müller en passant par le  musicien américain Phill Niblock. En avant pour un très intéressant aperçu de la vie parallèle de l’auteur de Unitxt, entre 2003 et 2007.

Davantage inspiré par un esprit ambient qui confine au néo-classiscisme tel que l’imaginerait Wolfgang Voigt (alias GAS), Carsten Nicolai n’oublie toutefois pas complètement le minimalisme de ses beats, ceux qui nous excitent tant sur son label Raster-Noton (Garment, 13). Ici penché sur l’héritage indispensable de la musique concrète de Francisco López (Villa Aurora), là impregné d’un faux jazz viennois que pratiquerait Kai Fagaschinski aux côtés de Philip Glass (Argonaut), For 2 dévoile les multiples facettes méconnues de son auteur. Explorateur des espaces interstellaires, à l’instar de Lawrence English mais aussi de Brian Eno, le musicien de Chemnitz sublime le beau dans la pérennité alors que, trop souvent rangé dans la catégorie des producteurs d’une techno squelettique qui n’en demeure pas moins indispensable, il pourrait se contenter de capitaliser sur la recette d’une relative et bien illusoire notoriété.

Alva Noto : For 2 (Line)
Edition : 2010.
CD : 01/ Garment For A Garment 02/ Villa Aurora For Marta Feuchtwanger 03/ Pax For Chain Music 04/ Argonaut For Heiner Müller 05/ Stalker For Andrei Tarkovsky 06/ Sonolumi For Camera Lucida 07/ Interim For Dieter Rams 08/ T3 For Dieter Rams 09/ Early Winter For Phill Niblock 10/ Anthem Berlin For The Kingdom Of Elgaland-Vargaland 11/ Ans For Evgeny Murzin 12/ Argonaut-Version For Heiner Müller
Fabrice Vanoverberg © Le son du grisli


Peter Greenaway : 4 American Composers (Les films du paradoxe, 2007)

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On savait le cinéaste Peter Greenaway amateur de musique depuis que Michael Nyman signa pour lui la bande-son de Meurtre dans un jardin anglais. On peut aussi se faire une idée précise de ses goûts en visionnant quatre films réunis en coffret – celui-ci est sorti en 2007, pardon pour le retard je rentre tout juste de vacances.

Tous tournés à Londres en 1983, ce sont quatre portraits de John Cage, Robert Ashley, Philip Glass et Meredith Monk. Dans des styles différents, les sujets agissent avec la même passion mais pas avec les mêmes armes : Cage en dit, par exemple, plus sur sa façon de voir les choses quand il rit à gorge déployée et Monk passe elle sans arrêt par le geste pour ajouter une touche de séduction supplémentaire à sa palette vocale. Si ces deux films-là sont les plus beaux (en associant chorégraphie et musique, Monk a trouvé à ce moment précis la recette idéale à son expression), la lecture des autres apporte son lot de surprises : Ashley, droit comme un i derrière un pied de micro, apparaît sur l'écran en narrateur d’un opéra télé baroque mais peut être trop « daté 80 ». Glass dirige son Ensemble avec une certaine prestance (le temps n'est pas encore venu de sa grandiloquence) et fait en interview le vœu que les gens apprennent à « écouter autrement ». Et si ce vœu nécessitait pour être exaucé l’aide de l’image, Peter Greenaway aura été l’intermédiaire parfait.

Peter Greenaway : 4 American Composers (Les films du paradoxe, 2007).
Réalisation : 1983. Edition : 2007.
Héctor Cabrero © Le son du grisli


McPhee, Brötzmann, Kessler, Zerang : The Damage Is Done (Not Two, 2010)

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Toujours ici : penser à Ayler. Reconsidérer le spasme et ne plus jamais faire de la convulsion un cri de révolte. Ou alors : pas uniquement. Entendre et étendre le message. Ne jamais l’éteindre. A ceux qui le peuvent encore : écouter et ne plus prendre fuite. Faire en sorte que leur cri ne soit pas cri dans le désert. Douter car à qui cette musique chante-t-elle aujourd’hui ? Qui en est assez sage pour en décrypter l’élan ?

Penser à Ayler donc. Mais fuir les comparaisons. Il serait facile de dire que Peter Brötzmann serait Ayler et que Joe Mc Phee serait Don Cherry et Don Ayler réunis (Je est donc deux autres). Et puis Kent Kessler serait…et puis Michael Zerang serait… Oublier tout cela, oublier l’avoir pensé, écrit.

C’est leur troisième disque. C’est un double CD. Enregistré en public (16 mars 2008. Alchemia. Cracovie). Il n’y a pas de round d’observation. Pas d’indications ou de clin d’œil. Juste un chant gorgé d’amour. Gagné d’amour. Et de hargne, si vous le voulez à tout prix. Mais je ne vous suivrais pas sur cette voie. Ici, je n’entends que quatre musiciens qui cherchent, s’autorisent à se tromper de route, à brouiller le convenu (le deuxième CD malaxe la palette sonique, croise des souffles inquiets). « McPhee est perdu, en retrait, gêné par l’ogre Brötz » brailleront les spécialistes. Laissons-les brailler : qu’il est doux de n’être pas spécialiste. Ici : juste enthousiaste à cette libre et envoutante musique.

Joe McPhee, Peter Brötzmann, Kent Kessler, Michael Zerang : The Damage Is Done (Not Two / Instant Jazz)
Enregistrement : 2008. Edition : 2010.
CD1 : 01/ The Damage Is Done 02/ Alchemia Souls - CD2 : 01/ A Temporary Trip 02/ With Charon 03/ On the Acheron 04/ Into the Hades
Luc Bouquet © le son du grisli


Frank Reinecke : Music for Double Bass (Neos, 2010)

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Ce que le contrebassiste Frank Reinecke entend par « Music » sur ce Music for Double Bass appartient au champ d’une musique contemporaine inquiète autant de silences que de déferlements. A son répertoire, donc, des œuvres de Giacinto Scelsi (Nuits), Isang Yun (Für Aki I & II), Iannis Xenakis (Theraps), Manfred Stahnke (Streetmusic III), Hans Werner Henze (S. Biagio 9 Agosto Ore 1207) et Bent Lorentzen (Tiefe) – ce dernier et Stankhe dédiant d'ailleurs leur pièce à Reinecke.

Sur le fond comme sur la forme, Frank Reinecke travaille en instrumentiste assuré mais aussi en faiseur de tableau surprenant : Scelsi est ainsi célébré en lyrique fertile et Xenakis en penseur épris de mélodie au point de céder à l’appel de sirènes. Ailleurs, l’archet multiplie lignes courbes et points de fuite : dépeignant tour à tour les affres du bourgeois tourmenté sur une tiède partition d’Henze ou examinant les allers et retours sur le papier des fantastiques folies obsessionnelles de Lorentzer – la raison du contrebassiste gagnant là en clarté et en évidence au point d’égaler bientôt son convaincant souci de création.

Frank Reinecke : Music for Double Bass (Neos / Codaex)
Enregistrement : 2004-2006. Edition : 2010.
CD : 01-02/ Nuits (C’est bien la nuit / Le réveil profond) 03-04/ Für Aki I & II 05/ Theraps 06/ Streetmusic III 07/ S. Biagio 9 Agosto Ore 1207 - Ricordo Per Un Contrabbasso Solo 08/ Tiefe
Guillaume Belhomme © Le son du grisli



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