Le son du grisli

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Archives des interviews du son du grisli

Matmos, Wobbly, J Lesser : Simultaneous Quodlibet (Important, 2010)

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Quid de Simultaneous Quodlibet, le disque issu de la collaboration de Matmos, Wobbly et J Lesser ? Un album studio farfelu après une longue partie de ping pong sonore ? Exactement !

Il fallait s’y attendre : Simultaneous Quodlibet n’a ni queue ni tête, aucun plan et presque d’ailleurs aucune raison d’être. Pourtant, ses jeux de constructions pop, remplis d’humour et de clins d’oeil, font souvent impression. Entrer dans ce disque c’est un peu comme aller à la foire : ici une attraction vous attire et là une autre vous fatigue d’avance. Encore : l’association Lesser Matmos Wobbly fait penser parfois à Stereolab ou même McCarthy (par sa naïveté pop mais efficace). Enfin : d’autres fois, elle se montre capable d’une belle originalité, comme sur la fantaisie aérienne du sixième morceau. Alors, quid ? Excentrique !


Matmos, Lesser, Wobbly, 6 (extrait). Courtesy of Important.

Matmos, Wobbly, J Lesser : Simultaneous Quodlibet (Important)
Edition : 2010
CD / LP : 01-06/ Simultaneous Quodlibet
Pierre Cécile © Le son du grisli



Interview de Fritz Hauser

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A seize ans, la sonorité d’une grande cymbale a ravi Fritz Hauser. Depuis, celui-ci est passé par le Conservatoire de Musique de Bâle, le groupe de rock Circus, des formations d’improvisation dans lesquelles on trouve Urs Leimgruber, Joëlle Léandre, Marilyn Crispell, quelques ensembles de jazz emmenés par Franz Koglmann (présences de Steve Lacy, Ran Blake…) ou Joe McPhee… Aux nombreux disques enregistrés en groupes, ajouter ceux, incontournables, que Fritz Hauser élabora en solo (série de Solodrumming), avant de pouvoir entendre ce Schraffur prometteur que le label Shiin s’apprête à mettre en valeur avec une démesure aussi rare qu’est singulier l’art de la mesure de Fritz Hauser. [lire l'interview]


Dominic Duval, Jimmy Halperin, Brian Willson : Music of John Coltrane (NoBusiness, 2010)

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Après avoir célébré ensemble le répertoire de Thelonious Monk, Jimmy Halperin (saxophone ténor) et Dominic Duval (contrebasse) investissent en compagnie de Brian Willson (batterie) le répertoire de John Coltrane (johncoltrane).

Avec une distance élégante, Halperin envisage d’abord Giant Steps sur le swing las décidé par ses partenaires : l’évocation est loyale, l’invention de Duval nette et l’implication de Willson mince. Pour faire prendre quelques « risques » au trio, Duval devra ainsi multiplier précipitations voire ruades : Moments Notice y gagne et Living Space en échange ses soucis de révérence contre une impétuosité bienvenue.

A mi-parcours, constater un retour aux premiers démons : clins d’œil d’usage au thème, intensité aléatoire voire plate récitation de l’air (Naima). Honnête mais trop sage peut-être ; probe seulement.

Dominic Duval, Jimmy Halperin, Brian Willson : Music of John Coltrane (NoBusiness)
Enregistrement : 2009. Edition : 2010.
CD : 01/ Giant Steps 02/ Moments Notice 03/ Living Space 04/ Sveeda’s Song Flute 05/ Naima 06/ A Love Supreme (Pursuance)
Guillaume Belhomme © Le son du grisli

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Mal Waldron, Jimmy Woode, Pierre Favre : Black Glory (Enja, 1971)

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Pierre Favre, batteur de jazz, c’est ici ! Avec Mal Waldron et Jimmy Woode, un soir de juin 1971 à Munich.

La caisse claire est timbrée, la ride est aux aguets ; il faut maintenir le tempo, dialoguer avec cet obsédé de la phrase qu’est Waldron et pourquoi pas, swinguer. Mais le swing, c’est quoi au juste ? Est-ce une mécanique bien huilée, irréprochable, sans contours ni retouche ou est-ce, au contraire, une vibration qui admet l’égarement et la réorganisation des formes. A plusieurs reprises, Waldron interrompt le mouvement, distribue de nouvelles cartes. Ainsi dans The Call, slow et balais sont interrompus et dirigés vers une apprêté inattendue.

Le swing, c’est aussi, peut-être, répondre présent à toutes les sollicitations demandées par l’instant et s’y risquer malgré l’écueil des ruptures. Et elles ne manquent pas ici : des flottements, des tempos égarés puis retrouvés, et soudain, surgissant et bondissant, un solo de tambours clair comme l’eau de roche… et un jeu toujours resserré, toujours tendu ; le tout à la charge de trois musiciens, inspirés et conduits par une seule certitude : naviguer, libres et autonomes.

Mal Waldron, Jimmy Woode, Pierre Favre : Black Glory (Enja)
Enregistrement : 1971. Edition : 1989.
CD : 01/Announcement 02/ Sieg Halle 03/ La gloire du noir 04/ The Call 05/ Rock My Soul
Luc Bouquet © Le son du grisli


Lydia Lunch : The Gun Is Loaded (Black Dog, 2010)

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J’ai toujours écouté Lydia Lunch avec un certain plaisir et je l’ai toujours vue dans des postures qui me laissaient coi. Etrangement ces deux idées que j’attache (si je puis me permettre) à Lydia Lunch sont maintenant indissociables : je ne peux plus l’entendre sans la voir ni la voir sans l’entendre.

En lisant The Gun Is Loaded, mon obsession a été servie. No Wave oblige (le bout du bout du No Future et l’envers spasmodique de la Bossa Nova), il nous montre Lydia Lunch dans tous ses états de créatrice multimédia. Depuis toujours, le monde de Lydia est en décomposition, elle s’y ballade et s’y offre au tout venant sordide pour conjurer son désespoir. Ce livre traite de cette attitude : on y voit des photos d’enfants ou d’adolescents isolés, des autoportraits en rouge et pourpre, des traces d’automutilation, des hallucinations d’insomniaque…

Le titre d’une de ses installations donne un indice : You Are Not Safe In Your Own Home. Ceci étant entendu, il faut faire avec et Lydia Lunch, quand elle ne crie pas ses provocations, les couche sur papier photo ou sur feuille blanche. Ses textes sont d’ailleurs très beaux : elle y apparaît vêtue en ange du bizarre ou déguisée en diseuse de mésaventure. Pour tout cela, la lecture de cette anthologie des travaux de suture de Lydia Lunch est indispensable : à l’amateur de la dame comme au collectionneur d’étrange.

Lydia Lunch : The Gun Is Loaded (Black Dog)
Edition : 2010.
Livre : The Gun Is Loaded.
Pierre Cécile © Le son du grisli



Jason Kahn, Z'ev : Intervals (Monotype, 2010)

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Pas tant deux usages différents des percussions que deux esthétiques pulsatrices divergentes : celles de Z’ev et de Jason Kahn, celui-ci ajoutant à sa singularité l’usage du synthétiseur analogique.

Mêlés deux soirs durant en concerts à Lausanne et Zürich, les savoir-faire produisaient un art ne s’embarrassant pas de concessions : celui de Z’ev bien moins que celui de Kahn, qui imposait à Lausanne les refrains nés d’un corps impliqué aux essences environnantes de son partenaire. En d’autres termes, l’art brut de l’un faisant des matériaux dont il se sert une cage où enfermer l’art abstrait de l'autre.

Il faut attendre le second titre pour entendre Kahn trouver un début de solution au problème : la ligne électronique, plus consistante, offrant une alternative à la fruste antienne du tambour. Alors, l’accord arrangeant qui manquait aux deux pratiques s’écrit enfin sur un lot d’oscillations remuant l'endroit – ville fantôme qui n'est pas Lausanne et n'est plus, déjà, tout à fait Zürich tant le départ est proche. Après celui-ci, l'impression restera d’avoir entendu Z’ev et Kahn garder leur distances plutôt que d’avoir joué d’intervalles.


Jason Kahn, Z'ev, Zürich (extrait). Courtesy of Monotype.

Z’ev, Jason Kahn : Intervals (Monotype)
Enregistrement : 13 et 14 avril 2009. Edition : 2010.
CD : 01/ Lausanne 02/ Zürich
Guillaume Belhomme © Le son du grisli


Michael Francis Duch : Edges (+3dB, 2010)

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Le contrebassiste Michael Francis Duch inaugure avec Edges une série d’enregistrements intitulée « Music for One » sur le label +3dB. Pour donner un aperçu de la largeur et de la hauteur de sa palette, il s’est servi dans le répertoire de Christian Wolff, Earle Brown, Cornelius Cardew, Morton Feldman et Howard Skempton.

Ce n’est d’ailleurs pas tant à un exercice d’interprète que se livre Duch qu’à un jeu d’évocations de grands fantômes qui le hantent encore. Sur Edges, il pèse de tout son poids sur l’archet pour qu’apparaisse sur la partition le visage en bas-reliefs de Christian Wolff. Pareil pour Brown ou Feldman : leurs silhouettes sont dessinées dans la lenteur et dans la nuance.

Pour faire mentir le chroniqueur ou l’empêcher de mettre au jour un système, Duch s’est gardé Octet ’61 de Cardew : c’est une obsession qui tourne au drame lorsque les notes s’abattent sur le compositeur comme sur l’interprète, l’hommage est un mille-feuilles de sons démoniaques. Ce n’est même plus seulement un hommage, c’est un chant d’amour que Duch consacre à ses modèles. Et c’est un chant d’espoir qu’il offer à ses auditeurs.

Michael Francis Duch : Edges (+3dB)
Edition : 2010.
CD : 01/ Christian Wolff : Edges 02/ Earle Brown : December 1952 03/ Cornelius Cardew : Octet ’61 04/ Morton Feldman : Projection I 05/ Howard Skempton : For Strings
Héctor Cabrero © Le son du grisli


Goudbeek, Wodrascka, Jacquemyn, Lê Quan : Agiiiir (Free Elephant, 2010)

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Chacun à sa tâche, dans ce studio bruxellois, en octobre 2005, André Goudbeek (saxophone alto, clarinette basse), Christine Wodrascka (piano), Peter Jacquemyn (contrebasse) et Lê Quan Ninh (percussion) ne constituent pas le quartet du saxophoniste (ou [A]ndré [G]oudbeek [iiii]) mais un organisme complexe, un attelage cliquetant, un atelier affairé.

On y usine, cinglant soigneusement ustensiles et établis, un flux souvent râpeux, propulsé par la turbine essentielle – circulaire, piquante, artérielle – de Lê Quan et tendu par le levier de Jacquemyn. Tabac gris, postillons d’échardes, Goudbeek est certes sax rauque, réactif, de ligne de crête, mais également clarinette lyrique lorsque le groupe atteint l’état d’apesanteur et y glisse. Commandant aux averses, Wodrascka sait percuter et faire miroiter la cuirasse souple du pack humain, solidaire, qui se livre ici. Un très dense tissage ; quatre sourciers.

André Goudbeek, Christine Wodrascka, Peter Jacquemyn, Lê Quan Ninh : Agiiiir (Free Elephant / Improjazz)
Enregistrement : 2005. Edition : 2010.
CD : 01/ Wah Naa 02/ Klabats 03/ Pardaf 04/ Waddisda 05/ Jawadde
Guillaume Tarche © Le son du grisli


X_Brane : Penche un peu vers l’angle (Amor Fati, 2010)

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On ne sait véritablement ce qui « Penche un peu vers l’angle » de l’association de Bertrand Gauguet (saxophones alto et soprano), Jean-Sébastien Mariage (guitare électrique) et Mathias Pontevia (« batterie horizontale »), ou des trois pièces qu’elle improvise. Ainsi, on pourrait d’abord imaginer ou l’une ou les autres coincée(s) en bout de course dans l’angle suspromis, et diminuée(s) d’autant.

Or, il était nécessaire de prendre en compte la nature de cet angle là : rentrant. Ainsi, il libère voire refoule tout élément qui l’approche : souffles sectionnés et râles au moyen desquels Gauguet compose des chants appréciables, flirts avec harmoniques ou menues mécaniques pensés par Mariage, appels sur tom basse ou cymbale sifflante de Pontevia. A l’horizon, des lignes approchantes et puis voisines dont la transformation suffit au tableau. Soumis aux perturbations qu’il a lui-même invoquées, le trio décide d’une traversée du miroir le temps d’une belle et grave conclusion. Ainsi, il a suffi à Gauguet, Mariage et Pontevia, de se pencher ensemble pour ramasser Tazuki, Tsuri et Hishi, arrangés ensuite avec pertinence.

X_Brane : Penche un peu vers l’angle (Amor Fati / Allumés du jazz)
Enregistrement : 2008. Edition : 2010.
CD : 01/ Tazuki 02/ Tsuri 03/ Hishi
Guillaume Belhomme © Le son du grisli

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Bertrand Gauguet se produira ce vendredi soir en concert aux Instants chavirés aux côtés d'Olivier Benoît et Lê Quan Ninh.


Peter K Frey, Daniel Studer : Zwei (Unit, 2010)

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Zwei est la deuxième partie de l’histoire écrite en commun par Peter K Frey et Daniel Studer, deux contrebasses qui mettent dans tous ses états le bel instrument de bois et de cordes sous le nom de Kontrabassduo Studer-Frey.

Auparavant, le duo – apprend-on après une recherche rapide – était allé voir du côté de l’électronique pour ce faire. Aujourd’hui, il ose s’attaquer sans plus d’artifices au corps voluptueux de la contrebasse. A mains nues ou à l’archet, Frey et Studer revoient tout ce qu’ils ont appris, le baroque comme le contemporain, le folklore enfoui en canton et le bestial qui en eux chante à coups de claques qui revigorent l’instrument.

L’échange improvisé brille de mille éclats jusqu’au moment de la dernière pièce de musique de ce Zwei doublement triplement etc recommandé. Cette dernière pièce est la plus belle de toutes : aux coups de canifs-archets répondent des sauts d’archets-puces et au feu qui l’a précédée elle oppose l’eau qui dort selon l’adage (« il n'y a pas le feu au lac », c'est une chose entendue à Zurich comme ailleurs). Plus contemporaine de forme, cette conclusion vous laisse un goût d’ « il s’appelle revient », étant entendu que cet « il » n’est autre que l’auditeur, n’est autre que vous-même.

Peter K Frey, Daniel Studer : Zwei (Unit)
Edition : 2010.
CD : 01-06/ Zwei
Héctor Cabrero © Le son du grisli



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