Le son du grisli

Bruits qui changent de l'ordinaire


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Archives des interviews du son du grisli

Radu Malfatti, Stephan Wittwer : Und?... Plus (FMP, 2010)

malfasliAugmenté d’un Untitled? de quatorze minutes quatorze, UND? reparaît donc. Retour du deuxième enregistrement de la paire Radu Malfatti / Stephan Wittwer

Ce qui fait désormais cinq pièces-plages à trouver là, sur lesquelles un trombone et une guitare – tous accents attendus (pour ne pas dire conventionnels) modifiés – traînent en inventant sans cesse. Une guitare-foreuse agit en discrète avant qu’un trombone généreux déverse dans ses excavations des torrents de plaintes et d’invectives.

Tendues, les cordes délimitent ensuite les endroits recélant trouvailles, qui voleront pourtant en éclats à la demande de Malfatti. Ni dialogue, ni guitare, ni trombone désormais, mais dessus un épais rideau de fumée au dépôt merveilleux, que l’Untitled? en question dépossédera de son angoisse. Parce qu’il faut bien, un jour, prendre la peine d’expliquer les mystères.

Radu Malfatti, Stephan Wittwer : Und?... Plus (FMP / Instant Jazz)
Enregistrement : 14 février 1977. Réédition : 2010.
CD : 01/ Und? 02/ So 03/ ´Tis A Point 04/ Cotpotok (Still Valid) 05/ Untitled?
Guillaume Belhomme © Le son du grisli

fmpsliCe disque est l'un des douze (rééditions ou enregistrements inédits) de la boîte-rétrospective que publie ces jours-ci le label FMP. A l'intérieur, trouver aussi un grand livre de photographies et de textes (études, index de musiciens, catalogue...) qui finit de célébrer quarante années d'activités intenses.   



Globe Unity Orchestra : Baden-Baden '75 (FMP, 2010)

badensliEn 1975, le Globe Unity Orchestra & Guests d’Alexander von Schlippenbach c’était Enrico Rava, Manfred Schoof, Kenny Wheeler, Anthony Braxton, Peter Brötzmann, Rüdiger Carl, Gerd Dudek, Evan Parker, Michel Pilz, Günter Christmann, Albert Mangelsdorff, Paul Rutheford, Buschi Niebergall, Peter Kowald et Paul Lovens.

C’était Maranao, composition d’Enrico Rava : un fracas collectif, des cuivres en ébullition, un enfer en décomposition. Un riff émergeant de la masse et ce n’est plus le GUO mais le Brotherhood of Breath. C’était aussi U-487, composition d’Anthony Braxton : une marche qui ouvre et referme l’œuvre, des percées solitaires (l’élan percussif de Schlippenbach, les matières vibrantes de Lovens), des terres blessées d’orgueil et de flammes.

Mais il y avait aussi Jahrmarkt de Peter Kowald : de l’alarme et de l’effroi, des aigus perçants, des mélodies qui s’enchâssent (Straight No Chaser, l’Internationale, La Paloma) avant le retour aux sauvageries collectives. Il y avait également Hanebüchen du leader : des frissons de cuivres, des crescendos sans fin, une flûte qui garde le cap et un jazz qui résiste tant bien que mal aux assauts de cuivres déchaînés.

Et c’était enfin The Forge, autre composition de Schlippenbach : une texture syncopée vite dessoudée ; visite approfondie – guides idéaux – de l’enfer le plus profond. En 1975, le GUO c’était cela. Et ce cela n’était pas rien.

Globe Unity Orchestra : Baden-Baden ’75 (FMP / Instant Jazz)
Enregistrement : 1975. Edition : 2010.   
CD : 01/ Maranao 02/ U-487 03/ Jahmarkt 04/ Hanebüchen 05/ The Forge
Luc Bouquet © Le son du grisli

fmpsliCe disque est l'un des douze (rééditions ou enregistrements inédits) de la boîte-rétrospective que publie ces jours-ci le label FMP. A l'intérieur, trouver aussi un grand livre de photographies et de textes (études, index de musiciens, catalogue...) qui finit de célébrer quarante années d'activités intenses.   


Steve Lacy : In Berlin (FMP, 2010)

lacyberlinsliCompte tenu du fait que ce disque est publié dans le cadre de la vaste rétrospective historique d’un éditeur phonographique, on comprendra que ledit label ait complété (ou « chargé ») la réédition du splendide LP solo de 1975, Stabs (dont l’ordre des faces est ici inversé), par la moitié – mais seulement… on le déplorera – d’un autre beau vinyle, Follies (1977)… Sans doute est-il vain d’ergoter car, somme toute, ce document a le mérite de présenter les deux faces essentielles de l’activité lacyenne durant ces très fructueuses « scratching seventies » : le solo (depuis le fameux concert d’Avignon, en 1972) et le quintet – que forment, autour de Steve Lacy (saxophone soprano), Steve Potts (saxophones alto), Irène Aebi (violoncelle), Kent Carter (contrebasse) et Oliver Johnson (batterie).

Impeccablement réfléchi et aussi complexe que la compression d’ouvre-boîtes (angles & réitérations) qui orne la couverture du disque, le programme solitaire que le sopraniste déroule fait alterner plages pensives, broderies de haute altitude et séquences maniaques qui, à bout de permutations géométriques et d’épuisements combinatoires, jusqu’au growl parfois, délivrent un lyrisme unique, refroidi et profondément humain, porté par une extraordinaire sonorité. Grand solo.

Plus débridé, le quintet ne sacrifie pas sa puissance vrombissante (la pochette d’époque, un dessin d’Antoine Nicoglou, présentait un groupe bien allumé – au milieu d’un sacré bestiaire, Lacy, braguette ouverte, faisant se lever les lames du parquet !) à la lourdeur : contrebasse & violoncelle, s’ils fondent le microcosme harmonique d’Esteem, dégagent sur Follies une pneumatique originale (bounce propulsif & bourdons arco) sur laquelle Potts & Lacy peuvent faire jouer leurs ressorts dramatiques respectifs (spirales, dérapages, abeilles, surf)…

Steve Lacy : In Berlin (FMP / Instant Jazz)
Enregistrement : 1975/1977. Réédition : 2010.
CD : STABS (solo) : 01/ Cloudy 02/ Moon 03/ Stabs 04/ No Baby 05/ Deadline 06/ Coastline 07/ The Duck – FOLLIES (quintet) : 08/ Esteem 09/ Follies
Guillaume Tarche © Le son du grisli

fmpsli

Ce disque est l'un des douze (rééditions ou enregistrements inédits) de la boîte-rétrospective que publie ces jours-ci le label FMP. A l'intérieur, trouver aussi un grand livre de photographies et de textes (études, index de musiciens, catalogue...) qui finit de célébrer quarante années d'activités intenses.   


Peter Kowald : Was Da Ist (Live) (FMP, 2010)

wadasliParmi les enregistrements inédits de la rétrospective FMP, trouver Was Da Ist, solo de Peter Kowald, enregistré en 2000 devant public.

Un solo de contrebasse, donc, que l’archet fait chanter de diverses façons : élans baroques, réminiscences gnawa, harmoniques psalmodiant dans les marges, vocalisations expressives (qu’un chant de gorge pourra doubler), inspections mécaniques, dérapages dispendieux… Qu’il progresse sur une corde ou s’emporte sur plusieurs, Kowald joue des contrastes, souffle le chaud et le froid, ose une danse fanfaronne loin de la note d’origine mais qui y reviendra, hors d’haleine mais remuant encore sous l’effet de la bravade.

Lorsque le contrebassiste élève ses notes en troupeaux, l’heure est à la transhumance et leurs pas résonnent d’un bout à l’autre de l’instrument. Ailleurs encore, ce sont des chants qu’il va chercher au fond de sa contrebasse et qui attestent de l’existence de populations inconnues : Was Da Ist peut ainsi se donner des airs d’enregistrement Ocora. Un autre pas de deux, une déconstruction sauvage, des attaques forçant l’objet contrebasse autant que le respect, et puis une dernière note vers laquelle le musicien retourne sans cesse pour enfin ne plus la quitter : à ce qui est là, Peter Kowald tient.

Peter Kowald : Was Da Ist (FMP / Instant Jazz)
Enregistrement : 2000. Edition : 2010.
CD : 01-07/ Part A – Part G
Guillaume Belhomme © Le son du grisli

fmpsli

Ce disque est l'un des douze (rééditions ou enregistrements inédits) de la boîte-rétrospective que publie ces jours-ci le label FMP. A l'intérieur, trouver aussi un grand livre de photographies et de textes (études, index de musiciens, catalogue...) qui finit de célébrer quarante années d'activités intenses.   


Peter Brötzmann : Solo (FMP, 2010)

solotzmannsliEn 1976, il y avait encore deux faces. Deux faces pour un seul Peter Brötzmann. Brötzmann, le brise-tympan, ici, fidèle à sa réputation de convulsif né. Brötzmann ou l’homme sans murmure. Celui des cris et des foudres. Brötzmann ou l’effroi des langages. Peter Brötzmann ou la turbulence à l’état pur.

En clarinettes doublées, en saxophone très basse, en alto égosillé, en ténor rugueux ou en piano imprévu, et toujours en solitaire, Brötzmann imagine des folklores improbables et les peint d’une dureté exemplaire. Gargarismes à vif, traits saillants répétés jusqu’à l’obsession, tentatives échouées de tendresse, voici Peter Brötzmann tel qu’en lui-même : fort en gueule et en souffle.

Peter Brötzmann : Solo (FMP / Instant Jazz)
Enregistrement  : 1976. Réédition : 2010.
CD : 01/ Brunches 02/ Two Birds in a Feather 03/ Piece for Two Clarinets 04/ Volke in Hosen 05/ Der Grieche 06/ Blue Balls 07/ Scrambag 08/ Piece for Two Clarinets 09/ Humpty Dumpty 10/ Jack-in-the-box 11/ Twee(D)Didum 12/ Eine kleine marschmusik
Luc Bouquet © Le son du grisli

fmpsli

Ce disque est l'un des douze (rééditions ou enregistrements inédits) de la boîte-rétrospective que publie ces jours-ci le label FMP. A l'intérieur, trouver aussi un grand livre de photographies et de textes (études, index de musiciens, catalogue...) qui finit de célébrer quarante années d'activités intenses.   



Smegma : Mirage (Important, 2010)

smegma mirage

Sous le tendre nom de Smegma, un collectif de musiciens s’agite sur la Côte Ouest américaine depuis 1973. Malgré quelques tonnes de disques et cassettes édités au compte-goutte, poilus résistants et nouvelles recrues travaillaient encore récemment à un Mirage qui redit une implication franche en faveur d’un rock expérimental, c'est-à-dire : désaxé, bruitiste, provocateur, ingénieux, sauvage… En d’autres termes, tout ce que le rock devrait savoir être encore ; tout ce que Smegma pleure avec vigueur et brio.

Smegma : Mirage (Important)
Edition : 2010.
CD : 01/ World of My Own 02/ Mirage 03/ F-85 Turborocket 04/ Oh Yeh 05/ That Party of Wales 06/ Quiet On The Set Rioux I
Guillaume Belhomme © Le son du grisli


Bruno Tocanne : 4 New Dreams! (IMR, 2010)

4newgrislisVoici le troisième opus du projet New Dreams emmené par le batteur militant Bruno Tocanne. Après New Dreams nOw ! (en trio et en 2007) puis 5 New Dreams (en quintet, un an plus tard), voici 4 New Dreams ! Ici, aux côtés des deux membres « historiques » de New Dreams (le batteur Bruno Tocanne et  le trompettiste Rémi Gaudillat), se joignent les fraîchement débarqués Samuel Blaser (trombone) et Michael Bates (impérial à la contrebasse).

Si les formations changent au long de ces trois disques, un même esprit les inspire : celui d'Old and New Dreams, groupe emmené par quatre compagnons d'Ornette Coleman dans les années 70 et 80 (Dewey Redman, Don Cherry, Charlie Haden et Ed Blackwell). Utiliser la liberté de ton, l’affranchissement de la norme d’Ornette pour chanter les idées libertaires et les utopies d’alors, tel fut le propos d’Old and New Dreams. Propos repris à leur compte par les équipages de New Dreams. En 2007, Bruno Tocanne confiait : « Alors que certains souhaitent liquider l’héritage de 1968 et des années qui ont suivi, il s’agit bien ici de l’affirmation de notre désir de continuer à inventer collectivement de nouveaux rêves, de nouvelles utopies, de nouveaux rapports humains… sans lesquels aucune poésie, aucune création, ni aucun projet collectif ne sont possibles ».

Dans ce 4 New Dreams!, de l’Old and New Dreams on retrouvera le choix du quartet sans piano, d’instruments percussifs qui peuvent se mettent à chanter, et de soufflants qui savent battre le rythme. Le choix, finalement, d’une musique sans hiérarchie ni leader, égalitaire, communautaire, aux mélodies - manifestes et aux improvisations - idéaux. On y retrouvera aussi les terres africaines, origines rêvées d’une musique émancipée, l’évidence des mélodies simples et le trouble qui s’y installe bientôt, l’euphorie des jours de fête et la mélancolie qui leur succède. On y retrouvera, enfin, le choix de puiser sans nostalgie dans les rêves d’hier pour construire les utopies et les musiques de demain.

De la majesté sereine de Birthday Memorial  aux progressions heurtées d'In a Suggestive Way, des changements de rythme de l’élastique Van Gogh aux bienheureux hasards de l’improvisé Waiting for…, tout le reste du disque se déroulera sous les auspices de ces quatre premières plages : un son ample, maîtrisé, mais gracile tout de même, au service de compositions d’une très haute tenue. Le tout traversé par un profond sentiment de liberté.

Bruno Tocanne : 4 New Dreams! (IMR)
Edition : 2010.
CD
Pierre Lemarchand © Le son du grisli


Odean Pope : Universal Sounds (Porter, 2011)

universalgrisliCelui qui remplaça parfois Coltrane au sein du quintet de Miles Davis emprunte ici quelques petites choses du phrasé de Trane. Un lyrisme épais et militant se déposant sur le très coltranien  She Smiled Again par exemple.

D’Odean Pope, puisque c’est de lui qu’il s’agit, nous avons encore en tête le rôle essentiel qui fut le sien au sein des diverses formations de Max Roach. On connait donc son amour des tambours. Ici, le voici aux prises avec trois batteurs-percussionnistes (Warren Smith, Craig McIver, Jim Hamilton) ; un contrebassiste (Lee Smith, un modèle de robustesse et de liant) et un altiste (Marshall Allen) complétant le tableau.

Le charme de cet enregistrement réside plus dans sa force et sa diversité que dans une recherche d’unité, de toute façon utopique ici. Car Odean Pope et ses amis sont de mauvais élèves : leur blues s’évade vite de la tradition pour emprunter des chemins décousus, cabossés. De même, entre suspensions et abstinences, il faudra attendre une dizaine de minutes pour que le souffle généreux de Pope retrouve de sa superbe (The Binder, improvisation sanguine dans laquelle son ténor doit résister et tenir têtes aux assauts répétés de trois batteurs en surchauffe). Et même si l’étrangeté de l’EWI (electronic wind instrument) de Marshall Allen interroge plus qu’il ne séduit (déjà dans l’Arkestra…), cet Universal Sounds – que l’on imagine encore plus ravageur en concert – permet de replacer Odean Pope sur le devant d’une scène qu’il n’a, finalement, que très peu quittée.

Odean Pope : Universal Sounds (Porter Records / Orkhêstra International)
Edition : 2011.
CD : 01/ Custody of the American Spirit 02/ Mwalimu 03/ The Binder 04/ She Smiled Again 05/ Go Figure 06/ The Track 07/ Blues 08/ Custody of the American (Bullshit Version)
Luc Bouquet © Le son du grisli


Chris Cogburn, Bonnie Jones, Bhob Rainey : Arena Ladridos (Another Timbre, 2010)

arenagrislidosLe point commun entre Bhob Rainey (saxophone soprano), Bonnie Jones (electronics) et Chris Cogburn (percussions), est connu maintenant. C’est Arena Ladridos, une perle de musique électroacoustique éclose dans le désert texan. Une rose des sables dont le cœur bat et respire.

Une note (le soprano) se disperse sur Govalle. Des reflets de métal (les percussions) se la renvoient, des bips réguliers (l’électronique) annoncent qu’elle respire encore. A la fin, les trois ne font plus qu’un et Govalle est fait de trois (l’opération est d’une belle envergure).

Du paysage infini sortent après cela des serpents : ils rampent sur la surface de Marfa. Leur vie de synthèse respecte les codes sonores du genre improvisé endogène très actif aujourd’hui. Le plus pour Arena Ladridos est le dépaysement qu’il propose.

Chris Cogburn, Bonnie Jones, Rhob Rainey : Arena Ladridos (Another Timbre / Metamkine)
Enregistrement : 2010. Edition : 2010.
CD : 01/ Govalle 02/ Marfa
Héctor Cabrero © Le son du grisli


Charles-Eric Charrier : Silver (Experimedia, 2011)

silversliLes projets de Charles-Eric Charrier (Man, Oldman…) n’interdisent pas à sa vraie identité de refaire surface. Silver paraît par exemple sous son nom même si Charrier ne l’a pas enregistré seul (on entend sur le disque ses complices Ronan Benoît et Cyril Secq).

La batterie d’abord, la basse quelques secondes plus tard et enfin la batterie : Silver débute à peine mais sonne déjà. Comme un mélange de folk à cactus (on pense à Calexico, Morricone, Pit er Pat) et du grésillement d’électricités de différentes sortes. Après cela, c’est inspirés par le post-rock de Tortoise que les musiciens jouent avant de prendre en place dans une coquille de noix qui prendra des airs de vaisseau … d’argent.

La mer est menaçante. Pour la calmer les slides de guitare sont parfois trop faciles et les hammers bien décevants. Mais le malaise n’est que passager…  Une berceuse à deux guitares, qui frise pourtant le folk de studio ECM (Egberto Gismonti, Stephan Micus…), recadre le trio qui s’en ira en jouant une autre fois post-rock, avec une belle efficacité. Après Man et Oldman, Charrier assure en SilverMan…

Charles-Eric Charrier : Silver (Experimedia)
Edition : 2011.
CD : 01/ 21 Echoes Short 02/ 12 From 03/ 6 I 04/ 9 Moving 05/ 9(8) Electricity
Pierre Cécile © Le son du grisli



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