Le son du grisli

Bruits qui changent de l'ordinaire

Newsletter

suivre le son du grisli Fil RSS au grisli clandestin Contact

Parution : le son du grisli #5Interview de Quentin RolletPJ Harvey : Dry de Guillaume Belhomme
Archives des interviews du son du grisli

Gerry Hemingway, Jin Hi Kim : Pulses (Auricle, 2010)

pulseslis

Jin Hi Kim est Coréenne et joue du komungo / geomungo, une cithare de là-bas dont la sonorité rappelle celle du koto. Gerry Hemingway est lui plus connu et a invité Jin Hi Kim à s’essayer au duo. Un de plus qu’il produit sur son label, Auricle – un simple tour sur le site d’Auricle vous dira combien le batteur aime le jeu à deux.

Respectueux, l’hôte laisse beaucoup d’espace à son invitée. De son côté, la Coréenne donne dans la cavalcade ou peint de grands paysages, des panoramas évoqués d’un geste bref à l’aquarelle. Quelques fois, il arrive qu’on ne distingue plus la nature de son instrument. Les micros (l’instrument peut être électrique) le transforment et tombent alors des pluies irréelles ou un air de... guimbarde.

Mais Pulses recèle aussi des passages plus vains, des échanges trop gentils pour être enthousiasmants, des discrétions en manque de sens ou d’histoire à raconter. Comme en balade, l’auditeur balance donc. Aux amateurs de Codona et de Vasconcelos en particulier, nul doute quand même que Pulses saura plaire entièrement. Aux autres, pourrait s'offrir la saveur d'un nouvel instrument.

Gerry Hemingway, Jin Hi Kim : Pulses (Auricle / Instant Jazz)
Edition : 2010.
CD : 01/ Double Portraits 02/ Windtails 03/ Rain Dance 04/ Pale Blue Dot 05/ Deimos & Phobos 06/ Saturn's Ring 07/ Quick Step 08/ Return 09/ Pulses
Héctor Cabrero © Le son du grisli



Evan Parker, Barry Guy, Paul Lytton, Peter Evans : Scenes in the House of Music (Clean Feed, 2010)

scenesingrisli

Septembre 2009 : sur scène auprès du trio Evan Parker / Barry Guy / Paul Lytton, le trompettiste Peter Evans. Ce que raconte Scenes in the House of Music

Que craindre alors ? Que la ferveur intacte du trio pousse à bout l’invité au point de rejeter le greffon ? La crainte est feinte et même emportée dès l’introduction par une association ténor / trompette résistant aux coups nombreux de Lytton. Evans ne se réfugie pas dans le cercle mais propose de faire terreau commun du motif répété.

Ensuite, d’autres formules sont essayées : Evans seul rejoint bientôt par ses aînés avant de s’effacer à son tour pour laisser Parker évoluer au ténor (Scene 2) ; faux-fuyants et lenteur fiévreuse permettant à Guy d’en revenir à ses usages baroques (Scene 3) ; solo de Parker avant un autre partage de virulences (Scene 4) ; phrase de quelques notes que l’on se repasse de retenues en autres grands moments d’agitation (Scene 5). Comme attendu : toutes formules convaincantes.

Evan Parker, Barry Guy, Paul Lytton, Peter Evans : Scenes in the House of Music (Clean Feed / Orkhêstra International)
Enregistrement : 12 septembre 2009. Edition : 2010.
CD : 01-05/ Scene 1-Scene 5
Guillaume Belhomme © Le son du grisli


RV Paintings : Samoa Highway (Helen Scarsdale, 2010)

samoagrisway

Membre fondateur des libérateurs psyché Starving Weirdos – c’est là son principal fait d’armes « people », Brian Pyle fait cause commune avec son frangin Jon au sein de RV Paintings. Nés en Californie, plus exactement dans le Humboldt County, soit très loin des lumières de San Francisco et Los Angeles, ils conjuguent les visions impressionnistes de leur terre natale à un psychédélisme cinématique ravageur – le résultat est très satisfaisant, voire par instants stupéfiant (tel l’inaugural Millions).

Pendues sur le fil d’un drone qui relie un shoegaze abstrait aux réflexes pavloviens d’une sortie de route bruitiste, les déclinaisons de Samoa Highway (dont le titre fait référence au long pont reliant les deux communautés du comté) s’imprègnent des bruits familiers du lieu – l’aéroport du coin, par exemple. Alors que tout cela risquait de nous faire glisser vers le déjà entendu, d’autres ingrédients viennent, heureusement, ajouter une touche personnelle aux cinq morceaux. Entre un piano minimaliste à ma gauche et des effets organiques à ma droite (on songe notamment à Hildur Gudnadóttir), les instants fouillés développés par la fratrie américaine s’imposent par l’évidence de leur architecture, en dépit de (ou plutôt grâce à) la richesse flamboyante de ses oripeaux ambient, servis sur des souvenirs néo-classiques qu’on ne peut que vous recommander.

RV Paintings : Samoa Highway (The Helen Scarsdale Agency / Metamkine)
Edition : 2010.
LP : 01/ Millions 02/ Round-a-Bout Bench On A Cold, Foggy Day 03/ Mirrors 04/ From Manila To Forever 05/ As Far As We Could See
Fabrice Vanoverberg © Le son du grisli


Mats Gustafsson : Needs! (Dancing Wayang, 2010)

grislineedsorry

Ce dont Mats Gustafsson a besoin, Dancing Wayang lui procurait récemment : un 33 tours assez original pour partir dans tous les sens.

Dessus, une suite de saynètes plus ou moins expérimentales : un début souffreteux (œuvre au noir, micros frottés et salive sur moteurs tournant à vide d’une mécanique fade pour être trop huilée) mais un développement autrement démonstratif : apogée de plaintes de baryton en dérapage perpétuel. Spectral, l’amoncellement des effets d’un variateur, d’autres souffles et de manipulations de micros et boutons de plus en plus subtils, chargent l’ouvrage qui gagne en frasques et virulences.

C’est la pratique – pourtant difficile à l'âge de Gustafsson – d’un complexe jeu d’enfant : un bourdon et une mélodie miniature pour toute conclusion, Needs! prouve que le Suédois n’est pas condamné à donner toujours dans une « efficacité mâle » pour faire effet. Sa noirceur peut gagner au polissage et son inspiration à la régression expérimentale.

Mats Gustafsson : Needs! (Dancing Wayang / Instant Jazz)
Edition : 2010.
LP : Needs!
Guillaume Belhomme © Le son du grisli


Alfredo Costa Monteiro : Aura (Etude Records, 2010)

aurasli

Alfredo Costa Monteiro s’est déjà fait remarquer pour ses drones et, pour fabriquer ceux d’Aura, il s’est servi d’enregistrements réalisés par la percussionniste Pilar Subira.

Pourtant, ce n’est jamais un rythme que l’on entend. Ce serait plutôt le bruit d’assiettes de jonglages autopropulsées qui avanceraient (en plus) le long d’un fil tendu au-dessus du vide. De l’acrobatie sonore, quoi… C’est pourquoi Monteiro a dû trouver un équilibre juste : les sons sont cristallins et leurs résonances sont tactiques. La compagnie de ce tout flottant est agréable mais rien n’est immuable. D’ailleurs, la surprise que Monteiro réserve à son auditeur me conseille de ne pas en dire plus que ceci : elle vaut le détour.

Alfredo Costa Monteiro : Aura (Etude Records / Metamkine)
Edition : 2010.
CD : Aura
Pierre Cécile © Le son du grisl



Esther Lamneck, Roberto Fabbriciani : WInds of the Heart (Innova, 2010)

windsofgrisli

Huit mètres de long, en bois et en PVC, quatre octaves dont deux en dessous de la flûte contrebasse ; c’est l’hyperbass flute, conçue par Roberto Fabbriciani en 1976. Tantôt paquebot ronflant, tantôt contrebasse coupante, tantôt souffle mortuaire ou flûte retrouvée, l’étendue de l’hyperbass flute semble infinie et ouverte à bien des possibles.

Ici, c’est donc un duo : il y a Roberto Fabbriciani qui joue de l’hyperbass flûte et Esther Lamneck qui joue du tarogato. Tous les deux ont longtemps séjourné les musiques de Boulez, Berio, Cage, Scelsi, Ligeti et tous les deux sont de magnifiques improvisateurs. L’une aime le débordement. Son souffle frôle le continu. Elle le zèbre de secousses amères, de courbes brisées. Pour faire vite : entre Peter Brötzmann et Evan Parker. L’autre serait plutôt énergie sombre ; certaines fréquences de l’hyperbass flute demeurant inaudibles à l’oreille humaine. Il est celui qui enveloppe plutôt que celui qui guide. Il est celui qui assombrit la belle clarté de sa partenaire ici, l’accompagne de sa flûte lumineuse ailleurs. A l’arrivée : un disque passionnant.

Esther Lamneck, Roberto Fabbriciani : Winds of the Heart (Innova / Orkhêstra International)
Enregistrement : 2008. Edition : 2010.
CD : 01-14/01-14
Luc Bouquet © Le son du grisli


Lutnahimat : Erosions (Aural Terrains, 2010)

erosionsli

Cela fait près de dix ans que Ian S., citoyen britannique, « sculpte des sons » sous le nom de Lutnahimat : Erosions montre très bien comment.

Dans une veine minimale, Lutnahimat injecte ses potions et l’effet se fait bientôt ressentir. Vous voilà plongé dans un abysse, la chute a été électrique et vous émergez peu à peu : des violons vous caressent, un androïde vous parle, des nappes de synthés (on peut lire quelque part que Ian S. invente lui-même ses instruments électroniques) font office de tapis volant qui vous mènent plus loin que vous ne l’aviez escompté en déposant le disque dans la platine. Comme Erosions, vous aurez fait de nombreux tours. Après la décélération, vous reviendrez à vous-même, engourdi et satisfait.

Lutnahimat : Erosions (Aural Terrains)
Edition : 2010
CD : 01/ Snow in Hadal Zone 02 / Absence of Alternative Conditions 03/ Senescence
Pierre Cécile © Le son du grisli


Paul Dunmall, Chris Corsano : Identical Sunsets (ESP, 2010)

identicalgrislis

C’est au son d’une cornemuse que Paul Dunmall invite Chris Corsano à l’échange : sifflant en insatiable, le premier commande au second un usage instrumental avoisinant du sien : les cymbales prennent alors fait et cause pour une rumeur commune.

Et puis le dialogue se veut plus vif : Dunmall, cette fois au ténor, maniant la turbulence jusqu’au vertige ; Corsano réagissant en partenaire idéal, rebonds et attaques sèches à la réception. Franche, la frappe de Corsano épouse les idées chaotiques du ténor ou sinon lui laisse la possibilité de toujours s’immiscer en contre-reliefs. Sous les nervures d’Identical Sunsets, les écarts multipliés et les à-coups dispendieux composent quatre pièces intenses. 

Paul Dunmall, Chris Corsano : Identical Sunsets (ESP / Orkhêstra International)
Edition : 2010.
CD / LP : 01/ Identical Sunsets 02/ Living Proof 03/ Better Get Another Lighthouse 04/ Out of Sight
Guillaume Belhomme © Le son du grisli


Irène Schweizer, Pierre Favre (Intakt, 1990)

schweizavresli

Et soudain, la charleston ouverte, continue et insistante de Pierre Favre lance le drible, en appelle au piano d’Irène Schweizer. Un appel mais tout sauf un préconçu, un préparé. Juste une forme-surgissement avec cette évidence que ça doit se construire-poursuivre là et pas ailleurs.

Et Irène d’instruire le mouvement, lui inventer de nouveaux feux, s’amuser et se distraire de la métrique. Métrique folle et libre, jamais en sommeil ou en panne d’inspiration. Ce surgissement est flagrant (Bongiorno Giacomo) et ailleurs, ce seront d’autres et multiples élans, impulsés par l’une ou par l’autre, tout aussi chaleureux et engagés.

A écouter ainsi pendant cette petite heure de concert les musiciens se renouveler et prendre plaisir à l’échange, on veut bien les croire infaillibles, insatiables. L’énergie, la présence, le fracas, le trajet, les frénésies, les couleurs qui s’assemblent…Osons un mot, un seul : liberté.

Irène Schweizer & Pierre Favre (Intakt Records)
Enregistrement : 1990.
CD : 01/ Cache-cache 02/ Ein schnelles Verfahren 03/ Miramara 04/ Bongiorno Giacomo 05/ Fulmination 06/ Flying over the Limmat 07/ Una tarentella fantastica 08/ Ein Ton kommt selten allein 09/ Moving Time 10/ What Is It You Wanted? 11/ First Wave – Last Word
Luc Bouquet © Le son du grisli


Lou Grassi Po Band, Marshall Allen : Live at the Knitting Factory Vol. 1 (Porter, 2010)

livegrislinfactory

En 2000, le Po Band de Lou Grassi invitait Marshall Allen à jouer à la Knitting Factory. Aujourd’hui, une première partie du concert se trouve consignée sur disque. 

Sur lequel on peut entendre deux improvisations et une composition de Paul Smoker – trompettiste apaisant d’un Po Band au free désabusé, qui touche par ses déroutes et les façons qu’il a de chercher à accorder ses tensions vives : le trombone de Steve Swell et la clarinette de Perry Robinson, la contrebasse de Wilber Morris et la batterie de Grassi.

Au saxophone alto et à la flûte, Allen intervient avec justesse : emboîtant le pas au trombone sur l’ascension du mont Marshalling Our Spirits avant d’en commander la descente facétieuse ; plaçant ensuite RePoZest sous le signe de la nonchalance et puis le déplaçant sous le coup d’incartades nerveuses, quelques fois héroïques. Hommage à l’organiste des sphères, LouRa lève enfin une armée de vents mal embouchés qui s’entendra sur un unisson avant de démontrer d’élans individuels tous singuliers. Roulant sur toms, Grassi en appelle pour conclure à un exercice de free plus affirmé. La voix d’Allen de redoubler alors de présence et de plaider avec majesté en faveur du second volume promis.

Lou Grassi Po Band, Marshall Allen : Live at the Knitting Factory Volume 1 (Porter / Orkhêstra International)
CD : 01/ Marshalling Our Spirits 02/ RePoZest 03/ LouRa
Enregistrement : 26 septembre 2000. Edition : 2010.
Guillaume Belhomme © Le son du grisli



Commentaires sur