Le son du grisli

Bruits qui changent de l'ordinaire

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A la question : interviewsAu rapport : impressions de concertsEn théorie : l'improvisation par l'écrit : John Butcher & Evan Parker

Rodrigo Amado : Searching for Adam (Not Two, 2010)

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Si ce n’est l’exception qu’est Pick Up Spot (solo improvisé par le batteur en place), il s’agit ici pour Rodrigo Amado (saxophones ténor et baryton), Taylor Ho Bynum (cornet et bugle), John Hébert (contrebasse) et Gerald Cleaver (batterie) d’improviser ensemble.

On sait maintenant la puissante esthétique de Rodrigo Amado et la sophistication en remarquable développement de Taylor Ho Bynum. C’est pourquoi la cohésion à entendre sur Searching for Adam n’est pas surprenante, d’autant que l’inventivité des souffleurs profite de l’implication nerveuse de la section rythmique : puisque l’art d’Amado est aussi celui de composer des formations efficientes : avec ces trois partenaires, il envisage de lentes pièces de musique comme d’autre s’entendaient jadis en jam-sessions (référence faite aux 21 minutes de Waiting for Andy), l’interaction voire l’interférence s’occupant de donner ses formes principales à la rencontre ; avec Bynum en particulier il interroge sa résistance face à un élément perturbateur (Renee, Lost In Music) ou facétieux (Sunday Break).

En conclusion, Amado revient aux fondamentaux : évoquant Ben Webster sur 4th Avenue, Adam’s Block jusqu’à ce qu’Hébert y aille de son archet insistant : toutes confrontations à suivre avant que les quatre musiciens s’alignent sur une horizontale qui mériterait d’être prolongée.

Rodrigo Amado : Searching for Adam (Not Two / Instant Jazz)
Edition : 2010.
CD : 01/ Newman's Informer 02/ Waiting For Andy 03/ Renee, Lost In Music 04/ Sunday Break 05/ Pick up Spot 06/ 4th Avenue, Adam's Block
Guillaume Belhomme © Le son du grisli

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Evan Parker, Urs Leimgruber : Twine (Clean Feed, 2010)

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C’est dans une sincère « confraternelle du souffle » – et en un Janus plus abouché que bifrons – que se présentaient les saxophonistes (ténor & soprano) Urs Leimgruber et Evan Parker en ce début 2007, au Loft de Cologne.

Leur généreuse dépense, résolue, obstinée, prenait ce soir-là un tour particulièrement abondant : deux longs duos de ténors pour encadrer celui (tout aussi consistant) des sopranos, sur un terrain d’entente que le choix gémellaire des instruments ne fait que souligner – mais c’est vainement que les comparatistes songeront aux rencontres de Parker avec McPhee (Chicago Tenor Duets, Okka) ou Lacy (Chirps, FMP)…

On casse des bogues, on érafle des troncs, pépiant d’abord ; on roule ensuite des galets, mats, en pinçant le bec : agile, on injecte, on pique, combustion réciproque, échos d’autres échos, potlatch ! Sourdant çà et là des nuées de ce palimpseste continu, émergent des unités de souffle et de matières, des stéréophonies et des oracles, des ressacs et des miracles.

Urs Leimgruber, Evan Parker : Twine (Clean Feed / Orkhêstra International)
Edition : 2010.
CD : 01/ Twine 02/ Twirl 03/ Twist
Guillaume Tarche © Le son du grisli


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La première fois que j'ai vu Evan Parker en concert, c'était à 1974 à Willisau. Il jouait en quartet avec Alexander von Schlippenbach, Peter Kowald et Paul Lovens. J'ai remarqué tout de suite que son jeu était différent de celui des autres saxophonistes… A l’époque, je travaillais avec le groupe OM, on pratiquait une musique intéressée par l’énergie du rock et la force de l’improvisation libre. Quelques années plus tard, quand j’ai commencé à jouer en solo, je suis retombé sur Evan Parker, l'une des grandes figures du solo de saxophone. Mais je n’ai alors pas beaucoup écouté sa musique en solo, son jeu était presque trop proche du mien.

Avec Steve Lacy, Roscoe Mitchell et Anthony Braxton, Evan Parker fait partie des saxophonistes les plus importants venus après Coltrane. A travers les techniques de jeu étendues (respiration circulaire, flottement de la langue, courses rapides des doigts, etc), il a contribué à faire évoluer l’usage du saxophone. Aussi bien en solo qu’en groupe, il a développé et fortement influencé la pratique de l‘« European Freemusic » ces quarante dernières années.

Ces quinze dernières années, nous nous sommes croisés quelques fois dans différentes situations. Aux Instants chavirés à Montreuil ou lors de festivals partout en Europe. Je me souviens d’un concert que j’ai donné en trio avec Barre Phillips et Jacques Demierre au festival de Parthenay : Evan était là. Il a adoré la musique du trio et nous a proposé d’enregistrer un disque pour Psi, son label. On a été enchantés par sa proposition surtout qu’on travaillait sur un enregistrement fait à Cologne. C’est ce qui a donné Idp Cologne. En 2007, on m’a aussi offert une carte blanche à l’occasion d’une série de concerts en Allemagne : je l’ai invité à jouer en duo et nous avons fait un enregistrement. C’est ce Twine, qui sort aujourd’hui sur le label Clean Feed.

Collaborer avec Evan est extraordinaire et sublime, aussi bien d’un point de vue artistique qu’humainement parlant. C’est pourquoi je peux dire qu‘Evan est un musicien unique et un excellent ami.

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Z'ev : As/If/When (Sub Rosa, 2010)

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Retrouvons la trace d’un label connu en ces lieux – la maison bruxelloise Sub Rosa de Guy-Marc Hinant. Fondamentalement différent sur la forme (un vinyle blanc transparent) du quadruple CD An Anthology of Chinese Experimental Music que nous recommandons sans hésitation (ou si peu), As/If/When se démarque également des musiques habituellement défendues par votre serviteur, notamment en raison de l’absence totale d’électronique.

Œuvre du pionnier de la scène industrielle Z'ev (alias Stefan Joel Weisser), le disque absorbe au gré du parcours de son auteur ses influences disparates. Entre mysticisme hébraïque (la kabbale) et déclinaison sans concession d’Einstürzende Neubauten qui auraient quitté Kreuzberg pour s’installer dans le Larzac auprès de Nestor Figueras, David Toop et Paul Burwell, l’opus paie également son tribut à l’Indonésie – à l’instar des travaux de Francisco López et Twinkle³ sortis sur l’imprint belge ini.itu. Orageux dans son bruitisme organique, vociférant de percussions l’enregistrement rend une énorme justice à l’idiosyncrasie de son auteur, ici captée sur le vif en Californie à la fin des seventies. Nous conseillons l’expérience sans la moindre réserve et les cris d’enthousiasme du public le confirment.

Z’ev : As/If/When (Sub Rosa)
Edition : 2010.
LP : A/ As B/ If
Fabrice Vanoverberg © Le son du grisli

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Margrit Rieben : Brückengesang (Everest, 2010)

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Le Ponte 25 de Abril est un pont suspendu de Lisbonne qui a fortement impressionné la compositrice suisse Margrit Rieben. Elle lui a  même dédié un Brüchengesang que M+M, chœur de 36 personnes, a accepté d’entonner.

La chanson dure 46 minutes pendant lesquelles les femmes et les hommes se passent le relais sonore. On pense d’abord à un Stimmung moins abouti que le vrai avant de saisir que le chœur se soulève. Ses chanteurs font la ola et passent d’un ton à un autre pas à pas et avec précision. Ensuite, plus on avance dans la pièce et plus on constate que le pont se cabre. A un moment, il se couche même sur l’eau et les voix murmurent ce qu’aurait pu chanter l’inconnue du Tage juste avant de s’y jeter. Après un sursaut d’orgueil, les voix acceptent de couler : les unes après les autres, elles atteignent des profondeurs dont le fleuve lisboète n’avait jamais rêvé. Très belle expérience que ce chant de structure suspendue.

Margrit Rieben : Brückengesang (Everest Records)
Edition : 2010.
CD : 01-03/ Brüchengesang
Héctor Cabrero © Le son du grisli

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John Butcher, Rhodri Davies, Claudia Ulla Binder, Giacinto Scelsi, AMM

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John Butcher : Trace (Tapeworm, 2010)
Un beau solo (aux saxophones soprano & ténor) d’octobre 2009 en l’église parisienne de Saint-Merri occupe la première face de cette cassette : mise en ébullition, plateaux à diverses températures, les matières deviennent malléables et l’espace est rauquement retaillé, feuilleté, piqueté et refendu. L’autre versant de ce document offre vingt minutes particulièrement intéressantes durant lesquelles Butcher travaille en sculpteur sur des feedbacks qu’il façonne – dans la continuité des expériences conduites par exemple sur le disque Invisible Ear. Une exploration assez envoûtante.

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John Butcher, Rhodri Davies : Carliol  (Ftarri, 2010)
Près de dix ans après le concert reproduit dans Vortices & Angels (Emanem), le souffleur et le harpiste se retrouvent en studio pour des navigations bien différentes… et franchement hallucinantes, d’une abstraction réjouissante et déboussolante. Micros, moteurs, haut-parleurs embarqués, comme autant d’outils pour s’égarer, transforment l’instrumentarium : virements de caps, basculements de drones, anamorphoses sensibles, tout un monde électrique dans lequel se dissout la lutherie attendue.

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John Butcher, Claudia Ulla Binder : Under the Roof (Nuscope, 2010)
Phonographiquement moins documentée que celles que Butcher entretient avec Burn, Graewe ou Tilbury, la relation tissée entre la pianiste zurichoise et le saxophoniste n’en retient pas moins l’attention. Indépendantes, les deux voix agencent, dans chacune des quinze pièces brèves de cette mosaïque, des matériaux soigneusement pesés (à l’e-bow, du bout des lèvres). Epars ou disposés avec décision, frottés, ils gagnent dans le clair-obscur une certaine apesanteur, à moins que la corrosion ne les gagne délicatement.

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Various Artists : Lontano, Homage to Giacinto Scelsi (Tedesco, 2010)
Lontano est une compilation vraiment réussie (diverse & cohérente, évocatrice & poétique), élaborée par Stefano Tedesco, qui peut être accompagnée par la lecture des trois volumes qu’Actes Sud a réunis autour de Scelsi : Les anges sont ailleurs… (I), L’homme du son (II), Il Sogno 101 (III). En une contribution de sept minutes, John Butcher & Eddie Prévost, comme dans leurs Interworks de 2005 (pour Matchless), arrivent à charger l’instant de présence et diffusent dans le bruit du temps une autre qualité de silence : leur magnétique musique. Les autres participants conviés ne sont pas en reste – un aréopage de haut vol : Rafael Toral, Roux & Ladoire, Elio Martusciello, David Toop, Skoltz & Kolgen, Scanner, KK Null, Alvin Curran, Efzeg, Lawrence English, Davies / Williamson / Tedesco, Olivia Block

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AMM : Sounding Music (Matchless, 2010)
A l’occasion du festival Freedom of the City de 2009, le collectif historique présentait un effectif renforcé : si Eddie Prévost et John Tilbury ont l’habitude de recevoir John Butcher (comme dans le splendide Trinity, Matchless, 2008), la violoncelliste Ute Kanngiesser et Christian Wolff (piano, guitare basse, mélodica) sont des hôtes plus rares – ce qui ne change rien à l’esprit développé par le groupe. D’emblée, l’évidence des convergences (harmoniques, climatiques) frappe, et les cinquante minutes de ce concert, en se dépliant, découvrent tout un art partagé du surgissement, de la suspension. Et c’est très beau.

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Yannick Séité : Le jazz, à la lettre (PUF, 2010)

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Derrière la couverture du livre – photo d’une rencontre Armstrong / Cocteau qui peut faire craindre à l’asthmatique être tombé dans un nid à poussières d’un nouveau genre –, des pages racontent les rapports (souvent fantasmés) entre jazz et littérature (souvent française, elle).

L’ouvrage est de Yannick Seité et raconte d’abord l’arrivée du jazz en Europe, événement ayant permis aux écrivains du continent d’envisager l’homme noir autrement que par le biais de la lourde figure du boxeur. Dès lors, l’auteur peut passer les écrivains en revue : Cocteau et les clichés qu’il fallait bien que quelqu’un invente, Céline, Morand, Kessel, Breton, Crevel, Soupault, Leiris... – ce dernier, empruntant par exemple au vocabulaire du jazz des termes pour décrire un tableau de Bacon, semble obnubiler Séité.

En connaisseur de musique et de littérature, mais aussi en remarquable agenceur d’idées, celui-ci  regrette quelques fantasmes – ces notions de rythme, d’improvisation, voire de liberté, que certains écrivains empruntèrent  à des « jazzmen » devenus modèles pour les « transposer » ensuite sur le papier. Ailleurs, Séité dit (pour faire vite) avec Franz Koglmann que les arts sont différents bien sûr mais liés les uns aux autres et qu’il est illusoire de chercher à les assimiler. Reste que, si les textes rassemblés par Séité ne peuvent dire avec les mêmes armes que la musique, ils disent souvent d'autres belles façons et constituent en plus un lot de témoignages forts pour la compréhension de l’histoire du jazz envisagé outre-Atlantique.  En objet inspirant, le genre transforma en quelque sorte des figures du monde des lettres en irrésistibles attachés de presse : Yannick Séité le prouve là avec passion.

Yannick Séité : Le jazz, à la lettre (PUF / Amazon)
Edition : 2010.
Guillaume Belhomme © Le son du grisli

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Arve Henriksen : Chiaroscuro (Rune Grammofon, 2005)

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Aside from David Sanborn and Dewey Redman, the musician who really made me realize that I wasn't crazy for wanting to explore the extreme sound spectrum of my instrument and who has a clear vision of what he wants from music is the Norwegian trumpet player Arve Henriksen. I remember being so inspired when I first heard him... His sound is absolutely beautiful and it evokes so many emotions.

I listen to and appreciate many kinds of improvised music and I always get something out of listening to every one of my favorites however Arve Henrikson is someone who embraces the 'beautiful' side of improvised music. Every time I hear the fragility and simplicity in his lines I get shivers down my spine. All of his albums are great, but Chiaroscuro is my definite favorite.

Arve Henriksen : Chiaroscuro (Rune Grammofon)
Edition : 2005.
CD : 01/ Opening Image 02/ Bird's-Eye-View 03/ Chiaro 04/ Holography 05/ Blue Silk  06/ Parallel Action 07/ Circled Take 08/ Scuro 09/ Time Lapse 10/ Ending Image
Louise D.E. Jensen © Le son du grisli

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Saxophoniste récemment entendue sur You Look Like Your Mother, Would You Like More Sauce?, Louise Jensen improvisera en duo avec Tom Blancarte : ce jeudi, en fin d'après-midi, au Souffle continu.

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Johnny Dyani, John Tchicai, Dudu Pukwana : Witchdoctor's Son (SteepleChase, 1978)

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Cet enregistrement – belle production – offre déjà un atout important avec la présence de John Tchicai et Dudu Pukwana ; par ailleurs, il est intéressant d'entendre Johnny Dyani entouré d'un guitariste brésilien, Do Nascimento, et d'un batteur également brésilien, Carlos de Sequaira, qui apportent une « touche » vraiment réussie à ce disque. Mais un morceau en particulier attire mon attention : il s'agit de Magwaza (traditionnel sud-africain + arrangements de Johnny Dyani) : 13:20 qui clôturent la face B. L'interprétation par l'ensemble est particulièrement émouvante et également pleine d'énergie. Un morceau dont l’écoute « en boucle » procure de la joie et même plus !

Johnny Dyani, John Tchicai, Dudu Pukwana : Witchdoctor's Son (SteepleChase)
Enregistrement : 1978. Edition : 1987.
CD : 01/ Heart With a Minor’s Face 02/ Ntyilo Ntyilo 03/ Radebe 04/ M’Bizo 05/ Eyomzi 06/ Magwaza 07/ Radebe (Take 1) 08/ Heart Woth Minor’s face 09/ Ntyilo Ntyilo (Take 1) 10/ Magwaza (Take 1)
Jean-Noël Cognard © Le son du grisli

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Percussionniste efficient, Jean-Noël Cognard multiplie les projets vigoureux : Salmigondis, Empan, Tribraque. On l’entendait encore récemment en Tankj.

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John Tchicai Trio : Truth Lies In-Between (Marge, 2010)

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Autour des mots du poète John Stewart, pour les dire et leur offrir la musique qui les incarnerait le plus fidèlement, John Tchicai réunit son trio et nous offre Truth lies in Between, disque singulier et disque manifeste.

Tchicai et Stewart y proposent un éloge du doute et de la réflexion contre toutes les certitudes. April nous le suggère ainsi : « Mieux vaut célébrer / L’inconnu / Un mystère/ Que de chanter / Les triomphes d’une nouvelle / Ou d’une ancienne histoire. / L’inconnu, lui / Dure toujours. » Car la vérité ne peut pas être tirée d’une histoire décidément chaotique, et Katrina (Katrina Comes)  ne fait aujourd’hui que prolonger l’éternelle injustice autre part évoquée dans Inscription for the 20th Century (dédiée à la mémoire des activistes pour les droits civiques et membres du Black Panthers Party John Huggins et Bunchy Carter). Alors, parce que la vérité est insaisissable et ment par intermittence (« Truth Lies In-Between », donc, nous confie Tchicai dans And Then), il va nous falloir la trouver en nous-mêmes : « Il faut être le lieu saint que vous cherchez, et ne jamais oublier.» (Young Leaders)

L’art, ici la musique de John Tchicai et la poésie de John Stewart mêlées, est précieux parce qu’il ne nous livre pas un discours raisonné et tranché sur le monde mais qu’il en dévoilerait plutôt les mystères. Ces mystères que le vieux sage Tchicai souhaite ici chanter (d’une voix qui semble charrier de lourdes terres foulées), non en un renoncement de l’aventure collective mais en une réaffirmation de notre responsabilité individuelle, et de notre nécessaire humilité devant la complexité et la diversité du monde.

Alors, la musique jouée ici, d’être à l’avenant : exploration de tous les possibles et de tous les ailleurs. Gospel (Masks), rap (The Owl), techno (Masks toujours), samba (Opgenomen), jazz (At Last Ourselves) se télescopent et sont traversés par le grand courant des rythmes africains. Point de folklore ni d’exotisme chez Tchicai, mais la mise à nu de la multiplicité de nos racines et de notre insaisissable identité. Très justement épaulé par la pianiste Margriet Naber et le poly-percussionniste Ernest Guiraud-Cissé, John Tchicai construit un bel et gracile équilibre entre textes et musique : courts morceaux scandés et longs morceaux instrumentaux se côtoient paisiblement sur ce disque profond et réussi.

John Tchicai Trio : Truth Lies In-Between (Marge)
Enregistrement : 10 juillet 2008. Edition : 2010.
CD : Truth Lies In-Between
Pierre Lemarchand © Le son du grisli

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Joëlle Léandre, India Cooke : Journey (NoBusiness, 2010)

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De Guelph au Mans, on avait pu remarquer la complicité de Joëlle Léandre et d’India Cooke. Deux archets inquiets de libertés qui se retrouvaient en 2008 à Denver, ce dont atteste Journey.

Avec autant d’implication mais en se faisant plus persuasives encore, la contrebassiste et la violoniste accordent leurs manières : vindicatives et invocatoires quand elles ne sont pas métronomiques, lyriques ou minimalistes (le violon, surtout, sous influence). Léandre et Cooke construisent un dialogue moins exubérant que celui que Firedance avait consigné et gagnent ainsi l’une et l’autre en « nouveautés » : subtilités confondantes et acharnement ne se jouant plus seulement dans la force mais aussi dans l’audace. Ainsi il arrive que des voix familières – dans le champ même de l’improvisation – parviennent à dire autrement qu’au moyen d’un vocabulaire su par cœur : et, au risque de surprendre, ravissent davantage.


Joëlle Léandre, India Cooke, Journey V (extrait). Courtesy of NoBusiness.

Joëlle Léandre, India Cooke : Journey (NoBusiness / Instant Jazz)
Enregistrement : 2008. Edition : 2010.
CD : 01/ Journey I 02/ Journey II 03/ Journey III 04/ Journey IV 05/ Journey V 06/ Journey VI
Guillaume Belhomme © Le son du grisli

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