Le son du grisli

Bruits qui changent de l'ordinaire

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le son du grisli #3Conversation de John Coltrane & Frank Kofskyle son du grisli sur twitter
A la question : interviewsAu rapport : impressions de concertsEn théorie : l'improvisation par l'écrit : John Butcher & Evan Parker

Zeitkratzer : Alvin Lucier (Zeitkratzer, 2010)

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Depuis la sortie de Xenakis [a]live!, Reinhold Friedl et son Zeitkratzer se sont intéressés à la musique contemporaine en instituant une série de disques baptisée « Old School ». Après John Cage et James Tenney, c’est au tour d’Alvin Lucier d’y trouver son compte.

Les travaux pratiques de physique musicale ont eut lieu à la fois en concert et en studio. Leur objet était de démontrer que les écritures d’une partition, soumise aux mouvements d’un orchestre, peuvent prendre d’autres formes que celles que le compositeur leur avait choisies. Examinons : ici c’est un violon (ailleurs un orgue ou même un triangle) qui tient la note-élément-premier de l’ensemble. Reste après cela aux pièces microtonales de dérouler un luxueux aréopage de sons fabuleux. Réexaminons, au microscope cette fois : ce sont-là des systèmes photosensibles qui en appellent à leur différenciation !

Zeitkratzer : Alvin Lucier (Zeitkratzer)
Enregistrement : 2009-2010. Edition : 2010.
CD : 01/ Fideliotro, for viola, cello and piano 02/ Music for Piano with Magnetic Strings, for grand piano and as many as five e-bows 03/ Silver Streetcat for the Orchestra, for amplified triangle 04/ Violynn, for violon and tape 05/ Opera with Objects, for performers with resonant objects
Héctor Cabrero © Le son du grisli

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Temperamental Trio : Raw and the Cooked (Kadima, 2010)

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Dix-sept plages pour le Temperamental Trio (Jean Claude Jones : contrebasse & electronics / Loic Kessous : computer & electronics / Stephen Horenstein : saxophone baryton). A chaque pièce, pourrait s’y affecter un mot clé : nappes et trilles, saignées, miroir, élongation, entrechocs… Ainsi débarrassée des superflus d’une suite improvisée, la musique du Temperamental Trio gagne en rayonnement et consistance mais perd quelque chose du risque de l’hors jeu, de l’échec ou de l’attente.

Fixons-nous donc sur ces dix-sept plages et sur leurs climats soigneusement relevés : mixtures complexes et grinçantes, saxophone tantôt tendu tantôt relâché, ruche bourdonnante et stagnante, secousses électroniques groupées et subitement libérées de ses vides par un drainage continu… Reste néanmoins cette question taraudant le chroniqueur : s’agit-il ici d’une série de pièces autonomes ou d’extraits choisis au sein d’une seule et même pièce improvisée ? Aux musiciens de répondre s’ils le désirent et, ainsi, éclairer un chroniqueur qui ne demande que cela.

Temperamental Trio : Raw and the Cooked (Kadima Collective)
Enregistrement : 2006. Edition : 2010.
CD : 01/ Ship of Fools 02/ K.O.W 03/ Agitation 04/ Dyad 05 Groan 06/ Heavy Metal 07/ Slow Day 08/ Ship of Fools 2 09/ Mucho 2 10/ Remue ménage 11/ P.U.T.T. 12/ Rider 13/ Wap 14/ Quack 15/ Figure Ground 16/ Slow Duet 17/ Arrival
Luc Bouquet © Le son du grisli

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Garrison Fewell : Sound Particle 47 (Creative Nation Music, 2010)

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Parmi les neuf musiciens que compte le changeant Variable Density Sound Orchestra de Garrison Fewell, on trouve sur Sound Particle 47 Roy Campbell, Steve Swell, Achille Succi ou encore John Voigt.

Après avoir ravivé le transport lent qui inspira déjà sa « première communion » avec ses partenaires, le guitariste compose des pièces dont l’équilibre est toujours d’une précarité irrésistible. Au gré d’interventions libres ou commandées, les musiciens font œuvre cohérente de références multiples : brouillons charmants de marche et de post-bop construisent ainsi de subtiles paysages flottants. 

Pour ce qui est des cordes, un duo avec Eric Hofbauer sur l’Afro Danish Form Six de John Tchicai permet à Fewell d’instaurer un premier sas de décompression – Swell et Campbell se chargeront d’en ouvrir un second sur un Conspiring in Your Favor aux souffles mesurés. Enfin, à la manière de Butch Morris dont il reprenait hier Namthini’s Shadow, le Variable Density Sound Orchestra façonne Long Distance Unity – composition signée Fewell / Tchicai –, conclusion vaporeuse d’un ouvrage obnubilé par la musique des sphères.


Variable Density Sound Orchestra, Requiem for a Consequence. Courtesy of CNM.

Garrison Fewell Variable Density Sound Orchestra : Sound Particle 47 (Creative Nation Music)
Edition : 2010.
CD : 01/ Terra Firma, Terra Incognita 02/ Variable Density #1 03/ Fanfare For Wisdom 04/ Requiem for a Consequence 05/ Afro Danish Form 6 06/ Betty’s Bounce 07/ Conspiring in Your Favor 08/ Sound Particle 47 09/  Variable Density #2 10/ Long Distance Unity
Guillaume Belhomme © Le son du grisli

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Heinz Geisser, Ben Miller, Der Rote Bereich, Yannick Dauby, The Convergence Quartet, Kinetix vs Pylône, Off-Cells

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Heinz Geisser, Eiichi Hayashi, Takayuki Kato, Yuki Saga : On Bashamichi Avenue (Leo, 2010)
A Yokohama, le percussionniste Heinz Geisser rencontrait au printemps 2009 trois Japonais comme lui adeptes d’improvisation : Yuki Saga (voix, objets), Eiichi Hayashi (saxophone alto) et Takayushi Kato (guitare électrique, jouets). Flottante, la rencontre passe calmement de paysages plats en hauts reliefs accidentés. Entre les deux, de charmants soubresauts : hoquets de Saga ou emportements d’Hayashi. (gb)

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Ben Miller : Degeneration : Live performances & Radio Broadcasts (Tigerasylum, 2010)
Plus expérimental que Lee Ranaldo quand il l’est, Ben Miller présente avec Degeneration près de dix années de travail. Des bruits de guitares-casseroles accompagnent des voix saturées, des rythmes dingues déboulent et demandent qu’on attaque les guitares avec des baguettes. Délirant et même parfois stupide : à la fois jouissif et dispensable. (pc)

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Der Rote Bereich : 7 (Intakt, 2010)
En Der Rote Bereich avec Frank Möbus (guitare) et Olivier Steidle (batterie), l’excellent Rudi Mahall oscille sur 7 entre le médiocre et le curieux. Puisqu’on parle d’impression d’ensemble, voici : musique écrite (par Möbus) trop écrite (par le même), unissons rébarbatifs, ballade sans véritable raison d’être et dérives en tous sens (funk, rock, jazz ancien). L’art de Rudi Mahall et l’exception qu’est Banker’s Burning Bakeries étouffés par un parti-pris qui minaude. (gb)

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Yannick Dauby : Overflows (Sonoris, 2010)
La ville de Saint-Nazaire a récemment réaménagé sa promenade sur son front de mer mais les enregistrements de Yannick Dauby datent d’avant cela (lorsqu'ils ne viennent pas tout simplement d’ailleurs, c'est-à-dire de Taïwan). En conséquence, Overflows a quelque chose d’austère et d’agréable à la fois : on y reconnaît des tunnels dans lesquels on sent des présences pour qui le bruit de la mer fait office de drone sous tension. Aventurez-vous dans ce paysage composite : d’un port à l’autre, vous apprendrez à reconnaître les nuances du vent et celles de l’eau. (hc)

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The Convergence Quartet : Song/Dance (Clean Feed, 2010)
Brillant auprès de Rodrigo Amado ou en compagnie de Tomas Fujiwara, il aura suffit à Taylor Ho Bynum d’emmener son Convergence Quartet pour donner des signes de faiblesse. Sur Song/Dance, il sert un jazz inégal aux côtés de Dominic Lash (contrebasse et compositions encourageantes), Alexander Hawkins (piano fruste et compositions passables) et Harris Eisenstadt (batterie lourde et compositions nulles). Ici ou là, le trompettiste renoue avec les usages d’anciennes figures (Wadada Leo Smith, Donald Ayler) et rassure : il aurait pu faire mieux. (gb)

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Kinetix vs Pylône : Sonology (Sound on Probation, 2010)
Gianluca Becuzzi (alias Kinetix) et Pylône se partagent Sonology, nouvelle sortie du label Sound on Probation. Dans un cas comme dans l’autre, c’est une ambient foisonnante qui vous installe dans un sous-marin pour un voyage en profondeurs ou vous susurrent des mots à l’oreille. Pas tellement orignal mais qui sait indubitablement ravir les amateurs d’expériences claustrophobiques. (pc)

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Off-Cells : 60/40 (L’innomable, 2010)
Sur 60/40, entendre une autre histoire de découpage de silences et même de temps contée par Seijiro Murayama au sein d’Off-Cells – à ses côtés : Taku Unami (guitare), Utah Kawasako (synthétiseur analogique) et Takahiro Kawaguchi (objets). L’ennui, ici, se trouve en guitare : à force d’aller chercher son salut dans la ligne pure, Unami donne dans un simplisme irritant qui gangrène l’ensemble des improvisations. D’amusement stérile en pose expérimentale, la guitare partout vous empêche d’écouter le reste. (gb)

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Christian Marclay : Graffiti Composition (Dog W/A Bone, 2010)

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La scène se passa le 13 septembre 2006 au Museum of Modern Art de New York. Des guitaristes (guitar & bass guitar) de renom interprétèrent une composition graphique tirée de l'oeuvre de Christian Marclay. Ces guitaristes n’étaient autres qu’Elliott Sharp (qui chapeauta le projet), Lee Ranaldo, Vernon Reid, Mary Halvorson et Melvin Gibbs.

Il fallait s’y attendre,  il y eut du bruit et de la fureur, que les graffitis soient exécutés sur les allées et venues rapides des médiators ou sur d'attaques aux doigts. Chaque guitariste y va de son alarme, excave du lourd et du râlant, avant de passer le relais à son voisin. Pour couronner le tout, Sharp et ses acolytes y vont aussi de leurs expérimentations électroniques. Des pistes sont reprises ou transformées en direct. C’est bien simple, sur Graffiti Composition il n’y a qu’une chose que l’on peut regretter : un solo au tapping désuet dont on ne connaît pas l’auteur…

Christian Marclay : Graffiti Composition (Dog W/A Bone / Metamkine)
Enregistrement : 13 septembre 2006. Réédition : 2010.
CD : 01-06/ Graffiti Composition 1-6
Pierre Cécile © Le son du grisli

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Bill Dixon : The Complete Remastered Recordings on Soul Note (CAM, 2010)

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Neuf fois Bill Dixon : The Complete Remastered Recordings on (Black Saint &) Soul Note réunit les albums enregistrés par le trompettiste et pianiste, pour le label italien entre 1980 et 1998.

Après avoir inventé auprès de Cecil Taylor et Archie Shepp puis au Cellar Café de New York, Dixon remit donc à plat – influence sur le musicien du peintre qu’il était aussi ? – les reliefs vertigineux du premier free. Pour objectif : l’horizon, ligne sur laquelle il n'est pas interdit de faire naître d’autres reliefs. La réécoute de ces neuf disques – pour les citer tous et dans l’ordre chronologique : Bill Dixon in Italy (Volumes I et II), November 1981, Thoughts, Son of Sisyphus, Vade Mecum (Volumes I et II) et Papyrus (Volumes I et II) – dresse un portrait nébuleux de l’artiste en Sisyphe ayant assez d’idées pour transformer chaque nouvel enregistrement en expérience de nouveautés.

En formations différentes, Dixon remet ainsi son métier sur l’ouvrage au son d'échanges qui, lorsqu’ils ne se limitent pas à de courts dialogues défaits, adoptent les contours d’un lyrisme traînant voire y accrochent chacune des notes auxquels ils donnent naissance. Dans l’invention et l’indolence, Dixon profite en plus d’autres souffles que le sien : tuba de John Buckingham (Son of Sisyphus), trompette d’Arthur Brooks (Bill Dixon in Italy), saxophones de Marco Eneidi (Thoughts) pour n'en citer que trois. Autre élément d’horizontalité, l’archet auquel Dixon fait souvent confiance lorsqu’il s’agit de composer de grands pans d’atmosphères soumises à dépression : la contrebasse d’Alan Silva, chaotique, au début des années 1980 ; celles de Mario Pavone, Peter Kowald et William Parker (triple archet de Thoughts) ; celle encore de Barry Guy sur Vade Mecum. Enfin Tony Oxley, qui fit peu à peu pencher la balance en faveur du rythme, et apparition qui commanda une autre fois à Dixon de subtilement changer d’angle de création.

Bill Dixon : The Complete Remastered Recordings on Soul Note (CAM / Amazon)
Enregistrement : 1980-1998. Edition : 2010.
9 CD : Bill Dixon in Italy I, Bill Dixon in Italy II, November 1981, Thoughts, Son of Sisyphus, Vade Mecum I, Vade Mecum II, Papyrus I, Papyrus II
Guillaume Belhomme © Le son du grisli

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Véronique Dubois, François Carrier : Being With (Leo, 2010)

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Véronique Dubois et François Carrier : deux chamans en cérémonie. Deux passeurs de songes, deux guérisseurs de l’âme. The Music Is the Healing Force of The Universe : on le sait depuis le début des temps mais le rappel du grand Albert n’était pas de trop.

Alors ici, il y a les stridences vocales de l’une, le saxophone-aérophone de l’autre. Rarement d’unisson mais une broderie autour de la mélodie, un contre-point mis à mal. Ou pour faire plus clair : l’un phrase, l’autre moins. Soit deux musiciens dégagés du copier-coller et investis dans la multiplication des forces, la diversification des points-de-vue. Très souvent (trop souvent ?) : l’appel de l’une, la réponse de l’autre.

On connaissait François Carrier, beaucoup moins (pour ne pas dire pas du tout) Véronique Dubois et la découverte emballe. Des cris, des stridences, un chant clair, intensif et sans retenue, une présence soutenue et cette impression de guider, conduire l’improvisation sans jamais ne rien imposer à son solide partenaire. Gageons que la suite sera encore plus surprenante.

Véronique Dubois, François Carrier : Being With (Leo Records / Orkhêstra International)
Enregistrement : 2009. Edition : 2010. 
CD : 01/ Beginning 02/ Six Balloons 03/ Kind of Off 04/ Koko Nuts 05/ Quiet 06/ Infinite Tones 07/ Otto Dix 08/ Lost Trails 09/ Spel 10/ Stranger 11/ Quelques sortes 12/ Comme ça 13/ Trough the Window
Luc Bouquet © Le son du grisli

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Pedro Chambel : Utpote (Fractal Sources, 2010)

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On sait que l’avenir de la musique se fera beaucoup via les micro-labels (parfois sans avenir, eux). Qui se plaindra donc de la création de Fractal Sources par le guitariste Pedro Chambel (deux références au catalogue Creative Sources) ?

Passé de Creative à Fractal, je ne sais si Chambel a gagné en liberté mais il n’a en tout cas rien perdu de son talent d’improvisateur peu orthodoxe. Dans cet Utpote, Il continue de s’empêtrer dans ses cordes électriques tel au sauvage ravi par l'instinct. On ne sait plus si derrière c’est un drone ou si c’est simplement le buzz de l’ampli mais ce n’est pas ça qui compte : ce qui compte est la délicatesse avec laquelle Chambel fait chanter sa guitare et plonge l’auditeur dans un brouillard trouble mais reposant.

Pedro Chambel : Utpote (Fractal Sources)
CD : 01/ Utpote
Enregistrement : 2010. Edition : 2010.
Pierre Cécile © le son du grisli

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Michael Vorfeld : Flugangst (Monotype, 2010)

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Familier de Wolfarth (dans leur duo Vorwolf), Samartzis, Friedl, Beins ou Marwedel (ces deux derniers pour le fort réussi Misiiki, chez Rossbin), Michael Vorfeld (percussions et instruments à cordes) livre, avec ce solo de mai 2007, un très beau disque qui s’écoute d’une traite, comme une suite développant tout un environnement sonore.

L’impression de se trouver en présence d’un espace en extension est particulièrement vive : le long de quelles structures métalliques Vorfeld se promène-t-il ? dans quel vaste hangar d’aéronautique (la phobie de l’avion, qu’indique précisément le mot Flugangst, invite au rapprochement) a-t-il disposé son attirail ? Frottés, vibrants, piqués, les sons guident l’auditeur – comme dans une des installations dont le percussionniste est par ailleurs l’auteur – au fil d’une méditation qui n’est pas à proprement parler « planante ». Plutôt une lente course de nuages qu’on approche et desquels on s’éloigne.


Michael Vorfeld, Peilung (extrait). Courtesy of Monotype.

Michael Vorfeld : Flugangst (Monotype / Metamkine)
Edition : 2010.
CD : 01/ Peilung 02/ Taumel 03/ Parabel 04/ Scheinlot 05/ Turbulenz 06/ Stufung 07/ Azimut
Guillaume Tarche © Le son du grisli

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Markus Eichenberger : Halbzeit (Creative Sources, 2010)

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Avec un nom tel que le sien une chose est sûre, Markus Eichenberger est un musicien sérieux. Sorti sur un label tel que Creative Sources, une autre chose est sûre, Halbzeit est un disque cérébral. Pour couronner le tout : Kommissar Hjuler nous recommanda vivement un ancien LP du Suisse. Est-ce pour tout cela que j’ai ressenti la crainte d’avoir affaire à des manipulations de phonèmes capilotractés ?

Pourtant si Markus Eichenberger est un musicien sérieux il est aussi romantique et si Halbzeit est un disque assez expérimental il est aussi truculent. Ces caractéristiques ne sont pas réparties également (on traduit « Halbzeit » par « mi-temps ») mais se trouvent toutes en « même temps » dans chaque solo de clarinette. A chaque instant de chaque solo dansent main dans la main des références au minimalisme, à la chanson, au classique de Ravel comme au classique de Berio et au jazz de Bechet comme au jazz de John Carter. Le tout respecte un savoir tout helvétique de la mesure et quand ce n’est pas le cas une tradition toute helvétique itou de l’excentricité de non-façade. Et le maelstrom tient bon et bien ! 

Markus Eichenberger : Halbzeit (Clarinet Solo 2008) (Creative Sources / Metamkine)
Enregistrement : 2008. Edition : 2010.
CD : 01-09/ Halbzeit Part One-Part Nine
Héctor Cabrero © Le son du grisli

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