Le son du grisli

Bruits qui changent de l'ordinaire

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A paraître : Sorcière, ma mère de Hanns Heinz Ewers & Nurse With WoundInterview de Quentin RolletEn librairie : Pop fin de siècle de Guillaume Belhomme
Archives des interviews du son du grisli

Mats Gustafsson : Needs! (Dancing Wayang, 2010)

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Ce dont Mats Gustafsson a besoin, Dancing Wayang lui procurait récemment : un 33 tours assez original pour partir dans tous les sens.

Dessus, une suite de saynètes plus ou moins expérimentales : un début souffreteux (œuvre au noir, micros frottés et salive sur moteurs tournant à vide d’une mécanique fade pour être trop huilée) mais un développement autrement démonstratif : apogée de plaintes de baryton en dérapage perpétuel. Spectral, l’amoncellement des effets d’un variateur, d’autres souffles et de manipulations de micros et boutons de plus en plus subtils, chargent l’ouvrage qui gagne en frasques et virulences.

C’est la pratique – pourtant difficile à l'âge de Gustafsson – d’un complexe jeu d’enfant : un bourdon et une mélodie miniature pour toute conclusion, Needs! prouve que le Suédois n’est pas condamné à donner toujours dans une « efficacité mâle » pour faire effet. Sa noirceur peut gagner au polissage et son inspiration à la régression expérimentale.

Mats Gustafsson : Needs! (Dancing Wayang / Instant Jazz)
Edition : 2010.
LP : Needs!
Guillaume Belhomme © Le son du grisli



Alfredo Costa Monteiro : Aura (Etude Records, 2010)

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Alfredo Costa Monteiro s’est déjà fait remarquer pour ses drones et, pour fabriquer ceux d’Aura, il s’est servi d’enregistrements réalisés par la percussionniste Pilar Subira.

Pourtant, ce n’est jamais un rythme que l’on entend. Ce serait plutôt le bruit d’assiettes de jonglages autopropulsées qui avanceraient (en plus) le long d’un fil tendu au-dessus du vide. De l’acrobatie sonore, quoi… C’est pourquoi Monteiro a dû trouver un équilibre juste : les sons sont cristallins et leurs résonances sont tactiques. La compagnie de ce tout flottant est agréable mais rien n’est immuable. D’ailleurs, la surprise que Monteiro réserve à son auditeur me conseille de ne pas en dire plus que ceci : elle vaut le détour.

Alfredo Costa Monteiro : Aura (Etude Records / Metamkine)
Edition : 2010.
CD : Aura
Pierre Cécile © Le son du grisl


Esther Lamneck, Roberto Fabbriciani : WInds of the Heart (Innova, 2010)

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Huit mètres de long, en bois et en PVC, quatre octaves dont deux en dessous de la flûte contrebasse ; c’est l’hyperbass flute, conçue par Roberto Fabbriciani en 1976. Tantôt paquebot ronflant, tantôt contrebasse coupante, tantôt souffle mortuaire ou flûte retrouvée, l’étendue de l’hyperbass flute semble infinie et ouverte à bien des possibles.

Ici, c’est donc un duo : il y a Roberto Fabbriciani qui joue de l’hyperbass flûte et Esther Lamneck qui joue du tarogato. Tous les deux ont longtemps séjourné les musiques de Boulez, Berio, Cage, Scelsi, Ligeti et tous les deux sont de magnifiques improvisateurs. L’une aime le débordement. Son souffle frôle le continu. Elle le zèbre de secousses amères, de courbes brisées. Pour faire vite : entre Peter Brötzmann et Evan Parker. L’autre serait plutôt énergie sombre ; certaines fréquences de l’hyperbass flute demeurant inaudibles à l’oreille humaine. Il est celui qui enveloppe plutôt que celui qui guide. Il est celui qui assombrit la belle clarté de sa partenaire ici, l’accompagne de sa flûte lumineuse ailleurs. A l’arrivée : un disque passionnant.

Esther Lamneck, Roberto Fabbriciani : Winds of the Heart (Innova / Orkhêstra International)
Enregistrement : 2008. Edition : 2010.
CD : 01-14/01-14
Luc Bouquet © Le son du grisli


Lutnahimat : Erosions (Aural Terrains, 2010)

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Cela fait près de dix ans que Ian S., citoyen britannique, « sculpte des sons » sous le nom de Lutnahimat : Erosions montre très bien comment.

Dans une veine minimale, Lutnahimat injecte ses potions et l’effet se fait bientôt ressentir. Vous voilà plongé dans un abysse, la chute a été électrique et vous émergez peu à peu : des violons vous caressent, un androïde vous parle, des nappes de synthés (on peut lire quelque part que Ian S. invente lui-même ses instruments électroniques) font office de tapis volant qui vous mènent plus loin que vous ne l’aviez escompté en déposant le disque dans la platine. Comme Erosions, vous aurez fait de nombreux tours. Après la décélération, vous reviendrez à vous-même, engourdi et satisfait.

Lutnahimat : Erosions (Aural Terrains)
Edition : 2010
CD : 01/ Snow in Hadal Zone 02 / Absence of Alternative Conditions 03/ Senescence
Pierre Cécile © Le son du grisli


Paul Dunmall, Chris Corsano : Identical Sunsets (ESP, 2010)

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C’est au son d’une cornemuse que Paul Dunmall invite Chris Corsano à l’échange : sifflant en insatiable, le premier commande au second un usage instrumental avoisinant du sien : les cymbales prennent alors fait et cause pour une rumeur commune.

Et puis le dialogue se veut plus vif : Dunmall, cette fois au ténor, maniant la turbulence jusqu’au vertige ; Corsano réagissant en partenaire idéal, rebonds et attaques sèches à la réception. Franche, la frappe de Corsano épouse les idées chaotiques du ténor ou sinon lui laisse la possibilité de toujours s’immiscer en contre-reliefs. Sous les nervures d’Identical Sunsets, les écarts multipliés et les à-coups dispendieux composent quatre pièces intenses. 

Paul Dunmall, Chris Corsano : Identical Sunsets (ESP / Orkhêstra International)
Edition : 2010.
CD / LP : 01/ Identical Sunsets 02/ Living Proof 03/ Better Get Another Lighthouse 04/ Out of Sight
Guillaume Belhomme © Le son du grisli



Irène Schweizer, Pierre Favre (Intakt, 1990)

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Et soudain, la charleston ouverte, continue et insistante de Pierre Favre lance le drible, en appelle au piano d’Irène Schweizer. Un appel mais tout sauf un préconçu, un préparé. Juste une forme-surgissement avec cette évidence que ça doit se construire-poursuivre là et pas ailleurs.

Et Irène d’instruire le mouvement, lui inventer de nouveaux feux, s’amuser et se distraire de la métrique. Métrique folle et libre, jamais en sommeil ou en panne d’inspiration. Ce surgissement est flagrant (Bongiorno Giacomo) et ailleurs, ce seront d’autres et multiples élans, impulsés par l’une ou par l’autre, tout aussi chaleureux et engagés.

A écouter ainsi pendant cette petite heure de concert les musiciens se renouveler et prendre plaisir à l’échange, on veut bien les croire infaillibles, insatiables. L’énergie, la présence, le fracas, le trajet, les frénésies, les couleurs qui s’assemblent…Osons un mot, un seul : liberté.

Irène Schweizer & Pierre Favre (Intakt Records)
Enregistrement : 1990.
CD : 01/ Cache-cache 02/ Ein schnelles Verfahren 03/ Miramara 04/ Bongiorno Giacomo 05/ Fulmination 06/ Flying over the Limmat 07/ Una tarentella fantastica 08/ Ein Ton kommt selten allein 09/ Moving Time 10/ What Is It You Wanted? 11/ First Wave – Last Word
Luc Bouquet © Le son du grisli


Lou Grassi Po Band, Marshall Allen : Live at the Knitting Factory Vol. 1 (Porter, 2010)

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En 2000, le Po Band de Lou Grassi invitait Marshall Allen à jouer à la Knitting Factory. Aujourd’hui, une première partie du concert se trouve consignée sur disque. 

Sur lequel on peut entendre deux improvisations et une composition de Paul Smoker – trompettiste apaisant d’un Po Band au free désabusé, qui touche par ses déroutes et les façons qu’il a de chercher à accorder ses tensions vives : le trombone de Steve Swell et la clarinette de Perry Robinson, la contrebasse de Wilber Morris et la batterie de Grassi.

Au saxophone alto et à la flûte, Allen intervient avec justesse : emboîtant le pas au trombone sur l’ascension du mont Marshalling Our Spirits avant d’en commander la descente facétieuse ; plaçant ensuite RePoZest sous le signe de la nonchalance et puis le déplaçant sous le coup d’incartades nerveuses, quelques fois héroïques. Hommage à l’organiste des sphères, LouRa lève enfin une armée de vents mal embouchés qui s’entendra sur un unisson avant de démontrer d’élans individuels tous singuliers. Roulant sur toms, Grassi en appelle pour conclure à un exercice de free plus affirmé. La voix d’Allen de redoubler alors de présence et de plaider avec majesté en faveur du second volume promis.

Lou Grassi Po Band, Marshall Allen : Live at the Knitting Factory Volume 1 (Porter / Orkhêstra International)
CD : 01/ Marshalling Our Spirits 02/ RePoZest 03/ LouRa
Enregistrement : 26 septembre 2000. Edition : 2010.
Guillaume Belhomme © Le son du grisli


Low Frequency Orchestra, Wolfgang Mitterer : MOLE (Chmafu, 2010)

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Wolfgang Mitterer fait partie de ces compositeurs de contemporain qui avouent un faible pour l’improvisation. C’est pourquoi le retrouver à l’orgue sur un disque du Low Frequency Orchestra n’est pas si surprenant. Bien moins que le disque en lui-même en tout cas.

Au départ, la réunion de sept musiciens excavent des profondeurs une électroacoustique que des assertions vocales assignent à un langage. A l’opposé de la naïveté du dessin de la couverture du digipack, le groupe évolue quand même sur une mer démontée, balayée par les vents (beaucoup de flûtes) et électrisée par de nombreux appareils. Pour faire face à ces vents, un moteur vrombit mais provoque des craquements : résister ne sert à rien.

L’orchestre et Mitterer changent en conséquence de méthode – l'orgue prend la barre sur MOLE qu’il comble de clusters. La chevauchée fantastique n’en a plus que pour une demi-heure, mais une demi-heure grise, d’un gris que l’on n’oublie pas. Ne perdant pas une miette des gestes du chamane Mitterer, Maja Osojnik devra dissiper tout cela de sa voix réconfortante. Trois points de suspension au lieu du point final.

Low Frequency Orchestra, Wolfgang Mitterer : MOLE (Chmafu Nocords)
Enregistrement : 10 janvier 2007. Edition : 2010.
CD : 01-05/ Slug 06/ Mole
Héctor Cabrero © Le son du grisli


Interview de Pierre Favre

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Nouvel élément du développement d’un impromptu précis de frappe helvète : entretien avec Pierre Favre. Le temps d’un retour sur quelques collaborations (Irène Schweizer, Mal Waldron, Jimmy Woode, Peter Kowald, Evan Parker…) et d’un point nécessaire sur les projets en cours d’un percussionniste qui donnait récemment de beaux enregistrements à noms de codes (Albatros et Vol à voile). [Lire la suite]


Jason Robinson : Cerberus Reigning (Accretions, 2010)

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Au moment où sortent deux enregistrements montrant Jason Robinson en notables compagnies – avec Anthony Davis sur Cerulean Landscape pour Clean Feed et avec Marty Ehrlich sur The Two Faces of Janus pour Cuneiform –, une oreille en attente d'originalité et puis confortée par un inévitable instinct de contradiction conseillera plutôt l’écoute de Cerberus Reigning, deuxième partie d’une trilogie que Robinson s’est proposé d’élaborer en solitaire.

Après Cerberus Rising, donc, Cerberus Reigning donne à entendre le musicien passer, « en temps réel », de saxophones ténor et soprano en flûte – ici et là, un ordinateur servira aussi beaucoup. Amateur de mythes en tous genres (origines : Antiquité, science-fiction…), Robinson forge seize récits imaginaires et remontés : imbrications d’obsessions pour quelques sonorités originales qu’il fait tourner souvent sur des airs de manège.

S’il trahit ici ou là quelques penchants pour un art que l’on dirait naïf (sonorités de The Betrayal of Sharon ou surenchère de boucles du morceau-titre), Robinson convainc la plupart du temps du bien-fondé de ses exercices de modification de sa sonothèque entre lesquels il profite de plages récréatives savoureuses : bourdons, emportements, chants apaisés d’un bestiaire qui l’habite et de grandes références pour organiser l’ensemble (Coltrane, Dunmall, Fasteau…) réservent ainsi de savoureuses surprises.

Jason Robinson : Cerberus Reigning (Accretions)
Enregistrement : juin-juillet 2010. Edition : 2010.
CD : 01/ Broken Seals 02/ The Betrayal of Charon (Synchronous Aether) 03/ Syrynx at the Edge of Nightfall 04/ Stillness Shattered 05/ Hope is Lost (Synchronous Aether) 06/ The Inner Wave 07/ Cerberus Reigning 08/ A Darkness So Piercing 09/ Serpentine Gaze 10/ Among Goliaths 11/ Rising Tide for Humanity 12/ Some Shall Fall 13/ Syrynx Song for the Fallen (Synchronous Aether) 14/ The New Resistance Unveiled 15/ Smoldering Ruins 16/ The Final Horizon
Guillaume Belhomme © Le son du grisli



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