Le son du grisli

Bruits qui changent de l'ordinaire

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Archives des interviews du son du grisli

Rafal Mazur, Keir Neuringer : Unison Lines (Not Two, 2010)

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En huit pièces improvisées, alto bien bandé & guitare basse métallisée, Keir Neuringer & Rafal Mazur exposent une complicité (marquée d’un précédent enregistrement publié par Insubordinations) de plus de dix ans.

Indéniablement calorifiques, leurs interactions semblent puiser dans un fonds stylistique bop destroy ou plus simplement euro-free – bien que les noms d’Eneidi ou de Rob Brown puissent aussi être évoqués – fait des figures que l’on sait : slaps d’anche, sur-jeu, machines à laver parkeroïdes, basse vrombissante, lyrisme gauche néobrötzien, étranglements, escarbilles et flatterzungs… Et si l’on en vient à songer au duo de Mats Gustafsson & Barry Guy (enregistrant pour Maya il y a une quinzaine d’années), c’est pour regretter chez Neuringer & Mazur le sacrifice du scénario à la dépense, et de l’urgence au remplissage.

On regrettera donc de ne pas adhérer avec tout l’enthousiasme que l’on aimerait manifester… tout en reconnaissant que ces instrumentistes détiennent un vrai « savoir-faire » – cela suffit-il à faire musique passionnante ?

Rafal Mazur, Keir Neuringer : Unison Lines (Not Two / Instant Jazz)
Edition : 2010.
CD : 01-08/ Unison One-Nine
Guillaume Tarche © Le son du grisli



John Edwards, Chris Corsano : TSKTSKING (Dancing Wayang, 2009)

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Sur un carton glissé avec le 33 tours à l’intérieur de sa pochette, des notes signées Evan Parker racontent la première rencontre du saxophoniste avec Chris Corsano. Pour parer à toute éventualité – notamment celle d’avoir à faire face à un jeune batteur au jeu possiblement décevant –, Parker avait alors requis la présence de John Edwards. De la réunion naquirent quelques projets, dont un enregistrement du nom d’A Glancing Blow édité par le label Clean Feed.

Dans ces mêmes notes, Parker note que ses deux partenaires s’entendent assez bien pour se permettre maintenant d’enregistrer sans lui. L’auditeur est prévenu, qui devra écouter TSKTSKING, disque sur lequel un contrebassiste et un batteur attestent de leur complémentarité : Edwards en démontrant sur archet frénétique (descentes parfois vertigineuses) ou pizzicatos fuyants quand Corsano désosse sa batterie pour fomenter au son de chacun de ses éléments roulements engageants ou la multiplication de quintuples rebonds. Le chant improvisé soulevé à grand renforts de gestes larges : grandiose.

John Edwards, Chris Corsano : TSKTSKING (Dancing Wayang)
Enregistrement : 2008. Edition : 2009.
LP : TSKTSKING
Guillaume Belhomme © Le son du grisli

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Cette chronique, jusque-là inédite, est extraite du hors-série sept batteries / le son du grisli. Dix exemplaires peuvent encore être commandés en suivant les instructions ci-aliénées.


Tomas Korber, Gert-Jan Prins : RI 1.5442 (Cavity, 2010)

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Artiste noise dont l’intransigeance extrême n’a d’égale que du côté de Kevin Drumm ou de Prurient – rappelons-nous ses travaux pour le label autrichien Mego (par encore au stade des Editions), Gert-Jan Prins s’associe à un autre maître de la radicalité électronique – nous avons nommé le guitariste et improvisateur suisse Tomas Korber.

Unis depuis 2008, le producteur néerlandais et l’artiste helvétique se sont produits, entre autres, en juillet 2009 sur la scène de la Nuit Bleue à la Saline Royale d’Arc-et-Senans (Doubs). Rendu du live enregistré à cette occasion, RI 1.5442 est un témoignage fidèle et indispensable de ce que peut être un ‘concert’ electronica moderne – à l’instar de la fabuleuse Cronica Label Night que le très bon club Netwerk avait organisée à Alost en 2008 (et qui, dans mon souvenir, restera à jamais marquée d’une pierre blanche).

Etalée sur les 74 minutes du disque compact, la performance du duo ne manque pas de faire circuler dans la tête les images du cérémonial. On s’imagine assis, méditant au son des grincements électroniques, taillant dans la numérisation des sons des sculptures étranges, le corps parcouru d’insectes virtuels cherchant à pénétrer dans notre cervelet avide de découvertes abstraites. Pour le coup, on est servi à profusion.

Tomas Korber, Gert-Jan Prins : RI 1.5442 (Cavity / Metamkine)
Edition : 2010.
LP : 01/ RI 1.5442
Fabrice Vanoverberg © Le son du grisli


Hugo Antunes : Roll Call (Clean Feed, 2010)

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Jusqu’à la semaine dernière, je ne savais rien d’Hugo Antunes, ce contrebassiste portugais fier comme un rock qui en appelle au roll (le jeu de mots est tout trouvé parce que Roll Call est un disque de jazz musculeux !).

Pas de romantisme en vogue et jamais d’exagération chez Antunes. Plutôt des rondeurs généreuses qui vont bien au jazz qu’il joue avec Daniele Martini et Toine Thys aux saxophones & Joao Lobo et Marek Patrman aux batteries. Le secret est-il dans la présence de ces deux batteurs ? Peut-être, le tout est que cette musique coule de source, est agréable à entendre et si l’on veut intéressante à décortiquer. Antunes met sa jeunesse et sa fougue au service du jazz et le résultat est surprenant…

Hugo Antunes : Roll Call (Clean Feed / Orkhêstra International)
Edition : 2010.
CD : 01/ Dukkha 02/ Roll Call 03/ Holy Spenning 04/ Anfra  05/ Einfach 06/ Anfra (alternate take)
Pierre Cécile © Le son du grisli


Beresford, Coombes, Russell, Solomon, Todd : Teatime (Emanem, 2010)

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Les noms devraient suffire à faire venir à Teatime un parterre d’amateurs : Garry Todd (saxophone ténor), Nigel Coombes (violon, électronique), Steve Beresford (piano, jouets), John Russell (guitare électrique) et Dave Solomon (percussions).

Enregistrées au milieu des années 1970 à l’Unity Theatre et précédemment éditées sur Incus, les improvisations de Teatime vont voir au-delà du simple souvenir des joutes improvisées du No-Swinging London. Ce sont d’abord cet European Improvised Music Sho’ ‘Nuff Turns on Me en quatre parties, qui donnent à entendre un quartette affûté (tous musiciens cités si ce n’est Todd) donner dans un brouhaha intempestif, beau discours d’une jeunesse londonienne obnubilée par les chants d’instruments que l’on gratte, lutine ou harcèle. « It was a period of trying things out », précise John Russell.

Ensuite, quatre autres parties font I Didn’t Get Up This Morning, (tous musiciens cités si ce n’est Coombes). Soit, un art d’expression directe, voire brute, et des trouvailles sonores valant du trésor oublié. En conclusion et en prime, Low-Fi, enregistré au Little Theatre, oppose Russell et Solomon le temps d’un échange étrangement sévère bien qu’amusé. Gratifié d’un tel inédit, on ne saurait faire autrement que de conseiller l’écoute du Teatime réédité.

Garry Todd, Nigel Coombes, Steve Beresford, John Russell, Dave Solomon : Teatime (Emanem / Orkhêstra International)
Enregistrement : 1973-1975. Réédition :2010.
CD : 01/ Irritating Tapping 02-05/ European Improvised Music Sho’ ‘Nuff Turns Me On (Part 1-4) 06/ Deadbeat 07-10/ I Didn’t Get Up This Morning (Part 1-4) 11/ Graham Shows His Teeth 12/ Low-Fi
Guillaume Belhomme © Le son du grisli



Paw Music : Depositio de lixo garbage house (Ronda, 2010)

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Ces adeptes de Paw Music ont des pseudonymes peu communs : Q (pour Quentin Rollet qui joue du saxophone, trifouille des objets et vocalise), ÉN (pour Pál Tóth qui joue avec ses dispositifs électroniques, trifouille des objets et vocalise) et AHAD (pour Zsolt Sorés qui joue du violon, trifouille des objets et vocalise). Le trio peut parfois accueillir HEyeRMEarS (pour Jozef Cseres, qui vocalise sans trifouiller).

Maintenant la Paw Music… A l’écoute du disque, on pourrait la définir de mélange expérimental foutraque. Le saxophone agresse des oiseaux électroniques, ces oiseaux-là se font abattre par des vents terrifiants, un larsen pointe de temps à autre le bout de sa lance, le même sax free sec pour lutter contre des créatures sorties tout droit d’un jeu d’arcades… Le résultat de tout ça est parfois heureux, parfois brouillon et parfois malheureux (l’électronique peut être d’un kitsch commun). La Paw Music, ce serait donc ça : un air de danse folle, heureux puis triste, triste puis heureux ?

Paw Music : Desposito de lixo garbage house (Ronda / Metamkine)
Enregistrement : 2002. Edition : 2010.
CD : Paw Music
Pierre Cécile © Le son du grisli


Chapter : III (A Collection of Monsters) (Saiko, 2010)

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S’il est bien une chose qu’on pourra reprocher à Chapter, au-delà de ses accords de guitare acoustique empruntés à Greg ‘Espers’ Weeks, c’est l’anonymat branlant de ses titres d’albums (heureusement compensé par des annotations diverses). Forcément intitulé III, ce troisième album surgit trois années après le sympathique Two (The Biographer) et voit le duo Thierry Van Osselt / Alexander Craker s’affranchir des frontières folk et prendre l’autoroute d’une indie pop tape du pied – c’est flagrant sur l’inaugural Tomcat.

Au-delà de ces considérations stylistiques, la paire belgo-anglaise from Geneva (with lots of love) taille ses chansons midtempo dans le bois de l’artisan qui fournit la matière brut au label Waterhouse Records (en son versant ‘Folks Pop-In At The Waterhouse’). Malgré une recherche évidente de la mélodie juste, la vision d’ensemble de Chapter peine souvent à s’envoler outre les limites propres à son genre. Sans même faire une fixation sur le chant peu varié de Craker – on croit souvent entendre les mêmes variations, les déclinaisons made by Chapter demeurent dans un terre-à-terre étroit alors que son ambition est de nous emmener vers une terre onirique peuplée d’ambiances mystérieuses. Pour la rêverie, on repassera.

Chapter : III (A Collection Of Monsters) (Saiko Records)
Edition : 2010.
CD : 01/ Tomcat 02/ A Winter Chill 03/ The Blue Lake Of Lannalot 04/ The Young Ones 05/ Oh! Fryda 06/ Serial 07/ My Sweet Girl 08/ Candle Of Black Hope 09/ What Am I To Do Now? 10/ The Bird (Song For Mum) 11/ The Monsters 12/ The Kraken
Fabrice Vanoverberg © Le son du grisli


Robert Crouch : An Occupied Space (Dragon’s Eye, 2011)

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On le sait, la baie de San Francisco est porteuse d’imaginaire. Le dernier en date à le prouver est Robert Crouch, qui expose sous l’œil du dragon ses tableaux de peinture sonore.

Crouch est un paysagiste qui aime les quatre saisons. Ses marines flattent son goût pour les mers d’huile et ce même si sous la surface la menace gronde, comme le montre le beat étouffé d’I Melt with You I. La mer à perte de vue, onctueuse, ondulante, d’El Capitan vous capture et vous rejette un peu plus loin, sur le fascinant Firehouse. Votre regard se pose à droite puis à gauche, l’oreille est à l’affût des nuances d’une polyphonie d’ondines invisibles. Vous reprenez ensuite la mer, mais vous savez qu’un jour ou l’autre vous ne pourrez pas faire autrement que de revenir à l’endroit que vous êtes en train de déserter.

Robert Crouch : An Occupied Space (Dragon’s Eye)
Edition : 2011.
CD : 01/ I Melt with You I 02/ El Capitan 03/ Firehouse I 04/ Firehouse II 05/ I Melt with You II
Héctor Cabrero © Le son du grisli


Oliver Lake, Christian Weber, Dieter Ulrich : For a Little Dancin’ (Intakt, 2010)

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Le jazz en guise de langage commun pour Oliver Lake, Christian Weber et Dieter Ulrich. For a Little Dancin’ ne bouleversera pas le genre, mais atteste de l’accord trouvé par le trio sur quelques thèmes de Lake – si ce n’est celui du morceau titre, signé Ulrich.

Le disque dit par contre la facilité avec laquelle les trois musiciens jouent avec les codes. En conséquence, saluer un bop à la traîne et aéré (« Z » Trio), le détachement élégant d’un alto économe (Rollin’ Vamp), un accès de free touchant encore (Spots) et l’atmosphère en ballade de Spelman. Le trio peut aussi se faire oublier au son de passages plus anodins : c’est que Lake, Weber (archet d’exception) et Ulrich (frappe juste), trouvent davantage à dire en zones de perturbation qui les obligent à abandonner les réflexes de leurs savoir-faire.

Oliver Lake, Christian Weber, Dieter Ulrich : For a Little Dancin’ (Intakt / Orkhêstra International)
Enregistrement : 2009. Edition : 2011.
CD : 01/ Marion Theme 02/ « Z » Trio 03/ Rollin’ Vamp 04/ Art 101 05/ In This 06/ Spring-Ing Trio 07/ Spots 08/ For A Little Dancin’ 09/ Spelman 10/ Backup
Guillaume Belhomme © Le son du grisli


Aeroplane Trio : Naranja Ha (Drip Audio, 2010)

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Quand pléthore de groupes se sentent obligés de sortir un CD au bout de quelques concerts à peine, l’AerplaneTrio attend huit ans pour sortir le sien. Ici, un CD, un DVD et une agréable constante : l’AeroplaneTrio est un combo qui convoque improvisations et compositions sans que l’une ou l’autre de ces formes en soit privilégiée.

Voici donc une composition ternaire (Lucky Loonie) entre Ornette et Dave Douglas (Zorn pour lien ?) aux phrasés souples et rebondissants, accélérant et freinant un tempo malicieux. Voici un trait binaire insistant (Whitehorse), piaffant sur un riff et le répétant inlassablement. Voici des cris fielleux venus en droite ligne du Naked City de John Zorn (Whatever Happened to the Sand People). Et voici, enfin, des improvisations où se mêlent les rauques ondulations d’une contrebasse rugueuse, le rythme désarticulé d’un batteur faussement minimaliste au salivaire poivré d’un trompettiste tout terrain. C’était donc JP Carter, Russell Sholberg et Skye Brooks soit l’AeroplaneTrio ; des gars venus de Vancouver et qu’ont plein d’histoires à nous raconter.

AeroplaneTrio : Navanja Ha (Drip Audio)
Enregistrement : 2008 (DVD) & 2009 (CD). Edition : 2010.
CD : 01/ Pre Rumble 02/ Lucky Loonie 03/ Rock Paper 04/ Whitehorse 05/ Plastic Farm Animals 06/ Callejuela 07/ They Came and Took Away Our Kittens 08/ Subtle Shock 09/ Whatever Happened to the Sand People 10/ Crow’s Nest 11/ Lagoon
DVD : 01/ Improv # 1 02/Victoria Park 03/Improv # 2 - Callejuela 04/ Carlos the Black 05/ Getting to Naranja Ha
Luc Bouquet © Le son du grisli



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