Le son du grisli

Bruits qui changent de l'ordinaire

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Lê Quan Ninh : Improviser librement (Mômeludies, 2010)

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Sous la forme d’un abécédaire que remplissent notes, extraits d’entretiens ou de correspondances, le percussionniste Lê Quan Ninh livre sa définition de l'improvisation : empirique et évidemment multiple.

Variations sur un même anti-thème : improvisation et liberté et refus des contraintes, improvisation non identifiable et qualifiable moins encore, improvisation-discipline, improvisation-témoignage, improvisation-antimatière, improvisation impersonnelle, improvisation-échange – Bakounine cité au passage : « La liberté d’autrui étend la mienne à l’infini » –, improvisation aux « règles relatives » ou improvisation aux disques-accidents… 

Le charme de Lê Quan Ninh est de ne pas prendre prétexte de poésie pour préférer dire vrai sans ambages : si son art est abstrait, son témoignage n’en rajoute pas – on en connaît qui n’hésitent pourtant pas, surchargent leur pratique musicale de textes-fioritures capables de rendre l’ensemble nauséeux.  En mots comme en sons, Lê Quan Ninh évite donc la supercherie et les poses, en appelle à un corps que l’on n’empêche plus et regrette que l’on n’envisage pas davantage le rythme comme un « ordre des distances » plutôt que comme un « ordre du temps ».

Privé de Z, « Zénith » aurait pu pourtant convenir à l’abécédaire. Derrière le mot, cette notule que le percussionniste concède afin d’expliquer sa démarche : « Parce que je voudrais savoir quand même un peu. Et m’apaiser ».

Lê Quan Ninh : Improviser librement, abécédaire d’une expérience (Mômeludies)
Edition : 2010.
Guillaume Belhomme © Le son du grisli



If, Bwana : Assemble.Age! (Mutable, 2010)

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C'est écrit au dos du disque : « If, Bwana is always Al Margolis ». Pourtant sur Assemble.Age!, on n’entend pas seulement Al Margolis pour la simple et bonne raison qu'il redonne une seconde vie (et peut-être jeunesse) à des captations de concerts.

Parfois, cela sonne baroque quand l’homme se sert des archets du Trio Scordatura en guise de touillette à plonger dans un cocktail de voix délicieux à défaut d’être chatoyant. Parfois cela sonne folk expérimental avec la voix de Lisa Barnard Kelley qui murmure sa poésie. Après cela, Lisa revient avec Monique Buzzarté (trombone), Tom Hamilton (synthé modulaire), Jacqueline Martelle (flûte) et Margolis à l’ordinateur pour planer sous la pression de courants d’airs cyclothymiques. La musique électroacoustique et expérimentale d’If, Bwana est triste et belle à la fois. Encore plus belle lorsqu’on y repense ensuite.

If, Bwana : Assemble.Age! (Mutable)
Edition : 2010
CD : 01/ Ringing the Bell 02/ Dtto Lisa 03/ Death to the 8 04/ Cicada #1 05/ Six Minus
Héctor Cabrero © Le son du grisli


Muta : Bricolage (Al Maslakh, 2010)

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Ces travaux de Bricolage sont ceux de Muta, le disque est leur second. Comme sur Yesterday Night You Were Sleeping at My Place, Alessandra Rombolá (flûtes, préparations), Rhodri Davies (harpe électrique, electronics) et Ingar Zach (percussion, drone commander, scruti box), composent avec leurs qualités et leur entente.

Alors, on pourrait reprendre, pour définir cette musique d’établi, les mêmes termes qu’hier – drones encore et pièces sombres autant – auxquels ajouter les éléments d’un langage commun au vocabulaire fourni davantage et dont une roue motorisée disperse les éléments : Rombolá traînant sur le carreau quelques uns de ceux-là lorsqu’elle n’ouvre pas le corps de sa flûte à un bestiaire hurlant ; Davies progressant en discret dans sa forêt de cordes électriques ; Zach commandant tous allumages de moteurs minuscules ou transformant sa cymbale en autre machine à drones.

Célébrer pour finir la persistante angoisse enfantée par la seconde rencontre de Muta sur disque. Au mixage, cette fois, Giuseppe Ielasi : pas étranger non plus aux râles magnifiques du cerbère bricolant.

Muta : Bricolage (Al Maslakh)
Enregistrement : 8 avril 2009. Edition : 2010.
CD : 01/ Driphlith 02/ Encilion 03/ Goriwaered 04/ Hafflau 05/ Llinyn 06/ Osgo
Guillaume Belhomme © Le son du grisli


Enrico Malatesta : Bestiario Vol. 1 (Second Sleep, 2010)

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Emboîtant d’une certaine façon le pas à Christian Wolfarth – avec lequel il a gravé les beaux Mirrors pour l’étiquette Presto – qui clora prochainement, en solitaire, sa tétralogie de 45 tours, le percussionniste Enrico Malatesta entame (sur même support phonographique), pour sa part, une trilogie qu’on suivra chez différents labels : Second Sleep d’abord, Xhol ensuite,  Senufo enfin…

Ce premier volet d’un bestiaire animé (sans bestialité) offre, en toute célérité crissante, deux pièces enregistrées en mai dernier au théâtre Valdoca de Cesena. C’est avec beaucoup de vivacité que ces dernières font alterner frottés et copeaux, cristallerie et grincements. Si l’on n’est guère étonné d’apprendre que le jeune Malatesta a également fréquenté Seijiro Murayama, c’est qu’il sait tout autant choisir des timbres qu’en tirer des espaces. Vif et subtil.

Enrico Malatesta : Bestiario Vol. 1 (Second Sleep)
Enregistrement : mai 2010. Edition : 2010.
45 tours : Bestario Vol. 1
Guillaume Tarche © Le son du grisli


Brian Eno : Small Craft on a Milk Sea (Warp, 2010)

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Parfois les mots vous manquent. Je n’étais pas contre l’idée d’un nouveau Brian Eno. Je n’étais même pas contre l’idée de l’écouter un jour ou l’autre. Et voilà : après avoir décacheté ma copie presse (un autocollant me disait que cette copie contenait un signal inaudible qui permettrait que l’on me retrouve si j’avais dans l’idée d'en faire profiter des amis de megaupload façon), j’écoutais Small Craft on a Milk Sea.

Après avoir eu peur, j’ai été transporté ; transporté par une musique d’une douceur qui me fit imaginer que je prenais place en classe affaire d’un Singapore Airlines ou que je faisais (la magie du cinéma, que voulez-vous) une apparition inattendue dans Bilitis… Et d'ailleurs j’en profitais bien jusqu’au moment où je me suis fait agresser par une guitare électrique : c’est là que j’ai compris qu’Eno n’avait pas fait ce disque seul. Avec lui, il y avait Jon Hopkins et Leo Abrahams pour confectionner cette musique naïve : une electronica datée ou un electrorock en surpoids entre deux sursauts d’orgueil mollasson.

Les trois hommes n’ont même pas accouché d’une souris mais d'un sous-disque d’un sous-Nils Petter Molvaer, c’est dire… Evidemment, Small Craft... n’anéantira pas la « carrière » de Brian Eno et encore moins son « importance ». Il relativisera seulement sa sagacité d’esprit et transposera dans le champ musical l'option bien à la mode du placement sous tutelle.

Brian Eno : Small Craft on a Milk Sea (Warp)
Edition : 2010.
CD : 01/ Emerald and Lime 02/ Complex Heaven 03/ Small Craft on a Milk Sea 04/ Flint March 05/ Horse 06/ 2 Forms of Anger 07/ Bone Jump 08/ Dust Shuffle 09/ Paleosonic 10/ Slow Ice, Old Moon 11/ Lesser Heaven 12/ Calcium Needles 13/ Emerald and Stone 14/ Written, Forgotten 15/ Late Anthropocene
Pierre Cécile © Le son du grisli



Lol Coxhill, Roger Turner : Success with your Dog (Emanem, 2010)

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L'essentiel de Success with your Dog a été enregistré à Brest en 2003, un soir où Lol Coxhill retrouvait, au Vauban, un Roger Turner d'une discrétion rare mais appropriée.

Récitant calmement son bréviaire a-rythmique, Turner permet au saxophoniste d'envisager une suite de courses en solitaire sur courtes distances : multiplication de coups secs, imagination soprane, emportements conjugués et succints, redites sopranes, poses swing et free fuites, rafales sopranes, efin emboîtement d'exception.

Après celles-ci, un addendum : Groomed for the Job, pièce enregistrée cette année par les mêmes : le silence s'invitant davantage à la table des retrouvailles, les hésitations changées en séditieux moments de vérité. Sur plus de réverbération, Coxhill raconte seul avant de laisser Turner raconter à son tour. Ensemble ensuite : l'échange est délicat, que le soprano dépose sous le signe d'une étrangeté diffuse. Sept ans de réflexion d'une prise à l'autre, grandioses toutes deux à ses manières.

Lol Coxhill, Roger Turner : Success with your Dog (Emanem / Orkhêstra International)
Enregistrement : 2003-2010. Edition : 2010.
CD : 01/ Paying Through the Nose 02/ A Collar Counts 03/ Tails That Wag 04/ Groomed for the Job
Guillaume Belhomme © Le son du grisli


Didier Lasserre : Sur quelques surfaces vacantes (Entre deux points, 2010)

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La musique de Didier Lasserre est une main ouverte, paume tournée vers le ciel, prête à accueillir les fragments du monde qui s’y réfugieraient. Elle est l’inattendu et la révélation, elle est fille de l’instant et de l’éternité. Elle est poésie, donc.

Il faut prendre rendez vous avec elle, la laisser venir à nous une fois les conditions d’une intimité possible créée. Ici, Sur quelques surfaces vacantes, enregistré le 12 avril 2010 au Théâtre Molière de Bordeaux, présente le percussionniste seul avec une cymbale et un tambour. La musique alors surgie est rare et fragile, à l’image de ce disque qui l’incarne : tiré à 80 exemplaires numérotés et à la pochette dessinée à la main.

Les deux instruments ne sont pas au service de la mélodie mais en seraient plutôt la source même, l’origine. De leur exploration jaillit une sorte de chant naturel, en même temps qu’une parole bien humaine, car singulière. Et si l’on entend le souffle du vent, le crépitement du feu, le sol martelé et la vie immergée, la musique ici ne s’affranchit jamais de son humanité : chaque note nous ramène à l’homme qui la joue.

Un tambour, une cymbale : le bois et la peau, puis le fer, tels un raccourci de la destinée humaine en même temps qu’un condensé de l’univers de Didier Lasserre, musicien indispensable dès lors qu’on aura croisé sa route et laissé sa musique venir à nous. Il faut vite écouter ce chant du monde, son doux murmure, ce qu’il nous dit sans cesse mais que nous n’entendions plus.

Didier Lasserre : Sur quelques surfaces vacantes ([• entre deux points •])
Enregistrement : 12 avril 2010. Edition : 2010.
CD-R : 01/ Surface I 02/ Surface II 03/ Surface III 04/ Surface IV
Pierre Lemarchand © Le son du grisli


Ninni Morgia, William Parker : Prism (Ultramarine, 2010)

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Quatre faces (double 33 tours qu’est Prism) pour une dizaine de cordes (guitare de Ninni Morgia et contrebasse de William Parker).

Le nombre de pédales nécessaires à Morgia est un mystère mais l’allant qu’il donne à la rencontre est, lui, évident : électricité au service d’une musique ethnique d’un nouveau genre, diphonie mise au jour par un archet distributeur de graves qu’attise un jeu de cordes minces au fantasque irrépressible.

A l’artisanat originel, le duo tourne peu à peu le dos pour élaborer puis mettre en branle une machine à sons hétérodoxes qui bout avant d’éclater : alors, des projections ici et ailleurs des motifs répétés. Pour inventer d’autres manières, Parker abandonne quelques fois sa contrebasse pour un frêle instrument à vent et Morgia développe encore l’idée selon laquelle il serait désormais impensable de faire usage de la guitare à la mode d’avant : les guitar-heroes sont fatigués et il faut dire à leur place mais surtout différemment, c'est à dire à coups d’élucubrations ravissantes dont la nature étrange ne tient pas du phénomène démonstratif. Voilà donc de quoi Prism est fait.

Ninni Morgia, William Parker : Prism (Ultramarine)
Edition : 2010.
LP X 2 : Prism
Guillaume Belhomme © Le son du grisli


Zeitkratzer : Whitehouse (Zeitkratzer, 2010)

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Sa collaboration avec Keiji Haino (Electronics 3) pourrait avoir laissé des traces sur Zeitkratzer. C’est en tout cas ce que l’écoute et les réécoutes de Whitehouse n’ont pas cessé de me chuchocracher à l’oreille.

Sur ce CD, un autre membre émérite de la Protection des Grands Bruits agit dans l’ombre du collectif de Reinhold Friedl. Il s’agit de William Bennett, soit Whitehouse en personne, qui a rencontré Friedl avant que celui-ci s’empare de ses compositions et les joue en concert à Marseille au printemps dernier. Sur le vieux port gronde encore un assaut électroacoustique dévastateur qui commence avec des loops assassines et des tambours qui ne sont pas du Bronx mais qui sont d’une urbanité sauvage quand même.

Parmi la masse, on distingue le beau violon de Burkhard Schlothauer, Ensuite, on s’y noie avec délectation : la clarinette de Frank Gratkowski, la trompette de Matt Davis, la harpe de Rhodri Davies et le son de Ralf Meinz, tout concourt à déplacer jusqu’à très près de vos oreilles une ruche XXL dont les habitantes prennent plaisir à s’ébattre déguisées en membres d’Urban Sax. Zeitkratzer est un grand orchestre détraqué qui n’a pas finit d’agir tel un aimant sur tous les parasites de métal à l’approcher. Cette Whitehouse s’en trouve recouverte de tôles et l’ensemble est du plus bel effet. 

Zeitkratzer : Whitehouse (Zeitkratzer)
Enregistrement : 14 mai 2009. Edition : 2010.
CD : 01/ Munkisi Munkondi 02/ Nzambi Ia Lufua 03/ Scapegoat 04/ Fairground Muscle Twitcher 05/ Bia Mintatu 06/ The Avalanche
Pierre Cécile © Le son du grisli


Kali Z. Fasteau : Animal Grace (Flying Note, 2010)

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Des Alpes à Harlem, Kali Fasteau a fait entendre son Animal Grace : en trio en 2005 avec Bobby Few, Wayne Dockery et Steve McCraven ; en duo avec Louis Moholo deux ans plus tard.

Si l’échange avec Moholo n’est pas mis en valeur par la qualité de l’enregistrement, il profite de l’adhésion des coups secs du batteur aux excentricités sonores de Fasteau – trop emportée au piano, elle invente avec plus d’esprit au son d’autres instruments (flûte, mizmar, saxophone soprano, voix qu’elle transforme en machines, violon enfin). L’association est iconoclaste, voire étrange, autant qu’éclatante.

Plus tôt donc, dans le canton des Grisons, Fasteau donnait un concert à l’Uncool Festival en compagnie de Bobby Few (piano), Wayne Dockery (basse) et Steve McCraven (batterie). Classique d’apparence, le quartette bouscule les codes mais déçoit au son d’une mixture musicale d’un clinquant inapproprié : tombant quelques fois sur le son juste à force de tentatives nombreuses (flûte, voix et soprano encore), Fasteau doit faire avec le verbiage de partenaires hésitant entre pose free jazz et airs cabotins. Retour à New York alors : réécoute réparatrice de l’association Kali Z. Fasteau / Louis Moholo.

Kali Z. Fasteau : Animal Grace (Flying Note)
Enregistrement : 2005-2007. Edition : 2010.
CD : 01/ Impulse 02/ Cultivation 03/ Swan’s Flight 04/ All Things 05/ Mongezi’s Laughter 06/ Past Futur Present 07/ A Gift 08/ Airstreams 09/ They Speak Through Me 10/ Melting Ice 11/ Jumping on the Drums 12/ From Above
Guillaume Belhomme © Le son du grisli

noah

Noah Howard was an enthusiastic pioneer of the Avant-Jazz scene that started in the 1960s.  He brought a bayou warmth and swing from his hometown of New Orleans to his own blues-infused version of the new jazz.  He enjoyed life and people, and traveled and shared his music all over the world.



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