Le son du grisli

Bruits qui changent de l'ordinaire

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A paraître : Sorcière, ma mère de Hanns Heinz Ewers & Nurse With WoundInterview de Quentin RolletEn librairie : Pop fin de siècle de Guillaume Belhomme
Archives des interviews du son du grisli

Alexander Frangenheim, Joe Morris, Mark Dresser, Joëlle Léandre : Contrebasses Expéditives

bassegrislis

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Alexander Frangenheim : The Knife Again (Creative Sources, 2010)
Enregistré en 2006, The Knife Again démontre l’intransigeance avec laquelle la pratique instrumentale d’Alexander Frangenheim ne se refuse rien. Frappes romantiques, archet tranchant ou enveloppant, pizzicatos découpant reliefs ou accaparant à force de graves… Souvent, la contrebasse est déformante et les gestes, plus encore, d’un leste valeureux.

morris_sensorJoe Morris : Sensor (NoBusiness, 2010)
Le 13 février 2010, Joe Morris enregistrait Sensor seul à la contrebasse. Du premier au septième titre, la divagation du musicien – qui pourrait bien attester de l’évolution de sa technique à l’instrument – se fait accepter sans se montrer capable de captiver jamais, accusant même ici quelques longueurs. A tel point que Sensor passe parfois pour un exercice que l’on enregistre et qui fera l’affaire : celle d’un disque de plus que la sympathie que l’on a pour Morris nous convainc d’écouter jusqu’au bout sans que l’on puisse chasser de notre esprit cette question évidente : est-ce qu’est encore capable de plaire ce qui intéresse aussi peu ?

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Achim Kaufmann, Mark Dresser, Harris Eisenstadt : Starmelodics (Nuscope, 2010)
Steinway B, tel est le modèle du piano avec lequel Achim Kaufmann alourdit les improvisations et compositions de Starmelodics. Parmi ces dernières, compter une introduction signée Dresser qu’il défend d’un archet leste. Compter aussi Vancouver, sorte d’Hat and Beard à la progression empêchée par Harris Eisenstadt, et sur lequel le trio tourne joliment en rond – Kaufmann y compris, comme quoi…

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Mark Dresser : Deep Tones for Peace (Kadima, 2010)
Un disque et un film reviennent sur un projet que le même Dresser enregistra en 2009 auprès d’autres contrebassistes que lui – entre autres Barre Phillips, Jean-Claude Jones, Bert Turetezky à Tel Aviv ; Trevor Dunn, Henry Grimes ou Rufus Reid à New York. Sur disque, les archets servent une composition répétitive, voire minimale, aux lignes d’horizon confondues. Le film, signé Christine Baudillon, dévoile sous couvert de making-off quelques secrets d’un projet œcuménique que ses qualités défendent contre les effets d'un simple all-stars anecdotique.

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Mark Dresser : Guts (Kadima, 2010)
Troisième enregistrement solo de Dresser, Guts dépeint – sur disque et film là encore – le contrebassiste en profiteur de multiples pratiques étendues. Frottements, grattements, vives attaques, silences révélateurs, font ainsi naître une suite de drones et de polyphonies superbes. Sur le DVD, Dresser s’explique sur la nature de ce qu’il appelle ses « explorations », dit son amour des harmoniques dont il tire inspiration et son goût affirmé pour l’univers de sons qu’il habite.

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Joëlle Léandre : Tentet & Trio (Leo, 2011)
Deux disques couplés par Leo donnent à entendre Joëlle Léandre à la tête d’autant de formations : tentette du nom de Can You Hear Me? (présences de Burkhard Stangl à la guitare, de Lorenz Rabb à la trompette…) et trio dans lequel trouver John Tilbury au piano et Kevin Norton aux percussions. En grande compagnie, Léandre fait bouillir quelques cordes avant de lever une armée d’archets en déroute, soigne une composition aux chaos charmants et, parfois, aux fioritures sentimentales. En trio, elle investit avec plus de retenue un monde flottant (influence Tilbury) avant que ses partenaires la suivent sur une improvisation de forme plus classique qui précède un final aux impressionnantes suspensions sonores.

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Léandre, Mitchell, Van Der Schyff : Before After (Rogue Art, 2011)
Sans attendre, les instruments de Joëlle Léandre (contrebasse et voix), Nicole Mitchell (flûte et voix) et Dylan Van Der Schyff (batterie), se mêlent sauvagement sur Before After. Sur terrain incantatoire, le trio d’obsessionnels accordés répète des morceaux de mélodies et puis l’archet glisse, s’impose grandiloquent à force de graves, s’octroie quelques échappées en compagnie d’une flûtiste virevoltant ou d’un percussionniste subtil. Redire donc que le trio sied à Joëlle Léandre.



Keefe Jackson : Seeing You See (Clean Feed, 2010)

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Toujours chez Keefe Jackson ces petits appels-apports ayleriens qui ne sont pas pour rien dans la réussite de cet enregistrement. Certes, des petites choses, pas nécessairement audibles pour un non-initié, mais démontrant l’implication d’un musicien en recherche d’un ailleurs à (re)conquérir. A cet égard, Seeing You See ne me fera pas mentir.

Alors que Jeb Bishop semblait avoir pris le dessus sur son compagnon, Jackson se fend d’un solo électrique, évitant tout appui, tant rythmique qu’harmonique. Prise de risque que s’autorise un saxophoniste (clarinettiste crépusculaire sur Eff-Time, Since Then & Close) soucieux de ne plus jamais reproduire les phrasés d’école.

Il peut, ici, dans ce strict cadre (bop ouvert, free extensible), compter sur la maîtrise absolue de ses partenaires (Jeb Bishop, Jason Roebke, Noritaka Tanaka) de la windy city. Le pourra-t-il si l’aventure se précise plus périphérique, plus éclatée comme le suggère l’inaccompli Since Then ? A suivre donc…

Keefe Jackson : Seeing You See (Clean Feed / Orkhêstra International)
Enregistrement : 2008. Edition : 2010.
CD : 01/Maker 02/ If You Were 03/ Put My Finger on It 04/ How-a-Low 05/ Eff-Time 06/ Seeing You See 07/ Turns to Every Thing 08/ Since Then 09/ Word Made Fresh 10/ Close
Luc Bouquet © Le son du grisli


Yoni Silver : Peep Holes (Creative Sources, 2010)

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Qui est Yoni Silver ? Un clarinettiste basse qui aime les jeux de mots alors que son jeu est tout en arabesques ciselées ? Sur Peep Holes, il s’autoportraitise en solitaire de Tel Aviv qui souffle dans un roseau…

Le triptyque (on ne croit pas longtemps au mensonge cinétique de la pochette du disque) est fait de traits fins qui vont grossissant. Peu à peu une silhouette se dessine, Silver reprend sa respiration, engage son souffle circulaire dans un univers à la Folon. Tout s’enchaîne là naturellement, les couches sonores qui se succèdent et leurs dégradés sont d’épure et de pures merveilles. On y voit plus clair, à la fin de Peep Holes : sur l’art sonore et sur l’identité de Yoni Silver, clarinettiste qu’on ne demande qu’à réentendre.


Yoni Silver : Peep Holes (Creative Sources / Metamkine)
CD : 01/ Peep Holes 02/ Please Hold 03/ Peat Hog.
Enregistrement : 2009. Edition : 2010.
Héctor Cabrero © le son du grisli


Brassier, Guionnet, Murayama, Mattin : Idioms and Idiots (WMO/R, 2010)

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Enregistré au NPAI Festival de 2008, Idioms and Idiots – projet de Jean-Luc Guionnet, Mattin, Seijiro Murayama et Ray Brassier – est de ces disques dont il faut expliquer les causes, croit-on comprendre. Dans un livret, les musiciens s’expliquent – ces explications peuvent aussi être trouvées .

Ici donc, on parle de musique (non-idiomatic de Derek Bailey) et de philosophie (non-philosophie de François Laruelle) pour en appeler aux conséquences du contact recommandé d’un vocabulaire arrêté (musique dans son acception courante) et de pratiques « rebelles » (improvisation en trois actes). D’autres conflits peuvent naître malgré tout : Brassier en philosophe inquiet de langage musical invité par un trio d’improvisateurs complices poussant ceux-là mêmes à tout refuser en bloc, encore plus qu’à leur habitude. Ainsi, le droit de réponse peut accoucher d’une non-intervention et le désir de dire peut conseiller aux musiciens l’option d’une fuite silencieuse. Pour faire plus vite encore, disons que le duel Activity / Passivity n’a qu’un but avoué et qu’il promet même, baptisé « clinical violence ».

Musicalement, maintenant ? « Non-musicalement », peut-être ? La mise en place tient d’un supplice de la goutte d’eau aux charmes évidents : peaux frottées puis cordes défaites avant ce cri inattendu ; place donc accordée aux mots s’ils saturent, s’ils peuvent donner un peu de fond aux cris multipliés sur le ronronnement « clinique » en effet de machines qui n’en sont pas. Le troisième acte célèbre longtemps une note de guitare et le roulement à billes d’une autre mécanique qui finira par avaler l’un de ses concepteurs – le dernier cri de Mattin est féroce et met un son sur son expérience d’homme broyé net.

Là se termine la pièce d’un théâtre philosophique fait d’accords de guitare lasse, de couacs d’altiste, de silences et de bourdons commandés sur caisses plus ou moins claires, et de vociférations saturant ; la démarche est libre et les questions, sait-on jamais, posées seulement ensuite ?  L’esthétique a changé il y a longtemps déjà la forme des beaux-arts, la « non-philosophie » n’a plus qu’à s’occuper de celui de la « non-musique » : le résultat pourrait-il être étrangement musical ? 

Ray Brassier, Jean-Luc Guionnet, Seijiro Murayama, Mattin : Idioms and Idiots (w.m.o/r35 / Metamkine)
Enregistrement : 2008. Edition : 2010.
CD : 01-03. Idioms and Idiots
Guillaume Belhomme © Le son du grisli

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Jean-Luc Guionnet improvisera demain, dimanche 20 mars, à Paris, en compagnie cette fois du contrebassiste Benjamin Duboc. Pour information ou réservation, contacter Bertrand Gastaut.


bvdub : Tribes at the Temple of SIlence (Home Normal, 2011)

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Résident en… Chine pour la seconde fois de son existence, originaire de San Francisco, Brock Van Wey aka bvdub s’aventure toutefois dans des musiques qu’on n’hésitera pas à qualifier d’occidentales. Oeuvrant dans un style ambient techno où les concurrents à hauteur de vue de Wolfgang Voigt (alias GAS) ne courent pas les rues, le trentenaire signe un album de belle facture – sans plus (mais pourquoi donc, me direz-vous). Explication, mon tonton.

Tout en prenant le temps d’installer des ambiances où l’envie (broken) beat de secouer les pruniers concourt aux torpeurs atmosphériques – les sept pièces durent en moyenne onze minutes – l’auteur de The Art of Dying Alone pèche toutefois par un certain systématisme. Démarrés sur des volutes planantes que ne renieraient pas les Boards of Canada ou Principles of Geometry, les tracks évoluent subrepticement vers un monde où les rythmiques entrent en jeu, de façon plus (Sanctuary) ou moins (A Quiet Doorway Awaits, The Past Disappears) discrète – voilà pour la première lecture.

La seconde laisse les beats de côté sur These Walls Will Always Remember, c’est joli mais creux, et plus souvent qu’à notre tour, on voudrait se laisser embaumer et on n’y arrive jamais totalement.

bvdub : Tribes at the Temple of Silence (Home Normal)
Edition : 2011.
CD : 01/ A Quiet Doorway Awaits 02/ The Past Disappears 03/ Sanctuary 04/ These Walls Will Always Remember (for Dani) 05/ Morning Rituals 06/ We Move As One 07/ Towers Rise To The Sky
Fabrice Vanoverberg © Le son du grisli



John Zorn : Interzone (Tzadik, 2010)

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N’ayant que faire des file cards et autres games pieces - l’image étant absente ici -, le chroniqueur se bornera à décrire quelques-uns des nombreux fourmillements contenus dans l’Interzone zornienne.

Cette Interzone est peuplée de riches individualités (Marc Ribot, Cyro Baptista,Ikue Mori, Kenny Wollesen, John Medeski, Trevor Dunn) et de blocs indépendants, aménagés et ménagés sans transition. En vrac et dans le désordre, la casbah propose : rythmes éberlués, rock démembré, douceur et muzak, farces et attrapes, éclats de drums et d’alto survoltés, jazz et free jazz, éclairs blancs et brumes épaisses, latineries décapantes…

L’endroit d’où nous parle John Zorn n’est sans doute pas l’Interzone de Burroughs (ce dernier y retrouverait-il ses seringues ?) mais, entre tiraillements amers et mélodies rassurantes, un même et unique territoire que Zorn semble avoir du mal à quitter depuis une petite décennie. Du savoir faire et des émotions fortes (ce n’est déjà pas si mal !) mais pour le festin radical, on repassera.

John Zorn : Interzone (Tzadik / Orkhêstra International)
Enregistrement : 2010. Edition : 2010.
CD : 01/ I 02/ II 03/ III 04/ IV
Luc Bouquet © Le son du grisli


Howard Skempton : Bolt from the Blue (Mode, 2010)

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En un mot : je conseille l’écoute de Bolt from the Blue d’Howard Skempton. Aussi bien à celui qui n’a jamais entendu de disque de piano solo qu’à celui qui en a trop entendu. Aussi bien à celui qui aime Cornelius Cardew (le pianiste qui éveilla Skempton à son univers) ou John Tilbury (le pianiste qui interpréta Skempton) qu’à celui qui aime Satie ou même Gershwin

Chez Skempton, il est toujours question d’évanescence. Son contemporain est mélodique, sa main gauche est légère et sa main droite est voluptueuse. Il arrive d’ailleurs que l’on confonde les deux, d’autant que les mains qui façonnèrent ce disque sont celles de Daniel Becker, interprète très attachant.

Mais Bolt from the Bluen’est pas qu’un disque de piano. On y croise aussi l’ensemble EXAUDI dirigé par James Weeks lire les pièces vocales de Skempton. Des textes (des poèmes) sont dits lentement par des femmes et des hommes à l’unisson ou en désunion. Ils semblent réciter des psaumes ou atténuer leurs pleurs avec des paroles de consolation. Des hommes et des femmes se croisent, dansent ensemble sur des couplets de musique anglaise avant de se séparer. Pour toujours.

Des airs de piano et des chansons abandonnées qui en appellent à un classique perdu (lied, prélude, nocturnes, etc.), voilà ce qui fait Bolt from the Blue. Voilà tout l’art d’Howard Skempton.

Howard Skempton : Bolt from the Blue (Mode)
Edition : 2011.
CD : 01/ Starlight 02/ Guitar Caprice 03/ horham 04/ Lyric Study 05/ Liebeslied 06/ Memorial Prelude 07-11/ Five Poems of Mary Webb (To Life, Reflections, The Spirit of Earth, Safe, To the World) 12/ The Snare 13/ Rose-berries 14-16/ The Mold Riots (I, II, Resister) 17-20/ Emerson Songs (Music, Brahma, Pan, Xenophanes) 21-23/ Nocturnes (I, II, III) 24/ leamington Spa 25/ The Durham Strike 06/ Music 27/ Snape Interval 28-29/ Two Poems of Edward Thomas (Two Pewits, Sowing) 30/ Four by the Clock 31/ Music, When Soft Voices Die 32/ Bolt from the Blue 33/ Monogram 34/ Decision Time 35/ Sweet Chariot 36/ Well, Well, Cornelius 37/ He Wishes for the Cloths of Heaven
Héctor Cabrero © Le son du grisli


Xavier Charles : Invisible (Sofa, 2010)

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A coup de field recordings et d’interventions à la clarinette, Xavier Charles a pensé un Invisible d’abord Rouge, Jaune ensuite, Orange enfin.

Rouge, donc : poésie introduite en bunker, attaquée par des souffles multiples, quelques notes accordées à la mécanique puis augmentées de grognements. Jaune derrière lequel un village de sons est lentement révélé, que besogneux et enfants habitent et que des sifflements et des notes d’essence rare n'en finissent pas d'éloigner de la réalité. Orange en guise de dernier environnement : cette fois la clarinette dépose une mélodie, joue de ronds et d’ovales pour convaincre l’artifice-parasite de se laisser dompter. Rouge Jaune Orange font ainsi le beau dégradé d’Invisible, disque d’abstractions parti de preuves enregistrées d’un réel en déliquescence. 

Xavier Charles : Invisible (Sofa Music / Metamkine)
Edition : 2010.
CD : 01/ Rouge 02/ Jaune 03/ Orange
Guillaume Belhomme © Le son du grisli


Other DImensions in Music : Kaiso Stories (Silkheart, 2011)

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Le calypso (ou kaiso) comme le jazz est une musique issue de la créolisation, au sens où l’entend Edouard Glissant. Aussi, ces musiques résultent de l’entremêlement des fondamentaux (notamment rythmiques) africains et d’éléments musicaux ou d’instruments européens. Toutes deux, finalement, sont filles de l’Afrique et de l’Europe, nées en Amérique ; filles de l’exil donc.

Si le jazz a vu le jour aux États-Unis, le calypso vient des Antilles, et plus exactement des îles Trinidad et Tobago. Moyen d’expression du peuple, musique du commentaire social, chant de la joie que procure la communauté comme du désespoir qui découle du déracinement, le calypso a bien des points communs avec le jazz, autre musique née de la douleur transcendée. Les routes du jazz et du calypso se sont déjà croisées par le passé, chez Duke Ellington, Dizzy Gillespie et bien sûr Sonny Rollins. Car le jazz a toujours su remonter le fil noueux de ses racines pour se réinventer et souhaité se confronter aux autres musiques du monde pour affirmer son identité.

Ici, sur ce disque Kaiso Stories, le groupe de free jazz Other Dimensions In Music rencontre la chanteuse originaire de Trinidad et Tobago Fay Victor. Alors naît une musique superlative, énorme, hors normes. Car, pour continuer d’invoquer Glissant, dans cette musique du « tout-monde » ou du « chaos-monde », l’addition des éléments qui la composent donne un résultat supérieur à leur somme. Le mélange n’est pas dilution ni perte mais enrichissement et renaissance ; la tradition n’est pas objet de poursuite mais sujet de départ à une exploration sonore inouïe.

Le free jazz pétri par les mains aventureuses et inspirées des soufflants Roy Campbell et Daniel Carter, de William Parker (contrebasse, guembri) et de Charles Downs (percussions) se saisit du calypso comme d’un esprit inspirant et vivace, et trouve en Fay Victor une belle voix de la déraison. Fay Victor, justement, qui s’empare de ce projet instigué par le label Silkheart, pour libérer tantôt furieusement, tantôt tendrement, la voix caribéenne qui sommeillant nécessairement en elle. Leur rencontre (ou leur « connexion », telle que la caractérise plutôt Fay Victor dans les touchantes et éclairantes notes de pochette) engendre une musique de fleuve en crue, de volcan réveillé, trop longtemps retenue, ravivée enfin. Une musique d’héritage et une musique d’urgence.

Other Dimensions in Music : Kaiso Stories (Silkheart / Orkhêstra International)
Enregistrement : 8 septembre 2010. Edition : 2011.
CD :  01/ Maryanne Revisited 02/ Three Friends Advised 03/ Kitch Goes Home 04/ Saltfish Refried 05/ John Gilman Wants Tobacco 06/ An Open Letter 07/ De Night A De Wake 08/ We Is We Trini
Pierre Lemarchand © Le son du grisli


JD Parran : Window Spirits (Mutable, 2010)

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Pour ce solo privilégiant les tessitures basses (saxophone basse, flûte alto, clarinette alto), JD Parran a choisi de ne rien dénuder de son souffle fort, puissant et parfois revêche (C 80 et Spearmanon, dédiés respectivement à Cecil Taylor et Glenn Spearman).

Voici donc l’ami d’Anthony Davis et du regretté Glenn Spearman construisant patiemment, et par paliers, des phrasés tournoyant, vifs, épais et accueillants. Assez systématiquement ici, son souffle en colimaçon emprunte un sentier embrumé. Maintenant, il fait halte et dégage les étroits conduits qui obstruent sa course. Le souffle, désormais, est plus rapide, plus intimidant. Il se presse mais ne trouve que rarement destination. Il y a de l’inaccompli dans l’architecture du souffleur, une tentation de renoncer à la destination finale pour mieux retourner au point de départ. Lointainement, une obsession qui ne se livre pas entièrement mais qui pointe plus d’une fois ici.

Cinquante ans que JD Parran souffle dans ses tuyaux et si peu de monde pour s’y intéresser. Puisse ce disque réparer cette criante injustice.

JD Parran : Window Spirits (Mutable)
Enregistrement : 2009 / Edition : 2010.
CD : 01/ Processional 02/ Helmut’s Challenge 03/ Emotions 04/ Parenthetically 05/ Chang Gang 06/ Solo for Alto Clarinet 07/ C80 08/ Spearmanon 09/ 3x Spearman
Luc Bouquet © Le son du grisli



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