Le son du grisli

Bruits qui changent de l'ordinaire

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Jazz en MarsA paraître : le son du grisli #5En librairie : Bucket of Blood de Steve Potts

Stuart Sweeney : 16:9 (Oomff, 2010)

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Des nombreuses – du moins, on l’imagine – heures passées à explorer les bruits et atmosphères de la campagne anglaise de son Northamponshire d’élection, Stuart Sweeney a recueilli la quintessence naturaliste des sons, qu’il a ensuite incorporés dans des compositions électroacoustiques qu’on verrait très bien du côté de Taylor Deupree et son label 12K.

Tantôt vrombissant tel du GAS, un net degré d’inspiration en moins, tantôt élégiaque à la façon de Chihei Hatakeyama, son dévolu appesanti sur les field recordings manque singulièrement d’impact et de finesse. Tentant d’atteindre la plénitude néo-classique d’un Marsen Jules, son approche bourdonnante évoque même… U2 quand les variations gravissimes du morceau-titre renvoient à la ligne de Where The Streets Have No Name de The Edge & co. Toutefois, le constat mérite plus de nuances. En raison, notamment, de la belle aptitude de son auteur à insérer des lignes venteuses tournoyantes et obsédantes (Impressions Of A Golden Age) – tout comme la précision des envolées blanchâtres de Kaiyu-Shiki évoque très subtilement le superbe Hau du duo (forcément) nippon Opitope. Suffisant ?

Stuart Sweeney : 16:9 (Oomff)
Edition : 2010.
CD : 01/ Where The Shores Meet (16:9 Version) 02/ The Fire Within 03/ 16:9 04/ Impressions Of A Golden Age 05/ Ascension 06/ Kaiyu-Shiki 07/ Gold And Red 08/ A Time Of Change 09/ Fantasia For A Storm 10/ Memories Lost 11/ Tallinn (Excerpt) 12/ Cherry Blossom Falls
Fabrice Vanoverberg © Le son du grisli



Weasel Walter, Mary Halvorson, Peter Evans : Electric Fruit (Thirsty Ear, 2011)

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D’une improvisation qu’ils ont voulu sans appui ni pivot, sans centre ni périphérie, on pourrait craindre de Weasel Walter (batterie), Mary Halvorson (guitare) et Peter Evans (trompette) – puisque tous trois choisissent ici le chemin de l’énergie brute –  un rapide essoufflement. Soit tout lâcher d’un coup et réitérer les formules à l’infini d’une improvisation seulement sportive.

L’écueil est rondement évité ici grâce à un investissement maximum : l’écoute n’est pas d’esclavage et la liberté rode. D’une tension à l’autre, tous les trois savent que la forme qui vient d’apparaître sera éphémère. Ainsi, nous les entendons propulser leurs venins avec la vivacité des premières et dernières fois. L’irréfléchi est leur domaine et ils s’y trouvent bien. Nous aussi, même pas meurtris par cette décapante bourrasque.

Weasel Walter, Mary Halvorson, Peter Evans : Electric Fruit (Thirsty Ear / Orkhêstra International)
Enregistrement : 2009. Edition : 2011.
CD : 01/ Mangosteen 3000 A.D. 02/ The Stench of Cyber-Durian 03/ The Pseudocard Walks Among vs   04/ Scuppernong Malfunction 05/ Yantok Salak Kapok 06/ Metallic Dragon Fruit
Luc Bouquet © Le son du grisli


Sam Pluta, Peter Evans, Jim Altieri : Sum and Difference (Carrier, 2011)

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Au contact de Peter Evans (trompettiste dont il intègre régulièrement le quintette) et de Jim Altieri (violoniste qu’il côtoie en Glissando Bin Laden),Sam Pluta (laptop) élaborait Sum and Difference : six pièces improvisées d’une électronique acoustophage.

La musique, en conséquence, joue les remontées, découpe souffles et archets pour les ré-agencer l’instant d’après et fomenter un langage démonté en conséquences. Passés à la moulinette interactive, violon et trompette rendent couches après couches des râles de noise abstraite. Sous l’égide de parents forcés – Terry Riley du Music for the Gift et Birgit Ulher précipitée –, Pluta compose un ouvrage d’électroacoustique vif et intelligent.

Sam Pluta, Peter Evans, Jim Altieri : Sum and Difference (Carrier Records)
Enregistrement : 2010. Edition : 2011.
CD : 01/ Fusion 02/ Diffusion 03/ Sum and Difference A 04/ Analysis Resynthesis 05/ The Long Line 06/ Sum and Difference B
Guillaume Belhomme © Le son du grisli


Simon Whetham : Prayers Unheard (Dragon's Eye, 2011)

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Il arrive aux disques de faire l’effet de villes ou de quartiers qui plaisent alors qu’on ne s’y attendait pas. On était venu là on ne sait pourquoi et nous voici sous le charme d’une rue, d’une façade, d’un bâtiment quelconque. C’est l’effet que fait Prayers Unheard de Simon Whetham, un artiste sonore anglais qui s’est amouraché des field recordings.

Grâce à eux, il raconte ce qu’il a vu ou ressenti à l’occasion d’une promenade. Ici, c’est Kazimierz, l’ancien quartier juif de Cracovie. Ici, c’est Prayers Unheard & ici l’abstraction est totale et belle à ce point qu’on en sort convaincu qu’une grande symphonie peut être abstraite. Comme si Gavin Bryars interprétait minimalement le Jüdische Chronik de Chostakovitch. Ces chants sont dramatiques parce que ravagés par l’espoir dans le même temps qu’ils sont voués à se taire.

Prayers Unheard quant à elles vous montent à la gorge à force de tocsins étouffés, de vents et d’aigus électroniques. Une oppression qui chavire, un violon lointain qui vous rappelle que le chant des oiseaux (que l’on entend aussi) n’est pas le plus courageux de tous. Est-ce maintenant un bout de Stormy Weather qui s’infiltre avant que des pas vous ramènent à votre point de départ : celui à partir duquel vous avez commencé à découvrir le Monde. Celui que vous retrouverez pour renouer avec votre innocence.

Simon Whetham : Prayers Unheard (Dragon’s Eye Recordings)
Edition : 2011.
CD : 01/ Part First (An Uncertain Distance) 02/ Part Second (Paths, Crossing) 03/ Part Third (The Chamber)
Héctor Cabrero © Le son du grisli


Kikuchi Yukinori, Ishigami Kazuya, Miyazaki Testsuya : Luminous (Neus-318, 2010)

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Non, Luminous n’est pas un enième groupe de rock catho, mais un split-CD que se partagent Kikuchi Yukinori, Ishigami Kazuya et Miyazaki Testsuya – il faut croire que la forte densité des villes nippones s’est propagé au « monde » du disque !

Nos messieurs donnent tous dans la musique électronique mais de façons bien différentes. Le premier (sur les sept premières plages) en défendant une musique un brin déjantée qui ferait penser à un Kieran Hebden plus expérimental que de coutume (moins occidental, donc). Pendant vingt minutes, Ishigami Kazuya joue quant à lui de tous les bruits que peut générer son matériel électronique : moins identifiable, son noise est le plus gentil des noise, c’est-à-dire sans doute le moins agressif. Enfin, Miyazaki Tetsuya impressionne, lui, sur deux pistes, avec des basses tonitruantes et des sifflements qui semblent tomber de l’orage dont il utilise le grondement. Sans savoir ce qui rapproche vraiment les trois musiciens, on tentera de parler d’ « obscure clarté » ou de « lumière sombre ». Déjà pas mal.

Kikuchi Yukinori, Ishigami Kazuya, Miyazaki Testsuya : Luminous (Neus-318 / Souffle Continu)
Edition : 2010.
CD : 01-07/ Kukichi Yukinori : Crystal / Toma / Cold / Old Man With Birds / Japanese Movie / Pain / Element of Violence 08/ Ishigami Kazuya : East Asian Delusion 09-10/ Miyazaki Tetsuya : The Death of Ordinary Salaried Worker / The Second Death of Ordinary Salaried Worker
Pierre Cécile © Le son du grisli



Sonic Youth : Simon Werner a disparu... (SYR, 2010)

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Ne pas avoir vu Simon Werner a disparu…, le film (on imagine le french ersatz d’une production Larry Clark vs Gus Van Sant – mais ce n’est qu’une supposition), n’empêche pas qu’on s’intéresse à Simon Werner a disparu…, le disque, puisque Sonic Youth en est l’auteur.

Et cette bande-son, malgré ses « défauts » illustratifs, se laisse écouter. Bien sûr, les ficelles / cordes sont grosses et le groupe fait tourner ses manies (improvisations dissono-suffisantes, gimmicks accrocheurs, accords efficaces, harmoniques et boucles / sur-boucles / sur-sur-boucles, ou encore l’habitude de Steve Shelley de rattraper par le col les improvisateurs trop zélés que sont parfois ses partenaires).

Rien de neuf (peut-être ces traits tirés de Krautrock qui rappellent de temps à autre le son de CAN, et Soundtracks justement) mais rien de mal, sauf peut-être une inquiétude : dans la masse discographique de SY, ce disque pourrait bien disparaître aussi…

Sonic Youth : Simon Werner a disparu (SYR)
Enregistrement : février-mars 2010. Edition : 2011.
CD : 01/ Thème de Jérémie 02/ Alice et Simon 03/ Les anges au piano 04/ Chez Yves (Alice et Clara) 05/ Jean-Baptise à la fenêtre 06/ Thème de Laetitia 07/ Escapades 08/ La cabane au zodiac 09/ Dans les bois / M. Rabier 10/ Jean-Baptiste et Laetitia 11/ Thème de Simon 12/ Au café 13/ Thème d’Alice
Pierre Cécile © Le son du grisli


Pierre Favre : Le voyage (Intakt, 2010)

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Soit quatre saxophonistes (Beat Hofstetter, Sascha Armbruster, Andrea Formenti, Beat Kappeler), un tromboniste (Samuel Blaser), un clarinettiste (Claudio Puntin), deux bassistes (Wolfgang Zwiauer, Bänz Oster) et un guitariste (Philipp Schaufelberger) assistant ici Pierre Favre en son doux voyage.

Souffles à contre-jour ou en contre-chants, souffles tissant l’unisson ici et empruntant le contrepoint ailleurs, suave souffle d’un lunaire trombone face à l’armada solaire du percussionniste (As Far As That Goes) ; tous ces souffles sont des souffles d’unions et de largesses.

Toujours claires et sensibles, les textures de Pierre Favre, de l’éveil à la lumière, bénéficient d’une guitare-guide, tantôt vive et nerveuse, tantôt arpégeante de douceur. Et cette douceur, sans zone d’ombres et sans crépuscule défait, n’est pas pour rien dans le charme vivifiant de ce solaire voyage.

Pierre Favre Ensemble : Le voyage (Intakt / Orkhêstra International)
Enregistrement : 2010. Edition : 2010.
CD : 01/ Les vilains 02/ Vreneli ab em guggisberg 03/ One for Makaya 04/ Akimbo 05/ As Far As That Goes 06/ Anapana 07/ Attila es-tu là ? 08/ Wrong Name
Luc Bouquet © Le son du grisli


Angelicá Castelló : Bestiario (Mosz, 2011)

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Installée à Vienne depuis une dizaine d’années, la Mexicaine Angelicá Castelló s’est fait un nom comme citoyenne du monde (elle a vécu à Montréal et Amsterdam), mais surtout en tant qu’organisatrice de la série de concertsNeue Musik in St. Ruprecht  – pour l’anecdote, la plus ancienne église romane de la capitale autrichienne. Mettant à l’affiche Nono ou Scelsi aux côtés de membres vénérés de la scène locale (Kai Fagaschinski ou Billy Roisz), la musicienne de Mexico City a multiplié les points de chute, entre multiples collaborations et œuvres solo – dont le présent Bestario, d’un intérêt saisissant au-delà de la réserve d’introduction.

Il est en effet bon de ne pas arrêter son chemin aux trompeuses apparences des premiers instants. Ces temps initiaux, des pizzicati pêchés parmi les moins intéressants (euphémisme) ducôté de chez Dimitri Chostakovitch embaumés dans une brume fenneszienne laissent heureusement rapidement place au meilleur – de tout haut niveau. Tirant ses envies tant du côté du très remarquable Giuseppe Ielasi que de l’ivresse bricolée des comparses de label Rdeča Raketa, le bestiaire de l’artiste mexicaine engrange les troubles auditifs – émiettés pour mieux renaître de leur apparente désorganisation.

N’hésitant jamais, ou si peu, à déconstruire un argot du bruit nettement plus viennois (au sens Editions Mego du terme) que catalan – encore que le troisième morceau Lima emprunte un sample d’une radio francophone (France Culture ?), Castelló appuie sur les envies bruitistes, noyées dans un magma sonore où s’affrontent Jefre Cantu-Ledesma et l’ensemble Zeitkratzer rejoint par Keiji Haino (l’admirable Ksenia). Rapprochant l’univers du classique contemporain à celui des musiques électroniques abstraites (à l’instar de son activité de programmatrice déjà citée), Angelicá Castelló termine son œuvre sur un formidable morceau de bravoure, quelque part près d’un György Ligeti déambulant dans une ruche infatigable captée un soir de grande chaleur par Jana Winderen revenant d’un concert de Colleen. Geil !

Angelicá Castelló : Bestiario (Mosz)
Edition : 2011.
CD : 01/ Krikaya 02/ La Fontaine 1 03/ Lima 04/ Ksenia 05/ La Fontaine 2 06/ Louise 07/ Tombeau
Fabrice Vanoverberg © Le son du grisli


Dave Rempis, The Engines, Vandermark 5, Resonance

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rempis475The Rempis Percussion Quartet : Montreal Parade (482 Music, 2011)
En janvier 2010, The Rempis Percussion Quartet enregistrait en studio ce Montreal Parade. Accueillant le contrebassiste Ingebrigt Håker Flaten, Dave Rempis (alto, ténor, baryton) et sa paire de batteurs (Tim Daisy et Frank Rosaly) redonnaient des preuves d'invention commune sur d'autres structures roulantes : This Is Not a Tango et If You Were a Waffle and I Were a Bee. Ici, le saxophoniste dépose des notes longues pour amortir les chocs nombreux ; là, en esquive d'autres, les maîtrise à force d'introspections puis fête la réconciliation au son d'une conclusion furieuse. [sortie : 22 mars]

engines75The Engines : Wire and Brass (Okka Disk, 2010)
Suite des aventures mécaniques de Dave Rempis, Jeb Bishop (trombone), Nate McBride (contrebasse) et Tim Daisy (batterie), Wire and Brass délivre deux autres compositions du saxophoniste et puis trois signées McBride ou Daisy. Tandis que ces dernières (Trouble Distribution, Next Question, Red Cage) taillent en pointes tous reliefs, les compositions de Rempis (Four Fleet of Slush, Free Range) distribuent les solos pour mieux s'en nourrir. Exhubérant partout, l'alto peut rappeler celui d'Ornette Coleman des origines ou progresser en roue libre davantage encore – déstabilisant alors à coups d'inventions brutes le swing léger qui inspire depuis toujours The Engines.

v575The Vandermark 5 : The Horse Jumps and The Ship Is Gone (Not Two, 2010)
Sous le titre The Horse Jumps and The Ship Is Gone, deux disques reviennent sur autant de soirées de concerts donnés à Chicago en juin 2009 par un Vandermark 5 passé à sept pour avoir intégré le trompettiste Magnus Broo et le pianiste Havard Milk. Alternant grandes plages de musique climatique et écarts fiévreux, le groupe parvient à faire preuve de cohésion (sur Cadmium Orange, par exemple) si le piano de Milk ne le lui interdit pas pour pêcher par excès de facilité voire de convention. Rempis à l'alto et au baryton (New Weather) ne cesse, lui, de redire son entente avec Ken Vandermark.

resonance75Resonance : Kafka in Flight (Not Two, 2011)
Enregistré à Gdansk à l’automne 2009, The Resonance Ensemble traitait trois pièces de son meneur, Ken Vandermark. En élément assuré d’une formation d’exception – autres présences affichées dans l’ordre alphabétique : Magnus Broo, Tim Daisy, Per-Ake Holmlander, Steve Swell, Mark Tokar, Mikolaj Trzaska, Michael Zerang et Waclaw Zimpel –, Rempis servait au ténor et à l’alto une pièce de swing aux envies déconstruites (The Pier), un air pour brass band en patiente décomposition (Rope) et une composition hybride aux prises de becs hallucinés (Coal Marker). Suite logique et autre gage de qualité estampillée Resonance, dont le titre est Kafka in Flight


Lydia Lunch, Philippe Petit : Twist of Fate (Monotype, 2010)

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C’est au film de Cronenberg, Crash, que l’inconscient collectif rattachera ce concert de Lydia Lunch et Philippe Petit. Des bruits évoquent des carambolages, des reverses énormes décorent les carcasses de milliers de rayures, des guitares y vont de leurs dérapages incontrôlés et des collages noise-addicts pansent les plaies mais les rouvrent.

Et il y a la voix de Lydia Lunch. Une voix qui minaude, s’époumone, crache des vers sexués… Lydia Lunch est votre pire cauchemar en même temps que la plus belle étreinte dont vous pouviez rêver. Mais attention, on ne touche qu’avec l’oreille : pièce ficelée d’un bondage sonore, vous, vous divaguez. Et vous filez la métaphore cinématographique : la bretelle David Lynch vous conduit à Julee Cruise. Lunch évoque en effet une Julee Cruise écorchée vive sur ce radical Twist of Fate, un canevas de chansons pop qui pend à un croc de boucher. 

Lydia Lunch, Philippe Petit : Twist of Fate (Monotype)
Enregistrement : 2009. Edition : 2010.
CD + DVD : 01/ Thirsty 02/ Play Dumb 03/ Twist of Fate 04/ Beautiful Bastard 05/ Oxygen 06/ Mysterious Disappearance 07/ Dream Drugs 08/ Louse
Pierre Cécile © Le son du grisli



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