Le son du grisli

Bruits qui changent de l'ordinaire

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Christina Kubisch à NantesA paraître : le son du grisli #5En librairie : Bucket of Blood de Steve Potts

Xavier Charles : Invisible (Sofa, 2010)

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A coup de field recordings et d’interventions à la clarinette, Xavier Charles a pensé un Invisible d’abord Rouge, Jaune ensuite, Orange enfin.

Rouge, donc : poésie introduite en bunker, attaquée par des souffles multiples, quelques notes accordées à la mécanique puis augmentées de grognements. Jaune derrière lequel un village de sons est lentement révélé, que besogneux et enfants habitent et que des sifflements et des notes d’essence rare n'en finissent pas d'éloigner de la réalité. Orange en guise de dernier environnement : cette fois la clarinette dépose une mélodie, joue de ronds et d’ovales pour convaincre l’artifice-parasite de se laisser dompter. Rouge Jaune Orange font ainsi le beau dégradé d’Invisible, disque d’abstractions parti de preuves enregistrées d’un réel en déliquescence. 

Xavier Charles : Invisible (Sofa Music / Metamkine)
Edition : 2010.
CD : 01/ Rouge 02/ Jaune 03/ Orange
Guillaume Belhomme © Le son du grisli



Other DImensions in Music : Kaiso Stories (Silkheart, 2011)

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Le calypso (ou kaiso) comme le jazz est une musique issue de la créolisation, au sens où l’entend Edouard Glissant. Aussi, ces musiques résultent de l’entremêlement des fondamentaux (notamment rythmiques) africains et d’éléments musicaux ou d’instruments européens. Toutes deux, finalement, sont filles de l’Afrique et de l’Europe, nées en Amérique ; filles de l’exil donc.

Si le jazz a vu le jour aux États-Unis, le calypso vient des Antilles, et plus exactement des îles Trinidad et Tobago. Moyen d’expression du peuple, musique du commentaire social, chant de la joie que procure la communauté comme du désespoir qui découle du déracinement, le calypso a bien des points communs avec le jazz, autre musique née de la douleur transcendée. Les routes du jazz et du calypso se sont déjà croisées par le passé, chez Duke Ellington, Dizzy Gillespie et bien sûr Sonny Rollins. Car le jazz a toujours su remonter le fil noueux de ses racines pour se réinventer et souhaité se confronter aux autres musiques du monde pour affirmer son identité.

Ici, sur ce disque Kaiso Stories, le groupe de free jazz Other Dimensions In Music rencontre la chanteuse originaire de Trinidad et Tobago Fay Victor. Alors naît une musique superlative, énorme, hors normes. Car, pour continuer d’invoquer Glissant, dans cette musique du « tout-monde » ou du « chaos-monde », l’addition des éléments qui la composent donne un résultat supérieur à leur somme. Le mélange n’est pas dilution ni perte mais enrichissement et renaissance ; la tradition n’est pas objet de poursuite mais sujet de départ à une exploration sonore inouïe.

Le free jazz pétri par les mains aventureuses et inspirées des soufflants Roy Campbell et Daniel Carter, de William Parker (contrebasse, guembri) et de Charles Downs (percussions) se saisit du calypso comme d’un esprit inspirant et vivace, et trouve en Fay Victor une belle voix de la déraison. Fay Victor, justement, qui s’empare de ce projet instigué par le label Silkheart, pour libérer tantôt furieusement, tantôt tendrement, la voix caribéenne qui sommeillant nécessairement en elle. Leur rencontre (ou leur « connexion », telle que la caractérise plutôt Fay Victor dans les touchantes et éclairantes notes de pochette) engendre une musique de fleuve en crue, de volcan réveillé, trop longtemps retenue, ravivée enfin. Une musique d’héritage et une musique d’urgence.

Other Dimensions in Music : Kaiso Stories (Silkheart / Orkhêstra International)
Enregistrement : 8 septembre 2010. Edition : 2011.
CD :  01/ Maryanne Revisited 02/ Three Friends Advised 03/ Kitch Goes Home 04/ Saltfish Refried 05/ John Gilman Wants Tobacco 06/ An Open Letter 07/ De Night A De Wake 08/ We Is We Trini
Pierre Lemarchand © Le son du grisli


JD Parran : Window Spirits (Mutable, 2010)

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Pour ce solo privilégiant les tessitures basses (saxophone basse, flûte alto, clarinette alto), JD Parran a choisi de ne rien dénuder de son souffle fort, puissant et parfois revêche (C 80 et Spearmanon, dédiés respectivement à Cecil Taylor et Glenn Spearman).

Voici donc l’ami d’Anthony Davis et du regretté Glenn Spearman construisant patiemment, et par paliers, des phrasés tournoyant, vifs, épais et accueillants. Assez systématiquement ici, son souffle en colimaçon emprunte un sentier embrumé. Maintenant, il fait halte et dégage les étroits conduits qui obstruent sa course. Le souffle, désormais, est plus rapide, plus intimidant. Il se presse mais ne trouve que rarement destination. Il y a de l’inaccompli dans l’architecture du souffleur, une tentation de renoncer à la destination finale pour mieux retourner au point de départ. Lointainement, une obsession qui ne se livre pas entièrement mais qui pointe plus d’une fois ici.

Cinquante ans que JD Parran souffle dans ses tuyaux et si peu de monde pour s’y intéresser. Puisse ce disque réparer cette criante injustice.

JD Parran : Window Spirits (Mutable)
Enregistrement : 2009 / Edition : 2010.
CD : 01/ Processional 02/ Helmut’s Challenge 03/ Emotions 04/ Parenthetically 05/ Chang Gang 06/ Solo for Alto Clarinet 07/ C80 08/ Spearmanon 09/ 3x Spearman
Luc Bouquet © Le son du grisli


lorenzo senni dunno

Masterisé par Marcus Schmickler (et ce n’est nullement un hasard), Dunno est la première étape discographique de Lorenzo Senni, jeune (27 ans) producteur italien fondateur du label Presto!? – maison qui a déjà accueilli en son sein des noise heroes aussi prestigieux que Lasse Marhaug, Lawrence English ou Carl Michael Von Hausswolff.

Sans ambiguïté ni compromission, les dix pièces proposées par l’artiste milanais offrent un pendant actuel – et cependant daté – aux premières heures de l’officine autrichienne Mego, avant sa reconversion en Editions (en gros la période tournant du millénaire de la structure fondée par Peter Rehberg). Parmi tous les radicaux libres ayant eu droit de cité en la boutique viennoise, celui de Yasunao Tone & Hecker ou de Gert-Jan Prins sont les plus évidents à l’écoute d’une majorité de titres (dont Glowsticking ou http://www.youtube.com/watch?v=epBgHEFbrlg&feature=re..., cliquez sur le lien, il fonctionne !) Toutefois, au-delà de la réelle abstraction bruitiste manifestée par l’électronicien transalpin, d’autres atours pointent le bout de leur nez – à commencer par quelques clins d’œil discrets (mais réels) à des musiques cosmiques que le duo KTL aurait revisitées pour un ballet de Gisèle Vienne (Pumping Geometries, In High Places). Non que vous vous surprendrez à sautiller gaiement en prenant votre douche mais le plaisir coupable de se replonger dans les heures anciennes des musiques inspirées par Xenakis n’a guère de prix.

Lorenzo Senni : Dunno (Presto!?)
Edition : 2011.
CD : Dunno
Fabrice Vanoverberg © Le son du grisli


AMM : Uncovered Correspondence (Matchless, 2011)

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Si c’est sous la forme d’un duo – comme à d’autres périodes des quarante-cinq ans de vie de la formation – que s’incarne AMM depuis le milieu des années 2000 (certes avec l’inclusion occasionnelle d’invités, comme dans les récents Trinity ou Sounding Music), l’éthique à l’œuvre dans le groupe reste intacte ; non qu’elle soit immuablement figée mais parce que l’esprit qui vit en Eddie Prévost (percussion) et John Tilbury (piano) ne cesse de porter cette musique au-delà des distinctions entre action & contemplation, matérialité & abstraction, durée effective & temps perçu…

A la manière dense et légère de certains de ces nuages de Rothko, contours effilochés et cœur intense, dégageant une aura envoûtante, cette heure (un instant, une nuit) saisie au printemps 2010 en Pologne est toute de suspension – cet autre swing… antigravitationnel. Sans la tension du flux électrique des enregistrements des années 90, et davantage ouverte au jeu onirique des lambeaux sonores et des interstices, cette musique s’infiltre, hantée, balinaise, d’une merveilleuse discrétion, désarmante et pénétrante.

AMM : Uncovered Correspondence, a Postcard from Jaslo (Matchless / Souffle continu)
Enregistrement : 15 mai 2010. Edition : 2011.
CD : 01/ Paragraph One 02/ Paragraph Two 03/ Paragraph Three
Guillaume Tarche © Le son du grisli



Katsura Yamauchi : Asami (Jvtlandt, 2010)

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Sur Asami, le saxophoniste Katsura Yamauchi sert en concert un projet personnel appelé Salmo Sax. Aussi bien seul qu’accompagné (Chiharu Mizukawa, Kota Furusawa, Shiori Teshima, Yoshiomi Shuto, Yuka Takemoto, tous instrumentistes amateurs élevés en Yamauchi workshop).

Seul, Yamauchi dépose des couches de notes longues et vibrantes, sert deux compositions flottantes qui, malgré le déséquilibre créé par quelques portions joliment perturbées, sont autant de modèles de proportion et de plénitude. Improvisant, il gonfle ses graves de silences imposants,  combinaison qui le soulève.

A la tête du Salmosax Ensemble, Yamauchi gère en intimidé d’innocentes interférences et s’en sort pour savoir accorder inspiration et sang froid. Un peu plus loin, de minces constructions rappellent, toutes proportions gardées, les courte-échelles du World Saxophone Quartet et les obsessions inconsolables du ROVA. Certes moins vaillant accompagné que seul, mais ce ne semble être qu’une question de réglages.

Katsura Yamauchi : Asami (Jvtlandt)
Enregistrement : 2009. Edition : 2010.
CD : 01/ Chikushi 02/ Hi 03/ Improvisation 04/ Shijima 05/ Shizuku 06/ Duck 07/ Who? 08/ Far East 09/ Kage Ballad
Guillaume Belhomme © Le son du grisli


Interview de Simon Whetham

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Artiste sonore qu'inspirent les field recordings (disques publiés sous étiquettes Gruenrekorder, Entr’acte, Touch…), Simon Whetham publie ces jours-ci sur Dragon’s Eye Recordings Prayers Unheard, récit sonore et réinvention d’un récent séjour à Cracovie. Intéressant au point de le passer à la question…

Quels ont été vos débuts en musique ? Eh bien à 18 ans, j’ai commencé à jouer de la batterie, ensuite de la guitare parce que je tenais à écrire des chansons. J’ai joué de la guitare pendant une vingtaine d’années et j'ai fait partie de nombreux groupes mais à la longue ça m’a un peu fatigué, j’étouffais au sein d’un groupe… Je voulais aussi faire quelque chose de plus abstrait, sans rythme défini, sans mélodie, même si je ne savais pas par où commencer jusqu’à ce que je découvre le field recording.

Comment présenteriez-vous Prayers Unheard ? Quelle place a ce disque dans votre discographie ? Je pense que Prayers Unheard est un disque important pour moi dans la mesure où j’ai, en plus des field recordings, utilisé pour la première fois des signaux radio captés dans un endroit spécifique comme matériau brut pour mes compositions. Après avoir composé Lightyears, une commande qui m’avait été faite et dans laquelle j’utilisais presque exclusivement des éléments musicaux, j’ai commencé à réfléchir aux ondes radio qui nous assaillent sans arrêt et à leurs conséquences dans le même temps que j’élaborais des sons à partir de microphones. Ces vibrations nous atteignent très subtilement et il est possible de se servir de celles-ci si tant est qu’on possède le matériel adéquat, les amplifier, les décoder… Prayers Unheard m’a aussi fait me rendre compte combien mes propres réactions, mes émotions à un environnement, avaient un effet sur mon travail. Il ne s’agit pas de transposer sur disque un enregistrement de sons venus d’une rue de Cracovie mais plutôt de créer une musique qui soit directement en lien avec Cracovie et aussi le fruit de mon expérience personnelle, dans laquelle trouver ma façon de voir les choses et mes émotions. 

En écoutant ce disque, j’ai parfois pensé à Gershwin et d’autres fois à Gavin Bryars… L’un et l’autre sont-ils des influences ? Je ne connais pas bien Gershwin, mais ce que je sais de lui a ce même caractère émotionnel ; quant à ma connaissance de Bryars, elle est très approximative. J’ai du mal à me sentir concerné par certains de ses travaux, comme si je n’arrivais pas à les comprendre, comme s’il me fallait rechercher le pourquoi de chacune de ses propositions… J’espère que mon propre travail ne demande pas ce genre de contexte ou d’arrière plan… Pour ce qui est de mes influences, c’est un sujet délicat pour moi étant donné que j’essaye de laisser le matériau donner forme à mon travail… J’ai pu aborder quelques pièces en pensant « tiens, j’aimerais être assez silencieux ici, ou minimale », mais une fois que tu commences à travailler avec les sons, ça devient à chaque fois totalement différent !

Comment alors avez-vous « rencontré » le field recording ? J’ai dû lire quelque chose à son sujet sur le site internet Epitonic. Le terme m’a intéressé alors que j’étais sur le point de rejoindre trois artistes visuels à l’occasion d’un voyage de recherche en Islande. Ils partaient avec des caméras pour collecter du matériau pour leurs travaux et ça m’a parlé, en tant que musicien, de faire de même avec des sons. J’avais alors un lecteur / enregistreur minidisc, un pré-ampli externe et un micro AKG : je me suis mis à grimper près de cascades, de glaciers et sur des baleiniers, afin de collecter tous ces sons… La première idée était d’utiliser ces enregistrements comme point de départ pour des compositions d’ambient, mais après avoir écouté ce que j’avais enregistré – à l’époque, je ne vérifiais même pas ce que j’étais en train d’enregistrer – j’ai compris que ces sons formaient la bande-son idéale de mon voyage, de ces expériences. J’ai à cette époque aussi découvert le Weather Report de Chris Watson dans une boutique de disques de Reykjavik, 12 Tonar, ainsi que des enregistrements de Lawrence English dont je n’avais jamais entendu parler jusque-là. Des enregistrements environnements sur CD ! Ca a été un grand tournant dans ma vie !

Qu’est-ce que pourraient réussir à dire les field recordings que ne pourraient pas dire d’autres formes d’instruments ? Pour moi, j’aime avant toute chose la chasse aux sons – sortir dans un endroit avec plusieurs types de micros et voir ce que je peux y trouver. J’aime aussi beaucoup l’inattendu – tu peux penser qu’approcher un micro d’un certain type d’objet créera un son incroyable, et puis rien… Alors, tu vas voir un autre objet, près du premier, et là tu entends un son complètement fou que personne d’autre que toi ne peut entendre à ce moment précis. Cela me fait souvent sourire, et même parfois rire aux éclats !

Sur votre site internet, vous parlez de « Sound Model Making Design »… Mon site parle de mes trois champs d’action, même si je m’occupe moins de design ces temps-ci. Je suis aussi maquettiste, mais ma pratique sonore est ma véritable passion.

Vous travaillez aussi en collaboration avec des artistes à l’occasion d’installations…  Votre approche musicale est-elle différente dans cette optique ? J’ai en effet beaucoup travaillé avec des artistes, et la liste s’allonge sans cesse. J’ai une exposition itinérante qui s’appelle Active Crossover et qui m’a permis de collaborer avec Douglas Benford, Iris Garrelfs, Paul Khimasia Morgan, Charlie Romijn, Michael  Blow, Felicity Ford, KIWA, Maksim Shentelev, Andi Chapple, Rowan Forestier-Walker, Dominic Lash, Sound Meccano, Cheapmachines, Martin Franklin, Ian Murphy, Toomas Thetloff, Jonathan Coleclough, John Grzinich, Dylan Nyoukis, Alexander Thomas, Mark Durgan, Joined By Wire, Shawn Pinchbeck, Jez riley French, Daniel Jones, Colin Potter et Joseph Young… Ce projet présente l’état actuel de mon travail, mes réactions aux différents endroits où il a été monté ainsi que mes diverses collaborations. L’exposition est faite de telle sorte que vous pouvez soit écouter mon travail isolément, soit vous focaliser sur celui des artistes invités ou encore voir ce que donne la rencontre des deux dans un troisième espace, ces créations qui évoluent sans cesse.

Vous avez écrit : Dans mon travail, j’essaye d’amener l’auditeur à faire attention à des sons que l’on ne remarque pas d’habitude. En tant qu’amateur de sons, quelle votre idée du silence ? Je ne suis pas sûr que cette chose existe…. Et c’est tant mieux !

Simon Whetham, mars 2011.
Héctor Cabrero @ Le son du grisli


Stuart Sweeney : 16:9 (Oomff, 2010)

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Des nombreuses – du moins, on l’imagine – heures passées à explorer les bruits et atmosphères de la campagne anglaise de son Northamponshire d’élection, Stuart Sweeney a recueilli la quintessence naturaliste des sons, qu’il a ensuite incorporés dans des compositions électroacoustiques qu’on verrait très bien du côté de Taylor Deupree et son label 12K.

Tantôt vrombissant tel du GAS, un net degré d’inspiration en moins, tantôt élégiaque à la façon de Chihei Hatakeyama, son dévolu appesanti sur les field recordings manque singulièrement d’impact et de finesse. Tentant d’atteindre la plénitude néo-classique d’un Marsen Jules, son approche bourdonnante évoque même… U2 quand les variations gravissimes du morceau-titre renvoient à la ligne de Where The Streets Have No Name de The Edge & co. Toutefois, le constat mérite plus de nuances. En raison, notamment, de la belle aptitude de son auteur à insérer des lignes venteuses tournoyantes et obsédantes (Impressions Of A Golden Age) – tout comme la précision des envolées blanchâtres de Kaiyu-Shiki évoque très subtilement le superbe Hau du duo (forcément) nippon Opitope. Suffisant ?

Stuart Sweeney : 16:9 (Oomff)
Edition : 2010.
CD : 01/ Where The Shores Meet (16:9 Version) 02/ The Fire Within 03/ 16:9 04/ Impressions Of A Golden Age 05/ Ascension 06/ Kaiyu-Shiki 07/ Gold And Red 08/ A Time Of Change 09/ Fantasia For A Storm 10/ Memories Lost 11/ Tallinn (Excerpt) 12/ Cherry Blossom Falls
Fabrice Vanoverberg © Le son du grisli


Weasel Walter, Mary Halvorson, Peter Evans : Electric Fruit (Thirsty Ear, 2011)

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D’une improvisation qu’ils ont voulu sans appui ni pivot, sans centre ni périphérie, on pourrait craindre de Weasel Walter (batterie), Mary Halvorson (guitare) et Peter Evans (trompette) – puisque tous trois choisissent ici le chemin de l’énergie brute –  un rapide essoufflement. Soit tout lâcher d’un coup et réitérer les formules à l’infini d’une improvisation seulement sportive.

L’écueil est rondement évité ici grâce à un investissement maximum : l’écoute n’est pas d’esclavage et la liberté rode. D’une tension à l’autre, tous les trois savent que la forme qui vient d’apparaître sera éphémère. Ainsi, nous les entendons propulser leurs venins avec la vivacité des premières et dernières fois. L’irréfléchi est leur domaine et ils s’y trouvent bien. Nous aussi, même pas meurtris par cette décapante bourrasque.

Weasel Walter, Mary Halvorson, Peter Evans : Electric Fruit (Thirsty Ear / Orkhêstra International)
Enregistrement : 2009. Edition : 2011.
CD : 01/ Mangosteen 3000 A.D. 02/ The Stench of Cyber-Durian 03/ The Pseudocard Walks Among vs   04/ Scuppernong Malfunction 05/ Yantok Salak Kapok 06/ Metallic Dragon Fruit
Luc Bouquet © Le son du grisli


Sam Pluta, Peter Evans, Jim Altieri : Sum and Difference (Carrier, 2011)

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Au contact de Peter Evans (trompettiste dont il intègre régulièrement le quintette) et de Jim Altieri (violoniste qu’il côtoie en Glissando Bin Laden),Sam Pluta (laptop) élaborait Sum and Difference : six pièces improvisées d’une électronique acoustophage.

La musique, en conséquence, joue les remontées, découpe souffles et archets pour les ré-agencer l’instant d’après et fomenter un langage démonté en conséquences. Passés à la moulinette interactive, violon et trompette rendent couches après couches des râles de noise abstraite. Sous l’égide de parents forcés – Terry Riley du Music for the Gift et Birgit Ulher précipitée –, Pluta compose un ouvrage d’électroacoustique vif et intelligent.

Sam Pluta, Peter Evans, Jim Altieri : Sum and Difference (Carrier Records)
Enregistrement : 2010. Edition : 2011.
CD : 01/ Fusion 02/ Diffusion 03/ Sum and Difference A 04/ Analysis Resynthesis 05/ The Long Line 06/ Sum and Difference B
Guillaume Belhomme © Le son du grisli



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