Le son du grisli

Bruits qui changent de l'ordinaire

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Spéciale Agitation FrIIteEn librairie : Eric Dolphy de Guillaume Belhommele son du grisli #3
A la question : interviewsAu rapport : impressions de concertsEn théorie : l'improvisation par l'écrit : John Butcher & Evan Parker

Jason Kahn : Sin Asunto / Dotolim (Creative Sources / Balloon & Needle, 2010)

sindotolimsliLa publication simultanée de ces deux enregistrements offre une intéressante occasion de comparer la mise en œuvre de deux pièces conçues par Jason Kahn selon le principe de ses Timelines antérieures (pour Zurich, New York ou Los Angeles) : ces partitions graphiques, élaborées pour des formations spécifiques ou occasionnelles, stipulent des durées, des textures, des intensités, et fournissent une sorte de trame, plus scénographique que sévèrement scénaristique…

Décembre 2008, à Zurich, club Moods : le son d’Ayler « with strings » dans la tête, Kahn (percussions amplifiées) regroupe Vincent Millioud (violon), Bo Wiget (violoncelle) et Christian Weber (une des plus belles contrebasses d’aujourd’hui), avec le projet de se frayer un chemin depuis les grandes profondeurs, tressant sonorités acoustiques & électroniques, vers la surface. Tirant toute sa puissance d’une véritable infusion étirée – par bourdons et planés – dans la durée, la musique atteint, au milieu de la pièce, un plateau à partir duquel se mettent en mouvement, lentement d’abord, les pales de Kahn ; la tension s’accroît (heureusement sans atteindre au caractère martial de l’Helikopter-quartett de Stockhausen) et l’expérience d’audition acquiert, comme dans une aspiration, une passionnante dimension physique. Remarquable.

Novembre 2009, à Séoul, dans l’espace exigu de Dotolim : familier de la scène coréenne depuis une visite de 2006 (Signal to noise vol. 6, disque For4Ears), Jason Kahn (ici, synthétiseur analogique, radio) s’entoure de Ryu Hankil (micro, micro-contact), Park Seungjun (ampli, réverb’), Jin Sangtae (disque dur), Choi Joonyong (platines CD ouvertes) et Hong Chulki (tourne-disques), pour élever des nuées électrostatiques urticantes qui, par phases et paliers, jusqu’à des altitudes d’une complexe frénésie, font et défont leurs agglomérats dans une ébullition fourmillante. Les matières ont beau être des plus métalliquement rêches, tirées d’un matériel technologique détourné si ce n’est éviscéré (ces platines qui patinent), grinçantes et plus aléatoires que les fameux cracked everyday-electronics, leurs jeux d’apparition-disparition donnent à l’abrasion générale une étonnante plasticité.

Deux excellents disques qui, s’ils ont un modus operandi commun, délivrent une fascination subtilement différente.

Jason Kahn : Sin Asunto (Creative Sources / Metamkine)
Edition : 2010.
CD : Sin Asunto

Jason Kahn : Dotolim (Ballon & Needle /
Metamkine)
Edition : 2010.
CD : Dotolim
Guillaume Tarche © Le son du grisli

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Tony Malaby : Tamarindo Live (Clean Feed, 2010)

grislirindoiveAu Tamarindo d’origine, ajouter le trompettiste Wadada Leo Smith pour obtenir Tamarindo Live. Transformation datée du 5 juin 2010.

On sait l’instabilité avec laquelle l’inspiration meut Malaby, qui change fort selon ses partenaires. Aux côtés de Smith, Parker et Waits, la faute de goût serait malvenue : sonorité empruntée aux années 1960, le saxophoniste passe alors de ténor en soprano avec un charisme de forcené. Lorsque le développement musical se fait plus incertain, il trouve refuge dans les propositions de Smith, linéaires lorsqu’elles ne sont pas martiales, et toujours audacieuses autant que délicates.

Le contact rapproché jusque-là en attente, Malaby et Smith profitent de la conclusion pour jouer de paraphrase et de question-réponse, se cherchant sur structure rythmique surélevée et puis s’y accordant au son de notes longues. Tamarindo Live a passé. La discographie de Malaby y gagne une référence ; celle de Smith une évidente preuve de vaillance.

Tony Malaby’s Tamarindo : Tamarindo Live (Clean Feed / Orkhêstra International)
Enregistrement : 5 juin 2010. Edition : 2010.
CD : 01/ Buoyant Boy 02/ Death Rattle 03/ Hibiscus 04/ Jack the Hat with Coda
Guillaume Belhomme © Le son du grisli

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Arca, Mathias Delplanque, My Cat Is An Alien, Lee Ranaldo, Martin Vognsen, Bill Orcutt, Ramona Ponzini

expedipop

arcasli

Arca : By the Window / By the Looking Glass (NovelSounds, 2010)
Arca est un duo constitué de Joan Cambon et de Sylvain Chauveau ; By the Window / By the Looking-Glass est leur quatrième projet commun. Un premier CD de chansons et un second CD d’instrumentaux inspirés par un vieux match de football. Une musique pas désagréable, qui ressasse ses influences (Tortoise, Talk Talk) et tourne en rond avec sans que cela ne nous dérange non plus.

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Mathias Delplanque : Passeports (Cronica, 2010)
Mathias Delplanque a enregistré des ambiances sonores dans plusieurs villes de France (Nantes, Dieppe, Lille) pour les utiliser sur Passeports. Parfois, cela fait penser à une musique de western (ou northern pour Dieppe et Lille). D’autres fois, des sons vous assaillent de toutes parts comme dans un immense hall de gare, et l’effet est percutant.

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My Cat Is An Alien, Ramona Ponzini, Lee Ranaldo : All Is Lost in Transition (Atavistic, 2010)
My Cat Is An Alien raffolent de collaborations. Sur All Is Lost in Transition, enregistré en 2008, ce sont Ramona Ponzini (chanteuse) et Lee Ranaldo (guitariste sonic culte) qui s’y collent. L’électronique ludique bouscule une vague planante de musique post-psyché (guitare à l’archet, drones et clochettes) et Ponzini récite des bouts de poèmes de Yosano Akiko : envoûtant même si plus tellement original.

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Martin Vognsen : King Hussein Bridge / Allenby Bridge Crossing Point (Jvtlandt, 2010)
Avec quelques amis (Yasuhiro Yoshigaki, Kumiko Takara…), le guitariste Martin Vognsen a imaginé State Changes According to a Wind, un grand projet dont deux premières parties ont paru en CD. King Hussein Bridge & Allenby Bridge Crossing Point sont deux invitations au voyage faits de field recordings et de la musique d’une formation guitare / vibraphone / batterie. Des ambiances de poste-frontières saupoudré de pop ou de folk, dans le meilleur des cas d’atmosphères nocturnes.

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Bill Orcut : A New Way To Pay Old Debts (Editions Mego, 2011)
Après la réédition vinyle Palilalia, la réédition CD Editions Mego. Si c’est Jean Dezert qui parle le mieux d’A New Way to Pay Old Debts de Bill Orcutt, encore fallait-il annoncer cette réédition CD, même en trois lignes… Voilà qui est fait !

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ElecroAcousticSilence : Flatime (Amirani, 2010)

flatimesliQuelque chose avait percé dans le précédent CD de EASilence (Cono di Ombra e Luce / Amirani) et que l’on ne retrouve que partiellement ici. En cause, des ambiances binaires et planantes de peu de projection et de trop d’insistance, gommant ainsi les belles vertus du quintet (Mirio Cosottini, Alessio Pisani, Taketo Gohara, Filippo Pedol, Andrea Melani). Des vertus qui ont pour noms : écoute, sens des espaces, contrepoints et enlacements d’une trompette et d’un basson aux lyrismes déviants.

Reste que les amples et étalées compositions du combo transalpin sont armées de suffisamment d’atouts (ce lyrisme déviant dont je parlais plus haut mais trop peu exploité ici) pour que l’on ne s’ennuie pas une seule seconde à l’écoute de ce pénétrant Flatime.

ElectrAcousticSilence : Flatime (Amirani Records)
Enregistrement : 2010. Edition : 2010.
CD : 01/ Blue 02/ Corpo bianco 03/ Ero uno 04/ Vox 05/ Letter 06/ Moretimex 07/ Ming’s Attempt 08/ Respiro 09/ Moreavvio
Luc Bouquet © Le son du grisli

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Alvin Lucier : Almost New York (Pogus, 2010)

almostgrisliAlvin Lucier a toujours nourri ses compositions des phénomènes acoustiques les plus difficiles à déceler (pour l’auditeur lambda, surtout). Hier à l’aide d’instruments électroniques ou même non-musicaux. Aujourd’hui comme sur Almost New York en utilisant des instruments plus traditionnels : violoncelle (Charles Curtis), piano (Joseph Kubera), flûte (Robert Dick), vibraphone (Danny Tunick) et tuba (Robin Hayward).

Il faut d’abord conseiller d’écouter ces deux disques au casque (rapport aux phénomènes acoustiques dont je parlais plus haut). Ensuite, il faut se laisser prendre par les notes d’un piano, transformées d’autant plus qu’elles s’éloignent du début de la partition. On ne sait pas ce qui fait vibrer ces notes, ce qui les étouffe, quel esprit les double, les prolonge, les cisèle, les lubrifie, les font disparaître… Peut-être cela est-il dû aux silences qui les séparent ? Peut-être à leur multiplication à cause de l’arrivée en renfort des autres musiciens ?

Réunis, ils se passent le relais avant de se hisser les uns sur les autres. Le vibraphone fait entrer ses réverbérations dans le jeu, la flûte tombe, se relève et tombe encore une fois. Plus tard, c'est-à-dire sur le deuxième CD, le tuba sera seul et dansera avec la même lenteur. Hayward se fondra dans la partition de Lucier avec une pondération de bon micro-ton. La musique est automnale, le texte musical est fait pour l’essentiel d’une fine ponctuation et New York est « Almost » parce qu’Alvin Lucier a trouvé en périphéries de quoi faire preuve de son urbanité.

Alvin Lucier : Almost New York (Pogus / Metamkine)
Edition : 2010.
CD1 : 01/ Townings 02/ Almost New York 03/ Broken Line – CD2 : 01/ Coda Variations
Héctor Cabrero © Le son du grisli

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Ballister : Bastard String (Dave Rempis, 2010)

bastardgrisliEnregistrement d’un concert donné à Chicago publié par Dave Rempis en personne, Bastard String donne à entendre le saxophoniste en trio du nom de Ballister qu’il compose avec le violoncelliste Fred Lonberg-Holm (son partenaire au sein du Vandermark 5) et le batteur Paal Nilssen-Love.

C’est d’abord une demi-heure d’improvisation que la conjugaison de trois emportements dispense d’introduction délicate. Sur abrupts allers et retours d’archet et force de frappe marquée du sceau « PNL », Rempis n’aura plus qu’à passer d’alto en ténor et de ténor en baryton avec une verve remarquable. Caisses et cymbales dévolues au tangage, Nilssen-Love oppose son art de la ronde bosse aux bas (solo d’électronique étouffée de Lonberg-Holm ou entier morceau-titre aux divagations quiètes de solistes indépendants) et hauts reliefs (saillies déclamatoires de Rempis et autres renfrognements communs faits efficaces moyens d’expression) de ses associés. Rappelons le nom de l’association : Ballister, qui tournait encore en novembre dernier.

Ballister : Bastard String (Dave Rempis, 2010)
Enregistrement : 16 juin 2010. Edition : 2010.
CD : 01/ Belt and Claw 02/ Bastard String 03/ Cocking Lugs
Guillaume Belhomme © Le son du grisli

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Marion Brown : Solo Saxophone (Sweet Earth, 1977)

solosaxisliParfois délaissé par l’altiste (Juba Lee – 1966), le blues est au centre de ce Saxophone Solo. Mais ici, le blues abandonne la plainte originelle pour s’en aller gambader ailleurs. C’est donc un blues mobile et volubile (And Then They Danced) que Marion Brown convoque. Un blues sans lourdeur mais conservant quelques petites choses du récit initial. Un blues qui s’immisce jusque dans la latinité de La Placita. Un blues qui aime la danse et l’aventure. Un blues sans division et sans fioritures. Souvent nu et tempéré.

Et c’est l’alto sensible et enveloppant de Marion Brown qui le déverse. Un alto sans trop de sorties de route. Un alto généreux et empruntant la coda finale du Round Midnight de Monk avec élégance et évidence. Et maintenant, surgissant de ma mémoire, voici ce même Round Midnight. Cela se passait il y a une grosse quinzaine d’années dans un bar de la périphérie d’Apt. Marion Brown exposait quelques-unes de ses toiles et nous gratifiait d’un solo intemporel. C’était magique et envoûtant. C’était juste avant les gros problèmes de santé du saxophoniste. C’était peut-être son dernier concert. Marion Brown nous a quitté le 18 octobre dernier. Rééditer ce disque serait la moindre des choses.

Marion Brown : Saxophone Solo (Sweet Earth Records)
Enregistrement : 1977.
LP : 01/ Hurry Sundown 02/ Angel Eyes 03/ El Bochinchero 04/ And Then They Danced 05/ La Placita 06/ Encore
Luc Bouquet © Le son du grisli

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Jeremiah Cymerman : Under a Blue Grey Sky (Porter, 2010)

underabluegrisliSurtout ne pas prendre les traitements électroniques de Jeremiah Cymerman comme de simples effets subalternes. Ils ne font pas qu’enrichir le quatuor à cordes d’Oliva de Prato, Jessica Pavone, Christopher Hoffman et Tom Blancarte ; ils participent activement à l’étrangeté de la composition en six actes et un intermède (celui-ci entièrement électronique) de Cymerman.

Etrangeté et clarté d’une musique n’avançant qu’à pas lents et discrets, ces six actes aiment à s’envisager en une forme-procession aux destinées évidentes. Ainsi, telle incursion klezmer ou tel archet démonté s’en viendrait presque rompre la bonne marche de l’œuvre. Mais, ici, l’unité ne se brise jamais pas plus que le charme entêtant d’une musique à la douce et sensible obsession.

Jeremiah Cymerman : Under a Blue Grey Sky (Porter Records / Orkhêstra International)
Enregistrement : 2009. Edition : 2010.
CD : 01/ Act I 02/ Act II 03/ Act III 04/ Act IV 05/ Act V 06/ Interlude 07/ Act VI
Luc Bouquet © Le son du grisli

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Wade Matthews : Early Summer (Con-V, 2010)

earlugrisliAu début de l’été 2009, Wade Matthews improvisait à Madrid, deux laptops en mains, des collages de sons captés à San Francisco. Early Summer est donc un disque sur lequel Wade Matthews questionne la distance entre son hier américain et son aujourd'hui madrilène.

Pour autant, on ne trouve pas sur Early Summer des enregistrements concrets, trop concrets. C’est que Wade refaçonne tout ce qu’il sort de ses boîtes avant de le mélanger. De son côté, l’auditeur témoignera avoir entendu passer une nuée d’insectes dans un grand coup de vent, marcher une personne dans la neige, communiquer des oiseaux et des droïdes, assister à une pièce de théâtre dont les personnages sont des percussionnistes jouant du marteau-piqueur. C’est vif et surréaliste en diable. Et c’est aussi diablement exaltant !

Wade Matthews : Early Summer (Con-V)
Enregistrement : 2009. Edition : 2010.
CD : 01-10/ Early Summer, 10 Improvised Sound Collages by Wade Matthews
Pierre Cécile © Le son du grisli

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Éric La Casa : Secousses panoramiques (Hibari, 2006)

grislipanoramixL’objet tout en longueur qui promet « secousses panoramiques » est un petit disque qu’Éric La Casa a fait cage d’ascenseurs. De leurs bruits, plus exactement, et parfois de leur environnement. Quand Akio Suzuki – à qui l’ouvrage est dédié – interrogeait les rumeurs horizontales laissées dans son sillage par une somme de véhicules propulsés en tunnels (Tubridge 99-00), La Casa collectionne les chants d’une autre sorte de machines imposantes, promettant, elles, un transport vertical.

Brillant élément des travaux de « recherches sur les réalités du paysage » qui occupent La Casa, Secousses panoramiques atteste donc du mouvement d’appareils utilisés à Paris (pour l’essentiel), Melbourne ou Anvers. Agile, voire malléable, La Casa ne dispose pas deux fois ses micros au même endroit : salle des machines, cabines, espace non identifié (gaine peut-être) permettant d’entendre la musique des câbles et poulies… Curieux, voire intrépide, La Casa opte ailleurs pour un déplacement qui donnera de la profondeur à son enregistrement – un air de variété sorti d’un haut-parleur de parking parasitera ainsi le ronronnement aseptisé d’un ascenseur de La Défense. Au creux des paysages abstraits, les signaux familiers (fermetures de portes, annonces enregistrées…) font office de détails auxquels se raccrocher et même d’éléments de folklores lorsque l’entraînement électromécanique fait remonter à la surface quelques souvenirs enfouis.

Au-delà de l’amateur de sons et de field recordings, ces Secousses panoramiques pourraient toucher l’épris de sciences et techniques parallèles (que la pochette cartonnée renseignera sur la provenance de chacune des plages du disque qu’elle renferme) ou encore l’ami du peuple maniaque (qui ira prévenir du mécanisme en souffrance de cet ascenseur du Parc de la Villette). A étages, la lecture est forcément multiple, et captivante souvent. Du peintre Braque, Jean Paulhan écrivit : « Il peignait des citrons et il semblait que d’une façon ou d’une autre c’était le citron qui avait commencé. » Ces zestes d’ascenseurs substitués au citron, on pourra transmettre l’hommage à Éric La Casa.

Éric La Casa : Secousses panoramiques (Hibari / Metamkine)
Edition : 2006.
CD : 01-15/ Secousses panoramiques
Guillaume Belhomme © Le son du grisli

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