Le son du grisli

Bruits qui changent de l'ordinaire

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le son du grisli #3Conversation de John Coltrane & Frank Kofskyle son du grisli sur twitter
A la question : interviewsAu rapport : impressions de concertsEn théorie : l'improvisation par l'écrit : John Butcher & Evan Parker

Ergo Phizmiz : Things to Do and Make (Care in The Community, 2010)

ergozlizQuand il ne se lance pas dans un délire psychotique où un savant fou met au point une poupée parlante (l’hilarant 12’’ Handmade In The Monasteries Of Nepal / Eloise My Dolly de 2008), Ergo Phizmiz explore un peu plus loin les contours burlesques de son électro folk pop, sans limites si ce n’est celles d’un dadaïsme à la Felix Kubin.

Adepte d’un non-sense inventif et pernicieux, habile transformateur des envies festives parfumées d’un Setting Sun, le New-Yorkais tient la forme – celle dont s’emparera Kimya Dawson le jour où elle se réincarnera en Pia Burnette. Au-delà de l’univers déjanté et foutraque, qui rappelle à maints égards David Fenech et – aussi – Pascal Comelade, la créativité développée par Ergo Phizmiz au son de ses toy instruments (et autres) est un véritable ravissement mélodique de tous les instants.

Basé sur une apparente simplicité, son univers dévoile toutefois une multitude d’envies, elles ne sont jamais foireuses, ni gratuites. Outre les envies chantantes (parfois à l’unisson), les harmonies vocales et instrumentales génèrent à chaque seconde un nouveau monde où les couleurs rose et orange se teintent d’une énorme pointe d’humour qui leur donne tout leur supplément d’âme. A propos, on vous a dit qu’on adorait ?

Ergo Phizmiz : Things To Do And Make (Care In The Community Recordings)
Edition : 2010.
CD : 01/ Busby Berkeley 02/ Fairy Chewbacca 03/ Food & War 04/ The Dapper Transvestite 05/ Late 06/ Mandrill 07/ Hotel 08/ Shanty 09/ Parrot in the Pie 10/ Dirty Shower Honk Stomp 11/ Boris von Horace
Fabrice Vanoverberg © Le son du grisli

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zVeep : postbrbq (Petit label, 2010)

zveepslizVeep ou une certaine façon d’entreprendre la contraction.
zVeep ou une façon certaine d’improviser sans interdit(s).
Sans interdits mais avec quelques constantes : maintenir la tension, ne jamais s’embourber dans les marécages d’usage, restaurer les brassages hybrides. Et surtout : s’amuser.
S’amuser d’un son. Lui enferrer des p’tits frères hargneux, lui racler l’os jusqu’à la moelle.
zVeep c’est ne jamais bouder l’instant présent. C’est laisser le silence aux confrères.
zVeep c’est du contrepoint magnétique.
zVeep c’est Tiri Carreras (batterie et objets), Vee Reduron (guitare électrique), Dom Dubois Taine (électronique) et c’est généreux en diable.

zVeep : postbrbq (Petit label)
Enregistrement : 2010. Edition : 2010
CD : 01/ Starstz 02/ Larhs 03/ Balibali 04/ Kahk 05/ Zug 06/ Glinn 07/ Capadak 08/ Oink
Luc Bouquet © Le son du grisli

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Jason Robinson, Anthony Davis : Cerulean Landscape (Clean Feed, 2010)

cerugrislilandscapeTels John Coltrane (Blue Train, Coltrane Plays the Blues), Booker Ervin (Blues Book), Thelonious Monk (Blue Monk) ou encore bien sûr Miles Davis (Kind of Blue), nombreux furent ceux qui replongèrent le jazz dans sa teinture originelle : le blues. Et c’est Duke Ellington qui inspire à Jason Robinson et Anthony Davis la musique jouée ici. Le fameux pianiste avait en son temps exploré les nombreuses nuances de la couleur bleue (Mood Indigo, Azure, Transbluesency…). Avec Cerulean Landscape (« paysage céruléen »), les deux hommes de poursuivre la démarche de leur aîné et de plonger à leur tour leurs mains dans le profond courant bleu.

Le saxophoniste et flûtiste Jason Robinson et le pianiste Anthony Davis commencèrent à jouer ensemble en 1998, à l’occasion d’un hommage rendu à Cecil Taylor. C’est dire si les deux extrêmes de ce spectre (Cecil Taylor alors ; Duke Ellington aujourd’hui) suggèrent un attachement à la tradition nuancé d’une poursuite opiniâtre de la liberté.

Le disque s’ouvre avec une composition de Davis, Shimmer, lent envol vers de vibrantes altitudes. Les battements d’ailes du piano puis les circonvolutions du saxophone posent le décor de Cerulean Lansdcape : la musique alternera longues pauses planantes et virages épris d’accélérations et changements de rythmes. On pense dans ce premier morceau à Steve Lacy, tant le saxophone soprano ici mêle en un même flux tendresse et abstraction, chair et esprit. Sur le titre suivant, Someday I’ll Know, le saxophone ténor prend le relai. C’en est fait de la légèreté, le propos s’aggrave, s’approfondit, et à mesure que la musique progresse l’on semble se rapprocher du sol pour enfin se poser à mi temps du morceau, un court instant. Puis, sous l’impulsion de Davis, en un solo stupéfiant, redécoller et jouer malicieusement avec le vent.

Le disque s’écoutera alors à l’aune de ces débuts : aux grands espaces succéderont d’accidentés terrains, où les notes se fraieront un passage avec agilité et inquiétude. Quitter les hauteurs ne se fait parfois pas sans risques et Vicissitudes, seul véritable bémol du disque, ne fait qu’accroître notre impatience de voir les musiciens reprendre calme et hauteur. C’est chose faite dès le quatrième (et plus beau ?) morceau, Of Blues and Dreams. La paix retrouvée se teinte cependant de ces notes bleues qui interdisent tout abandon, qui rappellent l’imminence possible de la chute. Alors, l’art du suspense de Davis et Robinson achèvera de convaincre. Cet autre sommet du disque qu’est Andrew (septième et pénultième morceau), au piano tout en brisures mais ne se départissant jamais d’un implacable rythme, nous offrira une proposition singulière de ce qui faisait battre le cœur de la musique de Duke : le swing.

Jason Robinson, Anthony Davis : Cerulean Landscape (Clean Feed / Orkhêstra International)
Enregistrement : 5 & 6 décembre 2008. Edition : 2010.
CD : 01/ Shimmer 02/ Someday I'll Know 03/ Vicissitudes (for Mel) 04/ Translucence 05/ Of Blues and Dreams 06/ Andrew 07/ Cerulean Seas and Viridian Skies
Pierre Lemarchand © Le son du grisli

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Way Ahead, Jazz en 100 autres figures

way

Suite et fin d'une anthologie de jazz dont Giant Steps est le premier volume, Way Ahead [Order it !] paraît ces jours-ci aux éditions le Mot et le reste.  Ce sont 440 pages – dont les quatre premières (préface signée Ken Vandermark) sont retranscrites ci-dessous – célébrant 100 figures d'une musique aux formes changeantes : PEE WEE RUSSELL, BENNY CARTER, CHU BERRY, DON BYAS, TEDDY WILSON, KENNY CLARKE, PAUL QUINICHETTE, HERBIE NICHOLS, PAUL GONSALVES, CLARK TERRY, WARDELL GRAY, EDDIE “LOCKJAW” DAVIS, JAKI BYARD, OSCAR PETTIFORD, THAD JONES, RED GARLAND, ELMO HOPE, SAM RIVERS, SONNY STITT, LUCKY THOMPSON, GENE AMMONS, BILL DIXON, ZOOT SIMS, DODO MARMAROSA, TEDDY CHARLES, ANTHONY ORTEGA, ART FARMER, HAROLD LAND, FRED ANDERSON, JOHN CARTER, BOB BROOKMEYER, MUHAL RICHARD ABRAMS, PEPPER ADAMS, BOOKER ERVIN, DEWEY REDMAN, SONNY CLARK, KENNY BURRELL, KRZYSZTOF KOMEDA, MARION BROWN, JIMMY LYONS, LOL COXHILL, SONNY SIMMONS, TUBBY HAYES, RAN BLAKE, FRANK WRIGHT, ROSWELL RUDD, JOHN TCHICAI, CARLA BLEY, CHRIS MCGREGOR, GRACHAN MONCUR III, ALICE COLTRANE, GUNTER HAMPEL, JULIUS HEMPHILL, BOOKER LITTLE, ALEXANDER VON SCHLIPPENBACH, JOHN STEVENS, ROSCOE MITCHELL, BOBBY HUTCHERSON, IRENE SCHWEIZER, CHARLES TYLER, MILFORD GRAVES, WADADA LEO SMITH, HAN BENNINK, EDDIE PRÉVOST, OLIVER LAKE, NOAH HOWARD, FRANK LOWE, RADU MALFATTI, EVAN PARKER, PETER KOWALD, DAUNI K LAZRO, VINNY GOLIA, BUTCH MORRIS, MARILYN CRISPELL, BARRY GUY, FRANZ KOGLMANN, VLADIMIR TARASOV, FRODE GJERSTAD, LARRY OCHS, FRITZ HAUS ER, PAU L DUNMALL , JOHN BUTCHER , MICHEL DONEDA, STEVE SWELL, JOE MORRIS, AB BAARS, MARCO ENEIDI, OTOMO YOSHIHIDE, ELLERY ESKELIN, SEBI TRAMONTANA, IVO PERELMAN, ROB BROWN, AXEL DÖRNER, MATS GUSTAFSSON, JEAN-LUC GUIONNET, MARTIN KÜCHEN, ASSIF TSAHAR, MARTIN BRANDLMAYR, DAVE REMPIS, MATT BAUDER.

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Q'est-ce qui motive les histoires du jazz ? Tentent-elles de consigner une forme d'art qui, par essence, se joue « sur le moment », qui est donc éphémère et en perpétuelle mutation ? La performance terminée, l'auditeur pourra parfois la retrouver sur un disque ; mais n'y a-t-il pas une certaine contradiction, voire une incohérence, à documenter de cette façon une musique supposée être, par sa nature même, née d’actions créatives et spontanées ? Le jazz tout entier aurait-il été construit sur un lot de contradictions telles que celle-ci ? Est-il un ensemble de structures d'idées changeantes mises en mouvement sous les effets de différentes formes d'échanges ? La composition (le matériau prédéterminé) et l'improvisation (la composition spontanée) ; une musique noire américaine innovante et des langages sonores venus du monde entier qui parlent de leur époque ; l'Histoire et le Moment ; la diaspora d'une pensée créative et l'esprit d'un temps enfin ouvert à de nouvelles méthodes d'expression ; la connaissance et la surprise...

Si l'histoire du jazz est celle d'une musique, elle est également celle de ceux qui l'ont faite. Dans certains cas, il s'agit de Novateurs qui ont révolutionné le genre (parmi les musiciens que l'on trouve dans Giant Steps, le premier des deux volumes de l'anthologie de Guillaume Belhomme, prenons comme exemples Louis Armstrong, Duke Ellington, Cecil Taylor, Lester Young, Miles Davis, Charlie Parker ou Ornette Coleman). Dans d'autres cas, on trouve des représentants d'une Seconde Vague de musiciens qui ont élargi le champ des possibilités offertes par les changements que les Novateurs occasionnèrent (citons Lucky Thompson, Art Farmer, Elmo Hope, Kenny Burrell, Oliver Lake, Booker Little ou encore Pepper Adams, tous évoqués dans Way Ahead). Enfin, il y a les Radicaux : ces musiciens qui donnent l'impression de se tenir à distance de toute continuité apparente du jazz – « apparente » parce que, comme toutes les autres formes d'art, le jazz ne s'est pas développé dans la ligne droite ; et « continuité » parce que cette notion n'implique pas l'idée de progrès – en effet qui peut dire avoir contribué à améliorer le genre depuis Louis Armstrong ? Parmi ces Radicaux, Thelonious Monk, Pee Wee Russell et Albert Ayler, sont des musiciens dont les débuts ont été marqués par une atmosphère musicale particulière – le bebop dans le cas de Monk, l'Ecole de Chicago des années 1920 pour Russell, et le hard bop pour Ayler – mais qui ont su s'en détacher pour trouver une façon plus personnelle d'agencer leurs idées. En conséquence, ils ont souvent été réprouvés par des auditeurs et une presse grand public qui avaient du mal à considérer leurs choix comme valables et à reconnaître leur qualité d'expression. Souvent accusés de manquer de « bonne technique », ils furent rarement reconnus pour avoir développé le « certifié conforme » vocabulaire du jazz. Prenons un exemple : de son vivant, Charlie Parker fut à juste titre salué comme un génie ; aujourd’hui pourtant, il reste encore quelques imbéciles qui vous diront que Thelonious Monk ne savait pas jouer de piano. Heureusement, à l'orée du XXIe siècle, ces inventions sonores (les clusters de Monk, les murmures de Russell et les rugissements d'Ayler) font partie du vocabulaire de la plupart des penseurs les plus en pointe dans le domaine de la musique. 

D'apparence simple, ce triumvirat (Novateurs / Seconde Vague / Radicaux) n'en propose pas moins une manière de porter un regard sur l'histoire du jazz – et même sur l’entière histoire de l’art – qui ne se satisfait pas d'une succession chronologique de mouvements esthétiques ou d'écoles artistiques – ce genre de choses qui donne en peinture la suite « Impressionnisme > Cubisme > Dada > Surréalisme > Expressionnisme Abstrait > Pop Art > Art Conceptuel > Minimalisme » donnerait pour le jazz « Dixieland > Swing > Bebop > Hard Bop > Free Jazz > Improvisation libre ». L'histoire d'un art est faite de la somme des interventions des individualités qui le modèlent. A mon sens, les portraits des artistes du présent ouvrage mettent en lumière la complexité, la variété et l'interaction d'idées, bien plus nettement que tout exposé basé sur cette succession de simples catégories esthétiques. Quel est le plus parlant des deux : le terme « hard bop » ou la musique du quintette de Clifford Brown et Max Roach ?

J'apprécie les livres de Guillaume parce qu'ils peignent ce genre d'histoires, qu'ils s’extirpent de la ligne chronologique et vont voir au-delà des classifications esthétiques. Ainsi, il est possible que Giant Steps et Way Ahead permettent aux auditeurs d'approcher le jazz d'aujourd'hui, le travail auquel s'attèlent des artistes d'aujourd'hui. Ne gagnerions-nous pas, par exemple, à arrêter de ranger tel musicien – qu'il ait été actif dans les années 1960 ou le soit en ce moment même – qui joue des thèmes n'étant pas construits sur des changements d'accords sous le terme de « musicien de free jazz » ? Pourquoi ne pas chercher plutôt à établir les corrélations existant entre chacune de ces individualités, de quelque époque qu'elles soient ? La raison présida à la formation par Miles Davis d’un quintette dans lequel on trouvait John Coltrane, Paul Chambers, Red Garland et Philly Joe Jones ; et puis sa logique le décida à former une autre quintette avec cette fois Wayne Shorter, Ron Carter, Herbie Hancock et Tony Williams ; le nez que Davis avait pour déceler chez un individu sa propension à inventer et son expérience de l'expression collégiale continuèrent d'ailleurs à faire leur preuves dans les années 1970, lorsqu’il fit ces choix remarquables lors de la composition de ses groupes électriques. 

Les temps ont changés, nous voici au XXIe siècle. Parce qu'il est une forme d'art comme les autres, le jazz a lui aussi changé – les musiciens qui le servent le font sous l'influence de différentes politiques, de différentes cultures et même de différentes musiques, que les artistes des générations antérieures. Et si les auditeurs parviennent à saisir la logique esthétique qui a prévalu aux choix de Miles Davis, ils seront alors en mesure de comprendre pourquoi Atomic sonne, pourquoi l'Ab Baars Trio sonne, pourquoi le Chicago Tentet de Peter Brötzmann sonne, pourquoi Anthea Caddy et Magda Mayas sonnent, pourquoi le Vox Arcana de Tim Daisy sonne et pourquoi les membres de Die Enttäuschung, du Bindu d'Hamid Drake, de The Engines, du New Orchestra de Barry Guy, d'Hairy Bones, de l'ICP Orchestra, de l'Exploding Star Orchestra de Rob Mazurek, des Bandwagon de Jason Moran, du Joe Morris Trio, du Black Earth Ensemble de Nicole Mitchell, du Trio-X de Joe McPhee, d'OffOnOff, du Raining On The Moon de William Parker, de l'Evan Parker Trio, de Polwechsel, du Dave Rempis Percussion Quartet, du Slammin' the Infinite de Steve Swell, de The Thing, etc., etc., etc., ont choisi de jouer ensemble. Nous devons tous faire avec une Histoire qui, sans arrêt, continue de s’écrire. Il suffit de considérer le grand nombre de fois où, lorsqu’un mouvement artistique ou une école esthétique s’est trouvé discuté, la « règle » a dû faire exception. Ces histoires du jazz que Guillaume Belhomme a écrites sont euphorisantes parce qu’elles montrent que, dans cette musique – qu’elle soit l’œuvre des Novateurs, de la Seconde Vague ou de Radicaux –, ce sont les exceptions qui font la règle.

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Ferran Fages : Lullaby for Lali (Etude, 2010)

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Un vinyl 12 pouces, c’est parfois un peu court, d’autres fois très long, et parfois un objet de longueur idéale. C’est le cas pour cette « berceuse », Lullaby for Lali, écrite par le guitariste Ferran Fages.

Avec Lali (Barrière, compagne de duo), on imagine donc un endormissement dès la première face : une petite mélodie jouée au mélodica, à la guitare (les accords sont clairs), à la basse et au métallophone. Une pop alambiquée aux accents électriques qui déraille sur la fin. Trop gentillette, même poussive, elle nous réveille… 

La seconde face est acoustique, arrangée par Lali Barrière, et mêle une guitare jouée au médiator et un accordéon. Comme un enfant qui répète le même mot jusqu’à en perdre le sens, la guitare répète le même accord et tire ses effets d’attaques modulées. On pense à un Ry Cooder qui aurait perdu le sens des affaires ou à Gastr del Sol en cure de mélodie. Suffisant pour se laisser prendre par cette berceuse en deux temps ? A vous d'entendre...

Ferran Fages : Lullaby for Lali (Etude Records / Metamkine)
Enregistrement : 2009. Edition : 2010.
LP : A/ Lullaby for Lali b/ Lullaby for Lali
Pierre Cécile © Le son du grisli

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Bertrand Denzler : Tenor (Potlatch, 2010)

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Déjà fort bien représenté dans la collection Potlatch (avec les deux disques du Trio Sowari ou les Propagations d’un quatuor de saxophonistes de pointe), Bertrand Denzler s’expose aujourd’hui en solo, abouché au ténor qu’on lui connaît – chez Hubbub par exemple…

L’enregistrement (de février 2010) qu’il offre déplie ses pièces en un triptyque finement agencé dont la cohérence, le trajet, ne s’appréhende qu’une fois le dernier son émis ; le premier volet, en gestes posés, pousse une note, sirène de rite maritime, colonne d’air sculptée par les tampons du sax – en deçà de la portion du tube que les opercules supérieurs ont obturée – comme les mains le feraient autour d’un theremin : passé à tous les « filtres », à tous les tamis, le son libère de rêches harmoniques.

Obstinée mais passionnante, analytique mais d’une certaine sensualité, la démarche de fission sonore prévaut également dans la pièce suivante ; cellules, textures, réitérées & corrodées, fascinent par leur modelé, leur présence, leur feuilleté. Le troisième mouvement ébranle ce corps sonore qu’on nomme saxophone, le fait tressaillir et en dresse une carte animée, splendidement dynamique. Générateur explosible, le ténor ?! Dense, l’air !

Bertrand Denzler : Tenor (Potlatch / Orkhêstra International)
Enregistrement : 21 février 2010. Edition : 2010.
CD : 01/ Filters 02/ Signals 03/ Airtube
Guillaume Tarche © Le son du grisli

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John Cage : Four4 (Another Timbre, 2010)

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Comme celle de tout prophète qui se respecte, la parole de John Cage – et ses Ecritures – varie d’une interprétation à l’autre. L’une est sévère, l’autre est plus nuancée comme celle que font Simon Allen, Chris Burn, Lee Patterson et Mark Wastell de cette œuvre « for four percussionists ».

Ecrite peu avant la mort du compositeur, Four4 décrit des paysages dévastés où les sons et le silence n'arrêtent pas de se chercher. Un ordinateur aurait aidé à changer les décors : une forêt d’arbres de cristal, un désert de roches, une maison hantée… Comme il lui est souvent arrivé de le faire, Cage a laissé à ses interprètes le choix des instruments : ici une grosse caisse, des cymbales, des gongs, une cithare frappée par des mailloches…

Avec tout cela, le quatuor fait de plus en plus de bruit, et comme les décors la donne change elle aussi. C’est dans le fracas que les percussionnistes terminent leur hommage aussi fortement que quatre marteaux de piano actionnés en son temps par Maître Cage.

John Cage : Four4 (Another Timbre / Souffle continu)
Edition : 2010.
CD : Four4
Héctor Cabrero © Le son du grisli

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Dave Douglas, Keystone : Sparks of Being (Greenleaf, 2010)

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D’une avant garde qu’il aura parfois frôlée (Sanctuary – Avant), Dave Douglas n’a conservé, ici, que de lointains artefacts.

Ainsi, l’aventure de Spark of Being (deux CD séparés ou un coffret de 3 CD), si elle utilise les apports électroniques de DJ Olive, n’offre à ce dernier qu’un rôle secondaire de meneur d’ambiance. Ambiances brumeuses, brouillées et souterraines, argumentant ici une musique composée pour les besoins d’un film de Bill Morrison autour du mythe de Frankenstein.

Mais le jazz binaire de Dave Douglas, si l’on réussit à s’extraire de son côté soigné et propret, n’est pas rien. C’est un jazz de collision entre la sobre matrice de Dave Douglas face au Fender Rhodes rouillé et sonique d’Adam Benjamin. C’est un jazz qui, pour le plus vieux, évoquera les débuts du Miles électrique et en irritera quelques autres à cause de l’insistance-insolence binaire du batteur Gene Lake. Mais pour la prochaine fois, Monsieur Douglas, n’oubliez pas d'ajouter un peu (lire : beaucoup) d’angulosité et de sauvagerie à votre musique. L’auditeur ne demande que cela.

Dave Douglas, Keystone : Sparks of Being (Greenleaf / Orkhêstra International)
Enregistrement : 2010. Edition : 2010.
CD1 (Soundtrack) : 01/ Creature Theme 02/ Spark of Being 03/ Observer 04/ Travelogue 05/ Prologue 06/ Three Ring Circus 07/ Creature & Friend 08/ Is It You? 09/ Chroma 10/ Observer Claymation 11/ Observer Animation 12/ Split Personality 13/ Creature Alone - CD2 (Expand) : 01/ Spark of Being 02/ Creature 03/ Tree Ring Circus 04/ Observer 05/ Chroma 06/ Travelogue 07/ Prologue
Luc Bouquet © Le son du grisli

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Seijiro Murayama, Eric La Casa : Supersedure (Hibari, 2009)

supergrislure

Seijiro Murayama sur caisse claire et objets, Eric La Casa au micro ou en archives (field recordings) : Supersedure consigne des compositions communes et autant de conversations à voix basse.

De là, filtrent des chants élevés au murmure que quelques soubresauts et leurs répliques infimes augmentent de riches effets. Sur le roulement subtil d’un tambour, une voix peut réclamer, une voiture se faire entendre ou une machine choisir de respirer. De haute lutte, la rencontre n’en est pas moins sereine : la complicité des deux intervenants laisse deviner qu’aux agissements mécaniques de l'un (frottement, battement, frôlement…) correspondent les propositions et choix sonores de l’autre : La Casa n'investissant jamais personnellement le champ du percussionniste, enfantant plutôt une population de parasites qui le fera à sa place avant d'organiser ses activités, qui en régiront la surface. Histoire peut-être d’émanciper l’art de Murayama de toute esthétique sclérosante et de la déposer plus loin des codes encore.

Seijiro Murayama, Eric La Casa : Supersedure (Hibari / Metamkine)
Edition : 2009.
CD : 01-05/ Part 1-5
Guillaume Belhomme © Le son du grisli

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Rafal Mazur, Keir Neuringer : Unison Lines (Not Two, 2010)

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En huit pièces improvisées, alto bien bandé & guitare basse métallisée, Keir Neuringer & Rafal Mazur exposent une complicité (marquée d’un précédent enregistrement publié par Insubordinations) de plus de dix ans.

Indéniablement calorifiques, leurs interactions semblent puiser dans un fonds stylistique bop destroy ou plus simplement euro-free – bien que les noms d’Eneidi ou de Rob Brown puissent aussi être évoqués – fait des figures que l’on sait : slaps d’anche, sur-jeu, machines à laver parkeroïdes, basse vrombissante, lyrisme gauche néobrötzien, étranglements, escarbilles et flatterzungs… Et si l’on en vient à songer au duo de Mats Gustafsson & Barry Guy (enregistrant pour Maya il y a une quinzaine d’années), c’est pour regretter chez Neuringer & Mazur le sacrifice du scénario à la dépense, et de l’urgence au remplissage.

On regrettera donc de ne pas adhérer avec tout l’enthousiasme que l’on aimerait manifester… tout en reconnaissant que ces instrumentistes détiennent un vrai « savoir-faire » – cela suffit-il à faire musique passionnante ?

Rafal Mazur, Keir Neuringer : Unison Lines (Not Two / Instant Jazz)
Edition : 2010.
CD : 01-08/ Unison One-Nine
Guillaume Tarche © Le son du grisli

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