Le son du grisli

Bruits qui changent de l'ordinaire


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Archives des interviews du son du grisli

Sophie Agnel, Bertrand Gauguet, Andrea Neumann : Spiral Inputs (Another Timbre, 2011)

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N’en déplaise à la coquille de couverture, n’est pas Sprials qui veut. Quatre Spiral le prouvent, dans lesquelles se sont engouffrées Sophie Agnel (piano), Andrea Neumann (cadre de piano et électronique) et Bertrand Gauguet (saxophones alto et soprano).

Dans un espace sonore préparé par Benjamin Maumus, le trio fait preuve de patience dans son projet musical : avant l’élévation, et donc l’allumage précipité à force d’allers et venues sur cadre et sous écho, il y a des graves et des crépitements. En vol, les expressions doivent encore faire avec autant ou presque de discrétions, sur le qui-vive pour éviter les fautes intentionnelles ou ne pas révéler de vérités trop évidentes.

Ensuite alors, les insistances : une note à la gauche du clavier qu’Agnel se prend à harceler, des souffles en saxophones qui suivent des trajectoires brèves ou qui vocifèrent pour être sectionnés menus, une rumeur-acouphène qui, malgré sa discrétion, tient bon devant les pratiques tumultueuses ou les insinuations perçantes. A la fin, la tension dramatique retrouve même le chemin du rythme. 

EN ECOUTE >>> Spiral Inputs (extrait)

Sophie Agnel, Bertrand Gauguet, Andrea Neumann : Spiral Inputs (Another Timbre / Metamkine)
Enregistrement : 2008-2010. Edition : 2011.
CD : 01/ Spiral #1 02/ Spiral #2 03/ Spiral #3 04/ Spiral #4
Guillaume Belhomme © Le son du grisli



The Magic I.D. : I'm So Awake / Sleepless I Feel (Staubgold, 2011)

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On gardait un bon souvenir de Till My Breath Gives Out, le premier album de The Magic I.D. Ce souvenir était-il trop bon ? Et deuxième question : ce souvenir aurait-il pollué l’écoute d’I’m So Awake / Sleepless I Feel ?

Les choses commençaient pourtant bien. Elles s’appelaient (s’appellent encore, d’ailleurs, pour ceux qui auront le courage...) Atmospheres of a Beginning. Une folk lo-fi, noueuse, dissonante, et deux voix (Christof Kurzmann et Margarteh Kammerer) qui se chevauchent joliment… Après ça, des atmosphères qui se suivent sans se ressembler (entre pop et expérimental) mais qui déclinent, il faut bien le dire. Les rythmes sont décalés et jurent avec le parti pris de la production : une boîte à rythme rappelle Momus, la mollesse de Kurzmann rappelle celle de David Byrne… Tant de lourdeurs qu'après Eric Kicks le disque coule, et les clarinettes de Kai Fagaschinski et Michael Thieke n’y peuvent rien. Pire encore : tout à coup glapissent des chœurs niais, la voix maniérée de Kammerer devient insupportable, la guitare se la joue demi-ukulélé rébarbatif alors que les compositions brillent déjà par leur non-originalité (celle-ci a l’avantage de trouver une catégorie dans laquelle ranger la musique de The Magic I.D. : « néo-folk, barbes & robes à fleurs »).

Bref, on l’aura compris, l’expérimentation n’est que de façade, et même branchouille de bon ton. Le disque qui avait commencé sur un air de Mark Hollis finit sur des arrangements que ne renierait pas la paire d’idiotes réunies  sous le nom de Brigitte. Oserais-je écrire que, chez Kurzmann & associés, la magie a déserté l’idée ? 

The Magic I.D. : I’m So Awake / Sleepless I Feel (Staubgold)
Edition : 2011.
CD : 01/ Atmospheres Of A Beginning 02/ My Hands 03/ Eric Kicks 04/ Children's Tale 05/ In My Dreams 06/ Weary 07/ Something 08/ Mambo 09/ Liebeslied 10/ Feels Like An Ending
Pierre Cécile © Le son du grisli


Giacinto Scelsi : The Viola Works (Mode, 2011)

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Le neuvième volume de la série The Scelsi Edition (Mode Records) renferme des pièces pour violon et violoncelle écrites par Giacinto Scelsi. Ce sont Vincent Royer (pour le violon) et Séverine Ballon (pour le violoncelle) qui s’y attaquent.

Ballon n’intervient qu’à mi-chemin, elle interprète en compagnie de Royer les trois temps d’Elegia per Ty. Son instrument anime superbement une musique de chambre qui nous parle d’ondines qui, malgré leurs traits fins et racés, s’agacent du va-et-vient des deux archets.

Avant et après ce duo, Royer délivre seul les messages de Scelsi. Des messages d’un autre temps, aux timbres mystérieux. Maigrelet, l’archet fait par exemple entendre d’autres voix que celles du violon sur Xynobis où l’on croit entendre des joueurs de zournas. Indécis, il redessine la partition de Manto et où il se mêle à la voix du violoniste.

L’orientalisme de Scelsi est toujours fragile et il arrive, comme sur Coelocanth et Three Studies, qu’il parte en fumée sous l’action de feux follets. Ce qu’ont bien compris Vincent Royer et Séverine Ballon, c’est que les incartades bouleversantes du compositeur sont faites de désaxements plus que de lyrisme ou de romantisme ultramoderne. Et que sa spiritualité s’embarrasse moins de verticalité que de courbes stupéfiantes.

Giacinto Scelsi : The Viola Works (Mode / Amazon)
Edition : 2011.
CD : 01-03/ Manto 04-06/ Coelocanth 07-09/ Elegia per Ty 10-12/ Three Studies 13-15/ Xnoybis
Héctor Cabrero © Le son du grisli


Otherways and Free Space : Life Amid the Artefacts (Emanem, 2011)

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Peu à peu, grâce à Martin Davidson, se dévoile la grande histoire de l’improvisation made in England. En parallèle au Spontaneous Music Orchestra, John Stevens avait mis en place Free Space, groupe d’improvisateurs à géométrie variable (de six à douze musiciens). Outre le fidèle Trevor Watts (noter par ailleurs la présence de John Russell), s’y distinguait l’altiste de la « seconde génération » Herman Hauge, lequel allait créer Otherways autour d’un trio saxophone, contrebasse et batterie (Herman Hauge, Marc Meggido, Dave Solomon) + invités (ici Simon Mortimer, Nigel Coombes).

Ce sont ces deux formations que nous découvrons ici. Sérieuse et impliquée était la recherche de tous ces improvisateurs. Le jazz est absent de Free Space mais retrouve quelques-uns de ses arômes avec Otherways (Unamoured) ; la démarche radicale et collective des premiers s’opposant à celle, plus identifiable (un soliste et des accompagnants), des seconds. Ainsi l’alto d’Hauge brillait de mille feux, à mi-chemin des brûlants souffleurs de la new thing et d’un certain Evan Parker. Mais tout ceci était réversible et d’autres enregistrements le confirmeront sans doute. A suivre donc…

Otherways & Free Space : Life Amid The Artefacts (Emanem / Orkhêstra International)
Enregistrement : 1973 & 1984. Edition : 2011. 
CD : 01/ Intermediate 02/ Altitudes 03/ Unamoured 04/ Gesture 05/ Aranata 06/ Lucid 07/ Zeal
Luc Bouquet © Le son du grisli


Peterlicker : Nicht (Editions Mego, 2011)

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Improbable, la collusion entre les restes métallifères de CoH et les déclinaisons gothiques d’un jeune Michael Gira que viendrait tripatouiller la paire KTL ? Think again, baby love, ça s’appelle Peterlicker, ça nous vient de Vienne, Österreich et ça en jette dans le calebut. Comptant, et le hasard n’y est pour rien, Peter Rehberg parmi ses membres, le combo autrichien renaît de ses cendres après vingt années de constante inactivité – un retour à marquer d’une pierre blanche – si ce n’est qu’elle est carbonifère à la hauteur des enjeux, quelque part entre Throbbing Gristle et Einstürzende Neubauten.

Cinq titres, trois sur la première et deux sur la seconde face du LP, débusquent dans les moindres recoins les ultimes traces psychédéliques d’optimisme béat – autant dire que Nicht porte à merveille le nihilisme de son appellation. Car en matière d’incantations mortifères déboussolantes ébruitées au fond d’une cathédrale gothique en hiver – SunnO))) anyone ? – le quatuor danubien sublime à chaque instant la portée suicidaire des actes du quotidien. Tout en jetant aux orties les déclinaisons purement sordides d’un Xela, le vocaliste F. Hergovich & co transperce un haut degré d’inquiétude perverse pour laisser poindre, en guise de toute espérance, un nouvel ballet de Gisèle Vienne dont ils seraient les co-auteurs sonores. On en salive d’avance.

EN ECOUTE >>> Always Right

Peterlicker : Nicht (Editions Mego / Souffle continu)
Edition : 2011
LP : A1/ Always Right A2/ Tunnel 47053 A3/ Raised On Rock B1/ C-Slide B2/ Schleim
Fabrice Vanoverberg © Le son du grisli



Lucio Capece, Birgit Ulher : Choices (Another Timbre, 2011)

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Choices dirait en haut-parleurs ce que même les intéressés n’avaient osé murmurer : Lucio Capece et Birgit Ulher sont faits pour jouer ensemble.

Formant un duo de souffles et de salives en embarcation divaguant, le saxophoniste / clarinettiste et la trompettiste – le premier embouchant parfois un mégaphone miniature et la seconde interrogeant un poste de radio et ces haut-parleurs cités plus haut – élaborent des trajectoires longues comme le pouce, donc : des trajectoires multipliées en conséquence.

Pour corser l’affaire, le bateau pop-pop quand ce n’est pas la barque qui craque. Et puis les vents s’emmêlent. Cherchant des solutions, Capece et Ulher fouillent, raclent, tournent en éperdus et finissent par tisser un fil de notes plus claires qui entrent en résonance et font contrepoids agissant. C’est donc le mouvement que le duo retient, la réaction en chaîne qu’il empêche. D’ondes premières en ondes ajoutées, Capece et Ulher – qui, l’un comme l’autre, ont connu déjà de beaux redressements en duos – s’accordent sur une autre et surtout singulière dérive.

EN ECOUTE >>> Choices

Lucio Capece, Birgit Ulher : Choices (Another Timbre / Metamkine)
Enregistrement : 2010. Edition : 2011.
CD : 01/ Physical 02/ Chance 03/ Orbital
Guillaume Belhomme © Le son du grisli


Alessandra Rombolá, Michel Doneda : Overdeveloped Pigeons (Con-V, 2011)

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L’une et l’autre avaient signé jadis un solo sur le label Sillon. Aujourd’hui (en fait 20 avril 2008), ils se penchent ensemble sur le cas d’Overdeveloped Pigeons.

Alessandra Rombolá (flûtes et objets) et Michel Doneda (saxophones soprano et sopranino, radio, objets) partis donc à la découverte d’oiseaux rares dont le souffle fait l’élan : volatiles plaintifs, expressifs voire disant, ou gibier plus commun qui, s’il ne joue pas un peu les surdéveloppés bravaches, s’en fait oublier d’autant. En guise de chants, qui se succèdent semble-t-il selon le développement artificiel de ladite espèce (de fragments de pigeons en pigeons gonflés à bloc) : respirations en partage, sifflements hauts et râles confondants, notes enquillées par la flûte et déraillements du soprano, et même quelques coups de plumes portés à des objets – lorsque ceux-ci ne sont pas plutôt traînés à terre.

C’est d’ailleurs au son des plaintes de ces choses que le duo maltraite qu’il lui arrive de gagner en originalité : pour cela – condition sine qua none ? – il aura dû perdre en assurance.

Alessandra Rombolá, Michel Doneda : Overdeveloped Pigeons (Con-V)
Enregistrement : 20 avril 2008. Edition : 2011.
CD : 01/ O.V. 02/ E.R. 03/ D.E.V. 04/ P.I.G.E. 05/ O.N.S.
Guillaume Belhomme © Le son du grisli


Miguel Frasconi, Denman Maroney : Gleam (Porter, 2010)

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Nous ne les voyons pas mais nous les entendons. Ils sont deux et nous savons qu’ils frottent. Ils frottent les cordes d’un piano. Du verre aussi. Ils bercent et jamais ne fouettent. Etranges sont leurs sonorités. Ils distillent, entrechoquent, coulissent. Et toujours finement. Sans éraillures. Parfois le piano immisce une forme. Alors, l’autre rebondit et s’étire. Douce somnolence. Douce attraction.

Les responsables de cette sucrerie sonique se nomment Miguel Frasconi (glassharp, instruments en verre) et Denman Maroney (piano). Et à vrai dire, on ne s’est jamais ennuyé ici.

Miguel Frasconi, Denman Maroney : Gleam (Porter / Orkhêstra International)
Enregistrement : 2008. Edition : 2010.
CD : 01/ Gleam 02/ Glaze 03/ Glide 04/ Gliss 05/ Glass 06/ Gloss
Luc Bouquet © Le son du grisli


Valerio Tricoli, Thomas Ankersmit : Forma II (Pan-Act, 2011)

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Synthétiseurs, guitares, saxophone alto, walkmans et enceintes, enregistreurs et ordinateur : ce sont-là les instruments de Valerio Tricoli et Thomas Ankersmit. A Berlin où ils sont installés, ils ont peut-être sucé et resucé la substantifique moelle d’une musique électronique éclatée, d’une improvisation réductionniste et d’une noise électrisée.

C’est ce que suggère en tout cas Forma II : ces plages où l’on trouve des grillons buzzophages grouillant en centrale électrique (Plague #7) ou des fantômes-aimants qui parlent presque comme vous et moi (Hunt). Mais Forma II, c’est aussi une ambient qui plane sur les cimes (Brent Mini) et de la drone ascendante qui fantasme une collaboration entre La Monte Young et Urban Sax (Takht-e Tâvus). C’est dire que l’écoute de Forma II est un conseil que je vous donne, parce que ce serait dommage qu’il vienne grossir les stocks déjà débordant de trésors cachés.

Valerio Tricoli, Thomas Ankersmit : Forma II (PAN-ACT / Metamkine)
Enregistrement : 2008-2010. Edition : 2011.
CD : 01/ Zwerm voor Tithonus 02/ Brent Mini 03/ Hunt 04/ Plague #7 05/ Takht-e Tâvus
Pierre Cécile © Le son du grisli


Didier Lasserre, Laurent Pascal : Dans le cercle du soir (Entre deux points, 2011)

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Après un solo (Sur quelques surfaces vacantes) et un duo avec Jean-Luc Guionnet (Out Suite), Didier Lasserre publie sur son Entre deux points un disque inattendu pour confronter une de ses cymbales et un harmonica.

Si, en règle générale, l’harmonica fait peur, celui de Laurent Pascal se montre rassurant : sereinement, il suit la direction qu’indique la cymbale caressée d’abord, estourbie ensuite par quelques coups de mailloches : s’en tenir à une note, l’allonger au possible, en inventer une autre au cas où la première n’y suffirait plus.

La structure rythmique suit ainsi la ligne d’un pont imaginaire à la suspension duquel Lasserre œuvre en endurant et sur lequel l’harmonica se promène en cherchant l’endroit où l’écho irait le mieux aux soupçons qui composent ses interventions. Et puis, la pluie s’en mêle, tombe sur le duo : kigo transformant par là-même l’improvisation délicate en inattendu haïku du soir.

Didier Lasserre, Laurent Pascal : Dans le cercle du soir (Entre deux points)
Enregistrement : 22 septembre 2010. Edition : 2011.
CD : 01/ Dans le cercle du soir
Guillaume Belhomme © Le son du grisli

18_JAZZ_HOMEflyerWeb2Les mêmes Didier Lasserre et Laurent Pascal clôtureront ce vendredi 17 juin la saison de concerts organisés en appartement par Jazz@Home. Dans le cercle du soir, à Montmartre donc.



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