Le son du grisli

Bruits qui changent de l'ordinaire

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A la question : interviewsAu rapport : impressions de concertsEn théorie : l'improvisation par l'écrit : John Butcher & Evan Parker

Aeroplane Trio : Naranja Ha (Drip Audio, 2010)

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Quand pléthore de groupes se sentent obligés de sortir un CD au bout de quelques concerts à peine, l’AerplaneTrio attend huit ans pour sortir le sien. Ici, un CD, un DVD et une agréable constante : l’AeroplaneTrio est un combo qui convoque improvisations et compositions sans que l’une ou l’autre de ces formes en soit privilégiée.

Voici donc une composition ternaire (Lucky Loonie) entre Ornette et Dave Douglas (Zorn pour lien ?) aux phrasés souples et rebondissants, accélérant et freinant un tempo malicieux. Voici un trait binaire insistant (Whitehorse), piaffant sur un riff et le répétant inlassablement. Voici des cris fielleux venus en droite ligne du Naked City de John Zorn (Whatever Happened to the Sand People). Et voici, enfin, des improvisations où se mêlent les rauques ondulations d’une contrebasse rugueuse, le rythme désarticulé d’un batteur faussement minimaliste au salivaire poivré d’un trompettiste tout terrain. C’était donc JP Carter, Russell Sholberg et Skye Brooks soit l’AeroplaneTrio ; des gars venus de Vancouver et qu’ont plein d’histoires à nous raconter.

AeroplaneTrio : Navanja Ha (Drip Audio)
Enregistrement : 2008 (DVD) & 2009 (CD). Edition : 2010.
CD : 01/ Pre Rumble 02/ Lucky Loonie 03/ Rock Paper 04/ Whitehorse 05/ Plastic Farm Animals 06/ Callejuela 07/ They Came and Took Away Our Kittens 08/ Subtle Shock 09/ Whatever Happened to the Sand People 10/ Crow’s Nest 11/ Lagoon
DVD : 01/ Improv # 1 02/Victoria Park 03/Improv # 2 - Callejuela 04/ Carlos the Black 05/ Getting to Naranja Ha
Luc Bouquet © Le son du grisli

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Frank Gratkowski, Jacob Anderskov : Ardent Grass (Red Toucan, 2010)

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Il y a, dans ces huit improvisations captées au Loft de Cologne en 2008 et 2009, quelque chose d’un jeu de gymnastes (sans gymkhana ni body-building) : parades réciproques – précautionneuses parfois, avant qu’un jeu plus charpenté n’émerge – ou enchaînements au ras du tapis, vifs mouvements et énergies confluentes…

Quand, concluant ces approches chorégraphiées, les vivantes anches de Frank Gratkowski (saxophone alto, clarinette, clarinette basse ; écarts, cheval d’arçon, corde à nœuds) font jonction avec le piano de Jacob Anderskov, de splendides portés se développent ; non point unissons mais, au sens propre, combinaisons – et fort différentes celles-là de ce que le souffleur put trouver avec Mengelberg, Graewe ou Van Hove. L’invention d’une belle complicité.

Frank Gratkowski, Jacob Anderskov : Ardent Grass (Red Toucan / Orkhêstra International)
Enregistrement : 2008-2009. Edition : 2010.
CD : 01/ Narrative 02/ Diagnose 03/ Ardent Grass 04/ Asteroids 05/ Rasa 06/ Devotion 07/ Downstairs 08/ Sound Check
Guillaume Tarche © Le son du grisli

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Keith Fullerton Whitman : Disingenuity b/w Disingenousness (Pan, 2010)

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Artiste à la réputation mythique, Keith Fullerton Whitman n’a au de cesse d’explorer les styles au sein de sa déjà riche discographie. Entre breakcore et IDM (sous son pseudonyme de Hrvatski) pour le compte du label Planet Mu et l’electronica ambient avant-gardiste sur Kranky, le producteur et musicien américain n’a eu de cesse de renouveler un langage en perpétuelle mutation.

Aujourd’hui hébergé sur la maison Pan-Act de Bill Kouligas, KFW intègre essentiellement la musique concrète de Pierre Schaeffer et François Bayle dans son ultime ouvrage, qui nous vient quatre ans – et oui ! – après les fascinantes quarante-et-une minutes du live Lisbon. Adepte, c’est désormais officiel tant c’est frappant, d’un déconstructivisme analogique où la virtuosité des bruits vivants fait tournoyer les mandibules à force d’entrechocs, Whitman marie l’agressivité tangente des Nocturnal Emissions à l’enchevêtrement magnifique de Francisco Lopez (quand ce dernier ne mute pas le métal en une furie post-doom) – mais on songe aussi, de temps à autre, à Xenakis et aux expérimentations pionnières des années cinquante.

Conçues à partir d’enregistrements en public et de studio pris ces deux dernières années, les deux pistes de Disingenuity b/w Disingenousness (une par face de vinyle) évoluent en miroir l’une de l’autre. Bruyante et nerveuse, la première agresse les tympans en une épreuve combattante, la seconde apaise le tourment vers un surprenant clin d’œil au krautrock synthétique des seventies, où Ralf Hütter et Florian Schneider auraient muté en chercheurs de l’inconscient tournés vers l’au-delà.

Keith Fullerton Whitman : Disingenuity b/w Disingenousness (Pan-Act / Metamkine)
Edition : 2010.
LP : 01/ Disingenuity 02/ Disingenousness
Fabrice Vanoverberg © Le son du grisli

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ECM Catalog (Kawade Shobo Shinsha, 2010)

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Au Japon, on éditait récemment un livre célébrant (les quarante ans d') ECM. Un catalogue du catalogue, en somme, mais assez précis pour qu’on y trouve un intérêt.

Dans un premier temps, cet ECM Catalog fait défiler en couleurs et sans commentaire aucun les pochettes de disques parus sous l’étiquette – du Free at Last de Mal Waldron, donc, jusqu’au triple Colours d’Eberhard Weber. Dans un second, il publie des réductions en noir et blanc des mêmes images, sous lesquelles on trouve toutes informations nécessaires, voire administratives : nom du disque, date de son enregistrement, identités des musiciens à y entendre, titres et attributions des compositions, nom du studio, du superviseur et du concepteur de la pochette. La lecture se fera en conséquence en plusieurs fois et chaque fois recèlera sans doute de découvertes inattendues.

Ainsi trouve-t-on plaisir à consulter l'annuaire, d’autant que celui-ci nous rappelle qu’ECM n’a pas toujours été ECM, l’esthétique défendue par le label pas toujours celle à laquelle sont attachés pour l’alourdir avec panache Keith Jarrett, Dave Holland, Arvo Pärt, Jan Garbarek ou Stephan Micus… Retour alors à Waldron et puis Paul Bley, Derek Bailey et Hugh Davies, Marion Brown, Anthony Braxton, Barre Phillips, Steve Reich, Wadada Leo Smith, Jimmy Giuffre

Kenny Inoaka, et autres : ECM Catalog (Kawade Shobo Shinsha)
Edition : 2010
Guillaume Belhomme © Le son du grisli

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Anthony Braxton : GTM (Outpost) 2003 (Leo, 2010)

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A suivre les différentes étapes de la Ghost Trance Music d’Anthony Braxton, et parfois dans un pur désordre chronologique – ce double CD a été enregistré voici huit ans –, se crée une proximité à l’œuvre braxtonienne. Comme si ces allers-retours incessants, ces montées et descentes répétitives n’étaient plus empoisonnantes arrêtes mais cérémonial intime.

Ici, Anthony Braxton et Chris Jonas jouent, le plus souvent, la mélodie à l’unisson. Les deux saxophonistes s’engagent avec clarté et entêtement. Avec entêtement surtout. La logique voulant se satisfaire de la transition et de la fluidité entre chaque pièce est mise à mal ici. Chaque bloc musical n’existe pas par rapport au précédent ou à celui qui va suivre mais en une entité distincte et autonome. Ainsi, la cohésion ne passe pas par le crescendo ou des évidences harmoniques mais par des ruptures choisies, assumées, abruptes. On dira alors la nervosité ou la dureté de certaine pièce, les douces et rares nervures de telle autre. On se souviendra de telle inflexion, de ces sifflements aigus et persistants, de ce trait jazz vite abandonné, des ces ondulations rassurantes, de cette marche qui ne trouve pas sa sortie.

Braxton et Jonas sont rejoints sur le second CD (la onzième et ultime pièce de la Composition 265 semble incomplète) par la voix de Molly Sturges. Une voix qui s’immisce d’abord avec timidité puis trouve une assurance qu’elle ne lâche plus. Maintenant la transe est assurée, assumée, maîtrisée. Par moment : impressionnante. Ainsi va la Ghost Trance Music. Sans repli ni retraite et toujours avec entêtement. Toujours.

Anthony Braxton : GTM (Outpost) 2003 (Leo Records / Orkhêstra Intenational)
Enregistrement : 2003. Edition : 2010.
CD1 : 01/ Composition 255 - CD2 : 01/ Composition 265 Part 1 02/ Part 2 03/ Part 3 04/ Part 4 05/ Part 5  06/ Part 6 07/ Part 7 08/ Part 8 09/ Part 9 10/ Part 10 11/ Part 11
Luc Bouquet © Le son du grisli

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Subtle Lip Can : Subtle Lip Can (Drip Audio, 2010)

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Subtle Lip Can est un trio composé de Josh Zubot au violon, de Bernard Falaise à la guitare électrique et d’Isaiah Ceccarelli à la batterie. Subtle Lip Can est aussi le nom du premier disque de ce trio, à la pochette ébouriffante, qui en promet donc...

Au début, l’improvisation – puisqu’il s’agit bien d’improvisation – tangue, bouleversée par des bruits venus de partout. Parfois le trio se meut doucement, et d’autres il prend un malin plaisir à hausser le ton. Qu’ils se cherchent et pétaradent ou se tournent le dos pour réfléchir plus méticuleusement à la musique qu’ils sont en train de créer, les trois membres de Subtle Lip Can sont d’une inspiration égale. Au fil des morceaux, celle-ci peut aussi bien enthousiasmer l’auditeur, le laisser indifférent que l’agacer par le peu de valeur que le groupe ajoute au jeu de l’improvisation free-rock.

Subtle Lip Can : Subtle Lip Can (Drip Audio)
Edition : 2010.
CD : 01/ Chickle That Bottom 02/ Crumple, Power Down 03/ Inside Look 04/ Tid Lac Boam 05/ Suddle Lip Can 06/ Runst From Thag 07/ Crumpled Up Seed 08/ Polloer
Pierre Cécile © Le son du grisli

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Charlemagne Palestine : Strumming Music (Sub Rosa, 2010)

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La neige ne tombait plus lorsque le disque est arrivé en bout de piste. Charlemagne Palestine n’avait pas cessé de crier qu’il était le découvreur de la Strumming Music, qu’il était même la Strumming Music à lui tout seul.

C’est d’abord la réédition d’une musique répétitive pour piano solo ; une musique sportive, anti-cadence (on perd souvent le rythme quand Palestine s’accroche aux branches), intense, enthousiasmante, brouillonne. Mais ses brouillons valent autant que beaucoup de compositions sur partitions. Après le piano, c’est aussi de l’inédit avec une Strumming Music pour clavecin et une autre pour cordes. L’archet d’un violon va et vient sur une note en jouant de l’intensité de son attaque, donc du volume. Avec le violon, je suis allé et venu ; avec le clavecin, j’ai plus tôt parcouru des contrées sonores comme le passager d’un train miniature voit défiler de nouveaux paysages alors qu’il passe et repasse entre les mêmes arbres et gares en plastique. La neige avait cessé de tomber lorsque le disque est arrivé en bout de piste. Mais tout était à présent sous la neige.

Charlemagne Palestine : Strumming Music for piano, Harpsichord and Strings Ensemble (Sub Rosa / Orkhêstra International)
Edition : 2010.
3 CD : Strumming for Bosendorfer Piano / Strumming for Harpsichord / Strumming for Strings Ensemble
Héctor Cabrero © Le son du grisli

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Voix Expéditives : Guylaine Cosseron, Savina Yannatou, Barry Guy, Keith Tippet, Julie Tippett, Antoine Beuger

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Guylaine Cosseron : Avant les mots (Petit Label, 2010). Si le titre de ce recueil vocal solo inquiète quelque peu (orientant d’emblée l’audition et faisant se profiler les tutélaires Schwitters, Minton ou Ghérasim Luca – ce dernier, moins inarticuleur qu’explorateur « après les mots »), l’a priori s’efface à l’écoute de ses dix miniatures (que leur brièveté, pour la plupart, sauve) : le théâtral n’est que frôlé et l’organique parfois utilement poussé au-delà des diphonies et autres laryngomintoneries, vers le pur bruit, quasi synthétique. (gt)

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Savina Yannatou, Barry Guy : Attikos (Maya, 2010). Enregistré au Bimhuis en mai dernier, cet intéressant duo de la chanteuse grecque – qu’on connaît chez ECM – et d’un Barry Guy (contrebasse) respirable fait soigneusement alterner les modes de jeu et les ambiances, les pièces improvisées et les morceaux concertés (traditionnels arrangés ou compositions personnelles) : ainsi songe-t-on tantôt à Lauren Newton & Joëlle Léandre, tantôt presque à Angélique Ionatos & Renaud Garcia-Fons… sans aller jusqu’au Journal Violone II de Barre Phillips néanmoins. (gt)

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Couple in Spirit (Keith & Julie Tippett) : Live at the Purcell Room (Ogun, 2010). Ce disque m’a proprement soigné de la tentation cynique de railler la symbiotique béatitude du « couple in spirit » – pour reprendre le nom sous lequel Keith (piano + accessoires divers) et Julie (voix + petites percussions) Tippett apparaissent en tant que duo, depuis quelques décennies. Tous deux déploient, dans ce troisième témoignage phonographique de leur collaboration, gravé en novembre 2008, une pièce unique – avec ses méandres – et sereinement architecturée : en action, un prenant travail de tisserands ! (gt)

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Antoine Beuger : Keine Fernen Mehr (Edition Wandelweiser, 2010)
Deux disques de sifflements. Low volume required : des notes sifflées qui retiennent votre attention, comme si un autre que vous-même vous sifflait en tête. Antoine Beuger, que l'on a entendu avec Radu Malfatti, siffle longtemps et la pollution sonore ou le dérangement mélodique qu’il cause est formidable à entendre. (hc)

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Looper : Dying Sun (Another Timbre + Cathnor, 2010)

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Quand bien même, en filigrane, la couverture de Dying Sun laisse deviner un arbre ; quand bien même la première des trois pièces d'improvisation que le disque renferme est d'appellation astronomique. Ce soleil épuisé au lit duquel se sont portés Martin Küchen, Nikos Veliotis et Ingar Zach en serait un capable seulement de lueurs tombantes, et qui peinent à atteindre les grandes profondeurs. L'association – l'enjeu le nécessitait – est d'exception, qui s'était déjà inquiété d'ombres et de couleurs pâles à déformer à Oslo et Stävanger en compagnie de John Tilbury (sur le film qu'est Mass, ces tableaux en mouvement lent rappellent Grosz, Bacon, Freud ou encore les portraits du Fayoum) et compose sous le nom de Looper.

Hostilités muettes, déliquescence des atermoiements, motifs insidieux agissant en toutes discrétions, en discrétions sur lesquelles le trio s'accorde pour la troisième fois sur disque. Soleil épuisé, donc, mais qui n'en mourra pas parce que le monde en décomposition qu'il encercle a malgré tout trouvé en lui sa source d'inspiration, de régénération voire. Ainsi : toujours, le temps sera marqué (régularité de la prospection de Zach) même lorsque l'auditeur, étourdi, en aura perdu la notion ; toujours, l'étagement horizontal se chargera d'ajouter une couche différente aux reliefs déjà irréguliers (baryton facteur de drones) ; de plus en plus, la distance parcourue laissera à une faune douée de bioluminescence le luxe des lumières (l'archet répertoriant le bruit d'espèces aussi rares que sont enfouis les territoires qu'elles arpentent).

Quant au trio d'humains en présence : les clefs de Küchen trahissent la mécanique nécessaire à l'exploration, l'archet soumis à gravité de Veliotis se résout à l'appel du « vide » des contre-reliefs, jusqu'à ce que les cymbales de Zach commandent le retour à la surface. Progressif, celui-ci, et qu'il faut bien concéder pour constater les formidables découvertes de l'expérience, dont la plainte spasmodique du dragon des abysses est peut-être la pièce de choix.

Looper : Dying Sun (Another Timer + Cathnor / Metamkine)
Enregistrement : 2010. Edition : 2010. 
CD : 01/ Grand Redshift 02/ Hazy Dawn 03/ Near Eternity
Guillaume Belhomme © Le son du grisli

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Lee Konitz, Chris Cheek, Stéphane Furic Leibovici : Jugendstil II (ESP, 2010)

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En ouverture, les alléchants contrepoints – contre-chants de l’école Konitz-Marsh-Tristano. Juste le dialogue ambré d’un ténor (Chris Cheek) et d’un alto (Lee Konitz), tous deux délestés de la performance. Rien à départager, tout à partager. Le tout sous les doigts attentifs de l’enveloppante contrebasse de Stéphane Furic Leibovici. Rien d’inutile chez eux, juste l’obligation de dire les choses essentielles : l’entente, l’abandon, l’écoute, la proximité, la confiance.

Et ainsi, plage après plage, et après que vibraphone, flûte, harpe, célesta et clarinette eussent embelli une musique de l’offrande même, nous voici, déjà, en fin de route. En fin de jazz pourrions nous écrire tant tous les codes de la musique ternaire se trouvent ici renouvelés, réinventés. Car une petite chose est passée par là et qui a transfiguré la musique : la douceur. Et la douceur n’est jamais à sous-estimer. Une belle et sobre musique et, indiscutablement, le meilleur enregistrement de Lee Konitz depuis des lustres.

Lee Konitz, Chris Cheek, Stéphane Furic Leibovici : Jugendstil II (ESP / Orkhêstra International)
Enregistrement : 2005. Edition : 2010.
CD : 01/Odysseus Return Home 02/ Tomorrow I Shall Dance for You 03/ A Music of Tranquillity 04/ Float West on the Slender Current 05/ A l’île de Fressanges 06/ Les mains de Pénélope 07/ Phongsaly 08/ Local Heroes
Luc Bouquet © Le son du grisli

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