Le son du grisli

Bruits qui changent de l'ordinaire


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Archives des interviews du son du grisli

Benjamin Thigpen : Divide by Zero (Sub Rosa, 2011)

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La noise music de Benjamin Thigpen (dont le disque précédent date de 2004) ne joue d’aucun artifice. C’est pourquoi elle est déroutante et pourquoi Divide by Zero n'en finit pas de surprendre au fil des écoutes.

En faisant référence à Pierre Soulages, peintre qui du noir fait surgir la lumière, Thigpen ménage des percées aveuglantes dans son univers lugubre et glaçant. Comme les écrans défaillants des postes de télévision (celui de la couverture en a explosé !) que l’on trouve dans quantité de films d’épouvante, la musique électroacoustique de Thigpen crache des menaces et vomit des fantômes. La réception est le plus souvent mauvaise. Des bips annoncent qu’un danger se prépare. Des oiseaux affolés s’enfuient en poussant des cris que vous n'oublierez plus jamais.

Chaque dérapage est capable de mettre le feu aux poudres. Mais tous ne le font pas, pour la simple raison que la musique de Benjamin Thigpen ne se joue pas tant dans l’explosion que dans le confinement d’une antimatière bien plus néfaste pour l’entendement. Ce sont des efforts que Thigpen fait pour la contenir que naissent bien de pures merveilles!

Benjamin Thigpen : Divide by Zero (Sub Rosa / Orkhêstra International)
Enregistrement : 2003-2007. Edition : 2011.
CD : 01/ Incandescence 02/ Malfunction 30931 03/ Espoir 04/ Brief Candle 05/ 0.95652173913
Pierre Cécile © Le son du grisli



Samuel Blaser : Consort in Motion (Kind of Blue, 2011)

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Tout peut être jazzifié. Tout doit-il l’être ? Encore qu’ici le terme de jazzification ne soit pas particulièrement adapté. Disons : libres digressions sur Monteverdi, Marini et autres compositeurs de la Renaissance et du début du baroque italien. Voilà pour le cadre.

Passons à la musique. Les arias n’en sont plus. Les mélodies perdent de leur horizontalité pour s’allonger jusqu’à l’extrême.  La basse n’est jamais continue mais fureteuse, chercheuse. Discrète aussi. Trop, sans doute. La nonchalance guette, la mélancolie se frôle mais la magie opère toujours. Pensez : Paul Bley et Paul Motian réunis à nouveau. Comme hier : ce dialogue de belle distance, ces espaces qui s’ouvrent et qui installent l’idée que la partage, avec ces deux-là, n’est jamais illusion. Bien sûr, c’est ici Russ Lossing qui officie et non Paul Bley mais le mimétisme est tel entre les deux hommes que ça en devient troublant. Quant au leader, tendrement loquace et faussement détaché, il insuffle vie et grâce à un enregistrement souvent passionnant.

Samuel Blaser : Consort in Motion (Kind of Blue / Amazon)
Enregistrement : 2010. Edition : 2011.  
CD : 01/ Lamento della Ninfa 02/ Reflections on piagn’e sospira 03/ Reflections on toccata 04/ Passacaglia 05/ Ritornello 06/ Si dolce è l’tormento 07/ Balletto secondo – Retirata 08/ Reflections on vespa della Beata Vergine 09/ Ritornello 10/ Il ritorno d’Ulisse in patria
Luc Bouquet © le son du grisli


Cecil Taylor : Garden (Hat Hut, 1981)

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Ce texte est extrait du premier volume de fanzines Free Fight. Retrouvez les quatre premiers tomes de Free Fight dans le livre Free Fight. This Is Our (New) Thing publié par Camion Blanc.

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Des disques à vous faire relever la nuit, Cecil Taylor en a enregistré une poignée. Vous vous levez donc Garden en tête – par exemple –, parce qu’une note de ce concert solo semble vous avoir échappé en rêve. L’index de couverture avait pourtant prévenu : l’enregistrement aurait-il demandé davantage d’attention encore ? A une heure indue, la réécoute : Bâle, la nuit ; Bâle, le 16 novembre 1981 – huit jours plus tôt, l’Unit de Taylor (présences de Jimmy Lyons, William Parker et Rashid Bakr) donnait un concert à Fribourg (The Eighth). Garden : Calling It The 16th?

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Une note, disait-on, une note s’est échappée, et pas seulement en rêve. Bien, mais laquelle ? N’est-ce pas plutôt toutes ? Toutes les notes que Cecil Taylor a, un jour ou l’autre, distribuées seul n’échappent-elles pas à tout entendement ? En Garden, donc : le pianiste gagne son instrument en donnant de la voix : poésie personnelle virgules et points liés à un théâtre d’ombres dont on trouve un autre exemple reproduit sur la couverture du disque : texte ample mais cursif et aéré dont tous sens vous échappent aussi. Ensuite, les premiers accords tombent, ceux d’Elell, pièce à la progression non pas empêchée mais éclatée. De boucles insolentes pour échapper à tout retour à l’identique en développements qui vont d’accords appuyés – peu voire pas de clusters sur Bösendorfer ici – en notes cherchant en illuminées la sortie d’un piano-labyrinthe.

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Ainsi les notes cherchent autant que Cecil Taylor. Elles, cependant, angoissent, s’emportent et finalement s’épuisent. Leurs séductions en appellent au blues, à la musique contemporaine, au minimalisme même ; sans cesse les phrases sont interrompues, un motif à peine naissant est abandonné pour un autre, les mélodies sont à l’emporte-pièce et sont en conséquence plus de sept – peut-être sept fois sept – qui filtrent d’ Elell, Garden II, Garden I + Stepping On Stars, Introduction to Z, Driver Says, Pemmican et Points. Après quoi, Cecil Taylor se paye le luxe d’une conclusion : fantasque, intrépide, impétueuse, en conséquence supérieure.

Composant avec ses sautes d’humeur augmentés d’éléments du chaos ambiant qu’il a capturés, Cecil Taylor distribue des notes qui vous échapperont toujours. Après réécoute, avouer ne pas avoir reconnu la fautive qui a interrompu votre sommeil. Mais l’important est d’être revenu – de cette façon-là ou d’une autre, peu importe – au grand solo de Garden

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Seijiro Murayama, Stéphane Rives : Axiom For The Duration (Potlatch, 2011)

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L’axiome promis par Seijiro Murayama et Stéphane Rives devra naître d’un principe commun et austère. L’échange est endurant qui décide de la rencontre du cercle au contour appuyé (insistance du frotteur) et de lignes qui se tiennent à distance (fugues du sopraniste).

« Butcherisé », Rives décide ainsi de notes longues et finies : ici, une alarme ; là, un sifflement ; ailleurs encore, un léger débordement. Le polissage de Murayama arrange, lui, le mouvement des lignes et ainsi le rythme du tableau : en milieu de parcours, ses effets élèvent même quelques reliefs : légers, qui ne peuvent obstruer l’horizon au bord duquel le soprano passera en transformateurs et sur lequel sauront se fondre la subtilité du percussionniste et la patience du saxophoniste. C’est aussi là que le duo trouvera l’équilibre qui lui convient ; là qu’il décidera donc de conclure.

Seijiro Murayama, Stéphane Rives : Axiom for the Duration (Potlatch / Orkhêstra International)
Enregistrement : 5 et 6 mai 2010. Edition : 2011.
CD : 01/ One Piece
Guillaume Belhomme © Le son du grisli


Seijiro Murayama, Jean-Luc Guionnet : Window Dressing (Potlatch, 2011)

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La publication simultanée, sous l'excellente étiquette Potlatch, de deux enregistrements associant l'ahurissant percussionniste Seijiro Murayama d'une part à Stéphane Rives (saxophone soprano – Axiom For The Duration) et d'autre part à Jean-Luc Guionnet (saxophone alto), offre bien sûr le plaisir de mesurer, si ce n'est de comparer, les esthétiques à l'œuvre et les traits distinctifs des formations en question – le continu & le discontinu, le frotter & le frapper, le temps & la durée.

C'est pourtant au seul duo (« débarrassé » des Chamy ou Mattin auxquels il est parfois associé à la scène) avec l'altiste que je souhaite m'en tenir ici, car j'attendais tout particulièrement ce disque depuis Le bruit du toit (2007, label Xing Wu) ; si celui-ci avait été saisi dans un temple japonais, la moitié du présent témoignage a été captée à la radio slovène en juin 2010, et l'autre partie très finement gravée par Éric La Casa en décembre cette même année.

La formidable tension qui nimbe les échanges – ou peut-être faudrait-il parler d'interventions, d'interjections – de Guionnet (dans la gorge, dans les dents) et Murayama (par matières primordiales), mieux qu'une crispation, établit les polarités électriques nécessaires à l'érection des pierres (alignées ou en tumulus), à la projection des graviers : cartons perforés, ciel retroué. La raréfaction des gestes sonores ne confère pas à ces derniers la moindre dramatisation solennelle ; simples faits, dans leur hiératisme, leur manière de modestie et leur sobre poésie verticale.

Seijiro Murayama, Jean-Luc Guionnet : Window Dressing (Potlatch / Orkhêstra International)
Enregistrement : 30 juin 2010. Edition : 2011.
CD : 01/ Procédé 02/ Processus 03/ Procession 04/ Procès
Guillaume Tarche © Le son du grisli



Positive Knowledge : Edgefest Edition (Not Two, 2010)

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Après que la secousse portée conjointement par Ijeoma Thomas (élucubrations vocales fielleuses) et Oluyemi Thomas (clarinette basse hurlante et rageuse), ait gagné l’ensemble du quartet, une ligne de contrebasse vient réguler le désordre. Intense Michael Bisio qui guide mais n’empêche pas toujours ses camarades de s’éparpiller.

En duo, contrebasse et clarinette basse (Tabernacle Revisit) trouvent quelques points d’ancrage : si le clarinettiste demeure hors sujet pendant que le contrebassiste éveille l’Atlanta de John Coltrane, le cri aylerien surgit et réconcilie les deux hommes, la Lonely Woman d’Ornette venant parachever ce poignant moment de musique. Plus casseur d’ambiance et perturbateur avéré, le piano de Kenn Thomas déboussole l’équilibre, plus haut gagné, mais ne fait qu’effleurer la cassure dont il pourrait être porteur. Un disque en demi-teinte me semble-t-il.

Positive Knowledge : Edgefest Edition (Not Two / Instant Jazz)
Enregistrement : 2009. Edition : 2010.
CD : 01/ Events AT the Edge (I) 02/ Events AT the Edge (II) 03/ Secrets of Preexistence 04/ Of the We (I) 05/ Tabernacle Revisit 06/ Moving of Energy 07/ Urban Lions 08/ Breathing Happens On It’s Own 09/ Proofs (for Alan Silva) 10/ Justice Inside Injustice 11/ Soul Systems
Luc Bouquet © Le son du grisli


Undivided : Moves Between Clouds (Multikulti, 2011)

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De ce quintet qui fait corps, évoquons tout d’abord les membres. Aux côtés du jeune leader,  le clarinettiste polonais Waclaw Zimpel, on trouvera son compatriote Mark Tokar à la contrebasse et l’allemand Klaus Kugel à la batterie. Avec eux, deux  vétérans américains du plus fier des free jazz : le pianiste Bobby Few (ancien compagnon de Steve Lacy et Albert Ayler) et le souffleur Perry Robinson (que l’on entendit aux côtés d'Archie Shepp, Henry Grimes ou encore Rashied Ali).

Dès les premières mesures et leurs lentes précipitations de notes, on sait que l’on nous offre ici un disque (leur second) d’importance. Les cinq hommes délivrent une musique resserrée et intense telle une flamme vivace qui percerait la nuit. Petite armée obstinée, elle avance sûrement et la première excursion solitaire, celle du piano de Bobby Few, propose les premiers moments d’exception. Ses amples vagues emporteront tout sur leur passage. Telles celles d’un Cecil Taylor, les notes de Bobby Few percutent l’auditeur pour ensuite l’assaillir avec douceur, tendresse presque, vertige toujours.

Alors, le disque, recueil de trois longs morceaux livrés par le 5tet lors d’un concert à Varsovie, fera montre d’une intensité jamais relâchée. Le cœur du disque, sa plus belle pulsation, est assurément le second titre, Moves Between Clouds. Après ce moment d’une grâce étonnante (fausse légèreté, vraie solennité), on ne pourra que regretter les égarements d’un troisième morceau qui aura tendance à se perdre parfois dans des divagations verbeuses. Mais faisons fi de ce bémol prononcé de fine bouche, et revenons au cœur. Les entrelacs hésitants des souffles de Perry Robinson et Waclaw Zimpel ne se feront pas de sitôt oublier, et les paysages traversés dans leur sillage ne demanderont qu’une chose : être arpentés encore, par leurs marges, en de sinueux détours que seuls ces cinq-là semblent pouvoir emprunter.

Undivided : Moves Between Clouds, Live in Warsaw (Multikulti Project)
Enregistrement : 2009. Edition : 2011.
CD : 01/ Hoping Between Clouds 02/ Moves Between Clouds 03/ What A Big Quiet Noise
Pierre Lemarchand © Le son du grisli


Ulf Linde, Carl Fredrik Reuterswärd, Sean Baxter, Fennesz, Teho Teardo, JG Thirwell, Farben, Jan Jelinek, Ursula Bogner

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Ulf Linde, Carl Fredrik Reuterswärd : A Nice Old Lady, 1959 (Olof Bright, 2011)
C’est une improvisation de deux minutes et quarante-sept secondes datant de 1959. Deux musiciens et artistes surréalistes suédois (Ulf Linde au piano et Carl Fredrik Reuterswärd à la batterie) y fomentent un jazz libertaire qui évoque autant le Nommo de Milford Graves et Don Pullen que les premiers enregistrements de Moondog. Le son est médiocre mais le document est d’importance. (gb)

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Sean Baxter : Metal / Flesh (Bocian, 2011)
Metal sur la première face et Flesh sur la seconde, Sean Baxter redit sur 45 tours toute l’inventivité de son art percussif. Ainsi, roule-t-il sur toms dans le même temps qu’il va trouver ailleurs que dans la régularité de quoi inventer en soliste perturbé. Ensuite, il rend hommage aux graves sur une autre progression contrariée sans cesse : la grosse caisse faisant office de catalyseur de déroutes. (gb)

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Fennesz : Seven Stars (Touch, 2011)
Seven Stars est un vinyle dix pouces où Fennesz peint quatre plages d’une ambient translucide. Pop pour beaucoup, elle joue d’effets divers et de remplissages, évoquant ici le Bilitis de Francis Lai, fantasmant ailleurs un vieil instrumental de Coldplay passé au ralenti. Pas grand-chose donc, s’il n’y avait Shift, ce troisième morceau dont les couches monochromes charment avec plus d’allant. (pc)

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Teho Teardo, JG Thirlwell : Santarcangelo (Specula, 2011)
Sur Santarcangelo, on retrouve Teho Teardo à la guitare baryton, Martina Bertoni  au violoncelle et Chiara Guidi à la voix le temps d’une face minimaliste, étrange et superbe qui plus est. Sur l’autre face, on découvre JG Thirlwell, installateur sonore qui n'a pas peur de réveiller des fantômes en secouant toutes les cloches de toutes les églises d’Italie. C’est peu dire, et encore plus beau à entendre, dans la veine de ce que Teardo avait fait seul sur Voyage au bout de la nuit. (pc)

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Farben : Xango (Faitiche, 2011)
Le second opus-ep du Farben de Jan Jelinek tient en quatre morceaux. Un premier inspiré d’un thème de cette Ursula Bogner qui n’a de cesse de le hanter : des planètes s’entrechoquent et sonnent comme du Stereolab mou. Les trois autres titres cousent sur le canevas d’une techno minimaliste à loops aquatiques : « mignon ». pc


Merzbow : Yaho-Niwa (Nuun, 2011)

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En ces temps critiques, la musique de Merzbow est une valeur-refuge. C’est que Merzbow se moque des apparences : ni déflation ni inflation, toujours il donne dans la déflagration, quoi qu’il lui en coûte et qu’il en coûte aux autres… 

« Je suis le bruit et la fureur », proclame-t-il encore sur Yaho-Niwa, « le tumulte et le fracas » – le fracas ou le chaos, je ne sais plus ; je ne sais même pas si Merzbow aurait osé dire un truc pareil... Il faut avouer que les temps sont troubles et que les bruits, eux, les sifflets, les hurlements et les alarmes, en profitent. Je choisis donc le chaos pour décrire Yaho-Niwa : un chaos turbulent, fiévreux, empêtré dans ses interjections mais aussi léger, sarcastique et malin.

A ce point que ce chaos ne cherche pas que noise. Il peut prendre des airs de chanson explosive (il n’y a qu’à entendre le morceau qui donne son titre à l’album) ou rire de ses confusions : parce que la confusion, aujourd’hui, il n’y a que ça de vrai !

Merzbow : Yaho-Niwa (Nuun Records)
Edition : 2011.
CD : 01/ Glowing 02/ Yaho-Niwa 03/ Venis 04/ Metal 22
Pierre Cécile © Le son du grisli


Mombi : The Wounded Beat (Own, 2011)

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Il est inarrêtable, M. Kael Smith. Non que nous ayons entendu parler de lui récemment – la dernière fois, c’était sur l’album de son groupe Khale en 2009, déjà sur Own Records. Simplement, le songwriter américain ne cesse de remettre l’amour de l’ouvrage bien fait sur le métier pratiqué avec passion. Multiplicateur de projets défunts ou actuels (Mombi, aux côtés de Matt Herron), c’est dorénavant dans le secteur de la folk ambient qu’on le retrouve – et l’échappée inspirera certainement les défenseurs invétérés de David Sylvian et Talk Talk.

Prenons dans la liste des titres (dont aucun n’est à jeter, c’est rare) le troisième numéro, Glowing Beatdown. Il aurait occupé une belle place sur Internal Travels, le premier album de Nick Talbot aka Gravenhurst, s’il avait été réalisé aux côtés de Fennesz. Ailleurs, des nettes traces de Wolfgang Voigt ou de Mark Hollis confirment le propos, étrange tout en demeurant familier, à la fois inquisiteur et rassurant. Insufflant un beat Kompakt-style par ci, une échappatoire jazz par là, le duo US confirme l’excellence des choix entrepris par la maison luxembourgeoise Own Records.

Mombi : The Wounded Beat (Own Records)
Edition : 2011
CD : 1/ Marching Band 2/ Underwater 3/ Issue Project Redux 4/ Strange Flora 5/ Skullfloor 6/ Interminable Spectral Mountains 7/ Pacific Coast Highway 8/ In Conclusion
Fabrice Vanoverberg © Le son du grisli



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