Le son du grisli

Bruits qui changent de l'ordinaire

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Christina Kubisch à NantesA paraître : le son du grisli #5En librairie : Bucket of Blood de Steve Potts

Cindytalk : Hold Everything Dear (Editions Mego, 2011)

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Les débuts d’Hold Everything Dear de Cindytalk, le projet de Gordon Sharp et Matt Kinnison, fait penser à Cendre de Ryuichi Sakamoto et Fennesz (Touch Records). Un piano qui expire sous des larsens. Mais voici qu’un tracteur passe de l’enceinte gauche à l’enceinte droite…

Cet enregistrement environnemental ouvre une boîte de Pandore qui contient des hallucinations, des soupirs, des interrogations & des menaces. Tout cela prend la forme de collages électroniques et d’atmosphère de fin du monde. Où le piano peut réapparaître, désaccordé, avant de disparaître à nouveau sous un drone. Et, comme le serpent qui se mord la queue, Cindytalk ravale des couleuvres qui ont des voix d’enfants… Until We Disappear.

Cindytalk : Hold Everything Dear (Editions Mego / Metamkine)
Enregistrement : 2006-2011. Edition : 2011.
CD / LP : 01/ How Soon Now 02/ On The Tip Of My Tongue 03/ In Dust To Delight 04/ Fly Away Over Here 05/ Hanging In The Air 06/ Waking The Snow 07/ From Rokko-San 08/ Fallen Obi 09/ Those That Tremble As If They Were Mad 10/ Floating Clouds 11/ I See You Uncoverd 12/ … Until We Disappear
Pierre Cécile © Le son du grisli



Selwyn Lissack : Friendship Next of Kin (Goody, 1969)

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Ce texte est extrait du premier volume de Free Fight, This Is Our (New) Thing. Retrouvez les quatre premiers tomes de Free Fight dans le livre Free Fight. This Is Our (New) Thing publié par Camion Blanc.

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En Afrique du Sud, en plein Apartheid, la loi interdit les spectacles multiraciaux. Afin de jouer en compagnie des Blue Notes dont il est le leader, le pianiste Chris McGregor doit s’enduire le visage d’huile de santal pour dissimuler la blancheur de sa peau. Après moult tracasseries policières, ce sextette est invité dans le sud de la France, à Juan, en 1964, où l’écrivain James Baldwin s’en entiche. Dans l’impossibilité de rentrer chez eux, les Blue Notes s’exilent un temps en Suisse avant de gagner Londres où ils irrigueront des années durant les milieux du free, de l’impro et même la scène dite de « Canterbury » (Soft Machine, etc.).

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Plus jeune que Dollar Brand et McGregor, le batteur et sculpteur Selwyn Lissack, originaire de Cape Town, en fait de même avec l'idée de rejoindre les Etats-Unis : débarqué en 1966 en Angleterre, il y restera quatre ans. C’est là qu’il rencontrera le Français Claude Delcloo, fondateur de la première mouture du magazine Actuel, encore en grande partie consacré au free jazz avant qu’il ne soit racheté par Jean-François Bizot. Claude Delcloo fut aussi le batteur de beaucoup des séances de la fameuse série Actuel du label BYG ; il était alors le leader du Full Moon Ensemble : un album en leur seul nom, deux en tant que backing band d’Archie Shepp au Festival du Jazz d’Antibes / Juan-les-Pins.

En 1969, Claude Delcloo s’occupe d'un sous-label BYG, Goody, en compagnie de Jean-Luc Young. Si BYG a réédité quelques Savoy, Bill Dixon par exemple, Goody éditera en France quelques Delmark, de Roscoe Mitchell, Joseph Jarman et Sun Ra. En matière de création originale : une curiosité, les Mad Rockers de Joachim et Rolf Kühn, avec Volker Kriegel et Stu Martin. Et surtout l’une des grandes réussites du free anglais : Friendship Next Of Kin de Selwyn Lissack.

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Un disque qui marquera malheureusement le début et la fin de la carrière de Lissack, suite à des embrouilles avec Delcloo à en croire l’intéressé. Deux morceaux, un par face, tous deux produits par l’ex-chanteur du groupe de blues-rock Aynsley Dunbar Retaliation, Victor Brox, avec la crème d’alors. Mongezi Feza à la trompette, bien avant qu’il n’enregistre avec Robert Wyatt. Mike Osborne et Kenneth Terroade aux saxophones – ce dernier venait juste d’enregistrer le tonitruant Love Rejoice pour BYG. Harry Miller à la contrebasse, doublé par Earl Freeman, du groupe de Sunny Murray. Et, curieusement, un mystérieux narrateur, et un pianiste, tous deux non crédités sur la pochette. A priori le narrateur peut être l’un des musiciens de cette séance, et pour le pianiste ce serait également le cas : selon certaines sources autorisées, il s'agirait d'Earl Freeman, mais le doute plane encore.

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La carrière de Lissack sera météorite, dommage. Il aura toutefois le temps de graver un autre LP, The Sun Is Coming Up pour le compte de Fontana, sous le leadership de Ric Colbeck, autre légende du free, en quartette avec le même Mike Osborne, et le bassiste français Jean-François Jenny-Clark.


Géographie utopique (Le châtaignier bleu, 2011)

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L'excellent travail que Benjamin Bondonneau (clarinettes, peinture) présentait l'an passé avec L'arbre ouvert trouve dans Géographie utopique non seulement une prolongation – dans la démarche pluri-artistique – mais aussi une nouvelle extension particulièrement enthousiasmante.

Désireux de mutualiser les approches esthétiques d'un lieu particulier (le domaine de Certes en l'occurrence, dans l'estuaire de la Gironde, entre marais et forêt), de rendre compte de ses « interprétations sensibles », picturales, musicales ou cinématographiques qui auront autant puisé dans l'histoire que dans la faune ou la littérature, les participants au projet offrent, sous la forme de ce riche coffret, un véritable support de rêverie (y a-t-il d'ailleurs, vers l'utopie, meilleur véhicule que le songe ?). Les reproductions des peintures de Bondonneau d'abord, joyeux atlas mentaux ; le beau court-métrage de Sébastien Betbeder ensuite ; la musique enfin, pensée par Jean-Yves Bosseur, et à laquelle se mêlent d'évocateurs enregistrements de terrain.

Les scénarios ou propositions que ce compositeur a élaborés sont confiés au Quatuor Cassini [Bondonneau (clarinettes), Fabrice Charles (trombone), Laurent Charles (saxophones), Sébastien Cirotteau (trompette)] que Beñat Achiary (chant, lecture), habité, rejoint comme sur le disque qu'ils ont donné ensemble au label Amor Fati. Extraits de Charles Fourier, d’Élisée Reclus ou de contes peaux-rouges, jeux d'anches & d'embouchures, cache-cache de timbres : autant de vifs échanges qui font de cette réinvention de territoire une création très originale et une vraie surprise !

Jean-Yves Bosseur, Beñat Achiary, Quatuor Cassini, Benjamin Bondonneau, Sébastien Betbeder : Géographie utopique (Le Châtaignier bleu / Metamkine)
Edition : 2011.
CD : 01/ Voir la Terre 02/ Une planète androgyne 03/ Le héron 04/ Abécédaire 05/ En forêt 06/ Les mécanismes de la Nature 07/ L'unique trait de pinceau – DVD : Sarah Adams
Guillaume Tarche © Le son du grisli

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Dans l'après-midi du samedi 24 septembre, cette Géographie utopique sera appliquée au domaine de Certes.


Gianni Mimmo, Harri Sjöström : Live at Bauchhund (Amirani, 2011)

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Deux sopranos : Chirps pour balise plutôt que matrice. Réécouter Lacy et Parker et se dire que le grandiose a déjà été atteint. Et qu’il ne sert à rien de s’y frotter. S’y frotter : ce que ne font jamais Gianni Mimmo et Harri Sjöström.

Deux sopranos donc. Ludiques et alliés. Ludiques et sans accrocs. A l’écoute et sans singer, sans copier. Parfois s’opposer avec la douceur de ceux qui exècrent combats et duels. Souffler plutôt qu’occire. Et, en passant, détruire quelques idées reçues sur les conciliabules de piafs. Au charivari contenu de l’un, l’autre répond d’une harmonique rauque. Ou bien est-ce le contraire. S’amuser des souffles. Additionner et ne jamais soustraire ou diviser. Etre simplement naturels puis souder le temps qui passe. Non pas un exploit mais une possible définition de l’improvisation.

Gianni Mimmo, Harri Sjöström : Live at Bauchhund (Amirani Records)
Enregistrement : 2010. Edition : 2011.
CD : 01/ Introduction 02/ Tap-Soup 03/ Uncovered-Pointed 04/ Curtain & Beyond 05/ Threshold Song 06/ Twin Constellation 07/ Lied 08/ Elliptical 09/ Facing the Distance 10/ Spirals
Luc Bouquet © Le son du grisli


Asmus Tietchens : Soirée (LINE, 2011)

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Disons que je suis en ce moment même, en prenant des notes, en train d’écouter le nouveau disque d’Asmus Tietchens. Richard Chartier l’a publié sur LINE. Avouerais-je que c’est la première fois que je l’écoute ? Ferais-je croire que c’est la énième ? Au fait, est-il déjà sorti ?

Sur la première plage de Soirée (on se souvient du classique de Tietchens, Notturno) nous voilà transporté. Plus avant, on reçoit des claques concrètes : notre transport est sans cesse dérangé par des bruits bizarres, agaçants. Est-ce le résultat de la méthode de recyclage que Tietchens applique ici ? Ces bruits qui claquent marquent peut-être chaque nouvelle mue de la partition musicale. Cette méthode, Tietchens y a recours parce que, dit-il, il se demande s’il est nécessaire de créer aujourd'hui de nouvelles compositions électroniques alors qu’une archive peut tout aussi bien accoucher d’un univers.

Malgré tout, les morceaux qui suivent se rapprochent de l’ambient « habituelle » de Tietchens : une ambient expérimentale (même si ses expérimentations se font devant un arrière-plan solide). Au premier plan, l’Allemand manie beaucoup de bruits étouffés et modifie le timbre de voix enregistrées. Il établit des contrastes qui n’obéissent à aucune règle de temps. Parce qu'une fois encore, et malgré la méthode qu'il emploie, Tietchens va voir au-delà du futur et au-delà du souvenir. Le méridien sur lequel son horloge est réglée n’existe pas. Cette Soirée est merveilleuse parce qu'elle n'appartient qu'à lui.  

EN ECOUTE >>> Soirée (extrait) >>> Soirée (autre extrait)

Asmus Tietchens : Soirée (LINE)
Edition : 2011.
CD : Soirée
Pierre Cécile © Le son du grisli



Tierce : Caisson (Another Timbre, 2011)

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Sur la table de dissection de Lautréamont, ce n’est pas un parapluie mais quelques organes et instruments (field recordings, cithare et micros contact de Jez Riley French) et des appareils électroniques (dont les platines de Daniel Jones) que rencontre une machine à coudre. 

Cousant en Tierce ce Caisson plein à craquer, la Dolpleta (180 et non plus 160) d’Ivan Palacky pique les craquements et larsens qui l’entourent. Par souci de camouflage, elle se change même en bateau à roue : cette dernière fait d’ailleurs des étincelles dont les bruits sont augmentés par les crépitements des micros. L’addition composant la symphonie d’un divertissement d’abstraction rare : le concert date de novembre 2010.

EN ECOUTE >>> Caisson (extrait) >>> Caisson (autre extrait)

Tierce : Caisson (Another Timbre / Metamkine)
Enregistrement : novembre 2010. Edition : 2011.
CD : 01/ Caisson
Guillaume Belhomme © Le son du grisli


Robert Kusiolek, Anton Sjarov, Ksawery Wojcinski, Klaus Kugel : Nuntium (Multikulti Project, 2010)

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Des folklores imaginés par Robert Kusiolek (accordéon, electronics), Anton Sjarov (violon, voix), Ksawery Wojcinsky (contrebasse) et Klaus Kugel (batterie, percussions), s’immiscent quelques vibrations familières. Par exemple : ce violon, si proche de la dissonance ne nous dit-il pas quelques petites choses des quatuors à cordes de Béla Bartók ? Ailleurs, c’est un accordéon joué du bout des doigts qui évoque la grande Pauline Oliveros.

Et cette recherche sonore, ces larges séquences faussement méditatives puisque s’y croisent quelques modernes contrepoints, ne doivent-elles pas être rapprochées des compositions de Guillermo de Gregorio (que devient-il au fait ?) ? Puis loin, une contrebasse réinvente le jazz. Si bien et si intensément que, d’abord hésitants et pudiques, violon et accordéon  y souscrivent sans retenue. Et très souvent, des lignes répétitives venues en droite ligne de Reich et Glass viennent se nicher au sein d’une musique ample, profonde et à l’indiscutable intensité. Une belle découverte.

Robert Kusiolek, Anton Sjarov, Ksawery Wojcinski, Klaus Kugel : Nuntium (Multikulti Project / Instant Jazz)
Enregistrement : 2010. Edition : 2010.
CD : 01/ Chapter 1 02/ Chapter 2 03/ Chapter 3 04/ Chapter 4 05/ Chapter 5 06/ Chapter 6 07/ Chapter 7
Luc Bouquet © Le son du grisli


Kanon : Beauty Is The Thing (Doubt, 2011)

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Faut-il regretter la première moitié de l’improvisation qui ouvre Beauty Is The Thing – béates, les notes y tournent en spirales qui se meuvent en trois labyrinthes qui, eux, s’ignorent malgré ces quelques couloirs qu’ils ont en commun – pour trouver à la seconde des charmes rassurants ? Les emportements de Kanon (l’association de la pianiste Aki Takase, du trompettiste Axel Dörner et du guitariste Kazuhisa Uchihashi) auront donc fini par avoir raison des premières lignes distantes : les chemins de traverse découverts par le trio, pourtant instables et fragiles, sont autrement parlant.

Trois improvisations restent alors. Si la fantaisie inspirante de Dörner éprouve des difficultés à gagner la pianiste – on sait Takase capable de bagatelles et d’excès romantiques en diable –, elle s’entend sur l’instant avec celle d’Uchihashi : le trompettiste et le guitariste s’accorderont par exemple à force de lutter sur An Aquatic Plant dont Takase est le boutefeu. Ces discordes faites pour s’entendre font le sel de Beauty Is The Thing : il fallait bien ce que l’improvisation de Kanon trouve sa raison d’être dans l’insurrection bravache.

Kanon : Beauty Is The Thing (Doubt Music)
Enregistrement : 11 décembre 2007. Edition : 2011.
CD : 01/ A Break Into The Clouds 02/ Hear It Very Close 03/ An Aquatic Plant 04/ That Sense of Curving
Guillaume Belhomme © Le son du grisli


Três anos em Nodar / Three Years in Nodar (Edições Nodar, 2011)

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Nodar est un petit village portugais dont est originaire la famille de Rui et Luís Costa : entre 2007 et 2009, les deux frères y ont invité plus de quarante artistes pour des résidences dont ce beau livre (bien mieux qu'un simple catalogue) rend compte au fil de ses 315 pages – contributions des participants, photos en couleur, textes proposés en portugais comme en anglais, notes de travail, croquis... et deux disques.

Au cœur des préoccupations, l'appréhension de ce territoire rural selon les méthodes les plus diverses : interventions dans le paysage à la manière du land-art, anthropologie si ce n'est archéologie mythologique (Cédric Anglaret ranime ainsi et fait vivre une légende locale... Dennis Báthory-Kitsz & Stevie Balch exhument d'anciennes chansons du cru), arpentage magique, documentation ethnologique & fiction autour du pastoralisme – autant de directions que les trois chapitres de l'ouvrage organisent en « Landscape », « Sound » et « Communities ».

Les travaux touchant au sonore offrent une intéressante variété d'approches : là où Jason Kahn enregistre le vent qui « compose » dans des eucalyptus, John Grzinich juxtapose des milieux que l'eau et l'homme façonnent ; quand Ben Owen intervient par touches dans le paysage audible tout en cherchant à effacer ses traces, Arnold Haber orchestre une « Music for five instruments and a gun » dans toute la vallée... tandis que Duncan Whitley se mêle aux footballeurs amateurs du secteur. S'il me semble que les démarches les plus discrètes (voire les plus anonymes) soient ici les plus réussies, il n'en reste pas moins que l'association kaléidoscopique de toutes ces évocations fait un excellent panorama.

Três anos em Nodar / Three Years in Nodar. Context-specific Art Practices in Rural Portugal (Edições Nodar / Binaural Media)
Edition : 2011.
CD1 : 01/ Jason Kahn 02/ Satoshi Morita 03/ Aaron Ximm 04/ John Grzinich 05/ Maksims Shentelevs 06/ Ben Owen 07/ Wolfgang Dorninger 08/ Rui Costa 09/ Xesús Valle 10/ Samuel Ripault (Pali Meursault) – CD2 : 01/ Martin Clarke 02/ Arnold Haber (Noid) 03/ Manuel Barile 04/ Duncan Whitley 05/ Keiko Uenishi (o.blaat) 06/ Dennis Báthory-Kitsz 07/ Marta Bernardes & Ignacio Martínez 08/ Viv Corringham 09/ Melanie Velarde 10/ Maile Colbert
Guillaume Tarche © le son du grisli


Celano / Baggian Group : Alienology (Trytone, 2011)

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Avec pour matrice l’Alaonaxis, le Celano / Baggiani Group rééduque à gros traits les lignes mélodiques et rythmiques du combo de Jim Black. Musiciens argentins installés à Amsterdam, Guillermo Celano et Marcos Baggiani ignorent-ils que le copier-coller, aussi réussi soit-il, n’enfante le plus souvent que l’impasse ?

Pour avoir défendu et encensé à ses débuts le groupe du batteur américain, je m’attriste chaque jour de constater la quantité de groupe se réclamant – et souvent singeant – leur modèle. Impossible, même après plusieurs écoutes, de ne pas faire référence à l’original (à rattacher pour les plus anciens du syndrome Coltrane-Liebman) et même si le plaisir fut grand de découvrir l’époustouflant saxophone de Gorka Benitez (Michael Moore signe lui aussi quelques chorus emportés), l’adhésion au combo n’est pas totale. Partielle, donc.

Celano Baggiani Group : Alienology (Trytone)
Enregistrement : 2010. Edition : 2011.
CD : 01/ Potato Boy 02/ El cortito 03/ Bank Robbery 04/ Binocular Eyeglasses, New Prescription 05/ Alien Song 06/ Shibboleths 07/ Duck 08/ The Island 09/ Abuela
Luc Bouquet © Le son du grisli



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