Le son du grisli

Bruits qui changent de l'ordinaire

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A paraître : Sorcière, ma mère de Hanns Heinz Ewers & Nurse With WoundInterview de Quentin RolletEn librairie : Pop fin de siècle de Guillaume Belhomme
Archives des interviews du son du grisli

Diego Chamy : The Intelligent Dancer (Absinth, 2011)

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Pour avoir, peut-être, abandonné les percussions, Diego Chamy s’est mis à bouger autrement. En tenue légère souvent (survêtement ou caleçon et tee-shirt ou encore tee-shirt seulement), affublé d’une peau de coussin gonflable ou d’un ordinateur qui pourra diffuser un vieil air de variété, Chamy s’est mû. Il s’est mû, enfin, seul sinon en compagnie de Tamara Ben-Artzi ou Vered Nethe ou aux côtés d’anciens partenaires d’improvisation (parmi ceux-là, The Intelligent Dancer donne à voir et à entendre Axel Dörner, Robin Hayward, Christof Kurzmann et Nikolaus Gerszewski).

Face au public, les réactions de Chamy sont nombreuses et forcément inattendues : l’affrontement silencieux, la pose insistante, la danse contrefaite ou amorphe, le discours toujours empêché, la disparition jamais définitive… Parfois il y a contact avec l'autre, d’autres fois Chamy se retrouve seul : aux côtés de Dörner, il balbutie à n’en plus pouvoir devant l’indifférence d’une mécanique à pistons lorsque son corps ne s’interpose pas tout bonnement lorsqu’il s’agit de rivaliser de présence ; ailleurs, on le trouve empêtré dans un discours (bribes d’espagnol qui tournent en rond), dans l’impossibilité de se faire comprendre puisque, toujours, ses invectives peinent à dire.

Ne reste donc à Chamy que le geste, le retour au geste : le « danseur intelligent » qu’il est n’est pas plus provocateur (malgré les apparences) qu’en recherche constante et sérieuse de contacts divers – lorsqu’ils s’occupent de la musique, ses partenaires sont imperturbables. Alors il se déshabille pour faire fondre la glace, mais en réalité brûle les étapes et fait naître une gène qui, pour disparaître, devra attendre que débute une « véritable » danse. Enfin, Chamy s’y colle : sa danse est une poésie qui cherche ses gestes.

Diego Chamy : The Intelligent Dancer (Absinth / Metamkine)
Enregistrement : 2007-2008. Edition : 2011.
DVD : 01/ Tamara Ben-Artzi (dance) & Diego Chamy (dance) : NPAI Festival, Le Retail, France, 2007 02/ Diego Chamy solo (dance) : Play, Tel Aviv, 2007 03/ Axel Dörner (trumpet) & Diego Chamy (dance) : Labor Sonor, KuLe, Berlin, 2008 04/ Axel Dörner (trumpet) & Diego Chamy (dance) : Die Remise, Berlin, 2008 05/ Nikolaus Gerszewski (piano), Diego Chamy (dance) & Vered Nethe (stage) : Stralau 68, Berlin, 2007 06/ Nikolaus Gerszewski (acoustic guitar) & Diego Chamy (dance) : Miscelänea, Barcelona, 2008 07/ Robin Hayward (tuba) & Diego Chamy (dance) : Dock11, Berlin, 2008 08/ Christof Kurzmann (laptop, clarinet) & Diego Chamy (dance) : Una.Casa, Buenos Aires, 2008 +/ Bonus Features : Diego Chamy & Vered Nethe’s complete video works 2007: To Ludger Orlok, The Cake, Vered What Are You Doing & Dory
Guillaume Belhomme © Le son du grisli



Rant : Land (Schraum, 2011)

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L’introduction à Land est un brouillon qu’il aurait fallu ne pas conserver. Torsten Papenheim (à la guitare) et Merle Bennet (à la batterie) ne s’en sont pas rendu compte. Ce qui fait qu’après l’introduction on cherche encore à savoir ce qu’eux cherchent à faire. Que cherchent cette guitare électrique, ces cordes pincées, cet air qui revient et cette batterie de faible débit et de faible intensité ?

Peut-être à servir une musique pop assez simple. Que son sujet soit la mélodie facile, il n’y a pas de mal à cela. Mais pourquoi mettre ces effets sur la batterie (un delay poussif et une saturation mesquine) ? Et pourquoi  aussi ce manque d’inspiration dans le développement des mélodies justement ? Rant a beau boucher les trous avec des field recordings, rien ne marche : son Land est un territoire de peu d’âme. Son Land est même presque un territoire perdu.

Rant : Land (Schraum)
Edition : 2011.
CD : Land
Héctor Cabrero © Le son du grisli


Antoine Chessex : Dust (Cave12, 2011)

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Artiste sonore et compositeur suisse dont les récents travaux mêlaient les sons du saxophone à l’électronique, c’était moyennement passionnant, Antoine Chessex se tourne aujourd’hui vers les instruments à cordes (les trois violons d’Elfa Run Kristindottir, Ekkehard Windrich et Steffen Tast) et la bonne vieille bande magnétique (Valerio Tricoli), pour un résultat pas totalement novateur mais d’une très enviable et bienvenue humilité.

Grinçante et brumeuse, la manière noise de l’artiste helvète donne bien des raisons de s’y intéresser de près, à commencer par ses crissements fantomatiques surgis de la purée de pois hivernale – ils parcourent la pièce de long en large le long de ses vingt-neuf minutes. Tout en ne sachant jamais trop si les spectres désincarnés d’une lutte ouvrière oubliée surgissent d’une gare de rangement perdue du côté de Sobibor ou si les échos lointains d’un essaim en habits Arcelor Mittal ont lancé une ultime alerte au Zyklon B, Chessex et ses quatre comparses créent un décor où l’abstraction sonore cède le pas, petit à petit, à une très étonnante – et excitante – tension aux frontières du dantesque. Brrrrrrrrrrrr.

EN ECOUTE >>> Dust (extrait)

Antoine Chessex : Dust, for 3 Violins,Backtape & Electronics (Cave12)
Edition : 2011
CD : 1/ Dust
Fabrice Vanoverberg © Le son du grisli


Jason Robinson : The Two Faces of Janus (Cuneiform, 2010)

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Encore sous le charme de Cerulean Landscape (Clean Feed), on pose délicatement The Two Face of Janus dans son lecteur en espérant que se reproduise le miracle. Dès les premières notes, nous sommes fixés : l’ennui sera géant. Ce jazz dont la source pourrait être le M’Base de Steve Coleman cherche-t-il autre chose que convaincre auditeurs et organisateurs ?

Que dire de cette musique et de ces musiciens – certes talentueux, là n’est pas la question (Liberty Ellman, Drew Gress, George Schuller, Marty Ehrlich, Rudresh Mahanthappa) – si ce n’est pointer l’impression tenace d’un sinistre copier-coller. La fusion était une impasse, ce jazz-là n’est pas loin de l’être. Ce jazz, je n’ai aucune envie de le décrire : il pullule dans les magazines spécialisés, les clubs, les festivals. Il contamine la jazzosphère.

Quel dommage ici que le souffle inspiré et inspirant de Jason Robinson (The Elders, The Twelfth Labor) ne soit pas mieux mis en valeur. Ici, ce regret est grand.

Jason Robinson : The Two Faces of Janus (Cuneiform / Orkhêstra International)
Enregistrement : 2008. Edition : 2010.
CD : 01/ Return to Pacasmayo 02/ The Two Faces of Janus 03/ The Elders 04/ Huaca de la Luna 05/ Tides of Consciousness Fading 06/ Cerberus Reigning 07/ Persephone’s Scream 08/ Paper Tiger 09/ Huaca del Sol  10/ The Twelfth Labor
Luc Bouquet © Le son du grisli


Abdul Moimême, Rocardo Guerreiro : Knettanu (Creative Sources) / Diatribes, Abdul Moimême : Complaintes de marée basse (Insub.)

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Abdul Moimême (guitares électriques jouées simultanément et parfois préparées) et Ricardo Guerreiro (interactive computing platform) se connaissent assez bien pour que le premier ait accepté de faire de ses sons improvisés le matériau de départ des jeux de transformation du second.

C’est ce que raconte Knettanu sur l’air d’une musique qui hésite sans cesse entre délicatesses et expressions exacerbées. Ici, le chant est raisonnable : la guitare est gentiment frappée, mais l’ordinateur la retourne et change ses murmures en munitions qu’elle projette par salves. L’exercice connaît quelques longueurs, mais la dernière pièce, bruyante, vacille avec furie au point qu’on ne peut regretter s’être déplacé jusque-là.  

Abdul Moimême, Rocardo Guerreiro : Knettanu (Creative Sources / Metamkine)
Enregistrement : 19 juin 2010. Edition : 2011.
CD : 01/ #26 02/ #34 03/ #30 04/ #29.1 05/ #29.2 06/ #29.3 07/ #36
Guillaume Belhomme © Le son du grisli

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Plus tôt, à Lisbonne, le même Abdul Moimême et Diatribes ont enregistré Complaintes de marée basse. La guitare préparée côtoie là les laptop et objets de D’incise et les percussions et frêles percussions de Cyril Bondi. La musique est rampante, jouant de bourdons épais, puis, à mi-parcours, la batterie se permet un rythme auquel se mesureront les intervenants avec plus d’intensité. Le mirage d’une pâle rencontre Keith Rowe / Ingar Zach s’efface alors, au profit d’un ouvrage plus original qui vaut bien qu’on l’écoute. D'autant qu'Insubordinations le met librement à disposition.



No Hermanos Carrasco : Mimesis Intempéries (L’innomable, 2011)

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Des enfants qui tournent dans un manège.
La menace d’une perceuse au loin.
C’est en ce qu’on s’imagine au début de Mímesis/Intemperie d’Edén & Nicolás Carrasco.
S’ils jouent d’autres instruments ou d’objets, Edén est surtout au saxophone et Nicolás au violon.
S’ils sont Chiliens, leurs field recordings n’y font pas référence.
S’ils sont frères…

Le disque est là pour attester une intimité. Edén & Nicolás tracent leur chemin dans une fête foraine et grattent des micros sur les bords d’une piste d’auto-tamponneuses. Le calme saxophone s'oppose en premier aux basses des musiques assourdissantes ou aux cris. Vient évidemment le tour du violon. Les deux instruments se rejoignent sur la fin, font fi du décorum et se moquent des cris. Ce n’était que le début de Mímesis/Intemperie.

Ensuite il y a deux minutes de silences.

Ensuite il y a une autre promenade, faite dans un zoo, carré des oiseaux (c’est alors peut-être une ferme). Au loin, on entend encore la fête. Edén & Nicolás répondent ce coup-ci aux chants des volatiles. Comme tout à l’heure, leur propos n’est pas de provoquer les bruits qui, avec ou sans eux, existent. Leur idée est plus de réagir en sons à tous ces bruits. C’est pourquoi le saxophone imite le sifflement tout juste émis par un oiseau alors que le violon virevolte en singeant les mouvements d’ailes d’un autre oiseau. Les deux instruments se rejoignent encore sur la fin. Si on devinait la fin, c'était une belle promenade.

No Hermanos Carrasco : Mímesis/Intemperie(L’innomable)
Enregistrement : 2009. Edition : 2011.
CD-R : 01/ -1 02/ - [silencio] 03/ -2
Héctor Cabrero © Le son du grisli


Daunik Lazro : Some Other Zongs (Ayler, 2011)

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Plus de dix ans après le Zong Book qu'il avait donné à l'alto et au baryton – et près de vingt ans après les brefs solos laissés sur Elan ImpulseDaunik Lazro délivre aujourd'hui un splendide recueil de « quelques autres zongs » gravés en public : au Mans d'abord (précisément où la caméra de Christine Baudillon avait saisi le musicien pour le film Horizon vertical) en 2010 ; en l'église parisienne de Saint-Merry ensuite, début 2011 ; dans les deux cas, au seul saxophone baryton...

Reprenant – là où il interprétait une pièce d'Ayler pour le disque du label Emouvance – en salut fraternel le Vieux Carré de Joe McPhee, Lazro envoûte illico, sur des unités de souffle d'abord, puis en raclant de lourds filons de houille ou en éraflant la stratosphère. Sur Caverne de Platon, c'est en quatre brasses, tout de suite, qu'il emmène à la profondeur voulue avant de passer, en raie manta, son filet-tamis sur le fond. Au fil des quatre pièces suivantes l'exploration se prolonge, toute de belle présence, parfois presque rêveuse (à mi-voix, quasiment flûtée) avant de revenir à une généreuse dépense (surfant sur des harmoniques qu'elle festonne d'écume) : toujours pleine de substance, à son allure, à son pas, assiette trouvée, la musique ménage ces trous dans le mur du temps par lesquels on respire largement, avec elle.

Quelque chose du pneuma de l'épopée, sans gesticulation ; puissant, là ; détenant et dispensant sa force. Sans doute comprend-on mieux alors qu'un haïku de Basho accompagne le disque du poétique trio (DL avec Benjamin Duboc & Didier Lasserre) que Dark Tree publie concomitamment.

EN ECOUTE >>> Vieux Carré >>> Zong at Saint-Méry 3

Daunik Lazro : Some Other Zongs (Ayler / Orkhêstra International)
Enregistrement : 2010-2011. Edition : 2011.
01/ Vieux Carré 02/ Caverne de Platon 03/ Zong at Saint-Merry 1 04/ Zong at Saint-Merry 2 05/ Zong at Saint-Merry 3 06/ Zong at Saint-Merry 4
Guillaume Tarche © Le son du grisli


Daunik Lazro, Benjamin Duboc, Didier Lasserre : Pourtant les cimes des arbres (Dark Tree, 2011)

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Partis d’un haïku, Daunik Lazro, Benjamin Duboc et Didier Lasserre, ont envisagé une improvisation en quatre temps sur un épais vaisseau dont le bois craque. Le pavillon arboré en appelle au vent et au silence : le baryton n’ose encore qu’une note, la contrebasse est étouffée et la caisse-claire frôlée à peine. 

Un balai plus affirmatif sur cymbale, tandis que l’archet perce quelques voies d’eau, fomente un grain que Lazro rejoindra pour le fortifier à coups d’aigus tenaces. Le transport est non pas accidenté mais lunaire, l’équilibre tient de la rencontre d’une atmosphère délétère et de notes sans cesse sur le feu. Jusque-là insaisissable, le chant du baryton se fera mélodique en plus de régler l’allure du trio : c’est déjà le quatrième temps. Celui d’une berceuse qu’un ultime grondement, cri étouffé en saxophone, changera en paysage fantastique formé sous dépression : la conclusion de Pourtant les cimes des arbres est admirable, convenant ainsi à merveille au bel ouvrage qu’est l’enregistrement dans son entier. 

EN ECOUTE >>> Deux extraits

Daunik Lazro, Benjamin Duboc, Didier Lasserre : Pourtant les cimes des arbres (Dark Tree / Orkhêstra International)
Enregistrement : 23 août 2010. Edition : 2011.
CD : 01/ Une lune vive 02/ pourtant 03/ les cimes des arbres 04/ retiennent la pluie
Guillaume Belhomme © Le son du grisli


Vijay Anderson : Hardboiled Wonderland (Not Two, 2010)

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Quand on aura le temps (c’est à dire jamais !), on lira Murakami. Pour l’heure, on écoute Hardboiled Wonderland, groupe drivé par le batteur Vijay Anderson et qui est aussi le titre d’un roman de Murakami. Y officient le saxophoniste Sheldon Brown, le clarinettiste Ben Goldberg, les guitaristes Avan Mendoza et John Finkbeiner et le vibraphoniste Smith Dobson V.

Le paysage y est familier : prudent et convenu quand l’axe résulte collectif ; mordant et incisif quand la parole est donnée aux duos, trios ou quartets. Ainsi telle guitare qui s’empêtrait de ses arpèges fuyants (Hard-Boiled Wonderland) devient subtil guide baroque en trio (Skittering), laissant à la clarinette la liberté d’allonger son souffle à loisir.

Et ainsi, par petits groupes, de se combiner et de s’enchâsser en des contrepoints giuffriens inspirés avant que la masse ne retrouve de sa lourdeur d’écume.

Vijay Anderson : Hardboiled Wonderland (NotTwo / Instant Jazz)
Enregistrement : 2008. Edition : 2010.
CD : 01/ Hard-Boiled Wonderland 02/ East Oakland Reverie 03/ A Few More Hands 04/ Interlude 05/ Skittering 06/ Dilation 07/ A Widow’s Last Penny 08/ Swimming in a Black Well 09/ Nix 10/ March at the End of the World
Luc Bouquet © le son du grisli


Cindytalk : Hold Everything Dear (Editions Mego, 2011)

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Les débuts d’Hold Everything Dear de Cindytalk, le projet de Gordon Sharp et Matt Kinnison, fait penser à Cendre de Ryuichi Sakamoto et Fennesz (Touch Records). Un piano qui expire sous des larsens. Mais voici qu’un tracteur passe de l’enceinte gauche à l’enceinte droite…

Cet enregistrement environnemental ouvre une boîte de Pandore qui contient des hallucinations, des soupirs, des interrogations & des menaces. Tout cela prend la forme de collages électroniques et d’atmosphère de fin du monde. Où le piano peut réapparaître, désaccordé, avant de disparaître à nouveau sous un drone. Et, comme le serpent qui se mord la queue, Cindytalk ravale des couleuvres qui ont des voix d’enfants… Until We Disappear.

Cindytalk : Hold Everything Dear (Editions Mego / Metamkine)
Enregistrement : 2006-2011. Edition : 2011.
CD / LP : 01/ How Soon Now 02/ On The Tip Of My Tongue 03/ In Dust To Delight 04/ Fly Away Over Here 05/ Hanging In The Air 06/ Waking The Snow 07/ From Rokko-San 08/ Fallen Obi 09/ Those That Tremble As If They Were Mad 10/ Floating Clouds 11/ I See You Uncoverd 12/ … Until We Disappear
Pierre Cécile © Le son du grisli



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