Le son du grisli

Bruits qui changent de l'ordinaire

Newsletter

suivre le son du grisli Fil RSS au grisli clandestin Contact

Lee Ranaldo chez Lenka lenteMicro Japon de Michel HenritziPJ Harvey : Dry de Guillaume Belhomme
Archives des interviews du son du grisli

le son du grisli : chroniques en trois lignes

80566888_o80566888_o80566888_o80566888_o80566888_o80566888_o80566888_o80566888_o80566888_o80566888_o80566888_o80566888_o80566888_o



Ninni Morgia, Marcello Magliocchi : Sound Gates (Ultramarine, 2011)

ninni_morgia_marcello_magliocchi_sound_gates

Entendu récemment sur le même label auprès de William Parker (Prism), Ninni Morgia retourne au duo sur Sound Gates. Son partenaire est cette fois le percussionniste Marcello Magliocchi.

Au contact de la pratique assurée d’un compatriote qui œuvre en faveur de l’improvisation depuis le début des années 1970, le guitariste dévoile d’autres desseins électriques : effleurant à peine son instrument, le réduisant jusqu’à obtenir une forme rare de sanza ou le renversant après en avoir passé quelques phrases en ordinateur.

Magliocchi répond à force de débordements ou de coup défaits qui par endroits soulèvent les nébulosités sonores dont est fait l’essentiel du dialogue. Alors, le soupçon laisse percer quelques tensions : Morgia ose un solo sifflant d’une lenteur assez peu familière à l'exercice. Sources d’érosion multiples, les anfractuosités que Morgia et Magliocchi y ont taillées ont fait de ce vinyle un singulier objet. 

Ninni Morgia, Marcello Magliocchi : Sound Gates (Ultramarine)
Edition : 2011.
LP : A/A1-A5 B/B1-B6
Guillaume Belhomme © Le son du grisli


Calling Signals : A Winter's Tour (Loose Torque, 2011)

calling_signals_a_winter_s_tour

Après Paal Nilssen-Love, c’est au tour de Jon Corbett de succomber aux « signaux d'appel » de Frode Gjerstad et Nick Stephens.

D’emblée, même si serré à l’extrême, le mouvement est fluide : enchevêtrements de clarinette et de trompette, brides rythmiques entretenues. Maintenant, le retrait du batteur fait se libérer de nouveaux territoires. Le mouvement initial reviendra en fin d’improvisation, sur lequel s’ajouteront de denses figures : douceurs de clarinette et contrebasse mêlées s’opposant aux objets frottés par le percussionniste, solo de contrebasse inspirant à l’altiste de longues virées en ultra-aigu (Nine Souls).

Retour aux mêmes fondamentaux avec Five Souls : fluidité des souffles, offensive rythmique appuyée et courts mais constructeurs silences. Et l’aventure de s’achever aujourd’hui mais de continuer demain, ensemble ou avec d’autres, pour cet exemplaire Calling Signals.

Calling Signals : A Winter’s Tour (Loose Torque)
Enregistrement : 2009. Edition : 2011.
CD: 01/ Nine Souls 02/ Five Souls (plus the barman)
Luc Bouquet © Le son du grisli


Steve Roden : Proximities / Forms of Paper (LINE, 2011)

steve_roden_proximities

J’avais aimé de Steve Roden Four Possible Landscapes et Angel High Wires, sa collaboration avec Martin Archer et Geraldine Monk, deux disques sortis sous la même étiquette (Trente Oiseaux). Depuis, je n’étais pas retourné à sa musique malgré d’autres collaborations alléchantes (My Cat Is An Alien, Stephen Vitiello…).

Est-ce d’avoir tant attendu ? Me voilà entré tout schuss dans Proximities, une installation accoucheuse de lignes sismico-sonores dont le temps façonne des tresses stupéfiantes. Au son, on croirait des notes de mélodica. En vérité, ce sont des litanies dont l’origine est impossible à déterminer. Pourtant on leur fait confiance et on les laisse nous bercer gentiment. Doué pour remplir n’importe quel espace de sons fabuleux, Steve Roden peut même s’attaquer à la décoration de votre intérieur, par musique interposée.

EN ECOUTE >>> Proximities (extrait)

Steve Roden : Proximities (LINE / Metamkine)
Enregistrement : 2010. Edition 2011.
CD : 01/ Proximities
Pierre Cécile © Le son du grisli

steve_roden_forms_of_paper

Pour les dix ans de sa première sortie (déjà sur LINE), paraît une réédition remasterisée de Forms of Paper. Steve Roden y traite électroniquement divers bruits de feuilles de papier (ce qu'il explique ici). De son action naissent des événements : des 0 et des 1 apparaissent sur un écran blanc, un traîneau passe dans la neige, des puces à la voix tremblotante crissent et craquètent… Dix ans après, on comprend que le papier de Roden est la partition d’un orgue de barbarie muet et beau comme le silence.


Charlemagne Palestine : The Golden Mean (Shiiin, 2006)

charlemagne_palestine_the_golden_mean

Charlemagne Palestine est « assis face au public, entre les claviers de deux grands pianos à queue Bösendorfer Imperial dont il a pris soin, auparavant, de bloquer la pédale forte pour relever les étouffoirs », écrit Daniel Caux dans le texte qui accompagne The Golden Mean. La scène décrite eut lieu le 2 novembre 1979 à la Chapelle de la Sorbonne et fut organisée dans le cadre du Festival d’Automne.

Le velours qui enveloppe le boîtier de ce disque édité en 2006 par Shiiin trahit déjà la musique de Palestine. Son minimalisme est l’art qu’il a de créer des reliefs au moyen – parfois à force – de variations discrètes. Centre de symétrie sans lequel ce piano-double n’aurait pu être envisagé, l’homme en est aussi le moteur. Une note, la même pour chacun des deux pianos, et sa résonance, son extension, sa réactivation. Un rythme irrégulier : « Soooo slowly then gradually a little stronger a little faster… », écrit cette fois Palestine au même endroit.

Note doublée sur double piano qui va grand train. L’exercice est d’endurance et son chant est d’attrition : or, à force de valses et de chevauchements, les notes donnent naissance à d’autres voix : parallèles ou parasites. La somme de ces notes (et, plus loin, de ces accords minuscules) et de leurs ramifications sous résonance est un chant inédit : celui de Palestine dont The Golden Mean est le nom.

Charlemagne Palestine : The Golden Mean (Shiiin)
Enregistrement : 2 novembre 1979. Edition : 2006.
CD1 : 01/ Part 1  - CD2 : Part 2
Guillaume Belhomme © Le son du grisli



Dimitra Lazaridou-Chatzigoga : Stroke by Stroke (Organized Music from Thessaloniki, 2011)

dimitra_lazaridou_chatzigoga_stroke_by_stroke

Dimitra Lazaridou-Chatzigoga joue de la cithare et taquine des objets. Elle peut être accompagnée (cela arrive deux fois) par Michalis Kyratsous, qui taquine des objets lui aussi. Ce ne sont peut-être pas des instantanés de l’Athènes d’aujourd’hui qu’elle signe sur Stroke by Stroke. Car ce sont des images bizarres qui ressemblent à des collages – j’ai pensé à un moment à ceux de Jiří Kolář .

Sur les clichés de Lazaridou-Chatzigoga, on voit des drones brisés (oui, on les voit), de petits moteurs lancés à terre, un bras de machine à coudre, un gong qui fait illusion, tout ça amassé de façon artisanale. Le comble est que, derrière tout ça, il y a un sens. Ce sont en fin de compte vingt-et-un merveilleux à-peu-près de musique expérimentale, chargés de poésie, que Dimitra Lazaridou-Chatzigoga livre en guise de « nouvelle musique pour cithare ». On ne l'espérait pas. Mais il faut avouer que, maintenant, elle nous enchante.  

Dimitra Lazaridou-Chatzigoga : Stroke by Stroke (Organized Music from Thessaloniki)
Enregistrement : 2010-2011. Edition : 2011.
CD : 01/ Gargaretta 02/ Qualia 03/ Wolf 04/ Clinkers 05/ Atonement 06/ Intermittent 07/ To Detach Oneself 08/ Unicorn 09/ Emergency 10/ each and Every 11/ Any and All 12/ Woody Woodpecker 13/ Parasite 14/ Insect 15/ Operators 16/ Torrent 17/ Dorodango 18/ reattach Oneself 19/ The Instance 20/ Common Ground 21/ Sleep Talk
Héctor Cabrero © Le son du grisli


WPB3 : A Floating World (Mikroton, 2011) / Heddy Boubaker, Soizic Lebrat : Quasi souvenir (Petit label, 2011)

wpb3_a_floating_world

La troisième des quatre pièces improvisées consignées sur A Floating World évoque l’interrogation incomplète qui occupa jadis Keith Rowe, Urs Leimgruber et Michel Doneda : No Difference Between a Fish, affirme ici WPB3 – soit : Nusch Werchowska (piano, objets), Mathias Pontevia (percussions) et Heddy Boubaker (saxophones alto et basse). La question serait donc celle, posée à nouveau, de l’affirmation d’une présence ou de plusieurs sur un exercice improvisé de genre délicat, voire discret. Y réussir tiendrait de l’adéquation mystère ; tout perdre serait le risque encouru à chaque intervention.

Les dosages du trio en question engendrent le plus souvent des morceaux de vaillance – écouter avec quelles façons il arrange les différents modules (rumeurs ombreuses, incertitudes inspirantes, dérives légères, répétitions étouffées, échappées mélodiques même) de Liquicy Rice – quand ce n’est pas, certes à de plus rares occasions, de tendres plages vaines – regretter cette fois l’échange virulent auquel se livrent, en fin de Deep South, White Heat, aigus de saxophone, emportements percussifs et accords impétueux.

Afin de trancher, retour à No Difference Between a Fish. Werchowska croulant sous les graves, Pontevia concédant à ses cymbales l’expression de clameurs animales, Boubaker, enfin, vrillant de cascades miniatures en dérapages ascensionnels. La pianiste à l’intérieur de son instrument, les rumeurs décideront dès lors du sort de l’improvisation : les dernières minutes d’A Floating World seront soufflantes. Après avoir affirmé leurs présences avec un art au final convaincant, les musiciens profitent d’un autre savoir qu’ils ont en commun : celui de bien disparaître.

WPB3 : A Floating World (Mikroton / Metamkine)
Enregistrement (par Benjamin Maumus) : 5, 6, 7 Novembre 2008. Edition : 2011.
CD : 01/ Liquicy Rice 02/ Deep South, White Heat 03/ No Difference Between a Fish 04/ The Wrinkles of the System
Guillaume Belhomme © Le son du grisli

boubaker_lebrat_quasi_souvenir

En juin 2010, pour donner suite à Accumulation d'acariâtres acariens, Heddy Boubaker improvisait avec Soizic Lebrat (violoncelle) les sept pièces d’un Quasi souvenir enregistré par Benjamin Maumus et publié par Petit Label. Dissident du précédent, Berceuse vénéneuse ou Fièvre latente mutante : autant de titres à consonances donnés à des morceaux d’une toute autre inspiration. En effet, deux pratiques instrumentales assises s’y invectivent, l’une sifflant l’autre maugréant, lorsqu’elles n’adoptent pas une position de repli où fomenter de nouvelles et brillantes attaques (sur lignes grêles ou horizons abstraits). Lui aussi mal nommé, le disque est mémorable.


Chris Watson, Marcus Davidson : Cross-Pollination (Touch, 2011)

chris_watson_marcus_davidson_cross_pollination

Redisons-le : en matière de field recordings et d’ambient, le label Touch supplante largement tous ses concurrents. L’an dernier, l’extraordinaire Jana Winderen et son Energy Field nous avait emmenés dans un fascinant voyage dans les eaux polaires – l’exercice déplaçait les profondeurs matérielles ET spirituelles largement au-delà de tous les clichés de la National Geographic, le tout dans une qualité sonore admirable qu’on ne retrouve que sur la structure britannique, alors que le cru printemps/été 2011 de la maison fondée par Jon Wozencroft nous transporte de l’autre côté de la planète.

Laissant de côté les eaux glacées du Grand Nord, Chris Watson (oui, celui de Cabaret Voltaire) a promené ses micros dans le désert du Kalahari en Afrique du Sud et nous en a ramené un formidable témoignage des harmonies animales – fameuse découverte. Enregistrées entre le coucher et le lever du soleil, la nuit donc, réduites en une pièce de 28 minutes, les sonorités de Midnight at the Oase dévoilent une richesse sonore inouïe, à rendre pâlotte toute tentative musicale humaine, de la plus réfléchie à la plus spontanée.

Et ce n’est pas tout puisqu’en second rideau, l’artiste anglais est rejoint par Marcus Davidson (dont nous ignorons tout à part le nom) dans une Bee Symphony enregistrée en live à l’université de York l’an dernier. Son titre l’indique, la pièce explore les interactions harmoniques entre le bourdonnement des abeilles et un chœur humain (à cinq voix dans notre cas). Si la composition met un peu de temps à se mettre en place, elle révèle un lot d’émerveillements inattendus, quelque part entre György Ligeti et Philip Glass quand ce dernier intégrait la musique chorale à son Koyaanisqatsi (plus exactement, le passage où un Boeing 747 de United Airlines surgit des brumes de pollution). C’est wow !

Chris Watson, Marcus Davidson : Cross-Pollination (Touch / Metamkine)
Edition : 2011.
CD : 01/ Chris Watson : Midnight at the Oasis 02/ Chris Watson & Marcus Davidson : The Bee Symphony
Fabrice Vanoverberg © Le son du grisli


Rova:Zorn : The Receiving Surfaces (Metalanguage, 2011) Rova:Zorn : The Receiving Surfaces (Metalanguage, 2011)

rova_zorn_receiving_surfaces

Cet enregistrement du Rova augmenté de John Zorn (concert daté du 28 août 2010) célèbre le non-anniversaire du premier concert donné par le quartette (concert daté du 4 février 1978).

Ces deux « receiving surfaces » (pas d’édition CD) saisissent la progression d’un importun inspiré au sein d’une coterie éprouvée, l’opposition servant évidemment d’une autre manière l’impétueuse musique de chambre du Rova. Des encombrements, les cinq saxophonistes tirent la force de leur mouvement perpétuel : cascades, poursuites, insistances, déviations et propositions individuelles seyants au puzzle d’ensemble malgré leurs excentricités, voire leurs différences.

La seconde face persiste et signe avec davantage d’emportements. Ainsi retrouve-t-on sur The Receiving Surfaces l’audace des meilleurs Rova (As Was sans doute premier de tous) en plus d'y découvrir John Zorn en musicien encore capable d'enthousiasme. De là à dire que nous frôlons ici le document historique…

Rova:Zorn : The Receiving Surfaces (Metalanguage / Rova:Arts)
Enregistrement : 28 août 2010. Edition : 2011.
LP : A1/ Arc Fuse A2/ Helicoid B1/ Saddle Scroll Song B2/ Arc Fuse
Guillaume Belhomme © Le son du grisli


Phillips, Jauniaux, Goldstein : Birds Abide (Victo, 2011)

phillips_jauniaux_goldstein_birds_abide

A Victoriaville, le 22 mai de l’année dernière, Barre Phillips, Catherine Jauniaux et Malcolm Goldstein avaient jugé utile de n’être qu’eux-mêmes et rien qu’eux-mêmes.

Sur scène, les voici donc investis, sourds aux distractions extérieures et sensibles aux sollicitations de chacun. Oui, unis et liés par cet art du délestement qu’ils n’ont plus à prouver mais à maintenir et à renouveler (ne change rien pour que tout soit différent disait tonton JLG dans ses Histoire(s) du cinéma). Alors, ils partagent, se rebellent, se suivent, s’opposent sans se disperser.

Les histoires amorcées par Catherine Jauniaux avortent ou sont rendues incompréhensibles par le phrasé fissuré de la chanteuse. Qu’importe : le tableau a déjà changé de teinte. Maintenant, ils tressent et détressent, rompent ou entretiennent l’unisson. Parfois, d’une mélopée incertaine surgissent les traces d’un chant ancestral. Parfois, le violon est maître alors que la contrebasse n’est que d’accompagnement ou de soulagement. Mais toujours d’écoute. Parfois duo, presque toujours trio. En résumé : poignant.

Barre Phillips, Catherine Jauniaux, Malcolm Goldstein : Birds Abide (Victo / Orkhêstra International)
Enregistrement : 2010. Edition : 2011.
CD : 01/ Birds Abide 02/ Mount G 03/ I on My Left Shoulder 04/ Igritz 05/ Pebbles 06/ Room 504
Luc Bouquet © Le son du grisli



Commentaires sur