Le son du grisli

Bruits qui changent de l'ordinaire


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Danielle Liebeskind : Little Acts of Rebellion (Dear Music & Art, 2016)

danielle liebeskind little acts of rebellion

La pochette de ce (premier) disque de Danielle Liebeskind (qui n'est pas un gens mais un groupe, dirigé par Danielle Papenborg) m’a fait craindre le pire. Mais le pire n’est pas arrivé. Le bon non plus, remarquez. Mais bon.

Que ressentir devant cette sorte de poésie (en anglais) lue sur des morceaux improvisés sur deux jours par les sept musiciens du groupe ? De temps en temps on s’y laisse prendre, par exemple quand on ne peut qu’ignorer la nature des instruments ou si l’on avoue un faible pour les reverses, dont le groupe use et abuse même. Et d’autres fois, on s’ennuie ferme sur des parfums de muzak intello faite de guitares d’ambiance et de branchouilli-banjo. Comme la plupart des « little acts of rebellion », en fait : ça part d’un bon sentiment mais ça ne fait pas bouger grand-chose.



little acts of rebellion

Danielle Liebeskind : Little Acts of Rebellion
Dear Music & Art
Enregistrement : 8 et 9 mars 2014. Edition : 2016.
Pierre Cécile © Le son du grisli

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Jean-Luc Cappozzo, Didier Lasserre : Ceremony’s A Name for the Rich Horn (NoBusiness, 2016)

jean-luc cappozzo didier lasserre ceremony a name for the rich horn

Pour un anniversaire – 10 ans de la Maison peinte, Labarthe-sur-Lèze –, Jean-Luc Cappozzo et Didier Lasserre donnaient un concert. C’était le 19 décembre 2014.

Assez honnêtes pour ne pas toujours « sonner pareil », Cappozzo et Lasserre étonnent en conséquence, c’est-à-dire : encore. Dans un murmure la batterie se lève, et un rebond sur tom réveille la trompette. C’est une note haute portée quelques secondes faite bientôt hymne subtil. Ensuite, Cappozzo claironne sur le lent remuage de la batterie, s’obstine et même rue sur peaux, et puis finit par retrouver la position rentrée qui était la sienne au début de l’échange. Difficile de résumer autrement la miniature qu’est Ceremony’s A Nam for the Rich Horn, procession improvisée d’intensité, et même de valeur.

ceremony a name for the rich horn

Jean-Luc Cappozzo, Didier Lasserre : Ceremony’s A Name for the Rich Horn
NoBusiness
Enregistrement : 19 décembre 2014. Edition : 2016.

Mini LP : A/ Ceremony’s A Nam for the Rich Horn (Part I) – B/ Ceremony’s A Nam for the Rich Horn (Part II)
Guillaume Belhomme © Le son du grisli

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Le câble de feu : FireWire (Tanuki / Mémoire, 2016)

le câble de feu firewire

Si j’ai bien compté / tout compris, ils sont trois à se bouger sous le nom (ou l’emblême) du Câble de feu : Olivier Meyer, Laurent Berger & Aymeric de Tapol. Et si j’ai bien suivi la prose qui accompagne la k7, l’enregistrement devait avoir lieu dans un théâtre (Christiane Stroë) mais l’un des trois est malade et les deux autres partent sur les routes d’Alsace à la recherche d’un câble qui leur manque, ils le trouvent, reviennent au théâtre où ils bidouillent avec plein de trucs pendant plein (3) de jours… Six mois plus tard, les trois se retrouvent et voilà la bidouille repartie.

Si j’ai résumé les péripéties de nos héros, c’est qu’à Bouxwiller on doit encore parler de leur passage. Se souvenir en se bouchant les oreilles de leurs drones en perte de tension, des larsens qui piquent et des field recordings qui prouvent soniquement la vérité crasse, des borborygmes d’un piano pourri, des grands coups de batterie christique, etc., etc. Au rond-point qui précède l’entrée du village, j’imagine d’ailleurs qu’un artiste local a élevé une statue qui représente un immense jack fiché dans le fondement du patelin. Bien fait !



firewire

Le câble de feu : FireWire
Tanuki / Mémoire
Edition : 2016.
Cassette : A1/ Contre sens A2/ Gueule de bois A3/ Plan incliné A4/ Mantra Express – B1/ Douche dorée B2/ Rodéo sauvage B3/ Post Scriptum B4/ Pied plat
Pierre Cécile © Le son du grisli

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Survival Unit III : Straylight (Live at Jazzhouse Copenhagen) (Astral Spirits / Monofus Press, 2015)

survival unit iii straylight

En concert le 15 décembre 2013 à Copenhague, Survival Unit III faisait entendre ce que partout où il passe on peut décidemment goûter : une musique qui pourrait passer pour faite déjà – et que l’on trouverait plaisir quand même à entendre, puisqu’il s’agit toujours de Joe McPhee, Fred Lonberg-Holm et Michael Zerang – mais qui soudain vrille.

Ainsi, à peine a-t-on jugé le set tranquille que la déferlante s’abat – c’est que l’archet de violoncelle a ouvert une brèche dans laquelle s’est engouffré le trio. Certes, la prise de son ne rend pas hommage à ces trois moments de concert, mais ce-dernier impressionne quand même, le trio y envisageant des reliefs qu’il doit patiemment gravir et puis descendre rapidement, chacun menant les deux autres à son tour.

Sur l’autre face, d’autres approches : McPhee vocalise en minimaliste concentré sur un violoncelle caressé à peine (If Not Now), avant de s’engager sur le conseil de Zerang sur une épreuve moins tranquille où quelques notes suffisent à former des motifs capables de tourner avec force (When?). Puisque la force est constance chez Survival Unit III.



straylight

Survival Unit III : Straylight (Live at Jazzhouse Copenhagen)
Astral Spirits / Monofus Press
Enregistrement : 15 décembre 2013. Edition : 2015.
Cassette : A1/ Blood of a Poet – B1/ If Not Now B2/ When
Guillaume Belhomme © Le son du grisli

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Linda Sharrock : They Begin to Speak (Improvising Beings, 2016)

linda sharrock they begin to speak

Linda Sharrock. Donc le cri. Pas le cri bien appliqué et discipliné des bons élèves (on s’y laisse prendre parfois). Donc le cri de rage. Donc le cri d’amour. Le crescendo qui monte. La gorge et la poitrine en feu. Le cri des chaos d’hier. Et de ceux à venir. L’écartèlement. Le cri des origines. Le cri toujours indompté. Et des diables (Mario Rechtern, Itaru Oki, Eric Zinman, Makoto Sato, Yoram Rosilio, Claude Parle, Cyprien Busolini) surgissant des murs. Forts. Enthousiastes. Bondissants. Envoûtés. 20 mai 2015 – Paris : le cri qui dure.

Linda Sharrock. Donc la blessure. Donc les blessures. Donc les bleus. Et toujours le cri. Chez les anglais (Derek Saw, John Jasnoch, Charlie Collins + Mario Rechtern) une autre rage. D’autres équilibres. Des horizons sans barreaux. Trompette et saxophone en bataille. Et toujours le cri en pleine poire. Et Linda qui guide le cri. Chef d’orchestre plus qu’on ne le croit. 5 mai 2015 – Sheffield : le cri et son insupportable beauté.


they begin to speak

Linda Sharrock : They Begin to Speak
Improvising Beings / Orkhêstra International
Enregistrement : 2015. Edition : 2016.  
2 CD : CD1 : 01/1 02/2  03/3 - CD2 : 01/1 02/2  03/3
Luc Bouquet © Le son du grisli

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Goh Lee Kwang : Radio Station EXP (1000füssler, 2015)

goh lee kwang radio station EXP

C’est fou la force du Malaisien Goh Lee Kwang (que l’on connaît par ailleurs comme commandant en chef des brigades Switch ON & Herbal International) : rentrer tant de choses dans un si petit CD (twenty minutes)…

Salives, crachats, chuintements, onomatopées… tous sortis d’un poste de radio ? Très bien, me direz-vous, mais on en a déjà entendus des comme ça… Sûr, mais Radio Station EXP ne s’arrête pas là, non, car GLK nous change tout ça en rythmes et sur ces rythmes d’autres sons (re)donnent de la voix. Et nous jusque dans le noisy crash on cherche un langage. Il se pourrait bien qu’il y en ait un, genre espéranto expérimental & radiodiffusé et si l’on perçoit la chose nul doute que l’on n’écoutera plus jamais la radio comme avant. Rien que pour ça, merci Goh Lee Kwang.



radio station EXP

Goh Lee Kwang : Radio Station EXP
1000füssler
Enregistrement : 2014-2015. Edition : 2015.
CD : 01/ Radio Station EXP
Pierre Cécile © Le son du grisli

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Jean-Luc Guionnet : LAC (Herbal, 2016)

jean-luc guionnet lac

C’est autour du LAC d’Annecy – si ce n’est dans le LA Casa, à qui cet enregistrement est dédié – que Jean-Luc Guionnet a laissé traîner ses micros. Dès la tombée de la nuit, on imagine ; et la nuit est remuante, on sait.

Quelques remous, des voix d’enfants, la rumeur du trafic routier, des travailleurs qui manient de larges pelles, le bruit d’un torrent, de deux ou de trois peut-être : voilà le genre de sons qui se sont engouffrés dans les pièges posés par Guionnet. Composé, dit la pochette, entre 2004 et 2007, que dit ce disque du lac en question ? Que dit-il des présences qui rôdent aux alentours ? Et du musicien qui leur tend le micro ?

Lui, aimerait qu’on entende là « the subjective portrait of a geographic entity ». Poser des pièges, voir venir, et laisser l’auditeur y « voir » ce qu’il voudra. Or, celui-ci, à peine appréhende-t-il : entre longitude et latitude, le voici perdu mais pas étonné, acceptant d’écouter encore mais n’approuvant pourtant pas. Derrière cette scène de bruits, se cacherait-il seulement autre chose que le temps qu’il y passe ?

LAC

Jean-Luc Guionnet : LAC
Herbal International / Metamkine
Enregistrement : 2004-2007. Edition : 2016.
CD : 01/ Latitude: 45 51' 24.12" N 45.8567 02/ Longitude: 6 10' 19.92" E 6.1722
Guillaume Belhomme © Le son du grisli

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Evan Parker, Seymour Wright : Tie the Stone to the Wheel (Fataka, 2016)

evan parker seymour wright tie the stone to the wheel

Après avoir plusieurs fois enregistré avec Keith Rowe – l’épatant RKW, notamment – et Eddie Prévost, le saxophoniste (alto) Seymour Wright a donc approché Evan Parker : Tie the Stone to the Wheel a été enregistré en deux fois : deux Wheel le 5 octobre 2014 et trois Stone le 12.

La rencontre est d’abord volatile, qui accorde au gré des secondes un soprano et un alto sur des hauteurs accidentées : l’alto calque ses notes sur celles du soprano mais il en sera différemment auprès du ténor. Aiguisé encore, l’échange joue cette fois de différences : les coups portés sont vifs, mais tandis que Parker déroule des phrases d’un naturel déconcertant, Wright propose par séquences, s’exprime en ayant l’air de chercher des solutions.

Certes moins sûre d’elle, son expression n’en est pas moins valable. Sur les trois Stone annoncés, elle gagne ainsi en assurance : les saxophones – peu importe leur nature – semblent désormais ne faire qu’un. Le ton, l’allure, et même l’intention se frôlent de plus en plus et bientôt se confondent. Les dernières minutes de Tie the Stone to the Wheel valent d’ailleurs tous les discours.



fataka

Evan Parker, Seymour Wright : Tie the Stone to the Wheel
Fataka
Enregistrement : 5 & 12 octobre 2014. Edition : 2016.
CD : 01/ Wheel I 02/ Wheel II 03/ Stone I 04/ Stone II 05/ Stone III
Guillaume Belhomme © Le son du grisli

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Giovanni Di Domenico, Oriol Roca : Sounds Good (Spocus, 2012)

giovanni di domenico oriol roca sounds good

Au piano, Giovanni Di Domenico disperse les notes au gré des courants. Prêche une angoisse latente. Laisse s’épanouir l’espace. Etale la phrase. Aime à filtrer les mêmes sentiers. Frôle le sirop ECM. Emprunte la résonance à Monsieur Paul B. Déambule et, encore, étale. Consulte le drame. Censure sa main gauche. Racle le plus profond des fréquences graves. Retrouve l’angoisse originelle.

A la batterie, Oriol Roca martèle amoureusement ses fûts. Laisse la vibration se fendre jusqu’à terme. Emprunte la résonance à Monsieur Paul M. Convoque un tempo métronomique sur cymbale usée. Abuse le bol tibétain. Ce que font pianiste et batteur n’est pas nouveau, n’est pas révolutionnaire. Mais sensible : assurément.

sounds good

Giovanni Di Domenico, Oriol Roca : Sounds Good
Spocus Records

Enregistrement : 2011. Edition : 2012.
CD : 01/Soundabout  02/Hermafrobeat  03/Avoid a Void  04/H.I.M.R.  05/Don’t Doubt Here Doubt There  06/Neve Marina  07/Music Not Going Anywhere  08/Song for Masha  09/Psycho Tropics
Luc Bouquet © Le son du grisli

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Kasper T. Toeplitz : Solo Bass (Recordings of Sleaze Art, 2016)

kasper toeplitz almasty

L’intention est dans le titre de ce Toeplitz là. Certes, il faut attendre quelques secondes avant d’entendre la basse annoncée ; mais si tôt entendue, elle résonne déjà. Elle vibrera ensuite, croulera sous les parasites et les craquements avant d’essuyer un crachin gris transperçant quelle ligne à haute tension ?

La basse électrique de Toeplitz est ainsi faite : témoin de la rencontre de l’eau et de l’électricité, précautionneuse étouffant toute tentation harsh noise et capable, pour ce faire, de cracher, quand même, un aigu ; sirène alors, parée d’autres vibrations, qui raconte une descente en flammes au son de presque drones avant de recouvrer d’autres graves enveloppants. L’instrument de Toeplitz joue-t-il de dépression ? Il imprègne en tout cas.



almasty

Kasper T. Toeplitz : Almasty
Recordings of Sleaze Arts / Metamkine
Edition : 2016.
CD : 01/ Almasty
Guillaume Belhomme © Le son du grisli

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