Le son du grisli

Bruits qui changent de l'ordinaire

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A la question : interviewsAu rapport : impressions de concertsEn théorie : l'improvisation par l'écrit : John Butcher & Evan Parker

Free Jazz Expéditives : Joe McPhee, Mikołaj Trzaska, Peter Brötzmann, William Parker, Gunter Hampel, Frank Wright, Louis Moholo

free_jazz_expeditives

gunter_hampel_nownessGunter HampelThe Essence in the Nowness of Reality (Birth, 2010)
Après avoir invité Daniel Carter, Sabir Mateen et Steve Swell, à augmenter le quartette qu’il forme avec Johannes Schleiermacher, Andreas Lang et Bernd Oezsevim, Gunter Hampel enregistrait en studio le 30 septembre 2009 cet Essence in the Nowness of Reality. S’il concède plusieurs fois et même allègrement la direction à l’un ou l’autre de ses partenaires, Hampel démontre d’une écriture assurée qui ne s’interdit pas de donner souvent dans un free collégial. Et puis, toujours, cette évocation de figures musicales qui, même si d’avant-garde, ne renièrent pas la tradition : Eric Dolphy, Steve Lacy

moholo_spiritual_knowledgeLouis Moholo : Spiritual Knowledge and Grace (Ogun, 2011)
Un concert empêché des Blues Notes à Eindhoven et Frank Wright qui traînait par là : la rencontre du ténor et de Louis Moholo (batterie), Dudu Pukwana (saxophone alto, piano, voix) et Johnny Dyani (contrebasse) date de 1979. Le temps de prouver que deux saxophones virulents peuvent s’entendre sur une valse avant d’emprunter un motif aux allures de folklore (Ancient Spirit). Et puis d’élever, après échange d’instruments, une pièce de musique intensive dont le nom révèle la nature de ce qui l’anime : Contemporary Fire.

kali_fasteau_alternate_universeKali Z. Fasteau, William Parker, Cindy Blackman : An Alternate Universe (Flying Note, 2011)
Certes, la prise de son de cet Alternate Universe enregistré en 1992 par Kali Fasteau (piano, violoncelle, saxophone soprano…), William Parker (contrebasse) et Cindy Blackman (percussions), est assez médiocre. Pourtant, on y entend quand même deux archets qui en imposent au point de faire oublier toutes longueurs (divagations au clavier électrique) et frappes frustes. Un soprano, enfin, qui peine à innover sous l’influence de Coltrane.

mcphee_synchronicityJoe McPhee Survival Unit III : Synchronicity (Harmonic Convergence, 2011)
Dans le Survival Unit III on trouve Joe McPhee à la clarinette et au saxophone alto, Fred Lonberg-Holm au violoncelle amplifié et Michael Zerang à la batterie. Sur Synchronicity – 33 tours qu’accompagne un CD du même enregistrement augmenté d’un titre –, McPhee divague en écorché sur les reliefs subtils que dessine Zerang et fait front aux assauts de l’archet crachant de Lonberg-Holm. Ici un hommage à Maryanne Amacher, là un clin d’œil à Hendrix : plus que libre, le trio attache des noms à son condensé de musiques inspirées.

trzaska_clarinet_quintetIrcha, Joe McPhee  : Lark Uprising (Multikulti, 2010)
Pour transformer l’Ircha de Mikołaj Trzaska en Clarinet Quintet, McPhee retrouvait l’instrument à Poznan en 2009 – les trois autres clarinettistes : Waclaw Zimpel, Pawel Szambuski et Michal Gorczyski. La marche lente d’une coalition promettant le soulèvement prochain, la peine à suivre changée en mélodie, les revirements et les sursauts, forment un hymne de clameurs et de répétitions hors norme. Après le Clarinet Summit de John Carter ou la Clarinet Family d’Hamiet Bluiett, une réunion de clarinettistes trouve donc encore à dire sous la conduite de Trzaska.

peter_brotzmann_goosetalksPeter Brötzmann, Johannes Bauer, Mikołaj Trzaska : Goosetalks (Kilogram, 2010)
Sur ce Goosetalks enregistré au Dragon Club de Poznan en février 2008, Mikołaj Trzaska encore, aux côtés de Peter Brötzmann et Johannes Bauer. Saxophones alto et ténor, clarinettes et trombone, donc, servent un art de la mesure qui a fait fi du temps puis des pièces d’insistance volontaire. A mi-parcours, un chahut de basse-cour amusée ; en conclusion, un air d’Albert Ayler : l’altercation tranquille. 

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Michel Guillet : Behind Nothing (Ing-On, 2011)

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L’électroacoustique de Michel Guillet n’a pas peur du bruit. Ni d’en faire d’ailleurs. Même trop. Qu’importe… Car plus on écoute son troisième disque, Behind Nothing, et plus Michel Guillet vous retourne l’oreille et l’imagination. Ici, emboîtant le pas d’une électro volontaire, on s’est dirigé vers un écran de télévision. On y a collé notre front contre la neige blanche et noire en espérant qu’en sortent les monstres que l'homme a enfermés dans cette boîte. Mais ces monstres que Guillet a domptés restent à la place qu’il leur a assignée. Donc on va voir ailleurs.

Et ailleurs une poésie sonore et surréaliste nous ballade longtemps d’une enceinte à l’autre avant que nous ne décidions de nous asseoir à mi-chemin ou presque. Devant nous : un casse-tête de sons, entre le jeu de miroir dans lequel on perd ses repères et le jeu de construction dont les éléments sont des morceaux de vaisselle cassée, des micros qui flambent, des micro machines enrayées… Surréaliste, vous disais-je… Et drôlement surprenant.

Michel Guillet : Behind Nothing (Ing-On / Souffle Continu)
Edition : 2011.
CD : Behind Nothing
Pierre Cécile © Le son du grisli

scCe vendredi 14 octobre, à 18H30, Michel Guillet donnera une version live de ce Behind Nothing au Souffle Continu à Paris.

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Philipp Quehenberger : Uffuff (Editions Mego, 2011)

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Un flashback en 2007 dont les échos n’ont guère perduré (l’album Phantom In Paradise) nous avait laissé un souvenir mitigé de Philipp Quehenberger. Quatre années plus tard, un étonnant – et inquiétant, ça rime – quatre-titres vient heureusement corriger la donne.

Entamé sur un tempo martial profondément imprégné d’EBM (Front 242 & co, sortez du corps Uffuff), l’EP du producteur autrichien secoue les écoutilles – et pas qu’un peu, ma chère. Variations early nineties au taux de BPM rapidos (le très bien nommé New Beat sous le remix de Patrick Pulsinger), déclinaisons électroniques où l’IDM de Plaid s’invite à la table (Hey Gert remixé par Elin) ou visions dancefloor d’un 4/4 acoquiné dans une backroom SM (Keep Talking sous les doigts d’Altroy), l’artiste viennois nous en fait voir un monde en black & grey qui coupe, percute et dépote à tout va. Chouette alors !

EN ECOUTE >>> Hey Gert (Elin Remix)

Philipp Quehenberger : Uffuff (Editions Mego / Metamkine)
Edition : 2011
EP : A1/ Uffuff A2/ New Beat (Patrick Pulsinger "Out Of The Box" Remix) B1/ Hey Gert (Elin Remix) B2/ Keep Talking (Altroy Remix)
Fabrice Vanoverberg © Le son du grisli

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Tarfala Trio : SYZYGY (NoBusiness, 2011)

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Si l’entrée en matière est discrète, ce n’est pas qu’il faille à Mats Gustafsson faire preuve de prudence : le Tarfala Trio l’expose en effet depuis 1992 (sous ce nom) auprès de partenaires à qui il fait confiance : Barry Guy et Raymond Strid. C’est peut être davantage que la discrétion est permise en guise d’introduction, puisque le Tarfala a ici le temps de deux 33 tours augmenté de celui d’une face de 45. Sur celle-ci, trouver le morceau qui donne son titre à l’ensemble : SYZYGY.

Autant commencer par là : SYZYGY est un microcosme d’improvisation compactant une somme fantastique d’emportements dans lequel Guy taille à l’archet des formes qui le réorganisent sans jamais le déranger. Le tout est ensuite de développer le thème sur deux grands disques. En concert à Hasselt en 2009, les membres du Tarfala prirent les traits d’expressifs apaisés. Ici, ils divaguent sur commandes ; là, laissent libre cours à une suite d’inventions individuelles ; ailleurs encore, s’adonnent de concert à des exercices de style (swing, ballade…) transformés à chaque fois en aires de récréation.

Plus loin, les effets de Guy et Strid (archet harmonique, déboîtements soudains) mettent en action une machine à tisser des allusions suggestives qui déroutent Gustafsson : le ténor est sans cesse écarté de la rive d’où proviennent les promesses de confort des sirènes mélodiques – ailleurs qu’en Tarfala, faudra-t-il qu'il leur cède ? Le saxophoniste, de trouver alors dans ce rapport entre confiance et opposition le moyen d’inventer en baguenaudant. Ses phrases sont courtes et filées, les dérapages nombreux. Plus qu’une simple confiance puisque, l’âge aidant, le Tarfala Trio semble ne s’être jamais aussi bien porté.

EN ECOUTE >>> Lapilli Fragments

Tarfala Trio : SYZYGY (NoBusiness)
Enregistrement : 14 novembre 2009. Edition : 2011.
2 LP + 1 7” : A/ Broken by Fire B/ Lapilli Fragments C/ Cool in Flight D/ Tephra E/ SYZYGY
Guillaume Belhomme © Le son du grisli

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Drouet, Frith, Sclavis : Contretemps etc. (In Situ, 2011)

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A approcher tant de climats, à se délester ainsi, à humer le chaos, à planer et tournoyer sans centre, à désactiver leurs tics, à pulvériser tous les filets protecteurs ; ils ne pouvaient que gagner ou se perdre dans un grand fourre-tout superflu.

Et bien sûr, ils gagnent. Ils gagnent en poussant le trait à fond. Ils gagnent à arpenter ainsi ces paysages composites et déviants. Les récifs leur sont familiers. Ils sont libres comme une eau de spasme, indemnes de toutes les tempêtes. Guerre et paix chez eux, alarmes et fracas. Mais surtout : une improvisation qui ne ressemble à aucune autre. Un miracle ?

Jean-Pierre Drouet, Fred Frith, Louis Sclavis : Contretemps etc… (In Situ / Orkhêstra International)
Enregistrement : 2007. Edition : 2011.
CD : 01/ Premier mouvement 02/ Deuxième mouvement 03/ Troisième mouvement 04/ Quatrième mouvement 05/ Cinquième mouvement 06/ Sixième mouvement
Luc Bouquet © Le son du grisli

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Silencers : Balance des blancs (Sofa, 2011)

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Balance des blancs est un disque de Kim Myhr (à la guitare et aux objets résonant), Benoît Delbecq (au piano préparé), Nils Ostendorf (à la trompette) et Toma Gouband (aux percussions). Ils se sont appelés Silencers. Mais leurs titres sont en Français.

On ne sait pas très bien à quoi s'attendre quand Balance des blancs commence. On saisit l’idée d'ambient acoustique, microtonale, fragilisée par les harmoniques. La première surprise vient de Delbecq, plus discret qu’à son habitude (pour ce que j’en ai entendu sur disques en tout cas) alors que Myhr profère des menaces sonores qui ne manquent pas de sel. Au fond du tableau, Ostendorf joue un petit air. On dirait qu’il fait diversion.

Après quoi Delbecq émerge. Mais ses propositions sont trop simples pour enrichir la formule. Il se répète sans parvenir à trouver une issue pour créer individuellement sur l’accompagnement de ses partenaires. En conséquence il étouffe sous l’atmosphère qu’il a lui-même viciée en plaquant trop d'accords. Tous les réglages sont chamboulés. Dommage, même si on le savait : la balance des blancs, c’est très difficile.

Silencers : Balances des blancs (Sofa / Metamkine)
Enregistrement : 12 décembre 2009. Edition : 2011.
CD : 01/ Les rives 02/ En turbulence 03/ Embrasées 04/ Spires 05/ Encerclés
Héctor Cabrero © Le son du grisli

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Mural : Live at the Rothko Chapel (Rothko Chapel, 2011)

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Comme quoi, le hasard… Pour Nectars of Emergence, j’avais écrit que Mural entamait une ascension du « Mont Rothko ». Cela se confirme avec Live at the Rothko Chapel, où Mural refait l’intérieur du lieu cher à Morton Feldman.

Jim Denley (instruments à vent), Kim Myhr (guitare acoustique) et Ingar Zach (grosse caisse) se posent donc dans la chapelle. Ils réfléchissent. Le premier choisit de débiter des phrases tranchantes, le deuxième de bercer mollement ses camarades, le troisième de faire battre le cœur de Doom and Promise. Et son cœur bat si bien qu’il fait vibrer une corde, puis deux, etc. Une ronde se forme, maintenue en vie par le trio qui l’enveloppe sans arrêt de graves et de chaleur.

Comme la lumière qui l’atteint peut faire changer la vision qu’on a d’une toile, l’acoustique de la Rotkho Chapel fait varier la musique. Avec la résonance, les accords s’affaissent, les clefs claquent moins fort et la peau du tambour expie. Tout semble chuter mais à un moment les souffles les arpèges et les frottements refont surface. Tout simplement par ce que cette chapelle est une cathédrale. Elle accélère l’ascension des notes qui se multiplient par leur vibration. Il ne suffit même par d’avoir la foi (en Mural) pour s’en convaincre.

Mural : Live at the Rothko Chapel (Rothko Chapel / Metamkine)
Enregistrement : 4 mars 2010. Edition : 2011.
CD : 01/ Doom and Promise
Héctor Cabrero © Le son du grisli

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François Carrier, Alexey Lapin, Michel Lambert : Inner Spire (Leo, 2011) / Maïkroton Unit + Bewitched

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La régularité rythmique n’emprisonne que peu de temps l’improvisation éclatée de l’altiste François Carrier et du pianiste Alexey Lapin : très vite, Michel Lambert, percutant de son état, range le métronome-balais dans son cabas et brise en mille morceaux le mouvement qu’il venait d’imposer.

Chose évidente maintenant : le free jazz prend racine et se refuse à interpréter d’autres rivages. L’enchevêtrement harmonique du couple alto-piano, les espaces aménagés en début d’improvisation avortent (presque) toujours car l’heure est à la convulsion (et dans ce domaine, le saxophoniste surprend agréablement). De cet échec consommé naît une musique sans complexe, idéale d’énergie et de détournement. Frontale, sans courbes et sans cachoteries, elle navigue audacieuse et (presque) toujours convaincante.

François Carrier, Alexey Lapin, Michel Lambert : Inner Spire (Leo Records / Orkhêstra International)
Enregistrement : 2010. Edition : 2011.
CD : 01/ Inner Spire 02/ Square Away 03/ Tribe 04/ Round Trip 05/ Sacred Flow
Luc Bouquet © Le son du grisli

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En ce Maïkotron Unit enregistré au printemps 2010, on trouve Michel Lambert aux percussions et maïkotron associé à Michel Côté (maïkroton de même, saxophones et clarinettes) et Pierre Côté (basses et violoncelle). C’est là une musique de mélodies et d’atmosphères qui, lorsqu’elle n’intègre pas le champ d’un jazz délavé lorsqu’il n’est pas plutôt clinquant, parvient à arranger toquades et tourments au point d’élever une musique de chambre autrement convaincante. Ex-Voto en demi-teinte.

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Epilogue / Dedication / Transfiguration sont, dans l’ordre, les trois temps de cette improvisation produite par Intonema après avoir été donnée à Saint-Petersourg par Bewitched, association de Thomas Buckner (voix), Edyta Fil (flûte), Ilia Belorukov (saxophone alto et objets), Alexey Lapin (piano) et Juho Laitinen (voix et violoncelle). Si l’on pouvait craindre que la somme de deux lyrismes (celui de Buckner et celui de Lapin) entraîne le projet à sa perte, c’est une belle composition d’interventions déboîtées et fragiles que l’on développe ici. Encouragements à la flûte d’Edyta Fil.

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Frank Lowe : The Flam (Black Saint, 1975)

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Ce texte est extrait du premier volume de Free Fight, This Is Our (New) Thing. Retrouvez les quatre premiers tomes de Free Fight dans le livre Free Fight. This Is Our (New) Thing publié par Camion Blanc.

Sur la couverture de The Flam, Frank Lowe a le visage symboliste. On pense au sphinx de Boleslas Biegas, dont aurait été corrigée la moue défaite. Le regard est interrogateur, de musique sans doute est-il encore question – Val Wilmer n’insiste-t-elle pas, dans As Serious As Your Life, sur cette vie faite de musique et presque que de cela (jeu, écoute et palabre) ?

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En The Flam, Frank Lowe compose en effet au gré de ses interrogations. Hier, de beaux échanges avec Rashied Ali ou l’éventualité d’un monde à mettre en musique en compagnie de Don Cherry (Brown Rice, borderline). 20 et 21 octobre 1975, l’heure est aux réponses à apporter et le disque qui les consignera prendra le nom de la composition du saxophoniste qu’on y trouve : « The Flam » – définition rapportée : drumbeat consisting of two almost simultaneous strokes of which the first is a very rapid grace note.

Elle est une pièce de free teintée d’un exotisme amusé.  Sa direction est folle et semble avoir été attribuée à Alex Blake, bassiste qui dépose un solo avant d’engager les autres musiciens en présence à dire en belles échappées : Lowe premier de tous et puis Leo Smith (trompette, bugle, flûte), le tromboniste Joseph Bowie et le batteur Charles ‘’Bobo’’ Shaw. Un quartette, donc, dont le tromboniste et le batteur étaient déjà, quelques semaines plus tôt, de l’enregistrement de The Fresh. Un quartette, surtout, dont le raffinement est à entendre sur trois compositions et deux improvisations – la dernière, un solo de Smith, n’atteint pas la minute.

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Déjà sur Black Beings, premier disque personnel publié par ESP-Disk, Lowe avait délégué un peu de ses devoirs de compositeur – c’était alors à Joseph Jarman. Sur The Flam, c’est à Joseph Bowie – dont le « Sun Voyage » est un grand-ouvrage sur lequel Lowe et Smith rivalisent de découpes hardies – et Charles Shaw – sur le « Be-Bo-Bo-Be » duquel le ténor épaissit le trait ou vocalise pour que vole en éclats sa virulence multiforme.

Morceau d’archéologie personnelle : « Si le jazz rock a jamais existé, Frank Lowe en a donné ici l’épreuve la plus convaincante » (Way Ahead, Le Mot et le reste, 2011) : « Third St. Stomp »est une improvisation collective aux éléments de rythme longtemps étouffés. Blake à la basse électrique y apparaît en guitariste dément qui insère des vociférations de 45 (voire de 78) tours au creux du 33 pourtant fabriqué. Un free électrique que les interrogations sensées, les doutes inquiets et les subterfuges fantastiques que l’on trouve partout ailleurs sur The Flam, rehaussent de leur inédite harmonie.

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Florian Hecker : Speculative Solution (Editions Mego, 2011)

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Artiste au très mystérieux relâchement introspectif, Florian Hecker ne cesse de passionner son auditoire dès qu’il se pose devant son ordinateur et ses machines. Sans remonter à sa collaboration avec Yasunao Tone (un des disques les plus hard que j’ai jamais écoutés – et il y en a eu des paquets), l’excellence du musicien allemand s’était totalement révélée en 2009 sur le génialissime Acid In The Style Of David Tudor où les nerfs du nerd que je suis (parfois) sursautaient d’überenthousiasme à un niveau au-delà de l’épilepsie.

Treizième épisode du résident de Vienne, Speculative Solution se compose de deux pièces longues (32 et 19 minutes) entrecoupées de deux interludes d’environ trois minutes. Dès les premières secondes, les échos typiquement heckeriens nous indiquent la voie. Ruptures rythmiques incessantes, explorations aigües, échos magmatiques d’insectes bourdonnants, voire déclinaison inattendue d’une sirène d’ambulance(!), la vision défendue par l’artiste continue de tracer sa voie unique – dans le sens où elle ne ressemble à nulle autre, hormis peut-être Kevin Drumm.

Oui mais la fantaisie, me direz-vous ? Rassurez-vous, en plusieurs endroits, l’humour imprime sa marque, notamment dans les ultimes minutes de Speculative Solution 1 en montagnes russes électroniques abstraites. Ou alors sur le court Speculative Solution 2 au tempo en vases communicants qu'Hecker nous dévoile en mode inversé sur Speculative Solution 3. Ultime œuvre du coffret – livré avec un livret bilingue anglais / français de 160 pages et… cinq billes de métal (mais si) – Octave Chronics retrouve le goût démentiel de Prurient à la sortie d’une rencontre avec KTL et c’est tout autant étonnant.  

Florian Hecker : Speculative Solution (Editions Mego / Metamkine)
Enregistrement : 2009-2010. Edition : 2011.
CD (Box set) : 01/ Speculative Solution 1 2/ Speculative Solution 2 3/ Speculative Solution 3 4/ Octave Chronics
Fabrice Vanoverberg © Le son du grisli

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