Le son du grisli

Bruits qui changent de l'ordinaire

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Quatre vues de Sept pianos

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Quatre vues du quatrième hors-série du son du grisli dont le sujet est le piano. Portraits de Sophie Agnel, Charlemagne Palestine, John Tilbury, Jacques Demierre, Cecil Taylor, Alexander von Schlippenbach et Mal Waldron accompagnés de chroniques choisies. Soixante pages et leur notice en étui plastique numéroté. Dernières exemplaires déposés à Metamkine.

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Biosphere : N-Plants (Touch, 2011)

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Au cours de son (déjà) volumineux itinéraire, vingt ans eh oui, Geir Jenssen aka Biosphere n’a eu de cesse d’entrelacer les genres, le plus souvent pour notre plus subtil bonheur. Puisant dans les veines fertiles de l’électronique ce qu’elles ont de meilleur à offrir, des Boards of Canada à Plaid en passant par Jana Winderen et, qui d’autre, Fennesz, l’artiste norvégien produit, bon an, mal an, un œuvre de salubrité electronica dont se sont échappés les chefs-d’œuvre Microgravity¸ Insomnia ou Shenzhou – sans même évoquer l’excellent Wireless - Live At The Arnolfini, Bristol, dernière trace discographique de l’homme de Tromsø – qui, deux années plus tard, endosse ses plus beaux habits de Madame Irma.

Tentative d’explication, en trois actes. Nous sommes en février 2011, Jenssen travaille sur un nouveau projet, basé sur le miracle économique japonais de l’après-guerre. Après être tombé sur une photo de la centrale nucléaire de Mihama (sur l’autre côte du Japon par rapport à Tokyo et Fukushima), située en bord de mer et donc exposée à ce qu’on sait depuis, l’électronicien scandinave a dés lors tourné son regard sur l’architecture et la localisation particulières de ces sites industriels, curieux des risques immenses qu’ils faisaient courir en cas de catastrophe naturelle – et que, bien entendu, l’autorité de contrôle minimisait à qui mieux mieux sous un air de Tout va très bien, Madame la Marquise. Inutile de dire que, six mois après le tsunami et son désastre radioactif, les atmosphères de N-Plants résonnent d’une émotion bizarre, entre féerie électro-pop, réflexion post-dub et ambient sournoise passée au compteur Geiger.

Biosphere : N-Plants (Touch / Metamkine)
Edition : 2011
CD : 1/ Sendai-1 2/ Shika-1 3/ Jōyō 4/ Ikata-1 5/ Monju-1 6/ Genkai-1 7/ Ōi-1 8/ Monju-2 9/ Fujiko
Fabrice Vanoverberg © Le son du grisli


Pascal Marzan, John Russell : Translations (Emanem, 2011)

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De discrétions, naît le dialogue. Les interventions sont claires ou sèches. Le premier est à gauche (John Russell), le second à droite (Pascal Marzan). Si vous n’aimez pas les guitares, prévient le premier, aucune chance que vous aimiez ce disque !

De dialogues tendus en phases de relâchement, le duo improvise et compose cinq fois – c’était en 2007 et 2010. Des pièces qui élèvent le contraste au rang de principe (Marzan reprisant ici les motifs que Russell désassemble, une harmonique s’opposant là à un grattage insistant), changent une somme d’obsessions en ronde légère, commandent des houles qui vous emportent ou, plus simplement, cherchent à débarrasser ses auteurs de leurs habitudes – arpèges et accords rivalisent d’ingéniosité pour ce faire. C’est enfin Satie qu’on réinvente dans un jardin de conclusion. Des Translations d’humeur qu’il faut entendre en conséquence.

Pascal Marzan, John Russell : Translations (Emanem / Orkhêstra International)
Enregistrement : 5 février 2007 (01-03) et 22 mars 2010 (04-05). Edition : 2011.
CD : 01/ Don’t Tease Your Cat 02/ Eighty-eight Beautiful Canals 03/ Nightwork 04/ Kuulilennuteetunneliluuk 05/ In Mr Niwa’s Garden, Two Chickens Suddenly Ate a Crocodile
Guillaume Belhomme © Le son du grisli


Tom Waits : Bad As Me (Anti, 2011)

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Bad As Me ne bouleversera sans doute pas la discographie de Tom Waits mais il en est un bon élément. Un CD de rocaille, de folk et le blues, de rock pris aux racines…

Parfois quand même, c’est la grosse cavalerie (Chicago) et on peut frôler la chanson de marin (les Pogues ne sont pas loin sur Pay Me). Pour se rattraper, Waits se déguise en diva post-Billie (Kiss Me touche au cœur sous ses allures de My Man) ou, au contraire, distribue des claques comme lui seul sait le faire (comme Screamin’ Jay Hawkins savait le faire en son temps, sur des canevas aux vapeurs enivrantes).

Sur un disque de chansons, on peut souvent imaginer le chanteur seul et unique interprète ; or Tom Waits est, là encore, un cas à part. Il sait s’entourer. Pour preuve : Marc Ribot à la guitare (et parfois Keith Richards), Gino Robair aux percussions ou encore Clint Maedgen aux saxophones (dont un baryton qu’aurait sûrement embauché sur le champ Little Richard). Avec tout ça, on se dit que si la chanson est aussi bonne que Tom Waits prétend être mauvais (Bad As Me), alors on a bien le droit d'y revenir !

Tom Waits : Bas As Me (Anti / Pias)
Enregistrement : 2011. Edition : 2011.
CD : 01/ Chicago 02/ Raised Right Men 03/ Talking at the Same Time 04/ Get Lost 05/ Face to the Highway 06/ Pay Me 07/ Back in the Crowd 08/ Bad As Me 09/ Kiss Me 10/ Satisfied 11/ Last Leaf 12/ Hell Broke Luce 13/ New Year’s Eve
Pierre Cécile © Le son du grisli


Darius Jones : Big Gurl (AUM Fidelity, 2011)

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En trio (Adam Lane : contrebasse, Jason Nazary : batterie), Darius Jones se souvient de George Clinton et de ses Parliament-Funkadelic mais n’est jamais autant lui-même que lorsqu’il s’agit de déblayer le Take the « a » Train du couple Strayhorn-Ellington(A Train).

Ailleurs, le jeune altiste réitère les audacieux chemins des disques précédents : phrasé en torsade – vif et convulsif sur tempo rapide, lyrique et dissonant sur les ballades –, attaque forte, maintien et insistance de la note, harmoniques gloutonnes. Bref confirme sa belle singularité en attendant de convaincre totalement. A suivre donc…

EN ECOUTE >>> A Train

Darius Jones Trio : Big Gurl (Smell My Dreams) (Aum Fidelity / Orkhêstra International)
Enregistrement : 2011. Edition : 2011.
CD: 01/ E-Gaz 02/ Michele Love Willie 03/ A Train 04/ I Wish I Had a Choice 05/ My Special “D” 06/ Chasing the Ghost 07/ Ol’ Metal-Faced Bastard
Luc Bouquet © Le son du grisli



Rüdiger Carl, Sven-Åke Johansson: D’accord (SAJ, 2011)

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Ce D’accord est un double-disque de duos enregistrés avec Rüdiger Carl que publie Sven-Åke Johansson. Les deux hommes sont à l’accordéon ; le premier retournant parfois à la clarinette ; le second jouant aussi de la batterie et donnant quelques fois de la voix.

Premier disque. L’enregistrement date de 1997. Lorsque deux accordéons s’accordent, naissent des sons qui changent bien sûr l’instrument de son usage traditionnel. Abstrait en conséquence, le dialogue trouve d’autres formes selon les changements d’appareils : Carl se faisant plus mélodique à la clarinette, Johansson orientant l’exercice vers un théâtre musical lorsqu’il s’applique à un sérieux récitatif.

Second disque, enregistré cinq ans plus tard. Les recherches gagnent encore en vigueur, voire en nervosité. La clarinette se fait impétueuse pour répondre aux frottements et secouages par le biais desquels Johansson interroge l’accordéon. Encore quelques mots glissés dans la conversation et le voici regagnant la batterie : Carl à la clarinette, à l’accordéon, à la clarinette encore : la verve du duo s’occupe de constructions ludiques – ironie, élément essentiel de son vocabulaire – ou de minuscules morceaux d’atmosphère avec un art de l’enchaînement qui n’est pas pour rien dans la réussite de l’accord promis.

Rüdiger Carl, Sven-Åke Johansson: D’accord (SAJ / Metamkine)
Enregistrement : 1997 & 2002. Edition : 2011.
CD1 : 01/ Accoacc I 02/ Accoacc II 03/ Clacc I 04/ Accodrum I 05/ Accodrum II 06/ Gesacco I 07/ Gesacco II 08/ Gesacco III “Handschuhfabrikation” 09/ Accodrum III 10/ Accoacc III 11/ Accoacc IV 12/ Accoacc V – CD2 : 01/ Langer Ludwig 02/ Schlosskeller 03/ Mathildenhöhe 04/ Ferienkurse 05/ Fünffingerturm
Guillaume Belhomme © Le son du grisli


M. Ostermeier : The Rules of Another Small World (Tench, 2011)

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A la lecture du patronyme de Marcus Ostermeier, alias M. Ostermeier, les souvenirs brumeux d’un mini-album trois pouces (Percolate) sur [ parvoart ] recordings ont rapidement refait surface. Une tentante réécoute plus tard, l’étrange univers mi-spatial mi-ambient du producteur de Baltimore n’a nullement perdu de sa douce pertinence et c’est avec grand intérêt que nos oreilles se sont jetées sur The Rules of Another Small World, sorti sur son propre label Tench.

Minimaliste tout en déployant une belle densité sonore aux atours colorés de vif, le monde d’Ostermeier ingurgite les envies passées de Cluster et Harold Budd en les présentant à Benjamin Lew, en onze déclinaisons séduisantes et bienvenues. D’un calme trompeur, on ne sait trop s’il invite à la méditation ou à l’inquiétude, les compositions électro-acoustiques déploient lentement – et cela ne rime jamais avec ennuyant – des trésors harmoniques dissimulés sous des micro-mélodies en format pop (trois minutes environ). Illustrant à merveille l’ambiance d’un monde dont on ne sait plus trop s’il est futuriste ou en bout de course, la splendide pochette montre une étrange colonie moderniste abandonnée, tels des OVNIs abandonnés dans une contrée humide (Taiwan en l’occurrence) redessinée par l’immense architecte brésilien Oscar Niemeyer. Etrange et beau, indeed.

M. Ostermeier : The Rules of Another Small World (Tench)
Edition : 2011.
CD : 1/ Micro Forest Updraft 2/ Streambed Arrangement 3/ Sunlight On My Desk 4/ I Took Out Your Picture 5/ Floorboards, Well-Worn 6/ Trickle Down 7/ Fast Darters 8/ Underwater Drifting 9/ Retreating Night 10/ Suspicions 11/ Ngth
Fabrice Vanoverberg © Le son du grisli


Aki Takase, Han Bennink : 2 for 2 (Intakt, 2011)

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Est-ce un hasard si ballade et ragtime, après exemplaires exposés, se voient détournés de leur essence au profit d’éclatements free avant retour aux sources ? Monk,  souvent évoqué ici (Locomotive, Raise Four) échappe à ce procédé et retrouve toujours son blues originel. Dire qu’il hante de joyeuses façon (A Chotto Matte) ce disque n’est pas peu dire : il déborde de ses harmonies saillantes la quasi-totalité de ses seize plages.

Aki Takase est donc cette pianiste qui compose, improvise, projette passé et futur. Mordante avec Monk, ample avec les ballades (un peu de Bill Evans avec Knut), précise et rigoureuse avec ses propres compositions (Rolled Up), elle arme d’amour son compagnon, ici le grand Han Bennink. Lequel Bennink, retrouve dans sa caisse claire le swing éternel des Cozy Cole et autre Papa Jo Jones. Moins tonitruant qu’à l’ordinaire, totalement à l’écoute de sa partenaire, il furète et distille l’évidence avec gourmandise et générosité. Beau duo donc.

Aki Takase, Han Bennink : 2 for 2 (Intakt / Orkhêstra International)
Enregistrement : 2011. Edition : 2011.
CD : 01/ Two for Two 02/ My Tokyo 03/ Locomotive 04/ Zankapel 05/ Knut 06/ Baumkuchen 07/ Monochrome 08/ Raise Four 09/ Do You What It Means to Miss New Orleans? 10/ A Chotto Matte 11/ Hat & Beard 12/ Ohana Han 13/ Rolled Up 14/ Hell und Dunkel 15/ Hommage to Thelonious Monk 16/ Two for Two
Luc Bouquet © Le son du grisli


Pauline Oliveros, Francisco Lopez, Doug Van Nort, Jonas Braasch : Quartet for the End of Space (Pogus, 2011)

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Au sortir de deux séances d’improvisation et d’un concert donné en septembre 2010 à New York, le quartette en place (Triple Point que forment Pauline Oliveros, Doug Van Nort et Jonas Braasch augmenté de Francisco López) aura glané assez de matériau pour permettre à chacun de ses membres d’en faire ici, par deux fois, sa propre chose sonore.

Les huit propositions électroacoustiques réunies sur Quartet for the End of Space, de varier en conséquence. Quand Doug Van Nort peint de volumineux espaces sous la menace de menaçantes espèces synthétiques (Outer) sinon ouverts aux quatre vents (Inner), Francisco López arrange toutes interventions en rafales-parasites (Untitled #270) ou en impérieux totems sifflants (Untitled #273).

Inquiets davantage qu’on n’oublie pas la nature des instruments au départ utilisés, Jonas Braasch s’adonne, lui, à des jeux de construction (Web Doppelgänger) qui pourraient lui permettre de décrocher une ou deux étoiles (Snow Drifts) tandis que Pauline Oliveros dispose des trajectoires de claviers transformés dans le sillage de Sun Ra (Mercury Retrograde) ou passe des bandes à la moulinette afin de mettre au jour une ode à la métamorphose (Cyber Talk). Ici ou là, quelques essoufflements : mais des essouflements de personnalités follement investies.

Pauline Oliveros, Francisco Lopez, Doug Van Nort, Jonas Braasch : Quartet for the End of Space (Pogus / Metamkine)
Enregistrement : 2010. Edition : 2011.
01/ Doug Van Nort : Outer. 02/ Jonas Braasch : Web Doppelgänger. 03/ Francisco Lopez : Untitled #270. 04/ pauline oliveros : Mercury Retrograde 05/ Jonas Braasch : Snow Drifts. 06/ Doug Van Nort : Inner 07/ Oliveros : Cyber Talk 08/ Francisco Lopez : Untitled #273
Guillaume Belhomme © Le son du grisli


Simon Nabatov : Square Down (Leo, 2011)

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Pas de round d’observation pour Simon Nabatov (piano), Ernst Reijseger (violoncelle) et Matthias Schubert (saxophone ténor). Idem pour les politesses : l’improvisation est de feu et de braises.

Le violoncelliste fait saigner son archet ici, imite la scie musicale ailleurs puis choisit d’embrouiller doigts et cordes avant le nouvel orage. Par paliers et sans bouée de sauvetage, le saxophoniste dévide un souffle filandreux, impeccable de sauvagerie rentrée. Le pianiste martèle, rejette tendresse et n’effrite jamais le territoire acide qu’il vient de jauger.

Hors cadre quand il s’agit de laisser, lentement, propager de sombres menaces ou totalement décomplexée quand les musiciens laissent libre cours à leurs excès (réminiscence du contre-chant tristanien ?), la musique de Square Down est de celles qui n’irriteront que les obnubilés de la forme. Car ici, on ose s’élancer ensemble puis se contredire. On aime bifurquer sans permission et sans règle. On aime être libre tout simplement.

Simon Nabatov, Ernst Reijseger, Matthias Schubert : Square Down (Leo Records / Orkhêstra International)
Enregistrement : 2009. Edition : 2011.
CD : 01/ Long Haul 02/ Genostasis 03/ Run for It 04/ Chapter & Verse 05/ Plangent Cry 06/ Giant Lips
Luc Bouquet © Le son du grisli



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