Le son du grisli

Bruits qui changent de l'ordinaire

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Jazz en MarsA paraître : le son du grisli #5En librairie : Bucket of Blood de Steve Potts

Premier Roeles : Ka Da Ver (Vindu, 2011)

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Possibles héritiers du free jazz américain des sixties et d’une improvisation européenne plus récente, les quatre musiciens de Premier Roles (Fred Van Dui Jnhoven : batterie, Nico Hui Jbregts : piano, Gerard van der Kemp : saxophones, Harjan Roeles : contrebasse), s’inscrivent dans la lignée de groupes tels que The Fish ou Return of the New Thing.

Improvisation courtes – voire très courtes – (zapping abrasif, tirades répétitives) ou improvisations plus longues et approfondies (soprano étranglé et leader d’un cadre aux contours éclatés), la musique de Premier Roeles rejette toute notion de forme et de préconçu. En ce sens, indique et précise sa position – non négligeable – au sein des musiques improvisées européennes. Court CD (33 minutes) mais néanmoins porteur de réelles promesses.

Premier Roeles : Ka Da Ver (Vindu)
Enregistrement : 30 août 2009. Edition : 2011.
CD : 01/ Frédéric 02/ A 03/ Waitzing Joe 04/ Chicken B 05/ Daver K 06/ Grasbestlevend – Eskie
Luc Bouquet © Le son du grisli



Sophie Agnel : Solo (Vandoeuvre, 2000)

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Cette chronique est extraite de sept pianos, quatrième hors-série papier publié par le son du grisli.

En janvier et mars de cette année-là, Sophie Agnel n’en est pas encore à chercher un équilibre entre silence et murmure. Seule, ses intentions tiennent en des suites de notes – non pas conventionnelles, mais sauvagement classiques – nées de l’action de marteaux envieux de la force des masses ou de l’extinction de clusters à moitié.

La couverture du disque le prouve pourtant : la pianiste cherche déjà à l’intérieur de l’instrument, et avec accessoires. La corde peut être grattée, envisagée même érodée ou irritée ; le piano, toutefois, pas encore usé jusqu’à la corde. Des référents le prouvent : l’improvisation emprunte au « vocabulaire » contemporain quelques éléments de construction ; un motif peut revenir entre deux frappes étouffées…

Si les pièces et leurs agencements se passent encore de compacité imposante, on remarque souvent un penchant pour les graves : les recherches de Souffle et de Bégayer (ce langage empêché mais porté aussi par la pédale de soutien) alimentent ainsi en échos tos les enregistrements à suivre de Sophie Agnel.

Sophie Agnel : Solo (Vandoeuvre)
Enregistrement : 2000. Edition : 2000.
CD : 01/ Et à la fin il arrive avec son vélo 02/ Souffle 03/ bégayer 04/ Petite Phalène 05/ Ma main me fait des signes 06/ Monique à la plage 07/ Gratter 08/ Rouge 09/ Fourbi
Guillaume Belhomme © le son du grisli


Meredith Monk : Songs of Ascension (ECM, 2011)

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Meredith Monk. Meredith Monk tourne dans une installation de l’artiste Ann Hamilton. Meredith Monk tourne dans une installation de l’artiste Ann Hamilton avec un ensemble vocal du nom de Vocal Ensemble. Avec un quatuor à cordes du nom de Todd Reynolds Quartet. Et avec des vocalistes de MG et de la Montclair State University. Ce qui, pour une installation, fait beaucoup de monde à supporter. Mais enfin, il y a la grâce de Meredith Monk.

Dans l’escalier hélicoïdal de l’installation (en fait une Tour de Babel minimale), Meredith revêt ses habits de chaman et s’improvise maître d’ouvrage : bras levés, elle commande aux voix qui propulseront son minimalisme vers le haut. Les chanteurs se rassemblent, se font la courte-échelle, sautent sur des trampolines, leur but est de passer le grand mur. Pour les y aider, il y a les refrains qui mettent du baume au cœur plus la présence de quelques instruments (des violons, un accordéon et des percussions). Mais impossible de franchir le mur. Les voix y sont enfermées. Bel et bien enfermées. Leur chant est triste maintenant. Il leur reste à trouver un endroit où appeler à l’aide et attendre qu'on vienne les chercher. Songs of Ascension est ce que contenait la bouteille qu’elles ont lancée à la mer.

Meredith Monk : Songs of Ascension (ECM New Series / Amazon)
Enregistrement : 2009. Edition : 2011.
CD : 01/ Clusters 1 02/ Strand 03/ Winter Variation 04/ Cloud Code 05/ Shift 06/ Mapping 07/ Summer Variation 08/ Vow 09/ Clusters 2 10/ Falling 11/ Burn 12/ Strand (Inner Psalm) 13/ Autumn Variation 14/ Ledge Dance 15/ traces 16/ Respite 17/ Mapping Continued 18/ Clusters 3 19/ Spring Variation 20/ Fathom 21/ Ascent
Héctor Cabrero © Le son du grisli


FourColor : As Pleat (12K, 2011)

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Voici quelques années, un projet made in Belgium (le duo Tangtype et son Flake Out pour ne pas le citer) m’avait carrément retourné les tripes du folkeux à lunettes que je suis. Combinant les superbes inflexions vocales de Julie Cambier aux tripatouillages électroniques de Jean-François Brohée, le disque avait tracé un sillon dans lequel je désespérais de trouver un successeur.

Bien que les ingrédients instrumentaux du présent As Pleat diffèrent relativement – ils s’inscrivent davantage dans une micro-tonalité qui laisse globalement de côté un certain bruitisme – ils retrouvent en la douce Sanae Yamasaki aka Moskitoo une vocaliste de tout premier plan, dont on regrette seulement qu’elle ne soit présente que sur deux titres (Quiet Gray 1). Au-delà de la très attendue sympathie que j’éprouve pour les chanteuses japonaises sœurs de toutes les Tujiko Noriko de l’archipel, les déclinaisons électro-acoustiques de FourColor, alias pigmenté du Nippon Keiichi Sugimoto ne surprendront en aucune façon les habitués du label new-yorkais 12K. Un peu comme si un supplément d’âme venait à manquer – à la lecture des lignes qui précèdent, on vous laisse deviner lequel : il finit en o – l’ambigüité de la démarche incite à cocher la case regret éternel – et les Tangtype peuvent dormir sur leurs quatre oreilles.  

Fourcolor : As Pleat (12K)
Edition : 2011.
CD : 01/ Quiet Gray 1 02/ Skating Azure 03/ Bleach Black 04/Frosted Mint 05/ Carmine Fall 06/ Ecru Diver 07/ Snow Petal 08/ Iris (Familiar) 09/ Canary Breath 10/ Quiet Gray 2
Fabrice Vanoverberg © Le son du grisli


Ressuage : Semelles de fondation (Bloc Thyristors, 2011) / Irau Oki, Benjamin Duboc : Nobusiko (Improvising Beings, 2010)

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Sous le nom de Ressuage– technique inquiète de lourd et de métallique – agissent Itaru Oki (trompette, bugle et flûtes), Michel Pilz (clarinette basse), Benjamin Duboc (contrebasse), Jean-Noël Cognard (batterie), Patrick Müller (« electronsonic ») et Sébastien Rivas (ordinateur).

Sous un ciel de soupçon se dressent ces Semelles de fondation : plantées là, auxquelles le climat s’adapte maintenant : une note de contrebasse tombe, la flûte et la clarinette invectivent, la cymbale menace et l’électricité gagne du terrain. Sous les coups de Cognard, elle finit d’ailleurs par faire éclater une pluie d’éléments variés qui retomberont lentement, au son des effets d’étouffoirs et de transformateurs. La suite, sur l’autre face, délivre un exercice plus atmosphérique : valse de gimmicks sous réverbération. La fusion industrielle rêvée a tous les charmes de l’exercice artisanal qu’un jeu de citations opposant Oki et Pilz changera en improvisation amène.

Ressuage : Semelles de fondation (Bloc Thyristors / Metamkine)
Enregistrement : 29 et 30 novembre 2010. Edition : 2011.
LP : A1/ Portiques indéformables A2/ De béton et de verre A3/ Les travées basses des façades A4/ Module d’échanges B1/ Pré-tension B2/ Voiles suspendues B3/ Emprise ferroviaire B4/ Long pan opposé
Guillaume Belhomme © Le son du grisli

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Plus tôt (15 décembre 2009), la paire Itaru Oki / Benjamin Duboc enregistrait Nobusiko. Donnant de la voix, passant de trompette en flûte et de bugle en percussions, le premier construit sur le solide soutien du second des mélodies réservées et des pièces plus vindicatives – ici Duboc accompagne (Foudo), là il provoque (Harawata), ailleurs encore s’emporte à l’archet (Siwasu). Remisant ses éclats, Oki tranquillise alors. Nobusiko est l’histoire d’un équilibre trouvé à deux, un geste après l’autre.



Francesco Forges, Gianni Lenoci : Au fond de la nuit (Petit Label, 2011)

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Deux passeurs traversés par de si nombreuses choses : le jazz, l’improvisation, les musiques classiques et contemporaines.

Voici donc Francesco Forges, sa voix parlée, chantée au service des mots de Caproni, Aragon, Girondo, Rosselli. Voici sa flûte, chuchotant des vents légers et enveloppants. Voici sa flûte ne déballant que le strict nécessaire. Voici Gianni Lenoci et son piano, mi-Waldron, mi-Debussy. Voici un piano connaissant les vertus du silence et de l’espace. Un piano au service des mots et des sens.

Quant on connait la difficulté, le fragile équilibre entre vocables et improvisation, quand s’allonge jour après jour la liste des échecs, on ne peut que s’enthousiasmer pour ce petit miracle de douceur et d’inspiration mêlées.

Francesco Forges, Gianni Lenoci : Au fond de la nuit (Petit Label)
Enregistrement : 2004. Edition : 2011.
CD : 01/ Nelle ore notturne 02/ Frases incorrectas 03/ Au fond de la nuit 04/ For Call Cobbs 05/ Nocturno 06/ Singing Rot 07/ But It Was Only when the Town Was Asleep 08/ Steve Lacy, in memoriam 09/ Sleeplessness
Luc Bouquet © Le son du grisli


John Duncan, Michael Esposito, Z’ev : There Must Be A Way Across This River / The Abject (Fragment Factory, 2011)

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Sur la première face, je suis invité par John Duncan en personne à passer une porte basse. Je le précède donc et emprunte un escalier qui descend. A chacun de nos pas, l’escalier répond par des sortes de grincements tandis qu’une voix murmure à mon oreille (peut-être cherche-t-elle à me prévenir ?). Je suis inquiet et en plus claustrophobe mais j’avance jusqu’en face B.

J’entre alors dans une pièce où sont assis d’autres invités et je m’assois. Z’ev est là, debout qui s’agite tandis qu’une autre voix raconte sa maison d’enfance, nous la fait visiter. Cette voix remue des souvenirs pendant que Z’ev mime le passage des fantômes soulevés à la machine à neutrons. La poésie est noire, mais moins que ce qu’on veut nous cacher. En effet, d’une porte qui doit être dérobée nous parviennent d’autres cris d'une souffrance presque aussi terrible que celle de ces « laissez moi mon triple A ! » que l'on entend partout.

Ce que laissent entendre ces deux collaborations de Michael Esposito (electronics, voix, enregistrements) sont peut-être moins impressionnantes que ce qu’elles nous cachent. Après la réunion, je reste assis quelques minutes au même endroit, la pièce est déserte et les voix se sont tues. Je rêve de ce qu’aurait pu m’apprendre une troisième face, et une quatrième, etc. Je suis rassuré mais pas apaisé. Il me faut reprendre cette porte basse.

EN ECOUTE >>> There Must Be A Way Across This River (extrait)

John Duncan, Michael Esposito, Z’ev : There Must Be A Way Across This River / The Abject (Fragment Factory)
Enregistrement : 2009. Edition : 2011.
LP : A/ There Must Be A Way Across This River B/ The Abject
Pierre Cécile © Le son du grisli


Marianne Pousseur : Only (Sub Rosa, 2011)

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Only est une sélection d’airs qui permet à la soprano Marianne Pousseur de faire état des belles manières qu’elle a de s’emparer de mots mis en musique. Seule le plus souvent et « en situations » (dans une voiture en marche, une chapelle ou encore en forêt), elle reprend-là Cage, Feldman, Scelsi

Derrière la voix douce, le bruit d’un clignotant : The Wonderful Widow of Eighteen Springs pour lequel Cage a emprunté des éléments à Finnegans Wake est une berceuse captivante qui s’effacera devant les notes en dissolution lente que Feldman a cachées derrière des phrases de Rilke (Only). Une autre berceuse, mais menaçante et enregistrée dans une école, saura inspirer Pousseur : ce celte Lustukru de Théodore Botrel qui en appelle à l’Hungry Child de Frederic Rzewski.

Le recueil renferme aussi des airs de Giacinto Scelsi et Hanns Eisler, compositeurs auxquels la chanteuse a déjà consacré deux ouvrages – Songs et Trei Canti Popolari – , leurs structures flottantes ou strictes lui allant à merveille. Peut-être est-ce ici que Marianne Pousseur doit être attentive à son équilibre et, habile, parvient à ne le perdre jamais. Ce que pourraient confirmer les exceptions que sont ces quatre chants sépharades au goût de folklore las ou la Lettre d’Epicure de György Kurtág : pièces plus accommodantes qui se laissent, elles, interrompre par les bruits de notre quotidien.

EN ECOUTE >>> Hungry Child

Marianne Pousseur : Only (Sub Rosa / Orkhêstra International)
Edition : 2011.
CD : 01/ John  Cage : The Wonderful Widow of Eighteen Springs 02/ Morton Feldman : Only 03/ Hanns Eisler : Von der Freundlichkeit der Welt Hanns Eisler 04/ Giacinto Scelsi : Hô 1 / Hô 2 05/ György Kurtág : Letre d’Epicure 1, 2, 3, 4 06/ Henri Pousseur : Mnémosyne 07/ Frederic Rzewski : Hungry Child 08/ John Cage : Experience N°2 09/ Sephardic Songs : El mundo entero / Abre tu puerta / Bre sarica / Que hermoza 10/ Henri Pousseur : Un jour 11/ Théodore Botrel : Lustukru 12/ Rudolf Sieczynski : Wien Wien nur du allein
Guillaume Belhomme © Le son du grisli


Mario Rechtern, Eric Zinman : Zorn (Improvising Beings, 2011)

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Impossible de ne pas songer à AM4, trio composé d’Uli Scherer, Wolfgang Puschnig et Linda Sharrock à l’écoute de certaines plages de Zorn.

Et si ne surgit pas la grave voix de Linda Sharrock, s’affirme ici une musique intrigante, intransigeante, passionnante. Poussiéreux et perçants sont les saxophones de Mario Rechtern. Opaque ou au contraire émancipé est le piano d’Eric Zinman. Violence (le disque ne s’intitule-t-il pas Zorn ?) et amertume s’additionnent et ne quittent jamais l’espace investi par le duo. Soit un aven profond ne s’évidant jamais et persistant longtemps après écoute.

Avec son lyrisme belliqueux entre ultimatum et strangulation, lenteur et fausse retenue, Zorn est la très bonne nouvelle de cette rentrée musicale.

Mario Rechtern, Eric Zinman : Zorn (Improvising Beings / Orkhêstra International)
Enregistrement : 2007 & 2008 / Edition : 2011
CD : 01/ The Guy of the Village Zorn 02/ Dancing on a Wet Mirage of 03/ Pink, Blue & Green 04/ A Mirage of Stone Tears, Dry 05/ And Deceived of Hopes 06/ A pompe funèbre for the divorcée 07/ Were Demons Die on High and on a Cloud 08/ That Is the Resolution : KICICIC IYA
Luc Bouquet © Le son du grisli


Quatre vues de Sept pianos

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Quatre vues du quatrième hors-série du son du grisli dont le sujet est le piano. Portraits de Sophie Agnel, Charlemagne Palestine, John Tilbury, Jacques Demierre, Cecil Taylor, Alexander von Schlippenbach et Mal Waldron accompagnés de chroniques choisies. Soixante pages et leur notice en étui plastique numéroté. Dernières exemplaires déposés à Metamkine.

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