Le son du grisli

Bruits qui changent de l'ordinaire

Newsletter

suivre le son du grisli Fil RSS au grisli clandestin Contact

Jackie McLean de Guillaume BelhommeParution : le son du grisli #5PJ Harvey : Dry de Guillaume Belhomme
Archives des interviews du son du grisli

The Ames Room : Bird Dies (Clean Feed, 2011)

the_ames_room_bird_dies

Après s’être souvenu sur In de concerts donnés à Niort et à Poznan, The Ames Room voit publiée sur Clean Feed une équation singulière : The Ames Room in Lille = Bird Dies. L’enregistrement date du 10 mars 2010 et renferme une pièce unique. Elle est, il va presque sans dire, recommandable à plus d’un titre.

Sur Bird Dies donc, l’association Guionnet / Thomas / Guthrie enfonce le clou à coups de bec, d’archet et de baguette : d’une pratique musicale wisigothe, d’une épreuve d’endurance et d’intensité, d’une scansion répétitive qui trouve son salut dans l’accident, d’un jeu de dupes enfin auquel se livre, bonhomme, la réunion de trois boutefeux.

D’abord, l’alto de Guionnet bute : ses partenaires filtrent ses premiers motifs (frappes joueuses de Guthrie) ou les lui renvoient au visage (claques assénées par Thomas sur contrebasse-catapulte). Là, Guionnet esquive et, obstiné, décide d’un autre plan : comme en un jeu de briques il fait tourner ses phrases courtes de degré en degré jusqu’à ce qu’elles s’imbriquent dans le mur épais que le trio élève. Qui impressionne, une fois terminé, à en croire le nombre d’oiseaux inertes retrouvés à son pied. 

The Ames Room : Bird Dies (Clean Feed / Orkhêstra International)
Enregistrement : 10 mars 2010. Edition : 2011.
CD : 01/ Bird Dies
Guillaume Belhomme © Le son du grisli

total_meetingJean-Luc Guionnet jouera à Paris ce vendredi 9 décembre en duo avec Seijiro Murayama (Jazz at Home). Le dimanche 11 décembre, il jouera à Tours, cette fois en Hubbub (Total Meeting).



Adam Pieronczyk : El buscador (Jazzwerkstatt, 2010)

adam_pieronczyk_el_buscador

Ça s’appelle El Buscador. Il y a un leader (le saxophoniste polonais Adam Pieronczyk) et des sidemens (le tromboniste Adrian Mears, le contrebassiste Anthony Cox, le batteur Krzysztof Dziedzic). Il y a du jazz et presque que cela. Et il y a aussi un ennui kolossal. Mais il y aussi le rôle du chroniqueur qui est celui d’informer.

Donc informons : un ténor soyeux, un soprano quelconque, des contrepoints rarement avisés, une contrebasse qui régule les fluides, des compositions et orchestrations semblant extraites des derniers CD d’Henri Texier (en beaucoup moins bien), des densités toujours remises à plus tard, des solos sans inspiration ni aspérités, des lignes claires mais inhabitées. Il y a tout cela mais si peu d’idées nouvelles que l’écoute en résulte éprouvante.

Adam Pieronczyk Quartet : El Buscador (JazzWerkstatt)
Enregistrement : 2008. Edition : 2010.
CD : 01/ Ivolginskij Dacan 02/ The Bushido Code 03/ Tranquil Prestidigitator 04/ Copernicus 05/ Andalusian Garden Bel Canto 06/ If I Ever Sawthe Seashore, I Believe I’d Die of Joy 07/ Muniak & Pieronczyk Best Bakers in Town 08/ The Storks of Marrakech
Luc Bouquet © Le son du grisli


Misha Mengelberg, Evan Parker : It Won't Be Called Broken Chair (Psi, 2011)

misha_mengelberg_evan_parker_it_won_t_be_called_broken_chair

Le statut de « vénérables vétérans » fait-il du duo de ces « figures de l'improvisation euro-péenne » une évidence ? Pas si sûr...

Faut-il s'étonner qu'il n'ait pas été formé avant cette rencontre au Bimhuis amstellodamois en février 2006 ? Sans doute, mais cela semble significatif.

Les deux longues improvisations (l'une pendant le concert même, l'autre avant l'arrivée du public) retenues sur ce disque (bien que deux autres pièces avec EP au saxophone soprano aient été enregistrées – c'est ce que révèle l'amusant livret que signe Steve Beresford) témoignent sans erreur de la fructueuse association des principes – divergents, vraiment ?! – qu'incarnent ou semblent incarner Evan Parker (saxophone ténor) & Misha Mengelberg (piano).

Le raccourci bien commode qui voudrait que le premier soit « volcanique » et le second « dégagé » ne tient pas longtemps : à la prolifération attendue, le souffleur sait préférer d'assez suaves linéarités jazz ; et le pianiste ne s'épuise pas plus en gambades fantasques qu'en sauts dégingandés. Si, çà et là, les esprits s'échauffent un peu, le jeu, avec son économie propre, prime toujours : celui de cache-cache, celui du cadavre exquis (ou de la citation exhumée), celui du stride contre le phrasé rêveur...

Pour celui des échecs (avec saxophoniste), Misha avait trouvé un partenaire en Lacy ; pour celui de colin-maillard (avec pianiste), Evan connaît Tilbury, et Tracey pour le scrabble, et Schlippenbach pour celui de go. Ensemble, Parker & Mengelberg jouent, joutent et nous réjouissent.

Misha Mengelberg, Evan Parker : It Won't Be Called Broken Chair (Psi / Orkhêstra International)
Enregistrement : 18 février 2006. Edition : 2011.
CD 01/ Broken Chair 02/ At the Magician's
Guillaume Tarche © Le son du grisli


Ig Henneman : Cut A Paper (Wig, 2011)

ig_henneman_cut_a_paper

Sûr que les recrues du sextette d’Ig Henneman font pâlir d’envie plus d’un orchestre épais – qu’ils versent ou non dans la musique intègre. Ainsi y trouve-t-on aux côtés de la violoniste : Ab Baars (saxophone ténor, clarinette, shakuhachi), Axel Dörner (trompette), Lori Freedman (clarinette, clarinette basse), Wilbert de Joode (contrebasse) et Marilyn Lerner (piano).

Sur des compositions d’Henneman, le groupe accorde ses savoir-faire et ses penchants fantasques : à partir d’une citation de Monk, sert une pièce aussi cérébrale que ludique (Moot) ; touché par le souffle de Dörner, caresse d’autres espoirs de réduction (Rivulet, Precarious Gait) ; enivré par ses frasques instrumentales, entame une danse macabre (Cut A Paper) ou transforme des souvenirs de standards en pièce d’un théâtre musical où les tirades en démontrent (Brain and Body).

A la proue du vaisseau – Hollandais volant, il va sans dire –, Henneman peut ressasser une trouvaille mélodique et l’interroger au gré d’arrangements précis (Light Verse), commander à tel élément de sa troupe de s’en extirper, histoire de voir ce qu’il est capable d’inventer hors d’elle (Narration) ou encore peindre à coup d’archet des collisions d’oiseaux de feu (Toe and Heel). N’est-ce pas assez pour aller entendre Cut A Paper * ?

EN ECOUTE >>> Fervid
 
Ig Henneman : Cut a Paper (Wig)
CD : 01/ Moot 02/ Light Verse 03/ Brain and Body 04/ Rivulet 05/ Narration 06/ Toe and Heel 07/ Fervid 08/ Cut a Paper 09/ Precarious Gait 10/ A Far Cry
Enregistrement : 19 et 20 décembre 2010. Edition : 2011.
Guillaume Belhomme © Le son du grisli

tm* et, ce samedi 10 décembre, l’Ig Henneman Sextet à Tours, dans le cadre du festival Total Meeting?


Ab Baars Trio : 20 Years 1991-2011 (Wig, 2011)

ab_baars_trio_20_years

Pour fêter dignement une vingtaine d’années passée en trio en compagnie de Wilbert de Joode (contrebasse) et Martin van Duynhoven (batterie), Ab Baars met en boîte quatre de ses anciens enregistrements accompagné d’un autre, inédit. Brève description de l'ensemble : 

3900 Carol Court : premier album de l’Ab Baars Trio qui emprunte son titre à l’adresse de John Carter à Los Angeles – Baars passa-là deux mois de 1989 à prendre des leçons du clarinettiste. Morceau d’archéologie personnelle : Premier disque enregistré par l’Ab Baars Trio, 3900 Carol Court célèbre l’entente immédiate de musiciens aux parcours différents : formation classique pour Baars, improvisation abordée en autodidacte pour Wilbert de Joode, expérience auprès de musiciens de jazz (Dexter Gordon, Frank Wright, Willem Breuker) pour Martin van Duynhoven. Sur ses propres compositions – si ce n’est « Trav'lin in Plastic Dreams », signée John Lewis –, Baars passe de clarinette (qu’il privilégie sur ballades) en saxophone ténor et conduit des échanges souvent revêches, qu’il s’agisse de rendre la marche dérangée de « Kimmel » ou de peindre les fiévreux climats de « Krang » ou « Asor ». [Way Ahead, Le mot et le reste, 2011]

A Free Step, The Music of John Carter : cinq ans plus tard, la veuve de John Carter (disparu au printemps 1991) remet à Baars les partitions de son mari en lui permettant de les arranger comme il l’entend. A la clarinette et au ténor, Baars, aidé de ses partenaires, démontre alors d’un swing capable de libertés audacieuses pour régler son pas original sur celui du maître (ainsi A Free Step met-il au jour un folklore restauré par une science musicale ouverte).

Party at the Bimhuis : le 17 janvier 2003, pour ses 10 ans, l’Ab Baars Trio donnait au Bimhuis un concert en compagnie d’invités choisis : Ig Henneman, Misha Mengelberg, Guus Jansen et Mariette Rouppe Van der Voort. Selon les combinaisons, le disque va d’échanges tortueux (durant lesquels Baars, Joode et Duynhoven peuvent jouer les simples spectateurs) en accords fantasques – au son du free sixties de Von ou de Portrait of Roswell Rudd, tromboniste avec lequel le trio enregistra Four en 1998.

Songs : enregistré le 4 février 2000, Songs voit les trois hommes interpréter (Indiaan de Guus Janssen, Cherokee de Ray Noble, The Indians de Charles Ives) ou inventer quelques chants d’Amérique qui célèbrent ses premiers habitants : les danses indiennes sont-là de Baars qui, à l'instar de Carter encore, s’appuie sur un folklore imaginaire pour défendre ses singulières conceptions musicales (le solo de Joode sur Wolf Song ne le prouve-t-il pas à lui seul ?).

Gawky Stride : ici, le cinquième disque et l’inédit. Enregistré le 9 février dernier, il fait défiler des compositions de Baars dont le trio ne s’est pas entretenu des arrangements avant l’interprétation. En conséquence, le ténor (lorsqu'il n'est pas troqué pour un apaisant shakuhachi) doit trouver son équilibre sur la batterie plus fluide de Duynhoven (Spray of Rocks) ou parer les assauts amicaux de l’archet de Joode (Wake Up Call). La saveur est nouvelle et démontre que la formation, en plus d'évoluer, invente encore.

Une fois conseillée l’écoute de cet indispensable coffret (ou la réécoute des premières éditions des disques qui le composent), il restera à parcourir l’épais livret à trouver dans la même boîte (ou encore ici, dans sa version pdf) pour que ne vous échappe plus la moindre des nombreuses subtilités de l’iconoclaste Ab Baars Trio.

Ab Baars Trio : 20 Years. 1991-2011 (Wig)
Enregistrement : 1992-2011. Edition : 2011.
5 CD : 3900 Carol Court : 01/ Kimmel 02/ Visser van Lucebert 03/ Trav’lin in Plastic Dreams 04/ Krang 05/ 3900 Carol Court 06/ Glorpjes 07/ Asor 08/ Farfalla di Dinard 09/ The Dutch Windmill – A Free Step, The Music of John Carter : 01/ Juba Stomp 02/ Morning Bell 03/ Enter from the East 04/ Sticks and Sontes 05/ Karen on Monday 06/ Shukin’ Corn 07/ A Free Step 08/ Night Dance 09/ Woodman’s Hall Blues – Party at the Bimhuis : 01/ 3900 Carol Court 02/ GF 03/ Indiaan 04/ Party Talk 1 05/ A Portrait of Roswell Rudd 06/ Party Talk 2 07/ Von 08/ Party Talk 3 09/ Whisper Soft Horsemeat 10/ Reflections 11/ Enter from the East – Songs : 01/ Wai-Kun 02/ Indiaan 03/ Klawulacha 04/ Hevebe Tawi 05/ Cherokee 06/ Wolf Song 07/ Maliseet Love 08/ Song 09/ Jeux 10/ Clayaquot War 11/ Song 12/ Aotzi No-otz 13/ Meshivotzi No-otz 14/ Dsichl Biyin 15/ The Indians – Gawky Stride : 01/ Spray of Rooks 02/ Ochre Verges 03/ White Scream 04/ Indigo Weight 05/ Russet Nouns 06/ Lace-Rocked Foam 07/ Toru's Garden 08/ Gawky Stride 09/ Banned Breakers 10/ Wake Up Call
Guillaume Belhomme © Le son du grisli



David Maranha, Gabriel Ferrandini : A fonte da Aretusa (Mazagran, 2011)

david_maranha_gabriel_ferrandini_a_fonte_da_aretusa

Sur le noir de couverture du 33 tours apparaissent en blanc son titre (A fonte da Aretusa) et les noms des musiciens qu’on y entend : David Maranha (orgue Hammond) et Gabriel Ferrandini (batterie, percussions) – le premier est un élément d’Osso Exótico et de Bowline, le second est membre du RED Trio et partenaire occasionnel de Rodrigo Amado.

Souvenir d’un des concerts que Maranha et Ferrandini ont donnés ensemble depuis 2010, A fonte da Aretusa tremble puis oscille sous les effets d’un orgue à drone et de coups donnés au loin sur un kit de batterie. L’exercice est de domptage : Ferrandini claquant sec pour ramener Maranha sur ligne droite.

Comme attendu, l’opposition affichée mène au grondement : la vingtaine de minutes de la seconde face augmentant d’un peu de noise l’exercice instrumental qui balançait jusque-là entre ambient inquiète et post-rock dernier. Mais à la sortie, voici Maranha recadré : le drone fin dans lequel il a trouvé refuge est ainsi de conclusion. 

EN ECOUTE >>> Extrait 1 >>> Extrait 2

David Maranha, Gabriel Ferrandini : A fonte da Aretusa (Mazagran / Metamkine)
Enregistrement : 13 novembre 2010. Edition : 2011.
LP : A/ 21’36’’ B/ 20’21’’
Guillaume Belhomme © Le son du grisli


Thelema Trio : Neither From Nor Towards (Innova, 2011)

thelema_trio_neither_from_nor_towards

Le pianiste Ward De Vleeschouwer, le saxophoniste Peter Verdonck et le clarinettiste Marco Antonio Mazzini forment le Thelema Trio. Ils sont ici les interprètes de six compositeurs contemporains.

Du péruvien Rafael Leonardo Junchaya, ils soulignent l’aspect répétitif, l’unisson inquiet et les fugues ludiques de trois de ses compositions. La répétition est au centre de l’œuvre de la coréenne Hyekung Lee. Saxophone alto et clarinette échappent parfois au contrepoint en une union des souffles, ici convaincante si ce n’est bouleversante. Entre douceur et vivacité du trait, la composition pour piano et saxophone baryton de Keith Carpenter – ce dernier est aussi saxophoniste – insiste sur des découpes franches et sèches. La ballade d’Eric Honour est un lent cheminement d’inquiétude. En lisière d’échos et de dialogues rompus, elle répand l’angoisse et les schizophrénies tenaces. Ici, la plus belle pièce du disque.

Marco Antonio Mazzini s’offre un Imprevisio solo à la clarinette : soliloque noctambule pour aquatique modulation. Kevin Walczyk enrubanne du côté de Debussy quelques salves aux étincelants contours. Et Ravel n’est pas très loin. Et le jazz pourrait s’y incruster sans trop de dommages. Et le trio de magnifier cette lumineuse musique. Et le tout de se conclure par cinq miniatures signées de la plume céleste de Fernando Benadon.

Thelema Trio : Neither From Nor Towards (Innova / Orkhêstra International)
Enregistrement : 2008. Edition : 2010.
CD : 01/ Kordax 02/ Emmeleia 03/ Sikkinus 04/ Shadowing 05/ The Devil His Due 06/ Neither from Nor Towards 07/ Imprevisio 08/ Refractions 09/ Miniature One 10/ Miniature Two 11/ Miniature Three 12/ Miniature Four 13/ Miniature Five
Luc Bouquet © Le son du grisli


Lonberg-Holm, Melech : Coarse Day (Multikulti, 2011) / Lonberg-Holm, Stephens : Attic Antics (Loose Torque, 2011)

fred_lonberg_holm_piotr_melech_coarse_day

Seul, Fred Lonberg-Holm investit Coarse Day et en démontre : son partenaire du jour (16 novembre 2009), Piotr Melech, comprend qu’il n’a d’autre choix que celui de suivre – ici, à la clarinette basse.

Le dialogue est remonté, que Melech pourra fuir de temps à autre au son d’improvisations plus lentes et même mélodiques : la fougue insatiable du violoncelliste n’en prend pas ombrage, elle semble même ne pas y faire attention. Sûr de son art de la fantaisie, Lonberg-Holm poursuit sa course et invente (faisant aussi usage d’électronique) quelques sonorités rêches sur boucles ou aires de jeu libre. A la clarinette, Melech aura lui œuvré à l’amorce d’un échange plus cohérent. Or il se pourrait que le charme de Coarse Day se niche justement dans le déséquilibre...

Fred Lonberg-Holm, Piotr Melech : Coarse Day (Multikulti)
Enregistrement : 16 novembre 2009. Edition : 2011.
CD : 01/ Cloudburst 02/ Slit in Slot 03/ Blunt 04/ Tangle of Loops 05/ Layer Seven 06/ Finger On the Trigger 07/ Mildew Gourmets 08/ How Are You Mr. Loomy?
Guillaume Belhomme © Le son du grisli

fred_lonberg_holm_nick_stephans_attic_antics

Autant d’énergie et plus de résistance, voici ce qu’oppose le contrebassiste Nick Stephens à la verve du violoncelliste Fred Lonberg-Holm. Trois pièces enregistrées le 22 octobre 2010 profitent d’une fougue en commun : les deux hommes sont agiles, leurs passes souvent dissonantes et leurs archets emmêlés avec une grâce naturelle. Cependant, c’est lorsque le duo remise l’énergie que la forme d’Attic Antics adopte des contours originaux : ainsi Tantric Ants ne se fait plus dans l’opposition mais dans un agacement sournois qui rend la joute piquante.

Fred Lonberg-Holm, Nick Stephens : Attic Antics (Loose Torque)
Enregistrement : 22 octobre 2010. Edition : 2011.
CDR : 01/ Attic Antics 02/ Antiques Addicts 03/ Tantric Ants
Guillaume Belhomme © Le son du grisli


Aymeric de Tapol : Static Island (Tsuku Boshi, 2011)

aymeric_de_tapol_static_island

Aymeric est de Tapol et de Strasbourg (mais habite Bruxelles). Ce qui ne l’empêche pas de quitter la ville pour des contrées moins balisées où il enregistre le bruit du vent, de l’eau ou de la neige. C’est comme ça qu’il a sillonné le Rhin sur une péniche (le chemin est donc un peu balisé quand même) et en a ramené dans ses bagages Static Island.

Quand les enregistrements de plein air de Tapol dressent l'oreille en direction des petites choses, le rapport peut ennuyer et nécessite le soutien de basses de synthèse pour se faire entendre. Par contre, le travail de Tapol devient intéressant quand il donne dans les bourdonnements épais que l’on imagine accouché d’une avalanche ou d’une cascade. On pense alors à quelques représentants de l’écurie Baskaru ou à un Francisco Lopez au petit pied.

Je ne sais pas si, après Akio Suzuki, on peut encore se contenter d’enregistrer la pluie tomber (comme sur Force). Je sais par contre qu’Aymeric de Tapol parvient à enrichir ses enregistrements au moyen de l’électronique. Alors, qu’il en profite !

Aymeric de Tapol : Static Island (Tsuku Boshi)
Edition : 2011.
CD : 01/ Earth 02/ Static Island 03/ Dentrites 04/ Eckman 05/ Frozen Tones 06/ Force
Pierre Cécile © Le son du grisli


Sun Ra : Nuits de la Fondation Maeght (Shandar, 1971)

sun_ra_nuits_de_la_fondation_maeght

Ce texte est extrait du deuxième volume de Free Fight, This Is Our (New) Thing. Retrouvez les quatre premiers tomes de Free Fight dans le livre Free Fight. This Is Our (New) Thing publié par Camion Blanc.

SUN_RA6

 

Sun Ra dans le sud de la France, à la Fondation Maeght, représente une utopie en marche – création magique et rite initiatique opposés aux mythes blancs. C’est aussi un combat de chaque seconde contre l’aliénation inhérente au blanchiment culturel occidental – un exorcisme et un envoûtement galvanisés par l’appropriation d’éléments jusque-là étrangers au jazz, voire étrangers les uns aux autres.

Sun Ra à la Fondation, c’est aussi la Grande Musique Noire en marche, son versant « intergalactique » de l’aveu même de Sun Ra, construit à partir d’unissons habités, de stridences et de chants « gospelisants », véritable rencontre de la tradition et d’un sacré d’essence particulière, sorte de mystique sans religion où l’électronique trouve aussi sa place – clavioline & Moog au milieu des corps dansant une Afrique fantasmée sous forme de gesticulations brutes, non chorégraphiées, improvisées.

Sun Ra ces soirs-là, c’est un spectacle total, gestuel, visuel et auditif. Un spectacle déambulatoire d’un réalisme jouissif. Une agitation dont le plaisir est offert en partage, au diapason de polyrythmies archaïques distillant un sentiment de déferlement intermittent.

SUN_RA1

Les Nuits du Ra au Pays des Cigales dessinent une fresque ludique sans véritable continuité, une fresque paraissant animée d’un perpétuel bruissement prêt à éclater la scène, à force que les musiciens l’arpentent tels des derviches tourneurs : les souffleurs de l’Arkestra jouent en marchant, en dansant, excèdent le rapport à l’instrument, forts d’une débauche théâtrale de lumières et de costumes ; chez Sun Ra, musique et danses circulent de manière autonome, sans jamais s’arrimer dans de quelconques formes préétablies.

A la Fondation, à l’instar d’un La Monte Young au même endroit, c’est une durée sans limites que campent Sun Ra et les siens, en n’installant ni véritable début ni véritable fin lors des deux prestations de l’ensemble, comme s’il ne s’était finalement agi, en guise d’offrande, que d’un moment d’une musique participant d’un dessein plus vaste, pour ne pas dire éternel – on le sait, chez Sun Ra, Space is the Place

Ceux qui ont fréquenté Sun Ra savent aussi que la liberté chez lui se gagne à force de discipline, seule condition possiblement génératrice de potentialités nouvelles et propres à sublimer toute célébration de l’instant. Sun Ra n’a ainsi eu de cesse de tester l’endurance de ses musiciens, cherchant à développer chez eux des capacités hors-normes, et plus précisément de celles nécessaires à l’installation de climats pouvant durer plusieurs heures d’affilée. Sauf que ces longues plages ne se présentent jamais monolithiques, dénuées qu’elles sont de cette homogénéité que remettent constamment en cause, à la Fondation notamment, de surprenants solos de Moog bouleversants toute notion d’équilibre orchestral.

La Musique-Mouvement de l’Arkestra, cette « Astronomy Infinty Music », ne possède rien de bassement politique : elle éveille les consciences au-delà de la simple colère et de la contestation souvent inhérentes à la New Thing à la même époque. « L’air est musique, la musique est puissance » clame Sun Ra en écho à la « force guérissant l’univers » chère au cœur d’Ayler. Et comme chez ce dernier – tout comme dans les spirituals aussi – la communication avec l’Univers et les Esprits est exaltée.

SUN_RA7

Les membres de l’Arkestra, chez Maeght, improvisent collectivement et à pleine puissance, sans confusion aucune, réunis par un ensemble d’interdépendances d’ordre spatiotemporel. Trois ans auparavant, ce même orchestre célébrait la Nature à Central Park, à New York. En cet été 1970, plutôt que la célébration de la Nature, l’immobilité d’une certaine infinitude s’avère être le sens de la quête : l’Arkestra reflète alors toutes les combinaisons libres du bonheur et de la beauté, incarnant le véhicule chargé de transmettre l’impression d’être « vitalement vivant », coordonnant les esprits en quête d’un monde meilleur, « en une approche intelligente d’un futur vivant » comme le déclare alors Sun Ra.

L’Arkestra de 1970 propose une synthèse, travaille la mémoire collective dans un exercice d’universalité. La question qu’il pose est la suivante : si nous sommes venus ici de nulle part, pourquoi ne pourrions-nous aller ailleurs ?

SUN_RA5



Commentaires sur