Le son du grisli

Bruits qui changent de l'ordinaire

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le son du grisli #3Peter Brötzmann Graphic WorksConversation de John Coltrane & Frank Kofsky
A la question : interviewsAu rapport : impressions de concertsEn théorie : l'improvisation par l'écrit : John Butcher & Evan Parker

Matthias Muche, Philip Zoubek, Achim Tang : Excerpts from Anything (Creative Sources, 2011)

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Si c'est d'après une composition de Marcus Schmickler que le trio avait, pour le même label en 2007, bâti Sator-Rotas, la sélection d'aujourd'hui offre cinq pièces improvisées, en octobre 2010, par Matthias Muche (trombone), Philip Zoubek (piano préparé) et Achim Tang (contrebasse), au Loft de Cologne.

Ces cinq échantillons de tissu de belle facture timbrale, au tramé de qualité (coupe un peu berlinoise – on ne s'en plaint pas – mais saison 2000...), rendent compte d'un indéniable savoir-faire dans la recherche de textures, statiques ou sous ébullition contrôlée, et d'une bonne connaissance des idiomes en cours durant cette première décennie du siècle, entre Vienne et Londres.

Quelque chose, pourtant, finit par gâcher un peu le défilé : l'impression de feuilleter un catalogue, un book de cinq « excerpts » – effectivement – tous bâtis sur une idée distinctive (successivement : le drone-confort, le rêche-animé, la mosaïque-combinée, le sibilant-frotté, le fantôme-glissant), sans que l'attente ni l'attention de l'auditeur ne soient récompensées de quelque envoûtement. Un travail digne certainement, mais seulement plaisant.

Matthias Muche, Philip Zoubek, Achim Tang : Excerpts from Anything (Creative Sources / Metamkine)
Enregistrement : 2010. Edition : 2011.
CD : 01/ Excerpts from Anything
Guillaume Tarche © Le son du grisli

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Dave Phillips & Cornelia Hesse-Honegger : Mutations (Ini.Itu, 2010)

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Le camion que l’on entend passer est un poids-lourd chargés d’insectes. Ces créatures sont l’œuvre du diable – un diable né d’une collaboration entre une scientifique qui rapporte les mutations subies par des insectes touchés par le nuage radioactif de Tchernobyl (Cornelia Hesse-Honegger) et un ex-musicien de grindcore (Dave Phillips).

Sous chacune des carapaces, ce n’est pas un mais plusieurs cœurs qui battent. En plus de cela, les insectes crissent et leurs accouplements (qui sont en fait ceux de field recordings d’Asie ou de Suisse) engendrent d’autres bêtes mutantes. Tous ces bruits sont peut-être responsables de l’accident. Le camion s’est renversé sur la chaussée et il déverse sa cargaison. Les monstres se grimpent les uns sur les autres, lentement ils quittent le navire, lentement. Mais l’un d’entre eux vient de passer sous votre porte.

EN ECOUTE>>> Extrait >>> Extrait

Dave Phillips, Cornelia Hesse-Honegger : Mutations (Ini.Itu / Instant Jazz)
Edition : 2010.
LP : A/ Mutations B/ Mutations
Héctor Cabrero © le son du grisli

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Throbbing Gristle : Rééditions (Industrial, 2011)

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C’est au milieu des années 1970 que des membres de COUM Transmissions, communauté d’artistes influencés par les actionnistes viennois, créent Throbbing Gristle dont la musique, « industrielle », deviendra un genre à part entière. Leur devise : Industrial Music for Industrial People ! Quatre individualités forment le groupe : Genesis P-Orridge, Cosey Fanni Tutti, Peter Christopherson et Chris Carter. Pour ceux qui ne connaîtraient pas encore le groupe, une aubaine : la réédition des disques qu’ils autoproduisirent sur Industrial Records, leur label. Il va sans dire : les enregistrements ont été remasterisés et chaque CD comporte à chaque fois un double fait de bonus et de prises inédites.

Le temps presse ? Alors, démarrage avec Greatest Hits, compilation qui met en appétit tout amateur de morceaux faits dans l’urgence, parfois bâclés mais toujours énergisants ! La sélection est tour à tour expérimentale, violente, expérimentale, brute de décoffrage, expérimentale, comme le sont toutes les sorties du groupe : proto-techno, délirium exotique, riff de basse sur n’importe quoi de guitare, et ce n’est que le début… Car il faut écouter Greatest Hits pour comprendre qu’on ne peut pas se contenter de Greatest Hits !

En conséquence de quoi, nous voilà bien obligés de planifier une razzia sur le groupe culte : The Second Annual Report of Throbbing Gristle / D.o.A. The Third and Final Report of Throbbing Gristle / 20 Jazz Funk Greats / Heathen Earth. Et voilà de quoi tenir jusqu’en février, et 2013 encore ! Jusque-là, on aura découvert d’autres Throbbing Gristle qui se cachaient derrière le premier : pré-post-punk, noise pas encore cynique, bidouilleur d’ambiances, chanteur sous morphine (mélanges de Nico, Sid Vicious et Siouxie), danseur à terre, déviant, déviant, déviant… Et du déviant qu’on remasterise !


Throbbing Gristle : The Second Annual Report of Throbbing Gristle / D.o.A. The Third and Final Re-port of Throbbing Gristle / 20 Jazz Funk Greats / Heathen Earth / Greatest Hits (Industrial Records / Souffle Continu)
Rééditions : 2011.
Pierre Cécile © Le son du grisli

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Great Waitress : Lucid (Splitrec, 2011)

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Le piano de Magda Mayas est de ces boîtes à cordes irritées et marteaux frustrés. Avec Monika Brooks (accordéon) etLaura Altman (clarinette), elle s’entend sur des mouvements de musicienne (Great Waitress au triple visage) et d’humeurs encore plus qui donneront forme à des paysages.

De la somme de trois hésitations ou de trois calculs élaborés avec patience – selon les moments –, résulte ainsi Lucid. Ses reliefs sont modérés, ses détours surprenant toujours. Ici un grand champ de collines profite d’un accident topographique créé sur répétitions espiègles, accrochages inattendus ou collisions harmoniques. Selon un lent mouvement de balancier, le trio déblaye des surfaces inconnues d’où il tire des couleurs. Ce sont celles de trois planètes en orbites que la gravitation rapproche ou éloigne. Les tendres chuintements de Lucid forment la musique qu’elles ont en commun.

Great Waitress : Lucid (Splitrec / Metamkine)
Enregistrement : 8 février 2011. Edition : 2011.
CD : Lucid
Guillaume Belhomme © le son du grisli

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Max Roach : We Insist! (Candid, 1960)

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C'était il y a longtemps, à la fin du siècle dernier, je débutais dans ma découverte du jazz, potassant quelques bouquins sur le sujet. J'étais un blaireau, un tout jeune blaireau selon le langage des jazzophiles avertis. Et sans doute reste-t-on éternellement blaireau étant donné la quantité d'enregistrements que le passé nous a légués. Bref... Il faut relativement peu de temps et de lecture pour discerner les quelques grandes strates empilées de cette musique afro-américaine : un ou deux Que-sais-je ?, l'incontournable Dictionnaire du Jazz dirigé par Philippe Carles, André Clergeat et Jean-Louis Comolli, L'Histoire du Jazz de Lucien Malson (ce dernier piqué au Forum du Livre, dont le portique anti-vol était en cours de travaux...) et, surtout, Free Jazz / Black Power de Philippe Carles et Jean-Louis Comolli.

C'est ainsi que, étudiant désargenté (pléonasme), commençant à farfouiller dans les bacs d'une boutique de disques d'occasions aujourd'hui défunte, je fis mon premier achat d'un disque « de jazz » en connaissance de cause avec ce volume 14 de la série IV des Génies du Jazz aux éditions Atlas : Max Roach, We Insist! Freedom Now Suite, évidemment sans le livret, alors que pourtant « ce disque compact ne peut être vendu séparément du fascicule qui l'accompagne* ». Peu m'importait. Mon sang n'avait fait qu'un tour. Ce n'était pas une anodine compilation s'attardant sur les années de formation d'un jazzman hors pair, mais l'intégralité de l'album We Insist! Freedom Now Suite agrémenté d'autres titres d'une session d'enregistrement très proche dans le temps vu la composition du personnel annoté sur l'unique carton recto-verso faisant office de pochette. Chauffé à blanc par les quelques auteurs cités plus haut, je me souviens encore de mon retour dans le bus, scrutant avec des frissons dans le dos ce Max Roach aux lunettes noires derrière sa batterie Gretsch et relisant la liste des musiciens, le «  line up » : Abbey Lincoln (vocal), Coleman Hawkins (tenor sax), Walter Benton (tenor sax), Booker Little (trumpet), Julian Priester (trombone), James Schenck (bass), Michael Olatunji (conga drums), Raymond Mantillo, Tomas du Vall (percussion), Max Roach (drums).

Dès la première écoute ce disque fut un choc. Chaque nouvelle écoute est un choc. Driva Man commence par une Abbey Lincoln poignante, quasiment a capella pendant une minute, s'il n'y avait cette baffe régulière sur un tam-tam, puis rejointe par un combo de cuivres et percussions pour un jazz tournant au ralenti, continuant à suivre cette frappe régulière, imperturbable, comme un laborieux coup de bêche dans une terre asséchée par le soleil, comme un coup de fouet sur une bête trop endolorie pour avancer. Le titre suivant Freedom Day avance à la même allure, pesante. Abbey Lincoln continue de chanter de cette voix déterminée et débarrassée de toute expression de joie qui la dévirait de son dessein émancipateur. Le troisième titre est un coup de poignard dans l'âme : Triptych. Même le titre a un je ne sais quoi de mythologique, telle une crucifixion peinte sur trois panneaux de bois d'époque médiévale. Le « morceau de jazz » est ici une performance théâtrale. Quelques touchés de toms par un Max Roach toujours aussi économe de moyens pour un maximum d'effets. Il en fait beaucoup moins qu'un roulement de tambour avant une exécution à la guillotine, mais l'effet est aussi mortellement saisissant. Il accompagne une Abbey Lincoln vocalisant dans les aigus, jouant avec cette voix maîtrisée qui peut faire passer toutes les émotions par une infime variation d'intonation, mais qui, là, explose, disjoncte en un déchaînement indescriptible, entre rite de possession et accès de démence. Cris, râles, hurlements, quasiment insupportables par moments, puis gémissements, souffles, soupirs... Et le retour de ses vocalises aiguës, maintenant libérées d'un poids, d'un mal qui la rongeait.

La catharsis ainsi réalisée semble permettre le retour à cette Afrique des origines que les Afro-Américains ne connaissent que comme mythe lointain, effacé, nié. Ce triptyque débouche sur un All Africa évidemment très « africanisant », doté d'un long passage aux multiples percussions et congas. Sur le morceau suivant Tears For Johannesburg la peine est toujours là, la voix d'Abbey Lincoln est toujours plaintive, mais elle laisse bientôt place à une libération émotionnelle, à une réunion trépidante de jazz post-bop et de percussions chaloupées. Le tout fut enregistré à la fin de  l'été 1960, soit au beau milieu des années de luttes pour les droits civiques. We Insist! Max Roach's Freedom Now Suite est une œuvre magnifique de temps de combats. Elle est surtout une œuvre marquante et poignante à tout jamais quand on comprend, au bout de plusieurs années, que la force du jazz, son moteur, est de s'être construit en formidable contre-pied à la volonté de progression historique hégelienne qui bouffe l'Occident par la moelle.

Max Roach : We Insist! Max Roach's Freedom Now Suite (Candid / Atlas & Black Lion)
Enregistrement 1960. Edition : 1960 (Candid). Réédition : 1990 (Atlas / Black Lion)
CD : 01/ Driva Man 02/ Freedom Day 03/ Triptych 04/ All Africa 05/ Tears For Johannesburg 06/ African Lady 07/ A New Day 08/ We Speak 09/ Cliff Walk
Eric Deshayes © Le son du grisli

* Je remercie grandement toute personne en possession de ce fascicule de m'en transmettre une copie, pour que je comble enfin ce manque.

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Ernesto Rodrigues, Guilherme Rodrigues, Abdul Moimême... : Suspensão (Creative Sources, 2011)

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Deux disques et deux plages à chaque fois. Donc : Quatre plages en suspension sur lesquelles évoluent Ernesto Rodrigues (violon, harpe, métronome, objets), Guilherme Rodrigues (violoncelle), Gil Gonçalves (tuba), Nuno Torres (alto), Abdul Moimême (guitare électrique préparée, objets), Armando Pereira (piano-jouet, accordéon), Carlos Santos (électronique) et José Oliveira (percussions).

Un tuba du bout des lèvres, un archet sur une note, un timide piano-jouet, se font entendre l’un après l’autre sous des chapes de nébulosités qu’ils perceront bientôt pour s’être entendus, motivés par les promesses de l’accordéon de Pereira et l’électronique de Santos, sur un brillant assaut. S’ensuit alors une série de revendications, chaque intervenant ou presque réclamant d’être l’autorité derrière laquelle il semble nécessaire de se ranger.

Charmantes, les tergiversations peinent à s’imposer tout à fait et les musiciens décident alors d’incarner leurs expressions : diverses, souvent courtes, presque toujours inquiètes. Les plages du second disque sont minées et les improvisateurs rivalisent maintenant de précautions : l’archet d’Ernesto bourdonne et celui de Guilherme claque, ailleurs des cordes sont frottées. Avec l’exercice, les rivalités s’éteignent. Leurs ambitions perdues sur Suspensão courent toujours.

Ernesto Rodrigues, Guilherme Rodrigues, Gil Gonçalves, Nuno Torres, Abdul Moimême, Armando Pereira, Carlos Santos, José Oliveira : Suspensão (Creative Sources / Metamkine)
Enregistrement : 21 juin 2010. Edition : 2011.
CD1 : 01/ 23’58’’ 02/ 24’48’’ – CD2 : 01/ 24’19’’ 02/ 20’08’’
Guillaume Belhomme © Le son du grisli

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Nate Wooley, Chris Corsano, C. Spencer Yeh : Seven Storey Mountain (Important, 2011)

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Longtemps affilié au jazz, le trompettiste Nate Wooley est, tout comme quelques-uns de ses partenaires (Matt Bauder ou Fred Lonberg-Holm), un improvisateur inquiet de sons sinon nouveaux du moins changeants. En 2009 en compagnie de C. Spencer Yeh et Chris Corsano, il donnait une suite à un projet personnel appelé Seven Storey Mountain qu’il a inauguré sur disque aux côtés de David Grubbs et Paul Lytton.

C’est-là un aimant en U de taille gigantesque que fabrique le trio – pour les outils : trompette amplifiée et bandes enregistrées, violon et batterie. Qu’il lève délicatement ensuite et dispose afin qu’il attire à lui un maximum de sons hétéroclites. Le magnétisme fait le reste : drones, voix, parasites, lignes d’archets, cymbales, éléments arrachés au décor et même quelques enclumes, forment autour de l’aimant (et sur disque, en conséquence) un amas fantastique prêt à exploser. Et qui explosera…

Chris Corsano, C. Spencer Yeh, Nate Wooley : Seven Storey Mountain (Important)
Enregistrement : 2009. Edition : 2011
CD / LP : Seven Storey Mountain
Guillaume Belhomme © Le son du grisli

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David Brynjar Franzson : A Guide for the Dead through the Underworld (Carrier, 2011)

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C'est à Berlin en juillet dernier que l'excellent Ensemble Adapter, qui associe musiciens islandais et allemands, a enregistré ce guide, ma foi fort utile, rédigé par le jeune compositeur natif d'Akureyri David Brynjar Franzson à destination du voyageur en partance pour l'underworld. Le vade-mecum en question articule une volée (aérée d'interludes) de pièces concises qu'interprètent, souvent sous la forme de solos ou de duos, rarement en effectif complet, les impeccables Kristjana Helgadottir (piccolo, flûte basse), Ingolfur Vilhjalmsson (clarinette basse), Gunnhildur Einarsdottir (harpe), Marc Tritschler (piano, harmonium) et Matthias Engler (percussion – qui a par exemple récemment contribué au For Philip Guston de Feldman, chez Wergo).

Bien que ledit guide résulte de l'assemblage d'une demi-douzaine de pièces récentes qui recourent à des scénarios, associations, stimulations ou contextes des plus divers, c'est une impression d'homogénéité stylistique et non de dispersion qui se dégage au fil de l'audition. Sens de l'espace et du drame, mais sans l'emphase du pathos, projection acoustique (passons sur les touches électroniques de rigueur) et agilité : ces pages aux belles dynamiques sont vivantes.

David Brynjar Franzson / Ensemble Adapter : A Guide for the Dead through the Underworld (2006-2009) (Carrier)
Edition : 2011.
CD : 01/ Interlude I 02/ The Failure of Surface – Failure I 03/ Interlude II 04/ The Principals of Order 05/ Monday Morning 06/ The Failure of Surface – Failures I & II 07/ The Elimination of Metaphysics (B) 08/ Interlude III 09/ The Rules of Irrelevance 10/ Interlude IV 11/ The Failure of Surface – Failure II 12/ The Closeness of Materials
Guillaume Tarche © le son du grisli

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Stine Janvin Motland, Fred Lonberg-Holm, Ståle Liavik Solberg, Frode Gjerstad : VC/DC (Hispid, 2011)

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Sur VC/DV (pour Voice, Cello, Drums et Clarinet), Frode Gjerstad, Fred Lonberg-Holm et Ståle Liavik Solberg se penchent sur le cas de Stine Janvin Motland, chanteuse chez qui loge une rare pierre de folie qu'ils se sont décidés à extraire.

Coûte que coûte, même : la clarinette entame la perforation tandis que les sifflements et saturations du violoncelle se chargent de faire diversion et les coups défaits du batteur d’endormir tout bonnement la patiente. Motland peut bien tourner de l’œil (un filet de voix le prouve) mais retrouve rapidement ses esprits. Alors, voici la folie de la vocaliste montée sur celles de Gjerstad et de Lonberg-Holm pour faire partout œuvre de spasmes ou de bruits incongrus, toujours de diversité.

Stine Janvin Motland, Fred Lonberg-Holm, Ståle Liavik Solberg, Frode Gjerstad : VCDC (Hispid)
Edition : 2011.
CD : 01/ NBGB 02/ BVFV 03/ CXSX 04/ UBCB 05/ WDED 06/ XZAZ 07/ VCDC
Guillaume Belhomme © Le son du grisli

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Talweg : Substance Mort / Hate Supreme (Up Against the Wall, Morthefuckers!, 2011)

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Le Myspace de Talweg est une boutique obscure où l’on trouve de quoi souffler en quelques secondes un immeuble de treize étages. Un petit bout de femme (Erle, à la voix) et un gaillard (Fels, à la batterie) l’animent de leurs échanges corsés. De temps en temps, ils proposent au visiteur d’assister à une représentation de telle ou telle pièce de leur théâtre de la cruauté. Ca peut-être Substance Mort ou Hate Supreme.

Comme Coltrane a chanté l’amour, Talweg crache la haine – c’est bien ce qu’il faut comprendre ? Les disques du duo paraissent sous étiquette « Up Against the Wall, Motherfuckers! » : on est en plein dans le sujet. Dans son micro Erle crie cinq minutes pendant que Fels martèle sa batterie. Ce mur du son est impressionnant et remplace l’immeuble dont je parlais plus haut – c’est un terrible Ground Zero rebaptisé (si je puis dire) Hate Supreme.

Substance Mort, c’est encore autre chose. On assiste à un combat sans merci entre un minotaure enchaîné et un bourreau qui au bout de ses baguettes a disposé des tisons. Au début, le minotaure semble en appeler à son père mais trouve finalement les ressources qui lui vaudront d’être délivré. La bête se fait séductrice (Erle, qui en endosse le rôle, tire des notes aigues qui conviendraient aux sirènes ou joue la petite fille perdue en forêt) et son bourreau (fourbe qui se donne des airs d’exorciste) n’a d’autre choix que de l’exciter encore un peu plus. Les cris qui en sortent sont jubilatoires pour l’un et définitifs pour l’autre. Pour nous, ils sont définitifs et jubilatoires tout à la fois !

Talweg : Hate Supreme / Substance Mort (Up Against the Wall, Motherfuckers! / Metamkine)
Edition : 2011. CD-R.
Pierre Cécile © Le son du grisli

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