Le son du grisli

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Frank Wright : Uhuru Na Umoja (America, 1970)

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Ce texte est extrait du deuxième des quatre fanzines Free Fight. Retrouvez l'intégrale Free Fight dans le livre Free Fight. This Is Our (New) Thing publié par Camion Blanc.

Dans Music in My Soul, autobiographie publiée aux éditions Buddy Knife, Noah Howard raconte : J’ai rencontré Frank Wright  à l’été 1962, je me souviens bien de ce jour, j’avais répété avec Dave Burrell de l’autre côté de la rue où j’habitais alors, c’était une de ces journées très chaudes dans le Lower East Side, plus de 38 degrés et une forte humidité. On était tous sur le trottoir à parler – Dave Burrell, Norris Jones, Bobby Kapp, Marion Brown et Sonny Sharrock – quand une Cadillac s’arrête d’où sort Sunny Murray avec ce grand noir qui balance de sa grosse voix : « Je suis Frank Wright ! (…) Frank avait déjà ce franc-parler et une personnalité très affirmée. Il était difficile à ceux qui le rencontraient de ne pas l’apprécier. De l’association Frank Wright / Noah Howard – dans le même livre, le second précise que de son arrivée à Paris, à la suite de Wright, naît le « Frank Wright-Noah Howard Quartet » –, quatre enregistrements sont connus : One for John, enregistré en 1969 ; Uhuru Na Umoja, Space Dimension et Church Number Nine, datant de l’année suivante.

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A chaque fois : Wright est au ténor, Howard à l’alto, Bobby Few au piano. A la batterie sur One for John et Church Number Nine : Muhammad Ali (que Wright trouve un matin sur le pas de sa porte après avoir signifié à son frère, Rashied, qu’il cherchait un batteur) ; sur Uhuru Na Umoja et Space Dimension, Art Taylor le remplace. On ne sait où vont se nicher les causes des préférences : pour Uhuru Na Umoja, disque publié sous le nom de Wright par le label America, la préférence tient elle aussi du mystère. Ou peut-être de Taylor ? Sur la couverture, l’ancien soutien rythmique de Bud Powell et Red Garland y affiche sa présence dans le contraste. Si non, serait-ce des cinq compositions signées Howard qu’on trouve sur le disque ? En ouverture, « Oriental Mood » : chinoiserie fantastique dont un free abrasif fera sa chose. La coalition des saxophones vitupère, siffle, attise le feu dont « Aurora Borealis » s’emparera pour composer un vaste paysage fait de rouge et d’ors. Les arpèges de Few, appuyés, feront la transition jusqu’à « Pluto » – avant d’y arriver, le quartette aura servi deux promesses : « Grooving » et « Being ». L’ascension est imposante et les lignes de conduite brisées de plus en plus : en conséquence, l’ardeur avec laquelle la formation progresse est furieuse.

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Après avoir abandonné le Mississipi pour Cleveland où il s’est fait entendre à la contrebasse avant d’adopter le saxophone ténor sous l’influence d’Albert Ayler – « cet expressionnisme abstrait est devenu son message », écrit encore Howard Wright gagna donc New York. Investir la scène du Village Gate avec Coltrane, enregistrer avec Ayler un Holy Ghost de légende, et puis arpenter le secteur en Cadillac. Dire que sa rencontre avec Howard a fourni les preuves les plus évidentes de l’art avec lequel Wright a œuvré à transformer le jazz ancien à en perdre haleine n’atténuera ni les qualités des disques qu’il enregistra par la suite sous la bannière Center of the World avec Alan Silva et les mêmes Few et Ali ni la superbe de ses apparitions dans l’Orchestra of Two Continents de Cecil Taylor – pour citer Howard une dernière fois : « Frank a joué brièvement avec Cecil Taylor, et je crois qu’il a été le seul saxophoniste que Cecil a vraiment entendu. »

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Alexey Kruglov : Identification (Leo, 2011)

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Les trois précédents CD d’Alexey Kruglov publiés chez Leo Records pouvaient laisser planer quelques doutes : l’appétit était là, le potentiel aussi mais le tout restait bien trop superficiel ou éphémère pour convaincre totalement.

Identification, longue suite de soixante-quatre minutes, rassure. En trio avec le contrebassiste Dmitry Denisov et le batteur Vladimir Borisov, Alexey Kruglov multiplie les angles d’attaque, utilise ses propres monogrammes pour aérer une improvisation qu’il veut d’abord explosive avant de laisser batterie puis contrebasse déposer quelques solaires solos (mais quel horrible sonorité de contrebasse tout de même !).

Souvent le leader embouche plusieurs saxophones et, simultanément, se crispe sur un piano rugueux et conquérant (Charles Gayle n’est alors plus très loin), d’où cette étrange impression d’entendre un quartet plutôt qu’un trio. En fin de disque, une mélodie aux sages contours viendra révéler une autre facette du multi-instrumentiste : possible remède aux frondes déclenchées précédemment, la douceur d’Alexey Kruglov finalise un disque souvent envoûtant, toujours passionnant.

Alexey Kruglov : Identification (Leo Records / Orkhêstra International)
Enregistrement : 2010. Edition : 2011.
CD : 01/ Identification
Luc Bouquet © Le son du grisli

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The Ames Room : Bird Dies (Clean Feed, 2011)

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Après s’être souvenu sur In de concerts donnés à Niort et à Poznan, The Ames Room voit publiée sur Clean Feed une équation singulière : The Ames Room in Lille = Bird Dies. L’enregistrement date du 10 mars 2010 et renferme une pièce unique. Elle est, il va presque sans dire, recommandable à plus d’un titre.

Sur Bird Dies donc, l’association Guionnet / Thomas / Guthrie enfonce le clou à coups de bec, d’archet et de baguette : d’une pratique musicale wisigothe, d’une épreuve d’endurance et d’intensité, d’une scansion répétitive qui trouve son salut dans l’accident, d’un jeu de dupes enfin auquel se livre, bonhomme, la réunion de trois boutefeux.

D’abord, l’alto de Guionnet bute : ses partenaires filtrent ses premiers motifs (frappes joueuses de Guthrie) ou les lui renvoient au visage (claques assénées par Thomas sur contrebasse-catapulte). Là, Guionnet esquive et, obstiné, décide d’un autre plan : comme en un jeu de briques il fait tourner ses phrases courtes de degré en degré jusqu’à ce qu’elles s’imbriquent dans le mur épais que le trio élève. Qui impressionne, une fois terminé, à en croire le nombre d’oiseaux inertes retrouvés à son pied. 

The Ames Room : Bird Dies (Clean Feed / Orkhêstra International)
Enregistrement : 10 mars 2010. Edition : 2011.
CD : 01/ Bird Dies
Guillaume Belhomme © Le son du grisli

total_meetingJean-Luc Guionnet jouera à Paris ce vendredi 9 décembre en duo avec Seijiro Murayama (Jazz at Home). Le dimanche 11 décembre, il jouera à Tours, cette fois en Hubbub (Total Meeting).

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Adam Pieronczyk : El buscador (Jazzwerkstatt, 2010)

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Ça s’appelle El Buscador. Il y a un leader (le saxophoniste polonais Adam Pieronczyk) et des sidemens (le tromboniste Adrian Mears, le contrebassiste Anthony Cox, le batteur Krzysztof Dziedzic). Il y a du jazz et presque que cela. Et il y a aussi un ennui kolossal. Mais il y aussi le rôle du chroniqueur qui est celui d’informer.

Donc informons : un ténor soyeux, un soprano quelconque, des contrepoints rarement avisés, une contrebasse qui régule les fluides, des compositions et orchestrations semblant extraites des derniers CD d’Henri Texier (en beaucoup moins bien), des densités toujours remises à plus tard, des solos sans inspiration ni aspérités, des lignes claires mais inhabitées. Il y a tout cela mais si peu d’idées nouvelles que l’écoute en résulte éprouvante.

Adam Pieronczyk Quartet : El Buscador (JazzWerkstatt)
Enregistrement : 2008. Edition : 2010.
CD : 01/ Ivolginskij Dacan 02/ The Bushido Code 03/ Tranquil Prestidigitator 04/ Copernicus 05/ Andalusian Garden Bel Canto 06/ If I Ever Sawthe Seashore, I Believe I’d Die of Joy 07/ Muniak & Pieronczyk Best Bakers in Town 08/ The Storks of Marrakech
Luc Bouquet © Le son du grisli

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Misha Mengelberg, Evan Parker : It Won't Be Called Broken Chair (Psi, 2011)

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Le statut de « vénérables vétérans » fait-il du duo de ces « figures de l'improvisation euro-péenne » une évidence ? Pas si sûr...

Faut-il s'étonner qu'il n'ait pas été formé avant cette rencontre au Bimhuis amstellodamois en février 2006 ? Sans doute, mais cela semble significatif.

Les deux longues improvisations (l'une pendant le concert même, l'autre avant l'arrivée du public) retenues sur ce disque (bien que deux autres pièces avec EP au saxophone soprano aient été enregistrées – c'est ce que révèle l'amusant livret que signe Steve Beresford) témoignent sans erreur de la fructueuse association des principes – divergents, vraiment ?! – qu'incarnent ou semblent incarner Evan Parker (saxophone ténor) & Misha Mengelberg (piano).

Le raccourci bien commode qui voudrait que le premier soit « volcanique » et le second « dégagé » ne tient pas longtemps : à la prolifération attendue, le souffleur sait préférer d'assez suaves linéarités jazz ; et le pianiste ne s'épuise pas plus en gambades fantasques qu'en sauts dégingandés. Si, çà et là, les esprits s'échauffent un peu, le jeu, avec son économie propre, prime toujours : celui de cache-cache, celui du cadavre exquis (ou de la citation exhumée), celui du stride contre le phrasé rêveur...

Pour celui des échecs (avec saxophoniste), Misha avait trouvé un partenaire en Lacy ; pour celui de colin-maillard (avec pianiste), Evan connaît Tilbury, et Tracey pour le scrabble, et Schlippenbach pour celui de go. Ensemble, Parker & Mengelberg jouent, joutent et nous réjouissent.

Misha Mengelberg, Evan Parker : It Won't Be Called Broken Chair (Psi / Orkhêstra International)
Enregistrement : 18 février 2006. Edition : 2011.
CD 01/ Broken Chair 02/ At the Magician's
Guillaume Tarche © Le son du grisli

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Ig Henneman : Cut A Paper (Wig, 2011)

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Sûr que les recrues du sextette d’Ig Henneman font pâlir d’envie plus d’un orchestre épais – qu’ils versent ou non dans la musique intègre. Ainsi y trouve-t-on aux côtés de la violoniste : Ab Baars (saxophone ténor, clarinette, shakuhachi), Axel Dörner (trompette), Lori Freedman (clarinette, clarinette basse), Wilbert de Joode (contrebasse) et Marilyn Lerner (piano).

Sur des compositions d’Henneman, le groupe accorde ses savoir-faire et ses penchants fantasques : à partir d’une citation de Monk, sert une pièce aussi cérébrale que ludique (Moot) ; touché par le souffle de Dörner, caresse d’autres espoirs de réduction (Rivulet, Precarious Gait) ; enivré par ses frasques instrumentales, entame une danse macabre (Cut A Paper) ou transforme des souvenirs de standards en pièce d’un théâtre musical où les tirades en démontrent (Brain and Body).

A la proue du vaisseau – Hollandais volant, il va sans dire –, Henneman peut ressasser une trouvaille mélodique et l’interroger au gré d’arrangements précis (Light Verse), commander à tel élément de sa troupe de s’en extirper, histoire de voir ce qu’il est capable d’inventer hors d’elle (Narration) ou encore peindre à coup d’archet des collisions d’oiseaux de feu (Toe and Heel). N’est-ce pas assez pour aller entendre Cut A Paper * ?

EN ECOUTE >>> Fervid
 
Ig Henneman : Cut a Paper (Wig)
CD : 01/ Moot 02/ Light Verse 03/ Brain and Body 04/ Rivulet 05/ Narration 06/ Toe and Heel 07/ Fervid 08/ Cut a Paper 09/ Precarious Gait 10/ A Far Cry
Enregistrement : 19 et 20 décembre 2010. Edition : 2011.
Guillaume Belhomme © Le son du grisli

tm* et, ce samedi 10 décembre, l’Ig Henneman Sextet à Tours, dans le cadre du festival Total Meeting?

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Ab Baars Trio : 20 Years 1991-2011 (Wig, 2011)

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Pour fêter dignement une vingtaine d’années passée en trio en compagnie de Wilbert de Joode (contrebasse) et Martin van Duynhoven (batterie), Ab Baars met en boîte quatre de ses anciens enregistrements accompagné d’un autre, inédit. Brève description de l'ensemble : 

3900 Carol Court : premier album de l’Ab Baars Trio qui emprunte son titre à l’adresse de John Carter à Los Angeles – Baars passa-là deux mois de 1989 à prendre des leçons du clarinettiste. Morceau d’archéologie personnelle : Premier disque enregistré par l’Ab Baars Trio, 3900 Carol Court célèbre l’entente immédiate de musiciens aux parcours différents : formation classique pour Baars, improvisation abordée en autodidacte pour Wilbert de Joode, expérience auprès de musiciens de jazz (Dexter Gordon, Frank Wright, Willem Breuker) pour Martin van Duynhoven. Sur ses propres compositions – si ce n’est « Trav'lin in Plastic Dreams », signée John Lewis –, Baars passe de clarinette (qu’il privilégie sur ballades) en saxophone ténor et conduit des échanges souvent revêches, qu’il s’agisse de rendre la marche dérangée de « Kimmel » ou de peindre les fiévreux climats de « Krang » ou « Asor ». [Way Ahead, Le mot et le reste, 2011]

A Free Step, The Music of John Carter : cinq ans plus tard, la veuve de John Carter (disparu au printemps 1991) remet à Baars les partitions de son mari en lui permettant de les arranger comme il l’entend. A la clarinette et au ténor, Baars, aidé de ses partenaires, démontre alors d’un swing capable de libertés audacieuses pour régler son pas original sur celui du maître (ainsi A Free Step met-il au jour un folklore restauré par une science musicale ouverte).

Party at the Bimhuis : le 17 janvier 2003, pour ses 10 ans, l’Ab Baars Trio donnait au Bimhuis un concert en compagnie d’invités choisis : Ig Henneman, Misha Mengelberg, Guus Jansen et Mariette Rouppe Van der Voort. Selon les combinaisons, le disque va d’échanges tortueux (durant lesquels Baars, Joode et Duynhoven peuvent jouer les simples spectateurs) en accords fantasques – au son du free sixties de Von ou de Portrait of Roswell Rudd, tromboniste avec lequel le trio enregistra Four en 1998.

Songs : enregistré le 4 février 2000, Songs voit les trois hommes interpréter (Indiaan de Guus Janssen, Cherokee de Ray Noble, The Indians de Charles Ives) ou inventer quelques chants d’Amérique qui célèbrent ses premiers habitants : les danses indiennes sont-là de Baars qui, à l'instar de Carter encore, s’appuie sur un folklore imaginaire pour défendre ses singulières conceptions musicales (le solo de Joode sur Wolf Song ne le prouve-t-il pas à lui seul ?).

Gawky Stride : ici, le cinquième disque et l’inédit. Enregistré le 9 février dernier, il fait défiler des compositions de Baars dont le trio ne s’est pas entretenu des arrangements avant l’interprétation. En conséquence, le ténor (lorsqu'il n'est pas troqué pour un apaisant shakuhachi) doit trouver son équilibre sur la batterie plus fluide de Duynhoven (Spray of Rocks) ou parer les assauts amicaux de l’archet de Joode (Wake Up Call). La saveur est nouvelle et démontre que la formation, en plus d'évoluer, invente encore.

Une fois conseillée l’écoute de cet indispensable coffret (ou la réécoute des premières éditions des disques qui le composent), il restera à parcourir l’épais livret à trouver dans la même boîte (ou encore ici, dans sa version pdf) pour que ne vous échappe plus la moindre des nombreuses subtilités de l’iconoclaste Ab Baars Trio.

Ab Baars Trio : 20 Years. 1991-2011 (Wig)
Enregistrement : 1992-2011. Edition : 2011.
5 CD : 3900 Carol Court : 01/ Kimmel 02/ Visser van Lucebert 03/ Trav’lin in Plastic Dreams 04/ Krang 05/ 3900 Carol Court 06/ Glorpjes 07/ Asor 08/ Farfalla di Dinard 09/ The Dutch Windmill – A Free Step, The Music of John Carter : 01/ Juba Stomp 02/ Morning Bell 03/ Enter from the East 04/ Sticks and Sontes 05/ Karen on Monday 06/ Shukin’ Corn 07/ A Free Step 08/ Night Dance 09/ Woodman’s Hall Blues – Party at the Bimhuis : 01/ 3900 Carol Court 02/ GF 03/ Indiaan 04/ Party Talk 1 05/ A Portrait of Roswell Rudd 06/ Party Talk 2 07/ Von 08/ Party Talk 3 09/ Whisper Soft Horsemeat 10/ Reflections 11/ Enter from the East – Songs : 01/ Wai-Kun 02/ Indiaan 03/ Klawulacha 04/ Hevebe Tawi 05/ Cherokee 06/ Wolf Song 07/ Maliseet Love 08/ Song 09/ Jeux 10/ Clayaquot War 11/ Song 12/ Aotzi No-otz 13/ Meshivotzi No-otz 14/ Dsichl Biyin 15/ The Indians – Gawky Stride : 01/ Spray of Rooks 02/ Ochre Verges 03/ White Scream 04/ Indigo Weight 05/ Russet Nouns 06/ Lace-Rocked Foam 07/ Toru's Garden 08/ Gawky Stride 09/ Banned Breakers 10/ Wake Up Call
Guillaume Belhomme © Le son du grisli

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David Maranha, Gabriel Ferrandini : A fonte da Aretusa (Mazagran, 2011)

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Sur le noir de couverture du 33 tours apparaissent en blanc son titre (A fonte da Aretusa) et les noms des musiciens qu’on y entend : David Maranha (orgue Hammond) et Gabriel Ferrandini (batterie, percussions) – le premier est un élément d’Osso Exótico et de Bowline, le second est membre du RED Trio et partenaire occasionnel de Rodrigo Amado.

Souvenir d’un des concerts que Maranha et Ferrandini ont donnés ensemble depuis 2010, A fonte da Aretusa tremble puis oscille sous les effets d’un orgue à drone et de coups donnés au loin sur un kit de batterie. L’exercice est de domptage : Ferrandini claquant sec pour ramener Maranha sur ligne droite.

Comme attendu, l’opposition affichée mène au grondement : la vingtaine de minutes de la seconde face augmentant d’un peu de noise l’exercice instrumental qui balançait jusque-là entre ambient inquiète et post-rock dernier. Mais à la sortie, voici Maranha recadré : le drone fin dans lequel il a trouvé refuge est ainsi de conclusion. 

EN ECOUTE >>> Extrait 1 >>> Extrait 2

David Maranha, Gabriel Ferrandini : A fonte da Aretusa (Mazagran / Metamkine)
Enregistrement : 13 novembre 2010. Edition : 2011.
LP : A/ 21’36’’ B/ 20’21’’
Guillaume Belhomme © Le son du grisli

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Thelema Trio : Neither From Nor Towards (Innova, 2011)

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Le pianiste Ward De Vleeschouwer, le saxophoniste Peter Verdonck et le clarinettiste Marco Antonio Mazzini forment le Thelema Trio. Ils sont ici les interprètes de six compositeurs contemporains.

Du péruvien Rafael Leonardo Junchaya, ils soulignent l’aspect répétitif, l’unisson inquiet et les fugues ludiques de trois de ses compositions. La répétition est au centre de l’œuvre de la coréenne Hyekung Lee. Saxophone alto et clarinette échappent parfois au contrepoint en une union des souffles, ici convaincante si ce n’est bouleversante. Entre douceur et vivacité du trait, la composition pour piano et saxophone baryton de Keith Carpenter – ce dernier est aussi saxophoniste – insiste sur des découpes franches et sèches. La ballade d’Eric Honour est un lent cheminement d’inquiétude. En lisière d’échos et de dialogues rompus, elle répand l’angoisse et les schizophrénies tenaces. Ici, la plus belle pièce du disque.

Marco Antonio Mazzini s’offre un Imprevisio solo à la clarinette : soliloque noctambule pour aquatique modulation. Kevin Walczyk enrubanne du côté de Debussy quelques salves aux étincelants contours. Et Ravel n’est pas très loin. Et le jazz pourrait s’y incruster sans trop de dommages. Et le trio de magnifier cette lumineuse musique. Et le tout de se conclure par cinq miniatures signées de la plume céleste de Fernando Benadon.

Thelema Trio : Neither From Nor Towards (Innova / Orkhêstra International)
Enregistrement : 2008. Edition : 2010.
CD : 01/ Kordax 02/ Emmeleia 03/ Sikkinus 04/ Shadowing 05/ The Devil His Due 06/ Neither from Nor Towards 07/ Imprevisio 08/ Refractions 09/ Miniature One 10/ Miniature Two 11/ Miniature Three 12/ Miniature Four 13/ Miniature Five
Luc Bouquet © Le son du grisli

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Lonberg-Holm, Melech : Coarse Day (Multikulti, 2011) / Lonberg-Holm, Stephens : Attic Antics (Loose Torque, 2011)

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Seul, Fred Lonberg-Holm investit Coarse Day et en démontre : son partenaire du jour (16 novembre 2009), Piotr Melech, comprend qu’il n’a d’autre choix que celui de suivre – ici, à la clarinette basse.

Le dialogue est remonté, que Melech pourra fuir de temps à autre au son d’improvisations plus lentes et même mélodiques : la fougue insatiable du violoncelliste n’en prend pas ombrage, elle semble même ne pas y faire attention. Sûr de son art de la fantaisie, Lonberg-Holm poursuit sa course et invente (faisant aussi usage d’électronique) quelques sonorités rêches sur boucles ou aires de jeu libre. A la clarinette, Melech aura lui œuvré à l’amorce d’un échange plus cohérent. Or il se pourrait que le charme de Coarse Day se niche justement dans le déséquilibre...

Fred Lonberg-Holm, Piotr Melech : Coarse Day (Multikulti)
Enregistrement : 16 novembre 2009. Edition : 2011.
CD : 01/ Cloudburst 02/ Slit in Slot 03/ Blunt 04/ Tangle of Loops 05/ Layer Seven 06/ Finger On the Trigger 07/ Mildew Gourmets 08/ How Are You Mr. Loomy?
Guillaume Belhomme © Le son du grisli

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Autant d’énergie et plus de résistance, voici ce qu’oppose le contrebassiste Nick Stephens à la verve du violoncelliste Fred Lonberg-Holm. Trois pièces enregistrées le 22 octobre 2010 profitent d’une fougue en commun : les deux hommes sont agiles, leurs passes souvent dissonantes et leurs archets emmêlés avec une grâce naturelle. Cependant, c’est lorsque le duo remise l’énergie que la forme d’Attic Antics adopte des contours originaux : ainsi Tantric Ants ne se fait plus dans l’opposition mais dans un agacement sournois qui rend la joute piquante.

Fred Lonberg-Holm, Nick Stephens : Attic Antics (Loose Torque)
Enregistrement : 22 octobre 2010. Edition : 2011.
CDR : 01/ Attic Antics 02/ Antiques Addicts 03/ Tantric Ants
Guillaume Belhomme © Le son du grisli

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