Le son du grisli

Bruits qui changent de l'ordinaire

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Lettre ouverte de Joëlle Léandre aux Victoires du jazzle son du grisli #3Conversation de John Coltrane & Frank Kofsky
A la question : interviewsAu rapport : impressions de concertsEn théorie : l'improvisation par l'écrit : John Butcher & Evan Parker

Stone Quartet : Live at Vision Festival (Ayler, 2011)

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A New York, le 28 juin 2010, les cordes de Joëlle Léandre et de Mat Maneri ne se faisaient pas prier pour s’entremêler. De sorte que l’on aurait pu croire Roy Campbell et Marilyn Crispell installés dans le retrait. Mais c’était mal connaître et mal interpréter le Stone Quartet dont le but tend à consolider et maintenir un axe collectif avant toute autre chose.

Ainsi, quand tout fut installé, elle et ils purent entrer dans la danse et animer une lente pulsation jamais abusée. Nulle structure, nulle combinaison ici mais un remarquable enchaînement des matières. On pourra, aussi, projeter quelques grandeurs : un fugace mais poignant duo flûte-voix, une contrebasse plus pizz et moins arco que d’ordinaire, une trompette perçante et chavirante mais dans tous les cas de figure, soudés et solidaires, nous les retrouverons toujours. Un grand disque, je crois…

EN ECOUTE >>> Vision 1 >>> Vision 2

Stone Quartet : Live at Vision Festival (Ayler Records / Orkhêstra International)
Enregistrement : 2010. Edition : 2011.
CD : 01/ Vision One 02/ Vision Two
Luc Bouquet © Le son du grisli

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Borbetomagus : New York Performances (Agaric, 1986)

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Ce texte est extrait du deuxième volume de Free Fight, This Is Our (New) Thing. Retrouvez les quatre premiers tomes de Free Fight dans le livre Free Fight. This Is Our (New) Thing publié par Camion Blanc.

De passage à Paris en 1992, Thurston Moore, l’un des deux guitaristes de Sonic Youth, cherchait encore des disques de free lui faisant défaut, et ça commençait à se savoir dans la communauté. En fait il chinait surtout des Byard Lancaster, Frank Wright et Frank Lowe enregistrés en France... 

C’est à cette époque que le journaliste Bernard Loupias le rencontra : « Quand Frank Lowe soufflait comme un damné avec Alice Coltrane ou Rashied Ali, Thurston avait dix ou onze ans à tout casser, il connaît pourtant cette période comme sa poche. » Thurston : « En ce moment (1992 – ndr) il y a un regain d’intérêt pour le jazz hardcore à New York. Les gens se remettent à explorer, à jouer une musique plus dure. » Loupias : « Avez-vous remarqué que Thurston ne parle jamais de free jazz ? Le terme lui semble sans doute aussi daté que « niou » ou « middle ». L’horreur : un revival free ! Alors, allons-y pour jazz hardcore, c’est l’esprit de la (Nouvelle) Chose, sans la lettre. Marre des visites de musée. De l’air ! Vive le jazz hors piste ! Après tout, le fil vivant de cette musique, d’Armstrong à Ayler, a-t-il jamais été autre chose qu’une révolution permanente, une prise de maquis sans fin, un continuel marronnage esthétique ? » Des propos qui ont été repris au dos d’un EP de Frank Lowe, Out Of Nowhere, produit par Thurston Moore. Et que Free Fight, This Is Our (New) Thing pourrait faire siens…

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Retour à New York… En 1992, Borbetomagus a déjà sorti son premier opus de snuff jazz mégahardcore depuis une douzaine d’années (Snuff Jazz étant le titre d’un de leurs disques sorti en 1989). Et à écouter Donald Miller, Don Dietrich et Jim Sauter, respectivement guitariste et saxophonistes du groupe, rien de ce qu’ils font n’aurait de rapport avec le noise ou même avec l’expérimental auxquels on les associe constamment. En fait ils se considèrent comme des performeurs accomplissant leur besogne du mieux qu’ils peuvent : point barre et peu importe que certains de leurs concerts se soient terminés en émeute !

Evidemment, chez Borbetomagus l’on aime le free jazz, et Albert Ayler et Peter Brötzmann en particulier, dont le groupe offre une vision pour le moins paroxystique : en gros Machine Gun joué à fond les ballons pendant une heure (tiens, Machine Gun c’est aussi le nom d’un combo new-yorkais d’alors, celui de feu-Thomas Chapin). Mais plus encore, Borbetomagus apprécie le rock dont il s'estime issu, son énergie essentiellement, si l’on veut bien considérer les live du MC5 et les Stooges de « LA Blues » que l’on aurait du mal à ne pas évoquer en pareille contrée, tout comme Metal Machine Music de Lou Reed. Dans un entretien inséré dans la pochette du LP de Borbetomagus The Rape Of Atlanta, Pharoah Sanders et Jimi Hendrix sont évoqués – ce dernier pour ce seul moment où il crame sa guitare à Monterey, et dont Donald Miller dit : « That’s what we do. For a whole hour. » 

Parmi les premiers, c'est-à-dire dès 1980, Masami Akita (alias Merzbow) les a contacté afin d’exprimer son admiration. Même si Borbetomagus réfute curieusement toute connexion avec le noise, la scène japonaise dédiée au genre en vénère les membres, le surnommé King of Noise, à savoir Jojo Hiroshige d’Hijokaidan, ayant sorti du Borbetomagus sur son label (Alchemy) avant de proposer une tournée au Japon. 

BORBETOMAGUS

Quiconque n’aura jamais écouté de groupe de ce genre peinera à imaginer pareil geyser d’énergie délivré à partir de deux saxophones et d’une guitare amplifiés – par contre ceux qui connaissent la dernière version de « My Favorite Things » d’avril 1967 où Coltrane dialogue avec Pharoah Sanders savent déjà tout ça… Ferraillements en tous sens, violentes exhortations quasi viscérales, déluge de distorsion aux allures de cérémonie vaudou : il est difficile de décrire ce que certains, à propos de cet enregistrement public, ont qualifié de « jazz industriel » – pourquoi pas d’ailleurs, puisque l’on parlait aussi, en pleine no wave, de jazz punk (le musicien Misha Lobko évoqua, à propos de Borbetomagus, une « symphonie de béton »). 

Quant à Thurston Moore, pour y revenir, il enregistra l’un de ses premiers disques basés sur l’improvisation totale (l’un de ses plus violents aussi) en compagnie des saxophonistes de Borbetomagus (le bien-nommé Barefoot In The Head). Et enfin, il leur renvoya la politesse en les invitant sur Murray Street de Sonic Youth.

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Bandes Expéditives : Martin Küchen, Par Thörn, Michael Muennich, Marcello Magliocchi, Collapsed Arc

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martin_k_chenMartin Küchen, Par Thorn : Live at Martin Bryder Gallery (Küchen, 2011) Auprès du poète et artiste sonore Par Thörn (magnétophones, radio, TV set…), Martin Küchen (saxophones, radio) donna ce Live at Martin Bryder Gallery. Dans l’esprit de ce que le second avait donné avec Martin Klapper (Irregular), c’est-là une musique de bruits divers bientôt embarrassée par la présence humaine qui l’a engendrée, de boucles – souffles, enregistrements, voix (évocation des personnages doués de paroles de Dennis Oppenheim) – qui tournent et s’amoncèlent. La seconde face consigne quant à elle un travail fait par le duo sur un solo enregistré plus tôt par Küchen : le bruit épouse cette fois le soupçon et l’improvisation prend de beaux airs de menace.

MuennichMichael Muennich : Rugged (Fragment Factory, 2011) A même la cassette, Michael Muennich a gravé ce Rugged publié à 57 exemplaires sur son propre label, Fragment Factory. Cette autre histoire de bruits est celle de drones tenaces enlacés à des craquements, battements, frottements, feulements, et qui finissent par former des boucles au parcours étonnant. Sous le crachin, on repère même cinq notes regroupées : elles deviendront le gimmick de cette expérience qui n’avait fait qu’en chercher un pour se faire un peu moins abstraite (extrait).

magliocchiMarcello Magliocchi : Music for Sounding Sculptures In Twenty-Three Movements (Ultramarine, 2011) Batteur du quartette de Gianni Lenoci, Marcello Magliocchi publie Music for Sounding Sculptures in Twenty-Three Movements sur Ultramarine, label qui publia son beau duo avec Ninni Morgia (Sound Gates). Les sculptures sonores qu’il y agace sont celles d’Andrea Dami ; l’improvisation date du 7 octobre 2010. Au gré des vingt-trois mouvements promis, Magliocchi dit l’intérêt qu’il trouve à l’abstraction tout en révélant les possibilités cachées d’objets qu’il fait chanter : celles de percussions creuses, de presque éléments de batterie ou d’épaisses cordes lâches. La référence peut aussi être téléchargée : soit, exister fièrement sur CD-R…

RussellCollapsed Arc : In Cursive (Imminent Frequencies, 2011) Sous le nom de Collapsed Arc, l’artiste sonore David Russell (Relentless Corpse, Jerk) concasse des field recordings, des enregistrements de voix et d’infimes bruits collectés, pour arranger deux titres. Eux aussi galvanisés par le potentiel enivrant des boucles, ManMade Diamond et Charlie Hustle se disputent un propos virulent avec des caractéristiques propres : éclatement des propositions bruitistes pour le premier, goût prononcé pour les aigus pour le second. Le retour de la cassette n’oblige pas à décréter laquelle, de la première ou de la seconde face, l’emporte en force de rouleau.  

Enhardis par ce retour en force de la cassette, nous attirons votre attention sur celui du badge :
badge le son du grisli

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Angel : 26000 (Editions Mego, 2011)

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A la base, le calcul est simple bien qu’aguichant, Ilpo Väisänen de Pan Sonic + Dirk Dresselhaus de Schneider TM = Angel. Très vite, et fichtre qu’on aime ça, l’addition devient carrément baveuse à la lecture des trois renforts que sont la magnifique violoncelliste Hildur Gudnadottir, le pape ambient BJ Nilsen et le guitariste tripatouilleur Oren Ambarchi. L'affiche est sexy, au sens mystique d’une musique que traversent les forces contradictoires – ou pas – de Oneohtrix Point Never vs Earth vs Throbbing Gristle.

Censées représenter les derniers temps d’un cycle étalé sur 26000 années, d’où son titre, le disque débute par un immense morceau de bravoure noise – encore que la simplicité du qualificatif ne rende guère hommage à la violence contenue qu’il dégage. Echafaudé sur les glissandi de Gudnadottir, déclinés en de multiples torrents où l’orage le dispute à la tempête, Before the Rush et ses 13’45 impliquent une haute revendication bouillonnante aux airs de champ de bataille après la mort. Un temps de musique quasi-concrète plus tard, mais telle qu’elle serait revue et corrigée par Z’ev et Daniel Lopatin en nouveaux membres d’Einstürzende Neubauten (In), le quintet germano-scandinavo-australien décide de nous emmener dans les entrailles de la terre, direction les égouts sous la ville où le moindre pas fait écho de longues secondes ( Dark Matter Leak). On y fait d’étonnantes rencontres – à un tel point qu’on se prend à entendre un OVNI perdu à jamais en les sous-sols putréfiés d’une civilisation imbibée de sa propre décadence (la nôtre ?). Présents tout au long de l’œuvre, les boules de verre et autres objets métalliques tiennent sur Out le haut du pavé, bien qu’on les ait déjà appréciés en meilleurs termes, notamment chez Figueras, Toop et Burwell (mais c’était il y a bien longtemps). En sortie de piste, un long bourdonnement – very – hypnotique étend sa masse lunaire, tel une toile d’araignée lentement tissée autour de nos cervelets mis à rude – mais fascinante – épreuve vingt-six mille années durant.

EN ECOUTE >>> 26000

Angel : 26000 (Editions Mego / Metamkine)
Edition : 2011.
CD/LP : 01/ Before The Rush 02/ In 03/ Dark Matter Leak 04/ Out 05/ Paradigm Shit
Fabrice Vanoverberg © Le son du grisli

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Mark Alban Lotz & Islak Köpek : Istanbul Improv Sessions May 4th (Evil Rabbit, 2011)

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Voici le second volet – mais le premier chronologiquement – des aventures conjointes de Mark Alban Lotz et d’Islak Köpek (Sevket Akinci : guitare / Kevin W. Davis : violoncelle / Korhan Erel : laptop / Robert Reigle & Volkan Terzioglu : saxophones ténors). Ici, et même si les six musiciens n’improvisent ensemble que quatre fois sur un total de quinze pièces, cela suffit à confirmer la totale fusion du flûtiste batave et des cinq improvisateurs turcs (d’origine américaine, Kevin W. Davis et Robert Reigle sont, aujourd’hui, résidents turcs).

Face aux flûtes sereines de Lotz voici que se déchaîne le ténor rugueux de Robert Reigle : nul combat ici mais une course aux dissonances impulsée de façon toute naturelle. Maintenant, ce sont des souffles étranglés et inquiets qui émergent de la masse nébuleuse. Mais les plus beaux instantanés du disque sont à mettre à l’actif du flûtiste et de Korhan Erel: entre les vents ancestraux de l’un et les gargarismes électroniques de l’autre se lient quelques idées fortes, accomplies. Sans nul doute, une piste à argumenter pour l’avenir.

Mark Alban Lotz, Islak Köpek : Istanbul Improv Sessions May 4th (Evil Rabbit Records)
Enregistrement : 2010. Edition : 2011.
CD : 01/ We 02/ Mouths 03/ Mouthtrap 04/ Stop 05/ Throat 06/ Us 07/ Scared 08/ Talking 09/ Down 10/ Short 11/ Sacred 12/ Mouthstrap 13/ Diamond 14/ Our 15/ Mouthwater
Luc Bouquet © Le son du grisli

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Weird Weapons : 2 (Creative Sources, 2011)

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Je pensais, jusqu’à cette écoute, pouvoir reconnaître la guitare d’Olaf Rupp. Mais au début de Buckram, est-ce elle qui gratte ou la contrebasse de Joe Williamson ? Et aussi, est-ce elle qui gonfle ou la peau de la caisse claire de Tony Buck ? Impossible à dire.

Heureusement, la guitare de Rupp me revient, répétitive et acharnée sur les trois ou quatre cordes qui suffisent à ses arpèges. Cette fois nul doute c’est bien là Williamson alors que Buck s’escrime à enfoncer ses baguettes plus profond dans les fûts. Je reconnais donc la guitare de Rupp parce que je m’aperçois que ses deux partenaires sont occupés ? Soit, qu’importe. Ce qui importe c'est que tout tourne et que les arpèges dansent avec un drone et un bruit de métaux. La guitare classique de Rupp ne lâche rien, elle tient bon sous la pression conjointe de bassiste de Trapist et du batteur de The Necks. Le premier Weird Weapons était sorti sur Emanem. Le second ne trahit aucune de ses promesses.

EN ECOUTE >>> Shantung & Buckram

Weird Weapons : 2 (Creative Sources / Metamkine)
Enregistrement : 2009. Edition : 2011.
CD : 01/ Shantung 02/ Buckram
Héctor Cabrero © Le son du grisli

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Interview de Larry Ochs

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Alors que paraît  A Short History, nouvelle référence de sa disocraphie – qui consigne une interprétation de Certain Space, grande composition  inspirée des travaux de Giacinto Scelsi, Cecil Taylor et Morton Feldman –, le ROVA Saxophone Quartet est attendu en France. C’est qu’il y est annoncé deux fois : à Metz, aux  Trinitaires (concert organisé par l'association Fragment),  le 28 février,  puis à Paris, au Collège des Bernardins (dans le cadre du cycle « Alterminimalismes »), le 1er mars. Ici et là,  il défendra Sound in Space, projet  qui donne à entendre plusieurs de ses œuvres amalgamées, dont ce Certain Space plus tôt évoqué. L’occasion de demander à Larry Ochs de quoi retourne ces projets spatiaux…

Je ne peux pas vraiment dire quand j’ai entendu Morton Feldman pour la première fois. Je l’ai sans doute découvert dans les années 1970, au cours d’une de mes lectures à propos de John Cage… Peut-être dans une interview… Par contre, je sais que je dois beaucoup au Kronos Quartet. Je crois que c’est l’écoute de Piano and String Quartet, qu’ils ont enregistré en 1985, qui m’a amené à la musique de Feldman. Il faut savoir qu’à cette époque, trouver un disque de Morton Feldman était plus difficile qu’aujourd’hui. Quant aux concerts qui le programmaient aux Etats-Unis, en dehors de New York, cela n’arrivait pas tous les jours… Et puis, je dois aussi avouer que ses premières œuvres me paraissent assez « sèches ». Le disque qui m’a retourné a été Piano, le solo enregistré par Marianne Schroeder sur Hat Art, aujourd’hui épuisé. Peu après, il y a eu ce CD, Untitled, joué par deux Hollandais [René Berman et Kees Wieringa, ndr], qui a ensuite été réenregistré dans une version plus longue sous le titre Patterns in a Chromatic Field… C’est une musique qui tue et que j’écoute encore souvent.

Vous n’avez jamais rencontré Feldman ? Non, jamais.

Sur une compilation rendant hommage à Feldman, Morton Feldman Jazz Tributes, vous aviez dédié Tracers à Anthony Braxton et Morton Feldman. Quel serait le lien qui rapproche leurs musiques ? J’espère bien faire le lien entre leurs musiques… J’ai été profondément influencé par les disques de Braxton puis par ceux de Feldman. Fusionner ce que j’ai retenu de leurs travaux dans une composition à moi, qui atteste de ma propre voix tout en laissant deviner mes influences, voilà l’histoire ! Il est intéressant de noter que Braxton n’a que quatre ans de plus que moi mais qu’en termes de vie musicale, il me devance bien d’une quinzaine d’année ! Bon, il faut avouer qu’il a commencé jeune et moi assez tard… Bref, pour revenir à Tracers, il y a dans les compositions pour orchestres (ou pour plusieurs instruments) de Feldman et de Braxton une tendance au son fourni, toutes ces lignes multiples qui se mélangent dans d’étonnants lacis harmonique…

Ce son est ce que Feldman a apporté à votre musique ? Le « son » de Feldman est une sorte de Graal pour moi. L’intérêt n’est bien sûr pas de le copier mais plutôt de nourrir mon propre langage de ce que j’ai pu saisir de son message… Et puis, d’autres musiciens comptent aussi pour moi : des musiciens et des compositeurs dont j’admire la musique et dont la technique, bien qu’insaisissable, est si personnelle que toute tentative d’imitation est sans espoir. Il vaut mieux appliquer leur message à ses propres buts. C’est la raison pour laquelle j’ai créé ces « décors » pour chacune des partitions, qui rappellent le feeling de la musique du compositeur. Pour la partie de Feldman, ces décors sont des répétitions qui varient et sont jouées rubato par les trois musiciens qui s’occupent de l’accompagnement, qui soutiennent l’électron libre (plus conventionnellement appelé soliste). Dans cette partie feldmanienne, Adams est l’électron libre après que j’ai moi-même joué ce rôle les soixante premières minutes afin de mettre en place ces éléments du décor. Lorsque je parle d’électron libre, j’entends que le joueur peut aussi bien décider de ne pas jouer, ou encore de jouer sous les accompagnements… Un solo conventionnel se fait toujours entendre sur la section rythmique ou l’orchestre. C’est un procédé qui permet de donner le choix aux musiciens. En fait, j’aimerais renvoyer aux notes que Feldman a écrites pour Patterns in a Chromatic Field, et qui résument assez bien l’idée du projet…

Votre rapport au temps est-il proche de celui de Feldman ? J’aime assez l’idée d’imposer un Temps à des formes déstructurées. La manière dont cette bête sauvage vit dans la jungle – et non au zoo – m’intéresse énormément. Je m’inquiète de la façon dont le Temps existe avant même que l’on mette nos  pattes dessus…  Cet intérêt ne concerne pas la façon de créer un objet, ni la manière dont cet objet existe par, dans ou en rapport avec, le temps. Il s'agit plutôt de s’intéresser à la manière dont cet objet existe en tant que temps. Le temps retrouvé, le temps comme une image…

De quoi retourne Sound in Space, le projet que vous présenterez en France dans quelques jours ? Cela fait plusieurs décennies que nous travaillons à ce projet. Nous avons déjà eu la chance de l’interpréter dans des églises, des musées et même au sommet d’une montagne, non loin de San Francisco. A chaque fois, nous avons profité de l’acoustique ou de l’ambiance de l’endroit… Au Collège des Bernardins, nous allons composer avec ce que l’espace du lieu a à nous offrir. Nos premières intentions pourront changer après avoir découvert l’endroit, mais voici comment nous voyons les choses pour le moment : pendant le premier set, nous jouerons au centre de l’espace, entourés par le public ; pendant le second, c’est nous qui entourerons le public, nous déplaçant au gré de nos envies… Les deux sets seront faits des pièces suivantes : Low Light Inches (Ochs), To the Right of the Blue Wall (Jon Raskin), Electric Rags (Alvin Curran) et Certain Space, for Morton Feldman (Ochs) pour le premier ; For the Birds (Adams), Grace (Adams & ROVA) & Graphic #38 for Steve Lacy (Adams) pour le second.

De quelle façon ces compositions d’origines diverses forment-elles un projet cohérent  tel que Sound in Space ? Par exemple, ce Certain Space dédié à Feldman est extrait d’un projet plus vaste, A Short History, qui sortira sur disque sur Jazzwerkstatt… En effet, nous jouerons la dernière partie de Certain Space, une composition en trois parties respectivement dédiées à Giacinto Scelsi, Cecil Taylor et Morton Feldman. Feldman n’aurait peut-être pas été ravi d’être incorporé à ce projet minimaliste, mais  je pense qu’il y a sa place et qu’il est même parfait pour ce concert. J’ai créé pour cela un accompagnement pour trois saxophonistes dont le caractère emprunte à son art sur lequel Steve Adams interviendra en électron libre sur les textures des trois  « accompagnateurs de fond » (Backgrounders). Pour ce qui est des autres pièces, il faudrait les évoquer une par une… Ainsi, Low Light Inches a été écrite pour être jouée au sommet d’une montagne. Nous ne l’avons jouée que quelques fois, dans des endroits inhabituels. C’est une sorte d’ouverture. L’auditeur n’a qu’à ouvrir ses oreilles et on prendra soin de lui. To the Right of the Blue Wall est une pièce très récente, jouée pour la première fois en 2011 et enregistrée en août pour la sortie d’A Short History. L’idée est celle d’un transfert de fluides qui va du premier au second plan puis au fond sonore. Une idée peut émerger à tout moment, être déplacée, recontextualisée…  La forme de cette composition a émergé des explorations collectives du ROVA dans le domaine de la composition / improvisation, notamment d’un titre appelé Radar. Depuis 2004, mes compositions utilisent des partitions graphiques comme autant de  raccourcis qui permettent d’exprimer mes intérêts de compositeur. To The Right Of The Blue Wall a été composée par Jon Raskin lors d’une résidence d’un mois au Headlands Center for the Arts. Sa partition intègre trois photos de grappes et de tiges de raisins,  des notes extraites de Point et ligne sur plan de Kandinsky ainsi que quatre solos écrits de façon plus conventionnelle. Ensuite, il y a Electric Rags 2, une composition d’Alvin Curran. C’est une sorte d’équipée sauvage à travers toute l’histoire de la musique qui a été composée spécialement pour nous en 1989. Elle consiste en une trentaine de minutes pendant lesquelles évoluent quatre saxophones tout en déclenchant une machinerie électronique. Pour ce concert, nous choisirons de jouer trois à cinq minutes de cette œuvre qui reflètent de façon plus ou moins évidente notre conception du « minimalisme ». On peut entendre cette pièce dans son intégralité sur un disque paru en 1991 sur New World Records. For the Birds a été créée en 2001 pour ce concert sur le Mont Tamalpais, près de San Francisco. Quatre saxophones disposés dans quatre coins : Adams joue une mélodie de Raskin et la transforme en structure capable d’accueillir des cellules improvisées, des duos libres et une improvisation cadrée du quartette. Les techniques à y entendre sont supposées utiliser les avantages et les inconvénients que présente l’endroit. Ensuite il y a Grace, créée à l’occasion d’un concert que le ROVA a donné avec Terry Riley dans la Grace Cathedral dans le cadre du San Francisco jazz Festival de 1991. Cette pièce a été écrite pour profiter du long écho de cette église et pour interroger les relations entre le matériau musical et son mouvement dans l’espace. On retrouve cette pièce sur Morphological Echoes, sorti sur Rastascan. Enfin, nous jouerons Graphic #38, for Steve Lacy, une composition d’Adams qu’il présente ainsi : « C’est un extrait de ma série de partitions graphiques. Elle combine des notations et des éléments purement visuels, et incorpore des conceptions musicales liées à la musique de Lacy. Il était un géant du saxophone, nous avons été heureux de pouvoir le rencontrer, de jouer sa musique, et de la jouer avec lui. »

A Feldman et Braxton, il faudrait en effet ajouter Lacy s'il faut évoquer vos différentes influences… Un jour, Curran m’a dit que la génération du ROVA était celle des véritables synthétistes : avant elle, les musiciens cherchaient plutôt à s’affirmer en fonction de , voire contre, la tradition. Je peux dire aujourd’hui que nous avons effectivement eu à cœur de relier des musiques qui, jusque-là, avaient tendance à s’opposer. Malgré les réticences que nous avons pu rencontrer ide temps à autre, nous n’avions pas de raison de craindre les conséquences de nos actes : intégrer un peu de rock à la musique improvisée ou rapprocher les idées de Cage ou de Feldman (qui clamaient mépriser l’improvisation) avec celles de Braxton ou de Taylor… Je me souviens avoir été surpris par les réactions de certains musiciens que notre vision des choses offensait ou qui pensaient que nos mélanges étaient irrespectueux envers leur musique. Mais pour nous, tout était possible...

Larry Ochs, novembre-décembre 2011.
Guillaume Belhomme © Le son du grisli

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Sissy Spacek : Grisp / Freaked with Jet (Gilgongo, 2011)

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Improvisations bruitistes, collages, noise core primitiviste, musique industrielle, musique concrète… Enregistrés par Aaron Hemphill, Jesse Jackson, John Wiese, Mitchell Brown, Peter Kolovos et Rick Potts, réinjectant sur une partie du disque des fragments sonores de Smegma et The Haters, les huit titres de Grisp forment une matière explosive – décidément instable.
 
Sifflements, grésillements, raclements, crissements, crépitements sont quelques-uns des modes phénoménaux de ces expérimentations sonores, procédant par abrasions et par électrocutions, par fissures et par fissions, par scissions brutales.
 
La musique de Sissy Spacek naît de l’agencement de déchets sonores – larsens, bruits blancs, bruits métalliques – et d’opérations sauvages à même le support enregistré : une exploration excitante des puissances de l’hétérogène !

EN ECOUTE >>> Grisp

Sissy Spacek : Grisp (Gilgongo Records)
Edition : 2011.
CD : 01/ Real Trash 02/ Lipstick 03/ Tribulation 04/ Jerk Loose 05/ Fontellabass 06/ Teenage Kick (Anti-Anxiety) 07/ Grisp 08/ Mono No Aware 2
Samuel Lequette © Le son du grisli

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Compilation de titres enregistrés en 2008 par John Wiese (électronique), Charlie Mumma (batterie) et Corydon Ronnau (voix), Freaked with Jet assemble 75 pièces-projectiles. Publiées plus tôt sur 45 tours (Gutter Splint, Fortune b/w The Eyes Of Men, Epistasis, Vacuum, Agathocles, Vanishing Point), ce sont pour l’essentiel des miniatures que se disputent saccades vocales et batterie hachée menu, autres miniatures remontées que sectionnent pauses et nouveaux départs et ultimes miniatures frappées aux cris d’angoisse supérieure. L’électronique – de Wiese y est à la peine tant la rage du duo Ronnau / Mumma fait de foin...

EN ECOUTE >>> Freaked with Jet

Sissy Spacek : Freaked with Jet (Gilgongo Records)
Enregistrement : 2008. Edition : 2011.
CD : 01-15/ Gutter Splint 16-39/ Fortune b/w The Eyes of Men 40-54/ Epistasis
Guillaume Belhomme © Le son du grisli

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Gianni Lenoci : Secret Garden (Silta, 2011)

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D’abord se fait entendre la contrebasse, précipitée, déterminée, presque affolée, puis apaisée à l’arrivée d’un piano et d’une batterie dont les pas seront vite emboîtés par un saxophone alto ample et assuré. Secret Garden commence ainsi. Pour changer bientôt, à coups de subtils dérèglements ou d’emballements plus vifs. Alors on pense à Coltrane, pour cette combinaison de quatre lumineuses : batterie rayonnant large, contrebasse plantée profond dans le sol, piano en accords plaqués, sax au-dessus de la mêlée. Très vite, chacune des quatre voix se singularisera, sans perdre de vue totalement, toutefois, l’imposant héritage. Et de narrer d’autres histoires, de dessiner d’autres figures. Chacun à leur tour, les quatre s’éloigneront de la route qu’ils semblaient vouloir tracer pour aller se perdre ailleurs. Les dix minutes du morceau augural de Secret Garden, portant ce même nom, auront passé vite et laissé présager l’importance de ce disque.

A Palindrome Life, deuxième morceau, achève de convaincre. Gianni Lenoci et ses compagnons y offrent une longue méditation, un art de souffle retenu, d’énigme irrésolue. Reprenant les timbres là ou Secret Garden les avait laissés, A Palindrome Life s’éloignera après son premier tiers vers de nouvelles terres. Si la main gauche de Lenoci reste fidèle au piano, la droite égrène les touches d’un mbira. Marcello Magliocchi se concentre alors sur le son mat des seuls tambours tandis que William Parker se saisit d’un archet grave. Don Cherry et son folklore imaginaire ne sont pas loin, et seront invités de nouveau sur Mbira, cinquième morceau de l’album, tout aussi convaincant.

Avec Two Days in Amsterdam, le groupe, s’il revient aux formules éprouvées premièrement, les soumettent à une accélération de tempo dont Parker et Magliocchi sont les implacables artisans. Gaetano Partipilo achève de tisser les liens qui le rattachent à l’esprit de Giuseppi Logan et Lenoci dresse un pont entre les pianos de McCoy Tyner et Cecil Taylor.  Le quatrième titre, Splinter, courte course-poursuite au souffle coupé, et le final et plus long Variations, se feront vite oublier, tant tout semble avoir été (bien) dit ailleurs. Et incitent somme toute à reprendre l’écoute de ce néanmoins très bon disque. Alors, reprenons : d’abord, se fait entendre la contrebasse…

Gianni Lenoci Quartet : Secret Garden (Silta Records)
Edition : 2011.
CD : 01/ Secret Garden 02/ A Palindrome Life 03/ Two Days in Amsterdam 04/ Splinters 05/ Mbira 06/ Variations
Pierre Lemarchand © Le son du grisli

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Philippe Robert, Bruno Meillier : Folk & Renouveau (Le mot et le reste, 2011)

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Magnifique passeur d’idées musicales, les éditions Le Mot Et Le Reste n’ont guère l’habitude de prendre leur lectorat pour du vulgum pecus de tête de gondole chez Auchan. Respectueux de l’intelligence de son public, adeptes des formes identifiables (ah, les couvertures, à la fois dépouillées et alléchantes), balayeur de genres en marge des conventions, la maison marseillaise n’a eu de cesse, depuis sa création en 1996, de (re)défricher les genres, en un arc tendu qui relie le passé au présent – dans tous les cas, il est exclusivement anglo-saxon comme le souligne le sous-titre de l’ouvrage, conçu telle une promenade balayant les trois-quarts du vingtième siècle et le début du suivant. Habitué des lieux, l’ex-Inrocks/Jazz Magazine/Vibrations Philippe Robert en est à son cinquième numéro sur LM&LR, sans compter ses parutions auprès d’autres éditeurs (dont votre grisli préféré). Moins auteur et plus acteur de terrain, Bruno Meillier a multiplié les activités en plus de trente ans d’activisme – musicien dans plusieurs projets dont Etron Fou Leloublan ou Zero Pop), label manager d’Orkhêstra International et programmateur du festival stéphanois Musiques Innovatrices.

Témoin  de cette philosophie musicologique – rassurez-vous, le propos n’a rien d’intellectualisant en dépit de son exigence et de son acuité – la couverture de leur premier ouvrage commun relie deux œuvres majusculement majuscules de la folk music – The Times They Are A-Changin de Bob Dylan  et Ys de Joanna Newsom. En une imposante et magistrale recomposition d’un paysage exclusivement anglophone à guitare acoustique (et autres instruments à cordes), leur Folk & Renouveau parcourt, en près de 150 albums majoritairement indispensables, un style que traversent près de quatre-vingts ans discographiques. Nullement exhaustif tel que les deux auteurs le précisent dans leur avant-propos (encore que…), le parcours débute, faudrait-il écrire évidemment, en 1927 avec l’incontournable Anthology Of American Folk Music Edited By Harry Smith pour s’achever en 2009 avec le Barn Nova des néo-hippies Matt Valentine et Erika Elder, alias MV & EE.

Même si chacun complètera la liste avec quelques disques à ses yeux incontournables (pour ma part, j’y aurai inclus Jay Reatard, Marissa Nadler (citée toutefois en p. 37), Tara Jane O’Neil, Jana Hunter ou Meg Baird en solo – encore que cette dernière soit de la partie en tant que vocaliste d’Espers ET moitié du duo Baird Sisters, ce qui est déjà remarquable). Au-delà de ces remarques forcement personnelles, plusieurs aspects, davantage objectifs, frappent l’œil dès la consultation des 350 pages du livre. D’abord, la très grande diversité des artistes cités : sur 147 productions discographiques recensées, un seul personnage a l’honneur d’apparaître à deux reprises – et pas n’importe lequel, puisqu’il s’agit de M. Dylan himself, pour un opus en studio encore acoustique (le déjà cité The Times They Are A-Changin) et un live (The Royal Albert Hall Concert) qui a marqué la véritable rupture de Robert Zimmermann avec la musique folk.

Heureusement, la liste, aussi merveilleuse soit-elle, ne se résume pas une à une simple table des matières répétitive et soûlante. A l’issue de chaque article, Robert et Meillier nous gratifient d’une sélection bienvenue des productions de l’artiste présenté. Dans le cas des très actifs Dylan, Leonard Cohen ou Neil Young, la démarche est bienvenue, tant les liens tissant leurs canevas musicaux se doivent d’être mis en évidence, ne fut-ce que succinctement (ou bien la brique compterait le triple de pages et deviendrait rapidement indigeste). Pour les autres représentants de la « cause », le choix s’avère naturellement moins cornélien, soit en raison de la brièveté de leur discographie, voulue (Bridget St John, Judee Sill) ou non (Tim Buckley, Nick Drake). Bien que, là aussi, les digressions soint parfois discutables (pourquoi s’arrêter en 1969 pour Buffy Sainte-Marie ?), la vision d’ensemble n’est pas loin de ressembler à un Top 1000 de la folk music, qu’elle soit traditionnelle, freak, acid, New Weird Americana ou psyché.

Autre complément d’information, sinon peu original mais bienvenu, les auteurs mettent en relief les parentés stylistiques des musiciens en citant des noms aux univers cousins (John Fahey ou Jack Rose pour Robbie Basho), parfois au-delà du genre majoritairement abordé (Animal Collective chez Vashti Bunyan). Le plus souvent, les rapprochements sont d’une évidente pertinence, versant d’ailleurs au-delà des limites de la folk pure (Mojave 3 ou Lambchop en lien évident avec le très déprimé Fables Of The Reconstruction de R.E.M., Coil en glorieux prédécesseur de Current 93, etc.). Nul doute qu’au cours des prochaines années et décennies, la liste ne demandera qu’à être prolongée, tellement la vitalité de la musique folk anglo-saxonne demeure élevée. Pour notre part, et que les auteurs nous pardonnent cette intrusion, nous y verrions bien le récent et formidable Smoke Ring For My Halo de Kurt Vile, indispensable en 2011 comme il le sera à l’avenir.

Philippe Robert, Bruno Meillier : Folk & Renouveau. Une balade anglo-saxonne (Le mot et le reste / Orkhêstra International)
Edition : 2011.
Livre
Fabrice Vanoverberg © Le son du grisli

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