Le son du grisli

Bruits qui changent de l'ordinaire

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le son du grisli #3Peter Brötzmann Graphic WorksConversation de John Coltrane & Frank Kofsky
A la question : interviewsAu rapport : impressions de concertsEn théorie : l'improvisation par l'écrit : John Butcher & Evan Parker

Benjamin Duboc : Primare Cantus (Ayler, 2011)

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A Benjamin Duboc, artiste régulier du label, Ayler Records offre la belle opportunité de développer ses conceptions musicales sur la longueur. Primare Cantus se présente donc en un coffret de trois disques, chacun présentant le contrebassiste en contextes différents.

D’abord, il faut souligner l’ambition du projet et sa belle démesure. Ensuite, déjà dire que le résultat est impressionnant, pour qui choisira de s’attarder en compagnie d’une musique qui ne s’offre qu’à l’auditeur qui s’y plonge totalement. Cette immersion en eaux profondes commence doucement, progressivement, en une longue pièce à la contrebasse solo, Primare Cantus, qui occupe tout le disque premier, et qui donnera son nom à l’’ensemble du projet. La respiration, le battement, le souffle de la contrebasse dans cette première et longue pièce captive tout le long de ses 42 minutes en un voyage presque immobile. La musique y est jouée sur le cordier de la contrebasse, à l’archet, et explore ainsi le registre le plus grave de cet instrument grave. Elle se déplace lentement, par infimes variations, par petites touches qui créent un sentiment d’engourdissement et de fascination.

Sur le second disque, la contrebasse de Duboc, qui si elle n’est plus seule n’en demeure pas moins centrale, se fait tendrement envelopper jusque dans ses dissonances par le saxophone ténor de Sylvain Guérineau, les saxophones ténor et  baryton de Jean-Luc Petit ou les percussions de Didier Lasserre. Les 10 pièces, toutes jouées en duo, qui figurent sur ce deuxième disque font surgir de bien contrastés univers. Ses trois compagnons offrent à Benjamin Duboc un miroir aux propres étendues parcourues par les cordes insatiables de sa contrebasse. Avec l’improvisation comme ligne d’horizon sont foulées les pistes accidentées du free jazz (en particulier quand Duboc converse avec Guérineau) et les surfaces planes et légèrement ondoyantes découvertes sous l’impulsion patiente de la cymbale et du tambour de Lasserre. Cette pièce centrale, ces dix poings libres et resserrés offrent les plus beaux moments de Primare Cantus (Après la neige avec Petit et Après la sève avec Lasserre, pour n’en citer que deux, sont magnifiques).

Le disque qui clôt cette trilogie continue de mener le même travail attentif et passionné de révélation de l’intime matière sonore. Ici, trois titres. Une longue pièce en duo avec Pascal Battus et ses micros de guitare (Un nu, intense, orageuse), une autre, tout aussi longue, en trio (Garabagne, extraordinaire montée en puissance et autre moment de grâce du coffret ! -– sur laquelle Duboc est accompagné de la pianiste Sophie Agnel et du trompettiste Christian Pruvost) et enchâssé entre les deux un court  field recording. A savoir : l’enregistrement brut de feuilles agitées par le vent, qui prend tout sens et relief ici. Car chez Duboc, le son de la contrebasse se mêle à celui de son propre souffle, les instruments se révèlent autant par les notes jouées que par l’air vibré. Chez Duboc, la musicalité se niche partout, et les musiciens et leurs instruments ne sont que des médiums de cette musique. Cette courte pièce, Chêne, nous rappelle à la dimension quasi chamanique de la musique jouée lors des trois disques.

Le disque refermé, la musique est toujours là.

EN ECOUTE >>> Primare Cantus >>> Après la neige >>> Un nu

Benjamin Duboc : Primare Cantus (Ayler / Orkhêstra International)
Enregistrement : 2010-2011. Edition : 2011.
3 CD
Pierre Lemarchand © Le son du grisli

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Quatre vues d'Objets sonores

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Epuisé : Objets sonores. A suivre, en mai : Free Fight #3 !

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Jason Kahn : On Metal Shore (Editions, 2011)

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L’expression populaire dit qu’il faut se méfier de l’eau qui dort ; la prudence ferroviaire, qu’un train peut en cacher un autre. Au petit matin, Jason Kahn déroute une machine à vapeur – qu’il a repérée où –  et l’aiguille sur la surface du lac de Zürich.

En étoffant avec patience un premier coup léger, Kahn rappelle d’abord Fritz Hauser. Et puis un parasite s’immisce dans sa démonstration : c’est le premier son de la locomotive. Les suivants seront bruits de bielle-manivelles et de rails, sifflements et sirène. Sur l’eau du lac, le percussionniste fait aussi se refléter des éléments de constructions métalliques – de pont, notamment. Leur résistance est persistance, à en croire la seconde face : là, les coups réguliers sont plus graves, sourds voire distanciés, et les parasites contrits.

Comme si les rails avaient gardé au chaud le souvenir du passage du monstre fabuleux et le révélaient au fur et à mesure qu’elles disparaissent sous la surface. Le lac a maintenant recouvré sa quiétude.

Jason Kahn : On Metal Shore (Editions)
Enregistrement : 2008-2010. Edition : 2011.
LP : A/ 18:19 B/ 18:40
Guillaume Belhomme © Le son du grisli

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François Carrier, Alexey Lapin, Michel Lambert : In Motion (Leo, 2011)

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Le lendemain – mais dans une autre salle – de l'enregistrement d'All Out, le trio n’aura plus besoin de round d’observation. L’improvisation sera, d’emblée, tenace et soutenue. Le saxophone sera coltranien, insatiable ; la batterie sera étau et le piano s’offrira même une errance solitaire (This Grand?).

La musique portera une incantation inconnue jusqu’ici puis radiera son effervescence au profit d’actes plus posés : la mélodie s’apaisera, les espaces ne seront plus obturés, la batterie soutiendra à elle seule le crescendo, les harmoniques se feront plus rauques et moins contraintes.

Et Love in Space de conclure et synthétiser (la violence, la douceur, la respiration, l’étreinte) une série de trois soirées aux densités variables et souvent passionnantes.

François Carrier, Michel Lambert, Alexey Lapin : In Motion (Leo Records / Orkhêstra International)
Enregistrement : 2010. Edition : 2012.
CD : 01/ This Grand ? 02/ Is He… 03/ All Of A Sudden 04/ About To Go 05/ Love In Space
Luc Bouquet © Le son du grisli

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François Carrier, Alexey Lapin, Michel Lambert : All Out (FMR, 2011)

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Tout comme la veille (Inner Spire / Leo Records), il faudra quelques minutes au trio pour trouver ses marques. Un duo piano-batterie, particulièrement décoiffant, vers la septième minute délivre maintenant nos trois amis. En bons géomètres farceurs et géographes consciencieux qu’ils sont, François Carrier, Michel Lambert et Alexey Lapin vont déborder le cercle de leur improvisation sans préavis.

Lignes épaisses et boudinées, piano et alto en surchauffe, batterie démembrée ; cette musique semble ignorer respiration et espaces. Et, ici, échouant à éteindre les braises, on lui pardonnera, bien volontiers, sa juvénile torsion : la convulsion lui va si bien. Demain, ils seront de nouveau présents à Saint Petersburg. Tomorrow Is (toujours) the Question ? A suivre…

François Carrier, Michel Lambert, Alexey Lapin : All Out (FMR / Improjazz)
Enregistrement : 2010. Edition : 2011
CD : 01/ Blaze 02/ Wit 03/ Standing 04/ Distance 05/ Ride 06/ With It 07/ Of Breath
Luc Bouquet © le son du grisli

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Disappears : Pre Language (Kranky, 2012)

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Parce qu’il faut bien qu’il s’occupe, Steve Shelley donne du fût et de la cymbale dans Disappears, qui sort aujourd’hui Pre Language. Comme on avait déjà pu l’entendre sur Lux et Guider, Disappears est très influencé par… Sonic Youth. Mais pas que.

C’est ce sur quoi insiste Pre Language. Dedans, rien de neuf ni de surprenant, mais un rock accessible, gimmicks et distorsions, en un mot marketing comme en cent : efficace. Pour différencier les morceaux, les intonations changent comme les influences (on entend celles du Velvet, de Joy Division, Pavement, Charlatans, et même parfois Oasis (oui), surtout quand le chant ne se contrôle plus).

De bon ton, mais Disappears sait se faire plus ténébreux : Love Drug (qu’est-ce à dire ?) est ainsi le titre qui fait qu’on peut espérer que le groupe fasse plus original, et donc (encore) mieux, sur son prochain album…

Disappears : Pre Language (Kranky)
01/ Replicate 02/ Pre Language 03/ Hibernation Sickness 04/ Minor Patterns 05/ All Gone White 06/ Joa 07/ Fear of Darkness 08/ Love Drug 09/ Brother Joliene
Pierre Cécile © Le son du grisli

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Archipel électronique Vol. 1 (D'autres cordes, 2011)

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La lecture des quelques noms « connus » à l’affiche de la présente compilation (Sébastien Roux, eRikm, Frank Vigroux, Bérangère Maximin) laissait entrevoir une série de découvertes importantes, sinon sympathiques, et le moins qu’on puisse dire est que nulle déception ne surgit à l’écoute des neuf plages d‘Archipel Electronique Vol. 1 – à tel point que j’espère déjà une suite.

Tout débute d’ailleurs de fort belle manière en compagnie de Christophe Ruetsch. Associé à l’Ensemble Pythagore et au collectif Eole, l’artiste français né dans le Gers dévoile une pièce totalement subtile (S.L.O.T), à la croisée de William Basinski, Giuseppe Ielasi et Phil Niblock qui, rien qu’à elle seule, vaut le détour. Davantage brumeuse, ponctuée d’une suite de bruitages qui soulèvent son intérêt, France Matraque de Franck Vigroux ne sort toutefois pas du lot séparant Xela de Deaf Center. De l’abstraction au concret, il n’y a qu’un pas, franchi sans complexes par eRikm. Fondée sur la sirène d’alerte des pompiers que nous connaissons tous, Une Canopée Aux Accidents évolue rapidement vers une méditation alanguie, reconvertie au finale en une cascade de grillons digitalisés. Tout autre est l’atmosphère de la Matrice d’Annabelle Playe, que je qualifierais sans hésiter de berlinoise, au sens que lui avait donné Gilles Aubry sur son intrigant s6t8r – telle une sombre menace post-industrielle à fleur de peau.

Charnière de l’ensemble, Un Jour Mes Restes Au Soleil de Bérangère Maximin est réellement impressionnante d’envergure (in)soumise aux démons qui la traversent. Construite sur des échos de cordes stridentes, percutée par une basse bourdonnante jamais bavarde, l’œuvre explose sept minutes durant les canevas secrets d’une fabrication insoupçonnée. On n’en dira pas autant du bruitisme industrialisant de Jérôme Montagne, dont les tentations Yasunao Tone-friendly donnent envie de zapper, contrairement au terrifiant (et bien nommé) Territoire Fracas de Kasper T. Toeplitz – genre de déluge noise abyssal dont même le grand  Francisco Lopez doit cauchemarder la nuit, autant dire qu’on n’en sort pas intact. Tout en contrastes, à la lisière du néo-classique tel qu’on le retrouve sur le label Type, mais aussi influencé par Xenakis, la pièce C de Sébastien Roux rappelle, ne fut-ce que partiellement, que l’ombre de Pierre Schaeffer plane toujours sur notre temps et, pour conclure, L’Intelligence Pétrolifère de Sébastien Sighicelli (extraite de son opus Marée Noire de 2007) poursuit l’aventure entre concrétisation sonore et abstraction philosophique. Vous vouliez des découvertes ? En voici une de taille.

V/A : Archipel Electronique Vol 1 (D’Autres Cordes)
Edition : 2011
CD : 01/ S.L.O.T 02/ France Matraque 03/ Une Canopée Aux Accidents 04/ Matrice 05/ Un Jour, Mes Restes Au Soleil 06/ NOP(3) 07/ Territoire Fracas 08/ C 09/ L’Intelligence Pétrolifère
Fabrice Vanoverberg © Le son du grisli

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Myelin : Axon (Intonema, 2011)

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Sous le nom de Myelin, Birgit Ulher (trompette, radio, objets…) et Heddy Boubaker (saxophone alto, objets…) envisagent sept improvisations de mécaniques complexes aux jeux calculés avec une précision qui demande concentration.

Selon quelques déplacements, des souffles butent contre les micros ou se perdent pour avoir eu du mal à les atteindre : on les dira blancs ou étouffés, expressifs quand même. Car leur présence ne fait pas l’essentiel d’Axon tant les réacteurs qui les meuvent brillent par leur ingéniosité : ainsi des moteurs en souffrance, des sifflets aphones et des soubresauts de micromachines fatiguées, agissent en conducteurs, arrangeurs, et parfois même, en ordonnateurs.

Libres et peu inquiets d’être soupçonnés de quitter le champ de l’expérimentation, ils peuvent même déposer un rythme fragile au creux d’un dialogue de simples intentions et de timidités ou modifier la trajectoire de brises et de salives qui gagnent à se laisser faire par les répercussions des impulsions nombreuses. D’aspect, l’exercice est entendu ; à l’écoute, il devient singulier.

EN ECOUTE >>> Impulse 1

Myelin : Axon (Intonema)
Enregistrement : 9 juillet 2010. Edition : 2011.
CD : 01/ Impulse 1 02/ Impulse 2 03/ Impulse 3 04/ Impulse 4 05/ Impulse 5 06/ Impulse 6 07/ Impulse 7
Guillaume Belhomme © Le son du grisli

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Ostravská Banda : On Tour (Mutable, 2011)

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Le chef d’orchestre Petr Kotik a fait le choix des compositions interprétées par l’Ostravská Banda qu’il dirige. C’est pourquoi les deux CD recèlent de trouvailles, que ce soit dans les présences au répertoire de Luca Francesconi (sur Riti Neutrali, la violoniste Hana Kotkova est poussée dans ses derniers retranchements par ses camarades), Paulina Zalubska (qui signe une Dispersion tumultueuse) ou Bernard Lang (qui prouve que le contemporain peut être bien entraînant), ou dans les travaux d’arrangements que respectent le Canticum Ostrava  et les barytons Thomas Buckner et Gregory Purnhagen (sur une Passion langoureuse de Somei Satoh) ou le pianiste Joseph Bukera.

Et puis il y a John Cage, encore et toujours. Sur Concert for Piano and Orchestra, Bukera est la proie de ses collègues : Cage montre qu’il n’est pas tout de faire partie d’un orchestre, qu’il vaut même mieux s’entendre avec la masse  sous peine de se faire hacher le sifflet. Mais Cage peut aussi être une « simple » source d’inspiration : In Four Parts (3, 6 & 11 for John Cage) est une composition de Kotik qui utilise des percussions de toutes les tailles. Encore une fois, Petr Kotik s’est montré en musicien contemporain hétéroclite : c’est ce qui a toujours fait sa force. Je ne vois pas de raison que cela change.

Ostravská Banda : On Tour (Mutable)
Edition : 2011.
CD1 : 01/ Luca Francesconi : Riti Neutrali (1991) 02/ Petr Bakla : Serenade. 03/ Paulina Zalubska : Dispersion (2007) 04/ Somei Satoh : The Passion (2009) – CD2 : 01/ John Cage :  Concert for piano and orchestra (1957-1958) 02/ Petr Kotik : In Four Parts (3, 6 & 11 for John Cage) 03/ Bernard Lang : Monadologie IV  
Héctor Cabrero © Le son du grisli

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Guillermo Gregorio, Jason Roebke, Brian Labycz : Colectivos (Peira, 2011)

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Ne pas attendre de Guillermo Gregorio, épris de jazz tristanien, d’improvisation (quelques disques majestueux chez Hatology) et de musique expérimentale, qu’il irrigue sa clarinette d’une quelconque dose de facilité ou de démonstration.

En trio avec Jason Roebke (contrebasse) et Brian Labycz (electronics), Gregorio module la phrase et argumente de sérieux contrepoints clarinette-contrebasse. En froissant le souffle ou en lui fluidifiant la trame, Gregorio – et on peut dire la même chose de Roebke – dévisage les terrains arides et stoppe tout effet dramatique malveillant. En ce sens réitère les expériences passées et renouvelle une musique singulière et ouverte à beaucoup de possibles.  

Guillermo Gregorio, Jason Roebke, Brian Labycz : Colectivos (Peira)
Edition : 2011.
CD : 01/ Colectivo 1 02/ Video 03/ Two Rows by Juan Carlos Paz 04/ Colectivo 2 05/ Improvisations on a Sonatina by Esteban Eitler 06/ Colectivo3 07/ Open 08/ Coplanar Nr. 4b 09/ Event 10/ Colectivo 5
Luc Bouquet © Le son du grisli

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