Le son du grisli

Bruits qui changent de l'ordinaire

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le son du grisli #3Peter Brötzmann Graphic WorksConversation de John Coltrane & Frank Kofsky
A la question : interviewsAu rapport : impressions de concertsEn théorie : l'improvisation par l'écrit : John Butcher & Evan Parker

Charles Gayle : Streets (Northern Spy, 2012)

charles gayle streets

Prendre tous les disques de Charles Gayle (une bonne trentaine), les réécouter (un plaisir !) et en convenir une bonne fois pour toute : le geste est unique. Hier, aujourd’hui et demain, soyons-en sûrs, il n’y aura aucun recours aux harmonies d’école ou à celles d’une free music s’empêtrant parfois dans sa propre copie. Si peu de saxophonistes à avoir ainsi noirci singulièrement la marge : Ornette et Ayler pour les plus visibles, Giuseppi Logan pour le plus obscur. Alors quand Gayle revient, le choc initial des Raining Fire et autres Homeless refait surface : la virulence, la plainte, l’abandon, l’incantation et l’offrande répondent présents.

Aujourd’hui le contrebassiste Larry Roland (présence et virilité) et le batteur Michael TA Thompson (frappes sèches et coupantes, impulsives jusqu’à en stresser les espaces) font bloc avec le ténor intègre de Gayle. Charles Gayle tel qu’en lui-même : entier et sidérant.

Charles Gayle Trio : Streets (Northern-Spy / Orkhêstra International)
Enregistrement : 2011. Edition : 2012.
CD : 01/ Compassion I 02/ Compassion II 03/ Glory & Jesus 04/ Streets 05/ March of April 06/ Doxology 07/ Tribulations
Luc Bouquet © Le son du grisli

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Arthur Blythe (RIP) : The Grip (India Navigation, 1977)

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Ce texte est extrait du troisième volume de Free Fight, This Is Our (New) Thing. Retrouvez les quatre premiers tomes de Free Fight dans le livre Free Fight. This Is Our (New) Thing publié par Camion Blanc.

A l’occasion de leur réédition, The Grip et Metamorphosis, références de la discographie d’Arthur Blythe enregistrées en concert le 26 février 1977, furent couplées sur un CD dont l’un des titres interroge : « My Sun Ra », lit-on ainsi sur le carré miniature quand le trente-trois tours affichait, lui, « My Son Ra ». La différence est de poids.  

Si Arthur Blythe a fréquenté l’Arkestra, ce n’est pas celui du musicien d’outre-espace mais celui d’un autre pianiste : Horace Tapscott. Dans The Musical and Social Journey of Horace Tapscott, celui-ci révèle de quelle manière il rencontra l’altiste de San Diego, alors homme du blues connu sous le nom de Black Arthur, pour l’intégrer bientôt à son Pan Afrikan Peoples Arkestra. Là, Blythe servit souvent les vues de Tapscott avec la même ardeur et la même foi que Lawrence ‘’Butch’’ Morris, David Murray ou encore Wilber Morris. Comme eux aussi, il quittera Tapscott et la Côte Ouest pour New York. Là, il se fera entendre dans les formations de Chico Hamilton et Gil Evans, Lester Bowie et McCoy Tyner, et profitera d’un passage au Brook pour enregistrer pour la première fois en meneur – c’est là le disque qui nous intéresse – à l’âge de 37 ans.

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Des choses apprises par Blythe auprès de Tapscott, The Grip retient un goût pour les associations instrumentales peu répandues et – en conséquence – une réflexion sur les arrangements. Auprès du saxophoniste, on trouve ainsi Ahmed Abdullah (trompette), Bob Stewart (tuba), Abdul Wadud (violoncelle), Steve Reid (batterie) et Muhamad Abdullah (percussions), allant au rythme de formes musicales étranges : concentration braxtonienne exigée par le thème de « The Grip » (évanouie lorsque l’heure sonne de la récréation), unisson de l’alto et du tuba sur un thème de Walter Lowe (« Spirits in the Fields »), orientalisme attendu de « Lower Nile », chant de fragilités partagées (« Sunrise Service ») ou pièce d’une fanfare d’avant-garde dont chacun des membres aura l’occasion de se faire entendre comme jamais auparavant (« As of Yet »). Là, le saxophoniste fait de Stewart le souteneur renvoyant aux groupes itinérants de la Nouvelle-Orléans : le tubiste le remerciera de sa fidélité : on le retrouvera longtemps auprès de Blythe, en concerts comme sur disques (Bush Baby, Lenox Avenue Breakdown, Night Song, Spirits in the Fields, Focus, Exhale).

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Lorsque The Grip se termine, le mystère n’est pas dévoilé : sur « My Son Ra », le souffle de Blythe fait encore œuvre de délicatesses et ne peut laisser présager de l’avenir du saxophoniste : ce contrat avec Columbia a-t-il imposé ce clinquant à sa sonorité, commandé cette fusion piteuse ou conseillé ce retour à la tradition, essai que d’autres que lui sauront mieux (en fait, plus efficacement) transformer ? Son histoire s’est faite ensuite au son d’associations plus prometteuses qu’inventives : Together Again en 1988 avec Horace Tapscott, John Carter et Bobby Bradford ; retrouvailles avec Lester Bowie dans The Leaders (en présence de Famoudou Don Moye et Chico Freeman) ; remplacement de Julius Hemphill dans le World Saxophone Quartet en 1990 ; concerts donnés deux ans plus tard en compagnie de Sam Rivers, Nathan Davis et Chico Freeman... Si l’épreuve est plus ou moins convaincante, on y discerne toujours l’empreinte d’un alto singulier qui aura pu le meilleur à l’aube de la quarantaine.

cc

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Paints of Anima : Moon Worship (Dokuro, 2011)

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Paints of Anima, c’est Pearson Wallace-Hoyt. Voilà ce qu’il faut savoir. C’est même tout ce qu’il faut savoir avant de se lancer dans Moon Worship, un disque de noise que l’homme a confectionné en triturant des voix de femmes et des guitares qui rappellent le Merzbow d’antan.

Derrière des cris que boucle Wallace-Hoyt, il y a des bruits qui grondent et qui menacent de plus en plus fort. On me dit qu’il n’existe que soixante exemplaires de Moon Worship ? Ce sont donc 120 oreilles qui demandent grâce (ce que leur cerveau leur refuse) !

EN ECOUTE >>> Moon Worship

Paints of Anima : Moon Worship (Dokuro)
Edition : 2011.
CD-R : 01-02/ Moon Worship
Pierre Cécile © le son du grisli

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Sandro Satta, Roberto Bellatall, Fabrizio Spera : Re-union (Rudi, 2011)

satta bellatalla spera re-union

A Rome, le 9 avril 2011, le trop discret Sandro Satta retrouvait le contrebassiste Roberto Bellatalla et le batteur Fabrizio Spera. Sans transpiration mais avec inspiration, l’altiste mène la danse. C’est lui qui, suavement, installe la mélodie, la déroule consciencieusement, éclaircit ses arêtes avant d’alerter un souffle continu, entraînant quelques rebondissements opportuns.

Parfaits dans le rôle d’accompagnateurs éclairés, contrebassiste et batteur partagent ce joyeux festin : l’un n’affolant jamais un jeu tout en rondeur et délicatesse ; l’autre luttant pour ne pas surcharger ses fûts de frappes inutiles. Et ainsi, tous les trois, de nous rappeler que douceur et élégance ne sont pas un frein à l’intensité de cette libre improvisation.

Sandro Satta, Roberto Bellatalla, Fabrizio Spera : Re-union (Rudi Records)
Enregistrement : 9 mai 2011. Edition : 2011.
CD : 01/ Light Lions 02/ Aria 03/ All Hostages 04/ Walkies 05/ Estremo Est 06/ Sambuco
Luc Bouquet © Le son du grisli

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Boris Hauf : Proxemics / Next Delusion (Creative Sources / Clean Feed, 2011)

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Cette aire de jeux en couverture (une moitié de terrain) pourrait être la partition graphique dont l’association inattendue de Boris Hauf (saxophones), Juun (Judith Unterpertinger, piano), Keefe Jackson (clarinette contrebasse et saxophone ténor) et Steven Hess (batterie, électronique), suivrait les lignes avec concentration. Si ses règles ne sont pas arrêtées, le jeu est toujours le même : remise en cause de la ligne écrite, que chacun des musiciens peut, s’il l’entend, prolonger en plein ciel.

Et l’appel du large est irrésistible – les vents se croisent, fomentent et achoppent – et même inspirant : plusieurs formules électroacoustiques sont ici essayées : mises bout à bout, elles rivalisent de subtilités et leurs moments polymorphes s’emboîtent avec nonchalance. Si leur harmonie est parfois empêchée, c’est parce que les intervenants préfèrent passer pour perturbateurs plutôt que pour musiciens. C’est ce qui rend Proxemics attachant, alors qu’il était déjà perturbant et musical.

Boris Hauf, Steven Hess, Keefe Jackson, Juun : Proxemics (Creative Sources)
Enregistrement : avril 2010. Edition : 2011.
CD : 01/ Public 02/ Social 03/ Personal
Guillaume Belhomme © le son du grisli

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Enregistré à la même époque que Proxemics, Next Delusion donne à entendre Boris Hauf conduire un sextette dans lequel prennent place Steven Hess (batterie, électronique) et Keefe Jackson (saxophone ténor et clarinette basse) et puis Jason Stein (clarinette basse), Frank Rosaly et Michael Hartmann (batteries). Là, les vents progressent à l’unisson, que les tambours attisent puis contraignent. Des graves sinueux se répandent au sol et bientôt les rôles sont distribués : série de duels, pour l’essentiel, qui arrangent l’ensemble par modules. L’intérêt de l’auditeur variant au gré des inspirations.

Boris Hauf Sextet : Next Delusion (Clean Feed / Orkhestra International)
Enregistrement : Avril 2010. Edition : 2011.
CD : 01/ Gregory Grant Machine 02/ Eighteen Ghost Roads 03/ Fame & Riches 04/ Wayward Lanes
Guillaume Belhomme © Le son du grisli

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Pauline Oliveros, Jesse Stewart : The Dunrobin Session (Nuun, 2011)

pauline oliveros jesse stewart the dunrobin session

Cette « session » pendant laquelle Pauline Oliveros et Jesse Stewart ont improvisé à l’accordéon Roland V, au synthé digital et aux percussions, est datée de mars 2011. Il est important de le noter parce que le Roland V peut ne pas « faire d’aujourd’hui ». On croit d’ailleurs d’abord entendre une flûte de pan géante puis une grande contrebasse ramper sur des objets coupants.

L’improvisation d’Oliveros & Stewart est (pourrais-je dire) cyclothymique : les drones côtoient des percussions qui gémissent sous le doigté de Stewart, des sons imitent la voix humaine quand d’autres s’opposent selon les tons qu’ils adoptent… En fond sonore, l’échange n’est pas désagréable (si ce n’est quelques vocalisations digitales d’un autre temps qui rappellent les plus belles erreurs de Laurie Anderson) mais, pour peu que l’on tende l’oreille, on a quand même du mal à se passionner pour la chose. Dommage dommage.

EN ECOUTE >>> The Dunrobin Session

Pauline Oliveros, Jesse Stewart : The Dunrobin Session (Nuun)
Enregistrement : 16 mars 2011. Edition : 2012.
CD : 01/ Drop 02/ Caress 03/ Breathe 04/ Lurch 05/ Touch 06/ Paint 07/ Pound 08/ Feel 09/ Sleep 10/ Leap 11/ Crawl
Pierre Cécile © son du grisli

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Michael T. Bullock, Andrew Lafkas : Ceremonies to Breathe Upon (Winds Measure, 2010)

michael t bullock andrew lafkas ceremonies to breathe upon

A la lecture de noms inconnus, la pochette d’un disque peut vous rassurer. Parce qu’elle est en papier cartonné, que les mots y sont gravés, que son dessin est intrigant ou qu’elle réserve une surprise (une petite carte, ici, sur laquelle est dessinée un vieux plan d’architecture).  Comme par enchantement, on fait confiance à Michael T. Bullock et Andrew Lafkas.

Ce sont deux contrebassistes (le site du premier précise qu’il a joué avec Bhob Rainey, Tatsuya Nakatani, Axel Dörner, Pauline Oliveros). D’autant plus rassuré, on plonge. Le duo évolue à l’archet. Sur une même note, qui se scindera en deux, qui interféreront, qui se réconcilieront, qui feront silence, qui repartiront, qui grandiront ensemble, qui parfois resteront interdites. Le minimalisme du duo est quasi sacral. Il renvoie aux Très Riches Heures de Marin Marais comme au Merveilleux de Terry Riley. Il est donc conseillé d’écouter cette paire de contrebasses.

Michael T. Bullock, Andrew Lafkas : Ceremonies to Breathe Upon (Winds Measure)
Edition : 2010.
CD : Ceremonies to Breathe Upon
Héctor Cabrero © Le son du grisli

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Joe Hertenstein, Thomas Heberer, Joachim Badenhorst, Pascal Niggenkemper : Polylemma (Red Toucan, 2011)

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Sans l’inachevé de HNH (Clean Feed) et avec le renfort du clarinettiste Joachim Badenhorst, revoici les tambours de Joe Hertenstein, les trompettes de Thomas Heberer et la contrebasse de Pascal Niggenkemper.

Soit huit compositions, certaines très poussées en direction d’un jazz habile (Nupeez, Polylemma) ; d’autres plus opaques mais privilégiant de tout aussi habiles alliages de cuivres (Garden, Sugar’s Dilemma). Compositions et improvisations sans errance ici, sûres et déroulant des coups de projecteurs bienveillants (batterie et contrebasse puis les deux emmêlés sur One Ocean at a Time) ou compilant des couches multiformes et multi-teintes (Stratigraphy). A l’arrivée : un court (45 minutes) mais très intense enregistrement.

Joe Hertenstein, Thomas Heberer, Joachim Badenhorst, Pascal Niggenkemper : Polylemma (Red Toucan / Orkhêstra International)
Enregistrement : 2010. Edition : 2011.
CD : 01/ Polylemma 02/ Garden 03/ Sugar’s Dilemma 04/ Stratigraphy 05/ One Ocean at a Time 06/ Crespect 07/ Banners n’ Bubbles 08/ Nupeez
Luc Bouquet © Le son du grisli

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William Fowler Collins : The Resurrections Unseen (Type, 2011)

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Ghost Choir, le titre du morceau qui referme The Resurrections Unseen, dit rapidement et assez bien de quoi retournent les travaux de William Fowler Collins. D’un bout à l’autre du disque, des spectres s’y entendent avec implication sur des pièces d’ambient inquiète – dont les origines entretiennent le mystérieux : field recordings et guitares, lira-t-on.

Leur trajectoire est toute tracée, souvent circulaire. Une basse caverneuse peut soutenir leur chant ; des cliquetis, comme en fond d’Abattoir, obligent les drones à évaporation. Si William Fowler Collins usine avec application et signe un enregistrement cohérent, sa ligne de conduite n’en est pas moins riche d’éléments épars : les airs qu’il met patiemment au jour arborent des contrastes qui gravent noirs et grisailles sur d’imposants reliefs : un pic peut percer un nimbus grave, un abysse creuser toujours plus profond.

EN ECOUTE >>> First Breath >>> Abattoir >>> Ghost Choir

William Fowler Collins : The Resurrections Unseen (Type / Souffle Continu)
Edition : 2011.
LP : 01/ First Breath 02/ The Light In The Barn 03/ Premonition At Dusk 04/ Abattoir 05/ Warm Transport 06/ Embracing Our Own Annihilation 1 07/ Embracing Our Own Annihilation 2 07/ Ghost Choir
Guillaume Belhomme © Le son du grisli

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Andrea Buffa : 30 Years Island (Leo, 2012)

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Humour et générosité ne font pas toujours bon ménage. En témoignent certaines galettes de Carlo Actis Dato se disputant entre boursoufflures et enfantillages. Ici, ce même Dato se retrouve confronté à son compatriote Andrea Buffa et le résultat intéresse au plus haut point.

Les souffles s’unissent, s’aiment et s’aimantent (belle et franche virtuosité de Dato à la clarinette basse, haute sensibilité de Buffa à l’alto) ; Fiorenzo Bodrato possède le rebond facile et Dario Mazzuco tranche dans le vif un jeu de contrebasse entier et décoincé. Si la Révolution ne viendra pas des compositions du leader, elles possèdent suffisamment d’atouts (clarté, absence de rugosité) pour que l’oreille ait envie d’y revenir à plusieurs reprises.

Andrea Buffa : 30 Years Island (Leo Records / Orkhêstra International)
Enregistrement : 2011. Edition : 2012.
CD : 01/ Sing the Lifeguards on the Beach 02/ Jo Jo 03/ Teimoso 04/ Soft Memory 05/ Barley Coffee for Hamlet 06/ Transizione 07/ Toutes les clarinettes en France 08/ S.P. Shuttle 09/ Don Carlotte 10/ Serpent’s Thought
Luc Bouquet © Le son du grisli

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