Le son du grisli

Bruits qui changent de l'ordinaire

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Parution : Premier bruit Trente-six échosAu rapport : Festival Le Bruit de la MusiqueParution : le son du grisli #2
A la question : interviewsAu rapport : impressions de concertsEn théorie : l'improvisation par l'écrit : John Butcher & Evan Parker

Pauline Oliveros, Jesse Stewart : The Dunrobin Session (Nuun, 2011)

pauline oliveros jesse stewart the dunrobin session

Cette « session » pendant laquelle Pauline Oliveros et Jesse Stewart ont improvisé à l’accordéon Roland V, au synthé digital et aux percussions, est datée de mars 2011. Il est important de le noter parce que le Roland V peut ne pas « faire d’aujourd’hui ». On croit d’ailleurs d’abord entendre une flûte de pan géante puis une grande contrebasse ramper sur des objets coupants.

L’improvisation d’Oliveros & Stewart est (pourrais-je dire) cyclothymique : les drones côtoient des percussions qui gémissent sous le doigté de Stewart, des sons imitent la voix humaine quand d’autres s’opposent selon les tons qu’ils adoptent… En fond sonore, l’échange n’est pas désagréable (si ce n’est quelques vocalisations digitales d’un autre temps qui rappellent les plus belles erreurs de Laurie Anderson) mais, pour peu que l’on tende l’oreille, on a quand même du mal à se passionner pour la chose. Dommage dommage.

EN ECOUTE >>> The Dunrobin Session

Pauline Oliveros, Jesse Stewart : The Dunrobin Session (Nuun)
Enregistrement : 16 mars 2011. Edition : 2012.
CD : 01/ Drop 02/ Caress 03/ Breathe 04/ Lurch 05/ Touch 06/ Paint 07/ Pound 08/ Feel 09/ Sleep 10/ Leap 11/ Crawl
Pierre Cécile © son du grisli

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Michael T. Bullock, Andrew Lafkas : Ceremonies to Breathe Upon (Winds Measure, 2010)

michael t bullock andrew lafkas ceremonies to breathe upon

A la lecture de noms inconnus, la pochette d’un disque peut vous rassurer. Parce qu’elle est en papier cartonné, que les mots y sont gravés, que son dessin est intrigant ou qu’elle réserve une surprise (une petite carte, ici, sur laquelle est dessinée un vieux plan d’architecture).  Comme par enchantement, on fait confiance à Michael T. Bullock et Andrew Lafkas.

Ce sont deux contrebassistes (le site du premier précise qu’il a joué avec Bhob Rainey, Tatsuya Nakatani, Axel Dörner, Pauline Oliveros). D’autant plus rassuré, on plonge. Le duo évolue à l’archet. Sur une même note, qui se scindera en deux, qui interféreront, qui se réconcilieront, qui feront silence, qui repartiront, qui grandiront ensemble, qui parfois resteront interdites. Le minimalisme du duo est quasi sacral. Il renvoie aux Très Riches Heures de Marin Marais comme au Merveilleux de Terry Riley. Il est donc conseillé d’écouter cette paire de contrebasses.

Michael T. Bullock, Andrew Lafkas : Ceremonies to Breathe Upon (Winds Measure)
Edition : 2010.
CD : Ceremonies to Breathe Upon
Héctor Cabrero © Le son du grisli

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Joe Hertenstein, Thomas Heberer, Joachim Badenhorst, Pascal Niggenkemper : Polylemma (Red Toucan, 2011)

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Sans l’inachevé de HNH (Clean Feed) et avec le renfort du clarinettiste Joachim Badenhorst, revoici les tambours de Joe Hertenstein, les trompettes de Thomas Heberer et la contrebasse de Pascal Niggenkemper.

Soit huit compositions, certaines très poussées en direction d’un jazz habile (Nupeez, Polylemma) ; d’autres plus opaques mais privilégiant de tout aussi habiles alliages de cuivres (Garden, Sugar’s Dilemma). Compositions et improvisations sans errance ici, sûres et déroulant des coups de projecteurs bienveillants (batterie et contrebasse puis les deux emmêlés sur One Ocean at a Time) ou compilant des couches multiformes et multi-teintes (Stratigraphy). A l’arrivée : un court (45 minutes) mais très intense enregistrement.

Joe Hertenstein, Thomas Heberer, Joachim Badenhorst, Pascal Niggenkemper : Polylemma (Red Toucan / Orkhêstra International)
Enregistrement : 2010. Edition : 2011.
CD : 01/ Polylemma 02/ Garden 03/ Sugar’s Dilemma 04/ Stratigraphy 05/ One Ocean at a Time 06/ Crespect 07/ Banners n’ Bubbles 08/ Nupeez
Luc Bouquet © Le son du grisli

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William Fowler Collins : The Resurrections Unseen (Type, 2011)

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Ghost Choir, le titre du morceau qui referme The Resurrections Unseen, dit rapidement et assez bien de quoi retournent les travaux de William Fowler Collins. D’un bout à l’autre du disque, des spectres s’y entendent avec implication sur des pièces d’ambient inquiète – dont les origines entretiennent le mystérieux : field recordings et guitares, lira-t-on.

Leur trajectoire est toute tracée, souvent circulaire. Une basse caverneuse peut soutenir leur chant ; des cliquetis, comme en fond d’Abattoir, obligent les drones à évaporation. Si William Fowler Collins usine avec application et signe un enregistrement cohérent, sa ligne de conduite n’en est pas moins riche d’éléments épars : les airs qu’il met patiemment au jour arborent des contrastes qui gravent noirs et grisailles sur d’imposants reliefs : un pic peut percer un nimbus grave, un abysse creuser toujours plus profond.

EN ECOUTE >>> First Breath >>> Abattoir >>> Ghost Choir

William Fowler Collins : The Resurrections Unseen (Type / Souffle Continu)
Edition : 2011.
LP : 01/ First Breath 02/ The Light In The Barn 03/ Premonition At Dusk 04/ Abattoir 05/ Warm Transport 06/ Embracing Our Own Annihilation 1 07/ Embracing Our Own Annihilation 2 07/ Ghost Choir
Guillaume Belhomme © Le son du grisli

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Andrea Buffa : 30 Years Island (Leo, 2012)

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Humour et générosité ne font pas toujours bon ménage. En témoignent certaines galettes de Carlo Actis Dato se disputant entre boursoufflures et enfantillages. Ici, ce même Dato se retrouve confronté à son compatriote Andrea Buffa et le résultat intéresse au plus haut point.

Les souffles s’unissent, s’aiment et s’aimantent (belle et franche virtuosité de Dato à la clarinette basse, haute sensibilité de Buffa à l’alto) ; Fiorenzo Bodrato possède le rebond facile et Dario Mazzuco tranche dans le vif un jeu de contrebasse entier et décoincé. Si la Révolution ne viendra pas des compositions du leader, elles possèdent suffisamment d’atouts (clarté, absence de rugosité) pour que l’oreille ait envie d’y revenir à plusieurs reprises.

Andrea Buffa : 30 Years Island (Leo Records / Orkhêstra International)
Enregistrement : 2011. Edition : 2012.
CD : 01/ Sing the Lifeguards on the Beach 02/ Jo Jo 03/ Teimoso 04/ Soft Memory 05/ Barley Coffee for Hamlet 06/ Transizione 07/ Toutes les clarinettes en France 08/ S.P. Shuttle 09/ Don Carlotte 10/ Serpent’s Thought
Luc Bouquet © Le son du grisli

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Benjamin Duboc : Primare Cantus (Ayler, 2011)

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A Benjamin Duboc, artiste régulier du label, Ayler Records offre la belle opportunité de développer ses conceptions musicales sur la longueur. Primare Cantus se présente donc en un coffret de trois disques, chacun présentant le contrebassiste en contextes différents.

D’abord, il faut souligner l’ambition du projet et sa belle démesure. Ensuite, déjà dire que le résultat est impressionnant, pour qui choisira de s’attarder en compagnie d’une musique qui ne s’offre qu’à l’auditeur qui s’y plonge totalement. Cette immersion en eaux profondes commence doucement, progressivement, en une longue pièce à la contrebasse solo, Primare Cantus, qui occupe tout le disque premier, et qui donnera son nom à l’’ensemble du projet. La respiration, le battement, le souffle de la contrebasse dans cette première et longue pièce captive tout le long de ses 42 minutes en un voyage presque immobile. La musique y est jouée sur le cordier de la contrebasse, à l’archet, et explore ainsi le registre le plus grave de cet instrument grave. Elle se déplace lentement, par infimes variations, par petites touches qui créent un sentiment d’engourdissement et de fascination.

Sur le second disque, la contrebasse de Duboc, qui si elle n’est plus seule n’en demeure pas moins centrale, se fait tendrement envelopper jusque dans ses dissonances par le saxophone ténor de Sylvain Guérineau, les saxophones ténor et  baryton de Jean-Luc Petit ou les percussions de Didier Lasserre. Les 10 pièces, toutes jouées en duo, qui figurent sur ce deuxième disque font surgir de bien contrastés univers. Ses trois compagnons offrent à Benjamin Duboc un miroir aux propres étendues parcourues par les cordes insatiables de sa contrebasse. Avec l’improvisation comme ligne d’horizon sont foulées les pistes accidentées du free jazz (en particulier quand Duboc converse avec Guérineau) et les surfaces planes et légèrement ondoyantes découvertes sous l’impulsion patiente de la cymbale et du tambour de Lasserre. Cette pièce centrale, ces dix poings libres et resserrés offrent les plus beaux moments de Primare Cantus (Après la neige avec Petit et Après la sève avec Lasserre, pour n’en citer que deux, sont magnifiques).

Le disque qui clôt cette trilogie continue de mener le même travail attentif et passionné de révélation de l’intime matière sonore. Ici, trois titres. Une longue pièce en duo avec Pascal Battus et ses micros de guitare (Un nu, intense, orageuse), une autre, tout aussi longue, en trio (Garabagne, extraordinaire montée en puissance et autre moment de grâce du coffret ! -– sur laquelle Duboc est accompagné de la pianiste Sophie Agnel et du trompettiste Christian Pruvost) et enchâssé entre les deux un court  field recording. A savoir : l’enregistrement brut de feuilles agitées par le vent, qui prend tout sens et relief ici. Car chez Duboc, le son de la contrebasse se mêle à celui de son propre souffle, les instruments se révèlent autant par les notes jouées que par l’air vibré. Chez Duboc, la musicalité se niche partout, et les musiciens et leurs instruments ne sont que des médiums de cette musique. Cette courte pièce, Chêne, nous rappelle à la dimension quasi chamanique de la musique jouée lors des trois disques.

Le disque refermé, la musique est toujours là.

EN ECOUTE >>> Primare Cantus >>> Après la neige >>> Un nu

Benjamin Duboc : Primare Cantus (Ayler / Orkhêstra International)
Enregistrement : 2010-2011. Edition : 2011.
3 CD
Pierre Lemarchand © Le son du grisli

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Quatre vues d'Objets sonores

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Epuisé : Objets sonores. A suivre, en mai : Free Fight #3 !

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Jason Kahn : On Metal Shore (Editions, 2011)

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L’expression populaire dit qu’il faut se méfier de l’eau qui dort ; la prudence ferroviaire, qu’un train peut en cacher un autre. Au petit matin, Jason Kahn déroute une machine à vapeur – qu’il a repérée où –  et l’aiguille sur la surface du lac de Zürich.

En étoffant avec patience un premier coup léger, Kahn rappelle d’abord Fritz Hauser. Et puis un parasite s’immisce dans sa démonstration : c’est le premier son de la locomotive. Les suivants seront bruits de bielle-manivelles et de rails, sifflements et sirène. Sur l’eau du lac, le percussionniste fait aussi se refléter des éléments de constructions métalliques – de pont, notamment. Leur résistance est persistance, à en croire la seconde face : là, les coups réguliers sont plus graves, sourds voire distanciés, et les parasites contrits.

Comme si les rails avaient gardé au chaud le souvenir du passage du monstre fabuleux et le révélaient au fur et à mesure qu’elles disparaissent sous la surface. Le lac a maintenant recouvré sa quiétude.

Jason Kahn : On Metal Shore (Editions)
Enregistrement : 2008-2010. Edition : 2011.
LP : A/ 18:19 B/ 18:40
Guillaume Belhomme © Le son du grisli

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François Carrier, Alexey Lapin, Michel Lambert : In Motion (Leo, 2011)

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Le lendemain – mais dans une autre salle – de l'enregistrement d'All Out, le trio n’aura plus besoin de round d’observation. L’improvisation sera, d’emblée, tenace et soutenue. Le saxophone sera coltranien, insatiable ; la batterie sera étau et le piano s’offrira même une errance solitaire (This Grand?).

La musique portera une incantation inconnue jusqu’ici puis radiera son effervescence au profit d’actes plus posés : la mélodie s’apaisera, les espaces ne seront plus obturés, la batterie soutiendra à elle seule le crescendo, les harmoniques se feront plus rauques et moins contraintes.

Et Love in Space de conclure et synthétiser (la violence, la douceur, la respiration, l’étreinte) une série de trois soirées aux densités variables et souvent passionnantes.

François Carrier, Michel Lambert, Alexey Lapin : In Motion (Leo Records / Orkhêstra International)
Enregistrement : 2010. Edition : 2012.
CD : 01/ This Grand ? 02/ Is He… 03/ All Of A Sudden 04/ About To Go 05/ Love In Space
Luc Bouquet © Le son du grisli

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François Carrier, Alexey Lapin, Michel Lambert : All Out (FMR, 2011)

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Tout comme la veille (Inner Spire / Leo Records), il faudra quelques minutes au trio pour trouver ses marques. Un duo piano-batterie, particulièrement décoiffant, vers la septième minute délivre maintenant nos trois amis. En bons géomètres farceurs et géographes consciencieux qu’ils sont, François Carrier, Michel Lambert et Alexey Lapin vont déborder le cercle de leur improvisation sans préavis.

Lignes épaisses et boudinées, piano et alto en surchauffe, batterie démembrée ; cette musique semble ignorer respiration et espaces. Et, ici, échouant à éteindre les braises, on lui pardonnera, bien volontiers, sa juvénile torsion : la convulsion lui va si bien. Demain, ils seront de nouveau présents à Saint Petersburg. Tomorrow Is (toujours) the Question ? A suivre…

François Carrier, Michel Lambert, Alexey Lapin : All Out (FMR / Improjazz)
Enregistrement : 2010. Edition : 2011
CD : 01/ Blaze 02/ Wit 03/ Standing 04/ Distance 05/ Ride 06/ With It 07/ Of Breath
Luc Bouquet © le son du grisli

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