Le son du grisli

Bruits qui changent de l'ordinaire

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Christina Kubisch à NantesA paraître : le son du grisli #5En librairie : Bucket of Blood de Steve Potts

Frode Gjerstad Expéditives

frode gjerstad expéditives

GjerstadSideFrode Gjerstad, Paal Nilssen-Love : Side by Side (CIMP, 2012)
Après Day Before One et Gromka, Frode Gjerstad et Paal Nilssen-Love se retrouvent en duo sur Side by Side, souvenir d’une tournée dans le Nord de l’Amérique datée de 2008. L’enregistrement est celui d’un concert donné au Spirit Room de Rossie : la paire y fut une autre fois efficiente : rapide, âpre, sèche, l’alto s’accrochant au cadre d’une caisse claire ou dérapant sur peaux. La clarinette basse, de prendre plus de place encore, jouant de ses peines ou arborant des sonorités hybrides que la batterie invective avec un panache égale.

FGTRIOMIRFrode Gjerstad Trio : MIR (Circulasione Totale, 2011)
Dans le Frode Gjerstad Trio, le contrebassiste Jon Run Storm a succédé à Øyvind Storesund. MIR revient sur la première rencontre de Gjerstad, Storm et Nilssen-Love, enregistrée au Café MIR à Oslo en septembre 2010. Là, le contrebassiste réussissait à se faire une place entre deux vigueurs complices : les débuts de la nouvelle mouture du trio sont en conséquence féroces.

eastofwestFrode Gjerstad Trio : East of West (Circulasione Totale, 2011)
9 avril 2011 à Stavanger : à la veille de partir en tournée, le même Frode Gjerstad Trio invente en espérant trouver quelques « trucs » : la prise de son est lointaine mais la verve du saxophoniste, la dextérité de Storm et la frappe de Nilssen-Love relativisent rapidement la chose. Bondissant, l’alto s’appuie en outre sur un duo rythmique qui fait désormais sa source d’inspiration de tout éclatement. A la clarinette, Gjerstad se réserve même un solo qui convainc des bienfaits de l’expression libre et isolée.

CTO-philaOsloCirculasione Totale Orchestra : PhilaOslo (Circulasione Totale, 2011)
Dates des concerts donnés par le Circulasione Totale Orchestra à trouver sur ce disque double : 30 janvier 2010 pour Philadelphie, 9 mars 2011 pour Oslo. Ici et là, le grand orchestre de Gjerstad impressionne encore : l’électroacoustique jouant avec les codes de la musique libre et même bruyante (présences de plus en plus affirmées de Lasse Marhaug et John Hegre), le swing corrompu par des élans individualistes (cet air de blues perdu que chante Bobby Bradford à Philadelphie), l’opposition envisagée comme manière de faire lorsque ce n’est pas le tour de la provocation (Anders Hana et Per Zanussi convertissant la musique d’Oslo au tout électrique). Monumental.

stinglargeCalling Signals : From Cafe Sting (Loose Torque, 2011)
Enregistré en 2007 au Café Sting de Stavanger, le Calling Signals de Frode Gjerstad et Nick Stephens était aussi celui d’Eivin Pederssen et de Louis Moholo-Moholo. L’accordéon changeant la donne, l’improvisation fait avec quelques tensions mais presque autant de subtilités. De hauts reliefs en atmosphères nonchalantes, le quartette profite d’ententes ponctuelles : celle de l’accordéon et de la contrebasse sur Rogaland ; celle du saxophone alto et des cymbales sur Trekkspill Blues. De l’enregistrement se dégage un mystère qui en fait une des références de la discographie du groupe.

6tetSekstett : Sekstett (Conrad Sound, 2010)
Dans ce Sekstett, Gjerstad n’intervient qu’aux clarinettes. Ses partenaires ont pour noms Håvard Skaset (guitares), Lene Grenager (violoncelle), Hilde Sofie Tafjord (cor d'harmonie), Børre Mølstad (tuba) et Guro Skumsnes Moe (contrebasse). Enregistrée en 2009, la rencontre est acoustique : les instruments à vent s’y emmêlent tout en s’y accordant, les cordes y glissent des pièges minuscules mais inévitables, et la musique infuse.



Noah Howard : Music in My Soul (Buddy's Knife, 2011)

noah howard music in my soul

Disparu en 2010, Noah Howard fait aujourd’hui réentendre sa voix à l’occasion de la parution, aux éditions Buddy’s Knife, de son autobiographie : Music in My Soul.

Le témoignage est factuel et fort : il est celui d’une enfance heureuse passée à la Nouvelle-Orléans, de longs séjours faits sur la Côte Ouest, puis à New York, Paris, Nairobi, Bruxelles ; celui d’un jeune homme qui apprend la trompette auprès de Dewey Johnson avant de la faire entendre dans l’Arkestra de Sun Ra ou de l’ « opposer » aux salves d’Albert Ayler, Archie Shepp, Dave Burrell, Frank Wright – la parole d’Howard est ici augmentée des souvenirs de quelques-uns de ses partenaires.

Eclairant le quotidien des musiciens qui œuvrèrent au free jazz dans les années 1960, Music in My Soul dépeint aussi les vues plus larges de Noah Howard : volonté de faire de sa musique un outil de langage qui commande à son vocabulaire d’accepter les retouches (quelques enregistrements qu’il autoproduira sur AltSax attestent de contacts établis entre le jazz et le funk ou le folk). Si le discours est honnête et engageant, l’amateur préférera sans doute, pour accompagner sa lecture, revenir aux premiers sons : The Black Ark (récemment réédité par Bo’Weavil) ou Alabama Feeling avec Arthur Doyle, One for John ou Uhuru Na Umoja avec Frank Wright, ou encore Patterns avec Misha Mengelberg et Han Bennink.

Noah Howard : Music in My Soul (Buddy’s Knife)
Edition : 2011.
Livre (en anglais) : Music in My Soul
Guillaume Belhomme © Le son du grisli


Trapist : The Golden Years (Staubgold, 2012)

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Avec son premier disque (Highway My Friend), sorti chez Hat en 2002, Trapist m'avait emballé, dans le genre : nonchalant, concret et un peu poisseux – en tout cas moins pompeux que The Necks, moins « branché » que Radian, dans une forme de cousinage avec Mersault peut-être.

Plus léché, produit ou explicite, le deuxième enregistrement du groupe (Ballroom, paru en 2004 sur Thrill Jockey) décevait franchement... et c'est avec quelque appréhension que j'ai écouté les quarante minutes du nouvel album, « recorded during the golden years ».

Je ne saurais dire exactement quel « âge d'or » Martin Siewert (guitares, electronics), Joe Williamson (contrebasse, trackerball) et Martin Brandlmayr (batterie, percussion, vibraphone, piano) pensaient ressusciter ici – d'autant plus que rien n'indique précisément quand ces quatre morceaux ont été gravés... bien que Pisa doive remonter à un concert de 2007 – mais il faut reconnaître que le trio retrouve ce pouls lancinant sur lequel, comme dans une sorte de raga, les arpèges de guitare (d'un Loren Connors à Paris-Texas) viennent se poser. Frôlant parfois d'inutiles joliesses atmosphériques, le groupe ne s'y enferre pas et arrive à garder le cap d'une musique certes accessible, homogène & réverbérée, mais intéressante, délicatement corrodée & faite main (à ce titre, le travail de Brandlmayr – aux balais, par exemple – vaut le détour).

Il semble bien que Trapist soit de retour...

Trapist : The Golden Years (Staubgold)
Edition : 2012.
CD / LP : 01/ The Gun That's Hanging On The Kitchen Wall 02/ The Spoke And The Horse 03/ Pisa 04/ Walk These Hills Lightly
Guillaume Tarche © Le son du grisli


Charlotte Hug : Slipway to Galaxies (Emanem, 2011)

charlotte hug slipway to galaxies

Se confondant en un même râle ou opposant leurs litanies, le violon alto et le chant raclé de Charlotte Hug trouvent dans les soixante-cinq minutes de Slipway to Galaxies de quoi se combattre et s’évaluer.

Si l’archet s’aiguise à même la corde et retrouve ses certitudes passées, c’est le chant de l’improvisatrice qui nous passionne ici. Ecartelé et toutes voiles dehors, croûté et s’agrippant entre inquiétude et chagrin, le voici mugissement, suffocation. Il est frayeur et dérèglement, exaltation et recommencement. Chant de sirène ici, hennissement ailleurs, il est le guide d’un des enregistrements les plus aboutis de la grande Charlotte Hug.

Charlotte Hug : Slipway to Galaxies (Emanem / Orkhêstra International)
Enregistrement : 2010. Edition : 2011.
CD : 01/ Anderwelten 02/ Buzz & Fly 03/ Intersect 04/ Holy Ground 05/ Exhilaration 06/ Atman 07/ Cyclic 08/ Slipway to Galaxies
Luc Bouquet © Le son du grisli


Tomoko Sauvage : Ombrophilia (Aposiopèse, 2012)

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Des quatre éléments, l’eau est sans doute le préféré de Tomoko Sauvage. Parce qu’elle en joue, après en avoir rempli des bols de porcelaine. Ombrophilia – réédité trois ans après sa première parution sur le label And/Oar – permet d’entendre les « waterbowls » (comme Sauvage les appelle en anglais).

Les expériences datent de 2006 à 2008 et sont le fruit de re-recordings et de field recordings. Evi-emment, l’eau est partout présente. Elle peut goutter, clapoter, mais aussi bien pousser une note cristalline. Alors que le toucher hydrophonique est léger et que Tomoko Sauvage est bienveillante, c’est une tendre poésie qui finit par vous éclabousser.

Tomoko Sauvage : Ombrophilia (Aposiopèse)
Enregistrement : 2006-2008. Réédition : 2012.
LP : 01/ Amniotic life  (one) 02/ Raindrop exercise  (one) 03/ Mylapore 04/ Making of a rainbow 05/ Jalatarangam revisited 06/ Amniotic life (two) 07/ Raindrop exercise  (two)
Pierre Cécile © le son du grisli



Olaf Rupp : AuldLangSyne (Dromos, 2011) / Tetuzi Akiyama : Moments of Falling Petals (Dromos, 2010)

olaf rupp auldlangsyne

Sur AuldLangSyne, la guitare peut-être électrique ou acoustique. Sur AuldLangSyne, les morceaux peuvent durent de deux à vingt minutes. Sur AudLangSyne, c’est toujours Olaf Rupp que l’on entend. Il passe le temps en accoucheur de merveilles.

AuldLangSyne est un disque aux multiples facettes que Rupp a enregistré en 2010 à Berlin. Il peut recéler de sons peu ordinaires sous l’agitation d’un ustensile (une baguette de bois, par exemple), assister au combat d’arpèges ou d’accords grattés au médiator, broyer des notes noires, jouer sur les volumes, avec un feedback ou toutes les techniques étendues d’hier et d’aujourd’hui.

Une chose égale la dextérité d’Olaf Rupp : son imagination. J’en ai fait le constat à chacune de mes écoutes d’AuldLangSyne, qui ont été nombreuses car l’objet est plus qu’originale, il prend de la place. Pour sa qualité et pour ne pas pouvoir le ranger sans qu’on le voie encore, on est obligé d’y revenir. Et on ne le regrette jamais.

Olaf Rupp : AuldLangSyne (Dromos / Gligg)
Enregistrement : 2010. Edition : 2011.
CD : 01/ Every 02/ Dog 03/ Has 04/ His 05/ Day 06/ And A 07/ Good Dog 08/ Just Might Have 09/ Two Days
Héctor Cabrero © Le son du grisli

akiyama carrasco kaplan moments of falling petals

La rencontre, enregistrée en concert, est celle du guitariste Tetuzi Akiyama, du saxophoniste Eden Carrasco et du trompettiste Leonel Kaplan. Moments of Falling Petals est le nom qui lui a été donné à l’occasion de son passage sur disque – première référence de l’étiquette Dromos. L’improvisation est faite d’interventions en perte de vitesse toujours, mais qui se régénèrent : d’un trio de cordes pincées en égrenage de cordes au médiator, la guitare est l’instrument qui découpe et donne à la musique des formes dans lesquelles on peut voir la silhouette de Bailey ou la main de Satie. L’exercice d’Akiyama, Carraso et Kaplan est celui de souvenirs et d’influences en commun.

Tetuzi Akiyama, Eden Carrasco, Leonal Kaplan : Moments of Falling Petals (Dromos)
Enregistrement : 24 septembre 2008. Edition : 2009.
CD-R :  01/ Moments of Falling Petals
Guillaume Belhomme © Le son du grisli


Nate Wooley, Christian Weber, Paul Lytton : Six Feet Under (NoBusiness, 2012)

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En 2009, quelques mois après avoir enregistré ensemble l’indispensable Creak Above 33, Nate Wooley et Paul Lytton se retrouvaient à l’ombre de la contrebasse de Christian Weber. Il est des chroniques – celle de Six Feet Under est de celles-là – qui pourraient se contenter de donner les noms des musiciens en présence pour dire combien le disque qui leur est attaché est d’importance.

Mais il faut dire quand même : qu’à Zürich, le trio embrasse toute l’histoire de l’improvisation européenne, faite d’expressions fulgurantes et de débris de patience ; qu’à force de va-et-vient, l’archet fait chavirer l’embarcation dans laquelle les musiciens ont pris place pour ne surtout pas se laisser porter par les courants ; que les notes sont rares mais, répétées, suffisent à remplir l’espace que l’auditeur est impatient de leur abandonner ; que casse-têtes (cette trompette empêchée par les cordes, ces connivences réévaluées sans cesse par les tensions, cette frappe sèche qui doit trouver le moment juste pour claquer sans agiter la progression musicale…) peuvent être sources d’inspiration quand ce sont Wooley, Weber et Lytton qui réfléchissent aux solutions ; qu’une note endurante peut faire un écrin d’un décors de limailles ; qu’enfin, ce sont-là Nate Woloey, Christian Weber et Paul Lytton qui improvisent.

EN ECOUTE >>> Pushing Up Daisies >>> La Grande Mort

Nate Wooley, Christian Weber, Paul Lytton : Six Feet Under (NoBusiness)
Enregistrement : 30 novembre 2009. Edition : 2012.
LP : A01/ Pushing Up Daisies A02/ Moribund A03/ Nickel Eyes B01/ La grande mort B02/ Check Out Time (The End)
Guillaume Belhomme © Le son du grisli


RED Trio, Nate Wooley : Stem (Clean Feed, 2012)

red trio nate wooley stem

Mettant en veilleuse les affres souterraines d’antan et bénéficiant de la présence rassurante de Nate Wooley, le RED Trio (Rodrigo Pinheiro, Hernani Faustino, Gabriel Ferrandini) requinque son improvisation de couleurs quelque peu saturantes.

Sans parler de totale déconstruction, l’instabilité et le doute donnent quelques sueurs froides au combo. Ainsi, les suspensions se cristallisant après d’intenses batailles (Ellipse) obligent à ne pas considérer le RED Trio comme une formation aux errements faciles. Visités par l’esprit frappeur (le duo trompette-batterie in Weight Slice), souvent scindés ou désunis mais convoquant parfois quelques vieilles brides de free jazz (Wooley, surpris plus d’une fois en des effleurements dixoniens), nos quatre amis gagnent à se défaire des facilités passées.

RED Trio + Nate Wooley : Stem (Clean Feed / Orkhêstra International)
Enregistrement : 2011. Edition : 2012.
CD : 01/ Flapping Flight 02/ Phase 03/ Ellipse 04/ Weight Slice 05/ Tides
Luc Bouquet © Le son du grisli


Will Guthrie : Sticks, Stones and Breaking Bones (AntBoy, 2012)

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En The Ames Room plus qu’ailleurs sans doute, Will Guthrie a démontré qu’il pouvait transformer son impétuosité de batteur en terrible moteur à explosion. Seul sur Sticks, Stones and Breaking Bones, il réitère.

Sur le conseil d’un caractère qu’on dira bien trempé, Guthrie s’occupe de déclencher d’artificielles avalanches dont les dégâts feront le gros de son expression personnelle. Le geste est sec, que permet d’enrichir sa régularité, installée : enfin, l’endurance aidant, le roulement se fait épais et évolue au gré des convulsions. Ailleurs, Guthrie peut nourrir avec application un drone  à force d'agacer une cymbale. Cachés derrière la résonance, ses vieux démons le reprennent pourtant : les tambours sont martiaux et chantent sous les coups maintenant précipités de grands airs de victoire au son desquels certains dansent et d’autres se mettent à battre la mesure.

Will Guthrie : Sticks, Stones and Breaking Bones (Antboy Music / Lespourricords / Gaffer / Electric Junk / Metamkine)
Enregistrement : 22 octobre 2011 & 7 janvier 2012. Edition : 2012.
CD / LP : Sticks, Stones and Breaking Bones
Guillaume Belhomme © Le son du grisli


Ben Vida : esstends-esstends-esstends (PAN, 2012)

ben vida esstends esstends esstends

Collaborateur de Keith Fullerton Whitman ou Greg Davis, ex-leader du groupe ????? Town & Country, complice musical de Rhys Chattam, Kevin Drumm, C. Spencer Yeh ou Werner Dafeldecker, bourlingueur de musique concrète, Ben Vida est un total inconnu pour moi malgré un CV méga-rempli. C’est donc avec grande curiosité que je me suis lancé dans la découverte du compositeur de Brooklyn et j’en suis ressorti perplexe.

Ecrites pour un synthétiseur modulaire contrôlé par ordinateur et un processeur de signal numérique, les cinq pièces d'esstends- esstends- esstends virevoltent dans une abstraction noise spatialisée qui me laisse de marbre. Non que les bizarreries sans la moindre touche mélodique m’effraient, sinon je ne mettrais pas le sieur Drumm déjà cité dans mes favoris, mais les expérimentations de Ben Vida m’ont semblé tourner à vide – au-delà de la première demi-surprise écoulée. Et quel que soit le contexte, au casque dans un café ou sur mes enceintes at home, le résultat demeure identique, une indifférence agacée.

Ben Vida : esstends-esstends-esstends (PAN / Souffle Continu)
Edition : 2012.
LP : A1/ Qweek Plus Enner (Outro Too) A2/ Zizzlerz A3/ Ssseeeeiiiiii B1/ Pin Ans Sweep B2/ EnnerForrance (Esstend III)
Fabrice Vanoverberg © Le son du grisli



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