Le son du grisli

Bruits qui changent de l'ordinaire

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A la question : interviewsAu rapport : impressions de concertsEn théorie : l'improvisation par l'écrit : John Butcher & Evan Parker

Paints of Anima : Moon Worship (Dokuro, 2011)

paints of anima moon worship

Paints of Anima, c’est Pearson Wallace-Hoyt. Voilà ce qu’il faut savoir. C’est même tout ce qu’il faut savoir avant de se lancer dans Moon Worship, un disque de noise que l’homme a confectionné en triturant des voix de femmes et des guitares qui rappellent le Merzbow d’antan.

Derrière des cris que boucle Wallace-Hoyt, il y a des bruits qui grondent et qui menacent de plus en plus fort. On me dit qu’il n’existe que soixante exemplaires de Moon Worship ? Ce sont donc 120 oreilles qui demandent grâce (ce que leur cerveau leur refuse) !

EN ECOUTE >>> Moon Worship

Paints of Anima : Moon Worship (Dokuro)
Edition : 2011.
CD-R : 01-02/ Moon Worship
Pierre Cécile © le son du grisli

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Sandro Satta, Roberto Bellatall, Fabrizio Spera : Re-union (Rudi, 2011)

satta bellatalla spera re-union

A Rome, le 9 avril 2011, le trop discret Sandro Satta retrouvait le contrebassiste Roberto Bellatalla et le batteur Fabrizio Spera. Sans transpiration mais avec inspiration, l’altiste mène la danse. C’est lui qui, suavement, installe la mélodie, la déroule consciencieusement, éclaircit ses arêtes avant d’alerter un souffle continu, entraînant quelques rebondissements opportuns.

Parfaits dans le rôle d’accompagnateurs éclairés, contrebassiste et batteur partagent ce joyeux festin : l’un n’affolant jamais un jeu tout en rondeur et délicatesse ; l’autre luttant pour ne pas surcharger ses fûts de frappes inutiles. Et ainsi, tous les trois, de nous rappeler que douceur et élégance ne sont pas un frein à l’intensité de cette libre improvisation.

Sandro Satta, Roberto Bellatalla, Fabrizio Spera : Re-union (Rudi Records)
Enregistrement : 9 mai 2011. Edition : 2011.
CD : 01/ Light Lions 02/ Aria 03/ All Hostages 04/ Walkies 05/ Estremo Est 06/ Sambuco
Luc Bouquet © Le son du grisli

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Boris Hauf : Proxemics / Next Delusion (Creative Sources / Clean Feed, 2011)

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Cette aire de jeux en couverture (une moitié de terrain) pourrait être la partition graphique dont l’association inattendue de Boris Hauf (saxophones), Juun (Judith Unterpertinger, piano), Keefe Jackson (clarinette contrebasse et saxophone ténor) et Steven Hess (batterie, électronique), suivrait les lignes avec concentration. Si ses règles ne sont pas arrêtées, le jeu est toujours le même : remise en cause de la ligne écrite, que chacun des musiciens peut, s’il l’entend, prolonger en plein ciel.

Et l’appel du large est irrésistible – les vents se croisent, fomentent et achoppent – et même inspirant : plusieurs formules électroacoustiques sont ici essayées : mises bout à bout, elles rivalisent de subtilités et leurs moments polymorphes s’emboîtent avec nonchalance. Si leur harmonie est parfois empêchée, c’est parce que les intervenants préfèrent passer pour perturbateurs plutôt que pour musiciens. C’est ce qui rend Proxemics attachant, alors qu’il était déjà perturbant et musical.

Boris Hauf, Steven Hess, Keefe Jackson, Juun : Proxemics (Creative Sources)
Enregistrement : avril 2010. Edition : 2011.
CD : 01/ Public 02/ Social 03/ Personal
Guillaume Belhomme © le son du grisli

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Enregistré à la même époque que Proxemics, Next Delusion donne à entendre Boris Hauf conduire un sextette dans lequel prennent place Steven Hess (batterie, électronique) et Keefe Jackson (saxophone ténor et clarinette basse) et puis Jason Stein (clarinette basse), Frank Rosaly et Michael Hartmann (batteries). Là, les vents progressent à l’unisson, que les tambours attisent puis contraignent. Des graves sinueux se répandent au sol et bientôt les rôles sont distribués : série de duels, pour l’essentiel, qui arrangent l’ensemble par modules. L’intérêt de l’auditeur variant au gré des inspirations.

Boris Hauf Sextet : Next Delusion (Clean Feed / Orkhestra International)
Enregistrement : Avril 2010. Edition : 2011.
CD : 01/ Gregory Grant Machine 02/ Eighteen Ghost Roads 03/ Fame & Riches 04/ Wayward Lanes
Guillaume Belhomme © Le son du grisli

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Pauline Oliveros, Jesse Stewart : The Dunrobin Session (Nuun, 2011)

pauline oliveros jesse stewart the dunrobin session

Cette « session » pendant laquelle Pauline Oliveros et Jesse Stewart ont improvisé à l’accordéon Roland V, au synthé digital et aux percussions, est datée de mars 2011. Il est important de le noter parce que le Roland V peut ne pas « faire d’aujourd’hui ». On croit d’ailleurs d’abord entendre une flûte de pan géante puis une grande contrebasse ramper sur des objets coupants.

L’improvisation d’Oliveros & Stewart est (pourrais-je dire) cyclothymique : les drones côtoient des percussions qui gémissent sous le doigté de Stewart, des sons imitent la voix humaine quand d’autres s’opposent selon les tons qu’ils adoptent… En fond sonore, l’échange n’est pas désagréable (si ce n’est quelques vocalisations digitales d’un autre temps qui rappellent les plus belles erreurs de Laurie Anderson) mais, pour peu que l’on tende l’oreille, on a quand même du mal à se passionner pour la chose. Dommage dommage.

EN ECOUTE >>> The Dunrobin Session

Pauline Oliveros, Jesse Stewart : The Dunrobin Session (Nuun)
Enregistrement : 16 mars 2011. Edition : 2012.
CD : 01/ Drop 02/ Caress 03/ Breathe 04/ Lurch 05/ Touch 06/ Paint 07/ Pound 08/ Feel 09/ Sleep 10/ Leap 11/ Crawl
Pierre Cécile © son du grisli

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Michael T. Bullock, Andrew Lafkas : Ceremonies to Breathe Upon (Winds Measure, 2010)

michael t bullock andrew lafkas ceremonies to breathe upon

A la lecture de noms inconnus, la pochette d’un disque peut vous rassurer. Parce qu’elle est en papier cartonné, que les mots y sont gravés, que son dessin est intrigant ou qu’elle réserve une surprise (une petite carte, ici, sur laquelle est dessinée un vieux plan d’architecture).  Comme par enchantement, on fait confiance à Michael T. Bullock et Andrew Lafkas.

Ce sont deux contrebassistes (le site du premier précise qu’il a joué avec Bhob Rainey, Tatsuya Nakatani, Axel Dörner, Pauline Oliveros). D’autant plus rassuré, on plonge. Le duo évolue à l’archet. Sur une même note, qui se scindera en deux, qui interféreront, qui se réconcilieront, qui feront silence, qui repartiront, qui grandiront ensemble, qui parfois resteront interdites. Le minimalisme du duo est quasi sacral. Il renvoie aux Très Riches Heures de Marin Marais comme au Merveilleux de Terry Riley. Il est donc conseillé d’écouter cette paire de contrebasses.

Michael T. Bullock, Andrew Lafkas : Ceremonies to Breathe Upon (Winds Measure)
Edition : 2010.
CD : Ceremonies to Breathe Upon
Héctor Cabrero © Le son du grisli

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Joe Hertenstein, Thomas Heberer, Joachim Badenhorst, Pascal Niggenkemper : Polylemma (Red Toucan, 2011)

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Sans l’inachevé de HNH (Clean Feed) et avec le renfort du clarinettiste Joachim Badenhorst, revoici les tambours de Joe Hertenstein, les trompettes de Thomas Heberer et la contrebasse de Pascal Niggenkemper.

Soit huit compositions, certaines très poussées en direction d’un jazz habile (Nupeez, Polylemma) ; d’autres plus opaques mais privilégiant de tout aussi habiles alliages de cuivres (Garden, Sugar’s Dilemma). Compositions et improvisations sans errance ici, sûres et déroulant des coups de projecteurs bienveillants (batterie et contrebasse puis les deux emmêlés sur One Ocean at a Time) ou compilant des couches multiformes et multi-teintes (Stratigraphy). A l’arrivée : un court (45 minutes) mais très intense enregistrement.

Joe Hertenstein, Thomas Heberer, Joachim Badenhorst, Pascal Niggenkemper : Polylemma (Red Toucan / Orkhêstra International)
Enregistrement : 2010. Edition : 2011.
CD : 01/ Polylemma 02/ Garden 03/ Sugar’s Dilemma 04/ Stratigraphy 05/ One Ocean at a Time 06/ Crespect 07/ Banners n’ Bubbles 08/ Nupeez
Luc Bouquet © Le son du grisli

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William Fowler Collins : The Resurrections Unseen (Type, 2011)

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Ghost Choir, le titre du morceau qui referme The Resurrections Unseen, dit rapidement et assez bien de quoi retournent les travaux de William Fowler Collins. D’un bout à l’autre du disque, des spectres s’y entendent avec implication sur des pièces d’ambient inquiète – dont les origines entretiennent le mystérieux : field recordings et guitares, lira-t-on.

Leur trajectoire est toute tracée, souvent circulaire. Une basse caverneuse peut soutenir leur chant ; des cliquetis, comme en fond d’Abattoir, obligent les drones à évaporation. Si William Fowler Collins usine avec application et signe un enregistrement cohérent, sa ligne de conduite n’en est pas moins riche d’éléments épars : les airs qu’il met patiemment au jour arborent des contrastes qui gravent noirs et grisailles sur d’imposants reliefs : un pic peut percer un nimbus grave, un abysse creuser toujours plus profond.

EN ECOUTE >>> First Breath >>> Abattoir >>> Ghost Choir

William Fowler Collins : The Resurrections Unseen (Type / Souffle Continu)
Edition : 2011.
LP : 01/ First Breath 02/ The Light In The Barn 03/ Premonition At Dusk 04/ Abattoir 05/ Warm Transport 06/ Embracing Our Own Annihilation 1 07/ Embracing Our Own Annihilation 2 07/ Ghost Choir
Guillaume Belhomme © Le son du grisli

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Andrea Buffa : 30 Years Island (Leo, 2012)

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Humour et générosité ne font pas toujours bon ménage. En témoignent certaines galettes de Carlo Actis Dato se disputant entre boursoufflures et enfantillages. Ici, ce même Dato se retrouve confronté à son compatriote Andrea Buffa et le résultat intéresse au plus haut point.

Les souffles s’unissent, s’aiment et s’aimantent (belle et franche virtuosité de Dato à la clarinette basse, haute sensibilité de Buffa à l’alto) ; Fiorenzo Bodrato possède le rebond facile et Dario Mazzuco tranche dans le vif un jeu de contrebasse entier et décoincé. Si la Révolution ne viendra pas des compositions du leader, elles possèdent suffisamment d’atouts (clarté, absence de rugosité) pour que l’oreille ait envie d’y revenir à plusieurs reprises.

Andrea Buffa : 30 Years Island (Leo Records / Orkhêstra International)
Enregistrement : 2011. Edition : 2012.
CD : 01/ Sing the Lifeguards on the Beach 02/ Jo Jo 03/ Teimoso 04/ Soft Memory 05/ Barley Coffee for Hamlet 06/ Transizione 07/ Toutes les clarinettes en France 08/ S.P. Shuttle 09/ Don Carlotte 10/ Serpent’s Thought
Luc Bouquet © Le son du grisli

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Benjamin Duboc : Primare Cantus (Ayler, 2011)

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A Benjamin Duboc, artiste régulier du label, Ayler Records offre la belle opportunité de développer ses conceptions musicales sur la longueur. Primare Cantus se présente donc en un coffret de trois disques, chacun présentant le contrebassiste en contextes différents.

D’abord, il faut souligner l’ambition du projet et sa belle démesure. Ensuite, déjà dire que le résultat est impressionnant, pour qui choisira de s’attarder en compagnie d’une musique qui ne s’offre qu’à l’auditeur qui s’y plonge totalement. Cette immersion en eaux profondes commence doucement, progressivement, en une longue pièce à la contrebasse solo, Primare Cantus, qui occupe tout le disque premier, et qui donnera son nom à l’’ensemble du projet. La respiration, le battement, le souffle de la contrebasse dans cette première et longue pièce captive tout le long de ses 42 minutes en un voyage presque immobile. La musique y est jouée sur le cordier de la contrebasse, à l’archet, et explore ainsi le registre le plus grave de cet instrument grave. Elle se déplace lentement, par infimes variations, par petites touches qui créent un sentiment d’engourdissement et de fascination.

Sur le second disque, la contrebasse de Duboc, qui si elle n’est plus seule n’en demeure pas moins centrale, se fait tendrement envelopper jusque dans ses dissonances par le saxophone ténor de Sylvain Guérineau, les saxophones ténor et  baryton de Jean-Luc Petit ou les percussions de Didier Lasserre. Les 10 pièces, toutes jouées en duo, qui figurent sur ce deuxième disque font surgir de bien contrastés univers. Ses trois compagnons offrent à Benjamin Duboc un miroir aux propres étendues parcourues par les cordes insatiables de sa contrebasse. Avec l’improvisation comme ligne d’horizon sont foulées les pistes accidentées du free jazz (en particulier quand Duboc converse avec Guérineau) et les surfaces planes et légèrement ondoyantes découvertes sous l’impulsion patiente de la cymbale et du tambour de Lasserre. Cette pièce centrale, ces dix poings libres et resserrés offrent les plus beaux moments de Primare Cantus (Après la neige avec Petit et Après la sève avec Lasserre, pour n’en citer que deux, sont magnifiques).

Le disque qui clôt cette trilogie continue de mener le même travail attentif et passionné de révélation de l’intime matière sonore. Ici, trois titres. Une longue pièce en duo avec Pascal Battus et ses micros de guitare (Un nu, intense, orageuse), une autre, tout aussi longue, en trio (Garabagne, extraordinaire montée en puissance et autre moment de grâce du coffret ! -– sur laquelle Duboc est accompagné de la pianiste Sophie Agnel et du trompettiste Christian Pruvost) et enchâssé entre les deux un court  field recording. A savoir : l’enregistrement brut de feuilles agitées par le vent, qui prend tout sens et relief ici. Car chez Duboc, le son de la contrebasse se mêle à celui de son propre souffle, les instruments se révèlent autant par les notes jouées que par l’air vibré. Chez Duboc, la musicalité se niche partout, et les musiciens et leurs instruments ne sont que des médiums de cette musique. Cette courte pièce, Chêne, nous rappelle à la dimension quasi chamanique de la musique jouée lors des trois disques.

Le disque refermé, la musique est toujours là.

EN ECOUTE >>> Primare Cantus >>> Après la neige >>> Un nu

Benjamin Duboc : Primare Cantus (Ayler / Orkhêstra International)
Enregistrement : 2010-2011. Edition : 2011.
3 CD
Pierre Lemarchand © Le son du grisli

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Quatre vues d'Objets sonores

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Epuisé : Objets sonores. A suivre, en mai : Free Fight #3 !

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