Le son du grisli

Bruits qui changent de l'ordinaire

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Parution : Premier bruit Trente-six échosAu rapport : Festival Le Bruit de la MusiqueParution : le son du grisli #2
A la question : interviewsAu rapport : impressions de concertsEn théorie : l'improvisation par l'écrit : John Butcher & Evan Parker

The Clarinet Trio : 4 (Leo, 2012)

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Beaucoup de cas de figures exposés ici par le Clarinet Trio (Jürgen Kupke, Michael Thieke, Gebhard Ullman). On aurait envie de dire : l’unisson, d’abord, encore et toujours. Ici, un unisson de combat ; ailleurs, un unisson fielleux, malade et expert en désunion.

Toujours, les souffles arpentent mille routes : celles, voilées, de la microtonalité et d’autres, plus déterminées, en direction de contrepoints doucement giuffriens. Sur ces routes aux signalisations sommaires, tous les trois s’adonnent à la course-poursuite : cris, strangulations, virages dangereux, traits saillants ; autant de conduites à risques et toujours arrivées à terme sans le moindre choc. Ailleurs mais sans s’éterniser, ils improvisent et avancent prudemment avec la sagesse au cœur.

Que leur reprocher ici ? Surement pas la diversité de leurs élans, l’étendue de leurs souffles. Rien, donc.

The Clarinet Trio : 4 (Leo Records / Orkhêstra International)
Enregistrement : 2011. Edition : 2012.  
CD : 01/ May 5 02/ Blaues Viertel 03/ Collectives #13 #14 04/ Homegenous Emotions 05/ Catwalk Münzstrasse 06/ Waters  07 /Kleine Figuren # 1 08/ News ? No News ! 09/ Geringe Abweichungen von der Norm 10/ Kleine Figuren # 1 (Variation) 11/ Kleine Figuren # 2
Luc Bouquet © Le son du grisli

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"A" Trio : Music to Our Ears (Al Maslakh, 2012)

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Présentations faites hier de l’ ‘‘A’’ Trio, entrons dans le vif de l’improvisation consignée en Music to Our Ears. Le titre, d’ailleurs, pourrait être un credo qui relativiserait l’importance de tout étiquetage d’une réunion de sons naturellement attrapés au vol.

Ainsi donc Mazen Kerbaj (trompette), Sharif Sehnaoui (guitare) et Raed Yassin (contrebasse), composent-ils sur l’instant selon les usages du jour – faisant grand cas du silence, ne s’interdisent pas le plaisir des rafales expressionnistes – en se référant au passé (The Shape of Jazz That Came) ou en pariant sur le futur (Tomorrow, I’ll Make Breakfast). La forme actualise les recettes d’AMM en comptant sur l’érosion des discours et adresse quelques clins d’œil au free jazz des origines (ainsi Kerbaj peut invectiver quand Sehnaoui martèle manche et cordes).

Intense bien que tremblant, cet instant disparaîtra à l’orée d’un second, que se disputent déjà l’attente et la réflexion. Le troisième saura se souvenir et associera râles, parasites et harmoniques. Au bottleneck enfin, Sehnaoui taille dans les reliefs plus tôt élevés de Music to Our Ears pour peaufiner un ouvrage de beautés fragiles.

"A" Trio : Music to Our Ears (Al Maslakh / Instant Jazz)
Enregistrement : 29 et 30 septembre 2010. Edition : 2012.
CD : 01/ Textural Swing 02/ Three Portraits in No Color 03/ The Shape of Jazz That Came 04/ Tomorow, I’ll Make Breakfast
Guillaume Belhomme © Le son du grisli

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Kasper T. Toeplitz, Eliane Radigue : Elemental II (Recordings of Sleaze Art, 2012)

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C’est en tendant l’oreille que j’ai entendu les premières notes d’Elemental II, une œuvre qu’Eliane Radigue a composé pour le bassiste Kasper T. Toeplitz. Lui l’enregistre et la publie pour la seconde fois, des années après une captation live au festival Cités Soniques).  

Une fois qu'on est entré en Elemental II, il faut trouver une position, un équilibre, pour tenir sur ses ondes en mouvements et esquiver ses aigus. Son minimalisme pourrait être qualifié de « pur et dur ». Pour faire partie du grand tout, l’auditeur doit en effet se laisser faire (le laisser-faire serait un agir) autant que se rappeler de temps à autre à son bon souvenir (le qui-vive serait un réagir). Car il faut prendre garde aux craquements, ceux que fait une montagne après la pluie – ce que Toeplitz demanda à Radigue d’illustrer, justement.

La commande a été respectée et même au-delà de toute espérance je crois. Voilà pourquoi on entend aussi sur ce CD des appels à l’aide venir de sous la neige. Quand ce n’est pas des fantômes venir dire que l’ondulation d’un drone n’inquiétera jamais autant que leur flottement. Enfin, parmi les grands espaces blancs, Toeplitz arrange des niches : à vous de les remplir pour parachever la belle ouvrage.

Eliane Radigue, Kasper T. Toeplitz : Elemental II (Recordings of Sleaze Art / Metamkine)
Enregistrement : 2011. Edition : 2012.
CD : 01/ Elemental II
Pierre cécile © le son du grisli

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eRikm, Michel Doneda : Razime (Monotype, 2012) / eRikm, Norbert Möslang : Stodgy (Mikroton, 2011)

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La collaboration date de mars 2009 : concert qui peint Michel Doneda et eRikm en musiciens-inventeurs souvent empêchés par des trucs et astuces de représentation. Alors, à l’intérieur du soprano, un souffle passe puis une note tremble, dont eRikm teste la résistance aux perturbations de toutes sortes (parasites, scratchs, samples…) et de diverses qualités.

Certes, ses interventions pullulent et son implication est nette, mais eRikm confond là vitesse et précipitation. Si le catalogue dans lequel il se sert est celui d’artifices souvent datés, il peut néanmoins receler des surprises : ainsi arrive-t-il qu’un grave nourri avec patience tombe à point contre un souffle descendant : le duo se reprend alors, et temporise avec ingéniosité (sur Rain).

Après quoi, la folie reprend, ainsi que le spectacle léger d’un petit théâtre expérimental d'allure : un morceau d’émission sportive captée par la radio de Doneda, d’autres souffles en peine, et l’attention s’endort. L’incandescence n’est pas toujours promesse de flamme.  

EN ECOUTE >>> Rain

eRikm, Michel Doneda : Razime (Monotype)
Enregistrement : mars 2009. Edition : 2011.
CD : 01/ Raz 02/ Rain 03/ Azine
Guillaume Belhomme © Le son du grisli

erikm norbert moslang stodgy

Avec Norbert Möslang – aux cracked everyday-electronics, comme jadis en Voice Crack et, avec eRikm déjà, en poire_z –, guère mieux. Collection d’enregistrements datant de 2002 à 2005, Stodgy enfile ainsi trois pièces électroniques furieuses : à la réécoute, plus folâtres que fertiles. L’ardeur du dialogue, fracassante, aurait-elle amputé un peu de la réflexion ? Des étincelles encore, mais de flamme toujours pas.   

eRikm, Norbert Möslang : Stodgy (Mikroton)
Enregistrement : 2002-2005. Edition : 2011.
CD : 01/ Stinger 02/ Aérolithe 03/ Micelle
Guillaume Belhomme © Le son du grisli

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Chicago Underground Duo : Age of Energy (Northern Spy, 2012)

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En quinze ans d’âge le Chicago Underground Duo (Chad Taylor, Rob Mazurek) n’aura jamais aussi bien porté son nom. Trouble et hypnotique pourraient être les adjectifs convenant le mieux à ces quarante-cinq minutes de  musique s’il n’était quelques rares saillies aux reliefs secs et coupants.

Les electronics portent cette musique et ne la lâchent plus. Et quels que soient les surgissements ordonnés par la dureté de la frappe de l’un (Age of Energy) ou le cornet vaporeux de l’autre (It’s Alright), ils enrobent et déterminent une musique aux densités inégales : la fusion est totale quand mbira et cornet dialoguent avec abandon (Castle in Your Heart) mais se perd quand la masse n’a rien d’autre à offrir que son inaction (Winds & Sweeping Pines). Disque en demi-teinte donc.

Chicago Underground Duo : Age of Energy (Nothern Spy / Orkhêstra International)
Enregistrement : 2010-2011. Edition : 2012.  
CD : 01/ Winds & Sweeping Pines 02/ It’s Alright 03/ Castle in Your Heart 04/ Age of Energy
Luc Bouquet © Le son du grisli

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Arthur Doyle : Alabama Feeling (AK-BA, 1978)

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Ce texte est extrait du troisième volume de Free Fight, This Is Our (New) Thing. Retrouvez les quatre premiers tomes de Free Fight dans le livre Free Fight. This Is Our (New) Thing publié par Camion Blanc.

Dans un entretien datant de fin 1995, publié l’année suivante dans un numéro devenu rare de Discographie, Pierre Hemptinne interroge le saxophoniste Arthur Doyle à propos d’un de ses enregistrements de prison (il y fut détenu par erreur, en France, entre 1983 et 1988) : « La résistance est passée par ma tête et par mon sax comme du courant électrique, de manière positive. Ma musique est une tentative de résistance contre l’utilisation des échelles à huit notes et l’usage des accords conventionnels. J’essaye d’utiliser les sons et les couleurs retentissantes et destinées à l’âme, des notes qui sont plus grandes qu’un ton entier et plus petites qu’un demi. La musique que je fais expose à l’incarcération sociale, mais il faut être fort et croire en ce que l’on fait. » Quand on écoute l’opus ayant motivé l’interview dont ces propos sont extraits (un songbook rudimentaire et incroyablement poignant) il ne fait aucun doute qu’Arthur Doyle croit en ce qu’il fait (comme un Charles Gayle par exemple, avec qui il partage bien des points communs), et qu’il ne peut en envisager le résultat autrement qu’as serious as his life. Ce qu’Arthur Doyle confirme : « Ce qui est audible dans ma musique est peut-être issu du silence, mais d’un silence RETENTISSANT : la solitude provient du fait d’être enfermé et de vivre dans une société raciste. » 

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Dans un autre fanzine, Supersonic Jazz, Yves Botz, des Dust Brreders et Mesa Of The Lost Women, parlait de sa manière d’épuiser interminablement un son, d’un corps tout entier instrumentalisé par cette quête, ou encore de vaudou, tout en tissant des liens évidents avec Borbetomagus, l’écrivain Pierre Guyotat et le groupe japonais Gerigerogegege

Depuis que The Black Ark de Noah Howard (sur lequel figure Arthur Doyle) et Alabama Feeling ont été réédités, l’on en sait enfin plus sur l’homme, notamment grâce à Dan Warburton, critique et musicien ayant eu le privilège d’enregistrer avec le saxophoniste. 

Arthur Doyle, on l’aura compris, est originaire de l’Alabama, comme Sun Ra. Il a commencé par écouter Louis Armstrong et Duke Ellington dans l’orchestre de qui, à l’instar de son confrère Noah Howard, il a surtout remarqué Paul Gonsalves. En âge de jouer, Arthur Doyle s’illustra d’abord aux côtés de Donny Hataway et Gladys Knight avant qu’ils ne rencontrent le succès avec leurs hits soul. D’ailleurs, tout comme Albert Ayler et Frank Wright, Arthur Doyle a fait ses classes au contact du gospel et du rhythm’n’blues dont il propose finalement sa vision, écorchée et sauvagement paroxystique : ce que l’intéressé a lui-même défini comme ressortant d’une technique particulière et de son cru nommée « Voice-O-Phone », qu’on ne peut que comparer à ce que Rashaan Roland Kirk puis Dewey Redman mirent au point bien avant, ce qu’Arthur Doyle ignorait totalement – soit dit en passant. 

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Tout autant que The Black Ark (où, quels que soient les orientalismes que l’on ne manquera pas d’y percevoir, « l’Afrique incarne la maison première de la Terre Mère »), un trio constitué de Milford Graves, Hugh Glover, Arthur Doyle, et dont Bäbi constitue l’unique (et rarissime) témoignage phonographique, a tracé la voie des futurs combos de noise ouverts au free jazz. Parmi eux Borbetomagus au premier chef, mais aussi The Blue Humans, combo no wave au sein duquel Arthur Doyle s’est illustré dès décembre 1978 au Max’s Kansas City à New York, parallèlement à la sortie d’Alabama Feeling. Au sein de ce groupe piloté par le guitariste Rudolph Grey, Arthur Doyle devait croiser le fer avec le batteur Beaver Harris, et même occasionnellement avec le génial Rashied Shinan, présent sur Alabama Feeling et sur l’hyper-free Black Beings de Frank Lowe – ce n’est évidemment pas une coïncidence. Quelque soit le contexte, Arthur Doyle s’acharne toujours à d’infernales glossolalies, sans amortissement possible, incarnant comme nul autre l’homme primitif, à force de vociférations et d’allégresse ravageuse. 

En dépit d’absences en rapport avec un destin hors du commun, Arthur Doyle réussira à rencontrer des musiciens aussi intéressants qu’Alan Silva, Sunny Murray, Thurston Moore, Tom Surgal, Barre Phillips, Keiji Haino et même Takashi Mizutani, guitariste du groupe psychédélique culte nippon Les Rallizes Denudés

Alabama Feeling est l’un des très grands disques sauvages du free : avec Black Beings de Frank Lowe, Machine Gun de Peter Brötzmann, les solos de Kaoru Abe, Spiritual Unity d’Albert Ayler, le triple album du Celestrial Communication Orchestra édité par BYG, l’Olatunji Concert de Trane, les inédits tardivement exhumés de Juma Sultan, le double LP du Jazz Composers’ Orchestra de Mike Mantler avec Cecil Taylor et Pharoah Sanders, Marzette Watts And Company et Bäbi de Milford Graves. Paul Flaherty avec Chris Corsano et C. Spencer Yeh, voire le Tight Meat Duo, reprendront le flambeau à leur manière.

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Erb & Lonberg-Holm Erb Expéditives

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erb_lonberg_holm_sackChristoph Erb, Fred Lonberg-Holm, Jason Roebke, Frank RosalySack (Veto, 2011)
Le 2 mai 2011 à Chicago, Christoph Erb embouchait saxophone ténor et clarinette basse en grande compagnie : Fred Lonberg-Holm (violoncelle et guitare), Jason Roebke (contrebasse) et Frank Rosaly (batterie, électronique). Le groupe investit le domaine d’une improvisation aux tensions vives où fleurissent les références (jazz, minimalisme, noise…). Erb brille lorsqu’il répète un motif et le fait vriller, Lonberg-Holm lorsqu’il exalte le collectif, à coups d’archet ou de médiator.

erb_aloneChristoph Erb : Alone (Veto, 2011)
A Chicago déjà, Erb enregistrait un peu plus tôt Alone. Au ténor et à la clarinette basse, enregistrant parfois plusieurs fois pour une même plage, il s’adonnait à l’exercice en solitaire en expressionniste. Dans les pas d’Evan Parker au ténor (évocation de Chicago Solo, que publia Okka Disk), Erb invente dans le même temps qu’il vibrionne, voire s’affole : à bout de souffle, il envisagera encore l’instrument en l’astiquant.

erb_lonbergChristoph Erb, Fred Lonberg-Holm : Screw and Straw (Veto, 2012)
La clarinette basse est remontée, l’archet la contre avant de l’agacer davantage : les premières minutes de Screw and Straw, duo improvisé le 23 juin 2011, peignent Erb et Lonberg-Holm en querelleurs inquiets des coups qu’ils pourraient prendre. Plus loin, Lonberg-Holm passe à la guitare et part à l’assaut des répétitions du clarinettiste. L’opposition, dans un brouillard électronique, finit par impressionner – sur le neuvième temps notamment.

lonberg_zarzutzkiFred Lonberg-Holm, Aaron Zarzutzki : Feminization of the Tassel (Peira, 2011)
Si cette rencontre Fred Lonberg-Holm / Aaron Zarzutzki commence chichement, elle saura prendre de la hauteur. Lancé par des machines expressives (le violoncelle en est une, ce « no-input turntable » une autre), raclements et tiraillements s’entendent sur une improvisation éclatée à en devenir singulière : certes parfois creuse, mais encourageante (qu’il faudra creuser, donc)…

lonberg_stridFred Lonberg-Holm, Raymond Strid : Discus and Plumbing (Peira, 2012)
Autre référence Peira,  cette improvisation (non datée) oppose Lonberg-Holm à Raymond Strid. Le batteur, qui a appris à plus d’un musicien de quoi retourne le respect, oblige l’archet à plus de concentration. Contrant les coups secs et prenant appui sur les résonances, Lonberg-Holm élabore attaques franches et mouvements de fuite qui font de ces conversations de sensibles  échanges. Aux frileux : les coups pleuvent.

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Ernesto Diaz-Infante : Emilio (Kendra Steiner, 2011)

ernesto diaz-infante emilio

En hommage à son oncle, qui souffrit de démence, Ernesto Diaz-Infante interroge, par sa musique, la place de la normalité dans la société.

Cela peut sembler être un grand projet, mais Emilio (32 parties au total) tient le coup. Sa musique atmosphérique (bols chantants) est bousculée par les sautes d’humeur (guitare à douze cordes, tanpura) et les loops ressenties. Diaz-Infante utilise toujours ses instruments en percussionniste, il frappe et il attend que les cordes lui répondent. Ses décharges électriques, elles, affichent de beaux résultats. Emilio, c’est un peu Eugene Chadbourne qui rencontre Ian Masters… C’est pourquoi je ne peux que le conseiller vivement.

Ernesto Diaz-Infante : Emilio (Kendra Steiner)
Enregistrement : 2011. Edition : 2011.
01-32/ Emilio I-Emilio XXXII
Pierre Cécile © Le son du grisli

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Jean-Luc Petit, Mathias Pontevia : PHA (Petit label, 2011)

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Après avoir craquelé l’unisson et s’être désunis (l’option de ne distinguer qu’un seul instrument par canal n’est sans doute pas étrangère à cette sensation de division), le ténor (maintenant baryton) de Jean-Luc Petit et la batterie horizontale de Mathias Pontevia réintègrent le foyer de la résonnance.

Activant le circulaire ou kidnappant la secousse, jouant du tonnerre lointain et des frôlements de souffle, batteur et saxophoniste gardent en mémoire les horizons à ne pas enfreindre. Soit, garder le cap d’une improvisation tendue et intense (magnifique diversité des timbres de Pontevia) en ne tenaillant jamais une expression toujours renouvelée.

Jean-Luc Petit, Mathias Pontevia : PHA (Petit label)
Enregistrement : 2010. Edition : 2011.
CD : 01/ PHA 02/ Le tube, le câble 03/ Musique gluturale 04/ Il touche, il crache, il renifle 05/ Supraphonic
Luc Bouquet © Le son du grisli

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Galina Ustvolskaya : Piano Sonatas (Col Legno, 2012)

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On a beau préférer le noir de l’édition originale au bleu de la réédition, on n’en est pas moins heureux de retrouver les sonates pour piano de Galina Ustvolskaya, interprétées par Markus Hinterhäuser.

Bien sûr, j’ai encore – je veux dire, comme hier – l’impression de me faire réprimander par un piano quand mon attention faiblit un peu, quand je laisse aller mon oreille ailleurs que vers les notes que le piano m’envoie. Je présente alors mes excuses et me reconcentre : tiens, cette sonate ressemble à une étude, mais l’imagination de Ustvolskaya la transforme en mélodie douce ou en moment de tension.

Ma concentration, toujours elle, me fait suivre le balancement des accords ou m’invite à fredonner un air qui ressemble à du Satie mais qui tombe du bout des doigts d’Hinterhäuser. Jusqu’à la sixième sonate, j’ai donc obéis. Pourtant, cette sonate gronde plus qu’aucune autre. Je m’explique, je prouve mon attention, qui est accompagnée d’un beau plaisir. C’est alors que le silence gagne du terrain et soumet l’instrument, l’instrumentiste, puis le compositeur. Après quoi on ne se souvient que de la légèreté des pièces de Galina.

Galina Ustvolskaya : Piano Sonatas (Col Legno)
Enregistrement : 1998. Réédition : 2012.
CD : 01-06/ Sonata No. 1 - Sonata No. 6
Héctor Cabrero © Le son du grisli

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