Le son du grisli

Bruits qui changent de l'ordinaire

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Archives des interviews du son du grisli

AMM : Place sub. v. (Matchless, 2014)

amm place

Dans quel bas-fond de Lublin, Pologne, John Tilbury et Eddie Prévost ont-ils, avec la savante mesure qu’on leur connaît, extrait pour la polir cette nouvelle pierre à marquer leur maturation lente ? De l’endroit, AMM se fait un devoir et, bientôt, joue sur les mots : « a place » / « to place ».

Par petites touches, le duo sarcle, avise et creuse : permet déjà à la lumière de percer, qui dérangera quelques bêtes enfouies – le ventre du piano s’en fait gravement l’écho quand ce n’est pas la batterie qui chasse une horde de corneilles. Si l’exercice requiert de la précaution, c’est qu’AMM est venu jusque-là – cet « endroit où être » – pour marquer un territoire qui n’appartient qu’à lui et qu’il développe depuis toujours à l’intérieur même de ses frontières : frappes retenues, ritournelles naissantes et puis empêchées, accords courts étouffant sous les longs sifflements d’une cymbale sous archet, et voici que Place sub. v. a, dans un souffle, épousé l’endroit – point, parages et même pays.

AMM : Place sub. v. (Matchless Recordings)
Enregistrement : 16 mai 2012. Edition : 2014.
CD : 01/ Place
Guillaume Belhomme © Le son du grisli



Sabir Mateen : The Sabir Mateen Jubilee Ensemble (Not Two, 2012)

the sabir mateen jubilee ensemble

Avec autant de cuivres, de cordes et de rythmiciens (plutôt anti-rythmiciens ici), on pouvait craindre que le Sabir Mateen Jubilee Ensemble passe en force et abandonne sur le bas-côté le chemin des justes sagesses. Et c’est justement ce qui arrive ici. Et c’est, précisément, ce qui rend ce disque attachant.

Ici, l’on flotte et l’on rejette la précision. On emprunte quelques petites choses à Sun Ra et l’on pétrifie les égos. Ce free jazz-là sera collectif ou ne sera pas. On s’abreuve d’approximatif, les harmonies s’opposent, on chaloupe et syncope les ardeurs. On ne craint pas de convulser et d’effriter la mesure. D’ailleurs, la mesure ne sera pas. On la crie, plus rarement on la chuchote (le leader en solo de flûte absolu). Et l’on termine en énumérant les joyeux compères de l’ami Mateen : M Nadar, Lewis Barnes, Matt Lavelle, Masahiko Kono, Mike Guilford, Darius Jones, Joe Rigby, Ras Moshe, Raymond A. King, Derek Washington, Shiau-Shu Yu, Jane Wang, Clif Jackson, Rashid Bakr.

The Sabir Mateen Jubilee Ensemble : The Sabir Mateen Jubilee Ensemble (Not Two Records)
Enregistrement : 2010. Edition : 2012.
CD : 01/ We Can Do I 02/ We Can Do II 03/ We Can Do III 04/ A Joy 05/ A Better Place I 06/ A Better Place II 07/ Shades of Brother Leroy Jenkins
Luc Bouquet © Le son du grisli


Anla Courtis, Aaron Moore : KPPB (Earbrook, 2014)

alan courtis aaron moore kppb

Après Brokeboxe Juke (élaboré par correspondance) et Courtis/Moore (enregistré en concert), la folie est la même qui (par correspondance encore) inspire Anla Courtis et Aaron Moore. Les contours de KPPB (King Pancreas et Punk Butter) n’en changent pas moins de ceux des deux références qui la précèdent.

C’est que cette folie inspirante tient au duo lieu de poésie, et que la poésie ne permet pas qu’on la répète. D’autant qu’ici, un millier d’instruments la traduisent à fin de collages hétéroclites. Guitares, saxophones, accordéon, violon, petites percussions et grands tambours... Tout œuvre à une « ambient in opposition » qui multiplie les efforts pour perdre son promeneur : expérimental minimaliste, boucles hallucinées, rengaines angoissées, expressionnisme pressant…

Certes, quelques flottements sur King Pancreas – absorbé par l’éther, le duo tente un air à la Wim Mertens ou boucle un temps des sonorités de peu – que Punk Butter relativise avec une morgue rare : bols en décalages et archets en perdition y introduisent une complainte captivante aux mouvements égaux. Un art musical de la situation et de son beau retournement…  

écoute le son du grisliAnla Courtis, Aaron Moore
KPPB (extraits)

Anla Courtis, Aaron Moore : KPPB (Earbook)
Edition : 2014.
CD : 01/ King Pancreas 02/ Punk Butter
Guillaume Belhomme © Le son du grisli

aaron moore anla courtis

Anla Courtis et Aaron Moore entameront ce 10 mars une tournée en Europe. Pour la France et la Suisse, ils sont attendus à Montreuil, Marseille, Toulouse et Genève : Instants Chavirés le 13, GRIM le 14, Myrys le 15, Cave 12 le 16.


Cactus Truck : Live in USA (Eh? / Tractata, 2013)

cactus truck live usa

Si John Dikeman (saxophones), Jasper Stadhouders (guitare et basse électriques) et Onno Govaert (batterie) se cachent derrière Cactus Truck c’est qu’ils ne craignent ni l’épine ni la vitesse. D’ailleurs, le power trio sax / guitare / batterie se s’embarrasse pas de présentation : à la place, il déverse directement le même free costaud que Luc Bouquet avait entendu sur Brand New China.

Sur le CD en question, les Hollandais ont placé des morceaux de trois concerts donnés aux USA, parfois avec Jeb Bishop (les deux premiers titres) et parfois avec Roy Campbell (le dernier titre). Et oui, le trio étend sa menace et les murs étasuniens en tremblent. Heureusement que Bishop improvise et que Campbell mélodise pour que le free jazz de Cactus Truck n’abatte pas tout jusqu’au dernier de leurs auditeurs. S’ils ont les épaules assez larges, ces-derniers applaudiront le groupe sur les ruines.

Cactus Truck : Live in USA (Eh? / Tractata Records)
Enregistrement : 2012. Edition : 2013.
CD : 01/ Prairie Oyster 02/ Seans Gone 03/ Hot Brown 04/ The Twerk 05/ Magnum Eyebrow 06/ Wedding Present (Sorry Erine) 07/ Ninja
Pierre Cécile © Le son du grisli


Sébastien Branche : Ligne irrégulière (2013)

sébastien branche ligne irrégulière

Je lis : « Le saxophone est placé sur un pied pour une complète indépendance de mouvement, et peut ainsi être utilisé comme objet en lui-même, en conjonction avec les différents accessoires accumulés au fil des années. Les micros (couple stéréo) ont été placés autour de l'instrument, afin que l'auditeur puisse entendre certains sons voyager d'un côté à l'autre lorsque ceux-ci sont clairement localisés sur le corps de l'instrument. Aucun montage, un peu de mixage. » D’accord, j’ai tout compris, Sébastien Branche, votre CD tourne en ce moment. Et il n’y  pas que lui…

Les sons qui sortent du saxophone aussi, comme sur le tour d’un potier – serions-nous ici en présence d’une pièce d’artisan et non d’artiste ? La vérité n’est peut-être pas loin... mais on regrette quand même que le son manque de « pêche » et ce grésillement, qui grésille un peu fort à mon goût. Les bourdonnements (non pas les bourdons) imitent la cornemuse ou cherchent un peu de force par accouplements contraints. L’abstraction (improvisée, je pense) n'invite pas au voyage promis. L’art n’y est pas, et si la ligne est irrégulière c’est parce que sa facture artisanale est celle des artisans les plus répandus… tout satisfaits de leurs défauts.

Sébastien Branche : Ligne irrégulière (Autoproduction)
Enregistrement : 2013. Edition : 2013.
CD-R : 01/ L 02/ i 03/ g 04/ n 05/ e
Pierre Cécile © Le son du grisli



Anna Kaluza, Artur Majewski, Rafal Mazur, Kuba Suchar : Tone Hunting (Clean Feed, 2013)

anna kaluza artur majewski rafal mazur kuba suchar tone hunting

Deux souffles (Anna Kaluza, Artur Majewski) ne pouvant s’éloigner, une rythmique (Rafal Mazur, Kuba Suchar) tournoyante : on connait cela. Le free jazz est passé par là : il repassera.

La qualité de ce quartet polonais réside dans son entêtement. Ici, à part un solo de batterie sans grande importance, rien ne se détourne. Tout se joue dans cette systématique du 2 + 2. Et ces deux entités jamais ne se croisent, jamais ne se questionnent, jamais ne s’évaluent. Que l’esthétique porte les stigmates de la new thing ou que l’improvisation libre s’en mêle, jamais les premiers ne semblent se soucier des seconds. Il y a donc ici un territoire borné, obstiné, buté, quadrillé. Et pourtant il y a Complete Communion. Il y a les effluves d’un vieux free jazz bougeant encore. Et puis, il y a ces souffles croisés aux forts soupçons d’inabouti, d’inachevé. Une fois de plus, préférer les amorces aux résolutions n’est pas interdit.

Anna Kaluza, Artur Majewski, Rafal Mazur, Kuba Suchar : Tone Hunting (Clean Feed / Orkhêstra International)
Enregistrement : 2012. Edition : 2013.
CD : 01/ Track 1 02/ Track 2 03/ Track 3 04/ Track 4 05/ Track 5
Luc Bouquet © Le son du grisli  


François J. Bonnet : Les mots et les sons, un archipel sonore (Editions de l'éclat, 2012)

françois j bonnet les mots et les sons

« La musique découpe en virtualités tout ce qui est concrètement présent… jusqu'à ce que le monde entier ne soit plus rien qu'une profusion qui vibre doucement et, à perte de vue, un océan de virtualités dont on n'a besoin de saisir aucune », écrit Rilke dans Worpswede, un siècle avant David Toop.

Dans Ocean of Sound (Kargo, 2004), celui-ci tentait de donner forme et consistance à ces « virtualités », et un nom aux plus fameux « visiteurs » de cette singulière Solaris. De Debussy à Aphex Twin, en passant par Eno et Lee Perry, les ambassadeurs de l'éther réunis pour l'occasion étaient aussi pourvoyeurs d'ondes émotionnelles. Ce livre important racontait surtout une expérience sensible, l'otographie d'un compositeur, critique à The Wire, rêvant de connexions enfouies. De la part d'explorateurs venus de territoires culturels et spatio-temporels fort éloignés les uns des autres, le « sonore » y était l'objet de toutes les attentions.

« L'archipel sonore » imaginé par François J. Bonnet, compositeur et membre du GRM né en 1981, reprend en partie les choses là où David Toop les avait laissées –  mais en changeant d'échelle (et non, suivant la métaphore, en identifiant  des concrétions territoriales que l'océan aurait laissé tantôt émergées tantôt immergées). Car au fond Ocean of Sound restait tributaire d'une esthétique classiquement musicale de ces « voix de l'éther » sensées révéler la nature du son (au singulier), véritable noos semblable au cerveau-océan décrit dans le roman de Lem. Bien des ouvrages récents (comme De la Musique au son, de Makis Solomos), et toute une culture – voire un culte – contemporains indiquent son avènement. Les mots et les sons – au pluriel – invite à comprendre et analyser les pouvoirs de ce surprenant fétiche, de ce pôle magnétique, en le ramenant à sa juste proportion : celle d'objet de désir – désir de sublime, justement. Où l'on s'aperçoit que le paysage sonore de Murray Schaffer, l'écoute réduite de Pierre Schaeffer, et d'autres conduites d'écoute et de production visant au son pur, sont les avatars d'un nouveau formalisme esthétique, dont les intentions émancipatrices ne sont pas moins prises dans un ordre de désirs et de discours que l'ancien.

Toute l'importance du livre de François J. Bonnet réside dans l'exploration de ces désirs et de ces discours, qui constituent et transmuent le sonore, « soumis au désir comme une branche l'est au courant d'une rivière », « carrière percée par la machinerie de l'écoute », en audible. Des références rares (Konstantin Raudive, Jean-Luc Guionnet) et d'autres plus classiques (de Sun-Tzu à Eno) servent un propos qui le leur rend bien. Face à « l'inavéré » dont l'oreille est l'organe, de contrôle comme de production, la musique apparaît alors comme un cas particulier, une cristallisation dont la vocation n'est plus de « donner forme » au matériau son. Libérée de toute sommation, étendre son empire vers l'inouï redeviendrait ainsi, pour elle, une possibilité.

François J. Bonnet : Les mots et les sons, un archipel sonore (Editions de l'éclat)
Edition : 2012.
Livre : Les mots et les sons, un archipel sonore
Claude-Marin Herbert © Le son du grisli

france cultureSur France Culture, François J. Bonnet a fait l'objet en 2012 d'un atelier de création, par Thomas Baumgartner, ainsi que d'un entretien par Alain Veinstein.


Seattle Phonographers Union : Building 27 WNP-5 / Greg Sinibaldi, Jesse Canterbury : Ascendant (Prefecture, 2013)

seattle phonographers union building 27 wnp-5

De ses archives personnelles de field recordings, le collectif Seattle Phonographers Union tire depuis plus de dix ans le matériau d’intrigantes improvisations organisées en endroits peu commun. Sur ce disque Prefecture – label que dirige de main de maître le percussionniste Paul Kikuchi –, le groupe prend place, à Seattle, dans un hangar à avion désaffecté puis dans la tour à refroidissement d’une centrale nucléaire abandonnée sur chantier.

Ecoutant plus encore qu’ils ne jouent, Perri Howard, Steve Peters, Toby Paddock, Doug Haire, Jonathan Way, Dale Loyd, Pete Comley, Christopher DeLaurenti et Steve Barsotti, investissent le Building 27 avec un art de l’accumulation qui profite de résonances suspendues et d’accords au sol. Bien sûr, la rumeur enfle, dessine par le son un croquis de carlingue avant de décider d’un repli en lignes ténues qui chanteraient l’érosion de structures métalliques.

A l’épreuve du temps, Comley, Lloyd, DeLaurenti et Barsotti, obligeront aussi la tour WNP-5. Architecture n'ayant jamais servi – et donc sans souvenir à faire entendre –, l’endroit résonne d’un futur interdit : ce sont-là un remue-ménage lointain, des présences anxieuses et des sirènes aphones qui mesurent l’espace d’un cratère éteint avant de le faire respirer. Avec une invention distante qui, dans l’un comme l’autre cas, impressionne.

écoute le son du grisliSeattle Phonographers Union
WNP-5
(Extrait)

Seattle Phonographers Union : Building 27 WNP-5 (Prefecture Music)
Enregistrement : 2007 & 2009. Edition : 2013.
LP / DL : A/ Building 27 B/ WNP-5
Guillaume Belhomme © Le son du grisli

greg sinibaldi jesse canterbury ascendant

Sur l’écho naturel de la Dan Harpole Cistern de Port Townsend, Greg Sinibaldi (saxophone ténor, clarinette basse) et Jesse Canterbury (clarinette et clarinette basse) accordent d’abord leurs influences – qui pourraient avoir pour noms Richard Landry et John Surman. Consignant un minimalisme captivant sur sa première face, le disque le trahit néanmoins sur sa seconde : au son de sur-délicatesses ou d’industrieux bavardages. Ugly Beauty (reprise ici), avait prévu Monk.

Greg Sinibaldi, Jesse Canterbury : Ascendant (Prefecture Music)
Edition : 2013.
LP / DL : A1/ Wade A2/ Second Thoughts A3/ Two or Three Back, and Around A4/ Beside Ourselves A5/ Ugly Beauty 06/ If You Look Too Close – B1/ Not Forever, Just for Now B2/ Web of Lies B3/ Hold This B4/ Dreaming in Two Million
Guillaume Belhomme © Le son du grisli


Objets trouvés : Fresh Juice (Intakt, 2013)

objets trouvés fresh juice copy

Se libérant d’une lévitation inaugurale, nos Objets trouvés (Gabriela Friedli, Co Streiff, Jan Schlegel, Dieter Ulrich) observent quelques plats terrains avant de se délivrer par quelque trait compositionnel hardi. Mais ne pas croire pour autant que ce Fresh Juice ne trouve son salut que par la seule écriture.

Car, à vrai dire, cette écriture n’est là que pour baliser un itinéraire  aux tracés intimes. Presque pas d’éclats fanatiques ici mais une mise en espace de blocs (duo ou trio, rarement quartet) intensifiant sa force en des crescendos entretenus. A ce petit jeu, la saxophoniste gagne la mise : timide au début, elle fore des tracés onctueux qu’elle magnifie  avec un aplomb remarquable. De même, le jeu modal de la pianiste ne s’embarrasse d’aucune rupture mais impose assurance et souplesse au récit emprunté. De ces Objets trouvés – et faussement fragiles – on admirera la sage pertinence, le paysage familier.

Objets Trouvés : Fresh Juice (Intakt / Orkhêstra International)
Enregistrement : 2011. Edition : 2013.
CD : 01/ Gessang der nacht 02/ Terris Hut 03/ Weisser Zwerg 04/ Equilibre tendu 05/ Faden der Ariadne 06/ Straying Horn
Luc Bouquet © Le son du grisli


Roro Perrot & Vomir Expéditives

roro perrot expéditives

exécution des hautes oeuvres

Roro Perrot : Exécution des hautes œuvres (Premier Sang, 2011)
Je souhaite bien du courage aux copistes de la Sacem (dont le logo est apposé sur le CD) au cas où Roro Perrot aurait un jour l’idée de les mettre au défi de « partitionner » ces mini-chansons enregistrées en 2011. C’est que dans un geste désinvolte, il gratte sa guitare classique d’une main et de l’autre tape sur le manche en brayant ou aboyant des balivernes touchantes, en tout cas osées… Derrière lui, des enfants crient « maman » ?...

blotto folk

Roro Perrot : Blotto Folk (Décimation sociale, 2012)
… papa a l’air de se plaindre de l’estomac (dont il ne manque pas) ! Réécoutons la cassette marquée au gros feutre rouge Blotto Folk. C’est qu’il aurait encore trop bu hier et qu’on se passe déjà le dernier document de sa soulographie sous l’imper d’exhibitionniste : amateurs de folk étranglé, de mélodies hirsute & de star system pileux, savourent goutte-à-goutte (en remuant bien fort la bouteille) ces mélopées jouées au moignon…

saboteurYves Botz, Roro Perrot : Saboteur (Décimation sociale, 2012)
... les borborygmes qui s’en suivent accompagneront sur une autre cassette le face-à-face de deux derviches buveurs que sont Yves Botz (Dust Breeders, Mesa of the Lost Women) & Roro Perrot. Saboteur, c’est une face électrique contre une face acoustique, et deux folkeux industrieux qui inventent des débuts de chef-d’œuvre à la mode du Facteur Cheval, frappent sur une enclume ou frotte de la guitare en relativisant l’intérêt d’utiliser des accords… Damned : cheval-facteur et sabot-âge…

héroroïneRoro Perrot et son héroroïne : Ta bouche de fraise me rend si sauvage (Décimation sociale, 2013)
… mais pour décimer encore plus efficacement, voilà que le Perrot touche à l’héroroïne – ce qui ne lui interdit pas de recourir en même temps à l’alcool. Forcément, le mélange fait effet, et voilà qu’il tâte de la guitare électrique en plus alors que son amie Pauline tripote une drum machine comme une enfant sauvage jouerait Mozart à la flûte traversière. Et tout à coup, c’est Prince qui joue Jealous Rock… Va comprendre…

musique vaurienneRoro Perrot : Musique vaurienne (Décimation sociale, 2013)
One for the money… Ayant pris goût à la guitare (ou au luth) électrique et au rythme de synthèse, notre homme s’y donne en entier sur Musique vaurienne avec une mollesse qui trahit son état : cataleptique narcoleptique, mais qui fait un pas vers la mélodie et les paroles (ce « oyaah, ahooyah, et alors ? oyaah, eh ouais », je le tiens maintenant, et cet « à chier » n’est-il pas à danser ?) et même rétropédale en No Wave Mars ou DNA

vomir

Vomir : Les escaliers de la cave (Décimation sociale, 2013)
… Alors, vite, retour à l’essentiel : pour Romain Perrot, c’est Vomir dans Les escaliers de la cave : il y en a deux (un petit et un qui n’en finit pas), où déferle un harsh noise qui noie le « folk de merde » sous des tombereaux de bruits blanc, gris ou noir… On n’y entend plus une interjection, plus de guitare, plus rien du bruit du moignon, mais le mur de saturation et son néo-dada de bâillon : moi aussi, la tête dans un pochon !

sonic youth pierre cécilePierre Cécile sort ces jours-ci son premier livre : Sonic Youth (Souvenir de Kurt Cobain), dont le son du grisli vous offre un extrait : Combien d’heures ai-je passé dans les médiathèques à la recherche d’enregistrements de Sonic Youth ? Combien de CD – c’était le temps du CD, le vinyle n’était pas encore arrivé sur le marché – ai-je fait défiler sous mes doigts ? J’empruntais tout, j’écoutais tout, je lisais tout. Le groupe m’avait déconnecté de mes contemporains. J’en étais le cinquième membre, le sixième quand Jim O’Rourke était là. Qu’ils ignorent mon existence ne me posait pas de problème. J’étais bel et bien là, toujours avec eux, je les tutoyais et les appelais par leurs prénoms. « Thurston, là t’exagères… t’en fais des caisses à la voix ! » Direct j’avisais Lee, qui pouvait me faire un clin d’oeil, et alors là ça partait en fou rire !



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