Le son du grisli

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Ernesto Diaz-Infante : Emilio (Kendra Steiner, 2011)

ernesto diaz-infante emilio

En hommage à son oncle, qui souffrit de démence, Ernesto Diaz-Infante interroge, par sa musique, la place de la normalité dans la société.

Cela peut sembler être un grand projet, mais Emilio (32 parties au total) tient le coup. Sa musique atmosphérique (bols chantants) est bousculée par les sautes d’humeur (guitare à douze cordes, tanpura) et les loops ressenties. Diaz-Infante utilise toujours ses instruments en percussionniste, il frappe et il attend que les cordes lui répondent. Ses décharges électriques, elles, affichent de beaux résultats. Emilio, c’est un peu Eugene Chadbourne qui rencontre Ian Masters… C’est pourquoi je ne peux que le conseiller vivement.

Ernesto Diaz-Infante : Emilio (Kendra Steiner)
Enregistrement : 2011. Edition : 2011.
01-32/ Emilio I-Emilio XXXII
Pierre Cécile © Le son du grisli

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Jean-Luc Petit, Mathias Pontevia : PHA (Petit label, 2011)

petit pontevia pha

Après avoir craquelé l’unisson et s’être désunis (l’option de ne distinguer qu’un seul instrument par canal n’est sans doute pas étrangère à cette sensation de division), le ténor (maintenant baryton) de Jean-Luc Petit et la batterie horizontale de Mathias Pontevia réintègrent le foyer de la résonnance.

Activant le circulaire ou kidnappant la secousse, jouant du tonnerre lointain et des frôlements de souffle, batteur et saxophoniste gardent en mémoire les horizons à ne pas enfreindre. Soit, garder le cap d’une improvisation tendue et intense (magnifique diversité des timbres de Pontevia) en ne tenaillant jamais une expression toujours renouvelée.

Jean-Luc Petit, Mathias Pontevia : PHA (Petit label)
Enregistrement : 2010. Edition : 2011.
CD : 01/ PHA 02/ Le tube, le câble 03/ Musique gluturale 04/ Il touche, il crache, il renifle 05/ Supraphonic
Luc Bouquet © Le son du grisli

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Galina Ustvolskaya : Piano Sonatas (Col Legno, 2012)

galina

On a beau préférer le noir de l’édition originale au bleu de la réédition, on n’en est pas moins heureux de retrouver les sonates pour piano de Galina Ustvolskaya, interprétées par Markus Hinterhäuser.

Bien sûr, j’ai encore – je veux dire, comme hier – l’impression de me faire réprimander par un piano quand mon attention faiblit un peu, quand je laisse aller mon oreille ailleurs que vers les notes que le piano m’envoie. Je présente alors mes excuses et me reconcentre : tiens, cette sonate ressemble à une étude, mais l’imagination de Ustvolskaya la transforme en mélodie douce ou en moment de tension.

Ma concentration, toujours elle, me fait suivre le balancement des accords ou m’invite à fredonner un air qui ressemble à du Satie mais qui tombe du bout des doigts d’Hinterhäuser. Jusqu’à la sixième sonate, j’ai donc obéis. Pourtant, cette sonate gronde plus qu’aucune autre. Je m’explique, je prouve mon attention, qui est accompagnée d’un beau plaisir. C’est alors que le silence gagne du terrain et soumet l’instrument, l’instrumentiste, puis le compositeur. Après quoi on ne se souvient que de la légèreté des pièces de Galina.

Galina Ustvolskaya : Piano Sonatas (Col Legno)
Enregistrement : 1998. Réédition : 2012.
CD : 01-06/ Sonata No. 1 - Sonata No. 6
Héctor Cabrero © Le son du grisli

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Sean Baxter : Solo for Drumkit Improvisations (Bocian Records, 2011)

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Edité par Bocian, label ayant déjà produit Metal/Flesh, Solo for Drumkit Improvisations donne à entendre Sean Baxter redoubler de présence.

Non parce que le percussionniste y profite de plus d’espace, mais parce qu’il creuse avec force à un endroit qu’il avait déjà fouillé : improvisation abstraite nourrie de crépitements et de cliquetis qui provoquent en elle des désirs d’épaisseur. Passant au tamis les possibilités de ses éléments de batterie, Baxter préside alors à la transformation ; veillant au grain de sable, il considère la durée de ses interventions avec une régularité et une inventivité égales. Son art est subtil, qui dit que le nom de Sean Baxter a été omis de la courte liste dressée ici des percussionnistes ayant œuvré seul et récemment à changer tous rythmes en étonnants paysages.

Sean Baxter : Solo for Drumkit Improvisations (Bocian Records / Metamkine)
Edition : 2011.
LP : A1/ Plates A2/ Woklids A3/ Chopsticks A4/ Junk – B1/ Hands B2/ Harmonics B3/ Windchimes  B4/ Brushes
Guillaume Belhomme © Le son du grisli

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Henri Roger, Bruno Tocanne : Remedios la belle (Petit label, 2011)

henri roger bruno tocanne remedios la belle

Distincte, franche, nette est la batterie de Bruno Tocanne. La résonance n’est pas de pacotille mais le moteur essentiel du jeu décontractant du percussionniste. Les cymbales scintillent, les baguettes rebondissent. Le flux n’est pas d’étouffement ou d’éparpillement mais de distinction. Le recours au rythme n’est qu’éphémère et, à celui-ci, Tocanne préfère toujours un ample et structurant mouvement.

Tantôt pianiste, tantôt guitariste, Henri Roger pose les bases d’une harmonie qu’il souhaite – et obtient – homogène et parfaitement adaptée au jeu de son partenaire. Au piano, l’extravagance est frôlée mais jamais dissipée. A la guitare, les tentations sont de l’ordre de l’opaque et du retranchement, et de fait, passionnent nettement moins. Malgré ce tout petit bémol, ce duo résulte soutenu, fraternel, évident.



Bruno Tocanne, Henri Roger : Remedios la belle (Petit label)
Enregistrement : 2011. Edition : 2011.
CD : 01/ Remedios la belle 02/ Melquiades 03/ Rebecca 04/ Aureliano segundo 05/ La bananeraie 06/ Macondo 07/ Ursula 08/ Les 17 Aureliano 09/ Aracataca 10/ Pilar ternera 11/ Mr. Herbert & Mr. Brown 12/ Amaranta 13/ Mauricio Babilonia 14/ José Arcadio segundo
Luc Bouquet © Le son du grisli

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Peter Brötzmann, John Edwards, Steve Noble : ...the worse the better (OTO roku, 2012)

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Tout de suite, l’urgence de dire. Le son de saxophone de Brötzmann, à la puissance toujours aussi surprenante, à la sonorité droite, nette, tranchante. La contrebasse frottée à l’archet, comme une mélopée, un mantra précipité et la batterie qui tantôt précède, tantôt poursuit le saxophone.

Trois hommes et une musique de lave qui dégringole à toute vitesse le pan d’un volcan. N’a-t-on déjà tout dit, en pareille formule ? Finalement non. Comme souvent avec Brötzmann le miracle opère, et ce sont certains détails qui font la différence. Au pire de la tempête, au meilleur de la vitesse, le cap demeure musical, les trois hommes gardent le souci d’être inventifs et en interaction. Dix minutes ont passé, et le ciel se dégage. La batterie de John Edwards et la contrebasse de Steve Noble se retrouvent seules, et ne tardent guère à rejoindre les voies précédemment explorées, et retrouver ainsi en chemin le saxophone ténor de Brötzmann qui n’a rien perdu en intensité. Tout au plus a-t-il repris son souffle, pour mieux raviver les braises. Et tout emporter sur son passage.

Le long des 38 minutes que dure l’unique titre qui occupe la totalité de …the worse the better, l’imagination jamais ne faiblira. Emballements et accalmies se succèderont, et les feux du free jazz se teinteront tantôt de la moiteur des rives du Mississipi, de la mélancolie des Balkans, de l’ombre portée des lofts new yorkais. Toujours, il semblera épouser les grondements de la terre. Ces trois-là, en janvier 2010, jouèrent pour la première fois ensemble au Café Oto à Londres et offrent aujourd’hui au label OTO Roku une première référence fracassante.

EN ECOUTE >>> ...the worse the better

Peter Brötzmann, Steve Noble, John Edwards : …the worse the better (OTO roku / Instant Jazz)
Enregistrement : Janvier 2010. Edition : 2012.
LP : 01/ … the worse the better
Pierre Lemarchand @ Le son du grisli

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XYZ : La formule XYZ (&, 2011)

xyz la formule xyz

Ils avaient déjà joué avec Kim Myrh (Disparition de l’usine éphémère), les voici réunis pour mettre au jour une formule éponyme (XYZ). On parle à son sujet de musique post-industrielle, d’improvisation électroacoustique qui partirait dans tous les sens. Et force est de constater qu’il y a de ça chez Pierre-Yves Martel (feedback, static), Martin Tétreault (pick-up, equalizer) et Philippe Lauzier (saxophone soprano, clarinette basse, ampli préparé).

On passe près d’un chantier extraordinaire, des plaques de métal sont travaillées par des appareils trépidants qui s’enrayent. Derrière, il y a ce jardin où nous berce une cascade (le soprano se sert de sa rumeur comme d’un tremplin). On sort alors par une autre porte, et c’est un installation qui nous accueille : des machines à coudre trépignent guidées par le commandement de Lauzier. Cette fin d’alphabet est poétique, au point qu’on se contentera à présent comme le trio d'un alphabet de trois lettres !

XYZ (Pierre-Yves Martel, Martin Tétreault, Philippe Lauzier) : La formule XYZ (& Records)
Enregistrement : septembre-décembre 2010. Edition : 2011.
CD :  01/ x = R (z) 02/ z = (aZ + b) / (cZ + d)  03/ (x + yi) i = - y + xi 04/ z - a = K (Z - a) 05/ xx’ - yy’ + (xy’ + yx) i 06/ y = cZ + d 07/ z = (a/c) + (bc - ad) (z’/c) 08/ X + X’i = x
Pierre Cécile © Le son du grisli

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Tomek Chołoniewski: Un (Mathka, 2011)

tomek choloniewski un

Un = cinq courtes étapes au fil desquelles Tomek Chołoniewski explique de quoi retourne son art de la percussion. L’ensemble n’atteint pas la vingtaine de minutes, mais la concision procure un charme à l’exercice : les éléments de bois et de cuivre y évoluent en roue libre et inventent cent schémas dans l’urgence ; la résonance des frappes étoffe les paysages ; la voix du musicien peut engager une lutte avec les instruments qu’il agite.

Sur un tambour – alors que Chołoniewski pense la plupart du temps sa musique en percussionniste briseur de rythmes –, une allure peut s’imposer : des coups de baguettes sont passés en machine pour qu’une caisse claire ou une cloche perde de leur naturel. A l’heure où quelques esprits frappeurs (Jason Kahn, Fritz Hauser, Will Guthrie…) sortent des solos d’envergure, Tomek Chołoniewski passe une tête et laisse entendre qu'il faudra compter avec lui.

EN ECOUTE >>> ici

Tomek Chołoniewski: Un (Mathka)
Enregistrement : 16 octobre 2010. Edition : 2011.
CD : 01/ Unit 02/ Untitled 03/ Untilted 04/ United 05/ Unlitted
Guillaume Belhomme © Le son du grisli

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Charles Gayle : Streets (Northern Spy, 2012)

charles gayle streets

Prendre tous les disques de Charles Gayle (une bonne trentaine), les réécouter (un plaisir !) et en convenir une bonne fois pour toute : le geste est unique. Hier, aujourd’hui et demain, soyons-en sûrs, il n’y aura aucun recours aux harmonies d’école ou à celles d’une free music s’empêtrant parfois dans sa propre copie. Si peu de saxophonistes à avoir ainsi noirci singulièrement la marge : Ornette et Ayler pour les plus visibles, Giuseppi Logan pour le plus obscur. Alors quand Gayle revient, le choc initial des Raining Fire et autres Homeless refait surface : la virulence, la plainte, l’abandon, l’incantation et l’offrande répondent présents.

Aujourd’hui le contrebassiste Larry Roland (présence et virilité) et le batteur Michael TA Thompson (frappes sèches et coupantes, impulsives jusqu’à en stresser les espaces) font bloc avec le ténor intègre de Gayle. Charles Gayle tel qu’en lui-même : entier et sidérant.

Charles Gayle Trio : Streets (Northern-Spy / Orkhêstra International)
Enregistrement : 2011. Edition : 2012.
CD : 01/ Compassion I 02/ Compassion II 03/ Glory & Jesus 04/ Streets 05/ March of April 06/ Doxology 07/ Tribulations
Luc Bouquet © Le son du grisli

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Arthur Blythe : The Grip (India Navigation, 1977)

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Ce texte est extrait du troisième volume de Free Fight, This Is Our (New) Thing. Retrouvez les quatre premiers tomes de Free Fight dans le livre Free Fight. This Is Our (New) Thing publié par Camion Blanc.

A l’occasion de leur réédition, The Grip et Metamorphosis, références de la discographie d’Arthur Blythe enregistrées en concert le 26 février 1977, furent couplées sur un CD dont l’un des titres interroge : « My Sun Ra », lit-on ainsi sur le carré miniature quand le trente-trois tours affichait, lui, « My Son Ra ». La différence est de poids.  

Si Arthur Blythe a fréquenté l’Arkestra, ce n’est pas celui du musicien d’outre-espace mais celui d’un autre pianiste : Horace Tapscott. Dans The Musical and Social Journey of Horace Tapscott, celui-ci révèle de quelle manière il rencontra l’altiste de San Diego, alors homme du blues connu sous le nom de Black Arthur, pour l’intégrer bientôt à son Pan Afrikan Peoples Arkestra. Là, Blythe servit souvent les vues de Tapscott avec la même ardeur et la même foi que Lawrence ‘’Butch’’ Morris, David Murray ou encore Wilber Morris. Comme eux aussi, il quittera Tapscott et la Côte Ouest pour New York. Là, il se fera entendre dans les formations de Chico Hamilton et Gil Evans, Lester Bowie et McCoy Tyner, et profitera d’un passage au Brook pour enregistrer pour la première fois en meneur – c’est là le disque qui nous intéresse – à l’âge de 37 ans.

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Des choses apprises par Blythe auprès de Tapscott, The Grip retient un goût pour les associations instrumentales peu répandues et – en conséquence – une réflexion sur les arrangements. Auprès du saxophoniste, on trouve ainsi Ahmed Abdullah (trompette), Bob Stewart (tuba), Abdul Wadud (violoncelle), Steve Reid (batterie) et Muhamad Abdullah (percussions), allant au rythme de formes musicales étranges : concentration braxtonienne exigée par le thème de « The Grip » (évanouie lorsque l’heure sonne de la récréation), unisson de l’alto et du tuba sur un thème de Walter Lowe (« Spirits in the Fields »), orientalisme attendu de « Lower Nile », chant de fragilités partagées (« Sunrise Service ») ou pièce d’une fanfare d’avant-garde dont chacun des membres aura l’occasion de se faire entendre comme jamais auparavant (« As of Yet »). Là, le saxophoniste fait de Stewart le souteneur renvoyant aux groupes itinérants de la Nouvelle-Orléans : le tubiste le remerciera de sa fidélité : on le retrouvera longtemps auprès de Blythe, en concerts comme sur disques (Bush Baby, Lenox Avenue Breakdown, Night Song, Spirits in the Fields, Focus, Exhale).

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Lorsque The Grip se termine, le mystère n’est pas dévoilé : sur « My Son Ra », le souffle de Blythe fait encore œuvre de délicatesses et ne peut laisser présager de l’avenir du saxophoniste : ce contrat avec Columbia a-t-il imposé ce clinquant à sa sonorité, commandé cette fusion piteuse ou conseillé ce retour à la tradition, essai que d’autres que lui sauront mieux (en fait, plus efficacement) transformer ? Son histoire s’est faite ensuite au son d’associations plus prometteuses qu’inventives : Together Again en 1988 avec Horace Tapscott, John Carter et Bobby Bradford ; retrouvailles avec Lester Bowie dans The Leaders (en présence de Famoudou Don Moye et Chico Freeman) ; remplacement de Julius Hemphill dans le World Saxophone Quartet en 1990 ; concerts donnés deux ans plus tard en compagnie de Sam Rivers, Nathan Davis et Chico Freeman... Si l’épreuve est plus ou moins convaincante, on y discerne toujours l’empreinte d’un alto singulier qui aura pu le meilleur à l’aube de la quarantaine.

cc

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