Le son du grisli

Bruits qui changent de l'ordinaire

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le son du grisli #3Peter Brötzmann Graphic WorksConversation de John Coltrane & Frank Kofsky
A la question : interviewsAu rapport : impressions de concertsEn théorie : l'improvisation par l'écrit : John Butcher & Evan Parker

L'Ocelle Mare : Serpentement (Souterrains-Refuges, 2012)

ocelle mare serpentement

Sous le nom de L’Ocelle Mare, Thomas Bonvalet fait désormais pousser des plantes inquiétantes – fleurs sauvages arrangées en bosquet auquel mène ce Serpentement. Elles nécessitent peu de lumière mais demandent qu’on les soigne en musique : des morceaux épars de guitares désormais en miettes et un harmonica fuyant les phrases longues feront leur affaire.

Avec patience, Bonvalet reprend donc ses travaux là où il les avait laissés – cet Engourdissement plus abstrait que ne le fut jamais son discours. De zones de turbulence en silences impérieux, il compose à coups de progressions mélodiques interdites et d’ombres portées, de tremblements de cordes et de bourdons las, d’harmoniques et de soudains retours d’amplis, appelant là au déraillement d’un train de rouilles, imaginant ici une flore disparate que menacent les combats auxquels se livrent tiges nouées et épines menaçantes. Le souvenir du tic tac d’une montre entendu en ouverture , et voici que vingt-et-une minutes ont passé. C’est déjà l’heure de l’échappée.

EN ECOUTE >>> Serpentement 1

L’Ocelle Mare : Serpentement (Souterrains-Refuges / Murailles Music)
Enregistrement : Novembre 2011. Edition : 2012.
CD : Serpentement
Guillaume Belhomme © Le son du grisli

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Raymond Boni : Welcome (Emouvance, 2012)

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Il y a un territoire Boni. Un territoire sans frontières. Un territoire ouvert, accueillant. Parfois, la solitude s’y installe. Mais cette solitude est peuplée. Peuplée d’amis (Patrick Williams) et d’inspirateurs (John Coltrane, Nina Simone). Ce territoire, il fait bon y naviguer.

C’est un territoire d’invitation et de tendresse. Y résident un harmonica facétieux et quelques guitares bagarreuses. L’une est acoustique. Elle frôle le blues, l’espérance, les vents épais. L’autre est électrique, manouche et paquebot. Elle furète le chaos, nous questionne. Combien pour nos âmes (How Much For Your Soul) ? Combien de temps encore pour ouvrir nos cœurs et nos sens (Welcome) ? Raymond Boni tel qu’en lui-même : fort, fragile, infini.

Raymond Boni : Welcome (Emouvance)
Enregistrement : 2010. Edition : 2012.  
CD : 01/ Welcome 02/ Petite rivière 03/ How Much For Your Soul 04/ Un Manouche dans New York 05/ Gitano Marinero 06/ Des coquelicots dans les Bleuets 07/  Black Is The Colour Of My True Love’s Hair
Luc Bouquet © le son du grisli

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François Tusques : Le musichien (Edizione Corsica, 1981)

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Ce texte est extrait du troisième volume de Free Fight, This Is Our (New) Thing. Retrouvez les quatre premiers tomes de Free Fight dans le livre Free Fight. This Is Our (New) Thing publié par Camion Blanc.

L’Intercommunal était une association de 1901 ayant pour objet la création musicale à partir de la culture des différentes communautés vivant en France. L’Intercommunal fut aussi un bulletin d’information relatant l’histoire d’une formation que son « leader » François Tusques définissait ainsi : « Quand il fut crée aux alentours de 1971, l’Intercommunal Free Dance Music Orchestra était composé uniquement de musiciens professionnels venant du jazz. C’était l’époque où Paris était devenu la seconde patrie d’un grand nombre de jazzmen new-yorkais essayant plus ou moins de fuir l’enfer de « Babylone » comme les Black Panthers appelaient les Etats-Unis. Il est certain que nous avons tous été fortement influencés par le free jazz de révolte que jouaient ces musiciens. Quand l’orchestre a été fondé, il y avait toutefois le désir de faire une musique plus proche du public des travailleurs en France. Prise de conscience qu’il avait existé dans nos villes une musique populaire et qu’il existait toujours une musique populaire dans nos campagnes, et même que dans certains endroits comme la Bretagne (des musiciens traditionnels bretons se joignent souvent à nous) ou le Pays Basque, cette musique était non seulement vivante, mais aussi en pleine évolution. Cela nous conduisit à remettre en question la plupart des fondements-mêmes de la musique que nous jouions : partir de l’écoute des musiques populaires qui avaient une fonction sociale chez nous. » 

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François Tusques s’est illustré en public aux côtés de Don Cherry en 1965. La même année il réalisait Free Jazz, référence claire à l’album du même nom signé Ornette Coleman. François Jeanneau, Michel Portal, Bernard Vitet, Beb Guérin et Charles Saudrais étaient de l’aventure et produisirent une musique sans soliste, à l’image de celle du film New York Eye And Ear Control de Michael Snow, où l’on entend entre autres Albert Ayler. Deux ans après, François Tusques enregistrait Le Nouveau jazz, avec Barney Wilen, et cette fois Cecil Taylor planait sur la séance comme une ombre tutélaire bienveillante. 

Dans les années soixante-dix, et a fortiori dans les années quatre-vingt, les orchestres de François Tusques, quel qu’en soit le personnel, se présenteront comme des « ateliers de jazz populaire » en quête d’origines. Un collectif s’enquière à chaque fois d’une vérité populaire fondamentale, loin des chapelles, des écoles, et avec une joie de jouer née du bonheur des rencontres. Les sixties loin derrière, sur Le musichien (deux extraits de concerts datant de 1981 et 1982), c’est le corps tout autant que l’esprit qui est célébré. Et l’on y sent l’Afrique gronder au son de mélodies simples. 

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Le morceau-tire se présente comme un conte afro-catalan dont la beauté s’avère aussi saisissante que celle jaillissant du « Karma » de Pharoah Sanders, avec Carlos Andreu dans le rôle de Leon Thomas : « Peu de temps il a fallu au musicien venu d’Afrique pour comprendre qu’il n’était qu’un musichien, mais si vous l’écoutez bien vous entendrez la forêt, la savane, le lion, l’éléphant et les quatre éléments fondamentaux : la terre qui bouge, l’eau qui coule, l’air qui vibre, et le feu qui crépite. » Adolf Winkler (Ramadolf) s'y entend pour ce qui est d'imiter l'élélphant au trombone. Yebga Likoba s’envole au soprano, tandis que François Tusques, Jean-Jacques Avenel et Kilikus semblent revenir aux sources de toute musique de danse festive. L’on songera au meilleur de Magma, quand Klaus Blasquiz et Christian Vander savent – à travers leurs chants – se souvenir de John Coltrane. En face B la fête continue, et « Les Amis d’Afrique » prolonge le travail entrepris à la fin des seventies dans Après la marée noire (Le Chant du monde). 

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Sur la pochette d’un autre disque simplement intitulé L’Intercommunal, François Tusques parle plus en détails des musiques populaires jouant chez nous une fonction sociale : « Ce fut la découverte des musiques orientales et africaines interprétées par les travailleurs africains et maghrébins résidant dans notre pays. Musiques qui jouaient un rôle important dans les manifestations contre la circulaire Fontanet et dans les foyers d’immigrés. » Plus loin est fait allusion à Carlos Andreu et à son « chant populaire improvisé ». En lui François Tusques avait trouvé son griot. 

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Guillaume Laurent : Inside the Great Northern Hotel (La base du mouvement, 2012)

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Le saxophone commence seul et jusqu’au bout le demeurera. Ainsi nous apparaît d’abord ce disque : une traversée en solitaire, à travers des paysages changeants, mais intérieurs (comme nous le suggère son titre Inside the Great Northern Hotel). Le vent y souffle en de longues plaintes désolées (Douglas Fires) comme en de plus aériennes circonvolutions (Double RR Diner). Et  s’engouffre dans le saxophone de Guillaume Laurent qui se fait alors shakuhachi (le merveilleux The Log Lady) ou didgeridoo (The Great Northern Hotel).

Les six premiers morceaux du disque chemineront ainsi : d’explorations sonores en mélodies trouvées, un souffle patient et recueilli, libéré parfois, pointant la direction. Si le disque s’en tenait à ces six-là, on conseillerait déjà vivement l’écoute de cet Inside the Great Northern Hotel, pour sa beauté pure, son ascétisme qui conduit finalement, et contre toute attente, à une musique plus charnelle qu’il n’y paraît. Une musique si sincère que, très vite, on y est étrangement et indéfectiblement attaché.

Mais le disque ne s’en tient pas là. Il y a Red Room,  rêverie de douze minutes, merveille d’équilibre fragile, désert qui ondoie imperceptiblement, opiniâtre motif mélodique qui se déplace presque douloureusement. Red Room, pièce rouge, cœur du disque, pulsant son énergie vitale, battant régulièrement pour doucement, tendrement presque, mettre en branle des mondes immobiles. Cherry Pie & Coffee, dernier titre, nous ramène enfin délicatement au monde et achève de dissiper les brumes rouges précédemment traversées. Le ciel est clair, l’air limpide, on l’avale à grandes goulées. On se sent bien et bientôt la gémellité de ce dernier titre avec celui qui ouvrait cet opus nous apparait. Et nous invite à remettre le disque sur la platine. A retourner arpenter les terres foulées.

Guillaume Laurent : Inside the Great Northern Hotel (La base du mouvement)
Enregistrement : 14 et 15 novembre 2011. Edition : 2012.
Téléchargement libre : Inside the Great Northern Hotel
Pierre Lemarchand @ Le son du grisli

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David Maranha, Z'ev : Obsidiana (Sonoris, 2012)

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Obsidiana se souvient d’un concert donné en 2010 à Lisbonne par David Maranha (orgue hammond) et Z’ev (grosse caisse, disques d’acier, maracas).

D’origines diverses, les objets frappés le sont d’une même force, qui concèdent des rumeurs et somment un drone de venir les soutenir. L’orgue obtempère avant d’aller sur deux notes : sous les effets des graves, le drone épaissit jusqu’à se transformer en brouillon inquiétant – auquel les maracas redonneront une forme rassurante. Ainsi l’orgue était-il une machine à tisser au moteur à percussions. L’épaisse tenture couleur d’obsidienne qu’on lui doit a conservé la chaleur de la lave.

EN ECOUTE >>> Obsidiana

David Maranha, Z’ev : Obsidiana (Sonoris / Metamkine)
Enregistrement 24 juin 2010. Edition : 2012.
CD : Obsidiana
Guillaume Belhomme © Le son du grisli

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Vinny Golia, Mark Dresser : Live at Lotus (Kadima Collective, 2011)

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Voilà plus d’une dizaine d’années, le 20 janvier 2001 précisément, une clarinette s’emportait et une contrebasse n’était pas loin d’en faire autant. Cela se passait au Lotus new-yorkais et Vinny Golia diagnostiquait à sa clarinette une fringale anormale tandis que Mark Dresser tendait à son partenaire d’explosifs filets.

Intrépides et soudés, généreux et abondants, prêts à chevaucher des improvisations sans balises – Can There Be Two excepté –, ils se régalaient à accorder anche et archet sur une même fréquence. L’unisson s’était trouvé mais refusait de s’attarder. Très vite, ils repartaient à l’aventure. A nouveau, ils se réunissaient puis s’éloignaient. Quand clarinette basse et contrebasse trouvaient une même et juste distance, la réussite était totale (Excursion) mais bien plus aléatoire était leur chant quand ils s’entêtaient à parfaire un contrepoint incongru (Can There Be Two). Tout ceci pour le premier set. Le second est attendu avec impatience.

Vinny Golia, Mark Dresser : Live at Lotus (Kadima Collective / Instant Jazz)
Enregistrement : 2001. Edition : 2011.
CD : 01/ Locution 02/ Excursions 03/ Can There Be Two 04/ Directions to El Paso
Luc Bouquet © Le son du grisli

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Scott Smallwood, Sawako, Seth Cluett, Ben Owen, Civyiu Kkliu : Phonoraphy Meeting 070823 (Winds Measure, 2011)

phonography meeting

Je ne pensais pas pouvoir trouver de sens à une compilation de field recordings – présentés à New York au Phonography Meeting en 2007. Un disque de la sorte, c'est-à-dire d’eau, de vents, d’oiseaux, d’engins, tous attrapés au vol par les micros de Scott Smallwood (ou) Sawako (ou) Seth Cluett (ou) Ben Owen (ou) Civyiu Kkliu.

Et pourtant, je me suis laissé avoir en écoutant ces bruits de tous les jours (de nouveaux bruits de tous les jours, qui ne sont pas les miens, ni ceux de mes voisins ou des passants que je croise). Qui a entamé cette conversation alors ? Où courent ces enfants ? Où vont ces cloches ? Pourquoi le micro crépite-t-il ? Qui a éteint la lumière ? Et la grande question : à qui tous ces bruits appartiennent-ils ? A ceux qui les ont captés ? Ou à moi qui suis peut-être le dernier à les avoir entendus ?

EN ECOUTE >>> Phonography Meeting

Scott Smallwood, Sawako, Seth Cluett, Ben Owen, Civyiu Kkliu : Phonoraphy Meeting 070823 (Winds Measure)
Enregistrement : 23 août 2007. Edition : 2011.
CD : Phonography Meeting 070823
Héctor Cabrero © Le son du grisli

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Chris Abrahams, Lucio Capece : None of Them Would Remember It That Way (Mikroton, 2012)

lucio capece chris abrahams none of them would remember it that way

Le synthétiseur DX7 a permis à Chris Abrahams d’entreprendre, entre 2003 et 2005, d’abstraites Germ Studies en compagnie de Clare Cooper. Plus récemment, il envisageait l’instrument avec Lucio Capece (saxophone soprano, clarinette basse, préparations et sruti box).

D’une autre manière, disent ces trois improvisations datées de 2008. Dans la longueur, d’abord, et ensuite dans l’opposition : de souffles indécis et d’élucubrations chantantes, de motifs courts taillés en rubans et de drones parallèles à ceux-là, de reliefs et de plateaux choisis comme aires de jeux, de graves et d’aigus souvent, enfin, de vindictes créatives et d’apaisements réconciliateurs.

Ce qui rapproche None of Them Would Remember It That Way de Germ Studies, ce sont les trouvailles qu’y font Abrahams et Capece : la pièce Southern Patterns en regorge et s’en nourrit, qui démontre en plus d’une forte cohérence dans son exposition d’expressions fantasques. La tête vous tourne alors ; vous tentez de vous remémorer None of Them Would Remember It That Way. Son souvenir est confus encore, mais curieusement agréable.

Chris Abrahams, Lucio Capece : None of Them Would Remember It That Way (Mikroton)
Enregistrement : 2008-2009. Edition : 2012.
CD : 01/ Ring Road 02/ Southern Patterns 03/ All the Oceans Between
Guillaume Belhomme © Le son du grisli

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Lucio Capece : Zero Plus Zero (Potlatch, 2012)

lucio capece zero plus zero

Si le premier coup d'œil au dos de la pochette de ce disque laisse craindre la dispersion (et tout particulièrement à la lecture de l'instrumentarium convoqué : « sruti box, soprano saxophone with preparations, ring modulator, double plugged equalizer, bass clarinet, sine waves, cardboard tubes », etc.), l'audition intégrale de l'enregistrement écarte cet écueil supposé ; mieux, elle convainc que, dans la conduite du projet solo de Lucio Capece – on a déjà apprécié le musicien aux côtés de Radu Malfatti, Sergio Merce, Lee Patterson ou dans le quartet SLW – cet attirail ne sert qu'à la continuation, par tous les moyens, d'une recherche originale.

Ainsi passe-t-on d'une pièce à l'autre sans perdre la cohérence du cheminement esthétique, atteignant des plateaux (de matières, de fréquences) successifs qui dessinent, au fil du disque, une progression assez fascinante : subtilement, Capece ménage des accès à ces états modifiés de concentration qui permettent de percevoir le son dans le son – et, pressent-on, peut-être aussi dans une sorte d'au-delà du son. Ondes à empreinte, jeux d'harmoniques longs jusqu'à l'hallucination, puissants drones à halo : un impressionnant travail !

Lucio Capece : Zero Plus Zero (Potlatch / Orkhêstra International)
Enregistrement : 2009-2011. Edition : 2012.
CD : 01/ Some Move Upward Uncertainly 02/ Zero Plus Zero 03/ Inside the Outside I 04/ Inside the Outside II 05/ Spectrum of One 06/ Inside the Outside III
Guillaume Tarche © Le son du grisli

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Matthias Ziegler : La Rusna (Leo, 2012)

matthias ziegler la rusna

Chez Matthias Ziegler, les flûtes sont très graves et même la flûte alto résonne d’un souffle sombre. Et si parfois elles s’animent de nervosité, elles ne font que prolonger la réverbération caverneuse qui ouvre ce disque (La Rusna I). Entre chant grégorien, vents solaires et glissendis ligetiens, le risque de chuter en excès new-age est grand et ne sera pas toujours évité. Tout comme cet ennui qui s’incruste, à force d’effets et d’inactions tenaces.

Mais quand la machinerie se soulève et que le salivaire reprend ses droits, quand la flûte devient gutturale ou  saturante, ce solo passionne, séduit. Et ce sont, précisément, ces moments (ContraBasics, Ave Kingma) que l’on a envie de retenir et d’écouter de nouveau.

Matthias Ziegler : La Rusna. Music for Flutes (Leo Records / Orkhêstra International)
Edition : 2012.
CD : 01/ La Rusna I 02/ Stop n Go 03/ Never Old or Even 04/ ContraBasics 05/ Ave Kingma 06/ One Note 07/ La Rusna II
Luc Bouquet © Le son du grisli

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