Le son du grisli

Bruits qui changent de l'ordinaire


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Archives des interviews du son du grisli

The Ames Room : In St Johann (Gaffer, 2013)

the ames room in st johann

Au festival autrichien ARTFACTS, le 9 mars 2012, The Ames Room donna un concert. A Niort et Poznan (In), St Johann succède donc.

Une même énergie présida à cet autre échange, nœud de tensions qui, de seconde en seconde, subtilement se renforcent. Abrupte, la frappe de Will Guthrie* lâche le trio sur une pente dont il connaît l’inclinaison mais dont il ignore encore tout des reliefs. Envisageant son instrument comme d’autres élaborent de décisifs mouvements sur cube de Rubik, Jean-Luc Guionnet transforme de brefs motifs à force de répétitions. Plus lâche peut-être qu’à son habitude, Clayton Thomas, lui, oppose sa décontraction (feinte, peut-être) à la dynamique du torrent.

En seconde face, l’alto abandonne ses répétitions pour quelques fulgurances. De l’improvisation, le fil rouge est cassant ; alors, avec une égale implication, ses membres se désolidarisent : elle, gagne en éclats et détonations.

écoute le son du grisliThe Ames Room
In St Johann

The Ames Room : In St Johann (Gaffer)
Enregistrement : 9 mars 2012. Edition : 2013.
CD : 01/ In St Johann
Guillaume Belhomme © Le son du grisli

sonic protest 2014* Echappé de The Ames Room, Will Guthrie sera, ce vendredi soir en duo avec David Maranha, de l'ouverture de la dixième édition du festival Sonic Protest. Occasion de rappeler que le concours Merzbow / Sonic Protest est ouvert jusqu'au 7 avril.



Jason Kahn, Adam Süssmann, Matt Earle : Carnage (Pulled Out, 2014) / Kahn, Takahiro Yamamoto, Takuji Naka: Yugue (Akuseku, 2013)

jason kahn adam sussmann matt earle carnage

Accompli à huis clos avec les membres du Stasis Duo (Adam Süssmann & Matt Earle), en marge du festival australien où fut gravé le vaste Open space, ce Carnage a été enregistré en janvier 2012 dans la chambre qu'occupait Jason Kahn (electronics) à Sydney, ranimant au passage une plaisante tradition rock de destruction hôtelière...

Pour cette troisième publication du groupe – après le compact Draught et l'album téléchargeable Concerts Melbourne + Sydney – c'est un disque vinyle qui fait état des dégâts occasionnés à la literie et au mobilier.

Superpositions de couches grésillant, de pulsations cherchant à s'agglomérer puis se froissant, de plateaux d'attente avant les assauts d'infiltrations virales et les lointaines déflagrations : le spectre est grand ouvert, des monstrueux coups de sonde en profondeur jusqu'aux missiles fissiles qui vrillent les oreilles et font péter les fusibles (c'est d'ailleurs ce dont témoigne le livret qui rapporte les difficultés, si ce n'est la dangerosité, à masteriser ces archipels de fréquences extrêmes). La piaule a été soigneusement retournée !

écoute le son du grisliJason Kahn, Adam Süssmann, Matt Earle
Carnage (sample)

Jason Kahn, Adam Süssmann, Matt Earle : Carnage (Pulled Out)
Enregistrement : 21 janvier 2012. Edition : 2014.
LP : Pulled Out
Guillaume Tarche © Le son du grisli

jason kahn takahiro yamamoto takuji naka yugue

Associé, pour la première moitié de ce concert japonais, à Takahiro Yamamoto (platine) et Takuji Naka (saxophone, bandes, electronics), Jason Kahn (synthétiseur analogique, table de mixage, radio) contribue à l'ambiance d'atelier qui règne sur l'improvisation : on fourbit, on s'avance, on ajuste ; les établis s'accolent, dans une approche acoustique et des gestes qui vont s'affirmant au fil des minutes. Sur la seconde pièce du disque, sans Kahn, c'est une autre dramaturgie qui émerge, faite de connivences et de complémentarités plus attendues ou explicites, sur un long flux corrodé.

Jason Kahn, Takahiro Yamamoto, Takuji Naka : Yugue (Akuseku)
Enregistrement : 2 octobre 2012. Edition : 2013
CD : 01/ jk / ty / tn 02/ ty / tn
Guillaume Tarche © Le son du grisli


John Cage : Variations V (Mode, 2013)

john cage variations v

Quarante-huitième publication de la série, estampillée Mode, The Complete John Cage Edition, Variations V – dont c’est la première édition commerciale – consigne deux versions de la pièce du même nom : l'une, avec images, illustrée en 1965 à Hambourg par la Merce Cunningham Dance Company ; l'autre, sans images, enregistrée l'année suivante à Paris. A chaque fois, Cage est associé à David Tudor et Gordon Mumma.

Hallucinante, la version filmée associe une composition d'un concret tapageur et des visions de Stan VanDerBeek et Nam June Paik. Sous une pluie de sons hétéroclites – électronique bruitiste jouée sur l’instant pour instruments de création (magnétophones, antennes et cellules photo-électriques) –, les danseurs se déplacent, évitant les éléments d’un décor lui aussi en mouvement. Sur quelques câbles électriques, les corps en surimpression rivalisent de turbulence avec la musique et le jeu des lumières. En 1966 à Paris, Cage, Tudor et Mumma, précisent leurs gestes, les ralentissent, décidant d’un repli dans les graves. C’est donc une autre Variations V, comme rendu en négatif, mais qui captive à son tour.

John Cage : Variations V (Mode / Metamkine)
Enregistrement : 1965-1966. Edition : 2013.
DVD : Variations V
Guillaume Belhomme © Le son du grisli


Frédéric Nogray : Vaccabons et Malfactours (Kaon, 2013)

frédéric nogray maccabons et malfactours

Le voyage compte dans l’art sonore de Frédéric Nogray et le voyage, pour lui, c’est l’exploration. Or aujourd’hui, ce n’est pas lui qui voyage, mais Cédric Peyronnet, qui a collecté des quatre années durant aux alentours de la rivière Taurion dans le Limousin pour les mettre à disposition de musiciens différents. C’est dans la série « La rivière » du label Kaon, que ces compositions sont peu à peu publiées.

Après les relectures de Robert Curgenven, Artificial Memory Trace ou D’incise, Nogray présente Vaccabons et Malfactours. Il se sert de ces bruits d’insectes, de ces chants d’oiseaux, de l'écoulement de la rivière, de cette chute d’eau… dans une veine naturaliste tout en augmentant leur réalité. Suite à un plongeon, il retourne le lit de la rivière, sort une tête et écoute encore, plonge à nouveau… Tout ça, de la nuit qui finit à la nuit qui débute : c’est dire l’intensité de ces vingt petites minutes !

écoute le son du grisliFrédéric Nogray
Vaccabons et Malfactours (extrait)

Frédéric Nogray : Vaccabons et Malfactours (Kaon / Metamkine)
Edition : 2013.
Mini CD : 01/ Vaccabons et Malfactours
Pierre Cécile © Le son du grisli


VocColours, Alexey Lapin : ZvuKlang (Leo Records, 2013)

voccolours alexey lapin zvuklang

Entre cocasseries philmintoniennes et noces stravinskiennes déboule VoColours, quartet vocal allemand (Norbert Zajac, Brigitte Küpper, Gala Hummel, Louri Grankin). Toutes les forces et farces vocales, de nous connues, se retrouvent ici en un pot-pourri – souvent inspiré – de l’alphabet du vocaliste allumé. Ainsi, égosillements, caquetages, cris et plaintes, jappements, chant des steppes, écartèlements, babillages, balbutiements, gazouillis se succèdent avec plus (Now & Equilibre : pièces entièrement improvisées) ou moins (Angst vor gespenstern : motif répété inlassablement) de bonheur.
 
Déboule également le pianiste Alexey Lapin. Confiné ici au rôle du chasseur, il scrute, attend, colorise la lente respiration de VoColours. Puis se souvenant de ses qualités de relayeur, impose ses graves profonds, élabore en solitaire une introduction qui ne sera pas pour rien dans la réussite de l’improvisation à venir. Soit, une rencontre, qui, si partiellement aboutie, n’en offre pas moins quelques mordantes pépites.

écoute le son du grisliVocColours, Alexey Lapin
ZvuKlang (extrait)

VocColours, Alexey Lapin : ZvuKlang (Leo Records / Orkhêstra International)
Enregistrement : 2013. Edition : 2013.
CD : 01/ Now 02/ Hey Ho 03/ ZvuKlang 04/ Angst vor Gespenstern 05/ Equilibre
Luc Bouquet © Le son du grisli



Criticon Duo : How to Get A Cold (NOPLYN, 2013)

criticon duo how to get a cold

Comme son nom l’indique, Criticon Duo est une rencontre tchéco-espagnole. Le premier est trompettiste (doué à l’objet) : Petr Vrba. Le second est saxophoniste (doué à l’objet aussi, et qui touche à l’électronique malgré la mise en garde de ses parents) : Tomas Gris. A Prague (Praha), ils ont été enregistrés l’an passé.

Quand on pense aux efforts d’Adolf Sax pour anéantir les effets de l’asthme, on regrette que Gris ait accepté d’intituler l’enregistrement How To Get A Cold (c’est en effet un état aggravant). Forcément, il y a sur le CD beaucoup de courants d’air et, en plus, nous voilà dès le début coincés dans l’un ou l’autre des deux conduits. Comment faire alors ?

Au début, on craint l’échange réductionniste de trop (autrement dit : de rien), post-Dörner vs. post-Butcher, mais le duo est assez malin (ou inconscient) pour contrer nos attentes. Et fiiouuu... c’est du vent dans du papier à cigarette et des grattements comme on en rêvait. Enrhumé maintenant, comme contents nous sommes ! 

Criticon Duo : How To Get A Cold (NOPLYN)
Enregistrement : 2013. Edition : 2013.
CD : 01/ School 02/ The Phantom of John Ford 03/ Back Potatoe
Pierre Cécile © Le son du grisli


John Zorn : Shir Hashirim (Tzadik, 2013)

john zorn shir hashirim

Dans la jungle zornienne, le chroniqueur a parfois du mal à s’y retrouver. Alors (presque) au hasard, il choisit un CD à chroniquer en espérant que celui-ci ne sera pas une horrible muzak de supermarché. Et parfois le chroniqueur tombe sur la pépite (ou mini-pépite). C’est le cas ici.

Shir Hashirim (le Cantique des Cantiques) a été crée à Paris par Clotilde Hesme et Mathieu Amalric. A New York, c’était Lou Reed et Laurie Anderson qui officiaient en qualité de récitants. Ici, John Zorn se passe de récitatif et ne convoque que le seul chœur féminin des Sapphites (Martha Cluver, Lisa Bielawa, Kathryn Mulvehill, Abigail Fischer, Kirsten Sollek). En une trentaine de minutes, Zorn offre à ses muses un champ de douceurs et de tendresses mêlées. Ses motets ne manquent pas de charme : clarté, pureté et fluidité du chant, combinaisons harmoniques évidentes, arpèges vocaux sans surprise ; on se croirait parfois chez Meredith Monk. Depuis longtemps, la consonance a pris le pouvoir chez Zorn (des blogs sont là pour s’y retrouver). Certains s’en désespèrent, d’autres s’en félicitent. A vous de voir.

John Zorn : Shir Hashirim (Tzadik / Orkhêstra International)
Enregistrement : 2010. Edition : 2013.
CD : 01/ Kiss Me 02/ Rose of Sharon 03/ A Night in My Bed 04/ How Beautiful You Are 05/ I Have Come into the Garden 06/ Where Has Your Love Gone 07/ Dance Again 08/ O, If You Were Only My Brother
Luc Bouquet © Le son du grisli


N.E.W. : Motion (Dancing Wayang, 2014)

new motion

A force de se mouvoir – depuis 2008, ce sont, du trio, les troisièmes traces repérées sur disques –, N.E.W. a creusé le sillon d’une improvisation farouche, bientôt transformé en galerie qui débouchât, ce 6 avril 2013, aux Eastcote Studios de Londres.

Au plafond, des bisons peints qui rappellent ceux d’Altamira, prêts à fondre et à emporter ces trois poupées nord-africaines de couverture que sont Alex Ward, à la guitare électrique, John Edwards et Steve Noble. Pour aller contre, la contrebasse et la batterie s’entendront sur quelques coups de boutoir quand la guitare multipliera les assauts latéraux. De l’opposition des forces et des tensions, Motion dégage des cris primaux et des derniers souffles qui ponctueront ces morceaux de noise, de no wave, de swing, de blues défait, et même de calypso, subtilement assemblés. Et puis, glissée parmi les déferlantes, une accalmie vous permet d’envisager la lecture des notes que Thurston Moore a rédigées pour ce disque, qu’il recommande – certes un peu tard, n’avez-vous pas déjà Motion en main ?

écoute le son du grisliN.E.W.
Betting On Now

N.E.W. : Motion (Dancing Wayang)
Enregistrement : 6 avril 2013. Edition : 2014/
LP :  01/ Betting On Now 02/ How It Is 03/ Tall & True 04/ 4th & Three 05/ Motion
Guillaume Belhomme © Le son du grisli


Tysmfyh : That Weather for Meeting You Again (Bruise on Silence, 2014)

tysmfyh that weather for meeting you again

Sandrine Verstraete et Jean De Lacoste, de Charleroi, Belgique, forment Tysmfyh. Si chacun prononcera le nom du groupe à sa façon, nous entendrons tous la même chose sur That Weather for Meeting You Again… En l’occurrence, quatre petits morceaux (c’est un E.P.) d’ambient-noise triturée où la basse grésille, un moteur ronronne, des field recordings ou des bouts de CD sont collés les uns aux autres, etc.

Sur cette musique expérimentale anxiogène, la dame et le monsieur peuvent parler (en anglais de Charleroi, Belgique), d’une voix d’alien, de Roswell, ou qui crache un peu. L’effet cherche peut-être à ajouter au mystère, mais le ci-devant mystère manque de consistance et s’en tient à un canevas plutôt old school et brouillon. Mais ce n’est là qu’un premier essai et, comme le duo ne démérite pas non plus, je ne voudrais pas étouffer leur ambient-noise dans l’œuf. Soit : attendons l'oeuf, avant de faire l'omelette ! 

Tysmfyh : That Weather for Meeting You Again (Bruise on Silence)
Edition : 2014.
CD : 01 : Cradle 02/ Home 03/ Reversed Room 04/ Escape I Am
Pierre Cécile © Le son du grisli

vecteur charleroi lee ranaldo

Le 1er avril, Tysmfyh assurera la première partie d'un Lee Ranaldo attendu au Vecteur de Charleroi, Belgique. 


Burkhard Stangl : Unfinished. For William Turner, Painter (Touch, 2013)

burkhard stangl unfinished for william turner

Les épreuves sonores que Burkhard Stangl dédicace à William Turner – échos, voire répliques, de ses travaux non-finis : extraits de concerts et enregistrement studio confié à Fennesz – ne cachent pas longtemps leur attirance pour l’eau qui inspira souvent le peintre.

Les mouvements de la guitare électrique – médiator égrenant lentement les accords, volumes et rythmes changeants, sustains et trémolos, applications de notes sur de discrets field recordings ou enregistrements préparés – font bel effet sur les marines de Stangl. Non pas étale mais plutôt d’une huile patiemment remuée, son art rappelle (et, sur Unfinished – Mellow, s’inspire de) celui de Morton Feldman, lorsqu’il n’est pas attiré par la rumeur d’un navire qui croise au loin – à la barre, ce pourrait être Alan Licht ou Taku Sugimoto – et qui l’emmène dans des zones à sonder par la ritournelle.

Révélant là l’influence qu’exercèrent sur sa façon d’envisager sa musique la touche, la couleur et la lumière de William Turner, Burkhard Stangl démontre avec son modèle que la profondeur peut s’illustrer en surfaces, et même avec elles parfois ne plus faire qu’une.   

Burkhard Stangl : Unfinished. For William Turner, Painter (Touch / Souffle Continu)
Enregistrement : 2010-2013. Edition : 2013.
CD : 01/ Unifinished – Mellow / Unfinished – Waiting / Unfinished – Longing 02/ Unfinished – Sailing 03/ Unfinished – Ending
Guillaume Belhomme © Le son du grisli



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