Le son du grisli

Bruits qui changent de l'ordinaire

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Interview de Quentin RolletAlan Silva à ParisA paraître : le son du grisli #5
Archives des interviews du son du grisli

Klaus Treuheit : Kaurismaetic (KTMP, 2012)

klaus treuheit kaurismaetic

Ce Kaurismaetic que l’on ne peut imaginer qu’autrement dédié au cinéaste finlandais est l’œuvre du pianiste Klaus Treuheit. Déambulation plutôt que suite en huit mouvements, Kaurismaetic s’engage en un territoire vierge de tout chaos. Il y a dans le jeu du pianiste des rivières d’inquiétudes, des faisceaux résonnants, des introspections prégnantes. Mais il y a aussi des plongées d’ennui, une sensation d’un cadre stagnant en des eaux troubles et boueuses. Un sentiment de mélancolie et d’amertume mêlés. Une douce humanité aussi. Preuve qu’Aki Kaurismaki n’est jamais loin ici.

Klaus Treuheit : Kaurismaetic (KTMP)
Edition : 2012.
CD : 01-08/ I-VIII
Luc Bouquet © Le son du grisli



Vinny Golia : Take Your Time (Relative Pitch, 2011)

vinny golia take your time

Avant d’inviter Bobby Bradford à enregistrer pour lui, Vinny Golia sera souvent passé au Little Big Horn, club que le cornettiste dirigeait à Pasadena. Take Your Time, de profiter d’une complicité évidente en plus d’une section rythmique irréprochable.

On sait l’amour de Golia pour les graves de contrebasse : aussi doué à l’archet qu’au pizzicato, Ken Filiano doit ici le ravir, tant il embrasse la musique du quartette : mariage de swing et de bop, d’improvisation libérée de tout schéma et free léger. Au soprano (Golia dit avoir été bouleversé par le son de celui de Coltrane), est servi un jazz étonnement découpé qui peut rappeler Braxton (qui donna jadis quelques leçons d’instruments au meneur) ; au ténor et à l’alto, ce sont des pièces d’un swing gouailleur et sophistiqué à la fois qui prennent forme. La prise de son, un peu claire, n’y peut rien : l’enregistrement fait référence dans la discographie de Golia.

Vinny Golia Quartet : Take Your Time (Relative Pitch)
Enregistrement : 3 juillet 2007. Edition : 2011.
CD : 01/ That Was For Albert 10 02/ Otolith 03/ On The Steel 04/ That Was For Albert 11 05/ Welcome Home 06/ Parambulist 07/ A Guy We All Used To Know 08/ Even Before This Time    
Guillaume Belhomme © Le son du grisli


TBC : Insecta: The Birth of Gods (Monochrome Vision, 2012)

tbc the birth of gods insecta

Des habitants d’Hambourg doivent se souvenir être allé écouter Thomas Beck dans les années 80. Il officiait alors dans un groupe au nom de chiffres et de lettre : H64. Aujourd’hui, Beck bouge toujours et son patronyme n’est plus que de lettres : TBC.

Insecta: The Birth of Gods rêve comme son nom l’indique de mettre en place un nouveau Panthéon auxquels se plieraient tous les amateurs de noise, d’indus et de dada. Dans l’œil du cyclone, notre homme créé pour son délire créateur une bande-annonce électro-claustro, d’un expétimental old-school qui ne manquera pas de réveiller les habitants d’Hambourg qui pourraient se souvenir de lui... Thomas Beck ! Mais pour ce qui est de la jeunesse d’aujourd’hui, ou des vieux moins vieux que ceux qui étaient du public d’H64, la question se pose…

TBC : Insecta: The Birth of Gods (Monochrome Vision / Metamkine)
Edition : 2012.
CD : 01-04/ Part 01-Part 04
Pierre Cécile © Le son du grisli


Anto Pett, Bart van Rosmalen : Playwork (Leo, 2012)

anto pett bart van rosmalen playwork

Dans le piano d’Anto Pett, le reflet du gamelan balinais. Dans le violoncelle de Bart Van Rosmalen, de fielleuses friandises. Dans ce duo, des terrains vagues arpentés à grandes enjambées.

Souvent accrochés et arcboutés l’un à l’autre et ne réduisant jamais l’axe choisi, les voici se privant de sortie. Maintenant, ils cassent leurs jouets, respirent et hument l’attente avant de reprendre le chemin cabossé. Trouvant le sentier des espaces et des résonances, le mystère s’impose et s’incruste. Cogne en profondeur malgré les doutes. Une belle aventure. A suivre…

Bart Van Rosmalen, Anto Pett : Playwork (Leo Records / Orkhêstra International)
Enregistrement : 2011. Edition : 2012.
CD : 01/ Professionals & the Unknown 02/ Methodical Fascination 03/ The Work 04/ Transformation 05/ The Body & the Energy 06/ Variation 1 07/ Variation 2 08/ Variation 3 09/ Variation 4 10/ Variation 5 11/ Variation 6
Luc Bouquet© Le son du grisli



Pietro Riparbelli : Three Days of Silence (GruenRekorder, 2012)

pietro riparbelli three days of silence

J’ai eu la chance de passer quelques heures au sanctuaire de la Verna, en Toscane. Les nuages étaient noirs et semblaient contenus par la forêt et la roche qui donnent son caractère au lieu. Pietro Riparbelli y a passé trois jours, lui, partageant la vie des moines, enregistrant les respirations de cette bâtisse fondée par Saint-François d’Assise pour en faire ce CD, Three Days of Silence.

Le titre est trompeur. On n’entend pas de silence ici mais l’air qui tourne autour des lourdes pierres, des pas et des portes qui se referment sur les cellules, un chœur ou un orgue qui chante dans l’ombre… Avec tout cela, Riparbelli a composé une ode à la retraite en tressant des drones et en taillant dans les sons. C'est noir et c'est profond. C’est pourquoi ce n’est pas La simplicité du cœur que l’on conseillera de lire en écoutant Three Days of Silence, mais Une saison en Enfer. Rimbaud n’y a-t-il pas écrit : « Si j’ai du goût, ce n’est guère que pour la terre et les pierres » ?

EN ECOUTE >>> Trois extraits

Pietro Riparbelli : Three Days of Silence. The Mountain of the Stigmata (Gruenrekorder)
Enregistrement : 2011.
CD : 01/ First Day 02/ Stillness 03/ Second Day 04/ Duration 05/ Third Day 06/ Aletheia
Héctor Cabrero © Le son du grisli


Felix Kubin : TXRF (It's, 2012)

felix kubin txrf

Homme de tous les dadaïsmes, qu'ils soient en solo expérimental – tendance funny robots  – ou en collaboration électro-poppy (je songe plus particulièrement au génialement décalé Detached from All Objects avec Pia Burnette, en 2007), Felix Kubin enrobe la première description pour son nouvel opus TXRF (pour Total Reflection X-Ray Florescence). Méthode utilisée pour « analyser la surface des matériaux en les bombardant de rayons X extrêmement plats » (ne m'en demandez pas plus), le double vinyle explore sans la moindre once de monotonie la théorie sur des synthétiseurs et séquenceurs divers (MS20, SQ10...).

Au-delà de l'apparente sécheresse de la démarche, le producteur de Hambourg s'est une nouvelle fois fait grand plaisir à chipoter les touches et boutons dans tous les sens. Cosmique sans tomber dans la facilité étoilée de nombre de ses compatriotes, Kubin imprime toujours un second degré cher à mes oreilles, même si, par éclats malvenus, on sent la démarche se prendre les pieds dans le cablage (Total No. 1), la chaleur émise par les machines kubiniennes transperce les enceintes, tout le contraire en somme de Benge quand il se laisser aller dans la complaisance prise de tête de ses Twenty Systems en 2008. Car de vaines recherches qui donnent mal au bulbe, point de trace chez M. Kubin – et parfois on se marre jusqu'à l'os, façon Radioaktivität vs Conrad Schnitzler.

EN ECOUTE >>> Extraits

Felix Kubin : TXRF (It’s)
Edition : 2012.
CD / LP : 01/ Total No.1 02/ Total No.2 03/ Total No.3 04/ Total No.4 05/ Reflection No.5 06/ Reflection No.6 07/ Reflection No.7 08/ X-Ray No.8 09/ X-Ray No.9 10/ Fluorescene No.10
Fabrice Vanoverberg © Le son du grisli


Bruno Duplant : Slow Breath (B-boim, 2011) /Bruno Duplant, Paulo Chagas, David Sait : Late Winter/Early Spring (AudioTong, 2011)

bruno duplant slow breath

La pièce de musique que Bruno Duplant fait paraître sur le label de Radu Malfatti est justement dédiée au tromboniste. Réglant son pas sur celui du dédicataire, Duplant joue-là de mesure et de silences en se focalisant sur l’avènement et l’évanouissement d’une note. L’instrument choisi pour ce-faire est un cor, qu’augmente un peu d’électronique.

Un grave entame ce jeu d’apparitions et de disparitions : la présence « en soi » des notes convoquées alternant selon les nuances ou les directions qu’on leur donne – longueur et intensité varient ainsi, le ton peut changer, des souffles miniatures venir consolider le fil auquel Slow Breath est attaché, un parasite transformer la forme de l’espace où courent les vibrations. Au mitan, les rapprochements sont plus nombreux – deux notes peuvent même se gêner –, qui commandent à Duplant d'en revenir aux distances. Reprenant son ouvrage d’attente, le musicien persiste alors : le délitement en musique n’est pas l’affaire d’un temps retors à employer, plutôt la marque en négatif de tout ce que ce temps pourrait contenir.

Bruno Duplant : Slow Breath (B-boim / Metamkine)
Edition : 2011.
CD : 01/ Slow Breath
Guillaume Belhomme © Le son du grisli



bruno duplant late winter

Sur Late Winter/Early Spring, Duplant revient à sa contrebasse. Epaisse, elle enveloppe le guzheng et le mélodica de David Sait, les clarinettes de Paulo Chagas – la collaboration Duplant / Chagas s’en trouvant fortifiée. Ici, le minimalisme dispute à l’agitation expressionniste un folk à amok infusant sur steppes blanches (Late Winter). Moins convaincante, Early Spring voit le trio faire d’interventions verticales une forêt où se confronter avec une estime paresseuse.

Bruno Duplant, Paulo Chagas, David Sait : Late Winter/Early Spring (AudioTong)
Edition : 2011.
Téléchargement : 01/ Late Winter 02/ Early Spring
Guillaume Belhomme © Le son du grisli


Graculus : Small Things (Whi Music, 2012)

graculus small things

Chez Richard Harding (guitare classique) et Phil Hargreaves (flûte ou saxophone soprano), on fait dans le très court : ici, trente-quatre improvisations dont les plus longues dépassent rarement les deux minutes.

Le duo de Liverpool fait de chaque pièce un essentiel ; accompli ici, trébuchant ailleurs puisque que tel est le pari. L’un étouffe ses cordes, l’autre étrangle son souffle. Tous les deux s’investissent dans un baroque déviant, frôlant mais n’ajustant jamais la dissonance espérée. Chaque mini-pièce est un colis sans adresse de livraison, un geste sans espoir de retour. Et au final, il faut bien reconnaître à ces trente-quatre cadences, dont on ne connaîtra rien du mouvement initial, un charme entêtant. Parfois envoûtant.

Graculus : Small Things (Whi Music)
Enregistrement : 2011. Edition : 2012.
CD / Téléchargement : 01/ Petrus 02/ After Rotation 03/ The Star Pirates 04/ Slug Fury 05/ Fairy Rant 06/ Raptor 07/ Stray Song 08/ Sapient Gnu Oil 09/ Spontaneous Scar Tissue 10/ Ring 11/ He Plunge Southerly 12/ Apostrophe 13/ She Can Resist 14/ The Truant Pastor 15/ Past Life 16/ Past Life 17/ Pale Cotton 17/ Spirit Train 18/ Song of Transit 19/ Pins, Prongs, Cogs, Nails 20/ Suctionstory 21/ Pristine 22/ Runic 23/ FireSpy 24/ Roast Gopher 25/ To the Tiger Station 26/ Spine 27/ Rain-Panic 28/ A Rusty Nail 29/ Ghost Photographic 30/ Soil Trophy 31/ Autoerotic 32/ The Lost Pyre 33/ Things Nautical 34/ Scintillate
Luc Bouquet © Le son du grisli


Foxes Fox : Live at the Vortex (Psi, 2012)

foxes fox live at the vortex

C'est en studio, à l'été 1999 d'abord (pour Foxes Fox, Emanem), peu après la formation « accidentelle » du groupe – par adjonction de Steve Beresford (piano) au trio d'Evan Parker (aujourd'hui au seul ténor), John Edwards (contrebasse) et Louis Moholo (batterie) – à l'automne 2004 ensuite (avec Naan tso, Psi), que les quatre musiciens avaient jusqu'alors enregistré, et il est particulièrement heureux que les micros de Steve Lowe les aient enfin saisis sur scène pour leur troisième disque, tant leur équipe semble adaptée à ce terrain.

La qualité toute orageuse du son que le quartet développe dès les premiers instants est électrisante et rend ce concert au Vortex passionnant. Remous brassés d'Edwards ; clavier insaisissable ou charpenteur ; batterie bruissante et tendue, explosible ; ténor rauque, sanglier à la hure hirsute. De front, une manière martiale, embrasée, propulsive. S'y complaire aboutirait à une complète combustion (et de l'invention et de notre attention) : il faut combiner, composer, et la quarantaine de minutes du premier set suffit, avec ses vrais moments de bravoure, à l'extraction d'un free rugueux auquel on pouvait certes s'attendre... mais auquel on ne peut se soustraire.

L'arrivée de Kenny Wheeler (trompette et bugle) sur les planches, pour quarante autres minutes, permet de rebattre un peu les cartes. Ses sinuosités ouvrent des perspectives et suggèrent d'autres climats : l'horizon y gagne éclaircissement, répartition, profondeur de plans, et les échanges se renouvellent en conséquence – jusqu'à un certain lyrisme. Que demander de plus ?

Foxes Fox : Live at the Vortex (Psi / Orkhêstra International)
Edition : 2012.
CD : 01/ Foxes Set 1 02/ Foxes Set 2 03/ Foxes Set 3
Guillaume Tarche © Le son du grisli



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