Le son du grisli

Bruits qui changent de l'ordinaire

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Charlotte Hug : Slipway to Galaxies (Emanem, 2011)

charlotte hug slipway to galaxies

Se confondant en un même râle ou opposant leurs litanies, le violon alto et le chant raclé de Charlotte Hug trouvent dans les soixante-cinq minutes de Slipway to Galaxies de quoi se combattre et s’évaluer.

Si l’archet s’aiguise à même la corde et retrouve ses certitudes passées, c’est le chant de l’improvisatrice qui nous passionne ici. Ecartelé et toutes voiles dehors, croûté et s’agrippant entre inquiétude et chagrin, le voici mugissement, suffocation. Il est frayeur et dérèglement, exaltation et recommencement. Chant de sirène ici, hennissement ailleurs, il est le guide d’un des enregistrements les plus aboutis de la grande Charlotte Hug.

Charlotte Hug : Slipway to Galaxies (Emanem / Orkhêstra International)
Enregistrement : 2010. Edition : 2011.
CD : 01/ Anderwelten 02/ Buzz & Fly 03/ Intersect 04/ Holy Ground 05/ Exhilaration 06/ Atman 07/ Cyclic 08/ Slipway to Galaxies
Luc Bouquet © Le son du grisli

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Tomoko Sauvage : Ombrophilia (Aposiopèse, 2012)

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Des quatre éléments, l’eau est sans doute le préféré de Tomoko Sauvage. Parce qu’elle en joue, après en avoir rempli des bols de porcelaine. Ombrophilia – réédité trois ans après sa première parution sur le label And/Oar – permet d’entendre les « waterbowls » (comme Sauvage les appelle en anglais).

Les expériences datent de 2006 à 2008 et sont le fruit de re-recordings et de field recordings. Evi-emment, l’eau est partout présente. Elle peut goutter, clapoter, mais aussi bien pousser une note cristalline. Alors que le toucher hydrophonique est léger et que Tomoko Sauvage est bienveillante, c’est une tendre poésie qui finit par vous éclabousser.

Tomoko Sauvage : Ombrophilia (Aposiopèse)
Enregistrement : 2006-2008. Réédition : 2012.
LP : 01/ Amniotic life  (one) 02/ Raindrop exercise  (one) 03/ Mylapore 04/ Making of a rainbow 05/ Jalatarangam revisited 06/ Amniotic life (two) 07/ Raindrop exercise  (two)
Pierre Cécile © le son du grisli

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Olaf Rupp : AuldLangSyne (Dromos, 2011) / Tetuzi Akiyama : Moments of Falling Petals (Dromos, 2010)

olaf rupp auldlangsyne

Sur AuldLangSyne, la guitare peut-être électrique ou acoustique. Sur AuldLangSyne, les morceaux peuvent durent de deux à vingt minutes. Sur AudLangSyne, c’est toujours Olaf Rupp que l’on entend. Il passe le temps en accoucheur de merveilles.

AuldLangSyne est un disque aux multiples facettes que Rupp a enregistré en 2010 à Berlin. Il peut recéler de sons peu ordinaires sous l’agitation d’un ustensile (une baguette de bois, par exemple), assister au combat d’arpèges ou d’accords grattés au médiator, broyer des notes noires, jouer sur les volumes, avec un feedback ou toutes les techniques étendues d’hier et d’aujourd’hui.

Une chose égale la dextérité d’Olaf Rupp : son imagination. J’en ai fait le constat à chacune de mes écoutes d’AuldLangSyne, qui ont été nombreuses car l’objet est plus qu’originale, il prend de la place. Pour sa qualité et pour ne pas pouvoir le ranger sans qu’on le voie encore, on est obligé d’y revenir. Et on ne le regrette jamais.

Olaf Rupp : AuldLangSyne (Dromos / Gligg)
Enregistrement : 2010. Edition : 2011.
CD : 01/ Every 02/ Dog 03/ Has 04/ His 05/ Day 06/ And A 07/ Good Dog 08/ Just Might Have 09/ Two Days
Héctor Cabrero © Le son du grisli

akiyama carrasco kaplan moments of falling petals

La rencontre, enregistrée en concert, est celle du guitariste Tetuzi Akiyama, du saxophoniste Eden Carrasco et du trompettiste Leonel Kaplan. Moments of Falling Petals est le nom qui lui a été donné à l’occasion de son passage sur disque – première référence de l’étiquette Dromos. L’improvisation est faite d’interventions en perte de vitesse toujours, mais qui se régénèrent : d’un trio de cordes pincées en égrenage de cordes au médiator, la guitare est l’instrument qui découpe et donne à la musique des formes dans lesquelles on peut voir la silhouette de Bailey ou la main de Satie. L’exercice d’Akiyama, Carraso et Kaplan est celui de souvenirs et d’influences en commun.

Tetuzi Akiyama, Eden Carrasco, Leonal Kaplan : Moments of Falling Petals (Dromos)
Enregistrement : 24 septembre 2008. Edition : 2009.
CD-R :  01/ Moments of Falling Petals
Guillaume Belhomme © Le son du grisli

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Nate Wooley, Christian Weber, Paul Lytton : Six Feet Under (NoBusiness, 2012)

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En 2009, quelques mois après avoir enregistré ensemble l’indispensable Creak Above 33, Nate Wooley et Paul Lytton se retrouvaient à l’ombre de la contrebasse de Christian Weber. Il est des chroniques – celle de Six Feet Under est de celles-là – qui pourraient se contenter de donner les noms des musiciens en présence pour dire combien le disque qui leur est attaché est d’importance.

Mais il faut dire quand même : qu’à Zürich, le trio embrasse toute l’histoire de l’improvisation européenne, faite d’expressions fulgurantes et de débris de patience ; qu’à force de va-et-vient, l’archet fait chavirer l’embarcation dans laquelle les musiciens ont pris place pour ne surtout pas se laisser porter par les courants ; que les notes sont rares mais, répétées, suffisent à remplir l’espace que l’auditeur est impatient de leur abandonner ; que casse-têtes (cette trompette empêchée par les cordes, ces connivences réévaluées sans cesse par les tensions, cette frappe sèche qui doit trouver le moment juste pour claquer sans agiter la progression musicale…) peuvent être sources d’inspiration quand ce sont Wooley, Weber et Lytton qui réfléchissent aux solutions ; qu’une note endurante peut faire un écrin d’un décors de limailles ; qu’enfin, ce sont-là Nate Woloey, Christian Weber et Paul Lytton qui improvisent.

EN ECOUTE >>> Pushing Up Daisies >>> La Grande Mort

Nate Wooley, Christian Weber, Paul Lytton : Six Feet Under (NoBusiness)
Enregistrement : 30 novembre 2009. Edition : 2012.
LP : A01/ Pushing Up Daisies A02/ Moribund A03/ Nickel Eyes B01/ La grande mort B02/ Check Out Time (The End)
Guillaume Belhomme © Le son du grisli

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RED Trio, Nate Wooley : Stem (Clean Feed, 2012)

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Mettant en veilleuse les affres souterraines d’antan et bénéficiant de la présence rassurante de Nate Wooley, le RED Trio (Rodrigo Pinheiro, Hernani Faustino, Gabriel Ferrandini) requinque son improvisation de couleurs quelque peu saturantes.

Sans parler de totale déconstruction, l’instabilité et le doute donnent quelques sueurs froides au combo. Ainsi, les suspensions se cristallisant après d’intenses batailles (Ellipse) obligent à ne pas considérer le RED Trio comme une formation aux errements faciles. Visités par l’esprit frappeur (le duo trompette-batterie in Weight Slice), souvent scindés ou désunis mais convoquant parfois quelques vieilles brides de free jazz (Wooley, surpris plus d’une fois en des effleurements dixoniens), nos quatre amis gagnent à se défaire des facilités passées.

RED Trio + Nate Wooley : Stem (Clean Feed / Orkhêstra International)
Enregistrement : 2011. Edition : 2012.
CD : 01/ Flapping Flight 02/ Phase 03/ Ellipse 04/ Weight Slice 05/ Tides
Luc Bouquet © Le son du grisli

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Will Guthrie : Sticks, Stones and Breaking Bones (AntBoy, 2012)

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En The Ames Room plus qu’ailleurs sans doute, Will Guthrie a démontré qu’il pouvait transformer son impétuosité de batteur en terrible moteur à explosion. Seul sur Sticks, Stones and Breaking Bones, il réitère.

Sur le conseil d’un caractère qu’on dira bien trempé, Guthrie s’occupe de déclencher d’artificielles avalanches dont les dégâts feront le gros de son expression personnelle. Le geste est sec, que permet d’enrichir sa régularité, installée : enfin, l’endurance aidant, le roulement se fait épais et évolue au gré des convulsions. Ailleurs, Guthrie peut nourrir avec application un drone  à force d'agacer une cymbale. Cachés derrière la résonance, ses vieux démons le reprennent pourtant : les tambours sont martiaux et chantent sous les coups maintenant précipités de grands airs de victoire au son desquels certains dansent et d’autres se mettent à battre la mesure.

Will Guthrie : Sticks, Stones and Breaking Bones (Antboy Music / Lespourricords / Gaffer / Electric Junk / Metamkine)
Enregistrement : 22 octobre 2011 & 7 janvier 2012. Edition : 2012.
CD / LP : Sticks, Stones and Breaking Bones
Guillaume Belhomme © Le son du grisli

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Ben Vida : esstends-esstends-esstends (PAN, 2012)

ben vida esstends esstends esstends

Collaborateur de Keith Fullerton Whitman ou Greg Davis, ex-leader du groupe ????? Town & Country, complice musical de Rhys Chattam, Kevin Drumm, C. Spencer Yeh ou Werner Dafeldecker, bourlingueur de musique concrète, Ben Vida est un total inconnu pour moi malgré un CV méga-rempli. C’est donc avec grande curiosité que je me suis lancé dans la découverte du compositeur de Brooklyn et j’en suis ressorti perplexe.

Ecrites pour un synthétiseur modulaire contrôlé par ordinateur et un processeur de signal numérique, les cinq pièces d'esstends- esstends- esstends virevoltent dans une abstraction noise spatialisée qui me laisse de marbre. Non que les bizarreries sans la moindre touche mélodique m’effraient, sinon je ne mettrais pas le sieur Drumm déjà cité dans mes favoris, mais les expérimentations de Ben Vida m’ont semblé tourner à vide – au-delà de la première demi-surprise écoulée. Et quel que soit le contexte, au casque dans un café ou sur mes enceintes at home, le résultat demeure identique, une indifférence agacée.

Ben Vida : esstends-esstends-esstends (PAN / Souffle Continu)
Edition : 2012.
LP : A1/ Qweek Plus Enner (Outro Too) A2/ Zizzlerz A3/ Ssseeeeiiiiii B1/ Pin Ans Sweep B2/ EnnerForrance (Esstend III)
Fabrice Vanoverberg © Le son du grisli

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Frank Lowe : The Loweski (ESP, 2012)

frank lowe the loweski

On savait qu’il restait des inédits aux séances Black Beings. Les jugeant trop collectives, le saxophoniste les avaient rejetées à l’époque. On ne sait s’il serait heureux de les voir publiées aujourd’hui malgré un résultat sans appel : ces trente-sept minutes de musique sont bouleversantes, époustouflantes.

Tout commence par le ténor solitaire de Frank Lowe. Le souffle, entre douceur et furias, s’élève et ne lâche plus les cimes d’une convulsion enflammée. Le cri est viscéral et redouble quand la section rythmique entre en piste. S’imposent maintenant deux autres solos : celui, spasmodique, du violoniste Raymond Lee Cheng (on jurerait entendre la guitare saturante de Sonny Sharrock ici) puis celui, radical et perforant, d’un Joseph Jarman déchaîné. Les deux saxophonistes vont alors croiser leurs souffles, confronter leurs libres visions de l’ultra-aigu avant de laisser William Parker (ici, son tout premier témoignage discographique) et Rashied Sinan, réintégrer la civilisation. Et le CD de s’arrêter brusquement, nous laissant orphelins d’une musique que l’on ne peut qu’imaginer poignante.

Frank Lowe : The Loweski (ESP / Orkhêstra International)
Enregistrement : 1973. Edition : 2012.
CD : 01/ Pt. 1 02/ Pt. 2 03/ Pt. 03 04/ Pt. 04 05/ Pt. 5
Luc Bouquet © Le son du grisli

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Paul Dunmall, Han-earl Park, Mark Sanders : Birmingham, 02-15-11 (Buster & Friends, 2011)

paul dunmall han-earl park mark sanders birmingham

Le titre de l’enregistrement est le nom d’un lieu suivi d’une date à laquelle trois musiciens y sont passés : Birmingham, 02-15-11. On y entend Paul Dunmall converser avec le guitariste Han-earl Park et le batteur Mark Sanders. Pas de label, le téléchargement est libre.

On sait les liens qui unissent Dunmall et Sanders – ce qu’ils ont pu donner par le passé : de Shooters Hill enregistré en sextette en présence de Paul Rutherford à I Wish You Peace du Moksha Big Band –, c’est donc la présence de Park – que l’on a pu entendre récemment auprès d’un autre britannique de taille, Lol Coxhill, sur Mathilde , et se fit remarquer déjà auprès de Dunmall et Sanders sur un Live at the Glucksmann Gallery – qui intéresse ici. Aux salves imparables du ténor, il oppose des nappes et quelques arpèges accrochés quand Sanders compte les points avec aplomb.

Plus loin, c’est à la cornemuse puis au soprano qu'intervient Dunmall : pour déjouer ses tours (de force et d’adresse), Park choisit une nouvelle fois la subtilité : ses accords étouffés renversent les échanges du trio, transformés bientôt en horizontalité sur laquelle les trois hommes s’entendent alors en apaisés.

Paul Dunmall, Han-earl Park, Mark Sanders : Birmingham, 02–15–11 (Buster & Friends)
Enregistrement : 15 février 2011. Edition : 2011.
Téléchargement  : Birmingham 02-15-11
Guillaume Belhomme © Le son du grisli

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Bérangère Maximin : No One is an Island (Sub Rosa, 2012)

bérangère maximin no one is an island

Je ne sais si on comprendra où veut en venir Bérangère Maximin en écoutant No One Is An Island. Il y a quelques années, j’avais, moi, déjà eu du mal à saisir l’idée de Tant que les heures passent  (Tzadik). Expérimental ? Illustration ? Folk bizarroïde ? Rien de transfigurant en tout cas.

Si No One Is An Island change un peu la donne c’est qu’on y croise des invités tels que Christian Fennesz, Richard Pinhas, Frederic Oberland et Rhys Chatham. Avec eux, Maximin remet parfois le couvert d’une musique électroacoustique légère diront les uns, simpliste diront les autres (avec Fennesz, elle se contente par exemple de contrefaire du Fennesz sur Bicéphale Ballade). D’autres fois, c’est plus abouti : avec Pinhas, elle signe un magnétique Carnaval Cannibale foutraque et répétitif, avec Chatham elle marrie sa légèreté avec la rudesse d’une trompette, et avec Fennesz une seconde fois sur Knitting in the Air elle prend, à la voix, des poses à la Kim Gordon qui ne choquent pas l’oreille.

Si bien qu’à la fin, on sent encore des hésitations chez Bérangère Maximin, mais on ne peut que constater que ses propositions s’affinent. Et lui adresser tous nos encouragements.

EN ECOUTE >>> No One is an Island

Bérangère Maximin : No One Is An Island (Sub Rosa)
Edition : 2012.
CD / LP : 01/ How Warm Is Our Love 02/ Un Jour, Mes Restes Au Soleil 03/ Knitting In The Air 04/ Carnaval Cannibale 05/ Bicéphale Ballade 06/ Where The Skin Meets The Bone
Pierre Cécile © Le son du grisli

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