Le son du grisli

Bruits qui changent de l'ordinaire

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Jazz en MarsA paraître : le son du grisli #5En librairie : Bucket of Blood de Steve Potts

Gilded : Terrane (Hidden Shoal, 2012)

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Debut album, comme on dit du côté de Perth, de la paire australienne Gilded, Terrane nous entraîne sur des terres jazz ambient d’un bel intérêt, telle une rencontre entre Kapital Band 1 et Z’ev dans une tonalité proche de Sébastien Roux et Chris Corsano...

Déroulant sur une note paisible et éthérée des tentations où le jazz et la microtonalité ne s’effraient pas mutuellement, le duo Matt Rösner / Adam Trainer ose sans le moindre complexe l’enchaînement des couches sonores, tout en donnant à ses sonorités une légèreté bluffante. Des neuf morceaux, on goûtera tout particulièrement aux atmosphères quasi-americana de Road Movie, mais aussi aux boucles pianistiques de Tyne, en marge de Sylvain Chauveau et de son Black Book of Capitalism.



Gilded : Terrane (Hidden Schoal Recordings)
Edition : 2012.
CD : 01/Velar 02/    String and Stone 03/ Dew Cloud 04/ Road Movie 05/ Tyne 06/ Straight Crest 07/ Cluttered Room 08/ Expand/Contract  09/ Moth Food
Fabrice Vanoverberg © Le son du grisli



Talweg à Paris

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Martin Bladh : Dirge; The Peter Sotos Files (Freak Animal, 2008)

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Alors qu’il travaille à la traduction en Suédois de Selfish, Little: The Annotated Lesley Ann Downey – en français : Egoïste, infime : Lesley Ann Downey annotée –, l’artiste « complet » (mais écorché) qu’est Martin Bladh décide de reprendre son ouvrage musical. A l’auteur du roman, Peter Sotos (jadis musicien de Whitehouse), Bladh fait part de son projet : il recevra de lui sons et images dont profitera sa relecture.

Violences sexuelles (faites à de jeunes personnes, presque exclusivement) et racolages médiatiques sont de Sotos les sujets de prédilection. En amateur d’étrange et de dérangeant, Bladh composera une bande-son étrange, dérangeante, mais aussi fascinante.

Ainsi diffuse-t-il, sur une note tenue de synthétiseur ou quelques rares notes de basse, des voix de jeunes-femmes éplorées au téléphone ; ailleurs, il bouclera des litanies d’enfants – tous appels au secours perdus à jamais. En musicien, il peut aussi arranger des pièces d’indus et de noise qu’interrompent témoignages réels et lectures (voix de Bladh ou de Sotos) ou parasitent des enregistrements récupérés (de boîte à musique brisée, d'une annonce de programme de trash tv, d'un surréaliste jury populaire…). Ainsi Martin Bladh fait-il sensation – dans une conversation avec Peter Sotos, il explique justement que c'est bien là que se trouve la clef de son art : dans la « sensation ».  

Martin Bladh : Dirge; The Peter Sotos Files (Freak Animal)
Edition : 2008.
CD : 01/ Buyer’s Theme 1 02/ Dirge 03/ Playground Sex 04/ Dirge: Marc 05/ Insult 06/ Buyer’s Theme 2 07/ Dirge: Mary 08/ Predicate 09/ Injury 10/ Buyer’s Theme
Guillaume Belhomme © Le son du grisli


Interview d'Andrew Lamb

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Il a fallu phraser sans forcément être dans la lumière. La phrase, lumineuse, est d’Andrew Lamb, qui donnait l’année dernière deux disques d’importance : Honeymoon on Saturn et Rhapsody in Black. L’occasion de débuter une nouvelle année en espérant, pourquoi pas, qu’elle enrichisse autant et aussi bien que la précédente la discographie de ce musicien rare. En attendant : Andrew Lamb, c’est ici et maintenant.

… Mon premier souvenir de musique remonte à mes trois ou quatre ans. Une vieille dame que connaissait très bien ma mère me gardait de temps à autre et m’emmenait à l’église le dimanche matin. Là, on chantait, dansait et jouait d’instruments tels que la batterie, la basse, l’orgue ou la guitare. Ma mère ignorait tout de ce genre de façon de cérémonie jusqu’à ce qu’elle m’amène avec elle à l’église et que je lui demande où étaient passés les instruments. Elle a alors réalisé que sa vieille amie était membre d’une église pentecôtiste, où la musique abonde. 

Comment êtes-vous venu à la musique, et par quel instrument ? La musique m’a été offerte par la grâce du Créateur. Garçon, j’étais assez athlétique et bien déterminé à en découdre avec les meilleurs athlètes de mon âge ; pourtant lorsque, à dix-sept ans, j’ai commencé à entendre constamment en moi le son du saxophone, j’ai ressenti le besoin de m’y mettre. Je me suis alors trouvé un petit travail afin d’épargner et de m’acheter un saxophone. Quelques mois plus tard, mon travail a pris fin : je me suis enfermé dans une pièce, ai arrêté le sport et commencé à développer mon rapport à cet instrument. Auparavant, j’avais essayé la trompette, à l’âge de six ou sept ans, j’avais même un mouchoir blanc à la Armstrong

Quelles ont été vos premières influences au saxophone ? Chicago, d’ou vous venez, a-t-elle aussi joué une influence sur votre musique ? D’abord, ça a été Lester Young. Pour ce qui est de Chicago, la ville a influencé ma musique au son de gentlemen qui la représentaient pour moi : Fred Anderson, Von Freeman, Clifford Jordan, Johnny Griffin, John Gilmore, Warren Smith et bien sûr Kalaparusha Ara Difda, l’Art Ensemble of Chicago et puis tout l’AACM. Maintenant, je n’ai commencé à entendre ces musiciens qu’une fois arrivé New York, dans le quartier de South Jamaica, Queens, où j’ai grandi… Cette influence s’est exercée en termes de compréhension de la tradition de cette musique, du professionnalisme, de l’excellence artistique, de l’expression de sa propre histoire et de la nécessité d’être en accord avec soi-même et son environnement proche… En règle générale, je suis influencé par tous les grands artistes qui ont vécu pour jouer du saxophone…

Kalaparusha, qui vous a donné des leçons, est-il celui qui vous a ouvert à la « musique libre » ? En fait, je m’étais ouvert à ce genre de musique quelque temps avant de le rencontrer et d’étudier avec lui. Mais il m’a aidé à me tenir sur mes jambes et à trouver une stabilité alors que je travaillais à comprendre les formes libres et toutes les choses que lui avait plus tôt développées.

Est-ce à New York que vous avez fait vos premiers pas de musicien ? Ma toute première expérience date de la fin de mon adolescence, je jouais avec des musiciens de mon quartier, bien plus expérimentés que moi ; ravi de me mesurer à eux, j’étais aussi très fier qu’ils me demandent de revenir pour la répétition suivante. Quant à New York, chacune de mes collaborations a été extrêmement importante. Ces échanges n’ont pas seulement été des concerts ou des performances, mais aussi de véritables espaces de communication où se donnaient rendez-vous les esprits d’une même famille.

Vous avez notamment pris place dans des orchestres emmenés par Cecil Taylor ou Alan Silva. Etait-ce à l’occasion de concerts ? Oui, dans l’un et l’autre cas, c’était à l’occasion d’une série de concerts. Ces deux expériences ont dépassé toutes mes attentes, vu le niveau des musiciens et la direction d’ensemble ; elles m’ont révélé pour toujours une musique sans limites, certes, mais aussi capable d’être partagée et spontanément ajustée quand cela est nécessaire dans le même temps qu’elle résout des problèmes musicaux de façon créative.

Vous n’avez que peu enregistré sous votre nom. Est-ce un choix ? C’est simplement dû à la façon dont les choses sont arrivées : il a fallu phraser sans forcément être dans la lumière. La question ne se pose pas en ces termes pour moi : Andrew Lamb, c’est ici et maintenant, dans le présent.

Histoire de « déplorer un peu », on peut avancer que vous auriez sans doute eu davantage de propositions dans les années 1960 ou même dans les années 1980… Grâce à la technologie et les réseaux sociaux, un musicien créatif a aujourd’hui plus de chance qu’hier de se faire entendre, mais il est vrai que les circonstances qui lui permettent de jouer et de gagner sa vie ne sont plus aussi favorables qu’hier…

Si nous jouions à réduire encore votre discographie : quels seraient selon vous les trois disques qui diraient le mieux votre musique ? Je dirais Portrait in the Mist, The Pilgrimage et New Orleans Suite. Ces trois disques partagent cependant le même principe que tous les autres, qui me pousse à rester naturel, organique voire, dans mon rapport à la composition. Ce qui reflète assez ma façon de créer…  

Et concernant vos deux dernières références, Honymoon On Saturn et Rhapsody In Black Je suis honoré d’avoir eu la possibilité d’enregistrer ces deux disques. Ils sont assez différents l’un de l’autre, mais la musicalité et le savoir-faire des musiciens qui m’accompagnent est étonnante. Et puis, les labels qui les ont produits, CIMP et NoBusiness, sont de ceux qui respectent un artiste et lui donnent la liberté de souffler et de créer comme il l’entend.  

Sur ces deux disques, on peut entendre Tom Abbs, un contrebassiste dont la sonorité s’entend à merveille avec votre art... Tom est un musicien merveilleux et un gentleman au superbe tempérament qui ne compte pas ses efforts sur scène. Il n’y a ni bornes ni limites aux voyages que nous faisons ensemble en musique, d’autant plus que nous nous apprécions et nous respectons mutuellement.

D’autres jeunes musiciens ont-ils attiré votre attention ? Je souhaite le meilleur aux jeunes musiciens et à leur carrière. J’ai récemment écouté Matt Lavelle, Ras Moshe, Taylor Ho Bynum, James Brandon Lewis et quelques autres. Cependant, je ne suis pas forcément leur actualité, étant plutôt à l’écoute des vieux maîtres éternels que sont par exemple Kidd Jordan et Yusef Lateef.  

Avant de peut-être faire à votre tour figure de « vieux maître », estimez-vous que votre discographie contient d’ores et déjà ce que vous tenez à exprimer en musique ? Oui, je pense. Je le pense fort, même…

Andrew Lamb, propos recueillis en décembre 2012 et janvier 2013.
Guillaume Belhomme © Le son du grisli


Klaus Treuheit : Kaurismaetic (KTMP, 2012)

klaus treuheit kaurismaetic

Ce Kaurismaetic que l’on ne peut imaginer qu’autrement dédié au cinéaste finlandais est l’œuvre du pianiste Klaus Treuheit. Déambulation plutôt que suite en huit mouvements, Kaurismaetic s’engage en un territoire vierge de tout chaos. Il y a dans le jeu du pianiste des rivières d’inquiétudes, des faisceaux résonnants, des introspections prégnantes. Mais il y a aussi des plongées d’ennui, une sensation d’un cadre stagnant en des eaux troubles et boueuses. Un sentiment de mélancolie et d’amertume mêlés. Une douce humanité aussi. Preuve qu’Aki Kaurismaki n’est jamais loin ici.

Klaus Treuheit : Kaurismaetic (KTMP)
Edition : 2012.
CD : 01-08/ I-VIII
Luc Bouquet © Le son du grisli



Vinny Golia : Take Your Time (Relative Pitch, 2011)

vinny golia take your time

Avant d’inviter Bobby Bradford à enregistrer pour lui, Vinny Golia sera souvent passé au Little Big Horn, club que le cornettiste dirigeait à Pasadena. Take Your Time, de profiter d’une complicité évidente en plus d’une section rythmique irréprochable.

On sait l’amour de Golia pour les graves de contrebasse : aussi doué à l’archet qu’au pizzicato, Ken Filiano doit ici le ravir, tant il embrasse la musique du quartette : mariage de swing et de bop, d’improvisation libérée de tout schéma et free léger. Au soprano (Golia dit avoir été bouleversé par le son de celui de Coltrane), est servi un jazz étonnement découpé qui peut rappeler Braxton (qui donna jadis quelques leçons d’instruments au meneur) ; au ténor et à l’alto, ce sont des pièces d’un swing gouailleur et sophistiqué à la fois qui prennent forme. La prise de son, un peu claire, n’y peut rien : l’enregistrement fait référence dans la discographie de Golia.

Vinny Golia Quartet : Take Your Time (Relative Pitch)
Enregistrement : 3 juillet 2007. Edition : 2011.
CD : 01/ That Was For Albert 10 02/ Otolith 03/ On The Steel 04/ That Was For Albert 11 05/ Welcome Home 06/ Parambulist 07/ A Guy We All Used To Know 08/ Even Before This Time    
Guillaume Belhomme © Le son du grisli


TBC : Insecta: The Birth of Gods (Monochrome Vision, 2012)

tbc the birth of gods insecta

Des habitants d’Hambourg doivent se souvenir être allé écouter Thomas Beck dans les années 80. Il officiait alors dans un groupe au nom de chiffres et de lettre : H64. Aujourd’hui, Beck bouge toujours et son patronyme n’est plus que de lettres : TBC.

Insecta: The Birth of Gods rêve comme son nom l’indique de mettre en place un nouveau Panthéon auxquels se plieraient tous les amateurs de noise, d’indus et de dada. Dans l’œil du cyclone, notre homme créé pour son délire créateur une bande-annonce électro-claustro, d’un expétimental old-school qui ne manquera pas de réveiller les habitants d’Hambourg qui pourraient se souvenir de lui... Thomas Beck ! Mais pour ce qui est de la jeunesse d’aujourd’hui, ou des vieux moins vieux que ceux qui étaient du public d’H64, la question se pose…

TBC : Insecta: The Birth of Gods (Monochrome Vision / Metamkine)
Edition : 2012.
CD : 01-04/ Part 01-Part 04
Pierre Cécile © Le son du grisli


Anto Pett, Bart van Rosmalen : Playwork (Leo, 2012)

anto pett bart van rosmalen playwork

Dans le piano d’Anto Pett, le reflet du gamelan balinais. Dans le violoncelle de Bart Van Rosmalen, de fielleuses friandises. Dans ce duo, des terrains vagues arpentés à grandes enjambées.

Souvent accrochés et arcboutés l’un à l’autre et ne réduisant jamais l’axe choisi, les voici se privant de sortie. Maintenant, ils cassent leurs jouets, respirent et hument l’attente avant de reprendre le chemin cabossé. Trouvant le sentier des espaces et des résonances, le mystère s’impose et s’incruste. Cogne en profondeur malgré les doutes. Une belle aventure. A suivre…

Bart Van Rosmalen, Anto Pett : Playwork (Leo Records / Orkhêstra International)
Enregistrement : 2011. Edition : 2012.
CD : 01/ Professionals & the Unknown 02/ Methodical Fascination 03/ The Work 04/ Transformation 05/ The Body & the Energy 06/ Variation 1 07/ Variation 2 08/ Variation 3 09/ Variation 4 10/ Variation 5 11/ Variation 6
Luc Bouquet© Le son du grisli


Pietro Riparbelli : Three Days of Silence (GruenRekorder, 2012)

pietro riparbelli three days of silence

J’ai eu la chance de passer quelques heures au sanctuaire de la Verna, en Toscane. Les nuages étaient noirs et semblaient contenus par la forêt et la roche qui donnent son caractère au lieu. Pietro Riparbelli y a passé trois jours, lui, partageant la vie des moines, enregistrant les respirations de cette bâtisse fondée par Saint-François d’Assise pour en faire ce CD, Three Days of Silence.

Le titre est trompeur. On n’entend pas de silence ici mais l’air qui tourne autour des lourdes pierres, des pas et des portes qui se referment sur les cellules, un chœur ou un orgue qui chante dans l’ombre… Avec tout cela, Riparbelli a composé une ode à la retraite en tressant des drones et en taillant dans les sons. C'est noir et c'est profond. C’est pourquoi ce n’est pas La simplicité du cœur que l’on conseillera de lire en écoutant Three Days of Silence, mais Une saison en Enfer. Rimbaud n’y a-t-il pas écrit : « Si j’ai du goût, ce n’est guère que pour la terre et les pierres » ?

EN ECOUTE >>> Trois extraits

Pietro Riparbelli : Three Days of Silence. The Mountain of the Stigmata (Gruenrekorder)
Enregistrement : 2011.
CD : 01/ First Day 02/ Stillness 03/ Second Day 04/ Duration 05/ Third Day 06/ Aletheia
Héctor Cabrero © Le son du grisli



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