Le son du grisli

Bruits qui changent de l'ordinaire

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A la question : interviewsAu rapport : impressions de concertsEn théorie : l'improvisation par l'écrit : John Butcher & Evan Parker

Alan Silva Celestrial Communication Orchestra : Seasons (BYG, 1970)

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Ce texte est extrait du troisième volume de Free Fight, This Is Our (New) Thing. Retrouvez les quatre premiers tomes de Free Fight dans le livre Free Fight. This Is Our (New) Thing publié par Camion Blanc. 

Les musiciens ont besoin d’espace, qui avouent avoir un faible pour la peinture. C’est le cas d’Alan Silva – qui prit des leçons de composition de Bill Dixon, autre amateur d’images. A la fin des années cinquante, il abandonne la trompette pour la contrebasse, instrument qui dira son appétit de sonorités neuves : en quartette aux côtés de Burton Greene ou dans l’Arkestra de Sun Ra lors de l’October Revolution in Jazz, organisé par la Jazz Composers Guild de Dixon ; ensuite sous la houlette de Cecil Taylor (avec lequel il enregistre Conquistador! et Unit Structures, deux des plus audacieuses références du catalogue Blue Note), celle d’Albert Ayler (Love Cry) ou encore celle d’Archie Shepp (Poem for Malcom).

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En 1968, Silva enregistre pour la première fois en meneur : Skillfullness, sur ESP ; l’année suivante, il s’installe à Paris où, en invitant à le rejoindre expatriés et musiciens de l’endroit, il fomentera le Celestrial Communication Orchestra. Pour BYG, la formation enregistre en 1969 Luna Surface : Anthony Braxton, Archie Shepp, Grachan Moncur III, Leroy Jenkins, Kenneth Terroade, Dave Burrell, Malachi Favors, Bernard Vitet, Claude Delcloo ou encore Beb Guérin y interviennent en rangs serrés, jouant chacun des coudes pour que l’orchestre joue de ses singularités.

Le 29 décembre 1970, jour de l’enregistrement de Seasons à la Maison de l’O.R.T.F., la formation n’est plus la même, mais impressionne autant si ce n’est plus encore : les autres membres de l’Art Ensemble y ayant rejoint Malachi Favors tandis que s’y sont fait une place Steve Lacy, Alan Shorter, Ronnie Beer, Michel Portal, Robin Kenyatta, Jouk Minor, Joachim KühnKent Carter ou encore Jerome Cooper. Eloquente, la liste des musiciens ne dit toutefois pas de quoi retourne Seasons. Les musiciens ont besoin d’espace, qui avouent avoir un faible pour la peinture : c’est ce que démontre Seasons, « Stereophonic Picture » pensée par Silva que BYG transformera en triple trente-trois tours.

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L’idée est celle d’une partition-ruban pour orchestre séditieux. Une composition mise à plat, aussi, que transformeraient les mouvements, improvisés ou non, des saisons. L’ouverture de la pochette révèle quelques positionnements (celle des intervenants, selon un timing donné) ; en miroir, des simplifications couchées sur le papier signalent des assemblages et des solos distribués.  

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A l’écoute, le projet gagne encore en grandiloquence : d’un morceau d’atmosphère qu’il fait tourner à l’archet, Silva sort des motifs engageant les interventions isolées (elles, trajectoires affranchies ou répétitions incitatives). En bande organisée, c’est l’avenir du free jazz qui est ici pensé : davantage d’écarts et de vacarme ou sinon plus de discrétions et de mesure – quelle que soit l’option choisie, Silva travaille les textures sonores : lorsqu’il n’intervient pas à la contrebasse, il passe de sarangi en violon électriques ou s’empare de deux « french electroacoustic instruments » ; des années plus tard, les synthétiseurs lui permettront d’assouvir son goût pour les sons artificiels. Sans cesse, la balance orchestrale penche d’un côté ou de l’autre. Sans cesse, jusqu’à l’ouverture de la cinquième face. Là, Silva commande à Don Moye et Jerome Cooper de battre  le tambour pendant qu’il convoque ses troupes et leur détaille les plans sous l’effet desquels finiront les saisons : la charge est héroïque, l’opération a pour nom « The Thrills ».  La déflagration est terrible, elle est l’effet d’un cataclysme – qui en enfantera d’autres, dont les pères-porteurs auront pour nom Merzbow, Keiji Haino ou encore Otomo Yoshihide (sur Core Anode, celui-ci dirige d’ailleurs un autre orchestre d’importance).

Etourdi sans doute, Silva quittera la maison ronde pour retrouver Sun Ra ou animer Center of the World en compagnie de Frank Wright. Il lui faudra attendre 1977 pour reprendre la tête du Celestrial Communication, et enregistrer avec lui The Shout/Portait from a Small Woman puis Desert Mirage. Les dernières nouvelles de l’orchestre datent d’un concert donné en 2001 à l’Uncool Festival. Dans ses rangs, on remarquait Marshall Allen, Joseph Bowie, Karen Borca, Roy Campbell, Bobby Few, Baikida Carroll, Kidd Jordan, Sabir Mateen, William Parker, Itaru Oki, Steve Swell, Oluyemi Thomas… Le label Eremite fera de l’enregistrement du concert une Treasure Box enfermant quatre disques – les musiciens ont besoin d’espace, qui avouent avoir un faible pour la peinture.

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Lysander Le Coultre, Albert Van Veenendaal : A Cool Tree (Evil Rabbit, 2011)

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Du duo fondé par Lysander Le Coultre (décédé début 2009) et Albert Van Veenendaal, on ne pourra surtout pas reprocher l’éloignement. Un violoncelle et un piano s’unissent et ne se lâchent plus. Mélodies mystérieuses (A Cool Tree), dénuement, simplicité et beauté du geste (Firely, Calabrone), la musique du duo Le Coultre - Van Veenendaal est de celles qui ne peuvent cacher leur lyrisme et leur refus du débordement.

Toujours refusant de briser le lien les unissant et ne s’éloignant jamais de l’espace choisi, violoncelliste et pianiste définissent et habitent une nuit aux songes bienveillants.

Lysander Le Coultre, Albert Van Veenendaal : A Cool Tree (Evil Rabbit)
Enregistrement : 2008. Edition : 2011.
CD : 01/ A Cool Tree 02/ Ping Pong 03/ In The Middle There is No End 04/ Answers Only 05/ Summer Night’s Dream 06/ Totterdown 07/ Calabrone 08/ Peculiar Continuum 09/ Firefly
Luc Bouquet © Le son du grisli

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John Tilbury, Keith Rowe : EE Tension and Circumstance (Potlatch, 2011)

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Si les ombres des Duos for Doris planent sur cette rencontre enregistrée en 2010 aux Instants Chavirés, c’est que deux camarades de longue date ne peuvent compter seulement sur leur complicité pour donner une tournure agréable à leur conversation. Parfois, les mots manquent, ou alors ce sont les mêmes que ceux qui furent utilisés la fois précédente qui vous montent à la gorge.

Comme pour parer la redite, les débuts d’EE Tension and Circumstance sont de précaution, voire de timidité : la radio y crépite encore, les notes de piano sont passées au tamis, un membre du public tousse. Après quoi : un aigu de guitare percera les cercles nébuleux mais les cordes pincées n’y porteront la moindre attention, sûr qu’une partie de l’assistance cherchera alors du regard – scrutant visages et instruments – ce que cherchent à l’oreille et Keith Rowe et John Tilbury.

Toujours la cohésion est évidente ; jamais son maintien n’est garanti – l’intensité de l’exercice faiblit en conséquence. Alors, Tilbury décide d’un repli que l’on dira feldmanien : faite motif, une poignée de notes progressera face au souffle d’un petit moteur actionné par son partenaire ; devenue accord frêle, sa répétition fragilisera de plus en plus ce frêle accord qu’elle est. De son côté, Rowe nourrit des parasites arrangés en société d’agitateurs de circonstance. Ici, le dialogue fait effet.

De temps à autre, le dialogue fait effet. C’est qu’EE Tension and Circumstance est un disque sur lequel John Tilbury et Keith Rowe se cherchent longtemps avant de se reconnaître, de renouer au son d’un langage commun, puis de se perdre et d’évoluer l’un sans l’autre. Mais ces temps différents ne se succèdent pas si confortablement : ils ont été mis en pièces et leurs fractions s’imbriquent les unes aux autres. Voici l’improvisation réfléchie par un labyrinthe de miroirs – angles morts et éclats sont en conséquence de la composition.

Keith Rowe, John Tilbury : EE Tension and Circumstance (Potlatch / Orkhêstra International)
Rec : 17 décembre 2010. Edition : 2011.
CD : 01/ EE Tension and Circumstance
Guillaume Belhomme © Le son du grisli

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Anthony Pateras : Errors of the Human Body OST (Editions Mego, 2012)

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Bande originale du film éponyme tourné par un certain Eron Sheean à l’Institut Max Planck – l’équivalent allemand de l’Institut Pasteur – de Dresde, Errors Of The Human Body se suffit TRES largement à lui-même pour ses propres qualités musicales. Jouée par sept instrumentistes, dont le compositeur australien Anthony Pateras au piano (éventuellement préparé), à l’orgue et à l’électronique, l’œuvre développe en vingt-et-une transitions une narration mélodique qui fait fi des seuls emplâtres ambient post-Tangerine Dream.

Atteignant parfois le sublime dans sa quête tonale (le saisissant Burton), Pateras et ses acolytes touchent également au but lorsqu’ils s’épreignent de Morton Feldman (Research From Unexpected Places) – tout en ne négligeant pas le Tuxedomoon lunaire de A Ghost Opera (qu’ils emmènent du côté de György Ligeti). Faut-il l’écrire, tant l’évidence est là, s’il ne faut guère s’attendre à de grandes envolées expressives, le sens überraffiné du détail impressionniste mis en place par l’homme de Down Under – dont c’est la première collaboration avec le réalisateur ???????? – vaut des louanges par cent et par mille. Mais oui, à ce point.

Anthony Panteras : Errors of the Human Body OST (Editions Mego / Souffle Continu)
Edition : 2012.
CD / 2 LP : Errors of the Human Body OST
Fabrice Vanoverberg © Le son du grisli

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Gianni Lenoci : Bucket of Blood (Silta, 2011)

hocus pocus bucket of blood

Bucket of Blood, du trio Hocus Pocus 3 emmené par le pianiste Gianni Lenoci, invite le saxophoniste américain mais résidant en France depuis 40 ans Steve Potts à les rejoindre. L’invitation se présente en hommage. Le saxophoniste rare signe trois compositions, l’une des trois signées par Lenoci lui est dédiée et le septième titre de ce disque est une reprise d’une composition de Steve Lacy, alter ego de Potts puisqu’au-delà de la pratique commune du saxophone soprano, les deux hommes partagèrent quelques trente années de complicité artistique. Ce disque apparaît justement comme une belle occasion d’entendre Potts libéré de la présence de Lacy, et porteur d’une voix autre, plus charnelle, moins austère que celle de son vieux complice.

Deux compositions de Gianni Lenoci, longues, amples, lentes, ouvrent Bucket of Blood et permettent de dresser l’inventaire : un trio télépathe, un saxophone qui fait le choix de la mélodie. Et les quatre musiciens de nous convaincre de leur talent, de l’unicité et de l’intensité de cette session qui révèle que, décidément, « la musique exprime (…) toute l'expérience humaine au moment précis où elle est jouée », comme le confiait John Coltrane. Processional, le second titre, à l’étrangeté trouvée dans les aigus du saxophone soprano de Potts comme dans les profondeurs du cadre même du piano de Lenoci, nous offre le grand moment du disque.

Les climats demeureront plutôt sombres, retenus, rouges et noirs, sang (Bucket of Blood #1 et #2) et os (Bone), et la valse de Lenoci (Waltz for Steve Potts) ne sera guère plus enjouée que sa procession. L’apaisement, comme l’emballement, sont toujours porteurs ici de menace et de tension. Tout comme Secret Garden, paru sur le même label Silta Records un an plus tôt, où Lenoci et deux autres de ses compatriotes accueillaient une autre voix américaine d’importance (en l’occurrence le contrebassiste William Parker), Bucket of Blood affirme la singularité curieuse et perméable de Gianni Lenoci.

Gianni Lenoci Hocus Pocus 3 with Steve Potts : Bucket of Blood (Silta Records)
Edition : 2011.
CD : 01/ Mrs. Fagan 02/ Processional 03/ Shorts 04/ Bucket of Blodd (take #1) 05/ Waltz for Steve Potts 06/ Bone 07/ Bucket of Blodd (take #2)
Pierre Lemarchand © Le son du grisli

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Tetras : Pareidolia (Flingco Sound System, 2012)

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Le jazz modal reprisé à la lumière d’une improvisation inquiète de mesure voire de discrétions, tel est l’idée musicale qui pourrait réunir et animer depuis 2010 les trois membres de Tetras : Jason Kahn (batterie percussions), Jeroen Visser (orgue, électronique) et Christian Weber (contrebasse). Si ce n’était que ce genre de rapprochement, s’il tient la route quelques minutes à l’écoute d’un enregistrement tel que Pareidolia – quatre faces se souvenant d’improvisations datées de février 2011 –, perd en affirmation à mesure que le trio travaille la matière sonore.

A l’instar du Radian de Brandlmayr, Tetras gonfle son électroacoustique jusqu’à l’explosion : de copeaux de burinage sur cymbale, d’impérieux gimmicks de contrebasse, de drones élevés avec patience, et d’effets multiples dus à l’électronique de Visser (crachin et suspensions). Sur crescendo ou à plat, Tetras croise trois perceptions d’un même moment à passer : les charmes de l’exercice soumettent l’auditeur à cette paréidolie annoncée : n’est-ce pas un jazz modal reprisé à la lumière d’une improvisation inquiète de mesure voire de discrétions qu’on décèle ici ?

Tetras : Pareidolia (Flingco Sound System/ Souffle Continu)
2 LP : Pareidolia
Enregistrement : Février 2011. Edition : 2012.
Guillaume Belhomme © Le son du grisli

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Quatre vues de Free Fight #3

Free Fight #3 vient de sortir.
>>> Rendre visite au SOUFFLE CONTINU

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Bob Downes : Deep Down Heavy (MPS, 1970 ?)

bob downes deep down heavy

Ce texte est extrait du troisième volume de Free Fight, This Is Our (New) Thing. Retrouvez les quatre premiers tomes de Free Fight dans le livre Free Fight. This Is Our (New) Thing publié par Camion Blanc.

Il est difficile de dater Deep Down Heavy, vraisemblablement pas enregistré l’année de sa sortie en 1970, parution curieusement assurée par un label spécialisé dans les éditions peu chères et de piètre qualité (ce qui n’est pas le cas ici), comme si cela avait été la seule possibilité afin que cet album voie le jour. Ce que paraît confirmer le fait que Bob Downes, la même année, sortit d’autres disques bien plus achevés, après qu’il eut signé un contrat avec la prestigieuse maison de disques Vertigo versée dans les musiques progressives. Et pourtant, dans leur catalogue, ce sympathique et jouissif Deep Down Heavy aurait eu fière allure aux côtés des albums de Black Sabbath, Cressida et May Blitz.

Bob Downes est un musicien assez peu connu, et pour le moins atypique, qui paraît avoir touché à tout avec un égal bonheur, jusqu’à une certaine époque. Compositeur et arrangeur de talent, il joue surtout de la flûte, aussi du saxophone ténor, et accessoirement des percussions. Open Music, Electric City et Deep Down Heavy sont ses trois meilleurs albums : on en dira qu’ils sont difficiles sinon impossibles à étiqueter – leur rapport au free jazz n’étant d’ailleurs que périphérique, bien que Bob Downes se soit très tôt acoquiné avec certains de ses représentants, dont Barry Guy et John Stevens.  

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En fait, ces premiers jets mixent de manière pertinente beaucoup de ce qui interpellait au début des seventies dans l’underground. L’électricité, par exemple, leur confère les couleurs du rock, sans que certaines des contraintes la plupart du temps inhérentes au genre n’alourdissent un propos déjà bien chargé. Et quant au jazz, il s’y révèle étrangement rehaussé au contact du hard rock alors en vogue. Ainsi pourrait-on parler de hard-free-rock-jazz, comme l’on parlera plus tard de jazz-core en se référant au hardcore d’un Napalm Death.  
 
Tout ceci n’est guère étonnant si l’on connaît le parcours de Bob Downes, formé aux côtés de John Barry avant de rejoindre Manfred Mann’s Earth Band. Parler de free progressif conviendrait presque, puisque l’on entend aussi Bob Downes, à la même époque, dans Egg (un groupe de l’école dite de Canterbury dont il fut l’invité), au sein de l’orchestre de Mike Westbrook, ou dans Rock Workshop, l’une des formations dont Ray Russell fut la comète.

Ray Russell  – justement, parlons-en … En fait c’est lui qui constitue probablement (avec Harry Miller à la basse électrique) l’une des raisons majeures d’écouter Deep Down Heavy, sur lequel s’illustre également Chris Spedding. Soit deux guitaristes cultes – les moulinets du premier écrasant pourtant le second sur « Don’t Let Tomorrow Get You Down » et en d’autres endroits.

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Ray Russell – donc … Certainement l’un des grands guitaristes du free avec Masayuki Takayanagi et Sonny Sharrock. Tous trois beaucoup plus proches les uns des autres qu’on ne l’imagine de prime abord. Et pour s’en convaincre, on jettera une oreille attentive à l’enregistrement public de Ray Russell à l’I.CA. ressorti par Jim O’Rourke ; au Black Woman de Sonny Sharrock ; et au coffret Archive 1 de Masayuki Takayanagi. Il n’est guère surprenant que Ray Russell soit l’un des guitaristes favoris d’Alan Licht et Rudolph Grey, tous deux passés par The Blue Humans, groupe de free-rock new-yorkais ayant intégré en pleine no wave les free jazzmen Arthur Doyle et Beaver Harris.

Deep Down Heavy – pour y revenir – est un drôle de bazar. Un pseudo-concept album bordélique à souhait, et dont les textes écrits par Robert Cockburn, puis mis en musique, se montrent à la hauteur de l’iconoclastie ambiante.  Assez peu de disques dans le jazz britannique de l’époque se révèlent à la hauteur de celui-ci, en dehors de certains opus de Mike Westbrook, Graham Collier, Ian Carr, John Surman, Harry Beckett, Henry Lowther, Keith Tippett ou Neil Ardley. Son irrépressible singularité, Deep Down Heavy ne la partagerait toutefois qu’avec le psychédélique Mouseproof d’un autre guitariste d’importance : G.F. Fitz-Gerald, généralement apprécié des amateurs pour ses solos improvisés et ses duos avec Lol Coxhill.

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Thanos Chrysakis, Philip Somervell : Knotted Alembic (Aural Terrains, 2011)

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Ce sont là deux pianos souvent remués de l’intérieur, augmentés de shruti-box, synthétiseur, vibraphone, radio… Pour les assaillir ou plus simplement en jouer : Thanos Chrysakis et Philip Somervell.

Les improvisations sont faites des plaintes de pianos à l’agonie et de cordes pincées qui rêveraient être assez influentes pour pouvoir les redresser un peu. Peine perdue. Mais de la lutte filtre un hymne dont la langueur est autrement suggestive. Des silences trouvent-là leur raison d’être quand le souffle de la shruti box, tremblant, n’emporte pas tout désir de constance. Pour l’avoir compris, Chrysakis et Somervell multiplient les pas de côté, s’amusent des légèretés de leurs dialogues et revendiquent un droit au désenchantement. Avec une cohérence surprenante.

Thanos Chrysakis, Philip Somervell : Knotted Alembic (Aural Terrains / Metamkine)
CD : 01-07/ I-VII
Enregistrement : 2008-2010. Edition : 2011.
Guillaume Belhomme © Le son du grisli

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John Cage : Empty Words (Edition Wandelweiser, 2011) / Tacet : Qui est John Cage ? (Editions Météo, 2011)

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Comme le hasard fait bien les choses… C’est la voix de Sylvia Alexandra Schimag qui nous le rappelle sur Empty Words de John Cage.  Le chef d’œuvre se divise en quatre temps : phrases, mots, syllables et lettres / mots, syllabes et lettres / syllabes et lettres / lettres et sons. Pour que tout tienne sur deux CD, le label a choisi le format MP3.

Sur la recommandation du compositeur, les intervenants ouvrent le Journal d’Henry David Thoreau et y piochent ce qu’ils veulent. Le langage en devient incompréhensible. Toute signification impossible.  Pendant que l’Ensemble Daswirdas actait, tu as ouvert la porte et demandé « c’est quoi ? » Schimag récitait comme dans un tunnel, elle m’interpellait moins directement que toi mais avec plus de réussite. Tu n’as pas obtenu de réponse, et tu as voulu écouter avec moi.

Nous avons tout écouté d’une traite – il faut avoir dix heures devant soi, et nous les avions. Phrases, mots, syllables et lettres / mots, syllabes et lettres / syllabes et lettres / lettres et sons. Le Wandelweiser Composers Ensemble ajouta des notes qui résonnèrent pour fuir le verbe. Plus loin, le piano de Jongah Yoon a fait une apparition : ce fut quand la voix commença à chanter timidement. Je ne crois pas m’être endormi. Une fois ou deux, tu as ajouté une syllabe, qui était la tienne. Lorsque le deuxième disque est arrivé à son terme, nous n’avons pas su trouver les mots. Nous nous sommes simplement souri.

John Cage : Empty Words (Edition Wandelweiser / Metamkine)
Enregistrement : 2010-2011. Edition : 2011.
2 CD : Empty Words I, II, III & IV.
Héctor Cabrero © le son du grisli  

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Du Festival Météo est née une revue : Tacet. Son premier numéro traite de John Cage. L’ouvrage est épais, qui contient des études souvent pertinentes signées Jean-Yves Bosseur, Michael Pisaro, Matthieu Saladin ou encore Mattin. On y trouve aussi « Confessions d’un compositeur », conférence que John Cage donna au Vassar College en 1948. La qualité de l’ouvrage vaut donc son épaisseur.

Collectif : Tacet. Qui est John Cage ? (Editions Météo / Metamkine)
Edition : 2011.
Guillaume Belhomme © Le son du grisli

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