Le son du grisli

Bruits qui changent de l'ordinaire

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le son du grisli #3Peter Brötzmann Graphic WorksConversation de John Coltrane & Frank Kofsky
A la question : interviewsAu rapport : impressions de concertsEn théorie : l'improvisation par l'écrit : John Butcher & Evan Parker

Ben Vida : esstends-esstends-esstends (PAN, 2012)

ben vida esstends esstends esstends

Collaborateur de Keith Fullerton Whitman ou Greg Davis, ex-leader du groupe ????? Town & Country, complice musical de Rhys Chattam, Kevin Drumm, C. Spencer Yeh ou Werner Dafeldecker, bourlingueur de musique concrète, Ben Vida est un total inconnu pour moi malgré un CV méga-rempli. C’est donc avec grande curiosité que je me suis lancé dans la découverte du compositeur de Brooklyn et j’en suis ressorti perplexe.

Ecrites pour un synthétiseur modulaire contrôlé par ordinateur et un processeur de signal numérique, les cinq pièces d'esstends- esstends- esstends virevoltent dans une abstraction noise spatialisée qui me laisse de marbre. Non que les bizarreries sans la moindre touche mélodique m’effraient, sinon je ne mettrais pas le sieur Drumm déjà cité dans mes favoris, mais les expérimentations de Ben Vida m’ont semblé tourner à vide – au-delà de la première demi-surprise écoulée. Et quel que soit le contexte, au casque dans un café ou sur mes enceintes at home, le résultat demeure identique, une indifférence agacée.

Ben Vida : esstends-esstends-esstends (PAN / Souffle Continu)
Edition : 2012.
LP : A1/ Qweek Plus Enner (Outro Too) A2/ Zizzlerz A3/ Ssseeeeiiiiii B1/ Pin Ans Sweep B2/ EnnerForrance (Esstend III)
Fabrice Vanoverberg © Le son du grisli

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Frank Lowe : The Loweski (ESP, 2012)

frank lowe the loweski

On savait qu’il restait des inédits aux séances Black Beings. Les jugeant trop collectives, le saxophoniste les avaient rejetées à l’époque. On ne sait s’il serait heureux de les voir publiées aujourd’hui malgré un résultat sans appel : ces trente-sept minutes de musique sont bouleversantes, époustouflantes.

Tout commence par le ténor solitaire de Frank Lowe. Le souffle, entre douceur et furias, s’élève et ne lâche plus les cimes d’une convulsion enflammée. Le cri est viscéral et redouble quand la section rythmique entre en piste. S’imposent maintenant deux autres solos : celui, spasmodique, du violoniste Raymond Lee Cheng (on jurerait entendre la guitare saturante de Sonny Sharrock ici) puis celui, radical et perforant, d’un Joseph Jarman déchaîné. Les deux saxophonistes vont alors croiser leurs souffles, confronter leurs libres visions de l’ultra-aigu avant de laisser William Parker (ici, son tout premier témoignage discographique) et Rashied Sinan, réintégrer la civilisation. Et le CD de s’arrêter brusquement, nous laissant orphelins d’une musique que l’on ne peut qu’imaginer poignante.

Frank Lowe : The Loweski (ESP / Orkhêstra International)
Enregistrement : 1973. Edition : 2012.
CD : 01/ Pt. 1 02/ Pt. 2 03/ Pt. 03 04/ Pt. 04 05/ Pt. 5
Luc Bouquet © Le son du grisli

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Paul Dunmall, Han-earl Park, Mark Sanders : Birmingham, 02-15-11 (Buster & Friends, 2011)

paul dunmall han-earl park mark sanders birmingham

Le titre de l’enregistrement est le nom d’un lieu suivi d’une date à laquelle trois musiciens y sont passés : Birmingham, 02-15-11. On y entend Paul Dunmall converser avec le guitariste Han-earl Park et le batteur Mark Sanders. Pas de label, le téléchargement est libre.

On sait les liens qui unissent Dunmall et Sanders – ce qu’ils ont pu donner par le passé : de Shooters Hill enregistré en sextette en présence de Paul Rutherford à I Wish You Peace du Moksha Big Band –, c’est donc la présence de Park – que l’on a pu entendre récemment auprès d’un autre britannique de taille, Lol Coxhill, sur Mathilde , et se fit remarquer déjà auprès de Dunmall et Sanders sur un Live at the Glucksmann Gallery – qui intéresse ici. Aux salves imparables du ténor, il oppose des nappes et quelques arpèges accrochés quand Sanders compte les points avec aplomb.

Plus loin, c’est à la cornemuse puis au soprano qu'intervient Dunmall : pour déjouer ses tours (de force et d’adresse), Park choisit une nouvelle fois la subtilité : ses accords étouffés renversent les échanges du trio, transformés bientôt en horizontalité sur laquelle les trois hommes s’entendent alors en apaisés.

Paul Dunmall, Han-earl Park, Mark Sanders : Birmingham, 02–15–11 (Buster & Friends)
Enregistrement : 15 février 2011. Edition : 2011.
Téléchargement  : Birmingham 02-15-11
Guillaume Belhomme © Le son du grisli

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Bérangère Maximin : No One is an Island (Sub Rosa, 2012)

bérangère maximin no one is an island

Je ne sais si on comprendra où veut en venir Bérangère Maximin en écoutant No One Is An Island. Il y a quelques années, j’avais, moi, déjà eu du mal à saisir l’idée de Tant que les heures passent  (Tzadik). Expérimental ? Illustration ? Folk bizarroïde ? Rien de transfigurant en tout cas.

Si No One Is An Island change un peu la donne c’est qu’on y croise des invités tels que Christian Fennesz, Richard Pinhas, Frederic Oberland et Rhys Chatham. Avec eux, Maximin remet parfois le couvert d’une musique électroacoustique légère diront les uns, simpliste diront les autres (avec Fennesz, elle se contente par exemple de contrefaire du Fennesz sur Bicéphale Ballade). D’autres fois, c’est plus abouti : avec Pinhas, elle signe un magnétique Carnaval Cannibale foutraque et répétitif, avec Chatham elle marrie sa légèreté avec la rudesse d’une trompette, et avec Fennesz une seconde fois sur Knitting in the Air elle prend, à la voix, des poses à la Kim Gordon qui ne choquent pas l’oreille.

Si bien qu’à la fin, on sent encore des hésitations chez Bérangère Maximin, mais on ne peut que constater que ses propositions s’affinent. Et lui adresser tous nos encouragements.

EN ECOUTE >>> No One is an Island

Bérangère Maximin : No One Is An Island (Sub Rosa)
Edition : 2012.
CD / LP : 01/ How Warm Is Our Love 02/ Un Jour, Mes Restes Au Soleil 03/ Knitting In The Air 04/ Carnaval Cannibale 05/ Bicéphale Ballade 06/ Where The Skin Meets The Bone
Pierre Cécile © Le son du grisli

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Keith Fullerton Whitman : Generators (Editions Mego, 2012)

keith fullerton whitman generators

En ses premiers instants intrigant et mystérieux, pour ne pas dire opaque et insondable, le nouveau projet de Keith Fullerton Whitman gagne très vite en intensité sonore dynamique. Conçue lors d’une tournée nord-américaine de plusieurs dizaines de dates, la pièce Generator centralise les deux faces du présent LP. Mise au pluriel, en un double bien singulier, l’œuvre se présente sous deux aspects fondamentalement différents.

En side A, enregistrée lors d’un festival new-yorkais d’hommage(s) à l’incontournable Eliane Radigue, le drone macabre des premières minutes cède rapidement le champ électronique à un tournoiement analogique, quelque part à la rencontre du minimalisme répétitif de Philip Glass et de la Kosmische du groupe Fabric (sur Spectrum Spools, filiale des, tiens tiens, Editions Mego). Very nice indeed. De l’autre côté du disque, les secousses orageuses affrontent une évasion en scierie numérique – là, j’avoue moins accrocher à l’abandon méthodique de son abstraction.

Keith Fullerton Whitman : Generators (Editions Mego / Souffle Continu)
Enregistrement : 2009. Edition : 2012.
LP : A1/ Issue Generator (for Eliane Radigue) B1/ High Zero Generator
Fabrice Vanoverberg © Le son du grisli

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Alan Silva Celestrial Communication Orchestra : Seasons (BYG, 1970)

alan silva seasons

Ce texte est extrait du troisième volume de Free Fight, This Is Our (New) Thing. Retrouvez les quatre premiers tomes de Free Fight dans le livre Free Fight. This Is Our (New) Thing publié par Camion Blanc. 

Les musiciens ont besoin d’espace, qui avouent avoir un faible pour la peinture. C’est le cas d’Alan Silva – qui prit des leçons de composition de Bill Dixon, autre amateur d’images. A la fin des années cinquante, il abandonne la trompette pour la contrebasse, instrument qui dira son appétit de sonorités neuves : en quartette aux côtés de Burton Greene ou dans l’Arkestra de Sun Ra lors de l’October Revolution in Jazz, organisé par la Jazz Composers Guild de Dixon ; ensuite sous la houlette de Cecil Taylor (avec lequel il enregistre Conquistador! et Unit Structures, deux des plus audacieuses références du catalogue Blue Note), celle d’Albert Ayler (Love Cry) ou encore celle d’Archie Shepp (Poem for Malcom).

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En 1968, Silva enregistre pour la première fois en meneur : Skillfullness, sur ESP ; l’année suivante, il s’installe à Paris où, en invitant à le rejoindre expatriés et musiciens de l’endroit, il fomentera le Celestrial Communication Orchestra. Pour BYG, la formation enregistre en 1969 Luna Surface : Anthony Braxton, Archie Shepp, Grachan Moncur III, Leroy Jenkins, Kenneth Terroade, Dave Burrell, Malachi Favors, Bernard Vitet, Claude Delcloo ou encore Beb Guérin y interviennent en rangs serrés, jouant chacun des coudes pour que l’orchestre joue de ses singularités.

Le 29 décembre 1970, jour de l’enregistrement de Seasons à la Maison de l’O.R.T.F., la formation n’est plus la même, mais impressionne autant si ce n’est plus encore : les autres membres de l’Art Ensemble y ayant rejoint Malachi Favors tandis que s’y sont fait une place Steve Lacy, Alan Shorter, Ronnie Beer, Michel Portal, Robin Kenyatta, Jouk Minor, Joachim KühnKent Carter ou encore Jerome Cooper. Eloquente, la liste des musiciens ne dit toutefois pas de quoi retourne Seasons. Les musiciens ont besoin d’espace, qui avouent avoir un faible pour la peinture : c’est ce que démontre Seasons, « Stereophonic Picture » pensée par Silva que BYG transformera en triple trente-trois tours.

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L’idée est celle d’une partition-ruban pour orchestre séditieux. Une composition mise à plat, aussi, que transformeraient les mouvements, improvisés ou non, des saisons. L’ouverture de la pochette révèle quelques positionnements (celle des intervenants, selon un timing donné) ; en miroir, des simplifications couchées sur le papier signalent des assemblages et des solos distribués.  

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A l’écoute, le projet gagne encore en grandiloquence : d’un morceau d’atmosphère qu’il fait tourner à l’archet, Silva sort des motifs engageant les interventions isolées (elles, trajectoires affranchies ou répétitions incitatives). En bande organisée, c’est l’avenir du free jazz qui est ici pensé : davantage d’écarts et de vacarme ou sinon plus de discrétions et de mesure – quelle que soit l’option choisie, Silva travaille les textures sonores : lorsqu’il n’intervient pas à la contrebasse, il passe de sarangi en violon électriques ou s’empare de deux « french electroacoustic instruments » ; des années plus tard, les synthétiseurs lui permettront d’assouvir son goût pour les sons artificiels. Sans cesse, la balance orchestrale penche d’un côté ou de l’autre. Sans cesse, jusqu’à l’ouverture de la cinquième face. Là, Silva commande à Don Moye et Jerome Cooper de battre  le tambour pendant qu’il convoque ses troupes et leur détaille les plans sous l’effet desquels finiront les saisons : la charge est héroïque, l’opération a pour nom « The Thrills ».  La déflagration est terrible, elle est l’effet d’un cataclysme – qui en enfantera d’autres, dont les pères-porteurs auront pour nom Merzbow, Keiji Haino ou encore Otomo Yoshihide (sur Core Anode, celui-ci dirige d’ailleurs un autre orchestre d’importance).

Etourdi sans doute, Silva quittera la maison ronde pour retrouver Sun Ra ou animer Center of the World en compagnie de Frank Wright. Il lui faudra attendre 1977 pour reprendre la tête du Celestrial Communication, et enregistrer avec lui The Shout/Portait from a Small Woman puis Desert Mirage. Les dernières nouvelles de l’orchestre datent d’un concert donné en 2001 à l’Uncool Festival. Dans ses rangs, on remarquait Marshall Allen, Joseph Bowie, Karen Borca, Roy Campbell, Bobby Few, Baikida Carroll, Kidd Jordan, Sabir Mateen, William Parker, Itaru Oki, Steve Swell, Oluyemi Thomas… Le label Eremite fera de l’enregistrement du concert une Treasure Box enfermant quatre disques – les musiciens ont besoin d’espace, qui avouent avoir un faible pour la peinture.

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Lysander Le Coultre, Albert Van Veenendaal : A Cool Tree (Evil Rabbit, 2011)

lysander le coultre albert van veenendaal a cool tree

Du duo fondé par Lysander Le Coultre (décédé début 2009) et Albert Van Veenendaal, on ne pourra surtout pas reprocher l’éloignement. Un violoncelle et un piano s’unissent et ne se lâchent plus. Mélodies mystérieuses (A Cool Tree), dénuement, simplicité et beauté du geste (Firely, Calabrone), la musique du duo Le Coultre - Van Veenendaal est de celles qui ne peuvent cacher leur lyrisme et leur refus du débordement.

Toujours refusant de briser le lien les unissant et ne s’éloignant jamais de l’espace choisi, violoncelliste et pianiste définissent et habitent une nuit aux songes bienveillants.

Lysander Le Coultre, Albert Van Veenendaal : A Cool Tree (Evil Rabbit)
Enregistrement : 2008. Edition : 2011.
CD : 01/ A Cool Tree 02/ Ping Pong 03/ In The Middle There is No End 04/ Answers Only 05/ Summer Night’s Dream 06/ Totterdown 07/ Calabrone 08/ Peculiar Continuum 09/ Firefly
Luc Bouquet © Le son du grisli

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John Tilbury, Keith Rowe : EE Tension and Circumstance (Potlatch, 2011)

keith rowe john tilbury ee tension and circumstance

Si les ombres des Duos for Doris planent sur cette rencontre enregistrée en 2010 aux Instants Chavirés, c’est que deux camarades de longue date ne peuvent compter seulement sur leur complicité pour donner une tournure agréable à leur conversation. Parfois, les mots manquent, ou alors ce sont les mêmes que ceux qui furent utilisés la fois précédente qui vous montent à la gorge.

Comme pour parer la redite, les débuts d’EE Tension and Circumstance sont de précaution, voire de timidité : la radio y crépite encore, les notes de piano sont passées au tamis, un membre du public tousse. Après quoi : un aigu de guitare percera les cercles nébuleux mais les cordes pincées n’y porteront la moindre attention, sûr qu’une partie de l’assistance cherchera alors du regard – scrutant visages et instruments – ce que cherchent à l’oreille et Keith Rowe et John Tilbury.

Toujours la cohésion est évidente ; jamais son maintien n’est garanti – l’intensité de l’exercice faiblit en conséquence. Alors, Tilbury décide d’un repli que l’on dira feldmanien : faite motif, une poignée de notes progressera face au souffle d’un petit moteur actionné par son partenaire ; devenue accord frêle, sa répétition fragilisera de plus en plus ce frêle accord qu’elle est. De son côté, Rowe nourrit des parasites arrangés en société d’agitateurs de circonstance. Ici, le dialogue fait effet.

De temps à autre, le dialogue fait effet. C’est qu’EE Tension and Circumstance est un disque sur lequel John Tilbury et Keith Rowe se cherchent longtemps avant de se reconnaître, de renouer au son d’un langage commun, puis de se perdre et d’évoluer l’un sans l’autre. Mais ces temps différents ne se succèdent pas si confortablement : ils ont été mis en pièces et leurs fractions s’imbriquent les unes aux autres. Voici l’improvisation réfléchie par un labyrinthe de miroirs – angles morts et éclats sont en conséquence de la composition.

Keith Rowe, John Tilbury : EE Tension and Circumstance (Potlatch / Orkhêstra International)
Rec : 17 décembre 2010. Edition : 2011.
CD : 01/ EE Tension and Circumstance
Guillaume Belhomme © Le son du grisli

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Anthony Pateras : Errors of the Human Body OST (Editions Mego, 2012)

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Bande originale du film éponyme tourné par un certain Eron Sheean à l’Institut Max Planck – l’équivalent allemand de l’Institut Pasteur – de Dresde, Errors Of The Human Body se suffit TRES largement à lui-même pour ses propres qualités musicales. Jouée par sept instrumentistes, dont le compositeur australien Anthony Pateras au piano (éventuellement préparé), à l’orgue et à l’électronique, l’œuvre développe en vingt-et-une transitions une narration mélodique qui fait fi des seuls emplâtres ambient post-Tangerine Dream.

Atteignant parfois le sublime dans sa quête tonale (le saisissant Burton), Pateras et ses acolytes touchent également au but lorsqu’ils s’épreignent de Morton Feldman (Research From Unexpected Places) – tout en ne négligeant pas le Tuxedomoon lunaire de A Ghost Opera (qu’ils emmènent du côté de György Ligeti). Faut-il l’écrire, tant l’évidence est là, s’il ne faut guère s’attendre à de grandes envolées expressives, le sens überraffiné du détail impressionniste mis en place par l’homme de Down Under – dont c’est la première collaboration avec le réalisateur ???????? – vaut des louanges par cent et par mille. Mais oui, à ce point.

Anthony Panteras : Errors of the Human Body OST (Editions Mego / Souffle Continu)
Edition : 2012.
CD / 2 LP : Errors of the Human Body OST
Fabrice Vanoverberg © Le son du grisli

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Gianni Lenoci : Bucket of Blood (Silta, 2011)

hocus pocus bucket of blood

Bucket of Blood, du trio Hocus Pocus 3 emmené par le pianiste Gianni Lenoci, invite le saxophoniste américain mais résidant en France depuis 40 ans Steve Potts à les rejoindre. L’invitation se présente en hommage. Le saxophoniste rare signe trois compositions, l’une des trois signées par Lenoci lui est dédiée et le septième titre de ce disque est une reprise d’une composition de Steve Lacy, alter ego de Potts puisqu’au-delà de la pratique commune du saxophone soprano, les deux hommes partagèrent quelques trente années de complicité artistique. Ce disque apparaît justement comme une belle occasion d’entendre Potts libéré de la présence de Lacy, et porteur d’une voix autre, plus charnelle, moins austère que celle de son vieux complice.

Deux compositions de Gianni Lenoci, longues, amples, lentes, ouvrent Bucket of Blood et permettent de dresser l’inventaire : un trio télépathe, un saxophone qui fait le choix de la mélodie. Et les quatre musiciens de nous convaincre de leur talent, de l’unicité et de l’intensité de cette session qui révèle que, décidément, « la musique exprime (…) toute l'expérience humaine au moment précis où elle est jouée », comme le confiait John Coltrane. Processional, le second titre, à l’étrangeté trouvée dans les aigus du saxophone soprano de Potts comme dans les profondeurs du cadre même du piano de Lenoci, nous offre le grand moment du disque.

Les climats demeureront plutôt sombres, retenus, rouges et noirs, sang (Bucket of Blood #1 et #2) et os (Bone), et la valse de Lenoci (Waltz for Steve Potts) ne sera guère plus enjouée que sa procession. L’apaisement, comme l’emballement, sont toujours porteurs ici de menace et de tension. Tout comme Secret Garden, paru sur le même label Silta Records un an plus tôt, où Lenoci et deux autres de ses compatriotes accueillaient une autre voix américaine d’importance (en l’occurrence le contrebassiste William Parker), Bucket of Blood affirme la singularité curieuse et perméable de Gianni Lenoci.

Gianni Lenoci Hocus Pocus 3 with Steve Potts : Bucket of Blood (Silta Records)
Edition : 2011.
CD : 01/ Mrs. Fagan 02/ Processional 03/ Shorts 04/ Bucket of Blodd (take #1) 05/ Waltz for Steve Potts 06/ Bone 07/ Bucket of Blodd (take #2)
Pierre Lemarchand © Le son du grisli

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